HAL Id: jpa-00237878
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Submitted on 1 Jan 1881
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Sur la radiophonie
E. Mercadier
To cite this version:
E. Mercadier. Sur la radiophonie. J. Phys. Theor. Appl., 1881, 10 (1), pp.53-68.
�10.1051/jphystap:018810010005300�. �jpa-00237878�
53
SUR LA RADIOPHONIE;
PAR M. E. MERCADIER.
J’appelle radiophonie
lephénomène
nouveauauquel M.
G.Bell, qui
l’adécouvert
a donné le nom dephotophonie;
les résultats des recherchesqui
vont êtreexposées
dans ce Mémoire montrerontnettement,
je l’espère, pourquoi je
crois devoir proposer cc clian-bement
de nom.La curieuse découverte de M. Bell a été
complètement décrite, principalement
par M. A.Breguet,
dans la Revue des COllrs scien-tifiques
et dans le Journal dePhysique (t. IX,
p.369),
et par 1lI. Th. duMoncel,
dans la Lumièreélectrique (t. 11,
p.377, 417, 437).
On y remardue immédiatement deuxphénomènes différents,
ou du moins
qu’on peut regarder provisoirement
comme différents(car
il meparaît
nécessaire de faire à cetégard d’expresses réserves).
En
premier lieu, il y
a un effetparticulier
de la lumièrc sur le sélénium en vertuduquel la
conductibilitéélectrique
de ce corps varierapidement
dequantités
assez considérablesquand
on lesoumet à des alternatives de lumière et
d’obscurité,
ou même seu-lement à des variations d’intensité lumineuse. Ce fait
remarquable,
découvert par MM.
Willoughby-Smith et llav depuis longtemps,
etétudié par
plusieurs
autresobservateurs,
a été utilisé de lafaçon
la
plus ingénieuse
par MM. G. Bell et Tainter pour lareproduc-
tion de la
voix,
à l’aide d’untéléphone
introdui t dans un circuitcomprenant
unepile
et unappareil
en séléniuni soumis à des va-riations
périodiques
d’intensitélumineuse,
etdisposé
defaçon
àoffrir sous un assez
petit
volume une résistance relativement faibleau passage du courant.
En second
lieu,
il y a,d’après
1B1. G. Bell, un effet tout à faitgé-
néral de la lumière sur tous les corps, et
qui peut
s’énoncer ainsi : Toules lesfois qu’un
l’a) oti solaire(i)
est l’end ilintermittent,
(1 ) Depuis son arrivée en France, et à la suite d’expériences faites chez RI. A. Bré- guet, M. G. Bell a pu produire ces effets avec la lumière électrique.
Article published online by EDP Sciences and available at http://dx.doi.org/10.1051/jphystap:018810010005300
54
par
exemple
par sojz passage à travers des ouverturespratiquées
Sllr les bords d’iiii
clisque métallique
tournantrapidement,
si onle fait
totizbei- Silr uiieplaque
rnince d’un corpsqitelcozique,
cetteplaque, placée
contrel’ oreille,
soitdirectement,
soit par l’inter-7iiédiaii-e d’iiii tube en caoutchouc et d’un cornet
acotisliqite,
rendun son dont le llOl1lbre de vibrations est
égal
il celui des inten-lllittenccs dit rayon
lumineux
dans une seconde.Obligé
par devoirprofessionnel,
en vue d’uneapplication (pro- blématique
sansdouue,
maispossible après tout)
de cesphéno-
mènes à la
télégraphie optique,
d’en faire immédiatement uneétude
suivie, j’ai
laissé d’abord de côté l’effetparticulier
de la lu-mière sur le
sélénium, qui
m’a paru assezcomplexe,
par suite même de laproduction
dephénomènes électriques,
etj’ai dirigé
mes recherches sur l’effet
général
queje
viens dedéfinir,
et dontle
résultat,
consistant en laproduction
de vibrations sonores, mesembla,
par suite de sasimplicité relative,
devoir être étudié lepremier.
I. -
ÉTUDE,
ET SENSIBILISATION DE L’AYPAREIL.Il n’était pas
possible
de faire des recherches suivies sur lephé-
nomène avec les radiations du
Soleil,
surlequel
on nepeut jamais
compter
dans notreclimat,
et surtout enhiver,
ni même avec les radiations d’unelampe électrique,
sourcequi
n’est pas encore com-modément à la
portée
de tout le monde.Il fallait donc chercher tout
d’abord,
dans l’étude del’appareil employé
par 1B1. G.Bell,
les moyens de l’améliorer aupoint
de vuede la
sûreté,
de larapidité
et de la sensibilité desexpériences.
La
prernière partie
del’appareil
consiste dans la roueinterrup- urice, qui
estmétallique
etpercée
de trous. Elleprésente plusieurs
inconvénients : elle est un peu
lourde ;
le frottement de l’air surles
parois
des ouverturesproduit, quand
on la fait tourner un peuvite,
un bruissementqui peut
couvrir les sonsquand
ils sontfaibles,
et il en résulte un obstacle très sérieux à la sensibilisation desexpériences;
elle rend un sonunique, faible,
très peutimbré,
qui peut être,
enbeaucoup
de cas, confondu avec des sons d’es-pèces
diversesqui peuvent
seproduire
en dehors del’appareil
quand
on fait lesexpériences.
55 Le
premier
inconvénient est assez difficile à éviterquand
on veutobtenir des sons de hauteurs très
diverses,
mais on peut l’atténueren
remplaçant
le métal par du verre,qui
estbeaucoup plus léber ; d’ailleurs,
enprenant
undisque
de ,erreplein,
en le recouvrantd’une feuille de
papier
opaque et endécoupant
dans cepapier
desouvertures par où
passeront
lesradiations,
on évitecomplètement
le second inconvénient
signalé
et on améliorebeaucoup l’elllpl0l
de l’instrument.
- De
plus,
au lieu de se contenter dedécouper
sur lepapier de
laroue une série d’ouvertures
placées
sur une mémecirconférence,
on en
peut découper plusieurs
sériesplacées
sur des circonférencesconcentriques
etprésentant
un nombre différentd’ouvertures,
afin
qu’on puisse
obtenir des sons différents pour une même vitesse de la roue, en faisant passer les radiations successivement par lesouvertures de
chaque série,
ou bien des accords musicaux en fai-sant passer un faisceau de radiations simultanément à travers
plu-
sieurs séries. Dans ces
conditions,
il n’estplus possible
de con-fondre les sons
radiophoniques
ainsi obtenus avec des sonsqui
seproduiraient
accidentellement dans levoisinage
de l’observateur.En
conséquence,
la roueinterruptrice
R de 1110I1appareil
estconstruite comme
l’indique
lafig.
i .Elle est mobile autour d’un axe horizontal cc fixé à un montant , vertical ni
susceptible
deglisser
entre deux autres lnontants enbois
F, F,
solidement vissés ausupport général
del’appareil.
Lemouvement de
glissement
vertical alternatifs’opère
à l’aide d’un levier coudé en fonteNL,
fixé en a’ au Il10n tant mobile m et arti- culé aupoint
a".En
opéran t
ce mouvements trèssilnple
onpeut,
sans troubler lemouvement de rotation de la roue, faire passer le faisceau radiant S successivement à travers les
quatre
séries d’ouverturesreprésen
téessur la
fibure,
defaçon
àproduire
les sons successifs d’un accordparfait,
car les séries contiennent40,
50, 60 et 80 ouvertures(nombres qui
sont entre eux dans lesrapports
des nombres de vi- brations constituant un accordparfait majeur;
onpeut
évidemment choisir d’autres nonlbres pour obtenir d’autressons). Quand
onne touche pas au
levier,
le faisceau Speut
passer, si l’on yeul, à tra- ders lesquatre
séries à la fois etproduire
l’accordparfait plaqué.
D’ailleurs,
dans l’un de mesappareils,
les ouvertures ont environ56
0m, 008
de diamètre, et celles de la série laplus haute, qui
en con-tient 80, sont
équidistantes,
lespleins
étantégaux
auxvides;
maisces dimensions ne sont nullement
essentielles,
et l’onpeut
donneraux ouvertures des formes
diverses, circulaire, rectangulaire,
etc.,sans inconvénient.
Le mouvement de rotation de la roue s’obtient à l’aide d’une
petite poulie
fixée à l’axe et mue par une courroiebb’,
mise elle-Fig. 1.
même en mouvement à l’aide d’un moteur
quelconque.
En meservant tout
simplement
d’une roue en fonte de0-,
2a de diamètrequ’on
tourne à l’aide d’unemanivelle, je puis,
dansl’appareil
dontje
me sers, etqui
a été construit par M.Duboscq ,
donner à laroue
de verre, qui
aom, 44
dedialnètre,
une vitesse devingt
tourspar seconde.
On
peut
allerplus
loin sansInconvénient; mais,
en tout cas, ilest très facile d’obtenir des sons
correspondant
à seize cents inter-ruptions
du faisceau lumineux parseconde,
c’est-à-dire des sonsde seize cents vibrations
doubles, par
seconde etqui
sont, parsuite
relativement assez
aigus.
Il en résulte lapossibilité d’avoir,
en don-nant àla roue des vitesses
graduellement croissantes,
une série con-tinue de sons
depuis
lesplus
graves que l’oreillepuisse percevoir
le
long
d’une échelle dequatre
oucinq
octaves aumoins,
ou bien57
des accords dont le son fondamentalpeut être
l’unquelconque
dessons de cette échelle.
La seconde
partie
del’appareil
consiste dans cequ’on
peut ap-peler
lenécepteur,
forlné de la lamequi reçoit
les radiations inter- mittentes et de sonsupport.
Afin d’étudier
rapidement
des lames de diverse nature, de pou- voir faire varier leurépaisseur
et leurposition
relativement auxradiations, j’ai employé
unapparcil
trèssimple, représenté
dansson ensemble sur
lafig.
i et en coupe surla fig..
2.La lame en
expérience
L repose sur uneportée ménagée
à l’in-térieur d’une sorte de cornet
acoustique abecl,
sans y être fixée.Le cornet est en bois et formé de deux
parties ;
la seconde ei entre à frottement à l’intérieur de lapremière,
et vient presser la lame L pour la maintenir relativementfixe;
elle se termine par une embou-Fig. 2.
chure
f
àlaquelle
onpeut adapter
un tube de caoutchoucf C (fig. I),
terminé enC par
un autre cornetacoustique,
enbois,
destiné à être
appliqué
contre l’oreille. La lame est tournée versles
radiations,
commel’indique
lafig.
I; on tient le cornet Pqui
la contient avec une
main,
et, del’autre,
onapplique
le cornet Ccontre une
oreille,
cequi permet
d’écoutercommodément;
onpeut
encore fixer le cornet P sur unsupport
en forme defourche,
comme celui que
représente la fig.
1, ou tout autre.Dans le cours de mes
expériences, j’ai remarqué
que la lameréceptrice
n’avait pasbesoin
d’être encastrée solidement etqu’on pouvait
laséparer
dusupport propremen t dit,
à l’aide de rondellesde
papier
ou dedrap,
sans que lephénomène radiophonique parût altéré ;
or cettedisposition
estquelquefois indispensable,
parexemple lorsqu’il s’agit
deprendre
pourrécepteurs
des lames très58
niinces et
fragiles
etqu’on par’ ient
à fixer suffisammentainsi,
sansrisque
de les casser : circonstancequi
n’est pasindilférente,
carles
récepteurs
très minces semblent être lesplus
intéressants.De
plus,
onpeut
se servir de lamesréceptrices
depetites
dimen-sions sans
changer
les dimensions du cornetsupport :
ilsuffit,
à cet
effet,
de les enchâsser dans undisque
étroit enliège,
de la
grandeur
dusupport,
comme on le fait pour les cristaux trèspetits qui
servent souvent pour lesexpériences d’Optique.
Onpeut
ainsi aisément donner aux lamesréceptrices
des formes etdes
grandeurs
variées.Enfin le troisième élément des
phénomènes radiophoniques
estla source des radiations que l’on fait tomber sur les ouvertures de la roue
interruptrice., après
les avoir concentrées ou non à l’aidede
systèmes optiques
convenables.Cette
question
de la source radiante sera traitéeplus loin;
onpourra supposer, pour le moment,
qu’il s’agit
du Soleil ou d’unelampe électrique
dont les rayons seraient concentrés par des len-tilles sur le
récepteur.
II. -
ÉTUDE
DES DIVERS RÉCEPTEURS.A l’aide des
appareils précédents,
onpeut
étudier facilement les diversrécepteurs.
Je me suis borné d’abord aux corps
solides,
dont l’étude doitprécéder
celle des autres. Ungrand
nombred’expériences
m’aconduit aux
principaux
résultats suivants :A. La
radiophonie
z2eparaît
pas être uneffet produit
pal la masse de la laineréceptrice
vibrant transversalement dansson
ensentble,
comme lineplaque
vibrante ordinaire.En
effet, quand
onplace
une lamequelconque
dans de bonnesconditions,
on reconnaît sanspeine
les faits suivants :i ° Elle
reproduit égalel1lent
bien et sans solution de continuitétous les sons
successifs, depuis
lesplus
gravespossibles jusqu’à
des sons
aigus qui,
dans mesexpériences,
ont pualler,
pour le moment,jusqu’à
1600 vibrations doubles par seconde.2° Elle
reproduit
dans les mêmes conditions des accords detous les tons
possibles, variant,
si l’on veut d’une manière conti-59 niie, en faisant varier d«Line manière continue la vitesse de la roue
in terru p trice .
Or,
aucuneplaque élastique
connue vibrant transversalement n’estsusceptible
deproduire
de tels effets d’unefaçon
aussicomplète.
3°
Quand
on fait varierl’épaisseur,
lalargeur
deslames,
lessons
produits
conserventtoujours
deux de leursqualités :
la hau-teur et le lÙnbre. Cette
propriété
est inconciliable avec l’idée d’une lame vibrant transversalement.Quant
àl’intensité)
il y a lieu dedistinguer
deux cas :Dans le cas des lames opaques, à surface
égale éclairée,
l’inten-sité des sons décroît
rapidemen t
avecl’épaisseur. Ainsi,
avec lesradiations d’une
lampe électrique,
unrécepteur
en zinc de om, 001d’épaisseur pr oduit
des sons assezintenses ;
avec unrécep-
teur de
onl, oo3,
les sons sont trèsfaibles ;
avec unrécepteur
deam, 005,
ils ne s’entendentplus.
On obtient des résultatsanalogues
avec des lalnes de
cuivre, d’ébonite,
etc. Avec depareils récepteurs
on a
toujours avantage,
aupoint
de vue de l’intensité des sons àpercevoir,
d’en réduirel’épaisseur
leplus possible.
Cequ’il v
a demieux,
c’est de lesprendre
à l’état declinquant
de1B
de milli-mètre environ. Le
clinquant
decuivre, d’alunllnllllll,
deplatine
et surtout de zinc donne d’excellents résultats.
Dans le cas des lames
transparentes,
il en est tout aLitrement.Les sons
produits,
àégale
surfaceéclairée,
nechangent
pas sensi- blement d’intensité avecl’épaisseur,
et cela entre des limitesd’épaisseur qui peuvent
être assezéloignées.
Pour le verre en
particulier
onpeut
aisément constater cettepropriété
entreomm, 5 d’épaisseur
etOIll,02
ouom,03.
Cela ni’apermis d’employer
des lamesréceptrices transparentes
ou translu- cidesn’ayant
pasplus
de I eq desurface,
enparticulier
des lanlesde tourmaline de cette dimension.
C’est cette
propriété qui permet
aussid’employer
sans incon-vénient des roues
interruptrices
en verre.Nous reviendrons
plus
tard sur cette différence entre les lames opaques et les lamestransparentes.
4°
Uneplaque fèlée, fendue, produit
à très peuprès
les mêmeseffets que
lorsqu’elle
est intacte.Ainsi un
récepteur
en verre, brisé en deux morceauxqui
sont en-60
suite
simplement rapprochés,
ne sedistingue
pas d’unrécepteur identique
intact. Unrécepteur
enclinquant
de cuivre fendu avecdes
ciseaux,
commel’indique la fig. 3, peut
ètre bien difficilement r’s. 3.distingué
d’unrécepteur
selnblablepris
dans la mêmeplaque
declinquant,
mais intact.Ce
résultat,
colnme lesprécédents,
ne semble paspouvoir
s’ac-corder avec l’idée d’une vibration transversale d’erlsemble d’une lame
réceptrice.
B. La nature des lllolécules dit
récepteur
et leur moded*’agi-é- gation
neparaissent
pas exercer sur lapi-odiiction
des sons unrôle
préd 017lÙzant.
En effet : il à
épaisseur
et surfaceégales,
lesrécepteurs,
dequelque
naturequ’ils soient, produisent
des sons de même hau-tellr et dans le li171bre
desquels
il n’est paspossible
de saisir dedifférence. Ainsi il ne
parait
paspossible
de saisir une différencespécifique
entre les sonsproduits
par dumica,
du verre, dupla- tine,
duzinc,
etc., et celaquelque
faible que soitl’épaisseur
deslames
réceptrices.
2,° L’ef’I’et
produit
par des radiations ordinaires est, toutes choseségales d’ailleurs, à très peu près
lemême pour
des substancestranspa-
rentes aussi différentes que le verre, le
mica,
lespath d’Islande,
le gvpse, le
quartz
tailléparallèlement
ouperpendiculairement
àl’axe .
Il en est de
même quand
onemploie
des radiationspolarisées;
il en résulte seulement une diminution assez
grande
d’intensité dans les sonsproduits,
par suite de l’affaiblisseulent du faisceau radiantqui
a traversél’appareil polariseur.
C. Le
plzénomèzte radiophonique
sel1zble résulterprincipa-
leiiieizt (1’iiiie action exercée tl la
siiiface
durécepteur.
61
L’intensité des sons
produits dépend,
en effet, de la nature de lasurface. On
reconnait,
en étudiant laquestion
à cepoint
de vue,que toute
opération qui
diminue lepouvoir
réflecteur et augmente lepouvoir
absorbant de la surface influe sur lephénomène.
C’est ainsi que les surfaces
rayées, dépolies,
ternes,oxydées,
sontles
plus
convenables. Aucontraires,
une lame de verreargentée
surune de ses faces
parait
absolument insensible aux radiations inter-mittentes, quelle
que soit celle de ces facesqui
soit tournée vers elles.Des lames de verre
polies
oudépolies produisent
une différencesensible dans l’intensité des sons ; il en est de méme de lames de
clinquant
de cuivrepolies
ou oxydés.Mais on obtient surtout des résultats
remarquables quand
onessaye de recouvrir les surfaces de milces couches de substances
susceptibles
d’absorberplus
ou moins les radiations. Les unes, telles que lacéruse,
le blanc dezinc,
lejaune
dechrome,
lerouge de
Saturne, empêchent,
à très peuprès,
dans le cas desources
intenses,
laradiophonie
de seproduire, quand
on lesdépose
sur des lames de verre, parexemple, après
les avoirdélayées
dans de l’eau ou de l’essence. Les autres, aucontraire,
telles que le bitulne de
Judée,
l’encre deChine,
le noir deplatine (déposé
sur duplatine)
etprincipalement
le noir defumée,
augmentent notablement l’intensité des
phénomènes.
Cette dernièresubstance, particulièrement
commode etefficace, peut
êtredéposée
sur la surface des lames
réceptrices
enpassant plusieurs
foiscelles-ci à travers la fumée
épaisse
d’unelampe
à huile.L’effet
produit
par ces substances sur lesrécepteurs
opaques nese fait
particulièrement
sentir quelorsqu’ils
son t très minces etque la couche noire est tournée vers les
radiations ; quand
elle estsur la face tournée Bers le verre, elle ne
paraît produire
aucuneffet : de telle sorte
qu’on
obtient de bonsrécepteurs
avec duclinquant
deplatine platiné
ou de zinc enfumé dont les faces noirciessont tournées vers la roue
interruptrice. Quant
aux laniestranspa-
rentes,
il faut,
pour que l’effetindiqué
soitsensible, qu’elles
soienttrès minces
quand
la couche noire est tournée vers les radiations.Ainsi,
dans cesconditions ,
des laines de verre ou de lnica deTü
de millimètred’épaisseur
constituent de bonsrécepteurs;
mais si on leur donne une
épaisseur
de0m, 001,
elles sont beau-62
coup moins
bonnes,
et enaugmentant l’épaisseur
on n’entendplus
de sons ; elles secomportent
alors comme des lames opaquesépaisses.
Il n’en est pas de mêmequand
la couche noire est tour- née vers l’oreille :l’épaisseur
des lames semble alors indifférente ouà peu
prés,
et les choses sepassent
comme si lesradiations,
tra-versant la
lame,
venaientagir
sur la surface noircie. Il en résultequ’avec
desrécepteurs
en verre ou mica mince il est indifférent detourner la face enfumée vers la roue ou vers l’oreille : il vaut
miem
employer
cette dernièredisposition, qui
nlet la couche de noir de fumée à l’abri de toutfrottcment, protégée qu’elle
est par lesupport
creux.Jusqu’ici
les meilleursrécepteurs que j’aie
puobtenir sont des lames de mica mince enfumées intérieurement.
Cette influence de la surface enfumée d’un
récepteur
sur la pro- dnction des sons se manifeste de lafaçon
laplus
curieuse sur cer-taines substances
qui présentent
par elles-mêmes très peu de consistance etd’élasticité,
telles que lepapier
mince et ledrap.
Si on les expose à des radiations
intenses,
elles laissent passer les ondesprovenant
des bruitsextérieurs,
d’où résulte une sorte debruissement ;
mais les sonsradiophoniques
s’entendent si peu,qu’on peut
douterparfaitement
de leur existence.Mais,
si l’on recouvre leur surface de noir defumée,
il en est toutautrement : le bruissement
disparaît
à peuprès complètement,
etl’on entend très distinctement les sons
radiophoniques
avec uneintensité
égale
à celle des sonsproduits
parbeaucoup
d’autresrécepteurs rigides.
Ce fait curieux ne
paraît
pas sansimportance,
et il pourra sans doute être utiliséplus
tard.III. - INFLUENCE DE LA SOURCE RADIANTE.
Quand
on a obtenu desrécepteurs
sensibles comme ceuxqu’on
vient
d’indiquer,
onpeut
examiner laquestion
de la source ra-diante.
On voit alors nettement que les sons
radiophoniques résultent
bien de l’action directe des radiations stin le
récepteur.
En effet : 1° on diminue
graduellement
l’intensité duphéno-
mène en diminuant la
quantité
des radiations reçues, à l’aide dediaphragmes
d’ouverture variable.63 20 En
polarisant
les radiations et enprenant
pour lamerécep-
trice un analyseur
mince,
telqu’une
lame detourmaline,
les sonsproduits présentent
des variations d’intensitécorrespondant
àcelles de la radiation elle-même
quand
on fait tourner lepolari-
seur ou
l’analyseur.
Il
pourrait
en résulter un moyen deproduire
les sonsradioplio- niques,
si l’onpouvait
faire tourner autour de son axe, assezrapi-
dement et sans
bruit,
une lame detollrnlalllle ;
la roueinterruptrice
deviendrait alors inutile.
En second
lieu,
onpeut reconnaître,
à l’aide d’unrécepteur sensible, qu’on peut produire
laradiophonie
avec des sources beau-coup moins intenses que le Soleil et les
lampes électriques.
En
effet,
enemployant
les mêmes moyens de concentration desradiations,
c’est-à-dire deuxsystèmes
delentilles,
l’un destiné a rendre le faisceau radiantparallèle,
l’autre à le concentrer sur lesOUB ertures de la roue,
j’ai
pu immédiatementremplacer
unrégu-
lateur
électrique
par un chalumeauproduisant
la lumière Dru1l1-inond, puis
par unelampe
àpétrole
alimentée avec del’oxygène puis
par unelampe
ordinaire àpétrole, puis
enfin par un bec de gaz.D’ailleurs,
pour les sources faibles comme cellesqui
résultent de la combustion du gaz,l’emploi
de lentilles de concentration nuitbeaucoup
à l’intensité duphénomène.
Ainsi l’on obtient des sonsbeaucoup plus
intenses avec un bec de gaz enemployant
ladispo-
sition
indiquée
dans la.fig. 4,
danslaquelle
Sreprésente
leFig. 4.
faisceau radiant reçu, R la roue, 0 les ouvertures, F une fente
placée
aussiprès
quepossible
de la roue, C le bec de gazplace
à0m, 03
ou o"B04
de la fente.64
Il en est de même avec une source formée d’une
spirale
depla-
tine chauffée par
la,flamme
d’un bec Bunsen.L’emploi
de ces diverses sources donne degrandes
facilités pour l’étude de laradiophonie.
Je doisajouter
quejusqu’ici (sauf
ence
qui
concerne l’intensité des sonsproduits)
il m’atoujours
paru indifférentd’employer
les unes ou les autres :je
veux direqu’elles
ne m’ont
jamais
paruprésenter
aucun modecaractéristique
d’ac-tion ou
produire
des effetsspéciaux susceptibles
de les faire dis-tinguer
les unes des autres ; à intensitéégale
des sonsproduits,
rien ne ln’a
permis jusqu’à présent de juger, d’aprés
la naturemême de ces sons, s’ils
provenaient
de la lumièreélectrique,
ond’un bec de gaz, ou de l’une des autres sources que
j’ai employées.
J’ai
dirigé
des recherches dans cette voie : elles n’ont pas encoreabouti,
mais c’estpeut-être
parcequ’elles manquen t
deprécision.
Je ne considère donc pas la
question
commerésolue,
etje
continuemes
expériences
sur cesujet.
IV . - LES CAUSES DU PHÉNOMÈNE.
Après
les recherchespréliminaires précédemment indiquées,
onpeut
aborder celle des causes duphénomène radiophonique.
A ceteffet,
ils’agit
de trouver une solution aussi vraisemblable que pos- sible à ces troisquestions :
1°parmi
les radiationscomplexes qui
constituent en
général
une sourceradiante, y
en a-t-ilqui
contri-buent
plus spécialement
à l’effet étudié etquelles
sont-elles?2°
quelle
est la substance danslaquelle
seproduit
la transformationd’énergie
radiante enénergie
sonore? 3-quel
est le mécanisme decette transformation?
Je nle suis
occupé
d’abord de lapremière question,
etje
croisqu’on
enpeut
formuler la solution de la manière suivante :Les ,sons
radiophoniques
sontproduits principalement
par les radiations degrande longueur
d’onde ditescalorifiques.
Pour résoudre la
question,
onpeut
d’abord faire unpremier
essai très
simple.
On se sert del’appareil représenté
dansla fig. 4,
en prenant comme source un bec de gaz ou la lumière
Drummond,
et comme
récepteur
du mica mince enfumé. On écoute le son pro- duit par la source d’aborddirectement, puis
eninterceptant
les65 radiations successivement avec des lames de verre de même
épairs-
seur
( om,
002environ),
colorées en rouge, en vert et en bleu foncé.On constate que la lame rouge n’a pas d’efl’et bien
sensible,
que la lame verte diminue l’intensité du son, que la lame bleue la diminuebeaucoup plus.
Mais c’est là une
expérience qui
nepeut
être considérée commedécisi, e,
car l’effet depareilles
lames est assezcomplexe,
et le ré-sultat
qu’on
obtient par ceprocédé peut
laisserprise
à desobjec-
tions
plus
ou moins fondées.Il en serait de même si l’on
essayait d’interposer
sur letrajet
dis radiations des
liquides absorbants,
tels que des dissolutions d"alun dans l’eau ou d’iode dans le sulfure de carbone. Cesexpé-
rieinces ont
déjà
étéfaites,
et elles ont donné lieu à des assertions presque contradictoires. Aussi niesuis-je
décidé à les laisser com-plètement
de côté pour le moment(sauf
à y revenirplus tard)
età chercher à réaliser une
expérience
dont le résultat nepût
êtrecontesté.
A cet
effet, j’ai employée l’appareil représenté
dans lafig. 5.
Fig. 5.
S est une source de radiations très
intenses,
tellequ’une lampe électrique
àrégulateur
de 1B1.Dnboscq,
animée par40, 50,
...éléments
Bunsen;
L est lesystème
de lentilles (pu rend le fais-ceau radiant
parallèle.
Ce faisceau est reçu sur unc fente Fqu’il
ne faut pas
prendre trop
étroite pour ne pastrop
diminuer l’in-tensité;
unelargeur
deom,
oo3 àam, 004
cst convenable. Cette fente éclairéeconstitue,
àproprement parler,
la source.1T ne lentillc L’
reçoit
lesradiations ;
elle estplacée
defaçon
a66
donner une
image
nette de la fente sur un écranplacé
à la distance on se trouvera la roueinterruptrice.
Au sortir de la lentille les radiations sont
dispersées
par unprisme
Pdisposé
de manière à avoir le minimum de déiiation,
etl’on obtient un
spectre
dont lapartie
lumineuse a unelargeur
de0m, 05
àom,
o6 sur undiaphragme DD, percé
à son centre d’uneouverture
portant
uncylindre
danslequel
onpeut
faireglisser
unelentille
cylindrique
C. Cediaphragme
est fixé ausupport
de laroue
interruptrice R, placée derriére,
et cesupport
est mobile sur deux rouleaux n, n.En
opérant
ce mouvementperpendiculairement
à la directiondes rayons
dispersés
et dans la directionindiquée
par laflèche,
onvoit que la lentille
cylindrique
C recueillera successivement les rayons diversement colorés duspectre, depuis
le violet vjus- qu’au
rouge r et au delà du rouge, et, danschaque position,
lalentille
cylindriques produira
sur le bord de la roue et sur lesquatre
séries d’ouverturesqu’elle présente
une bande étroite résultant de la concentration des rayonsqu’elle reçoit.
En
plaçant
unrécepteur
1 en mica minceenfumé,
parexemple,
dans une
positionfixe,
on pourraécouter, pendant
le mouvementdu
support
del’appareil,
l’effetproduit
à travers les ouvertures de la roue tournante par les radiations successives duspectre
visibleet invisible.
Quand
on faiLl’expérience,
on constatequ’on
n’entend aucunson dans la
partie qui
s’étend du violet invisible aujaune
duspectre, qu’on
commence à entendre un son dans les radiationsorangées,
que l’intensité du sonaugmente graduellement
dans lerouge , que cette intensité est maxima dans les radiations invisibles
au delà du rouge et
qu’elle
décroît ensuite trèsrapidement.
J’ai fait
Inexpérience plusieurs
fois àplusieurs jours d’intervalle;
je
l’ai fait faire àplusieurs
personnes. Les sons perçus sontfaibles,
parce que
je
n’aien1ployé jusqu’ici
que des lentilles et desprismes
de verre,
qui
absorbent unegrande quantité
des radiations obscuresinfra-rouges,
etqu’on perd beaucoup
de lumière et dechaleur par la limitation du f’aisceau par la
fente ;
maisl’expé-
rience n’en est pas moins très
perceptible
et très nette.Afin d’ailleurs
qu’on
nepût
attribuer le résultat à un effet par- ticulierdépendant
de la nature de la lameréceptrice, j’ai
fait l’ex-67
périence
non seulement avec du rnica minceenfumé,
mais encoreavec du
platine
minceplatiné
et avec duclinquant
de zinc à surfacenue : les résultats n’ont pas
change.
Ces résultats ressemblent donc
complètement
à ceuxqu’on
ob-tiendrait en
explorant
le mêmespectre
avec unepile
thermo-élec-trique linéaire,
et laconclusion, qui s’impose d’elle-n1êllle,
doitêtre ainsi formulée :
Les
effets radiophoniques
sontproduits principalement
par lesradiations rouges et
infra-rouges,
c’est-à-dire par les radiations itgrande longueur
d’onde.Le
photopltone
de JB1. G. Bell est doncplutôt
unradiophone,
car les rayons dits lumineux n’exercent sur le
phénomène qu’un
effet tout à fait
secondaire,
les radiations yagissant
surtout par leurspropriétés themriques.
Pour mettre cette conclusion hors de
doute, j’ai
cherché à pro- duire les sonsradiophoniques
à l’aide de radiations absolument invisibles dans l’obscurité.On
parvient
aisément à l’aide dudispositif
trèssimple repré-
senté par la
fig.
6. U est un chalumeauoxyhydrique
dont la flammeFig. 6.
échauffe un
disque
C en cuivre rouge de 0m, 002d’épai’seur
envi-ron ; R est la roue
interruptrice
dont les ouvertures 0 laissent passer le faisceau S émis par la source C et reçu sur unrécep-
teur en mica
enfumé,
parexemple.
On
porte
au rouge sombre ledisque :
on entend alors très bien les sonsradiophoniques.
On éteint le chalumeau : ledisque
se re-froidit,
mais on continue à entendre les sons d’intensité décrois- sante, non seulement tant que ledisque
est visible dans l’obscu-rité,
mais encorequand
il est invisible.68
En faisant
1 expérience
en sensinverse,
on constate que l’oncommence à entendre les sons
pendant
que ledisque
est absolu-ment invisible dans
l’obscurité,
et, enréglant
convenablement la flamme duchalumeau,
onpeut
maintenir ledisque
invisible et en-tendre d’une manière continue les sons ainsi
produits.
Ici,
il est évidentqu’il n’y
aplus
lieud’appliquer
lemot photo- phonie,.
iln’y a
pas de llunière enjeu :
si l’on veut se servir d’untermc tout à fait
général
pourqualifier
lephénomène,
il faut em-ployer
le motradiophonie,
ouplutôt,
pour leparticulariser
ainsiqu’on
en a ledroit,
à cequ’il
mesemble,
onpeut
user du motthermophonie, qui représente que
tout autre l’effet queje
Niens de décrire.
Ainsi
donc,
lephénomène
découvert par M. G. Bcll est l’effet d’une transformationremarquable
del’énergie thermique
des ra-dialions,
et ler adiophonc ressemble,
à cepoint de vue,
au radio-171ètl’e de M. Crookes.
Il reste à trouver le mécanisme de cette transformation :
je
pour- suis mes recherches dans ce but.RECHERCHES SUR LES DIFFÉRENCES DE POTENTIEL DE DEUX MÉTAUX
AU CONTACT;
RÉSULTATS;
PAR M. H. PELLAT.
La méthode que
j’ai imaginée
pour faire Fétude de l’électricité de contact des métaux a étéexposée précédemment (t. IX,
p.145).
J’ai insisté
déjà
sur la nature de laquantité
mesurée par toutes les nléthodesélectroscopiques
et par la mienne enparticulier:
c’est 1(i
différence de potentiel
cles coiic-hesélectriques qui
rc-(’OlH’/,cnl les deux métaux au contact et en
équilibre.
Cette quan-tité, parfaitement définie,
est une constante pour deux corps con- ducteurs dans un même milieu isolant. Nous ladésignerons,
pourabréger,
pardifférence
clchotczitiel
apjJarente des deux corps.Je ,ais
indiquer
maintenant lesprincipaux
résultats de cetteétude.