VENDREDI 23 JANVIER 2015
BEL CANTO D’HIER ET D’AUJOURD’HUI OMO BELLO
CLÉMENT MAO-TAKACS
PROGRAMME
VENDREDI 23 JANVIER 2015 20H30 AMPHITHÉÂTRE
Bel canto d’hier et d’aujourd’hui
Giuseppe Giordani
Caro mio ben
Giovanni Battista Pergolesi
Se tu m’ami
Gioachino Rossini
La Promessa –
extrait des Soirées musicalesLa Pastorella dell’Alpi –
extrait des Soirées musicales Alfredo CatalaniIn Sogno –
extrait des Impressioni pour piano Vincenzo BelliniSei Ariette per Marianna Pollini :
Malinconia, Ninfa gentileVanne, o rosa fortunata Bella Nice, che d’amore Almen se non poss’io Per pietà, bell’idol mio Ma rendi pur contento Ottorino Respighi
Notturno – extrait des Six Pièces pour piano P. 44
Vincenzo BelliniLa Ricordanza
Gaetano Donizetti
Giuro d’amore
Il Barcaiuolo –
extrait des Nuits d’été à Pausilippe Giuseppe VerdiStornello
In solitaria stanza –
extrait des Six Romances I (1838) Mario Castelnuovo-TedescoIl Raggio verde op. 9 – pour piano
Paolo TostiLasciami! Lascia ch’io respiri –
extrait des Quatre Chansons d’AmaranteL’alba sepàra dalla luce l’ombra –
extrait des Quatre Chansons d’Amarante’A Vucchella
Giacomo PucciniCh’il bel sogno di Doretta –
extrait de La RondineOMO BELLO, SOPRANO CLÉMENT MAO-TAKACS, PIANO
Ces artistes sont présentés par la Philharmonie de Paris.
FIN DU CONCERT VERS 22H15.
BEL CANTO D’HIER ET D’AUJOURD’HUI
Le XIX
esiècle, en Italie, marque l’apogée du chant. Même si les grands noms de l’opéra composent quelques pages sans voix, il faudra attendre les premières décennies du siècle suivant pour que des musiciens comme Mario Castelnuovo-Tedesco ou Ottorino Respighi osent s’affirmer comme des compositeurs instrumentaux. Si l’opéra triomphe dans l’Italie romantique, il cohabite jusque vers 1840 avec des genres plus intimes pour voix et piano, qui s’épanouissent dans les salons huppés de Milan ou de Turin : principalement la romanza – qui peut flirter, dans son écriture, avec les plus belles pages d’opéra – et l’arietta ou la canzonetta – plus modestes, arborant souvent des textes à la grâce pastorale. Si Bellini et Verdi s’y sont adonnés avec parcimonie, Rossini et Donizetti se sont montrés très féconds.
On peut trouver les prémices de ce genre dans des airs du début du XVIII
esiècle comme Caro mio ben – œuvre de l’un des frères Giordani, Giuseppe ou Tommaso – ou Se tu m’ami, attribué à Pergolèse mais plus vraisemblablement un pastiche dû à Alessandro Parisotti, qui la publia dans les années 1880 au sein d’un recueil d’Arie antiche.
Gioachino Rossini composa des mélodies tout au long de sa
carrière, mais surtout à partir des années trente, après avoir pris
sa retraite de l’opéra. En 1835, il publia ainsi, sous le titre de
Soirées musicales, huit mélodies et quatre duos aux climats très
variés ; on y trouve notamment la tendre canzonetta La Promessa
(La Promesse), sur un poème de Métastase (le principal poète
de l’opera seria du xviii
esiècle), et l’impertinente tyrolienne
La Pastorella dell’Alpi (La Bergère des Alpes). Cette pièce repose
sur un poème du comte Carlo Pepoli, un réfugié politique qui
fréquentait le salon parisien de la princesse Belgiojoso et fut le
librettiste du dernier opéra de Bellini, I Puritani (1835). En pleine
composition de cet ouvrage, Bellini mit en musique un sonnet de
Pepoli, La Ricordanza (Le Souvenir) ; on y reconnaît les prémices de ce qui deviendrait, dans l’opéra, l’air d’Elvira « Qui la voce sua soave ».
En 1829, Bellini avait publié un recueil de six ariettes dédiées à sa protectrice milanaise Marianna Pollini, où Herbert Weinstock voit cependant un hommage secret à la maîtresse de Bellini, Giuditta Turina. Des pages candides y alternent avec d’autres plus véhémentes, avec un sommet dans la troisième mélodie, Bella Nice, che d’amore (Belle Nicé, qui d’amour). Les trois dernières ariettes reposent sur des poèmes de Métastase.
Donizetti laisse quelque 300 mélodies. Composé en 1836, après le triomphe de Lucia di Lammermoor, le recueil des Nuits d’été à Pausilippe avait pour but d’ouvrir au compositeur les portes de Paris ; la barcarolle Il Barcaiuolo (Le Passeur) en est l’une des pages les plus délicieuses, baignant dans un radieux soleil napolitain. Connue aussi par son incipit, « Eterno amore e fè ti giuro » (Je te jure amour éternel et fidélité), l’arietta Giuro d’amore (Serment d’amour) est une vibrante déclaration d’amour.
Premier des deux recueils de Six Romances de Giuseppe Verdi, celui de 1838 préfigure à sa modeste échelle le langage des opéras à venir. In solitaria stanza (Dans une chambre solitaire) en est la pièce maîtresse, annonçant par la tonalité de la bémol majeur, l’accompagnement ternaire et les tournures mélodiques la cavatine de Leonora « Tacea la notte placida », dans Le Trouvère. Stornello (Ritournelle), page pleine de charme et d’esprit, fut publié en 1869 dans un album collectif dont Verdi prit l’initiative, pour aider la famille de son librettiste Francesco Maria Piave, gravement malade.
Anobli par la reine Victoria (dont il fut au service), Francesco Paolo
Tosti a composé environ cinq cents mélodies, dont trente-quatre en
collaboration avec Gabriele d’Annunzio. Ils ont abordé ensemble les
genres les plus divers, de la chanson napolitaine avec ’A Vucchella (La Petite Bouche, 1892) aux magnifiques Quattro Canzoni d’Amaranta (Quatre Chansons d’Amarante), dont l’étouffant Lasciami! Lascia ch’io respiri (Laisse-moi ! Laisse-moi, que je respire) et le lumineux L’alba sepàra dalla luce l’ombra (L’aube sépare l’ombre de la lumière) forment les deux premiers volets.
Commande du Carl-Theater de Vienne, La Rondine (L’Hirondelle) fut créé finalement en terrain neutre, à l’Opéra de Monte-Carlo, le 27 mars 1917. Giacomo Puccini (1858-1924) composa sans grand enthousiasme ce charmant badinage, dont le personnage principal est la courtisane Magda. Elle raconte à l’acte I l’histoire de Doretta, qui découvre l’amour véritable dans les bras d’un étudiant.
CLAIRE DELAMARCHE
Giuseppe Giordani Caro mio ben Caro mio ben, credimi almen, senza di te languisce il cor.
Il tuo fedel sospira ognor.
Cessa, crudel, tanto rigor!
Caro mio ben, credimi almen, senza di te languisce il cor.
ANONYME
Giovanni Battista Pergolesi Se tu m’ami
Se tu m’ami, se sospiri Sol per me, gentil pastor, Ho dolor de’ tuoi martiri, Ho diletto del tuo amor, Ma se pensi che soletto Io ti debba riamar, Pastorello, sei soggetto Facilmente a t’ingannar.
Bella rosa porporina Oggi Silvia sceglierà, Con la scusa della spina Doman poi la sprezzerà.
Ma degli uomini il consiglio Io per me non seguirò.
Non perché mi piace il giglio Gli altri fiori sprezzerò.
PAOLO ANTONIO ROLLI (1687-1765)
Mon cher bien-aimé Mon cher bien-aimé, Crois-moi au moins, Sans toi
Mon cœur se languit.
Ta fidélité Toujours soupire ; Cesse, cruel Toutes ces punitions.
Mon cher bien-aimé, Crois-moi au moins, Sans toi
Mon cœur se languit.
Si tu m’aimes
Si tu m’aimes, si tu soupires Uniquement pour moi, gentil berger, Je souffre de tes martyrs,
J’ai plaisir à ton Amour.
Mais si tu penses que, toi tout seul, Je dois à nouveau t’aimer, Petit berger, tu es facilement Sujet à te tromper.
C’est une belle petite rose pourpre Qu’aujourd’hui Silvia choisira Avec l’excuse de l’épine, Demain, ensuite elle la méprisera.
Mais en ce qui me concerne Je ne suivrai pas le conseil des hommes.
Ce n’est pas parce que j’aime le lys Que je mépriserai les autres fleurs.
Gioachino Rossini La Promessa
Ch’io mai vi possa lasciar d’amare, No, nol credete, pupille care, Ne men per gioco v’ingannerò.
Voi foste e siete le mie faville, E voi sarete, care pupille, Il mio bel foco finch’io vivrò.
PIETRO METASTASIO (1698-1782)
Gioacchino Rossini La Pastorella dell’Alpi Son bella pastorella, che scende ogni mattino ed offre un cestellino di fresche frutta e fior.
Chi viene al primo albore avrà vezzose rose E poma rugiadose, venite al moi gairdin, ahu, ahu...
Chi del notturno orrore Smari la buona via, alla capanna mia ritrovera il cammin.
Venite o passagiero, La pastorella è qua, Ma il fior del suo pensiero Ad uno solo darà!
Ahu, ahu...
CARLO PEPOLI (1796-1881)
La Promesse
Que je puisse cesser de vous aimer, Non ne le croyez pas, tendres prunelles, Je ne vous trahirai jamais, pas même pour jouer.
Vous fûtes et restez mes étincelles, Et serez, tendres prunelles, Mon feu ardent pour toujours.
La Bergère des alpes Je suis la pastourelle Toujours joyeuse et belle Offrant la fleur nouvelle Et des fruits le matin.
Qui viendra dès l’aurore, verra la rose éclore, j’ai du jasmin encore, entrez dans mon jardin.
Ahu, ahu...
Si parmi la bruyère S’égare un téméraire, Qu’il frappe à ma chaumière, Je guiderai ses pas.
Venez, la bergerette À vous conduire est prête, Mais à lui conter fleurette...
Oh, ne l’espérez pas.
Ahu, ahu...
Vincenzo Bellini Malinconia Ninfa gentile Malinconia, Ninfa gentile, la vita mia consacro a te;
i tuoi piaceri chi tiene a vile, ai piacer veri nato non è.
Fonti e colline chiesi agli Dei;
m’udiro alfine, pago io vivrò, né mai quel fonte co’ desir miei, né mai quel monte trapasserò.
IPPOLITO PINDEMONTE (1753-1828)
Vincenzo Bellini Vanne, o rosa fortunata Vanne, o rosa fortunata, a posar di Nice in petto ed ognun sarà costretto la tua sorte invidiar.
Oh, se in te potessi anch’io transformarmi un sol momento;
non avria più bel contento questo core a sospirar.
Ma tu inchini dispettosa, bella rosa impallidita, la tua fronte scolorita dallo sdegno e dal dolor.
Bella rosa, è destinata ad entrambi un’ugual sorte;
là trovar dobbiam la morte, tu d’invidia ed io d’amor.
PIETRO METASTASIO (1698-1782)
Mélancolie, aimable nymphe Mélancolie, aimable nymphe, Je voue ma vie à toi ; Qui méprise tes plaisirs
N’est pas né pour les plaisirs vrais.
J’ai demandé fontaines et collines aux dieux ;
Ils m’ont finalement entendu, je vivrai comblé.
Et mes désirs jamais cette fontaine, Jamais ce mont ne dépasseront.
Va, ô rose chanceuse Va, ô rose chanceuse, Reste dans le sein de Nice Et chacun sera contraint D’envier ton sort.
Oh, si je pouvais moi-même en votre sein Me transformer, juste pour un moment, Il n’y aurait pas de plus grand bonheur Que mon cœur ne pourrait espérer.
Mais tu t’inclines, humiliée, Belle rose pâlissante, Ton front décoloré Par le dédain et la douleur.
Belle rose, à un même sort Nous sommes tous deux destinés ; À devoir trouver la mort, Toi d’envie et moi d’amour.
Vincenzo Bellini Bella Nice, che d’amore Bella Nice, che d’amore desti il fremito e il desir, Bella Nice, del mio core dolce speme e sol sospir, Ahi! verrà, né sì lontano, forse a me quel giorno è già, che di morte l’empia mano il mio stame troncherà.
Quando in grembo al feral nido peso, ahi! misero, io sarò, deh, rammenta quanto fido questo cor ognor t’amò.
Sul mio cenere tacente se tu spargi allora un fior, Bella Nice, men dolente dell’avel mi fia l’orror.
Non ti chiedo che di pianto venga l’urna mia a bagnar, se sperar potess’io tanto, vorrei subito spirar.
ANONYME
Vincenzo Bellini Almen se non poss’io Almen se non poss’io seguir l’amato bene, affetti del cor mio, seguitelo per me.
Belle Nice, qui me donna Belle Nice, qui me donna Un frisson et un désir amoureux.
Ah ! Belle Nice, mon cœur est plein D’un doux espoir et d’un seul soupir, Ah ! Ceci viendra, dans peu de temps, Peut-être que ce jour est même déjà là, Celui où la main impie de la mort Coupera le fil de ma vie.
Quand, au sein de la tombe cruelle, Je devrai, hélas, pitoyablement mentir, Ah ! Ah ! Rappelez-vous combien réellement
Ce cœur vous a toujours aimée.
Si sur mes silencieuses cendres Vous dispersez par la suite une fleur, Belle Nice, moins triste
Sera l’horreur de la mort.
Je ne vous demanderai pas au matin De baigner mon urne de sanglots, Ah ! Si je le pouvais vraiment Je mourrais immédiatement.
Si je ne peux suivre Si je ne peux suivre Mon bien-aimé,
Les passions de mon cœur, Suivez-le pour moi.
Già sempre a lui vicino raccolti amor vi tiene e insolito cammino questo per voi non è.
ANONYME
Vincenzo Bellini Per pietà, bell’idol moi Per pietà, bell’idol mio, non mi dir ch’io sono ingrato;
infelice e sventurato abbastanza il Ciel mi fa.
Se fedele a te son io, se mi struggo ai tuoi bei lumi, sallo amor, lo sanno i Numi il mio core, il tuo lo sa.
PIETRO METASTASIO (1698-1782)
Vincenzo Bellini Ma rendi pur contento Ma rendi pur contento della mia bella il core, e ti perdono, amore, se lieto il mio non è.
Gli affanni suoi pavento più degli affanni miei, perché più vivo in lei di quel ch’io vivo in me.
PIETRO METASTASIO (1698-1782)
Déjà près de lui L’amour recueilli vous lie Et le chemin désert N’est pas pour vous.
Par pitié, ma belle idole Par pitié, ma belle idole, Ne me dites pas que je suis ingrat ; Malheureux et malchanceux Le Ciel m’a suffisamment fait.
Si je suis fidèle envers toi, Si je suis dévoré par tes yeux, L’amour le sait, les Dieux le savent, Mon cœur est à toi.
Mais rends cependant heureux Mais rends cependant heureux De ma belle le cœur
Et je te pardonne, amour, Si le mien n’est pas heureux.
Je crains ses afflictions Plus que mes afflictions, Car je vis plus en elle Que je ne vis en moi.
Vincenzo Bellini La Ricordanza
Era la notte, e presso di Colei Che sola al cor mi giunse e vi sta sola, Con quel pianger che rompe la parola,
Io pregava mercede a martir miei.
Quand’ Ella, chinando gli occhi bei, Disse (e il membrarlo sol me, da me invola):
Ponmi al cor la tua destra, e ti consola:
Ch’io amo e te sol’ amo intender dei, Poi fatta, per amor, tremante e bianca, In atto soävissimo mi pose
La bella faccia sulla spalla manca.
Se dopo il dole assai più duol l’amaro;
Se per me nullo istante a quel rispose,
« Ah! quant’ era in quell’ ora il morir caro! »
CARLO PEPOLI (1796-1881)
Gaetano Donizetti Giuro d’amore Eterno Amore e fè, ti giuro umile ai piè, ti giuro eterna fè,
presente Iddio, ti giuro amor, ti giuro fè, presente Iddio.
Le Souvenir
C’était la nuit et alors que j’étais à ses côtés, Elle seule toucha mon cœur et restant seul à cet endroit,
Avec ces sanglots qui empêchent toute parole,
Je demandai pardon pour mes tourments.
Lorsque, baissant ses charmants yeux, Elle me dit (le seul souvenir de ceci me fait tourner la tête) :
Pose ta tête sur mon cœur et sois consolé : Tu devrais savoir que je t’aime, et toi seul.
Prononçant ces mots par amour, pâlissante et tremblante, Avec l’expression la plus douce, Elle posa son doux visage sur mon épaule gauche.
Bien qu’après ce bonheur, les douleurs aient été encore plus amères,
Bien que pour moi, aucun moment n’ait valu celui-ci,
« Ah ! En cet instant, si chère me serait la mort ! »
Serment d’amour Éternel amour et foi, Je te jure humblement Je te jure éternelle foi
En présence de Dieu, je te jure amour, Je te jure ma foi en Dieu.
Viver, morir per te è il solo ben che a me dal ciel desio.
ANONYME
Gaetano Donizetti Il Barcaiuolo
Voga, voga, il vento tace, pura è l’onda, il ciel sereno, solo un alito di pace par che allegrie e cielo e mar:
voga, voga, o marinar:
voga, voga, marinar.
Or che tutto a noi sorride, in si tenero momento, all’ebrezza del contento voglio l’alma abbandonar.
Voga, voga, o marinar!, o marinar!
Chè se infiera la tempesta, ambedue ne tragge a morte, sarà lieta la mia sorte al tuo fianco vuò spirar, si al tuo fianco io vuò spirar.
Voga, voga, o marinar, Sarà lieta la mia sorte al tuo fianco vuò spirar.
Voga, voga, o marinar.
LEOPOLDO TARANTINI (1811-1882)
De vivre, de mourir pour toi Est la seule chose
Que je désire des cieux.
Le Passeur
Vogue, vogue, le vent se tait, L’onde est pure, le ciel serein, Seul un souffle paisible Semble réjouir le ciel et la mer ; Vogue, vogue, ô passeur, Vogue, vogue, ô passeur.
Maintenant que tout nous sourit En ces instants si tendres, Je veux abandonner mon âme À l’ivresse du bonheur, Vogue, vogue, ô passeur.
Car si la tempête se déchaîne,
Et nous entraîne tous deux dans la mort, Mon sort sera bienheureux,
Car je veux expirer à tes côtés : Vogue, vogue, ô passeur.
Vogue, vogue, ô passeur, Mon sort sera bienheureux, Car je veux expirer à tes côtés : Vogue, vogue, ô passeur.
Giuseppe Verdi Stornello
Tu dici che non m’ami... anch’io non t’amo...
Dici non vi vuoi ben, non te ne voglio.
Dici ch’a un altro pesce hai teso l’amo.
Anch’io in altro giardin la rosa coglio.
Anco di questo vo’che ci accordiamo:
Tu fai quel che ti pare, io quel che voglio.
Son libero di me, padrone è ognuno.
Servo di tutti e non servo a nessuno.
Costanza nell’amor è una follia;
Volubile io sono e me ne vanto.
Non tremo più scontrandoti per via, Né, quando sei lontan mi struggo in pianto.
Come usignuol che uscì di prigionia Tutta la notte e il dì folleggio e canto.
ANONYME
Giuseppe Verdi In solitaria stanza In solitaria stanza Langue per doglia atroce;
Il labbro è senza voce, Senza respiro il sen, Come in deserta aiuola, Che di rugiade è priva, Sotto alla vampa estiva Molle narcisso svien.
Io, dall’affanno oppresso, Corro per vie rimote
Ritournelle
Tu dis que tu ne m’aimes pas. Moi non plus.
Et que tu ne m’estimes pas. Moi non plus.
Et que tu ferres d’autres poissons.
Moi aussi, je cultive d’autres jardins.
Et voici sur quoi nous sommes d’accord :
Tu fais ce que tu veux, et moi de même.
Je suis libre, chacun est son propre maître.
Serviable oui, serviteur jamais.
La constance en amour est une lubie ; Je papillonne et je m’en vante.
Je ne tremble plus quand je te croise, Ni ne pleure à chaudes larmes quand tu es loin.
Comme un rossignol échappé de sa cage, Toute la nuit et tout le jour, je volète et je chante.
Dans une chambre solitaire Dans une chambre solitaire, Elle languit d’une atroce douleur ; Les lèvres dénuées de voix,
La respiration ne faisant plus bouger la poitrine.
Comme dans un parterre dans le désert, Privé de rosée,
Sous l’éclat de l’été, Une faible narcisse s’épuise.
J’ai, oppressée par l’anxiété, Couru à travers les chemins,
E grido in suon che puote Le rupi intenerir Salvate, o Dei pietosi, Quella beltà celeste;
Voi forse non sapreste Un’altra Irene ordir.
JACOPO VITTORELLI (1749-1835)
Paolo Tosti
Lasciami! Lascia ch’io respiri ! Lasciami! Lascia ch’io respiri, lascia ch’io mi sollevi! Ho il gelo nelle vene.
Ho tremato. Ho nel cor non so che ambascia…
Ahimè, Signore, è il giorno! Il giorno viene!
Ch’io non lo veda! Premi la tua bocca su’ miei cigli, il tuo cuore sul mio cuore!
Tutta l’erba s’insànguina d’amore.
La vita se ne va, quando trabocca.
Trafitta muoio, e non dalla tua spada.
Mi si vuota il mio petto, e senza schianto.
Non è sangue? Ahi, Signore, è la rugiada!
L’alba piange su me tutto il suo pianto.
GABRIELE D’ANNUNZIO (1863-1938)
Poussant des cris qui auraient pu Attendrir les roches.
Ô Dieu pieux, sauve Cette beauté céleste : Vous ne devriez sûrement pas Comploter contre une autre Irène.
Laisse-moi ! Laisse-moi respirer ! Laisse-moi ! Laisse-moi respirer, laisse-moi Reprendre courage. Je suis glacée.
J’ai tremblé. J’ai dans le cœur je ne sais quelle angoisse…
Hélas, Seigneur, voici le jour ! Le jour arrive !
Puissé-je ne pas le voir ! Presse ta bouche Sur mes paupières, ton cœur sur mon cœur !
L’herbe tout entière est sanglante d’amour.
La vie se retire, par l’amour submergée.
Je meurs blessée mais non par ton épée.
Mon cœur se vide mais sans être brisé.
Ce n’est pas du sang ? Las, Seigneur, c’est la rosée !
L’aube pleure sur moi de toutes ses larmes.
Paolo Tosti
L’alba sepàra dalla luce l’ombra L’alba sepàra dalla luce l’ombra, E la mia voluttà dal mio desire.
O dolce stelle, è l’ora di morire.
Un più divino amor dal ciel vi sgombra.
Pupille ardenti, O voi senza ritorno Stelle tristi, spegnetevi incorrotte!
Morir debbo. Veder non voglio il giorno, Per amor del mio sogno e della notte.
Chiudimi, O Notte, nel tuo sen materno, Mentre la terra pallida s’irrora.
Ma che dal sangue mio nasca l’aurora E dal sogno mio breve il sole eterno!
GABRIELE D’ANNUNZIO (1863-1938)
Paolo Tosti
’A vucchella
Sì, comm’a nu sciorillo tu tiene na vucchella nu poco pocorillo appassuliatella.
Meh, dammillo, dammillo, – è comm’a na rusella – dammillo nu vasillo, dammillo, Cannetella!
Dammillo e pigliatillo, nu vaso piccerillo comm’a chesta vucchella, che pare na rusella nu poco pocorillo appassuliatella...
L’aube sépare l’ombre de la lumière L’aube sépare l’ombre de la lumière Et la volupté de mon désir.
Ô douces étoiles, c’est l’heure de mourir.
Un amour plus divin vous libère du ciel.
Ardentes pupilles, ou vous tristes étoiles, Éteignez-vous ! Dans l’éclat de votre pureté Je dois mourir. Je ne veux pas voir le jour ; Par amour pour mon rêve et pour la nuit.
Enferme-moi, ô Nuit, dans ton sein maternel
Tandis que la terre s’éveille à la lueur du jour.
Mais que de mon sang naisse l’aurore Et de mon rêve, le soleil éternel.
La Petite Bouche Si, comme une petite fleur, Tu as une jolie bouche Un tout petit peu Flétrie.
Allez, donne-moi, donne-moi, C’est comme une petite rose, Donne-moi un petit baiser, Allez, Cannetella !
Donne-m’en un et prends-en un, Un tout petit baiser,
Comme ta bouche,
Qui ressemble à une petit rose, Un tout petit peu
Flétrie.
Giacomo Puccini Ch’il bel sogno di Doretta Chi il bel sogno di Doretta Potè indovinar?
Il suo mister come mai Come mai fini ?
Ahimè! un giorno uno studente In bocca la baciò
E fu quel bacio Rivelazione:
Fu la passione!
Folle amore!
Folle ebbrezza!
Chi la sottil carezza D’un bacio così ardente Mai ridir potrà?
Ah! mio sogno!
Ah! mia vita!
Che importa la ricchezza Se alfine è rifiorita La felicità!
O sogno d’or Poter amar così!
GIUSEPPE ADAMI (1878-1946)
Le Merveilleux Rêve de Doretta Qui a pu deviner
Le merveilleux rêve de Doretta ? Comment son mystère A-t-il pu être percé ? Hélas ! Un jour un étudiant L’embrassa sur les lèvres Et ce baiser fut Une révélation.
C’était la passion ! Un fol amour ! Une folle ivresse !
Qui pourrait jamais s’opposer À cette subtile caresse D’un baiser si ardent ! Ah ! Mon rêve ! Ah ! Ma vie ! Peu importe La richesse
Si finalement la joie refleurit ! Ô rêve doré,
Pouvoir aimer ainsi !
OMO BELLO
Après une formation universitaire en biologie cellulaire et génétique au Nigeria, la soprano franco-ni- gériane Omo Bello étudie au Conservatoire de Paris (
cnsmdp
) et enrichit son répertoire avec Jeff Cohen et Susan Manoff. Diplômée de l’Associated Board of the Royal Schools of Music (abrsm
) de Londres, elle se perfectionne auprès de Grace Bumbry, Teresa Berganza et Thomas Quasthoff.Elle remporte les concours inter- nationaux Pavarotti Giovani et Anselmo Colzani. Elle chante le rôle de Solis (Magdalena de Villa- Lobos) au Théâtre du Chatelet et crée celui de La Jeune Femme d’Hara Kei (Soie d’Yves Prin) au Théâtre du Rond-Point. Dans le cadre du Conservatoire de Paris, elle chante les rôles de La Première Dame (Die Zauberflöte de Mozart) et du Chœur féminin (The Rape of Lucretia de Britten).
Elle incarne Eurydice (Orphée et Eurydice de Gluck) à l’Opéra de Saint-Pétersbourg, Barbarina (Le Nozze di Figaro de Mozart) à l’Opéra de Montpellier, La Comtesse (Le Nozze di Figaro de Mozart) en tournée, rôle qu’elle chante également au Festival de Verbier. Elle a interprété le rôle
de Juliette (Roméo et Juliette de Gounod) aux Folles Journées de Nantes. Plus récemment, elle a chanté le rôle de Jeanne (La Vivandière de Benjamin Godard) au Festival de Radio France et de Montpellier, et Donna Anna (Don Giovanni de Mozart) au Grand Théâtre de Tours. Elle est invitée en concert et récital en France et à l’étranger (Exsultate, Jubilate de Mozart, le Concerto pour soprano et orchestre de Glière, le Stabat Mater et le Salve Regina de Pergolesi, la Symphonie n° 4 et Das Knaben Wunderhorn de Mahler à la Salle Pleyel). Elle chante également la partie de soprano solo dans Le nubi non scoppiano per il peso de Mauro Lanza, qu’elle crée au Théâtre des Bouffes du Nord et reprend au Festival Ultima à Oslo, ainsi que la Petite Messe solennelle de Rossini à l’Opéra de Montpellier et Egmont de Beethoven au Théâtre des Champs-Élysées.
En 2013, elle sort son premier disque, Des Knaben Wunderhorn de Mahler. En octobre 2014, elle interprète le rôle de Télaïre (Castor et Pollux de Rameau) au Théâtre des Champs-Élysées sous la direc- tion de Hervé Niquet. Parmi ses projets, elle chantera les rôles de La Pastourelle, La Chouette et La Chauve-Souris (L’Enfant et les
Sortilèges de Ravel) sous la direc- tion d’Esa-Pekka Salonen à la Philharmonie de Paris et au Royal Albert Hall de Londres, ainsi que celui de La Princesse Elsbeth (Fantasio d’Offenbach) au Festival de Radio France et Montpellier.
Elle prend également part à la tournée européenne
echo
Rising Stars durant laquelle elle se produira notamment, en plus de la Philharmonie de Paris, au Musikeverein de Vienne, au Concertgebouw d’Amsterdam, au
bozar
de Bruxelles et au Barbican de Londres, avec un pro- gramme d’airs issus du répertoire belcantiste. Omo Bello est soute- nue par la Fondation Bettencourt- Schueller. Elle est ambassadrice de bonne volonté du Rotary International.CLÉMENT MAO-TAKACS Clément Mao-Takacs est l’une des étoiles montantes de la nouvelle génération de chefs d’orchestre.
Diplômé du Conservatoire de Paris (
cnsmdp
) ainsi que de l’Accade- mia Chigiana de Sienne, il est lau- réat du Festival de Bayreuth et a reçu le Prix « Jeune Talent » 2008 décerné par la Fondation del Duca (Institut de France/Académie desBeaux-Arts). En 2013, il est le pre- mier chef d’orchestre à devenir lauréat de la Fondation Cziffra.
Sa carrière de chef d’orchestre commence très jeune – on peut parler de vocation – puisque c’est à l’âge de 15 ans qu’il dirige son premier concert à la Salle Gaveau (Paris). Il devient l’assistant de János Komives à l’Opéra natio- nal de Budapest (2002) ainsi que pour plusieurs productions et enregistrements en France (2001- 2003). Il est ensuite engagé par le directeur musical de l’Opéra de Rome, Gianluigi Gelmetti, dont il sera l’assistant durant cinq années (2003-2008). Il a été invité par la Camerata Strumentale « Città di Prato », l’Ensemble à vents du
cnsmdp,
le Festival Orchestra de Sofia, les ensembles Aquilon et Initium ; parallèlement, il reprend la direction musicale (2004-2010) de l’orchestre Sérénade. Il fonde en 2011 Secession Orchestra, dont il assure la direction musi- cale et artistique. Sa maîtrise tech- nique, sa connaissance étendue du répertoire et son exigence sont unanimement reconnues et appré- ciées aussi bien dans la musique classique que contemporaine : il est le dédicataire et le créateur de nombreuses pièces (Zbigniew Bargielski, Igor Ballereau, JánosKomives, Morton Feldman, John Adams, Kaija Saariaho…) et programme régulièrement des œuvres rares. Très proche de la musique de Kaija Saariaho, il a dirigé les créations de la ver- sion de chambre de La Passion de Simone aux festivals Melos- Ethos (Bratislava, Slovaquie), Codes (Lublin, Pologne), de Saint- Denis (Basilique-cathédrale) et de Clermont-Ferrand (La Comédie - Scène nationale). Il en dirigera en avril 2015 à Rome la création ita- lienne, et en 2016 à Copenhague la création danoise. Le réper- toire lyrique est important pour cet amoureux de la littérature et de l’art dramatique, qui conçoit l’opéra comme le lieu d’intenses collaborations. Sa rencontre avec Peter Sellars est déterminante, et il entretient des liens d’amitiés avec plusieurs acteurs et metteurs en scènes (Olivier Py, Charles Berling, Michel Fau…) aux univers variés, parmi lesquels Aleksi Barrière
avec lequel il a créé et codirige la compagnie La Chambre aux échos. Clément Mao-Takacs vient d’enregistrer la pièce Adieu de Stockhausen (Crystal Classics), ainsi qu’un disque consacré à Jacques Ibert (Timpani) qui vient de recevoir 5 Diapasons du maga- zine éponyme. Clément Mao- Takacs poursuit aussi une carrière de pianiste, soliste et chambriste.
Il se produit régulièrement en récital solo, et il est le partenaire d’élection de nombreux instru- mentistes et artistes lyriques. Cette saison, il accompagne notamment la soprano Omo Bello dans le cadre de la tournée européenne Rising Star. Également composi- teur, Clément Mao-Takacs écrit principalement pour voix et pour orchestre ; il réalise également de nombreuses orchestrations. Il pos- sède un DEA de littérature compa- rée, achève un doctorat en arts du spectacle et publie régulièrement textes et articles.