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LA MESSE D'AUJOURD'HUI

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Academic year: 2022

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T A D I C O U V E R T E -

| / A D L C A . M . / R o g u e t \

LA MESSE D'AUJOURD'HUI

" remise en cause " ,

La table du Seigneur — la messe — est désormais une

« table ouverte », accessible à tous les fidèles, appelant tous les fidèles à une participation active et intime.

Voici donc pour la première fois un ouvrage sur la messe qui ne contient aucune réfé- rence à ce qui se faisait jadis:

en effet, il présente la messe

" remise en cause "

Chaque volume est consacré à un thème déterminé, précisément " re- mis en cause " sur les plans théologique et pastoral pour répondre aux directives con- ciliaires et promouvoir leur mise en application.

une information précise et complète sur l'état actuel des recherches théologiques dans tous les domaines.

telle que son ordonnance vient d'être restaurée. Selon les prescriptions du Concile, ses rites sont simples, clairs et ne comportent plus ces ré- pétitions ou ces survivanceS' archaïques qui rendaient leur enchaînement difficile à sui- vre.

La messe n'aurait-elle plus besoin désormais d'explica- tion? Parce qu'elle est « le mystère de la foi », elle re- quiert au moins une initia- tion. C'est donc une initiation que propose cet ouvrage, de lecture aisée, mais qui veut, au-delà des rites et des signes, nous introduire au cœur du sacrifice eucharistique.

desclée

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TABLE OUVERTE

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table ouverte la messe d'aujourd'hui

A.-M. Roguet

REMISE EN CAUSE

desclée

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DU MEME AUTEUR Aux Editions du Cerf :

La Messe, approches du Mystère, 1951.

Les Sacrements signes de vie, 1952.

(Ces deux volumes réédités au Seuil, Coll. « Livre de Vie »).

Construire et aménager les églises, 1965.

Le Miel du rocher ou la Douceur des psaumes, 1967.

Pourquoi le Canon de la Messe en français?, 1968.

Commentaire de la Somme Théologique:

Les Sacrements. L'Eucharistie (2 vol.) Chez Casterman:

Jacques et Françoise découvrent la messe (album illustré).

Nihil obstat — Ch.-V. Héris, D.-M. Forestier

Imprimi potest — Paris, le 16 mars 1969, N. Rettenbach, Prieur Provincial O.P.

Imprimatur — Tournai, 14 mai 1969, J. Thomas, vie. gen.

Copyright @ 1969 by Desclée et Cie, Paris Ail rights reserved

Printed in Belgium

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Dieu est-il capable de dresser une table dans le désert? Psaume 77, 19

La Sagesse s'est bâti une maison, elle a sculpté sept colonnes.

Elle a immolé ses victimes, mélangé son vin dans la coupe, et dressé sa table.

Elle a envoyé ses servantes sur les sommets de la ville pour convoquer et proclamer:

« Quelqu'un est-il simple, qu'il se tourne vers WOÏ/ » Et aux insensés elle a dit:

« Venez manger de mon pain,

et boire le vin que j'ai mélangé pour vous.

Abandonnez la folie: vous vivrez, et vous marcherez droit

sur les chemins de la connaissance. »

Proverbes 9, 1-6, d'après la Septante Beaucoup viendront de l'Orient et de l'Occident prendre place au festin avec Abraham, Isaac et Jacob dans le Royaume des Cieux.

Matthieu 8, 11

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AVANT-PROPOS dont la lecture n'est pas indispensable surtout si vous êtes né après 1954.

Ce petit livre voudrait expliquer aux fidèles, ou même à des incroyants curieux, ce que signifie la messe d'aujourd'hui.

Aujourd'hui, c'est-à-dire maintenant qu'est mise en place la restauration ou plutôt la rénovation voulue par le deuxième Concile du Vatican.

Nous avions écrit, après bien d'autres auteurs, un livre analogue voici quelques années sous le titre La Messe, approches du mystère \ Déjà il voulait être un exposé accessible. Mais il était obligé de recourir fréquemment à l'histoire. La messe se présentait alors comme un legs du passé. Non parce qu'elle a été instituée par Jésus Christ la veille de sa mort: il en est de même pour la messe d'aujourd'hui qui, autrement, ne serait plus la Messe. Mais parce qu'elle gardait l'empreinte d'institutions ecclésiastiques, de for-

1 En 1951, aux Editions du Cerf. Repris ensuite dans la collection de poche « Livre de vie », aux Ed. du Seuil.

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mes culturelles dont la connaissance était néces- saire à son intelligence, et cela jusque dans la première moitié du XXe siècle.

Or, voici que, selon la Constitution conciliaire sur la liturgie, si « celle-ci comporte une partie immuable, celle qui est d'institution divine », elle comporte aussi

des parties sujettes au changement qui peuvent varier au cours des âges ou même le doivent, s'il s'y est introduit des éléments qui correspondent mal à la nature intime de la liturgie elle-même, ou si ces parties sont devenues inadaptées.

Cette restauration doit consister à organiser les textes et les rites de telle façon qu'ils expriment avec plus de clarté les réalités saintes qu'ils signifient, et que le peuple chrétien, autant qu'il est possible, puisse facile- ment les saisir et y participer par une célébration pleine, active et communautaire (art. 21)2.

(C'est pourquoi) les rites manifesteront une noble simplicité, seront transparents du fait de leur brièveté et éviteront les répétitions inutiles; ils seront adaptés à la capacité des fidèles et, en général, il n'y aura pas besoin de nombreuses explications pour les com- prendre (art. 34).

Ces principes s'appliquent, bien entendu, à la messe, qui est le cœur de toute la liturgie:

Le rituel de la messe sera révisé de telle sorte que se manifestent plus clairement le rôle propre ainsi que la connexion mutuelle de chacune de ses parties, et que

' La traduction officielle rend le latin instauratio par

« restauration ». Il serait plus juste de parler de « réno- vation » car il ne s'agit pas ici de retour au passé comme tel, c'est-à-dire d'archéologisme. En ce cas, le texte latin aurait employé le mot restauratio.

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soit facilitée la participation pieuse et active des fi- dèles.

Aussi, en gardant fidèlement la substance des rites, on les simplifiera; on omettra ce qui, au cours des âges, a été redoublé ou a été ajouté sans grande utilité; on rétablira, selon l'ancienne norme des saints Pères, certaines choses qui ont disparu sous les at- teintes du temps, dans la mesure où cela apparaîtra opportun ou nécessaire (art. 50).

Cette révision de la messe est maintenant réa- lisée quant à l'essentiel 3. Nous pourrons donc nous dispenser de toute rétrospective et présenter la messe telle qu'elle est, en omettant des références au passé devenues inutiles. A quoi bon évoquer des rites maintenant disparus? Ceux de nos lec- teurs qui ont connu la messe d'avant 19644 nous pardonneront si nous ne justifions pas l'abolition ou la modification de prières et de gestes qu'ils ont longtemps connus et aimés. Ces comparaisons seraient pesantes, surtout pour les chrétiens plus jeunes qui n'ont jamais connu, par exemple, la récitation du psaume Iudica me au bas de l'autel,

3 Voir notre dernier paragraphe: La messe va-t-elle encore changer?

4 La première rénovation de la liturgie de la messe a été promulguée par l'Instruction Inter Œcumenici du 26 sep- tembre 1964. Les fidèles qui avaient dix ans à cette époque n'ont donc aucun souvenir de l'état antérieur de la messe, tel qu'il était immuablement fixé depuis le Moyen Age et surtout depuis l'institution de la Congrégation des Rites, en 1588.

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ni celle du « dernier évangile ». La messe d'au- jourd'hui doit s'expliquer par elle-même et non pas en référence à des rites maintenant dépassés.

Mais, si sa réforme est bien faite, si les rites sont

« transparents », si leur enchaînement (leur « con- nexion ») est naturel, à quoi bon des explications?

La Constitution liturgique le dit explicitement:

« Il n'y aura pas besoin d'explications nombreuses pour les comprendre. » Ce livre devrait donc être inutile?

Nous ne le croyons pas. D'abord parce qu'il ne donnera pas des explications nombreuses. Il fallait autrefois, pour faire comprendre les rites, multi- plier des rappels historiques et archéologiques dont, encore une fois, nous pourrons nous passer.

Ensuite, ce livre ne donnera pas d'explications:

la messe n'est pas un code à déchiffrer ou un théorème à démontrer. Mais elle requiert une initiation. Elle est un mystère, et un mystère qui se présente sous un vêtement rituel et symbolique.

On peut être extrêmement intelligent, avoir une foi très vive, la célébration peut être fort bien organisée, et pourtant le fidèle peut rester à la surface des signes.

Nous n'avons pas ici l'intention de donner une théologie abstraite de la messe, qui donnerait la clé de ces signes. Nous suivrons le chemin inverse.

Nous regarderons les signes les uns après les autres; nous tâcherons de les comprendre en eux- mêmes, et dans leur enchaînement, pour que le lecteur, à travers le signe, atteigne le signifié, c'est-à-dire le mystère. Telle est d'ailleurs la mé- thode recommandée par l'Instruction sur le Mys-

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tère Eucharistique5. La « catéchèse... partira... des rites et des prières de la célébration, pour en éclairer le sens, surtout celui de la grande prière eucharistique, et pour conduire à une perception profonde du mystère que ces rites signifient et accomplissent. »

La présentation successive des rites de la messe est celle que le lecteur attend, c'est la plus normale et la plus claire. Elle comporte cependant un danger: celui de faire croire que la messe est une enfilade arbitraire de rites détachés. Ce défaut, nous essaierons de l'éviter. Tout d'abord en pré- sentant les rites non pas seulement dans leur succession, mais dans leur enchaînement. Ensuite et surtout en essayant, à propos de chacun d'eux, de « conduire à une perception profonde du mys- tère que ces rites signifient et accomplissent ».

Or, ce mystère, dans sa richesse foisonnante, est unique. La messe est une. Nous aurons tenté ainsi de fournir au lecteur une véritable théologie de la messe. Non pas une théologie abstraite et a priori.

Mais une théologie inductive, une théologie litur- gique, une théologie vivante.

' Art. 15. Instr. Eucharisticum Mysterium, préparée par le Conseil pour la restauration de la liturgie, promulguée par la Congrégation des Rites, le 25 mai 1967. Brochure à la C.T.I.C. et, dans la Documentation Catholique du 19 juin 1967, n° 1496, col. 1091-1121.

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PRÉLIMINAIRES

1. Je vais à l'église...

La cloche sonne. C'est dimanche. Je vais à la messe. Je me rends donc à l'église.

Pourquoi à l'église? Ne pourrais-je pas aussi bien, et même mieux, honorer Dieu par une prière personnelle, recueillie? Je mettrais en pratique la prescription du Seigneur, dans le discours sur la montagne (Mt 6, 6) : « Lorsque tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte et prie ton Père dans le secret. Ton père, qui voit dans le secret, te le rendra. » Il est certain qu'une telle prière

— prière de demande, d'adoration, d'action de grâce, ou de simple présence à Dieu — est abso- lument indispensable à ma vie de foi. Sans elle je ne suis pas un ami de Dieu, mon christianisme n'a aucune intériorité, ce n'est pas une vie, mais une série de pratiques. Cette prière vivante, pro- fonde, je puis la faire partout: dans ma chambre, dans la rue, dans le train ou le métro, à l'église

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lorsque celle-ci est silencieuse, en dehors de l'af- flux des fidèles.

Sans doute; pourtant cette prière-là ne suffit pas.

Je ne suis pas un individu isolé; je ne suis pas un pur esprit. Les chrétiens ont été rachetés en corps, et cela dans le double sens du mot. Ils ont été rachetés dans leur corps, et pas seulement dans leur âme. Et du fait même qu'ils ont un corps, ils ont une vie sociale. Avec leurs frères humains, et plus encore avec leurs frères chré- tiens, ils font corps. Jésus n'a pas seulement sauvé des individus. Il a aussi, ou plutôt d'abord, en- gendré une Eglise, un rassemblement, le « peuple de Dieu », qui est aussi son Corps; c'est là que les individus doivent trouver tout leur épanouisse- ment personnel.

Cette notion de peuple de Dieu joue déjà un rôle considérable dans tout l'Ancien Testament.

Le peuple de Dieu a été constitué, réuni, sanctifié consacré à lui comme une épouse est unie à son époux — par l'Alliance, en particulier celle que Moïse a scellée, après la traversée libératrice de la mer, sur la montagne du Sinaï (Ex 24,1-8). Mais les prophètes ont annoncé pour l'avenir une nou- velle Alliance (Jr 31,31) infiniment plus intime, plus profonde et plus sainte. C'est elle que Jésus est venu réaliser par son sang (Me 22, 20; Hé 9, 15). Cette alliance nouvelle, cette union de Dieu avec tout son peuple, nous devons la célébrer, l'approfondir, la resserrer: comment le ferions- nous dans la solitude? Nous ne pouvons y parvenir qu'avec tout le peuple de Dieu, avec toute l'Eglise et par conséquent dans l'église, le local qui tire

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son nom de ce que l'Eglise, le rassemblement des croyants, s'y réunit, y est en même temps enve- loppée et signifiée.

2. ...le dimanche

Mais pourquoi justement le dimanche? Dieu est éternel: pour lui tous les jours se valent! Sans doute, mais moi, je ne suis pas hors du temps.

Mes frères chrétiens non plus. Pour que nous puis- sions nous retrouver, il faut bien qu'il y ait un rendez-vous, un jour fixé.

Pourquoi le dimanche? L'alliance nouvelle n'a- t-elle pas été conclue dans le sang de Jésus sur le Calvaire, le vendredi saint? Il est vrai qu'il a offert ce sang, sous l'aspect du vin, avec « la coupe de la nouvelle alliance en son sang » ; mais c'était le jeudi saint, à la Cène. Pourquoi renouveler ce geste le dimanche?

Certes, nous refaisons à la messe ce que Jésus a fait pour la première fois le jeudi saint. Mais nous ne nous contentons pas de réitérer un.rite, si vénérable soit-il. En le célébrant, nous croyons bien accomplir le mystère que ce rite portait en lui. Or, ce mystère n'est pas seulement le mystère de la mort de Jésus sur la croix. C'est le mystère de son sacrifice et de notre salut. Et le sacrifice n'est pas achevé avec l'immolation de la victime.

Notre salut n'est pas obtenu du seul fait que le Christ est mort. Il faut que cette mort débouche dans la vie, une vie nouvelle, une vie divine. Il faut que l'immolation aboutisse à l'union avec

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Dieu, à la sainteté, à la gloire de la victime humi- liée et mise à mort pour le péché. C'est dire que le sacrifice du Christ est tout ensemble le mystère de sa mort et de sa résurrection. La résurrection n'est pas un épilogue heureux venu effacer le souvenir pénible de la mort sanglante. Elle en est l'aboutissement, la fin. La mort n'est qu'un pas- sage: la résurrection est son terme et son but.

Nous allons à la messe le dimanche parce que nous y célébrons le Christ qui est mort autrefois et qui, ressuscité jadis, est encore aujourd'hui le Ressuscité.

Or c'est « le premier jour de la semaine » que Jésus a inauguré sa vie de ressuscité avec ses disciples, en leur apparaissant le soir de Pâques.

Il leur est apparu une deuxième fois, huit jours après. Ce « premier jour de la semaine » est de- venu son jour, le jour du Seigneur (Dominica dies, d'où dérive notre mot de dimanche). C'est Jésus lui-même qui, non pas par un précepte mais par un fait, a institué son jour. En se réunissant tous les dimanches pour célébrer le Mystère pascal, les chrétiens rappellent et renouvellent ce qui est l'essentiel de leur foi et le principe de leur salut:

« Si, de ta bouche, tu confesses que Jésus est Seigneur et si, dans ton cœur, tu crois que Dieu l'a ressuscité des morts, tu seras sauvé » (Rm 10, 9). Mais en participant à la messe, je fais plus que confesser par la bouche et croire dans mon cœur que Jésus est ressuscité: je le proclame activement, existentiellement, en célébrant le mystère dans lequel il vit l'acte même de son sacrifice, de sa mort-et-résurrection.

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