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Submitted on 16 Feb 2019
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La chaire Unesco en communication internationale de Grenoble, acteur majeur d’Orbicom, think tank de
l’Unesco pour les questions d’information-communication
Bertrand Cabedoche
To cite this version:
Bertrand Cabedoche. La chaire Unesco en communication internationale de Grenoble, acteur majeur d’Orbicom, think tank de l’Unesco pour les questions d’information-communication. Revue française des sciences de l’information et de la communication, Société Française des Sciences de l’Information et de la Communication, 2015, Dossier “ Recherches sur les enjeux de l’Information-et de la Commu- nication, Le Gresec en perspective, Septembre 2015 (n°11), pp. 184-186. �hal-02021620�
La chaire Unesco en communication internationale de Grenoble, acteur majeur d’Orbicom, think tank de l’Unesco pour les questions d’information-communication
Bertrand Cabedoche*
* Professeur de Sciences de l’Information et de la Communication, titulaire de la chaire Unesco Communication internationale de l’Université Stendhal-Grenoble3, président du réseau Orbicom.
« Au plus profond de la forêt , quand les branches des arbres se battent,
les racines s’embrassent » (proverbe africain) « La mondialisation est une des caractéristiques de notre époque. Elle mène à de nouvelles ouvertures, mais elle contient aussi le risque d'augmenter l’uniformisation. Notre époque est aussi marquée par une crise à multiples facettes justifiant la nécessité de mettre en doute le sens que nous donnons à nos actions. Je suis convaincue que les valeurs d'humanisme sont au cœur des réponses que nous devons fournir. La tolérance, le respect pour la diversité culturelle et le dialogue parmi des cultures sont les voies que je suivrai et auxquelles l'UNESCO sera entièrement acquise. Je suis aussi convaincue que l'enseignement et la recherche ont un rôle-clé à jouer : dans mon esprit, c'est la priorité des priorités.
L'enseignement et la recherche constituent la pierre angulaire sur laquelle une plus juste société peut être construite ».
Le positionnement avait été celui que Mme Irina Bokova, Directrice générale de l’Unesco, avait tenu à affirmer dès sa nomination, le 11 novembre 2009, témoignant ainsi de l’importance accordé au Nouvel humanisme qui encadrait désormais l’ensemble des missions de l’UNESCO. Le témoignage ne faisait en fait que rappeler une des missions reconnue à l’institution dès 1945 : la promotion de l’éducation et la valorisation de la connaissance
1. Des principes relevant de la charte constitutive de l’UNESCO et des applications pour l’enseignement du journalisme
Le fondement est inscrit dès 1945, avant d’être consacré dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, formulée en 1948 par l’ONU : toute personne a droit à l’éducation. Cette conviction a inspiré les programmes qui, chacun, témoigneront successivement de l’évolution des prises de conscience et des affrontements d’écoles
• 1945-1950: éducation des adultes et éducation de base
• 1950-1960: développement communautaire et alphabétisation fonctionnelle
• 1960-1980 : alphabétisation de masse
• 1980 : éducation tout au long de la vie
• 1990 : éducation pour tous
• 2000 : formation inclusive.
Un exemple récent consacre cette dernière recommandation : la publication par l’Unesco fin 2013 de l’ouvrage Model Curricula for Journalisme education 1.
1 Fackson Banda (ed.) Model Curricula for Journalism Education. A compendium of new syllabi. Paris, Unesco (Unesco Series on Journalism Education), 2013,
Destiné à la promotion de l’enseignement du journalisme dans les universités du monde entier, l’ouvrage s’inscrit dans une dynamique élaborée dès le premier programme de l’Unesco en ce sens en 2007. Celui-ci concernait alors 30 écoles de journalismes au sein d’universités africaines, potentiellement centres d’excellence et références pour l’Afrique. Il s’était concrétisé par l’offre d’un premier guide pour les formateurs en journalisme.
Le succès constaté depuis avait poussé l’Unesco à engager toute une série de consultations permettant le recueil de données rassemblées dans 96 centres de formation dans le monde, dont une étude de Kaarle Nordenstrng et Kwame Boafo. Un deuxième programme d’appui en était découlé en 2013, plus inclusif et respectueux des particularités locales, suivant les recommandations de trois titulaires de chaires Unesco en communication2. La critique avait inspiré le second Unesco Model Curricula for Journalism Education, édité en 2013.
Les modèles de formation pour réaliser ce nouveau guide avaient été rédigés à partir d’un cahier des charges savamment élaboré autour de grands principes généraux d’une part, de la reconnaissance du droit à l’autonomie des contenus dans l’animation des programmes de cours. Le guide pour l’animation devait en effet se présenter souple, plutôt que normatif, intégrant des études de cas locaux et enrichi d’illustrations extérieures. L’écriture se devait d’être ouverte à la parité et viser un public large : enseignants en journalisme, professionnels des médias, décideurs politiques et grand public. L’utilisation répondait à des besoins multiples : création ou complément de cours ; prise en compte du contexte local et des enjeux relevant de la mondialisation ; état des ressources pédagogiques sur place. La prise en compte des théories devait être systématique, à l'opposé d'un catalogue de recettes, justifiant la prudence intrinsèque de l'offre : « nous ne savons pas jusqu’où la comparaison peut aller ».
Dix programmes de cours ont ainsi été jugés fondamentaux pour l’atteinte des objectifs du 3e millénaire : Média et durabilité ; Journalisme de données ; Journalisme interculturel ; Journalisme en Radio communautaire ; Journalisme mondial ; Journalisme scientifique ; Genre et journalisme ; Journalisme humanitaire ; Journalisme et traite des hommes ; Sécurité et Journalisme. La chaire Unesco de Grenoble en communication internationale a joué un rôle déterminant dans l’élaboration du document final.
2. La chaire Unesco de Grenoble, composante moteur du réseau Orbicom
Plus de 120 chercheurs du monde entier avait été impliqués dans ce projet. Le choix de la chaire Unesco en communication internationale pour assurer la rédaction du module Journalisme Interculturel en anglais, puis la traduction de l’ensemble de l’ouvrage en version française, témoigne d’un implication majeure.
En fait, la contribution consacrait une dynamique que la chaire de Grenoble avait montré dès sa création en 1996. Depuis, la chaire avait été régulièrement remarquée pour son implication, par exemple dans la réflexion des Universités et établissements d’enseignement supérieur en Afrique, que développe son titulaire (le Professeur Bertrand Cabedoche), notamment ces dernières années :animation de deux jours de séminaire pour les présidents des Universités et directeurs des grandes écoles de Côte d’Ivoire à l’initiative du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche de Côté d’Ivoire sur la réforme de l’enseignement supérieur en cours Abidjan, (janvier 2014) ; Conférence introductive du lancement du plan stratégique 2015-2019 du Cames (Conseil Africain et Malgache de l’Enseignement Supérieur), réunissant à Ouagadougou les 8 et 9 avril 2015 des délégations des 19 ministères de l’enseignement supérieur et de la recherche, membres du Cames.
2 Jean-Paul Lafrance, Anne-Marie Laulan, Carmen Rico de Sotelo, Critic of Positivist Development notions from the failure of its promises (2006)
Parallèlement, le titulaire de la chaire est régulièrement invité, pour conférences d’ouverture à colloque, leçon inaugurale, appui à centre de recherche, réflexions stratégiques d’écoles doctorale, évaluations de projets scientifiques et recrutements de professeurs (48 invitations depuis 2010, prises en charge par des Universités partenaires au Canada, en Grande Bretagne, Espagne, Suisse, Allemagne, Roumanie, Russie, Chine, au Maroc, en Algérie, en Tunisie, au Liban, en Jordanie, en Arabie Saoudite, en Turquie, en Arabie Saoudite, aux Émirats Arabes Unis, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, Bénin, Togo, Cameroun, Congo, RDC, à Madagascar…).
L’investissement a été particulièrement remarqué : fin 2012, le professeur Bertrand Cabedoche a ainsi été nommé Président du réseau mondial Orbicom des chaires Unesco en communication fin 2012 sur proposition de Mme Irina Bokova, Directrice générale et Janis Karklins, Directeur général adjoint pour la communication.
La distinction est significative. La chaire Unesco en communication internationale de Grenoble a en effet été l’une des premières, créée en 1996 à l’initiative du Pr Bernard Miège.
Il s’agit d’une chaire d’établissement, sous l’autorité directe de la présidence de l’Université.
L’élan ainsi engagé en 1994 par M. Federico Mayor le Directeur général de l’Unesco de l’époque a été depuis confirmé par Mme Irina Bokova en 2009 : « Les chaires UNESCO constituent des acteurs majeurs dans la mise en œuvre d’actions de coopération, de solidarité, d’innovation, de créativité et d’expertise au plan scientifique. Elles incarnent les valeurs du « nouvel humanisme » du XXIe siècle » Irina Bokova.
Le rôle moteur de la chaire de Grenoble et de la présidence Cabedoche a enfin été reconnu avec la désignation en mai 2013 à Skhrirat (Maroc) du réseau mondial des chaires Unesco en communication (Orbicom) comme think tank de l’Unesco pour toutes les questions liées à la communication et à l’information. La chaire et le réseau étaient ainsi représentées lors de la Conférence sur l’accès à l’information, la liberté d’expression, le respect de la vie privée et de l’éthique les 3-4 mars au siège de l’Unesco.
Ce rôle des chaires Unesco correspond à un héritage parfaitement identifié.
3. L’héritage kantien du dispositif
L’institution de ce réseau Orbicom constitue une application de l’espoir kantien de paix perpétuelle, lorsque le philosophe allemand appelait à un monde bien distinct, « un au-delà de la puissance », où règneraient la loi, la réglementation, la négociation, la coopération entre les nations et la confrontation pacifique des idées « pour gérer le monde à partir des ressources de l’éducation, de la culture, des sciences plutôt que de la guerre ».
À l’origine, la Commission Internationale pour la Coopération Intellectuelle (CICI), devenue Organisation de Cooperation Intellectuelle (OCI) qui avait fonctionné de 1921 à 1946 et offert l’exemple d’un ethos: »Donner une âme à la SDN" (Henri Bergson) et un modèle organisationnel : la création d’un espace intellectuel accueillant à la fois les représentants des États membres et des intellectuels. Des animateurs parmi les plus prestigieux s’y étaient rassemblés (Albert Einstein, Sigmund Freud, Marie Curie, Thomas Mann, Hendrik Antoon Lorenz, Gilbert Murray, Alfred Zimmern…), avec un objectif partagé : « réduire la température politique du monde en créant les conditions intellectuelles et spirituelles pour la Paix dans le monde » (l’ICO avait survécu à la SDN).
Les orientations du réseau Orbicom comme de la chaire Unesco de Grenoble y puisent ainsi la légitimité de leur engagement, plus que jamais aujourd’hui d’actualité, pour la promotion de la connaissance pour tous pour toutes ; la connaissance comme outil de la construction identitaire et de l’ouverture à l’Autre ; la connaissance comme condition du vouloir vivre ensemble et de l’enrichissement réciproque ; en fin la connaissance comme arme contre l’obscurantisme et la barbarie.