Sujet 1
Série /
ES
Épreuve /FrançaiS
Coefficient /
3
Baccalauréat /1
ertour
Durée /
2H30
Session /
2019
L’usage des calculatrices et des dictionnaires est interdit.
Le sujet comporte 4 pages, numérotées 1/4 à 4/4.
Le candidat s’assurera qu’il est en possession du sujet correspondant à sa série.
Thématique : Pouvoir et engagement Corpus de documents :
Document A : Victor Hugo, Les Misérables, « L’Alouette », partie I Livre IV chapitre 3, 1862
Document B : Extrait du Rapport du Comité contre l’esclavage moderne, 2014
Document A
Grâce aux cinquante-sept francs de la voyageuse, Thénardier avait pu éviter un protêt1 et faire honneur à sa signature. Le mois suivant ils eurent encore besoin d’argent ; la femme porta à Paris et engagea au mont-de-piété le trousseau de Cosette pour une somme de soixante francs. Dès que cette somme fut dépensée, les Thénardier s’accoutumèrent à ne plus voir dans la petite fille qu’un enfant qu’ils avaient chez eux par charité, et la traitèrent en conséquence. Comme elle n’avait plus de trousseau, on l’habilla des vieilles jupes et des vieilles chemises des petites Thénardier, c’est-à-dire de haillons. On la nourrit des restes de tout le monde, un peu mieux que le chien et un peu plus mal que le chat. Le chat et le chien étaient du reste ses commensaux habituels ; Cosette mangeait avec eux sous la table dans une écuelle de bois pareille à la leur. […]
Certaines natures ne peuvent aimer d’un côté sans haïr de l’autre. La mère Thénardier aimait passionnément ses deux filles à elle, ce qui fit qu’elle détesta l’étrangère. Il est triste de songer que l’amour d’une mère peut avoir de vilains aspects. Si peu de place que Cosette tînt chez elle, il lui semblait que cela était pris aux siens, et que cette petite diminuait l’air que ses filles respiraient. Cette femme, comme beaucoup de femmes de sa sorte, avait une somme de caresses et une somme de coups et d’injures à dépenser chaque jour. Si elle n’avait pas eu Cosette, il est certain que ses filles, tout idolâtrées qu’elles étaient, auraient tout reçu ; mais l’étrangère leur rendit 5
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Filière ES > Français > Sujet N°1
le service de détourner les coups sur elle. Ses filles n’eurent que les caresses. Cosette ne faisait pas un mouvement qui ne fît pleuvoir sur sa tête une grêle de châtiments violents et immérités. Doux être faible qui ne devait rien comprendre à ce monde ni à Dieu, sans cesse punie, grondée, rudoyée, battue et voyant à côté d’elle deux petites créatures comme elle, qui vivaient dans un rayon d’aurore !
La Thénardier étant méchante pour Cosette, Éponine et Azelma furent méchantes.
Les enfants, à cet âge, ne sont que des exemplaires de la mère. Le format est plus petit, voilà tout. […]
D’année en année, l’enfant grandit, et sa misère aussi.
Tant que Cosette fut toute petite, elle fut le souffre-douleur des deux autres enfants;
dès qu’elle se mit à se développer un peu, c’est-à-dire avant même qu’elle eût cinq ans, elle devint la servante de la maison.
Cinq ans, dira-t-on, c’est invraisemblable. Hélas, c’est vrai. La souffrance sociale commence à tout âge. N’avons-nous pas vu, récemment, le procès d’un nommé Dumolard, orphelin devenu bandit, qui, dès l’âge de cinq ans, disent les documents officiels, étant seul au monde « travaillait pour vivre, et volait ».
On fit faire à Cosette les commissions, balayer les chambres, la cour, la rue, laver la vaisselle, porter même des fardeaux. Les Thénardier se crurent d’autant plus autorisés à agir ainsi que la mère qui était toujours à Montreuil-sur-mer commença à mal payer. Quelques mois restèrent en souffrance.
Si cette mère fût revenue à Montfermeil au bout de ces trois années, elle n’eût point reconnu son enfant. Cosette, si jolie et si fraîche à son arrivée dans cette maison, était maintenant maigre et blême. Elle avait je ne sais quelle allure inquiète. Sournoise ! disaient les Thénardier.
L’injustice l’avait faite hargneuse et la misère l’avait rendue laide. Il ne lui restait plus que ses beaux yeux qui faisaient peine, parce que, grands comme ils étaient, il semblait qu’on y vît une plus grande quantité de tristesse.
C’était une chose navrante de voir, l’hiver, ce pauvre enfant, qui n’avait pas encore six ans, grelottant sous de vieilles loques de toile trouées, balayer la rue avant le jour avec un énorme balai dans ses petites mains rouges et une larme dans ses grands yeux.
Dans le pays on l’appelait l’Alouette. Le peuple, qui aime les figures, s’était plu à nommer de ce nom ce petit être pas plus gros qu’un oiseau, tremblant, effarouché et frissonnant, éveillé le premier chaque matin dans la maison et dans le village, toujours dans la rue ou dans les champs avant l’aube.
Seulement la pauvre alouette ne chantait jamais.
Victor Hugo, Les Misérables, « L’Alouette », partie I Livre IV chapitre 3, 1862 1. Protêt : acte faisant constater le défaut de paiement
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Filière ES > Français > Sujet N°1 Document B
On peut dire que, depuis que le travail existe, c’est à dire depuis toujours, les enfants travaillent dès leur plus jeune âge. Ils aident leurs parents artisans dans les villes ou sont employés aux travaux des champs. Ils le font la plupart du temps en famille et leur métier leur est attribué de père en fils.
C’est au début du XIXème siècle, avec la création de l’industrialisation (chemin de fer, machine à vapeur, nouvelles techniques industrielles …) que ces métiers de père en fils commencent à disparaître. Une demande importante de main d’œuvre est nécessaire pour « la révolution industrielle ». Les enfants sont exploités dès l’âge de 8 ans dans les usines mécanisées pour réaliser des travaux qu’aucunes machines ne sont capables de faire. Ils ne sont que très peu payés, en moyenne trois à quatre fois moins qu’un adulte pratiquant le même travail ; c’est pour cela que la plupart des patrons encouragent cette pratique.
Les principales raisons du travail des enfants sont des facteurs économiques et sociaux :
Le remboursement de dettes de la part de leurs parents, le besoin de revenus supplémentaires pour aider leur famille, le manque de confiance des parents dans le système scolaire, l’impossibilité d’assumer le coût des études, notamment dans certains pays où les uniformes, les livres, les transports sont très chers, l’analphabétisme ; le décès ou l’absence du père ; les enfants abandonnés ou errants ; les conditions de vie très précaires dans certains quartiers pauvres de grandes villes ; le laxisme de beaucoup de politiques qui ferment les yeux sur ces pratiques dégradantes pour les enfants ; les différentes crises économiques mondiales actuelles qui précipitent beaucoup d’enfants de pays pauvres dans la rue ; et beaucoup d’autres raisons…
Selon le BIT (Bureau International du Travail), en 2001, on compte 246 millions d’enfants de 5 à 17 ans contraints de travailler dans le monde. La plupart travaille dans l’agriculture, l’artisanat et l’industrie. Il est à noter que cela reste plus que jamais un problème mondial. De nos jours, les lois existantes sur la limitation ou l’interdiction du travail des enfants ne sont pas bien respectées dans le monde que ce soit dans les grandes entreprises ou dans les petites structures, les petits ateliers où les enfants représentent encore une main d’œuvre très bon marché.
Comme l’exemple de Samsung, géant Sud-Coréen, qui décide d’arrêter de collaborer, en 2014, avec un fournisseur chinois qui embauche sur la foi de faux documents d’identité des enfants mineurs qui travaillent illégalement, la nuit (France 24 rubrique économie du 14 juillet 2014). Cette usine est située à Dongguan, à 100 km au Nord de Hong-Kong. Cela fait suite à un rapport de China Labor Watch (ONG américaine) qui a prouvé, témoignages à l’appui, que cette usine emploie des jeunes de moins de 16 ans pour en faire des « enfants-ouvriers ». Âgés de 14 ans pour la plupart, 5
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ils fabriquent entre 20 h et 8 h du matin, 100 unités de coques de téléphone par heure. Ces cadences infernales sont impossibles à tenir pour leurs petites mains.
Sans contrat de travail, la plupart de ces jeunes sont en détresse psychologique et physique.
Autre exemple à noter : d’après une enquête de « Cash Investigation », diffusée le 4 novembre 2014 sur France 2, les Smartphones Apple, Samsung, Huawei, Alcatel, Wiko et d’autres sont fabriqués par des jeunes filles de 12 à 13 ans qui travaillent parfois même la nuit. En caméra cachée, un journaliste chinois a réussi à se faire embaucher comme employé dans une usine de Nanchang, en Chine. Il a filmé près d’une centaine d’enfants sur 500 employés. La plupart des entreprises concernées n’ont pas souhaité réagir.
Ces pratiques illégales en Chine sont pourtant répandues mais pas pour autant punies puisqu’elles permettent une main d’œuvre docile et bon marché.
Rapport du Comité contre l’esclavage moderne, 2014
1. Résumé (6 points) :
Vous résumerez le document B en 10 lignes.
2. Question d’analyse (4 points) :
Selon les documents, en quoi les conditions de vie des enfants sont-elles difficiles ? Analysez ces documents en s’appuyant sur les procédés littéraires.
3. Synthèse guidée (10 points)
Vous rédigerez la synthèse de ces documents en analysant les raisons du travail des enfants et leurs conditions de vie.
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