A NNALES DE LA FACULTÉ DES SCIENCES DE T OULOUSE
P ATRICK B ERNARD
Une propriété de transfert en approximation diophantienne
Annales de la faculté des sciences de Toulouse 6
esérie, tome 12, n
o4 (2003), p. 453-463
<http://www.numdam.org/item?id=AFST_2003_6_12_4_453_0>
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p. 45
Une propriété de transfert
enapproximation diophantienne
PATRICK
BERNARD (1)
RÉSUMÉ. - Étant donné un vecteur w E
RI,
on définit la suite Ti des périodes de w comme la suite des temps de meilleur retour près de l’origine de la translation x ~ x + 03C9 sur le tore I" . On étudie comment les propriétés diophantiennes du vecteur w peuvent être exprimées à l’aide de la suite des périodes. Plus précisément, on montre que si le vecteur w est non résonant, et si ses périodes vérifient l’inégalité Ti+1CT1+03C4i
avec
03C4 (n - 1 ) -1,
alors le vecteur w est diophantien.ABSTRACT. - Given a vector w E
Rn,
the sequence Ti of periods isdefined as the sequence of times of best returns near the origin of the translation x ~ x + w on the torus Yn. In the present paper, we study
how the Diophantine properties of w can be expressed considering the
sequence of its periods. More precisely, we prove that, if the vector w is not resonant, and if the sequence of periods satisfy the inequality
Ti+1
CT1+03C4i
with 7(n - 1)-1,
then the vector w is Diophantine.Annales de la Faculté des Sciences de Toulouse Vol. XII, n° 4, 2003
pp
0. Introduction
Soit 03C9 un vecteur de Iaen. On note T’ le tore
(R/Z)’,
ettw :
TI TI ledifféomorphisme
x ~ x + cv. On s’intéresse ausystème dynamique
discretengendré
part03C9.
On ditque 03C9 est
résonant si il existe 03BA E Z’ tel que leproduit
scalaire(w, k)
est entier(E Z).
Dans ce cas, le tore yn est fibré entores de
plus petite
dimension invariants partw . Sinon,
on ditque w est
non
résonant,
ettw
estuniquement ergodique
etminimal,
c’est-à-dire que T’ est le seulcompact
non vide invariant partW,
et que la mesure de Haar est la seule mesure deprobabilité
invariante.(*) Reçu le 22 novembre 2002, accepté le 4 septembre 2003
(1) Patrick Bernard, Institut Fourier, BP 74, 38402 Saint Martin d’Hères cedex, France.
E-mail : Patrick.Bernard@ujf grenoble.fr
Il est très utile en théorie de la
moyennisation (théorie
KAM par exem-ple)
dequantifier
le caractère non résonant de w. Leplus simple
consiste àminorer les
« petits
diviseurs »d(k, w), Z),
k E Zn. Onparle
alors de pro-priétés diophantiennes
linéaires. Cetteapproche
est asseznaturelle,
car lespetits
diviseursapparaissent
directement au dénominateur des coefficients des séries deperturbation
dans de nombreuxproblèmes. Intuitivement,
cecirevient a
quantifier l’ergodicité
det03C9,
mais le sensdynamique
despetits
diviseurs n’est pas très clair.
On
peut
aussi mesurer laqualité
del’approximation
de 03C9 par des vecteursrationnels,
c’est-à-dire estimerd(Tw, zn),
T E Z. Onparle
alors de pro-priétés diophantiennes
simultanées. Cetteapproche
n’a été utilisée que beau-coup
plus
récemment dans lesproblèmes
demoyennisation,
voir[2],
où ellepermet
unesimplification remarquable
du théorème de Nekhoroshev. Onpeut
enfin se restreindre à la suite des meilleuresapproximations
de cv,comme
suggéré
dans[2].
On définit pour ceci lespériodes Tj(03C9)
de w E Rnen
posant T0(w)
= 1 etVoir
ci-après
pour les notations. La croissance despériodes
détermine de manière très condensée lespropriétés diophantiennes
de VJ.Un intérêt
majeur
del’approximation
simultanée est son caractère pro- fondémentdynamique.
Eneffet,
si l’on considère unhoméomorphisme ~
d’un espace
métrique
et une orbite récurrente0’ (x)
de cethoméomorphisme,
on
peut
définir les écartsd(on (x), x)
et lespériodes Ti
de cette orbite parTo = 1
etCes définition coïncident avec les notions vues au dessus
lorsque 0
est latranslation sur le tore de vecteur w.
La
correspondance précise
entre les différentstypes
depropriétés
dio-phantiennes
n’est pasimmédiate,
bien que cespropriétés
soient visiblement de même nature. Nousrappelons
ici le trèsclassique
théorème de transfertde
Khintchine,
et l’étendons auxpropriétés diophantiennes
définies en termede croissance des
périodes, qui
n’avaient pas été étudiéesjusqu’ici.
Cet ar-ticle doit
beaucoup
à mes conversations avec Pierre Lochak sur le lien entre les méthodes deperturbation
parapproximation
simultanéesdéveloppées
dans
[2]
et la théorie KAM. Je tiens aussi a remercier XavierBuff, qui
m’asuggéré
une amélioration de laPropriété 1.3,
ainsi que lereferee
pour sa lecture attentivequi
apermis
de nombreuses améliorations du texte.Notations. - On utilise pour l’essentiel les notations de
l’appendice
1de
[2].
Soit w =(03C91,..., wn)
EIfgn,
on noteSi w’ =
(wi, ... , 03C9’n)
ER",
on notele
produit
scalairestandard,
etPour 03C9 E
R’,
on noteet de la même
façon, ~x~Z
=mink~Z|x - kl pour
x réel.1. Théorèmes de Dirichlet
Il est utile pour fixer les idées de
rappeler
les deux résultats lesplus simples
del’approximation diophantienne.
On pourra consulter[3]
pour lespreuves.
THÉORÈME
DE DIRICHLET 1.1. 2013 Considérons un vecteur w ERn
pour tout réelQ
>0,
il existe un entierpositif
TQ
tel queEn
conséquence,
il existe une infinité d’entiers T tels queTHÉORÈME
1.2. Considérons un vecteur 03C9 ERn,
pour t’out réelQ
> 0 il existe un vecteur k E znvérifiant Ikl Q
et tel queEn
conséquence,
il existe une infinité de vecteurs entiers k tels quePROPRIÉTÉ
1.3. - La suiteTi(w)
despériodes
de wsatisfait :
L’inégalité
de droite est uneconséquence
directe du théorème de Dirichletavec
Q
=Ti+1(03C9).
Eneffet,
on a alorsPour montrer
l’inégalité
degauche,
considérons des vecteurs entiers wi tels queComme
Ti(03C9)03C9i+1 - Ti+,(w)wi
est un vecteur entier nonnul,
on ala
Propriété
en découle.2.
Propriétés
de transfertRappelons
que la suiteTi(03C9)
est la suite despériodes
introduite dans l’introduction. On définit les ensemblesAu vu des théorèmes de Dirichlet de la section
1,
les ensembles03A9n(03C4)
et03A9n(03C4)
sont vides pour T0,
il en va évidemment de même des ensembles03A9(03C4)
et(03C4).
On dit que les éléments deS2n (T)
pour 03C4 0 satisfont unepropriété diophantienne linéaire,
et que les éléments deQn (T)
satisfont unepropriété diophantienne
simultanée. Dans cettenote,
on montre leTHÉORÈME
DE TRANSFERT 2.1. - Pour tout03C4 0,
On en déduit par
exemple
que toutes les notions de vecteurs mal ap-prochables
coïncident :Lorsque
n =1,
ces nombres sont dits detype
constant. On déduit aussiqu’une propriété diophantienne
linéaireimplique toujours
unepropriété
dio-phantienne
simultanée.L’appartenance
à03A9n(03C4) n’implique cependant
unepropriété diophantienne
linéaire que si T(n-1)-1.
L’existence de ce seuilsera
expliquée
dans la section 3.Mentionnons que les inclusions
suivantes,
dues àKhintchine,
sont bienconnues
depuis longtemps (voir [2], [3]):
Pour tout 03C40,
La section suivante est consacrée à
quelques
discussions sur le théorème de transfert. On y réduit la preuve des deux nouvelles inclusions à celle laProposition
3.6.3. Vecteurs rationnels et résonances
Le module de résonance de w,
R(w),
est l’ensemble des vecteurs k E Zn pourlesquels k, 03C9>
E Z. Onappelle
ordre de résonance de 03C9 le rang de ce sous groupe deZn,
c’est-à-dire le cardinal de ses bases. Le vecteur w est dit résonant si son module de résonance n’est pastrivial,
c’est-à-dire si sonordre de résonance est non nul.
Le vecteur w est dit rationnel si ses
composantes
sont rationnelles. Le vecteur w est rationnel si et seulement si toutes les orbitesdes tw
sontpériodiques.
Elles ont alors toutes la mêmepériode, qui
est leplus
pe- tit dénominateur commun descomposantes
de cv. Les vecteurs rationnelssont les vecteurs maximalement
résonants,
c’est-à-dire ceux dont l’ordre de résonance est n. Eneffet,
tout module R de rang n contient le module TZnpour une certain T. Les vecteurs
ayant
R pour module de résonance sont donc nécessairementT-périodiques.
PROPOSITION 3.1. - Soit w un vecteur résonant d’ordre r. Il existe une matrice A E
Gin (Z)
et unefamille di,
1 i r, d’entiers tels quedi
divisedi+1
et tels queforme
une base du module de résonance deA(.V,
où(el, ... , en)
est la basestandard de R’. En
particulier,
où w’ est un vecteur non résonant et
w/T
est un vecteurpériodique (ra- tionnel)
depériode
T =dr. Lorsque
03C9 westpériodique,
on lui associe doncn invariants
di,
oùdn =
T est lapériode.
Il existe alors une matriceA E
Gln (Z)
telle queavec des
composantes ai/di
irréductibles.Démonstration 3.2. - Soit R le module de résonance de w. Considérons
une base
k1,..., kr
deR,
et associons lui la matrice B à coefficients entiers del’application
linéaire Iaen :3 x~ ({ki, x>)
E Rr. Par un résultatclassique,
voir
[1],
théorème3.8,
il existe une matrice A EGln(Z),
une matrice C EGlr(Z)
et une matricediagonale
telle
que B
=CAA,
où les coefficientsdiagonaux di
sont des entiers tels quEdi
dividedi+1.
Lapropostion
en découlepuisque
Remarque
3.3. - Tout sous groupe de Z’ n’est pas un module de résonan- ce, et les invariants d’un module de résonance satisfont certaines contraintes.En
particulier,
il est facile de vérifier que les invariantsqui
ne sont paségaux
à 1 sont tous
distincts : di
=di+1
~di
= 1.Lorsque
n =1,
un rationnel w =w/T (sous
formeirréductible)
degrand
dénominateur T a uncomportement
trèsproche
d’un irrationnel en ce sens que lespoints kw, k
E Z sont bienrépartis
sur le cercle(ce
sontprécisément
lespoints
de la formeLIT, ~ Z) .
En dimensionsupérieure,
certains vecteurs
périodiques
degrande période
secomportent
essentielle- ment comme des vecteursnon-résonants,
et d’autres secomportent plutôt
comme des vecteurs résonants
(par exemple
le vecteur(0, 03C9/T)
ER2).
Enraison de la non
compacité
du groupeGln(Z)
pour n2,
il n’est paspossi-
ble de
quantifier
laprésence
effective ou non de résonances pour un vecteurpériodique w
degrande période
par desquantités
invariantes par l’action deGln(Z).
Parexemple,
étant donné un vecteur w ER 2 l’algorithme
desfractions continues
permet
de trouver une suite(non bornée) An
de matri-ces de
G12 (Z)
et une suite de rationnels xn~ Q
tels queAn(O, xn)
~ wlorsque
n tend vers l’infini.Il est donc utile d’introduire la
quantité
Pour illustrer son
rôle,
considérons un vecteur réel w et une suited’approxi-
mations rationnelles
wn /Tn de 03C9,
où lapériode Tn
tend vers l’infini. Il n’est pas difficile de voir que la limite w est résonante si et seulement si la suitEe(wn/Tn)
est bornée. Notons que, pour un vecteur rationnelw/T
depériodE T,
on a l’estimationEn
effet,
le théorème 1.1 donne l’existence d’un vecteur entier k tel que|k| T’l-
et~k, w/T>~Z 1 /T,
mais alors k ER(03C9/T). Réciproquement,
pour la
plupart
des vecteurs rationnelsw/T
de dénominateurT, e (w/T )
estau moins de l’ordre de
T1/(n+1).
Ceci est renduplus précis
par laPropriété
3.4 ci-dessous. Les vecteurs
périodiques
pourlesquels
la valeur e estgrande
sont ceux dont l’orbite est constituée de
points
bienrépartis
sur le tore.PROPRIÉTÉ
3.4. - Pour tout réel strictementpositif T, la proportion
devecteurs entiers w tels que
tend vers zero
lorsque
T tend versl’infini.
Démonstration. - Nous allons
majorer
le nombre depoints
entiers w de[0, T - 1 ] n
telsqu’il
existe un vecteur entier kvérifiant |k|
A et(k, w) = Tl,
l ~ Z. Pourchaque couple (k, 1)
E Zn xZ, l’hyperplan k, w) =
Tlcontient au
plus T n-1 points
entiers dans[0, T - 1]n.
Parailleurs,
pour unvecteur entier k
donné,
le nombre d’entiers 1 tels quel’hyperplan k, w)
= Tlintersecte
[0, T - 1]’
est auplus n(2lkl
+1), puisque |k, w>| m|l||w|.
Lenombre de
couples (k, l)
E Z’ x Z vérifiant|k|
A et tels quel’hyperplan d’équation k, w )
= Tl intersecte[0, T-1]n
est donc inférieur àn(2A+1)n+1.
Il y a donc au
plus
points
entiers w dans[0,
T -1]n
tels quee{w/T)
A. On termine alors ladémonstration en
remarquant
queEn ne retenant d’un vecteur rationnel que sa
période T,
onperd
doncune information essentielle. Par
exemple,
la suite desdistances ~T(03C9,0)~Z,
T E
Z,
associée au vecteur(03C9, 0)
ERn+1
est la même que lasuite ~T03C9~Z
associée à w, alors que le vecteur
(03C9, 0)
est fortement résonant etengendre
des orbites très mal
réparties
dansT’+’.
De la mêmefaçon,
la suite despériodes Ti(03C9, 0)
est la même que celle de w. Il estremarquable qu’une simple
connaissance de la
suite ~T03C9~Z puisse
suffire à déterminer le caractère nonrésonant de w. Il n’est pas
possible
de tirer ce caractère non résonant d’uneconnaissance de la suite des
périodes. Pourtant,
si l’on suppose àpriori
levecteur 03C9 non
résonant,
on montre que certaines estimées sur la croissance despériodes permettent
de déduire despropriétés diophantiennes
linéairesvérifiées par w. Cette remarque, à ma connaissance
nouvelle,
faitl’objet
dela
proposition 3.6, qui
sera démontrée dans la section suivante.PROPRIÉTÉ
3.5. - Pour tout T(n - 1)-1,
les vecteurs deOn (T)
sontnon résonants.
Ce résultat est bien sur
impliqué
par les inclusions de Khintchine . Nous allonscependant
en donner une preuve élémentaire. Considérons un vecteur résonant w.D’après 3.1,
il existe une matrice A ESLn(Z)
telle que Aw =(03C9’, 03C9/p)
ERn-1
xQ, (w, p)
EZ2. Appliquons
le théorème de Dirichlet àpw’.
Il existe une infinité d’entiers T tels que~Tp03C9’~Z T-1/n-1,
et donctels que
Il y a donc une infinité d’entiers
T’ = pT
et une constante C tels queCeci exclut que w
puisse appartenir
à l’ensemblenn (T) lorsque
PROPOSITION 3.6. Si w est non résonant et si il existe T E
0, 1 n-1
et C > 0 tels que
Ti+1(03C9) CTi(03C9)1+03C4
alorsil y
a une constante D > 0 telle que, pour tout k EZn,
on aDémonstration du théorème de
transfert.
- Nous ne prouverons que les deuxpremière
inclusions. Nous renvoyons à[3]
pour la preuve de la troisième inclusion. La deuxième inclusion découle directement de laProposition
3.6.La
première
inclusion découle de lapropriété
3.5 et de la remarque sui- vante : Si w EOn (7’),
on obtient enappliquant
théorèmede
Dirichlet avecQ = Ti+1(03C9) que
et donc que w E
03A9(03C4’) (voir [2]).
4. Démonstration de la
proposition
3.6Le vecteur w est fixé une fois pour
toutes,
on notera doncTi
lespériodes Ti(03C9).
On considère une suite de meilleuresapproximations
wi , c’est-à-direune suite de vecteurs rationnels telle que
IITi(úJi - 03C9)~ = ~Ti03C9~Z
etTiwi
=wi E Zn. Soit k E
Z’,
comme w est nonrésonant,
lesproduits
scalairesk, 03C9i>
nepeuvent
être entiers que pour un nombre fini de valeurs dei,
eton
peut
définirÉtablissons
pour commencer lesinégalités
On a
- 462 - et
donc
On en déduit que
En
appliquant
le Théorème de Dirichlet avecQ
=Ti+1,
on obtientce
qui
donne lapremière égalité.
La secondeinéqualité
est alors uneconséquence
directe de
l’hypothèse.
Un calcul
simple
donne alors queoù y
est donné dans l’énoncé. Définissons l’indiceD’un
coté, l’inégalité
implique, puisque Tj(k)+1 CT1+03C4j(k),
queD’un autre
coté,
on a lamajoration
On a
donc, comme j(k) i(k),
En utilisant encore le théorème de
Dirichlet,
on obtientet donc
où C ne
dépend
pas de k. Il est facile de voir que T M, etdonc,
par(4.1)
et
(4.2)
queoù
E(x)
est une fonctionqui
tend vers 0lorsque
x tend vers l’infini. Laproposition
annoncée en découle.Bibliographie
[1]
JACOBSON N., Basic Algebra I, second edition, W. H. Freeman and Company, NewYork, (1985).
[2]
LOCHAK P., Canonical perturbation theory via simultaneous approximation, Russ.Math. Surveys 47, p. 57-133