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Chapitre 1 : La clé du bonheur se trouve dans tes yeux

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Academic year: 2022

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Chapitre 1 : La clé du bonheur se trouve dans tes yeux

Par Coemgenus

Publié sur Fanfictions.fr.

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Livrée à son pain quotidien, la ville rayonnait de vie dans tous les sens. Bon nombre d’habitant en ce jour avaient décidé de se rendre en extérieur pour leur occupations personnelles.

Certains pour faire leur courses comme tous les week-end et particulièrement le samedi, tandis que d’autres pour simplement profiter des rayons du soleil ainsi que de ce temps tout

simplement exquis. Il aurait été bête de ne pas mettre les pieds dehors au moins une fois dans la journée, car en cette période de l’année pour les résidents de cette ville, il était rare d’avoir un temps aussi mémorable. Ni trop chaud ni trop froid, juste la température idéale et pas le moindre nuage à l’horizon. C’était comme si une divinité bienveillante tenait à offrir un moment de réconfort à ces quelques gens, avant qu’ils ne reprennent leur quotidien morose et dans le gris, car telle était la couleur du ciel en cette période de l’année.

Mais les gens de cette ville ne s’en plaignaient pas nécessairement. Ils étaient conscient, à la différence de beaucoup de monde, que le mauvais temps était tout aussi nécessaire que l’éclatant ciel bleu que leur offrait cette journée bénie par les Dieux. Le climat naturel, voila quelque chose contre quoi l’humanité ne pouvait rien, au risque de se brûler les doigts et de sombrer dans un dérèglement climatique sans précédent. Il valait mieux se contenter du strict nécessaire et jeter le reste. En un sens, les habitants de cette ville avaient une philosophie de vie plutôt saine et écologique, dans chaque acte de leur vie quotidienne. C’est principalement pour cette raison que peu de voyageurs traversaient leur ville, ce qui parfois lui donnait des aspects de ville fantôme. Personne n’était intéressé par le fait de vivre reclus dans une p’tite ville perdue au fin fond du monde. Tout était tellement morose et quotidien, répétitif, comme si leur vie était réglée sur une boucle qui ne cesse jamais de se répéter à l’infini.

Mais alors que seuls les voix des acheteurs répondaient à celles des commerçants, ainsi que celles des discussions entre amis ou connaissances de la ville, un autre bruit sourd et épais dans l’atmosphère vint interrompre tout cela. Ce son si particulier n’était autre que celui d’une moto, à la peinture rouge pétante pour bien attirer le regard. Dans cette ville, ce genre de véhicule était mal vue, la raison première était son émission de CO2 plus que déplorable. Le propriétaire de ce déchet métallique étant pour le moment démuni financièrement, n’avait malheureusement pas l’occasion ni la chance d’emmener faire réparer sa bécane, qui lâchait un nuage de fumée à son passage.

En arrivant au milieu de la foule dans un fracas assourdissant ainsi que dans un puanteur de tous les diables, la moto se stoppa d’un coup sec pour se poser quelques instants. Le

conducteur posa alors un premier pied à terre pour stabiliser son engin et retira son casque en laissant ses cheveux noir retomber en arrière, dans un sourire plus qu’éclatant. Cette personne au volant n’était autre qu’une femme, ou plutôt une jeune fille. Une chose frappante chez elle

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n’était autre que sa taille, dépassant très largement celle de tout le monde ici, et frôlant dangereusement les deux mètres. La taille de sa poitrine aussi n’était pas en reste, ayant été gâtée par la nature. A la grande différence du reste de cette ville, cet être particulier semblait posséder une chose unique, quelque chose qui lui donnait la chance de sortir du lot et de voir le monde d’un autre œil. Mais en parlant de cela, ses yeux étaient tous les deux d’une couleur différente. Son œil droit était bleu, tandis que son gauche était rouge, accentuant étrangement la méfiance des habitants à son arrivée.

Bonjour tout le monde, vous allez bien aujourd’hui ? Il fait super beau en ce moment, vous avez raison d’en profiter… Je ferais exactement pareil à votre place. S’exclama la jeune femme en s’attendant à une réponse d’au moins une petite personne. Mais en constatant que chaque habitant en sortie ne se préoccupaient désormais plus de sa personne, celle-ci gonfla ses joues progressivement en empruntant une mine vexée. Eh, j’vous parle ! Ça vous dirait de me répondre au moins un mot, ou quelque chose ?

J’suis pas une étrangère pour vous, alors respectez-moi !

Et toi, est-ce que tu nous respectes en te pointant ici avec ton horreur ? Répliqua aussi tôt une vieille femme, échappant à sa discussion avec un commerçant pour venir vers la jeune femme. Son regard aigri et désagréable dévisagea tout de suite la demoiselle à moto, qu’elle tapa du bout de sa canne d’ailleurs. Petite effrontée, ce n’est pas en

agissant ainsi que tu obtiendras la moindre marque de respect de notre part à tous… Tu ferais mieux de rentrer chez toi, avec tes yeux plus que bizarre et dérangeant…

Pourquoi est-ce que vous parlez de mes yeux… ? Je suis née avec et la nature ne m’a pas donné le choix, mon apparence physique n’a rien à voir avec le reste. Déclara la demoiselle en exprimant désormais sa surprise et son dérangement d’être visée par rapport à ses yeux, un sujet plus que sensible chez elle, un peu comme un genre de complexe. A cause de cela, le ton de sa voix commença à monter d’un cran, devenant presque agressive. En quoi est-ce que mes yeux vous dérangent de toute façon ?! Je suis née avec et je ne peux rien y faire, alors va falloir tous vous y faire.

Tu pourrais tout aussi bien quitter cette ville, tu sais ? Rien ne t’oblige à rester parmi nous puisque tu n’es pas prête de te faire accepter par notre communauté, Ruko aux yeux varions. Enchaîna de nouveau la vieille dame en sachant de mieux en mieux qu’en évoquant ce sujet, elle toucherait un point sensible chez son adversaire.

Une telle cruauté sans pitié de la part d’une seule et même personne, motivée par la pensée commune d’une ville toute entière à l’égard d’une personne unique. Ruko avait le sentiment d’affronter une armée toute entière, bien déterminée à pourrir son morale ainsi que sa

confiance en elle. La demoiselle n’était pas en mesure de lutter contre cette agression et elle le savait bien, sentant plus que jamais cette tension qui la rongeait de l’intérieur.

Choisissant la fuite afin d’échapper à ce sentiment plus qu’oppressant, la jeune femme redémarra le moteur de sa moto et remit son casque sur sa tête pour se remettre en route et s’en aller d’ici. Elle sentait encore le regard de cette vieille sorcière se poser sur elle, puis ce sourire qui se manifesta sur ses lèvres. Alors que la brunette était de dos à son ancienne interlocutrice et s’en éloignait, elle pouvait sentir cette satisfaction d’avoir ébranlé sa joie de

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vivre, de l’avoir brisé en quelque sorte. Comment un être humain pouvait t-il se montrer aussi mauvais, aussi fourbe ? Ruko n’en savait trop rien, et cette flèche ayant transpercé son coeur à l’écoute des paroles vexantes de cette femme la déchira, au point de la faire fondre en larmes.

Elle ne pouvait plus lutter contre l’appel de ses pleures, et dû se caler dans une ruelle afin de ne pas avoir d’accident à cause de ses larmes lui obstruant la vue. Elle espérait pouvoir passer une bonne journée en compagnie du seul Soleil, généreux en rayon de lumière, mais c’était peine perdue dans une ville pareille. La pensée de s’en aller, de fuir tous ces gens commença à germer dans son esprit. Si elle allait ailleurs, peut-être serait-elle vraiment plus heureuse et qu’on cesserait de la juger ainsi.

« Fuir… ? Ce n’est pas ainsi que je t’ai élevé, ma fille. Je t’ai appris le courage, la

détermination. Ce sont des valeurs de vie que je juge suffisamment importantes pour te voir les mettre en œuvre. Je t’ai appris à devenir une femme forte qui ne se laisse pas abattre, alors continue de toujours croire en toi. »

Cette toute petite voix qui résonnait en elle avec autant de violence, n’était autre que celle de son cher papa. Ruko à la mort de son père, avait emprunté cette habitude de se souvenir de ses enseignements lorsque le doute s’installait dans son coeur. Il était resté son seul repère fiable dans cette vie, son moteur qui l’empêchait de laisser tomber à chaque fois qu’on la traînait dans la boue. Elle se souvenait très exactement du timbre de sa voix, de ce sourire qui inondait chaque fois son visage lorsqu’il lui donnait ce genre de conseil. Quelque part, elle le savait, il adorait lui enseigner ce genre de chose. Et elle, aimait entendre ses mots réconfortant.

De son vivant, son père avait été la seule personne à réellement croire en elle ainsi qu’en ses capacités. C’était grâce à cet homme que la jeune femme était devenue aussi forte, grâce à son soutien constant.

C’est vrai. Une fois de plus tu as encore raison, papa. Excuse-moi d’avoir flanché quelques instants, je resterais forte comme tu as toujours voulu que je sois. Tu verras, rien ne m’empêcheras de profiter de ma journée. Déclara Ruko en se séchant les yeux d’un mouvement de manche, tentant tant bien que mal de retrouver un semblant de sourire.

Sans perdre de temps, Ruko renfila son casque pour la seconde fois et se remit en route pour sa destination. Ce sourire sur son visage était en quelque sorte la preuve que le harcèlement dont elle était sujette ne l’atteignait plus tant que ça et qu’elle pouvait passer outre. En un sens, elle se sentait fière d’avoir autant de force pour dépasser de telles attaques. Mais elle savait aussi que sans son père à ses côtés, dans son coeur, jamais elle n’aurait la volonté nécessaire pour tout supporter et aller de l’avant. C’est vrai qu’il lui manquait énormément, ce père absent, mort. Elle s’en souvenait comme si c’était hier. Il y a seulement trois ans qu’il les avait tous quitté, laissant derrière lui, une pauvre petite fille en quête de connaissance et

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d’apprentissage. Il était comme un guide existentiel à ses yeux, et sans sa présence, Ruko ne savait plus vraiment comment marcher et avancer. C’est pour cette unique raison qu’elle avait choisis d’inscrire sa voix dans son esprit et dans son coeur, pour la réveiller lorsqu’elle jugeait cela nécessaire.

Sur la route alors que la silhouette des habitants de la ville s’effaçait progressivement de sa vision, elle se laissa aller à se replonger dans ses souvenirs lointains, les plus agréable. Elle se revoyait en compagnie de son papa, sur le bord de la route, lui tenant la main sur le retour de l’école. C’était un jour comme celui-ci, aussi lumineux. Mais tout comme elle en ce moment et aujourd’hui, une moto passa ce jour-là à ras de la jeune fille et le bruit l’effraya. C’était

quelque chose de soudain, de trop bruyant pour ne pas perturber l’enfant dans son age assez bas. Le premier réflexe de l’enfant a été de se blottir dans les bras de son père en pleurant sous l’effet de la peur. C’est grâce aux si belles paroles de son père que la moto devint par la suite, son moyen de déplacement favoris. Ses mots furent simple, mais profond.

« La moto n’est en rien un monstre effrayant, au contraire. Cela permet d’être libre dans le vent, de n’appartenir qu’à la route. Quand on est au volant d’une moto, on se sent libre, on ressent le vent souffler sur nous. Et surtout, le monde devient sourd et nous pouvons entrer dans une bulle de sécurité qui n’appartient qu’à nous. »

C’est à partir de ce jour bien précis, que Ruko nourrit l’envie de se déplacer de cette façon.

Qu’à chaque occasion, elle demandait à son père de pouvoir venir avec lui sur sa moto pour pouvoir ressentir encore et encore, cette sensation de pure liberté qu’il évoquait quelques années plus tôt. Elle était progressivement devenue accro à cela, et c’est pour cette raison que son père lui acheta pour ses 18 ans, une moto afin de célébrer sa majorité en tant que femme accomplie. Il était tellement fier d’elle, cela se voyait dans ses yeux. Et Ruko était tellement heureuse d’avoir un père aussi gentil et attentionné pour prendre soin d’elle.

Seulement, cette belle période était derrière elle désormais. Ruko devait avancer toute seule, sans l’aide de personne à ses côtés pour la soutenir. Bien sur qu’elle avait toujours sa mère, mais avec elle, rien n’était plus pareil depuis le décès de son père. Elle avait commencé à la tenir pour responsable de sa mort, à cause de ces fameux yeux varions. Aux yeux de bien du monde, c’était le signe d’une malédiction. Mais jamais elle n’aurait pensé que c’était

également la pensée de sa mère à son sujet. Elle se sentait détruite, trahie, humiliée… Mais Ruko s’était jurée de ne jamais abandonner, d’être toujours cette femme forte dont son père pourrait être fière. Et même si ce dernier lui manquait plus que tout dans ce monde, elle continuait de se battre pour être heureuse un jour, pour sourire à la vie.

Le bruit du moteur de sa moto se calma rapidement à l’extinction de cette dernière, alors que la demoiselle garait son véhicule à l’emplacement spécialement conçu pour. Retirant de nouveau son casque pour le prendre sous son épaule, elle entama sa marche pour entrer dans le

commerce devant lequel elle s’était arrêtée. Aujourd’hui, Ruko était de sortie pour les courses.

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Après des années à rester en froid avec sa mère, les deux femmes avaient finalement réussi à retrouver un semblant d’entente et avaient réussi à organiser un planning des tâches à faire à la maison. Il se trouvait justement que c’était son tour d’aller acheter le pain, d’où sa sortie en plein air. Bien des jeunes auraient rouspété d’être obligé de se plier toujours aux tâches quotidiennes, mais Ruko aimait particulièrement cela. Ça l’empêchait de se morfondre jour après jour dans son coin en pensant à ses malheurs, à ses tourments et surtout à l’absence de cet être si cher pour elle.

Poussant la porte d’entrée pour pénétrer dans la boulangerie de sa ville, Ruko lança un grand sourire à la vendeuse, qui se ravisa de lui rendre en voyant cette fameuse cliente. Dans l’ensemble de ce patelin, la demoiselle traînait derrière elle une réputation de sorcière, voire pire encore que cela. Elle tentait de garder le sourire et de faire comme si de rien, mais cela devenait de plus en plus difficile de cacher sa peine, cette douleur et ces blessures dans son coeur.

Je vais voir une baguette de pain ainsi que trois croissants, s’il vous plaît. Demanda le plus poliment du monde la jeune femme en attendant de se faire servir. Seulement, en voyant que la vendeuse ne daignait pas bouger le petit doigt et se contentait de lui lancer un regard assassin, Ruko trouva bon de réclamer encore, perplexe et légèrement effrayée. Euh… Excusez-moi, je vous ai demandé quelque chose.

Je refuse de servir la sorcière de la ville. Vous n’avez pas encore compris que personne ne veut de vous ici ? Vos yeux de couleur différentes nous effraient tous autant que nous sommes.. C’est à cause de vous que ce pauvre homme

est mort. Affirma la vendeuse sans la moindre pitié, plantant un nouveau couteau dans le coeur de son interlocutrice.

JE VOUS INTERDIS DE PARLER DE MON PÈRE DE CETTE FAÇON ! Hurla Ruko en sentant sa conscience céder sous le poids de sa colère intérieure, et enfonçant son bras dans la vitrine principale pour la briser dans un éclat assourdissant. Cela effraya bien sur l’ensemble du personnel ainsi que les clients qui attendaient derrière. Vous ne savez rien de mon de père ainsi que de moi. Vous parlez tous de ma honte, de ce que j’ai pu faire… Mais en réalité, vous profitez surtout de sa mort pour parler dans son dos, pour parler de moi alors que vous savez tous au fond que mon père m’aimait et qu’il vous aurait interdis de parler de moi comme ça. Vous, vous tous ici dans cette maudite ville, vous êtes tous des lâches sans le moindre courage. Et je vous hais tous autant que vous êtes. Affirma sans retenue la jeune femme, avant de retirer son poing de la vitrine, révélant ses nombreuses coupures ainsi que le sang s’en écoulant en abondance.

Si vous nous détestez tant que ça, qu’est-ce que vous attendez pour foutre le camp d’ici et ne jamais revenir ? Demandait la vendeuse en tentant de masquer sa crainte, voulant montrer un semblant de force et de fierté mal placée.

C’est précisément ce que je vais faire…! Voir vos sales tronches tous les jours m’est devenu insupportable. Alors je m’en vais d’ici, comme ça vous aurez tous la paix et vous pourrez pourrir en Enfer, tous autant que vous êtes.

Partant finalement sans ses achats prévus à la base, Ruko sentait qu’en restant ici une

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seconde de plus, elle ne pourrait pas résister à foutre son prochain coup de poing dans le visage de cette vendeuse plus que prétentieuse. Elle n’avait pas ressenti le même sentiment plus tôt envers la vieille dame, car elle venait à peine d’entamer sa journée. Mais que cette femme évoque la personne de son père avait été la goûte d’eau. Son père était un homme bien, respectueux de son entourage et surtout aimant sa famille. Ruko ne supportait pas qu’on puisse parler en son nom et profiter de sa mort pour se donner des droits illégitimes.

Ravalant sa fierté, la jeune femme refusait de laisser paraître une seule once de sa douleur au travers de son expression. Pourtant, elle devait bien admettre que c’était très douloureux, ce sang qui s’écoulait à chacun de ses pas pour couler sur le sol de cette boulangerie. Cela faisait mal, aussi bien physiquement que mentalement elle ne rêvait que d’une seule chose, pouvoir hurler de nouveau toute sa rage. Les gens de cette ville étaient vraiment trop mauvais, et tout cela à cause d’une différence de couleur dans ses yeux. Parfois, elle maudissait cette

particularité physique. Mais dès que cela se produisait, elle se souvenait des mots de son père, qu’elle devait s’accepter ainsi et ne pas écouter tous ces gens autour d’elle ainsi que leur moqueries. Ils lui manquaient tellement, tous ses bons conseils qui faisaient d’elle, une fille bien éduquée et propre sur elle. Alors que sa présence disparaissait toujours plus de sa mémoire, et que son absence se faisaient de plus en plus ressentir dans son coeur, Ruko sentait qu’elle se laissait envahir par de mauvaises émotions. Elle détestait cette facette de sa personnalité, qu’elle aurait voulu combler avec de l’amour. Le seul amour véritable de sa vie, envers son père.

C’était trop pour elle, allant donc se caler à côté de sa moto dans une autre ruelle, les larmes coulèrent de nouveau de ses yeux. Elle ne se sentait pas à sa place ici, et même dans ce monde plus qu’injuste qui avait trouvé bon de lui retirer la seule personne essentielle à son existence. Et si au fond ils avaient tous raison, et si c’était elle la responsable de sa mort et qu’elle était une sorcière ? Non, elle devait arrêter tout de suite de penser de cette façon et retrouver ses idées claires. Au moins, en sentant ces larmes couler de ses yeux et tomber jusque dans sa main, elle retrouva le sourire. Ses larmes étaient normales, témoignant de son humanité.

Il me reste au moins mes larmes pour me protéger…. Cela fait toujours de moi une humaine.

De son bras encore valide, Ruko s’essuya les yeux afin d’éliminer le reste de larmes. Elle n’avait pas l’habitude de pleurer autant en une journée, c’était quelque chose d’assez rare.

En un sens, elle se disait que s’il pouvait la voir en cet instant, son père serait horriblement déçu de son comportement ainsi que de ses réactions. Il fallait qu’elle se reprenne et ce, même si ces larmes constituaient pour elle, une marque de son humanité comme tous les autres.

Approchant de sa moto pour se mettre dessus afin de s’en aller pour rentrer chez elle, la jeune motarde se prépara alors à mettre son casque sur sa tête. Seulement, c’est en le passant devant ses yeux que sa surface refléta quelque chose de plutôt inattendu, ses yeux. Bien sûr que Ruko voyait ses yeux tous les jours dans la glace en se préparant le matin, mais

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aujourd’hui c’était quelque peu spécial. Elle était en train de douter affreusement d’elle, se voyant comme un monstre, au travers de cette image que les habitants avaient tous d’elle. Ses deux yeux, ils avaient bien une couleur différente, un œil rouge et un œil bleu. Depuis toute petite, la motarde s’était posée une question. Pourquoi est-ce que la nature avait trouvé bon de la

rendre différente des autres ? Elle était comme une paria dans ce monde, personne n’était vraiment prêt à accepter une sorcière. Mais pourtant, malgré ces mots de haine et de rejet circulant librement dans son esprit, elle se sentait en sécurité en regardant fixement ses yeux.

Car au-delà des mots des résidents, l’écho d’une voix bien particulière vint balayer tout le reste pour la faire sourire. Une fois de plus, Ruko avait oublié quelque chose.

« Ma chérie, pourquoi est-ce que tu vois ta singularité comme un défaut ? C’est une chance que la nature t’a fais, bien au contraire. A la grande différence de nombre de personne, tu es capable de voir le monde de deux façons bien distincte. Lorsque tu doutes, il te suffit simplement de fermer un œil et de te concentrer sur la vue que t’offre celui que tu laisses ouvert, tu comprends ? »

Ces mots, ces douces paroles, elle se souvenait les avoir entendu de la part de son père.

Seulement, bien que cela lui procurait encore un grand réconfort, elle ne se souvenait pas exactement de leur sens exact. Que voulait-il dire par « voir le monde d’un autre œil » ? Elle avait besoin de savoir, de comprendre. Et pour cela, il fallait qu’elle se rende sur les lieux où ces mots furent prononcés.

Quittant alors son entreprise de rentrer chez elle, Ruko était bien déterminée à savoir. Son casque une fois de plus sur sa tête ainsi que son moteur allumé, la demoiselle roula à toute vitesse sur la route déserte, à la recherche de ce lieu bien particulier. Après cinq minutes de moto, la demoiselle arriva finalement à destination. Elle connaissait après tout cette ville comme sa poche. Aucune chance pour elle de se perdre. Ruko venait d’arriver dans ce petit parc, celui de son enfance. Garant sa moto juste devant l’entrée, elle s’abandonna à pénétrer en ces lieux autre fois familier. Elle n’avait plus osé entrer ici depuis la mort de son père, lui évoquant beaucoup trop de souvenirs pour pouvoir les affronter. Alors que ses pas la guidaient à

l’intérieur, que ses pas foulaient cet endroit si fort en sentiment, elle se souvenait. Chaque jour ici lui revenait en mémoire, c’était toujours son moment de bonheur, son refuge quelque part.

Et c’est en jetant son regard sur le haut de la colline que cette fameuse scène refit surface dans son esprit.

Un jour, alors que la demoiselle s’était blessée au genou au tombant maladroitement, elle était revenue vers son papa en pleurant à chaudes larmes. Celui-ci s’était occupé de sa blessure bien évidemment, déposant même un bisou tout magique sur la plaie. Mais Ruko ne se sentait pas encore mieux, car durant sa journée, des camarades de classe n’avaient pas hésité à se moquer de sa particularité, encore une fois. Ce jour-là, la jeune fille s’était sentie perdue,

monstrueuse et totalement différente des autres, rejetée. Mais c’est alors que son père, pour la rassurer et la réconforter, lui adressa quelques mots, qui resteraient à jamais gravés dans sa

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mémoire.

« Ces petits enfants ont beau se moquer de toi, ils n’ont pas une chance aussi grande que la tienne, Ruko. Tu te rends compte au moins ? Tu es capable de voir le monde de deux façons différentes. Pour cela, il te suffit de fermer un œil et de laisser l’autre ouvert…

Ainsi, tu auras deux points de vue différents, deux façons d’aborder ce monde. Tes yeux ne sont pas un handicap, ma chérie, c’est une force. »

Séchant ces larmes, la jeune Ruko de cette époque avait bien écouté les mots de son père. Sa voix était tellement belle, si réconfortante. Fermant un œil comme il lui avait conseillé, elle s’était étonnée de voir des choses qu’elle ne voyait pas avant cela et s’en amusait, courant partout comme une petite folle. Qui aurait cru que juste fermer un œil aurait pu offrir une telle chance, une telle force ?

C’est justement la question que se posait la Ruko actuelle, visualisant parfaitement la scène en question, dans ce lieux bien précis. Voulant complètement comprendre, ressentir les choses, elle alla sur la colline pour s’y installer et regarder le monde depuis ces hauteurs. C’est alors qu’elle pu voir, toute cette immensité. La colline n’était pas excessivement haute, mais

pourtant, elle donnait accès à une toute autre vue, comme celle dont parlait son père. Elle était étonnée, voire même choquée. Jamais elle n’aurait pu croire que depuis tout ce temps, son papa voyait tout cela depuis cette hauteur. Elle avait mal compris ses dires, elle comprenait mieux maintenant, combien son monde était beau, combien la force de son coeur était grande.

Portant sa main valide jusqu’à son œil droit, elle s’obstrua la vue volontairement pour voir…. Le monde de son père. Il était toujours à ses côtés, elle pouvait le sentir et elle n’aurait maintenant plus qu’à fermer les yeux pour se sentir avec lui. Les larmes d’émotions, elles étaient tellement violentes qu’elle coulèrent de ses deux yeux, tandis que Ruko s'eforcait d’admirer ce nouveau monde qui s’offrait à elle. La motarde avait finalement trouvé sa force, et comprenait son

erreur. Plus jamais elle ne prendrait la fuite devant les difficultés, plus jamais elle ne verrait ses yeux comme un handicap, c’était son plus grand trésor.

Papa…. Où que tu sois maintenant, tu me manques tellement. Je ne te décevrais plus jamais, c’est promis. Je le vois, je le vois maintenant ce monde que tu voulais que je vois depuis tout ce temps. C’est magnifique, tellement magnifique. Je voudrais tant que tu puisses le voir avec moi… Mais je te promets d’être forte, de me battre tous les jours et de porter ce sourire que tu m’as forgé lorsque tu étais là, encore vivant. Tu verras papa, tu seras fier de moi, je te le promets.

FIN

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NOTE DE L'AUTEUR : Le message de cette histoire en gros, c'est que tout le monde est différent et c'est justement ces différences qui nous rendent quelque part unique en ce monde. Alors cultivons-la pour mieux nous entendre. J'espère que ça vous aura plu en tous cas, et... Petit commentaire peut-être?

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