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La stylistique de Charles Bally, une linguistique dynamique

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LA STYLISTIQUE DE CHARLES BALLY, UNE LINGUISTIQUE DYNAMIQUE

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CHARLES BALLY STYLISTICS, A DYNAMIC LINGUISTIC

Mustapha BOUDIAF

Université des frères Mentouri, Algérie [email protected]

Résumé :

Par sa stylistique particulière, Charles Bally nous fait découvrir l’essence de la pensée complexe, en ayant envisagé de systématiser le discours naturel de l’être humain dans ses multiples facies. A la recherche d’une possibilité de sens partagé entre sujets parlants, Bally pense pouvoir théoriser la complexité du langage, chose qui ne passe que par la théorisation de l’élémentarité dans le langage. Suivant en cela le mode de pensée saussurien qui consistait à théoriser la linguistique de la langue par analogie à d’autres structures naturelles comme l’exemple des échecs ou celui de la tige d’une plante. Ainsi l’analogie serait mon outil pour examiner le fait de langue de Bally et l’entropie de Boltzmann.

Mots clés : Saussure ; synonymie ; structures ; auto-organisation ; stylistique

Abstract:

With his particular stylistic, Charles Bally leads us to find out the essence of complex thought, having systematized the natural discourse of the human being in his multiple facets.

Looking for a possibility of meaning shared between speaking subjects. Bally thought of being able to theorize the complexity of language that does not go by no means but through the theorization of the elementary units of language. Following in this the Saussurean way of thinking which consisted in theorizing the linguistics of the language by analogy to other natural structures such as the example of chess or that of the stem of a plant. So analogy would be my tool for examining Bally's language fact and Boltzmann's entropy.

Keywords : Saussure ; synonymy ; structure ; auto-organization ; stylistics

Introduction

Nul ne conteste le génie de Charles Bally ni celui de Ludwig Boltzmanni « dont le suicide a pu correspondre à la conscience d’un certain échec »ii. Deux théoriciens de la nature humaine dans sa quête de vérité. A première vue, les deux hommes paraissent n’avoir aucun lien de ressemblance en commun, mais ce que nous allons voir ici montre que ces deux visionnaires convergent vers le dénie de la classe scientifique et divergent sur le sort de leurs théories. Charles Bally a reçu le qualificatif de « la conception historiquement datée »iii pour sa théorie stylistique, ce qui est dû peut-être à une déficience en matière de terminologie adéquate au domaine spécifique de sa discipline, ajouté à cela une complexité naturelle et particulière de son objet d’étude. Cette incompréhension de la thèse de Bally a énoncé semble- t-il un paradigme avorté dans les sciences du langage. Ludwig Boltzmann, conscient de la véracité de son hypothèse éprouve le même tourment que Charles Bally, à étayer son métalangage de la matière. Si l’auteur du Traité meurt paisiblement et dans la quiétude, conscient de la valeur de son apport théorique à la linguistique, l’auteur et le génie de l’atomistique éprouve le délire de la ciguë et la douleur de l’agonie, à boire dans la coupe de Socrate et à enjamber le gibet à la place de Galilée. Bally avec son esprit lucide et novateur mérite d’être revisiter et relu afin d’éclairer la conception particulière qu’il se fait du langage.

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Ce que nous allons essayer d’élucider à la lumière des théories quantiques et statistiques qui axiomatisent la matière et régulent l’évolution et l’involution de notre univers.

Bally a cherché la théorisation du dire humain, alors que Boltzmann a cherché la théorisation du déjà dit de la matière. D’un côté Charles Bally a vécu et il mourut paisiblement, de l’autre côté, Ludwig Boltzmann a vécu et il mourut dans la déception. Théoriquement la stylistique de Bally est mal comprise et recluse, quant à la théorie statistique de Boltzmann, elle fut admise et saluée. Ce que nous espérons ici c’est le triomphe à venir de la théorie stylistique comme c’était le cas de la théorie statistique.

Notre objectif dans cet article n’est pas seulement de rechercher la similitude qui existe entre théorie statistique et théorie stylistique, c’est aussi la démonstration du « fait d’expression » en tant qu’algorithme dans une théorie de la complexité algorithmique. Le langage conçu comme la somme des faits d’expressions ou unités phraséologiques est démontrable en somme d’algorithmes dans une théorie de la complexité algorithmique mesurable dans un rapport de temps et d’étapes d’exécution. Le facteur temps est une notion fondamentale dans toutes les théories scientifiques et expérimentales. Il apparait aussi bien dans la mesure du désordre entropique de la matière que dans la théorie de la complexité : qu’elle soit organisée pour les systèmes biologiques ou aléatoires pour les systèmes du non- vivant. Aussi, le temps est une variable dans la théorie de l’information. Dans cette dernière, la complexité d’un algorithme se calcule en fonction du temps ou en fonction du nombre d’étapes nécessaires à la de résolution d’un problème. Nous postulons dans cet article, qu’un algorithme sera identifié à une unité syntagmatique ou phraséologique. Le nombre d’étapes utiles à le comprendre sera son degré de complexité quantifié en unité de temps. Notre but est d’essayer de montrer que la théorie du langage est une théorie de la complexité et que la langue n’est qu’un recueil formel d’une infinité d’algorithmes. La théorie stylistique de Bally sera présentée ici comme une axiomatique à construire. La résolution ou compréhension de chaque algorithme ou « fait d’expression » est un processus complexe qui conduit à l’établissement d’une synonymie entre celui-ci et son unité équivalente ou son synonyme.

Ainsi, selon Charles Bally, l’établissement d’une structure langagière basée sur la synonymie entre algorithmes phraséologiques et unités équivalentes est le principe fondateur de la théorie stylistique.

La stylistique de Charles Bally frôle les équations physiques les plus poussées. Sa phraséologie est loin d’être une psychologie du sujet parlant. Elle est dans le réel de notre pensée actuelle, loin de tout réductionnisme et de tout cartésianisme. Sa théorie linguistique simule la complexité de la matière à l’image de la complexité de l’homme dans toute sa splendeur. A ces mérites, Bally mérite des lectures prismatiques pour découvrir l’homme et redécouvrir sa pensée. Tout au long de cet article nous nous efforcerons de montrer l’isomorphisme existant entre la théorie statistique de la matière et la théorie stylistique du langage dans l’espérance de porter un plus à la découverte passionnante et passionnée d’une stylistique sin die.

La variabilité de la réception de l’expression humaine est souvent relative et proportionnelle au contexte espace-temps qui régit et conditionne toute situation de communication. Cette relativité de la réception est définie entre l’affectif et l’intellectuelle. Elle oscille entre l’émotionnel et le logique et résume dans le contexte toute la problématique de la stylistique de Charles Bally ; Pour qui tout fait de langage est avant tout une représentation d’un fait de la pensée dans le langage organisé à la recherche du synonyme. Ainsi Charles Bally cherche à organiser le langage en un système de faits de langage à l’image du système de faits de langue structuré par Ferdinand de De Saussure. L’exemple que donne Charles Bally de «la personne rencontrée » est très éloquent lorsqu’il s’agit de bien expliciter l’importance de la

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variabilité des éléments affectifs et des éléments intellectuels de la pensée. Une gradation allant de l’expression affective à l’expression logique et réciproquement. D’un côté, l’expression « je suis étonné de vous rencontrer ici »ivest entièrement intellectuelle et non émotionnelle. De l’autre côté l’affectivité ascendante de cette phrase réduit sa mesure intellectuelle jusqu'à l’interjection purement passionnelle : « oh ! »v. Cette relativité et cette réciprocité entre le fait intellectuel et le fait affectif est une succession de faits dérivés l’un de l’autre et délimité par l’intensité du fait de langage que seule la courbe de Gaussvi manifeste. Cette plage crée, ce domaine de variabilité croissante, décroissante et réflexive, résume le fond de la pensée de Charles Bally. L’infinie perception du champ émotionnel nous fait penser à une suite mathématique non finie et nous donne l’intuition d’un système ouvert dont le calcul entropiquevii n’est que le calcul de la position du fait d’expression considéré comme particule en agitation dans le langage. Particule dont il est impossible de déterminer et la position et la vitesse que par un calcul de probabilité, d’indétermination et d’incertitudeviii. Le calcul du degré d’affectivité ou de rationalité d’une unité phraséologique ne peut-être que possible et non certain. Cette probabilité est la même que celle qui affecte le calcul de la position d’une particuleix ondulatoire dans le théorème d’incertitude d’Heisenberg.

Le contexte ainsi que l’entourage animent et multiplient exponentiellement le degré de nuances des faits d’expression. Ceci laisse penser que le langage est impossible à structurer dans l’immanence et ramène la tache de systématisation de celui-ci si complexe et si douteuse qu’elle soit, à une systématisation de la complexité de l’être lui-même. L’être et le langage ne sont que deux entités de pure complexité biologique ; deux fois la cybernétique humaine : celle du modus humain manifestée dans le dictum linguistique. La structuration du langage n’est à vrai dire que la systématisation du dit humain dans toutes ses potentialités de réalisations contextuelles. Si le langage est conçu comme un système fermé des faits d’expressions, il serait difficile et simplement impossible de prédire jusqu’a son existence.

Comment prédire une réponse à une question que pose un être humain, autrement que par une palette de réponses probables et infinies. Cette situation est comparable à celle d’un peintre cherchant à reproduire l’expression par la couleur, s’il choisit un ton c’est qu’il a toujours voulu choisir un autre. Devant cette expérience interminable de choix, les poils s’usent et la pensée en use infiniment.

Une certaine sensibilité aux conditions initiales, fait que le peintre produit toujours une autre composition dérivée de la première, bien qu’il cherche à reproduire la composition initiale. C’est que l’être est infiniment régénéré et novateur. La ressemblance de deux faits d’expression est un univers particulier où règne l’inconscient mnémonique des expressions interminables, partagé entre opposition et équipotence et dont la pensée puise et puisera éternellement. L’effet papillon est un tracé millénaire dans notre cosmos, une constante dans l’évolution de notre espèce.

La perception phénoménologique crée la ressemblance et la différence. C’est l’impression diffuse, inconsciente et holistique que la pensée coordonne dans un rapport de proportionnalité relative. Et bien que le fait perçu s’écoule dans le temps, il est mesurable dans le même rapport de temps. La compréhension quant à elle, est hors temps, c’est un vide temporel, un arrêt dans le parcours entre deux intervalles de faits d'expression ou un nœud de pensée, une synapse, s’il m’est permis de le dire.

La perception est un parcours dans le domaine de la pensée régit par des relations de compatibilités entre les faits de langage et d’incompatibilité entre les faits expressifs et la compréhension en est une halte. Cette notion bien relative de dilatation du temps et de l’espace est bien le fruit de la pensée de Charles Bally tout autant qu’Albert Einstein et il suffit de considérer le système des faits de langage comme un univers et de considérer un fait

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d’expression donné comme une particule voyageant à la vitesse proche de la célérité de la lumière. Son déroulement est procédural et discursif et son arrêt est sa compréhension et est son identification. Cette compréhension est calculable en rapport de temps et de vitesse, elle est probable et non déterminée, elle est toujours une potentialité d’existence. Comme toute entité microscopique, dont l’existence est partagée entre onde et particule. Ce que Charles Bally énonce par « L’oubli du sens des éléments »x réduit le temps et défini un algorithme mnémonique résumant « le nombre d’opérations élémentaires dont l’algorithme a besoin pour résoudre un problème »xi instaurant une expression de la pensée par l’intermédiaire du langage conçu comme un hologramme ou totalité perceptive et expressive du monde. Le langage comme holographie est en grande partie similaire à la théorie des modèles cérébraux de Karl Pribramxii. Ce qui ne passe pas sans tenir compte d’une certaine similitude avec ce que François Rastier nomme : « la perception sémantique »xiii qui ne peut être qu’une perception holistique du sens.

Le fait expressif et à force d’être répété dans des situations langagières diverses cesse d’exister dans la pluralité chaotique des mots pour se construire en onde, accroissant l’entropie du système des valeurs expressives. La compréhension de ce fait passe par un effet de perception sémantique. Elle se fait alors par incrémentation de sens et la signification d’un fait d’expression est une suite d’opérations perceptives et élémentaires qui ramène la pensée à opérer un zoom sémantique réduisant la somme des impressions perceptives à une fonction impressive par réduction du champs associatif des parties qui sont les mots, constituant le fait de langage en tant qu’unité phraséologique indépendante qui est le sémème en contexte.

Comprendre une unité phraséologique commence toujours par une analyse linéaire de chaque terme pris isolement. Chaque mot reçoit un sens que l’esprit lui octroie en un temps t, le deuxième terme reçoit un sens en un temps t’, le troisième en un temps t’’ et le terme identificateur selon Bally serait la somme des temps de compréhension des facteurs constituant le sens de l’unité phraséologique se décrochant de ce qu’il appelle série phraséologique.

Dans une seconde phase, la rencontre de cette unité phraséologique fait que le temps de compréhension de cette unité sera réduit énormément et une impression d’anticipation de ce sens est possible. Dans une troisième phase, une réduction surprenante du temps de compréhension donnera le sens instantanément voulu et plus cette unité est répétée plus le temps est réduit à un certain point que le temps atomique de nos jours ne sera plus l’unité de mesure requise, car sujet à l’erreur, vu la contraction du temps qui s’est opérée en rapport inverse avec l’habitude à dire ou à entendre l’unité dont il est question. Il est alors possible de dire que cette unité phraséologique soit comprise instantanément, et même, inconsciemment comprise. La réduction de l’unité phraséologique de Bally en un terme identificateur résume ou réduit l’algorithme phraséologique dont il est question par contraction du temps naturel de son exécution. Cette opération ne peut passer sans qu’une certaine similitude se fasse avec la complexité algorithmique de Kolmogorov appliquée au langage pour le système des valeurs expressives, ou chaque unité est une valeur selon Charles Bally. L’unité phraséologique ou valeur, serait définie comme le tout petit programme susceptible de résumer et d’engendrer le programme en entier selon Andreï Nikolaïevitch Kolmogorov.

Si en premier, l’unité de temps écoulé pour comprendre un algorithme est une unité du domaine de la conscience matérielle. La seconde phase de la détermination du sens synonymique est une réduction du temps par l’usage en contexte, là où la compréhension d’un fait de langage devient systématique et atemporelle. La signification se fait dans le cerveau par insight, c’est une image holographique signifiant le mot et contenant la structure mentale du langage. Ainsi on peut dire que l’inconscient résume le temps de compréhension et aboli le contexte du fait réel. L’inconscient est décontextualisé par nature : c’est un rêve.

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L’identification du fait d’expression chez Bally est un processus de décontextulasisation et de délimitation de l’unité phraséologique. L’établissement par équivalence d’un synonyme passe par l’omission du contexte et de l’entourage tout en conservant le sens par identification. Cette vision des choses et ce passage du conscient à l’inconscient se fait par contraction temporelle et élimination spatiale, c’est en partie une variante claire de la théorie de la relativité d’Albert Einstein que Charles Bally nous dicte. Cette complexité du langage est subordonnée à la complexité de la matière et cette relativité qui relie matière et onde est justifiée dans la stylistique de Bally par la relativité de l’espace et du temps. Dans le système des valeurs expressives de Bally le contexte mime l’espace et le temps est celui de la compréhension, ce qui mène à dire que l’inconscient humain est une manifestation latente de l’être régi par la pensée et régulé par l’horloge biologique de l’humain que seul Bally semble comprendre le fonctionnement. Charles Bally nous fait découvrir que l’écoulement du temps dans l’insight est mesurable. L’insight dans le langage est une illumination. Ainsi le langage humain doit se mesurer par une autre unité de temps. Le processus de compréhension d’une unité phraséologique se mesure au Temps de Bally, qui est le temps naturel de l’univers signifiant avant l’avènement du monde des secondes.

Avec le temps, une réversibilité du processus d’identification du fait de langage s’opère et l’expression se délie de son terme identificateur. Elle est réduite à un archaïsme ou vestige du monde détruit du langage. Cette destruction est là, c’est la fatalité qui accompagne tout fait d’expression. La réversibilité du processus d’identification des synonymes est une redondance dans la théorie de l’information et dont la cause est l’homonymie dans le langage.

Charles Bally conçoit le langage comme une vie, une entité naturelle et enchevêtrée qui côtoie l’être humain et se manifeste par lui, d’où la vie du langage et dans celui-ci. Le langage comme tout ‘‘être’’ est une manifestation dans l’espace mesurable en terme de temps. Le langage manifesté en action crée et construit son temps propre et dresse un univers particulier d’objets-signes, qu’il réalise. La temporalité qu’il arrive à créer est tout à fait différente du temps humain et du temps de la matière, c’est une durée de vie. L’être langage est un troisième état de vie entre le vivant et le non vivant que l’homme manifeste dans le discours. Cette seconde nature de l’homme en tant qu’être communicant est une troisième nature dans l’univers après celle du matériel et du biologique.

1. La synonymie, une autre vie dans le langage

Charles Bally définit la série synonymique comme étant « un ensemble d’unités lexicologiques groupés par la communauté de sens »xiv. Définition qu’il appui par la série synonymique verbale suivante : craindrexv , avoir peur, appréhender. Or, il se trouve que Saussure utilise presque les mêmes verbes dans le Cours de Linguistique Générale, pour se justifier de la notion de valeur. Cette notion de valeur revient à chaque fois que Saussure cherche à lier les unités concrètes de son système. Ce que Bally voudrait faire avec ces exemples pour la synonymie, Saussure l’a effectivement mis en valeur pour valider la relation sémantique et dynamique dans son système linguistique sans pour autant dire dans quelle conditions tout le contenu de craindrexvi, reviendrait à avoir peur, ou à redouter. Cette fluctuation de sens n’est pas fortuite ou hasardeuse, elle peut effectivement être le fruit d’une déduction quand il s’agit de fait de langage et de relation entre faits de langage. La manifestation de la relation synonymique entre unités phraséologiques relève des faits d’expression en acte, elle est pragmatique. Son statisme revient au formalisme saussurien, là où cette relation de synonymie est potentielle voire potentiellement produite, elle est donc une probabilité de fait d’expression.

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Le système synonymique dans la langue est de mise pour les deux genevois Saussure et Bally. Le discours comme communication s’articule entre deux faits d’expression et la langue se constitue dans un référentiel inertiel particulier. La langue telle qu’elle se manifeste dans le discours est une suite interminable d’événements. Comparable à une partie d’échec éternelle.

Ce jeu infini de positions est une entropie discursive réellement réversible, en tant qu’unité de mesure structurant les diverses manifestations discursives et textuelles. Ainsi, La langue est un système potentiellement stationnaire et une structure ouverte et organiquement évolutive.

On doit définir la théorie de la stylistique de Charles Bally en faisant des caractères affectifs relatifs à l’expression de la pensée un système représentant la somme des faits de langage en ramenant chaque fait à dominante intellectuelle, à une unité simple et logique par l’intermédiaire de la synonymie. Cette entité est un signe. La théorisation du système de valeurs expressives se fait par l’établissement de relations logiques de compatibilités et d’oppositions entre unités synonymiques rationnelles. Devant la difficulté de rationnaliser l’émotionnel à travers la manifestation du sujet parlant, le recourt à la synonymie rationnelle et à la comparaison des faits de langage est une nécessité permettant l’identification du terme logique.

Bally développe un système de faits de pensée loin de tout darwinisme et de tout évolutionnisme, de toutes relations étymologiques entre termes, préconisant l’organicisme systématique et synchronique. Son seul ennui était la méthode de délimitation du fait expressif.

Bally défini logiquement l’unité d’expression par ses caractères affectifs, intellectuels et stylistiques, faisant ressortir les qualités rationnelles relatives à un fait d’expression dans son essence stylistique. Le fait de langage devient alors un fait de pensée dont l’équivalent est signe.

Le système expressif ainsi obtenu est une totalité représentative et immanente.

La recherche des caractères affectifs et intellectuels des faits d’expression n’est pour Charles Bally qu’une vaste étude de la synonymie. Bally organise les locutions lexicologiques en catégories et en séries synonymique graduelles, entre caractères variables et caractères dominants.

2. Dynamique du système expressif

La métaphore du filet et des mailles pour structurer la langue est évoquée dans le cours de linguistique générale de Ferdinand de Saussure. Elle résume la relation entre mots dans une langue. Chaque mot est « une maille d’un réseau aux fils tenus et innombrables ; dans chaque mot viennent aboutir, pour en repartir ensuite, mille associations diverses. »xvii La mémoire selon Bally, offre un univers plastique aux mots, semblable à une nébuleuse stellaire ou les planètes et les astres peuvent entretenir entre eux diverses relations d’attractions et de répulsions. Les associations entre mots forment des entités néologiques et les dissipations des relations entre mots constituent un fond lexical archaïque. Charles Bally démontre que L’emprunt lexical consistant à introduire un mot nouveau dans une langue opère un changement catégorique dans la totalité du système lexical. Le glissement de sens et l’analogie sont aussi des procédés de changement dans les catégories lexicales. Chaque mot ressemble à une particule et la somme de ces particules est un système dynamique de sens. Un déséquilibre profond s’opère par cette intrusion de mot ou particule et tout le système de la langue s’agite et son degré de désordre accroit. Dans la matière, un liquide ou un gaz exposé à une source de chaleur gagne de la température et ses particules s’agitent de plus en plus jusqu'à ce que tout le liquide ou gaz occasionne le même degré de température et devient stable thermiquement.

Chaque changement du degré de température fixe un micro-état et La somme des micro-états constitue la fonction d’entropie décrivant les étapes de changement dans le système. Ces micro- états dans le langage ne sont que les étapes par lesquelles passe toutes locutions phraséologiques ou mot pour être lexicaliser. Les deux systèmes, le langage et la matière

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affectent le même processus de déséquilibre et tendent vers un rétablissement de l’équilibre initial. La théorie de Boltzmann peut calculer les phénomènes d’emprunt et de calque ainsi que le glissement de sens dans le langage naturel. Elle peut expliquer aussi l’état d’équilibre du système linguistique. Ce que les linguistes appellent état synchronique, et que les physiciens appellent état d’équilibre. Si nous postulons que L’état synchronique d’une langue est une équation S et Ω est la somme des mots affectés par le changement suite à un phénomène d’emprunt par exemple. L’état synchronique ou micro-état d’une langue serait égal à la somme des micro-états de ses unités constitutives.

La formule de Boltzmann fut établie en 1877. Elle mesure le degré de désordre dans un système de particules. C’est la somme des micro-états réalisant la stabilité thermodynamiquexviii du système. Si nous considérons le fait de langage comme particule, les étapes par lesquelles passe ce fait de langage pour sa consécration en unité phraséologique sont des valeurs graduelles entropiques. Chaque étape est une valeur saussurienne. La succession des valeurs sémantiques d’un mot est démontrée diachroniquement par le sens acquit à chaque étape. Ce processus de changement de catégorie sémémique est qualifié par l’intensité graduelle de la valeur expressive du fait d’expression, « et l’on voit comment la notion de valeur est liée à la notion d’intensité » (Bally, 1921 : p.177).

Ce que démontre Viggo Brondalxix cité par Greimas valide l’existence de la nébulosité lexicale entre deux termes polairesxx. Greimas avance que : « Ces deux sèmes polaires S vs non S que Brondall désigne comme positif vs négatif peuvent accepter un troisième sème qui sera défini comme étant ni S ni non S et qu’il appellera neutre »xxi. Ceci presse le pas sur la notion de marque de Roman Jakobson et rejoint la vision de Bally qui conçoit que « Le terme moyen reste nébuleux » (Bally, 1921 : 177). Cette nébulosité (différente de la nébulosité pré- linguistique de Hjelmslev) est une suite d’états du langage manifestés dans le discours comme communication d’informations et dont la mesure ne peut se calculer que par entropie de Shannon ou fonction statistique. La variante linguistique de la formule de Boltzmann est un état synchronique du langage. La théorie de la complexité algorithmique de Shannon ou théorie de l’information démontre un isomorphisme sinueux avec la formule de Boltzmann.

La théorie stylistique de Charles Bally est totalement isomorphe à l’entropie de Shannon ou théorie de l’information. L’algorithme phraséologique de Charles Bally peut se mesurer en termes de temps ou d’étapes nécessaires à la compréhension visant l’établissement d’un synonyme. La complexité de l’algorithme de Bally découle de sa longueur. Plus une phrase est longue plus elle est complexe. Le bruit ou redondance dans la théorie de l’information est une ambiguïté homonymique dans la théorie stylistique.

3. De la complexité phraséologique à la complexité algorithmique

Si nous considérons un fait d’expression usuel comme un algorithme, sa complexité serait de l’ordre du temporel. Cette complexité serait une mesure du temps d’exécution que met le cerveau pour réduire cet algorithme à une unité lexicologique. Considéré comme tel, la complexité phraséologique d’un fait d’expression se mesure aussi en nombre d’étapes nécessaire à sa résolution. Le Langage dans la conception de Bally obéit à la deuxième loi de la thermodynamiquexxii dans sa version statistique, tout en ayant des propriétés d’auto- organisation, sans retour à la phase initiale, d’où son irréversibilité. Plus un fait d’expression nécessite de temps pour être compris, plus son entropie accroit et sa complexité augmente.

C’est que « temps et entropie croissent de concert »xxiii. Or ce qui frappe dans le système de faits d’expression de Bally, c’est que le fait d’expression prend moins de temps pour être résolu à chaque fois qu’il est utilisé. Le temps dans la conception de Bally obéit à une fonction qui fait que chaque fois que le même algorithme est évoqué le temps de sa compréhension est

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réduit, ainsi que le nombre d’étapes nécessaire à sa compréhension. Si on continus à reproduire le même processus de compréhension de l’unité expressive, ce que l’on fait en parlant, le temps est automatiquement réduit et l’algorithme simplifié. Ce que l’algorithme expressif perd en complexité il le gagne en temps d’exécution. La succession de différentes formes d’un même algorithme laisse prédire l’existence d’une totalité archéologie des faits expressifs conçue comme une totalité perceptive de la signification ; une entité mnémonique et sémantique isomorphe à une vision du monde que module la langue.

La résolution d’un algorithme de fait d’expression donne une unité phraséologique qui n’est qu’un état de stabilité de tout le système des valeurs expressives et la somme des algorithmes constitue la somme des états microscopique des particules élémentaires ou unités de signification dites complexions dans la terminologie de Boltzmann. Dans cette perspective de la physique quantique et de la physique statistique, le microscopique détermine l’état du macroscopique de même que dans la stylistique de Bally c’est le fait expressive qui détermine l’état du système expressif. L’évolution dans le langage est sans fin et à chaque parole l’équilibre du système langagier est rompu pour se reconstituer à nouveau. C’est que l’habitude n’est qu’une résorption du temps du « déjà vu »xxiv. Regardons bien l’ingéniosité du maitre de l’école de Prague : Nikolaj Sergueivitch Troubetzkoy et comment il procède pour qualifier le (déjà entendu phonologique) à l’instar du déjà vu de Bally : ildit : « chaque mot est un tout phonique, et les auditeurs le reconnaissent comme une silhouette, à peu prés comme on reconnait dans la rue un homme déjà connu. »xxv La stylistique de Bally est l’équation qui mesure la difficulté du sentir propre à l’homme, en rapport avec deux variables génétiques affectives et intellectuelles, quantifiés en unités de temps relatif. L’horloge ballyenne s’égrène en particules de compréhension dites états microscopiques ou complexions. La complexité algorithmique est la résurrection d’une complexité éternelle, celle du sujet parlant, se dévoilant dans les mots que le temps érige et détruit à l’infini. Bally pense à une autre finesse dans l’écoulement du temps du sablier humain.

4. Le système expressif : un système ouvert de structures dissipatives.

A première vue, la théorie de Bally apparait comme une théorie de la simplicité à la recherche d’éléments constitutifs du langage dans une perspective simplificatrice et logique.

Alors que dans le système des faits d’expressions que Bally veut démontrer, les quantumsxxvi (Bally, 1921 : 170) de natures particulières comme ils se manifestent, ne sont que des degrés intensifs de la manifestation affective et intellectuelle, aussi bien quantitative que qualitative dans la matière phonique et sémantique. Ces quantums expressives classés dans des catégories ouvertes et dépendantes, forment un système de mesure des faits d’expressions partagés entre deux variables phénoménologiques de perceptions émotionnel et idéel. Bally qui passe de la théorie de l’élémentarité et de la réduction -dans sa recherche de l’unité fondamentale de sa stylistique - fini par rejoindre la complexité du réel dans le langage. Il théorise ainsi, en termes de probabilité, une nature du fait d’expression dans toute sa complexité et sa sublimité. La notion d’intensité des faits d’expression et leurs aptitude à se classer naturellement dans des séries et des catégories par le fait synonymique a permis cette lecture classificatrice de la complexité dans le langage. C’est ainsi que le fait de synonymie ou de corrélation synonymique organise tout le système expressif dans sa complexité entre variables de sentiment et variables de pensée, dans une gradation et une catégorisation extensive et désordonnée. Ces différents états extensifs dans le discours naturel réalisent des structures dissipativesxxvii ou de « nouvelles organisations spatio-temporelles »xxviii de non-équilibre conditionnés par la perte d’informations due aux systèmes phonologiques intersubjectives entre sujets parlants.

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Conclusion

Charles Bally fini par rejoindre l’essence de la pensée complexe en ayant envisagé de systématiser le discours naturel de l’être humain dans ses multiples facies. A la recherche d’une possibilité de sens partagé entre émetteur et récepteur ou texte et réception de texte. Il pense pouvoir théoriser la complexité du langage, chose qui ne passe que par la théorisation de l’élémentarité dans le langage ou le quantum ou la particule est l’unité de base dans sa conception du système langagier ou stylistique.

Toute la complexité dans la stylistique de Charles Bally est complexité du langage du sujet parlant. Ces particules ou unités phraséologiques en latence dans notre esprit, s’animent dans le discours et deviennent de plus en plus agitées accroissant ainsi l’entropie du système des valeurs expressives. Le macro-système Langage se défini dans le microsystème ou unité du langage. La somme des micro-états du langage comme système expressif forme un macro- état qui est le Langage. Ici, la théorie de la complexité et la complexité du langage se recouvrent dans un isomorphisme total. Devant la multiplicité des formes de transmission de l’information et devant l’infini potentialité de sa compréhension ce dresse toute la théorie de la complexité mesurée dans le sens de la variable synonyme.

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