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Analyse des relations agriculture-élevage et place des techniques d'agriculture de conservation au sein d'exploitations du lac Alaotra (Madagascar) : (projet ANR PEPITES), rapport d'étude

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(1)

Analyse des relations agriculture-élevage et place des techniques

d’agriculture de conservation au sein d’exploitations du Lac Alaotra

(Madagascar)

(Projet ANR PEPITES)

Rapport d’étude

Flore Saint-André

Patrick Dugué

Eric Penot

Pierre-Yves Le Gal

Mai 2010

(2)

Sommaire

1. Introduction ... 1

2. Contexte et problématique ... 1

2.1. Le milieu physique ... 2

2.2. Le grenier à riz de Madagascar ... 3

2.3. La place de l’élevage... 4

2.4. Les techniques d’agriculture de conservation et leur application au lac Alaotra ... 6

2.5. Zonage régional ... 7

2.6. Problématique de l’étude ... 8

3. Matériels et méthodes ... 8

3.1. Echantillonnage ... 8

3.2. Construction du guide d’entretien ... 10

3.3. Traitement des données ... 11

3.4. Organisation de réunions de restitution en présence des producteurs ... 12

4. Résultats ... 12

4.1. Eléments de structure des exploitations ... 12

4.2. Les productions végétales pratiquées... 13

4.3. Les types d’élevage... 16

4.3.1. L’élevage bovin de trait ... 16

4.3.2. L’élevage bovin d’embouche ... 20

4.3.3 L’élevage bovin laitier ... 20

4.3.4. Combinaison des différentes types d’élevage bovin au sein de l’échantillon ... 21

4.3.5. Les différents types de parc ... 22

4.3.6. L’élevage porcin ... 23

4.4. Proposition de typologie des exploitations basée sur la place de l’élevage ... 24

4.5. Stratégies et pratiques d’élevage ... 27

4.5.1. Les exploitations laitières ... 27

4.5.2. L’alimentation des troupeaux de zébus ... 38

4.5.4. La gestion de l’élevage porcin ... 43

4.6. La gestion de la fertilisation ... 44

4.6.1. Définition de quatre types de fumure organique ... 44

4.6.2. La production de la fumure dans les exploitations ... 45

4.6.3. Répartition de la fumure en fonction des types de sol et des cultures ... 47

4.6.4. La fertilisation minérale ... 48

4.6.5. Conclusions ... 48

4.7. Place des techniques d’agriculture de conservation ... 49

4.7.1. Gestion des cultures fourragères ... 49

4.7.2. Gestion des cultures SCV ... 50

4.7.3. Dynamique de progression des SCV ... 52

(3)

4.8. Analyse économique ... 54

4.8.1. La production de riz ... 55

4.8.2. La production laitière ... 56

4.8.3. La production porcine ... 57

4.8.4. L’embouche bovine ... 58

4.9. L’intégration agriculture-élevage : exemple de cinq exploitations ... 58

4.9.1. Une exploitation de l’Ouest en voie de décapitalisation sans élevage bovin (type 1) ... 59

4.9.2. Une exploitation de la rive Est où le riz occupe une place importante avec élevage (type 2) ... 62

4.9.3. Une exploitation de la rive Est à orientation élevage laitier, principale source de revenu (type 3) 65 4.9.4. Une exploitation diversifiée combinant riz et élevage zébus de trait -porc (type 4a) ... 67

4.9.5. Une exploitation diversifiée de la rive Ouest focalisée sur la riziculture avec bovins de trait (type 4b) ... 70

5. Conclusions ... 73

5.1. Un niveau d’intégration qui dépend du type d’élevage ... 73

5.2. Une meilleure intégration de l’élevage par le développement de l’affourragement ... 73

5.3. La paille de riz : un fourrage ou la base de la litière et du compost ? ... 74

5.4. Une meilleure intégration agriculture-élevage en développant les TAC sur les tanety ... 74

5.5. Quelle place pour le stockage des fourrages ? ... 75

5.6. Quelles interventions possibles pour le projet PEPITES ? ... 75

Liste des tableaux

Tableau 1 : Répartition des exploitations selon le type de TAC et l’encadrement par les opérateurs BV Lac . 10 Tableau 2 : Combinaison des types d’élevage et des modalités de gestion de la production du riz ... 26

Tableau 3 : Caractérisation de l’exploitation O11 ... 28

Tableau 4 : Caractérisation de l’exploitation S04 ... 29

Tableau 5 : Caractérisation de l’exploitation O05 ... 31

Tableau 6 : Caractérisation de l’exploitation N02 ... 32

Tableau 7 : Caractérisation de l’exploitation S09 ... 34

Tableau 8 : Caractérisation de l’exploitation O04 ... 35

Tableau 9 : Caractérisation de l’exploitation S08 ... 36

Tableau 10 : Caractérisation de l’exploitation O07 ... 38

Tableau 11 : Distribution des exploitations ayant des parcelles fourragères pour leurs zébus selon le mode d’affouragement ... 42

Tableau 12 : Exploitation par type de complémentation en cas de travail ... 42

Tableau 13 : Répartition des exploitations porcines selon le type d’alimentation ... 43

Tableau 14 : Type de fumure selon le type d’élevage ... 44

Tableau 15 : Type de fumure selon le type de bâtiments d’élevage ... 45

Tableau 16 : Quantité de fumure organique moyenne valorisée par zébu adulte ou vache laitière ... 47

Tableau 17 : Caractérisation des exploitations ayant des parcelles fourragères ... 50

Tableau 18 : Caractérisation des exploitations ayant des cultures SCV en 2008-09 ... 52

Tableau 19 : Combinaison des cultures fourragères et SCV par exploitation... 53

Tableau 20 : Répartition des charges des exploitations laitières ... 56

Tableau 21 : Répartition des types de charges et leur coût lors d’un engraissement porcin ... 57

Tableau 22 : Répartition des charges pour l’engraissement de 70 porcs ... 58

Tableau 23 : Répartition des charges dans le cas de l’embouche bovine (1 bovin) ... 58

Tableau 24 : Caractéristiques de l’exploitation O16 ... 59

Tableau 25 : Caractéristiques de l’exploitation N07 ... 62

Tableau 26 : Caractéristiques de l’exploitation S08 ... 65

Tableau 27 : Caractéristiques de l’exploitation N05 ... 67

Tableau 28 : Caractéristiques de l’exploitation O03 ... 70

(4)

Liste des Figures

Figure 1 : Localisation du lac Alaotra à Madagascar ... 2

Figure 2 : Température et pluviométrie moyennes de la région du lac Alaotra (Station Ambatondrazaka, période 1962 – 2005)... 3

Figure 3 : Evolution de l’effectif porcin depuis 1998 ... 4

Figure 4 : Organisation de l’échantillon d’exploitations enquêtées ... 9

Figure 5 : Répartition géographique des exploitations agricoles selon le type d'élevage et l'adoption du motoculteur ... 9

Figure 6 : Répartition géographique des exploitations agricoles selon l’adoption des TAC et selon leur encadrement ... 10

Figure 7 : Calendrier situant la période du dernier labour pour les exploitations en année 1 ... 11

Figure 8 : Distribution des exploitations selon l’âge du chef d’exploitation ... 12

Figure 9 : Distribution des exploitations selon la taille de la famille ... 12

Figure 10 : Distribution des exploitations selon leur surface ... 13

Figure 11 : Calendrier cultural par culture et type de parcelle dans la topo-séquence ... 14

Figure 12 : Itinéraire technique rizicole... 15

Figure 13 : Evolution du prix du riz paddy au cours de l’année 2008 ... 16

Figure 14 : Répartition du nombre d’exploitations selon le type de troupeau de zébus ... 18

Figure 15 : Répartition du nombre d’exploitations selon le nombre de chaînes de trait ... 18

Figure 16 : Nombre de chaine de traction en fonction de la surface cultivée ... 19

Figure 17 : Nombre de chaine de traction en fonction de la surface cultivée, pour les exploitations sans motoculteur ... 19

Figure 18 : Répartition du nombre de vaches laitières par exploitation selon la zone ... 20

Figure 19 : Combinaison des types d’élevage bovin par exploitation ... 22

Figure 20 : Répartition des exploitations selon le type de parc et d’élevage bovin ... 22

Figure 21 : Répartition des exploitations selon le type de fosse ... 23

Figure 22 : Distribution des exploitations selon la place de l’élevage porcin ... 24

Figure 23 : Répartition des types d’élevage selon le type de revenu fourni... 25

Figure 24 : Répartition des exploitations selon la typologie proposée ... 27

Figure 25 : Calendrier fourrager de l’exploitation O11 ... 29

Figure 26 : Calendrier fourrager de l’exploitation S04 ... 30

Figure 27 : Calendrier fourrager de l’exploitation O05 ... 31

Figure 28 : Calendrier fourrager de l’exploitation N02... 33

Figure 29 : Calendrier fourrager de l’exploitation S09 ... 34

Figure 30 : calendrier fourrager de l’exploitation O04 ... 36

Figure 31 : Calendrier fourrager de l’exploitation S08 ... 37

Figure 32 : calendrier fourrager de l’exploitation O07 ... 38

Figure 33 : Calendrier d’affouragement des zébus (cas TA1) ... 39

Figure 34 : Calendrier d’affouragement des zébus (cas TA2) ... 40

Figure 35 : Calendrier d’affouragement (cas TA3) ... 40

Figure 36 : Calendrier d’affouragement des zébus (cas TA4) ... 41

Figure 37 : Calendrier des périodes de travaux, d’affouragement et de l’état corporel des zébus (cas Paille + Four_An) ... 41

Figure 38 : Répartition des différents types de fumure produite dans l’échantillon ... 45

Figure 39 : Répartition des exploitations enquêtées en fonction des types de TAC pratiquées ... 49

Figure 40 : Répartition des exploitations selon la part de surface fourragère dans la surface cultivée hors RI 50 Figure 41 : Répartition des 33 exploitations selon la part de surface SCV dans la surface cultivée hors RI ... 52

Figure 42 : Répartition des exploitations selon la marge brute réelle et calculée par hectare de riz ... 55

Figure 43 : Assolement 2008-2009 de l’exploitation O16 selon la topo-séquence ... 60

Figure 44 : Les flux entre agriculture et élevage dans l’exploitation O16 ... 61

Figure 45 : Assolement 2008-2009 de l’exploitation N07 selon la topo-séquence ... 63

Figure 46 : Les flux entre agriculture et élevage dans l’exploitation N07 ... 64

Figure 47 : Assolement 2008-2009 de l’exploitation S08 ... 65

Figure 48 : Les flux entre agriculture et élevage dans l’exploitation S08 ... 67

Figure 49 : Assolement 2008-2009 de l’exploitation N05 selon la topo-séquence ... 68

Figure 50 : Les flux entre agriculture et élevage dans l’exploitation N05 ... 70

Figure 51 : Assolement 2008-2009 de l’exploitation O03 selon la topo-séquence ... 71

(5)

Résumé

La tâche 5 du projet Pépites porte sur l’« Aide à la conception de systèmes de production intégrant des techniques d’agriculture de conservation ». Elle déploie des activités de terrain à Madagascar, sur le lac Alaotra. Le thème des relations agriculture-élevage à l’échelle des exploitations agricoles a été identifié comme support des activités analytiques et d’accompagnement de la tâche pour son importance locale et ses connexions avec les techniques d’agriculture de conservation (TAC). La première phase de travail exposée dans ce document a consisté à réaliser un état des lieux du fonctionnement de ces relations sur un échantillon d’exploitations couvrant la diversité des situations autour du Lac. 33 exploitations ont été sélectionnées, différant par leurs localisations (zones Ouest et Est), le type d’atelier d’élevage (lait, viande, traction animale, porc) et la place des TAC dans leurs assolements. L’étude, réalisée sur la base d’entretiens individuels ponctuels, analyse tout d’abord la diversité des orientations stratégiques des exploitations. Le choix des productions végétales (assolement) dépend de la répartition des parcelles de l’exploitation entre les 4 situations topographiques suivantes : rizière irriguée (RI), rizière à mauvaise maitrise de l’eau (RMME), baiboho et tanety. Le riz, culture pivot du système de production, est pratiqué surtout sur RI et RMME, la diversité des espèces cultivées augmentant lorsqu’on passe des bas-fonds aux collines. Les systèmes d’élevage rencontrés se différencient en sept cas, fonction de la place tenue par les productions animales dans le revenu de l’exploitation et du type d’élevage (lait, viande, trait, porc, volaille). Ces 7 cas ont été croisés avec la situation rizicole des exploitations (déficit / équilibre / excédent) pour définir 5 types selon les stratégies déployées par les producteurs : décapitalisation, orientation rizicole, orientation élevage, diversifié à base rizicole, diversifié à base élevage.

La suite de l’étude s’intéresse à la façon dont sont gérés les animaux, la fertilisation organique et les TAC. Les exploitations laitières font l’objet d’une analyse détaillée des 8 exploitations concernées, regroupées sous trois situations : (i) élevage laitier perçu comme un complément de revenu, (ii) intensification de la production laitière par l’affouragement en vert mais contraintes dans l’augmentation de la taille du troupeau laitier, (iii) intensification de la production laitière par la distribution de provende et objectif d’agrandissement de la surface et en du troupeau laitier. L’alimentation des bœufs de trait fait également l’objet d’une analyse spécifique, avec l’identification de 5 cas : (i) paille ou fourrages verts uniquement en cas de travail, (ii) paille distribuée uniquement après la récolte plus ou moins longtemps pendant la saison sèche selon la quantité stockée, (iii) paille de riz distribuée durant toute l’année, (iv) distribution de paille de la récolte jusqu’à épuisement du stock puis fourrage à partir de décembre et (v) paille et fourrage durant toute l’année. L’embouche bovine et l’élevage porcin sont analysés plus brièvement.

La gestion de la fertilisation est centrée sur la fumure organique produite par les troupeaux sous plusieurs formes selon le type d’élevage et le mode de stabulation : poudrette de parc, fumier de mauvaise qualité, fumier de bonne qualité et compost. Malgré les difficultés de mesure, les quantités produites par exploitation ont été estimée avec les modalités d’épandage au champ. Les producteurs fertilisent d’abord les cultures maraîchères et le maïs, quelque soit le type de sol (baiboho ou tanety) et parfois le riz en fonction de la richesse du sol. La fertilisation minérale est peu utilisée.

Les TAC comprennent les cultures fourragères et les semis sous couverture vivante (SCV). Elles tendent à progresser dans l’échantillon, les premières pour couvrir les besoins alimentaires des animaux (essentiellement les vaches laitières mais aussi les bœufs de trait), les secondes pour limiter les besoins de labour, accélérer les semis (récoltes précoces) et améliorer la fertilité des sols. Les surfaces concernées sont très variables, de 6 à 83 % de la surface cultivée hors rizière.

Après avoir réalisé une brève analyse économique sur les différents ateliers d’élevage, l’étude se termine par la présentation détaillée de 5 exploitations, une par type, où les flux entre agriculture et élevage sont plus précisément qualifiés. Cette analyse individuelle préfigure la suite du travail, qui sera centré sur le développement d’un modèle à même de simuler ces flux. Ce modèle sera utilisé en accompagnement de producteurs individuels pour répondre à des questions touchant tant à la planification qu’aux orientations stratégiques de ces exploitations, sur la base de leurs projets et des innovations envisageables en matière d’élevage et de TAC (développement des cultures fourragères, stockage des fourrages, utilisation de la paille, augmentation des quantités de fumure organique).

(6)

Préambule

Cette étude a été réalisée dans la région du Lac Alaotra (Madagascar) par Flore Saint-André, étudiante de l’AgroParistech en stage de césure à l’UMR Innovation, projet PEPITES (Processus Ecologiques et Processus d'Innovation Technique et Sociale en Agriculture de Conservation. Elle a pour objectif d’orienter les travaux futurs de la tache 5 du projet PEPITES « Aide à la conception de systèmes de production intégrant des techniques d’agriculture de conservation ».

Cette étude a pu être menée à bien grâce à l’appui et la collaboration des cadres du Projet BV Lac (cellule de coordination et opérateurs de développement). Ils ont grandement facilité l’accès à la bibliographie et permis de choisir efficacement l’échantillon d’exploitations de polyculture élevage à enquêter. Nous remercions tout particulièrement :

Philipe Grandjean et toute l’équipe de la cellule BV Lac pour les conseils, la transmission des connaissances acquises par le projet et la mise à disposition de nombreux moyens.

Les cadres des opérateurs de développement (AVSF et BRL), plus particulièrement Paulin Hyac, Thierry Rabenandro, Herizo Andriamalala et Jean Michel Ravoninjatovo et leurs techniciens pour l’organisation du terrain, mais aussi Brice Dupin et Raphaël Domas pour les discussions constructives que nous avons eues. Anja, pour la qualité de sa traduction, sa connaissance du terrain et sa bonne humeur.

(7)

1. Introduction

Cette étude s’inscrit dans le cadre de la tâche 5 du projet Pépites (Processus Ecologiques et Processus d'Innovation Technique et Sociale en Agriculture de Conservation) financé par l’Agence nationale de la recherche (ANR). Elle s’appuie sur un stage de césure réalisé par Flore Saint-André, étudiante à AgroParisTech, sous la supervision de Patrick Dugué et Pierre-Yves Le Gal. Ce stage a inclus une période de terrain de 4 mois, entre fin juin et fin octobre 2010.

Au sein de Pépites la tâche 5, intitulée « Aide à la conception de systèmes de production intégrant des techniques d’agriculture de conservation », vise à la fois à comprendre les relations entre agriculture de conservation et fonctionnement des exploitations agricoles, à les modéliser et à mobiliser ces connaissances dans une démarche d’aide à la réflexion prospective des producteurs. Cette tâche est principalement mise en œuvre sur deux terrains : Unai dans les Cerrados au Brésil et la lac Alaotra à Madasgascar. La présente étude ne concerne que le terrain malgache.

Un système de production agricole se conçoit à l’échelle de l’exploitation agricole, alors que les techniques de conservation sont analysées et mises en œuvre à l’échelle de la parcelle. Ce changement d’échelle impose à la tâche 5 de rattacher ses interventions à des questions dépassant ces seules techniques (qui ne conduisent pas directement à une production commercialisable) pour s’intéresser au fonctionnement d’ensemble de l’exploitation. Une mission réalisée en novembre 2009 avait permis d’identifier les relations agriculture – élevage comme un point d’entrée dans les exploitations agricoles de cette région. Les informations collectées montraient en effet que la plupart des exploitations mènent de front productions végétales, autour du pivot rizicole, et animales, avec différents systèmes d’élevage possibles (bovin de trait, bovin laitier, bovin d’embouche, porcin, volaille). L’hypothèse était faite que les techniques d’agriculture de conservation (TAC) rencontrées au lac impactaient et étaient impactées par les relations entre ces divers ateliers de productions végétales et animales.

Le thème des relations agriculture-élevage a fait l’objet de nombreuses études sur le lac mais les travaux sont anciens (Garin, 1998) ou sectoriels (Bassery, 2000 ; Dubois, 2004). Nous avons donc décidé de démarrer les activités sur ce thème par une étude sur un échantillon diversifié d’exploitations afin, d’une part, de faire un état des lieux intégrant la dimension TAC, d’autre part, de fonder le dispositif à suivre sur des connaissances établies par nous-mêmes. Ce document présente les résultats de ce travail en commençant par une rapide présentation du terrain, suivi d’une description de la méthode et de l’échantillon de travail, puis des résultats proprement dits. Ceux-ci sont structurés selon le plan suivant : nous commençons par donner quelques éléments de structure des exploitations enquêtées, puis nous décrivons dans leur globalité les types d’élevage et de culture. Cette analyse nous conduit à proposer une typologie des exploitations croisant la place tenue par l’élevage avec la situation rizicole de chacune. Les stratégies et pratiques d’élevage sont ensuite plus précisément analysées, de même que la gestion de la fertilisation et des techniques d’agriculture de conservation. La partie résultats se termine par une analyse des résultats économiques des exploitations et une description des relations agriculture-élevage dans cinq exploitations représentatives des cinq types proposés. La conclusion fournit une synthèse de ces résultats et dresse quelques perspectives pour le futur du programme de recherche de la tâche 5 sur ce terrain.

2. Contexte et problématique

Le lac Alaotra se situe à 230 km au nord-est de la capitale malgache, Antananarivo (Figure 1). Avec près de 100 000 ha de rizières, cette région quelque peu enclavée est l'une des plus grandes zones rizicoles de Madagascar. Le riz constitue la principale ressource alimentaire de l’Ile avec une consommation moyenne annuelle par habitant d’environ 120 kg (Ministre de l’économie, des finances et du budget, 2004). Etant l’une des rares zones de production excédentaires, le lac Alaotra est surnommé "grenier à riz de Madagascar" (Domas et al., 2008 ; Durand et Nave, 2007).

(8)

Figure 1 : Localisation du lac Alaotra à Madagascar

2.1. Le milieu physique

La région de l’Aloatra est constituée par une vaste plaine ou cuvette autour lac (80 km de long, 30 km de large, altitude moyenne de 750 m). Le lac occupe la partie nord avec une superficie de 200 km² en période d’étiage, entourée de marécages. La partie sud constitue la plaine rizicole. En périphérie, des collines latéritiques (tanety) dominent la cuvette à une altitude moyenne de 1 400 m et forment autant de bassins versants se jetant dans le lac. La région se caractérise donc par la toposéquence suivante :

- les tanety, que l’on peut décomposer en haut, milieu et bas de pente, dont les sols sont plus pauvres et instables, et soumis à une érosion importante (zone de formation des lavakas) ; - les baiboho, au bas de toposéquence, constitués de dépôts colluviaux situées entre les

plaines rizicoles et les tanety. La nappe phréatique proche et la fertilité des sols sont propices aux cultures pluviales et aux cultures de contre saison ;

(9)

Le climat de la région Alaotra est de type tropical humide d’altitude. La température annuelle moyenne est supérieure à 20°C. L’année est marquée par deux saisons au climat différent (Figure 2) :

- la saison des pluies (fahavaratra) de novembre à mars ou été australe. Elle se caractérise par une température moyenne de 24°C et 80% des précipitations annuelles. C’est la principale saison de culture ;

- la saison sèche (ririna) durant les 7 mois restants – avril à octobre - ou hiver austral. La température moyenne se situe autour de 17°C. Cette température basse et un déficit hydrique élevé limite la mise en culture durant cette période aussi appelée de « contre saison » ainsi que le développement végétatif des herbacées pérennes (cultures fourragères).

La mise en place des cultures est fortement dépendante de l’arrivée aléatoire des premières pluies en octobre-novembre. Chaque année, les agriculteurs adaptent leur calendrier agricole (mise en boue, repiquage) à l’arrivée des premières pluies. Par ailleurs, une sécheresse ou au contraire une forte inondation ont une conséquence directe sur les rendements et peuvent même entraîner une récolte nulle. L’aléa pluviométrique est une des contraintes principales des agriculteurs autour du lac.

Figure 2 : Température et pluviométrie moyennes de la région du lac Alaotra (Station Ambatondrazaka, période 1962 – 2005)

(source : Durand & Nave, 2007)

2.2. Le grenier à riz de Madagascar

Le système agraire de cette zone était traditionnellement basé sur la riziculture aquatique en plaine et une utilisation des tanety comme zones de parcours des troupeaux de zébus. Après l’indépendance, entre 1960 et 1980, une série d’aménagements hydro-agricoles sont réalisés par l’Etat malgache avec l’appui de bailleurs de fonds, qui souhaitait faire de la région du lac le « grenier à riz » de Madagascar. La production passe alors de 35 000 tonnes de riz en 1930 à 200 000 tonnes en 1980 (Garin, 1998). Les aménagements hydro-agricoles étaient gérés par la SOMALAC (Société malgache d'aménagement du lac Alaotra) sur environ 30 000 ha qui garantissaient des rendements en riz réguliers et élevés. Seuls 10 000 ha de ces rizières irrigués (RI) sont actuellement opérationnels, auxquels s’ajoutent 70 000 ha de rizières à irrigation aléatoire et mauvaise maîtrise de l’eau (RMME). Cet ensemble produit aujourd’hui un volume moyen de 80 000 tonnes de riz blanc exportées vers les centres de consommation urbaine (Antananarivo, Tamatave).

La région devient de plus en plus attractive et l’immigration s’accélère. Couplée à l’augmentation démographique (la population double tous les 18 ans), la disponibilité en terres fertiles (RI, RMME et baiboho) devient de plus en plus limitée. Comme les rendements stagnent, à partir des années 80, les agriculteurs commencent à s’approprier les tanety et à les mettre en culture. Cette colonisation des tanety s’accompagne en partie du défrichement des dernières zones forestières sur les pentes, associé à l’abandon de la pratique de la jachère. Les phénomènes d’érosion hydrique présents

(10)

naturellement s’accélèrent sous la conjugaison de ces processus. Ils entraînent une perte de fertilité, l’ensablement des canaux d’irrigation et le comblement du lac.

Face à ces nouveaux enjeux de limitation de la dégradation des sols, des aménagements et de l’érosion et pour permettre le développement durable de la région du lac Alaotra, a démarré, en avril 2003 pour une durée de 5 ans, le projet de mise en valeur et de protection des bassins versants du lac Alaotra (projet BV Lac – Encadré 1). Il a été reconduit pour 5 ans à partir de 2008. Durant la première phase du projet, l’accent a été mis sur la diffusion des techniques de restauration/maintien de la fertilité du sol et de contrôle de l’érosion dont les SCV (Systèmes de culture sous couverts végétaux). Mais il apparait maintenant nécessaire de s’intéresser à la façon dont ces techniques répondent aux problèmes de production que se posent les agriculteurs et qui renvoient aux interactions entre productions végétales et animales au sein des exploitations agricoles.

2.3. La place de l’élevage

L’élevage bovin est le plus développé dans la région du lac Alaotra. Les effectifs ont subi des variations notables depuis 1930 : de 300 000 têtes à 195 000 en 1960 (Garin, 1998), puis de 170000 à 213 000 têtes entre 1970 et 1990 (Dubois, 2004). Depuis 2000, l’effectif est de nouveau à la baisse. Ces fluctuations s’expliquent par plusieurs phénomènes liés à la fourniture de la force de travail assurée par les bovins, essentiellement de trait. Dans la période précédant l’introduction de la charrue (1920-1930), les zébus étaient utilisés pour le piétinage. La taille du troupeau était proportionnelle à la surface pouvant être mise en culture. L’adoption de la charrue a permis de diminuer le nombre de zébus nécessaire pour les travaux agricoles. Plus récemment, l’introduction du motoculteur depuis 2003 et la recrudescence des vols d’animaux expliqueraient la baisse des effectifs.

Parallèlement à cette dynamique, des ateliers d’embouche bovine se mettent en place progressivement mais restent minoritaires (Garin, 1998). La filière lait se développe avec deux centres de consommation urbaine : Ambatondrazaka et Amparafaravola. AVSF estime le nombre d’éleveurs laitiers à 300. En l’absence de laiterie industrielle comme dans le Vakinankaratra, ce développement est aidé par le projet de coopération décentralisé entre le département Ille et Vilaine et la région Alaotra Mangoro (Encadré 2).

Avant 1996 et l’arrivée de la peste porcine africaine (PPA), la région du lac Alaotra était la principale zone d’élevage porcin de Madagascar, grâce à l’abondance du son de riz. Le cheptel était estimé à un peu moins de 43 000 têtes. En 2002, du fait de la PPA l’effectif a diminué de 85% par rapport à 1996 en passant à 6 300 porcs. Depuis 2002, l’élevage porcin se développe à nouveau. En 2005, il a été estimé à 17 440 porcs, soit 5 900 éleveurs autour du lac (Maison du petit élevage, 2005) (Figure 3). Cette épidémie touche tous les porcs régulièrement et aucun vaccin ou médicament n’existe actuellement pour la contrôler. L’élevage porcin a une place particulière au lac du fait des interdits (fady) dans certain village du lac concernant sa consommation et l’utilisation des déjections pour la fertilisation des cultures.

Figure 3 : Evolution de l’effectif porcin depuis 1998 (source : Maison du petit élevage, 2005)

(11)

Encadré 1 : Présentation du projet BV Lac Objectifs du projet BV Lac

- Accroître et sécuriser les revenus des producteurs, touchés par les aléas climatiques et économiques des années récentes qui ont largement pesé sur leurs revenus,

- Préserver les ressources naturelles d'une zone écologique très fragile actuellement menacée et sécuriser les investissements d'irrigation existant en aval,

- Appuyer les organisations des producteurs en leur permettant de devenir progressivement des maîtres d'ouvrages locaux d'actions de développement.

Contenu - Exécution du projet

Le maître d'ouvrage est le Ministère de l'Agriculture. Une cellule de projet a été créée afin d'assurer la coordination de la mise en œuvre des actions suivantes par des prestataires locaux :

1. La sécurisation foncière. Préalable aux actions de mise en valeur, de protection de l'environnement et d'amélioration de la productivité, le projet soutient techniquement et financièrement les organisations de producteurs dans la mise en œuvre de procédures de régularisation foncière.

2. L'environnement - La préservation des écosystèmes est l'un des axes forts du projet, qui intervient dans la mise en œuvre de programmes de reboisement, le traitement de ravines et de lavakas et la lutte contre les feux de brousse.

3. La mise en valeur agricole - Ces actions ont vocation à promouvoir le développement des cultures intégrées aux systèmes de protection anti-érosifs fournissant de la biomasse végétales. A ce titre, le projet met la priorité sur la promotion de techniques agroécologique adaptées à ce contexte.

4. L'élevage - Le projet cherche à améliorer l'intégration de l'agriculture et de l'élevage. Il fournit une assistance en matière de santé animale et également de développement de la disponibilité de fourrages.

5. Les infrastructures rurales - Ouverture de 3 nouvelles pistes (au total 30 ) dans la zone d'Imamba-Ivakaka.

6. Les aménagements hydro-agricoles - Travaux d'infrastructures hydro-agricoles légers, ayant un impact immédiat sur l'amélioration du fonctionnement et de la protection internes des réseaux. 7. Le crédit rural - Soutien des expériences des Greniers Communs Villageois, entreprise dans le cadre des projets antérieurs, en relation avec les réseaux de microfinance installés dans la région (BOA ; OTIV ; CECAM …)

8. L'animation-formation - Le projet assure les formations et appuis techniques auprès des Organisations de Producteurs et conduira à l'autonomie technique et financière la Fédération des AUR du PC15 et de la Vallée Marianina.

Impacts attendus

La prise en compte des productions agricoles supplémentaires, de la production forestière issue des boisements réalisés et de la production animale induite par le projet, fait apparaître un taux de rentabilité interne (TRI) de 8 à 9 % ;

Les reboisements, aménagements anti-érosifs et le développement des pratiques de cultures contribueront à réduire l'érosion et à reconstituer la fertilité des sols, tout en offrant de nouvelles activités productives ;

Le projet comporte un important volet de structuration d'organisations de producteurs, ce qui favorisera l'émergence de la société civile et la responsabilisation des communautés dans la conduite des actions de développement engagées. Il contribuera aussi à faire émerger des PME ou prestataires locaux qui prennent le relais, suite au désengagement de l'Etat, des fonctions de production, contribuant ainsi à la lutte contre la pauvreté et les inégalités.

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Encadré 2 : Le projet de coopération décentralisé entre le département Ille et Vilaine et la région Alaotra Mangoro

Dans le cadre de la politique nationale et régionale d’amélioration des revenus et des régimes alimentaires, le projet laitier de la coopération décentralisée entre la Région Alaotra Mangoro et le Département Ille et Vilaine appuie la filière lait pour une meilleure organisation et coordination des actions de développement de l’élevage laitier dans la région du lac. Les interventions sont multiples :

- Amélioration génétique du cheptel par l’insémination artificielle : races Holstein et Normande ; - Sensibilisation, vulgarisation et formation des éleveurs laitiers,

- Accompagnement des éleveurs bénéficiaires du programme d’insémination artificielle ;

- Mise en place d’une ferme école, vitrine régionale de l’élevage bovin laitier, outil de production et de formation ;

- Appui au développement et à la structuration de la filière lait. -

Le projet travaille avec les producteurs qui se situent dans la zone sud-est jusqu’à Ambohitsilaozana et sud-ouest du lac jusqu’à Andilanatoby (annexe 1).

(Source : Samad Houssein M, 2009)

L’élevage ovin est récent dans la région. Le taux de mortalité reste élevé et les prix à la vente restent bas. Mais les coûts d’élevage sont faibles et concernent uniquement le gardiennage. Il reste très minoritaire sur la zone d’étude. Les moutons sont souvent consommés lors des fêtes évitant de tuer un zébu.

L’élevage avicole regroupe l’élevage de poules, de canards et d’oies. Ces systèmes ont l’avantage d’être une source de trésorerie pour les besoins immédiats (Bedoin, 2006). Ce type d’élevage est présent dans la majorité des exploitations avec un nombre limité d’animaux mais une filière avicole semi intensive s’est mise en place avec des élevages de poules pondeuses et de poulets de chair.

2.4. Les techniques d’agriculture de conservation et leur application au lac

Alaotra

Selon la FAO (2001), l’agriculture de conservation (AC) repose sur les trois critères suivants : (i) l’absence de retournement profond du sol et donc une implantation des cultures en semis direct ; (ii) le maintien d'un couvert végétal permanent (mort ou vivant) ; (iii) la gestion des cultures en rotation en essayant de développer des synergies (insertion de légumineuses, association de cultures). L’AC vise à une meilleure utilisation des ressources agricoles par la gestion intégrée des disponibilités en sol, en eau et en ressources biologiques, avec une limitation des intrants externes. Elle contribue à la conservation de l'environnement et à une production agricole durable. (FAO, 2003)

Les SCV reprennent les trois principes de base énoncés ci-dessus : (i) le sol n’est jamais travaillé avant semis et lors des entretiens culturaux, le semis se faisant directement dans le mulch de couverture ; (ii) le sol est couvert de façon permanente (mulch) en combinant les restes de résidus de culture et la production de biomasse d’une plante de service ou plante de couverture ; (iii) le principe de rotation incluant ou non des associations de culture doit être respecté.

A côté des SCV nous avons également inclus dans les TAC les cultures fourragères rencontrées dans la région selon la définition suivante. Il s’agit de parcelles semi-pérennes de Brachiaria sp. ou de Stylosanthes guianensis (plus rarement de Banagrass, Chloris ou Eleusine) en pur ou en mélange (les deux espèces fourragères sont alors associées), sur laquelle le producteur prélève une partie de la production végétale pour la distribuer en vert à son bétail. Les bovins ne sont jamais amenés sur ces parcelles pour pâturer.

Une parcelle fourragère peut être suivie d’un système de culture conventionnel avec labour ou d’un SCV en profitant de la biomasse produite la dernière année par la plante fourragère. Ces parcelles répondent toutefois à l’objectif de perturbation minimale du sol, de protection du sol par la présence

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d’une couverture végétale permanente. Leur introduction dans les rotations est variable car la durée de leur exploitation n’est pas clairement définie par les producteurs (3 ans ou plus pour du brachiaria, 2 à 3 ans pour du stylosanthès en moyenne).

Dans le cadre de notre étude, les techniques d’agriculture de conservation (TAC) regroupent donc les quatre systèmes suivants (Le Gal & Dugué, 2009) :

- les cultures fourragères cultivées en pur ou en mélange pendant plusieurs années, par exemple le brachiaria ou stylosanthes ou l’association des deux ;

- l’association entre une céréale (maïs) et une culture de couverture annuelle de type légumineuse volubile (dolique, mucuna, niébé, Vesce velue (Vicia villosa)) pendant une partie ou tout le cycle de la céréale suivie l’année suivante d’un riz semé directement dans le mulch (SCV 1) ;

- une culture de couverture semi-pérenne (Brachiaria ou Stylosantès) implantée dans une culture (manioc, …), laissée en place une ou plusieurs années pour améliorer la fertilité du sol et constituer un mulch dans le lequel sera implanté en semis direct une céréale ou autre culture (SCV 2) ;

- une culture maraîchère de saison sèche implantée dans un mulch de paille de riz ou d’un mélange paille de maïs/plante de couverture (SCV3).

2.5. Zonage régional

Des différents points précédents ressortent deux grandes zones de production au sein de la région du Lac Alaotra :

 La zone Ouest où dominent RI et RMME, avec des tanety encore peu utilisées en dehors du pâturage des troupeaux

Cette zone, encadrée par AVSF, est centrée sur la commune d’Amparafaravola. Elle comporte les bassins versants Imamba et Ivakaka qui s’étendent sur 33 500 ha (AVSF, 2008a). Sur cette rive du lac, les agro-éleveurs présentent un faible intérêt pour les SCV. En effet, le système de production est basé sur une mise en valeur intensive des rizières de plaine et des bas-fonds et une exploitation extensive des tanety (brûlis et cultures pluviales avec peu d’intrant ou pâturage,). La stratégie de plus de 60% des paysans encadrés est focalisée sur la riziculture irriguée qui leur assure l’autosuffisance et la grande part de leur revenu par la commercialisation des excédents en riz. AVSF mène depuis 2005 des actions pour une meilleure intégration agriculture-élevage, à travers le volet « Gestion des Ressources Agro-Pastorales » du projet BV Lac. Il travaille aussi à la mise en place de parcs améliorés1 afin d’améliorer la production de fumure organique et l’habitat des bovins.

 La zone Est où les RI et RMME ont une surface limitée mais où les terres de baiboho et de tanety, sont beaucoup plus utilisées qu’en zone Ouest car elles sont parfois les seules terres cultivées disponibles dans une majorité des exploitations agricoles.

Cette zone, encadrée par BRL, peut être divisée en deux sous zones : la rive nord-est et sud-est (BRL, 2008). La zone Nord-Est comprend de vastes étendues de collines et des surfaces limitées en plaine, composées majoritairement par des rizières à irrigation aléatoire. Cette zone apparaît toutefois menacée par des phénomènes d’érosion et une stagnation de la production rizicole. Les bassins versants des Vallées Sud-Est du Lac Alaotra et l’axe Ambatondrazaka – Ambohimanga constituent la zone sud-est. La partie couverte par le projet comprend de vastes étendues où prédominent des rizières mal irriguées, sauf dans la vallée Marianina où l’irrigation reste opérationnelle. La composante élevage des systèmes de production de cette région a été peu étudiée, mais BRL travaille également sur l’intégration agriculture-élevage en développant des techniques d’amélioration du système fourrager et en mettant en place des parcs améliorés. Cette approche reste toutefois moins développée qu’à l’Ouest.

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Les parcs améliorés sont formés par un enclos en rondin de bois avec une partie en brique le plus souvent et avec un toit sur une partie ou sur la totalité de l’enclos. Il y a un sous plafond qui permet de stocker de la paille, des mangeoires et des abreuvoirs. Sur un des côtés, deux fosses permettent de récupérer la fumure. Une sert à récolter la fumure fraîche et l’autre à stocker le fumier déjà décomposé.

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2.6. Problématique de l’étude

Dans ce contexte général, caractérisé par (i) une variété de systèmes de culture liés notamment à la toposéquence et de systèmes d’élevage liés aux types d’animaux et à leurs fonctions diverses et (ii) à la présence forte d’un projet de développement visant notamment à développer l’utilisation des techniques d’agriculture de conservation, notre étude vise à mieux comprendre comment interagissent productions végétales et animales au sein des exploitations agricoles.

Dans un premier temps, il convient de bien caractériser la façon dont les systèmes de culture et d’élevage sont conduits par les producteurs. Nous nous intéresserons prioritairement aux ateliers bovins et porcins qui constituent les principales sources de revenu, d’énergie et de fumure organiques comparées aux élevages secondaires (ovin, volaille). Plusieurs questions sont traitées dans l’étude :

- concernant l’élevage bovin : quelle est la dynamique des troupeaux, entre capitalisation et trait ? Quelles sont la place et les caractéristiques de l’élevage laitier et de l’embouche bovine ?

- concernant l’élevage porcin : quels types d’élevage porcin (naisseur, engraisseur) sont présents dans la région du lac Alaotra ? Quelle est la taille des bandes élevées ? Comment les éleveurs porcins gèrent-ils le risque de la PPA ?

Les questions concernant les assolements et les systèmes de culture renvoie d’une part à la place du riz et à sa répartition dans la toposéquence, aux cultures présentes sur tanety et baiboho, à la place occupée par les TAC et aux fonctions des productions végétales dans le fonctionnement de l’exploitation : vente, autoconsommation familiale, alimentation des ou distribution aux animaux de l’exploitation.

L’intégration agriculture-élevage concerne quatre flux (Lhoste, 2007) : (i) un flux d’énergie fourni par la traction animale pour la conduite des productions végétales et le transport ; (ii) un flux de biomasse végétale pour l’alimentation animale ; (iii) un flux de fumure organique des animaux vers les parcelles de culture ; (iv) un flux économique entre les deux ensembles de production. Cette étude s’intéressera plus particulièrement à deux de ces flux : l’utilisation des productions végétales dans l’alimentation des animaux et la valorisation de la fumure animale, avec deux grandes questions soulevées :

- Comment les producteurs gèrent-ils la fumure organique qu’ils produisent sur leur exploitation, tant du point de vue de la production ou achat de fumure que de la conduite de la fertilisation des productions végétales avec ou sans engrais minéraux ?

- Comment sont nourris les animaux entre autofourniture fourragère et achats extérieurs ?

3. Matériels et méthodes

3.1. Echantillonnage

Un échantillon de 33 d’exploitations ayant à la fois une activité agricole et d’élevage a été constitué pour mener cette étude. L’échantillon a été réparti de manière équivalente entre les deux zones Ouest et Est afin de prendre en compte la diversité régionale des systèmes de production. Pour chaque rive, il a été ensuite divisé en deux parts égales selon le critère « adoption ou non de TAC ». Enfin, la moitié des exploitations de chaque lot choisie possède au moins un élevage bovin et l’autre moitié un élevage porcin (Figure 4). Une dernière stratification a été réalisée selon les critères suivants : (i) diversité des élevages (ovin, avicole) ; (ii) possession ou non d’un motoculteur kubota ; (iii) possession ou non d’un parc amélioré.

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Figure 4 : Organisation de l’échantillon d’exploitations enquêtées Les exploitations enquêtées ont été choisies en mobilisant :

- la base de données du réseau des fermes de référence (RFR) qui contient des données sur des agriculteurs non encadrés par AVSF ou BRL. Trois exploitations encadrées par l’ANAE jusqu’à la saison des pluies 2007-2008ont été sélectionnées à partir du RFR. Elles sont situées dans la zone ouest dans le village d’Ankorika ;

- la base de données des exploitations encadrées par AVSF (zone Ouest) et BRL (zone Est). Une première sélection a été réalisée par chacun des opérateurs à partir des critères de sélection, puis une quinzaine d’exploitations ont été choisies pour chaque zone en fonction de la disponibilité des producteurs et des caractéristiques de leurs exploitations.

L’échantillon final est constitué de 33 exploitations dont 17 à l’Ouest et 16 à l’Est. Sa structure finale est présentée par la et la selon les différents critères de sélection.

Figure 5 : Répartition géographique des exploitations agricoles selon le type d'élevage et l'adoption du motoculteur

Nota-bene : les exploitations ayant à la fois un élevage bovin et/ou laitier et/ou porcin sont comptabilisées plusieurs fois ; BdT : bœuf de trait ; VL : vache laitière.

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Figure 6 : Répartition géographique des exploitations agricoles selon l’adoption des TAC et selon leur encadrement

Nota-bene : les exploitations ayant à la fois des SCV et des cultures fourragères sont comptées deux fois.

Le type d’encadrement reçu par les exploitations est variable, avec deux grands cas : (i) les exploitations encadrées par BRL et AVSF pour les SCV et aussi pour l’intégration agriculture-élevage (mise en place de parcelles fourragères et de parc amélioré) ; (ii) les exploitations non encadrées qui peuvent éventuellement avoir adoptés des TAC (Tableau 1).

Tableau 1 : Répartition des exploitations selon le type de TAC et l’encadrement par les opérateurs BV Lac

Encadrement par un opérateur de

développement (BRL, AVSF) Total

oui non ty pe de TAC SCV 4 1 5 SCV + fourrage 7 1 8 fourrage 2 1 3 absent* 12 5 17 Total 25 8 33

* dont 3 exploitations en année de démarrage SCV, 3 exploitations qui labourent la couverture tous les ans et 6 exploitations encadrées pour l’intégration agriculture-élevage.

3.2. Construction du guide d’entretien

Pour comprendre les relations entre agriculture et élevage dans les exploitations autour du lac Alaotra, il a été décidé de procéder à des enquêtes et entretiens individuels auprès des producteurs, sur la base d’interviews réalisés en un ou deux passages. Ce type de méthode permet de collecter des données à la fois quantitatives et qualitatives. Mais les données quantitatives ne sont vraiment fiables que pour la période de l’entretien. Il est en effet difficile d’obtenir des valeurs suffisamment précises

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sur les pratiques de gestion de l’élevage et des cultures couvrant la période hors entretien, les producteurs ne notant aucune donnée par eux-mêmes.

Le questionnaire a pour but de mettre en évidence les différentes règles de gestion adoptées par les agro-éleveurs au sein de leur exploitation en terme de dimensionnement des ateliers végétaux et animaux, de gestion de la fertilité, de l’alimentation du troupeau, de l’organisation du travail et des impacts technico-économiques. Il est organisé en cinq parties (annexe 1) :

 Historique de l’exploitation ;

 Présentation générale de l’exploitation et de ses ressources (main d’œuvre, parcellaire, capital) ;

 Analyse du système de culture (cycles culturaux, itinéraires techniques du riz selon la toposéquence, SCV, destination des productions) ;

 Analyse du système d’élevage (pour chaque type d’élevage : allotement, rationnement, achat, vente d’animaux, vente et transformation des productions) ;

 Bilan et projets.

3.3. Traitement des données

Les assolements de la saison des pluies 2007-2008, 2008-2009, 2009-2010 ont été relevés auprès des producteurs. Le rapport présente les assolements de la saison des pluies 2008-2009 car les entretiens se sont déroulés principalement en août et septembre, alors que les producteurs ne connaissaient pas forcément les cultures qu’ils allaient mettre en place sur tanety ou sur baiboho en novembre 2009. De même, les effectifs bovins et porcins sont ceux relatifs à la période de l’enquête. Enfin sont considérées comme pratiquant les SCV, les exploitations qui ont réalisées le semis direct sur mulch de couverture avant l’enquête (année 1) c'est-à-dire durant la saison des pluies 2008-2009 avec un dernier labour réalisé durant la saison des pluies 2007-2008 (Figure 7).

S 0 N D J F M A M J J A

2008 2009 2010

période d'enquête

période du dernier labour de saison des pluies

Figure 7 : Calendrier situant la période du dernier labour pour les exploitations en année 1 Un code a été donné à chaque exploitation, construit de la façon suivante :

- une lettre pour la zone géographique : O pour les exploitations de la rive ouest, S pour celle de la zone sud-est et enfin N pour celles qui se situent au nord-est du lac.

- un chiffre qui correspond au numéro de l’exploitation dans la zone (par rang d’interview). Ainsi O01 est la première exploitation enquêtée dans la zone ouest.

Les informations recueillies ont été traitées de deux manières différentes selon leur nature qualitative ou quantitative. Pour le premier type, une fiche bilan par agriculteur a été réalisée, elle permet de mettre en évidence les flux entre le système d’élevage et de culture et les stratégies de l’agro-éleveur. Pour le second type d’information, un tableau sous Excel a été utilisé pour chaque exploitation puis un tableau synthétique regroupant toutes les exploitations a été créé.

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3.4. Organisation de réunions de restitution en présence des producteurs

Des réunions ont été organisées fin septembre avec la trentaine de producteurs enquêtés. Ces séances de restitution collectives avaient pour objectif de présenter les premiers résultats tirés des observations de terrain et de connaître le point de vue des agro-éleveurs sur celles-ci pour les valider ou non. Trois réunions ont été réalisées en matinée, sur trois jours consécutifs (du lundi 28 Septembre au mercredi 30 Septembre) : une au nord-est à Imerimandroso, une au sud-est à Ambatondrazaka et une à l’ouest à Amparafaravola. Leur animation et organisation a été réalisés avec l’appui de l’opérateur BEST.

Ces réunions ont notamment permis de constater que de nombreux producteurs avaient des projets d’avenir concernant leurs exploitations, sur lesquels une démarche de conseil pouvait se baser pour les accompagner dans leurs réflexions.

4. Résultats

4.1. Eléments de structure des exploitations

Les exploitations de notre échantillon sont en général dirigées par des hommes relativement jeunes, plus de la moitié ayant entre 30 et 45 ans (Figure 8). La taille de la famille ne dépasse pas 7 personnes pour la moitié des cas, particulièrement dans la zone ouest (Figure 9). Cette zone se caractérise en effet par des structures d’exploitation plus petites, tant par leurs surface (inférieure à 7 ha dans la majorité des cas - Figure 10) que par leur main-d’œuvre (moins de 2 ouvriers permanents et moins de 4 UTH). Les plus grandes exploitations se retrouvent dans la zone est, où certaines peuvent dépasser 10 ha.

Figure 8 : Distribution des exploitations selon l’âge du chef d’exploitation

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Figure 10 : Distribution des exploitations selon leur surface

4.2. Les productions végétales pratiquées

La Figure 11 présente l’occupation des différentes catégories de parcelles selon la topo-séquence (RI, RMME, tanety, baiboho) et le mois de l’année.

En saison des pluies :

- Le riz est cultivé sur tous les types de parcelle ;

- Les RI et RMME sont occupées exclusivement par le riz ;

- Les cultures sont diversifiées sur tanety et sur baiboho, où les producteurs cherchent à diversifier l’alimentation de la famille et les sources de revenus. Les producteurs investissent peu dans les cultures sur tanety qui sont fortement soumises à l’aléa pluviométrique.

En saison sèche :

- L’utilisation des RI est rare (14 producteurs sur 27 propriétaires de RI) ; - Seulement 6 producteurs cultivent du riz en saison sèche ;

- La proximité de la nappe phréatique dans les zones de baiboho assure aux agriculteurs un rendement minimum. Ils valorisent cette surface en cultivant des cultures destinées à la vente comme les cultures maraîchères ;

- Les tanety sont peu cultivés sauf avec des cultures résistant à la sécheresse (manioc). Les successions culturales sont les suivantes :

- Sur RI et les RMME, les agriculteurs ne font pas de rotations et cultivent du riz à chaque saison des pluies ;

- Peu de producteurs laissent des parcelles en jachère à part sur tanety (2 producteurs) ; - Sur tanety les producteurs alternent les céréales (maïs, riz) et les plantes qualifiées « à

tubercules » telles que l’arachide, les pois de terre, le manioc. Mais ils font souvent la même culture deux ans de suite sur une même parcelle.

- Sur baiboho, les mêmes types de rotation peuvent être observés, plus l’alternance riz en saison des pluies et culture maraîchères en saison sèche.

Les rotations les plus fréquentes en système SCV sont basées sur l’alternance de l’association du maïs avec une légumineuse (dolique ou Stylosanthes) suivi d’une année de riz en semis direct en association ou non avec du Stylosanthes ou une autre légumineuse. Sur RMME, le système SCV le plus développé est du riz en saison sèche semé directement dans une couverture à base de vesce constituée durant la saison des pluies précédente.

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RI N D J F M A M J J A S O

Riz « cycle normal » 27

riz "cycle court" 2

riz contre saison 5

maraîchage 4 maïs 1 niébé 1 tabac 1 riz de décrue 2 RMME N D J F M A M J J A S O Riz « cycle normal » 13

riz "cycle court" 10

riz "contre saison" 1

maraîchage 8 pois de terre 1 manioc 1 niébé 1 patate douce 1 tabac 1 Tanety N D J F M A M J J A S O Riz « cycle normal » 5

riz "cycle court" 7

maraîchage 10 pois de terre-niébé 5-1 maïs 17 arachide 8 soja 1 patate douce 1 ananas 3 tabac 1 manioc-tarot 1-1 Baiboho N D J F M A M J J A S O riz 9 arachide 2 maraîchage 6 pois de terre 1 maïs 4 soja 1 tarot 1 manioc 3

Figure 11 : Calendrier cultural par culture et type de parcelle dans la topo-séquence

Nota-bene : le chiffre présent sur chaque barre représente le nombre d’exploitations concernées ; la saison des pluies (en hachuré) couvre la période de novembre à mars

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Base alimentaire de la famille, le riz est pratiqué dans toutes les exploitations. L’itinéraire technique le plus courant est présenté à la Figure 12.

S 0 N D J F M A M J J A labour mise en boue repiquage sarclage récolte

Figure 12 : Itinéraire technique rizicole

L’itinéraire technique du riz est très peu mécanisé sauf pour la préparation du sol (labour, hersage) et demande beaucoup de main d’œuvre temporaire. Les chefs d’exploitation font appel à des salariés pour le labour, la mise en boue, le semis, le repiquage, le sarclage, la récolte, la mise en meule et le battage. En cas d’un repiquage en ligne, le sarclage peut se faire avec une sarcleuse limitant la main d’œuvre employée. Les zébus sont utilisés pour les labours, la mise en boue, le battage et les transports lors de la récolte. Dans quelques rares cas sur notre échantillon le semis peut être réalisé à la volée.

La destination des productions végétales et leur valorisation monétaire dépend de la culture :  Le riz

Le riz occupe une place particulière dans l’économie des ménages agricoles, dans la mesure où il est à la fois ressource alimentaire (auto-fourniture) et source de revenus (vente avec ou sans surplus). La plupart des producteurs vendent une partie de leur production au moment du battage en juin, pour alimenter leur trésorerie afin de payer la main-d’œuvre temporaire employée pour la récolte et rembourser les prêts effectués pour payer la main-d’œuvre au repiquage en décembre. Des ventes sont également effectuées tout au long de l’année, le riz servant de source de trésorerie. Mais peut de producteurs suivent une stratégie de stockage en juin pour une revente en décembre quand les prix sont plus élevés.

Le prix du riz évolue en effet au cours de l’année (Figure 13 pour l’année 2008. En 2009, les prix ont commencé à remonter tardivement en lien avec la crise politique). Le prix est logiquement le plus faible en juin au moment où l’offre est maximale (période de battage). A partir d’octobre, le cours augmente pour dépasser les 700 Ar/kg2, témoignant de l’entrée dans la période de soudure. Les habitants de la région du lac commencent alors à manquer de riz alors que l’offre sur le marché local est plus faible. Le prix continue d’augmenter jusqu’en février, puis diminue en mars avec la récolte du riz dit « cycle court ». La soudure se termine en mai avec la principale période de récolte du riz. Le riz « cycle court », pratiqué par 19 producteurs de notre échantillon, a deux rôles : (i) fournir du riz pour nourrir la famille en fin de soudure ; (ii) fournir une somme d’argent en mars ou avril qui permettra d’acheter deux fois plus de riz au mois de juin, doublant ainsi le disponible en riz de la famille.

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Figure 13 : Evolution du prix du riz paddy au cours de l’année 2008 (source : Terrier, 2008)

 Les cultures maraîchères

Les cultures maraîchères sont destinées à la vente, dont le prix dépend de la précocité de la récolte. Les ventes en pleine saison de production peuvent en effet se faire à perte.

 Les autres cultures

Les cultures mise en place sur tanety sont destinées soit à l’autoconsommation et à la vente comme le maïs, le manioc, le pois de terre, le tarot, le niébé, soit à la vente uniquement comme l’arachide, le soja et le tabac. Le maïs est souvent vendu en vert (en épi), sur pied. L’acheteur paie en fonction du nombre d’épis prélevés. De même, le manioc peut-être acheté sur place ou après la récolte, bouilli ou non sur les marchés. Pour ces deux cultures il a été difficile d’évaluer avec les producteurs les quantités produites car les récoltes se font au fur et à mesure des ventes et des besoins de consommation familiale.

4.3. Les types d’élevage

4.3.1. L’élevage bovin de trait

Deux types de bovins sont différenciés au vu des troupeaux recensés lors des enquêtes :

- Les zébus malgaches, qui comprennent les taureaux, les bœufs de trait, les vaches non traites et les veaux, velles, génisses et taurillons. Les appellations « troupeau de zébus » ou « troupeau bovin » fait référence à ce type de bovin.

- Les vaches laitières (VL) qui sont des vaches traites de races sélectionnées (Holstein, pie rouge norvégienne, pie noire, normande) ou des métis Rana (croisement race sélectionnée et race malgache). Dans les troupeaux laitiers outre les VL on trouve les descendants (velles, génisses) et rarement un taureau.

L’élevage bovin non laitier couvre quatre types de troupeau de zébus selon leur structure et leurs fonctions (voir Figure 14 pour la répartition de l’échantillon entre les types) :

Les troupeaux dits de trait (BdT) sont constitués uniquement par des zébus dont le rôle est d’assurer la traction lors des travaux rizicoles et des transports des récoltes ou de la fumure. La dénomination « zébus de trait » ne concernent pas forcément des zébus castrés et comprend donc à la fois des taureaux (rare) et des bœufs qui servent à la traction (charrue, charrette, herse). Trois

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producteurs possèdent une chaîne complète de traction3. Un producteur possède en plus un zébu de « remplacement » (troupeaux de 5 zébus) ce qui lui permet de laisser reposer un zébu régulièrement. En revanche, quatre producteurs ont 2 ou un zébu et reconnaissent que ce n’est pas suffisant. Deux d’entre eux ont pour objectif d’acheter un nouveau zébu. Les deux autres utilisent des zébus appartenant à des membres de leur famille.

Le renouvellement des vieux zébus se fait selon l’opportunité financière du chef d’exploitation. En effet, la vente d’un zébu en février à la fin des travaux rapporte à son propriétaire entre 250 000 Ar et 350 000 Ar. En revanche, un bœuf de trait coûte à l’achat entre 500 000 Ar et 700 000 Ar. Un zébu de trait peut travailler jusqu’à 15 ans. En cas de manque de ressources, le producteur peut rester plusieurs années sans zébu de trait.

Les troupeaux mixtes dits de renouvellement (BdT-R) sont formés de zébus de trait, de femelles et de jeunes (veaux, velles, génisses, taurillons).

Le nombre de femelles est de une à deux et le nombre de jeunes est inférieur à 3. Le rôle des femelles est de permettre le renouvellement du troupeau (un veau tous les 2 ans)., le producteur peut vendre une femelle en cas de problème important de trésorerie. Le troupeau peut être laissé à la charge d’un bouvier mais la surveillance peut être aussi faite par des membres de la famille à tour de rôle. Le nombre de zébus de trait est en moyenne de 4, soit une chaîne de traction. Pour renouveler les zébus de trait qui ne sont plus performants, les éleveurs utilisent les jeunes mâles issus de leur troupeau. Un zébu travaille pendant environ 10 ans et il est remplacé par un jeune zébu de 3-4 ans.

Les troupeaux mixtes dits naisseurs (BdT-N) sont composés de zébus de trait, de taureaux, de femelles et de jeunes (veaux, velles, génisses, taurillons).

Le nombre de zébus de trait est supérieur ou égal à 4 (sauf un cas où le producteur à deux zébus de trait et six femelles). Six producteurs ont donc une chaîne de traction et trois ont 5 ou 6 zébus de trait ce qui leur évite d’avoir des animaux trop fatigués en période de travaux. Enfin deux producteurs ont deux chaînes de traction complète avec des zébus de remplacement (9 et 11 zébus de trait).

Le nombre de femelles est supérieur à 3. Elles mettent bas une fois tous les 2 ans. Le nombre de jeunes, inférieur à 3, est souvent mal connu des producteurs car ils ne s’occupent pas de cette partie du troupeau qui est laissé à la charge d’un bouvier. Les zébus autres que ceux de trait servent au renouvellement des vieux zébus et de capital en cas d’investissement.

Pour renouveler, les zébus de trait qui ne sont plus performants, les producteurs utilisent les jeunes mâles, âgés de 3 à 4 ans qui leur semblent les plus vigoureux issus de leur troupeau. L’âge de la réforme est le même que dans le cas des troupeaux de renouvellement (10 à 15 ans environ). Les mâles qui ne sont pas utilisés pour la traction, sont gardés pour la reproduction et comme capital en cas de besoins financiers (par exemple vente en cas d’achat de terre ou d’un motoculteur). Ces troupeaux ont une taille moyenne de 15 têtes (zébus de trait compris). Rares sont ceux qui dépassent les 20 zébus (3 exploitations). En effet, les producteurs ont peur des vols de zébus.

Les troupeaux « capital » :

Deux agro-éleveurs ayant ce type d’élevage bovin ont été enquêtés. Un dont le troupeau, constitué de 14 zébus, est amené en pâturage loin de l’exploitation et regroupé avec d’autres troupeaux de la famille. L’autre commence à capitaliser, il possède trois zébus. Il n’y a pas de lien entre l’exploitation et la gestion du cheptel à part la charge du bouvier. Ce type d’élevage ne sera pas approfondi. Ces deux producteurs n’ont pas de zébus pour la traction et utilise un motoculteur.

Neuf producteurs enquêtés n’ont pas de troupeau bovin. Quatre n’ont pas d’équipement de traction et louent soit des zébus de trait soit un motoculteur pour réaliser les travaux de labour (entre 50 000 Ar/ha et 80 000 Ar/ha) et de mise en boue (100 000 Ar/ha) et les transports. Les autres possèdent un motoculteur.

3

Chaîne complète de traction : 4 bœufs de trait, 1 herse, 1 charrue, selon Garin (1998). Dans les exploitations enquêtées, aucune n’avait de bœuf de trait sans herse ou charrue.

(24)

Figure 14 : Répartition du nombre d’exploitations selon le type de troupeau de zébus

Dans 23 exploitations de notre échantillon les zébus sont utilisés pour la traction de la charrue ou de la herse lors de la mise en boue et pour les transports. La définition donnée par Garin (1998) d’une chaîne de traction parait donc toujours d’actualité puisque 14 exploitations sur les 21 ayant un troupeau avec des zébus de trait ont une chaine de traction complète avec ou sans zébus de remplacement (Figure 15).

Figure 15 : Répartition du nombre d’exploitations selon le nombre de chaînes de trait

Les producteurs n’ayant pas d’animaux de trait correspondent à trois cas : (i) spécialisation dans l’activité laitière et emprunt d’une chaîne de traction à la famille, (ii) décapitalisation en cours et location d’une chaîne de traction, (iii) vente des zébus pour investir dans un motoculteur. Ce dernier phénomène s’est amplifié à partir de 2003 et 7% des exploitations du lac possèderait aujourd’hui un motoculteur (11 exploitations dans notre échantillon). Un motoculteur de marque chinoise coûte à l’achat entre 3 500 000 et 5 000 000 Ar, soit un coût équivalent à l’acquisition d’un attelage de 4 bœufs équipé d’une charrue (Penot et al., 2009).

Sur ces onze exploitations motorisées, six possèdent toujours un troupeau de trait. Motoculteur et bœufs de trait sont en effet complémentaires car ces derniers présentent plusieurs avantages. Le travail de labour est jugé de meilleure qualité (la charrue va plus en profondeur) ; le troupeau est une source de fumure organique ; en cas de problème de trésorerie le recours à la traction animale permet de réduire les coûts de carburant. Le motoculteur vient alors en appui aux bœufs de trait, pour la mise en boue et les transports (paille, fumure). Les cinq producteurs motorisés sans bovin de trait ont été victimes du vol de leur troupeau ou ne jugeaient plus nécessaire de conserver le troupeau qui était une source de contrainte (alimentation, bouvier).

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Le motoculteur, tout comme les bœufs de trait, peuvent effectuer des prestations hors de l’exploitation (travaux du sol, transports) et constituer une source de revenu complémentaire appréciable. La durée de vie d’un motoculteur est cependant difficile à estimer car cela est fonction de son degré d’entretien (de 2 à 7 ans).

Le nombre de chaînes de traction possédé par une exploitation pourrait être lié à la surface cultivée de l’exploitation. La Figure 16 ne fait pas apparaître un tel lien mais le fait de posséder un motoculteur permet de limiter le nombre de zébus de trait. Une liaison plus forte ressort lorsqu’on se limite aux exploitations sans motoculteur (Figure 17).

0 : pas de zébus de trait ; 0,5 : moins d’une chaîne de traction ; 1 : une chaine de traction ; 1,5 : une chaine de traction et un zébu de remplacement ; 2 : plus d’une chaine de traction.

Figure 16 : Nombre de chaine de traction en fonction de la surface cultivée

Figure 17 : Nombre de chaine de traction en fonction de la surface cultivée, pour les exploitations sans motoculteur

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