APARTÉ
6 | La Lettre du Gynécologue • N° 414 - mai-juin 2018
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Elle est là, assise face à moi, tassée sur elle-même avec son drôle de bonnet noir enfoncé jusqu’aux yeux. Elle parle doucement, elle ne me regarde pas en face. Son histoire, je l’ai entendue mille fois : excisée, mariée de force, régulièrement battue et violée.Et puis, à la question “Pourquoi avez-vous quitté le Mali ?”, la réponse fuse et me déstabilise : “Parce qu’on y fait la chasse aux lesbiennes, et que je suis lesbienne. Une horde de jeunes m’a menacée jusque chez ma copine où je vis depuis que j’ai fui mon mari, ils ont même violé un ami homosexuel avec un bâton. J’ai eu tellement peur.”
Alors bien sûr, je vais faire tous les certificats nécessaires pour faciliter sa demande d’asile.
Mais qui a droit à l’asile ?
Les textes sont clairs : toute personne qui craint avec raison d’être persécutée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un groupe social (notamment l’appartenance à un genre…). Mais aussi, en cas de traitements inhumains et dégradants.
Vertige… environ 1 femme sur 2 dans ma consultation !
Car il n’y a pas que les violences physiques. Elle est arrivée à Paris pour faire des études. On lui a présenté un gars bien, de son bled, inespéré ! Ils se sont mariés, religieusement, bien sûr. Et ils ont couché. Mais
le lendemain il avait changé d’avis et disparu dans la nature. Depuis, elle se terre dans sa chambre. Elle a pris 40 kg, abandonné ses études, et ne peut retourner dans sa famille puisqu’elle n’a plus son “opercule”.
Ce serait la hchouma, la honte suprême, l’honneur bafoué de la famille entière. On pourrait en toute impunité la vitrioler, la lapider.
C’était il y a 10 ans.
Depuis, hymen recousu, un bon accompagnement psy, et la voilà délestée de 15 kg, souriante et maquillée. Mais toujours sans perspective.
Elle a rencontré un Marocain, un Libanais, elle rêve qu’elle pourrait enfin se marier, avoir des enfants. Mais à chaque fois ses potentiels prétendants la soupçonnent d’en vouloir à leur statut, à leurs papiers. Elle ose à peine sortir, ne peut pas travailler ou alors dans des conditions sordides.
Et l’horloge biologique que rien n’émeut l’obsède. Comment lui dire que là, j’ai atteint la limite de mes compétences ?
Le droit d’asile repose sur la parole, et cette parole nous sommes souvent là pour la recueillir. J’ai parfois l’impression d’être un scribe, celui qui rédige les “récits de vie”, et sans doute ma rédaction pourrait leur être utile tant il est difficile pour ces femmes de raconter ce qu’elles
Gynécologue ou agent de l’OFPRA* ?
Dr Ghada Hatem
Centre hospitalier Delafontaine, Saint-Denis
* Office français de protection des réfugiés et des apatrides.
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La Lettre du Gynécologue • N° 414 - mai-juin 2018 | 7
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ont subi sans se contredire, sans confondre les dates et les situations engluées dans leur mémoire traumatisée.
Certes, je ne consulte pas à Guéret, chef-lieu de la Creuse, mais à Saint-Denis, haut lieu de l’immigration, en particulier subsaharienne et d’Afrique du Nord. Et je ne travaille pas dans une association d’accueil de migrants mais dans un hôpital public.
Par moments, j’imagine mes patientes comme un grand fleuve humain, charriant exclusivement des femmes, toutes légitimes à demander l’asile tellement ce qu’elles vivent dans leur pays est intolérable. Et les voilà en France, à l’abri pensent-elles. Mais personne ne leur a parlé de la rue, du sexe “rétribué”, des hôtels du Samu social, des centres de rétention, des démarches administratives, de la procédure Dublin. Et puis les voilà enceintes, et ce que vivront leurs enfants sera tout aussi violent.
Quelle sorte d’adultes allons-nous en faire ? Quelles bombes à retardement sommes-nous en train de fabriquer ?
Gynécologue, c’est aussi se sentir concerné, tous les jours, par la marche du monde.
ADDENDUM N°413 MARS-AVRIL 2018
Comme chaque année depuis 2012, La Lettre du Gynécologue a publié en mars-avril un numéro spécial consacré aux Journées annuelles du CNGOF.
Initiée sous la présidence du Pr Bernard Hédon et poursuivie avec le Pr Israël Nisand, cette stratégie éditoriale permet de publier les textes courts des RPC et une synthèse des points forts du congrès.
Les responsables des RPC n’ayant pas été cités cette année, nous nous empressons de les publier dans le numéro de mai-juin.
Le comité éditorial
Recommandations pour la pratique clinique
Accouchement normal : accompagnement de la physiologie et interventions médicales
Recommandations élaborées conjointement par le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF), par le Collège national des sages-femmes de France (CNSF), par la Haute Autorité de santé (HAS), par la Société française d’anesthésie et de réanimation (SFAR), par la Société française de pédiatrie (SFP), par l’Association nationale des sages-femmes cadres (ANSFC), par le Collectif interassociatif autour de la naissance (CIANE), par le Conseil national de l’ordre des sages-femmes, par la Société française de maïeutique (SFMa), par la Société française de néonatologie (SFN) et par la Société française de médecine périnatale (SFMP).
Comité d’organisation
S. Guillaume (CNSF), Paris ; B. Hédon (CNGOF), Montpellier.
Experts du groupe de travail
A.S. Ducloy-Bouthors, Lille ; V. Lejeune, Auch ; M. Nadjafizadeh, Nancy ; F. Pizzagalli, Rouen ; C. Schantz, Paris ; K. Petitprez, Saint-Denis ; S. Morin, Saint-Denis ; M. Arnall, Villejuif ; F. Artzner, Montreuil ; C. Bernard, Paris ; F.M. Caron, Amiens ; I. Chevalier, Pontoise ; C. Daussy-Urvoy, Nantes ; J.M. Garnier, Saint-Herblain ; J. Lavillonnière, Saint-Lambert-du-Lattay ; C. Le Ray, Paris ; A. Morandeau, Paris ; T. Schmitz, Paris ; L. Sentilhes, Bordeaux ; R. Shojai, Puyricard.
Endométriose
Recommandations élaborées conjointement par le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) et la Haute Autorité de santé (HAS) Comité d’organisation
Michel Canis (CNGOF), Clermont-Ferrand ; P. Collinet (CNGOF), Lille ; X. Fritel (CNGOF), Poitiers ; C. Revel-Delhom (HAS), Saint-Denis.
Experts du groupe de travail
M. Ballester, Paris ; P.A. Bolze, Lyon ; B. Borghese, Paris ; N. Bornsztein, Évry ; J. Boujenah, Monaco ; N. Bourdel, Clermont-Ferrand ; T. Brillac, Toulouse ; J. Cohen, Paris ; N. Chabbert-Buffet, Paris ; C. Chauffour, Clermont-Ferrand ; N. Clary, Valberg ; C. Decanter, Lille ; A. Denouël, Montpellier ; G. Dubernard, Lyon ; A. Fauconnier, Poissy ; H. Fernandez, Paris ; T. Gauthier, Limoges ; F. Golfier, Lyon ; C. Huchon, Poissy ; G. Legendre, Angers ; J. Loriau, Paris ; E. Mathieu- d’Argent, Paris ; B. Merlot, Bordeaux ; J. Niro, Le Chesnay ; P. Panel, Le Chesnay ; P. Paparel, Lyon ; S. Ploteau, Nantes ; C. Poncelet, Cergy-Pontoise ; B. Rabischong, Clermont-Ferrand ; H. Roman, Rouen ; C. Rubod, Lille ; P. Santulli, Paris ; I. Thomassin-Naggara, Paris ; A. Torre, Montpellier ; M. Sauvan, Paris ; C. Yazbeck, Suresnes ; J.M. Wattier, Lille.
G. Hatem n’a pas précisé ses éventuels liens d’intérêts.
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