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MÉTROPOLES POLYCENTRIQUES

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(1)

MÉTROPOLES POLYCENTRIQUES

VéroniqueDupont, Denise Pumain

Parles enjeux théoriques et politiques

qu'elle

représente, la notiondedensitéest aucentredesréflexionssurla

ville.

Certains voientdanslaconcentrationdepersonneset

d'activités

engrand nombre sur un espace restreintlefondement même de

l'urbain,

selon des critères

d'efficacité

politique, sociale ouéconomique, quiattribuentunrôle

actif

àlaproximitédesagents.Les débatsde prospective fontde ladensité urbaine unenjeucomplexeoù les argumentséchangés mêlentdesconsidérations

d'efficacité

éco¬

nomique,derentabilitéécologique,demaîtrise

politique

ousécu¬

ritaire,de choixesthétiques, ainsi quedes normesculturelles ou sociales de formes et types d'habitat. Dans ce contexte où se heurtentdesintérêtscontradictoires,

il

y auraitunrisquepourles métropoles du Tiers-monde à considérercomme des tendances inéluctables oudes objectifs normatifslesévolutionsconstatées ailleurs.

L'objet

decettepartieestd'observerd'abordquelles sont les tendances encoursdanscesmétropoles,entermesd'organisation

desdensités,bâties,résidentielles oud'activités,dans l'espacede la

ville,

etd'endiscernerlestransformations.L'observationreste¬

raitanecdotiquesielle

n'était

construitepar référence aux modèles d'organisationgénéraledesdensitésurbaines,fortementappuyés surdesobservations nombreuseset des considérationsdethéorie spatiale,etauxinterprétations, plus diversesetcontroversées,des formesdel'étalement urbain.C'estentenantcomptedela variété

des contextes et des contraintes locales que

l'on

peut esquisser ensuite,s'il existe, un schéma généraldestendancesàl'étalement spatialetàlaredistributiondesdensitésdans cesvilles.

(2)

La

question

ici

poséeparlesorganisateursde

l'atelier

étaittrès précise : « Dans le processus de métropolisation, quels sont les rôlesrespectifsdel'expansionspatialeparrapportauxprocessus de densification ou de redistribution des densités dans les aires déjàurbanisées?»

Surun tel thème,lacomparaisondesvilles devraitêtrefacile.

En effet, on dispose de modèles forts, à la fois pour décrire la

distribution

spatialedesdensitésintra-urbaines,etpourinterpré¬

terleur évolution.

1. MODELES ET THEORIES DES DENSITES

INTRA-URBAINES

La distribution

desdensitésdepopulationdansuneairemétro¬

politaine

est assez bien décrite par un modèle de référence qui indiqueunedécroissancedesdensitésplusrapidequ'une fonction linéaire deladistance, depuis les localisations centrales,jusque versla périphérie

(voir

encadré).

La densité Dr à une distancer du centre apparaît comme une fonction décroissantedeladistanceau centre.Selonles cas étudiés, on luidonne une formedefonctionexponentiellenégative deladistanceaucentre:

Dr=D0.e-br

Cestle modèle proposé parClarken1951,D0estladensité au centrede lavillea.D'autresauteursontajustéunmodèle où ladensitéestunefonction puissance négativedela distanceaucentre,d'exposanta:

Dr=D0r-a

a. ClarkC.1951,Urban Popul ation Densities,Journal ofthe Royal StatisticalSociety, 114,490-496.

Pour

illustrer

le modèle, onpeut

citer

parexemple le cas de Paris, oùladensitérésidentielleestde20000 habitants aukm2à

proximité

du centre, moitié moindre à 5 km, elle atteint encore 4 000habitantsaukm2à10kmducentre etprès de 2000à20

km

pour tomberà 100environau-delà de40km.

D'

unemanière générale,legradientdedensité, mesurépardes paramètrescommeboua,témoigne de contrastesdedensitésqui sontplusélevésdanslesgrandes

villes

quedanslespetites,etqui tendent à se réduire au coursdu temps, depuis près d'un siècle pour les plus grandes villes. Les inégalités de densité, comme

(3)

d'ailleurs leurniveaumoyen,sontplusfortesengénéraldansles villes asiatiques ou européennes quedans les

villes

américaines ou australiennes.

Les

justifications

données à ces modèles d'une courbe des densités trèsrapidement décroissante avec la distanceau centre tiennentàlaplus grande raretédeslocalisationscentralesquisont cependant valorisées pour leur meilleure accessibilité, ce qui

induit

uneplus grandefragmentationdesparcelles, un rapproche¬

mentdes activités, voireune superpositiondes usages avec des constructions en hauteurqui accroissent la charge des localisa¬

tions centrales.Nonseulementlaconcurrencepourl'occupation ducentre, àunmomentdonné, maisaussi l'accumulationhisto¬

rique etl'extensionconcentriquedes

villes

tendent àreproduire ce schéma. Plusieurs auteurs ont démontré le lien entre cette forme de distribution et la théorie économique (par exemple le modèle

d'

Alonso1 d'arbitrage entre l'accessibilité au centre, mesuréeparlescoûtsde transport,etla quantité d'espacedispo¬

niblepourun

prix

équivalentaucentreet enpériphérie)ou encore avec un processus dynamique de croissance urbaine2. Des tra¬

vaux récents ont encore démontré la pertinence de ces modèles comme référencepourunepremière approche de la

distribution

desdensitésurbainesactuelles, mêmesi des nuancesetcomplexi- ficationsdedétailpeuvent

lui

êtreapportées3.D'autresontopéré desrapprochements aveclathéoriedesfractales,quirendcompte d'uneorganisationhiérarchiqued'ensembledetoutelastructure urbaine, des surfaces bâties oudes quantités depopulationrési¬

dente, des lacunes laissées libres ou encore des dimensions des réseaux devoirie,selondesrèglesd'homothétieinterne (ouauto¬

similarité)4. L'analogie entre dimension fractale et gradient de densitéad'ailleurspu être démontrée5.

1. AlonsoW.1964,Urbanlocationandlanduse,Cambridge,HarvardUniversity Press.

2. BussièreR.Stovall 1981,Systèmesurbainsetrégionaux àl'étatd'équilibre, Paris,CRU.

3. BonnafousA., Tabourin E. 1998, Modélisation de l'évolution desdensités urbaines,in Pumain D.,MatteiM.-F,Donnéesurbaines 2, Paris,Anthropos.

4. FrankhauserP.1993,Lafractalité desstructuresurbaines. Paris,Anthropos.

BattyM., LongleyP. 1994,FractalCities,ageometryofformandfunction,Lon¬

don,AcadémiePress.

5. BattyM.,KimK.S. 1992, Formfollowsfunction:reformulatingurban popula¬

tiondensitiesfunction, UrbanStudies,1.

(4)

Dans l'ensemble, lemodèle,quellequesoitlaformemathé¬

matique

qu'on lui

donne,décriten

effet

assezbienlaformegéné¬

raledela

distribution

spatialedesdensitésdansune grande

ville.

Quand

il

s'appliqueauxdensités depopulation,

il

présentecepen¬

dant une anomalie, relativementsystématique depuis plus

d'un

siècle dans les pays développés, les densités maximales n'étant plusdans lesgrandes

villes

toutprèsdu centre maisàunedistance quipeut atteindreunou deuxkilomètres.La formationd'uncra¬

tèrecentraldanslasurfacedesdensitésnedoitpaslaissercroireà unedésaffectionpourle centre maiss'expliqueaucontrairegéné¬

ralement par la survalorisation des localisations centrales.

L'occupation résidentielle est alors concurrencée par l'installa¬

tion

d'activités qui procurentunerentefoncière plusélevée,sous laforme d'une

city

debureaux ou

d'un

centralbusiness

district

par exemple.

Lecalculdela densitérésidentielle, «nocturne »,nerendpas

biencomptede

l'intensité

del'occupationdel'espaceurbainet de sesvariations.Les densitésdiurnessontplus

difficiles

àobserver.

Certains auteurs ont proposéde cumulerdensitérésidentielle et densité

d'emploi

pour mieux mesurer l'intensité de la pression localedes activités urbainesl. Onpeut ainsidépasserunevision statiqueenmettantenévidence lesvariationsnycthéméralesdes densités urbaines résultant des mobilités quotidiennes des per¬

sonnes, enfonctiondurythmedesdiversesactivitéshumaines2.

Cependant,

l'évolution

urbaine, depuis environ un demi- sièclesurtout maisparfoisplus,tend àfairebaisserleniveaudes densitésrésidentiellescentralesalorsqu'ellesaugmententdansla périphérie,cequitendàréduirelesgradientsdedensité.Cen'est plus seulementlaconcurrence victorieuse pourle sold'activités plus rentables que l'usage résidentielqui explique labaisse des densités centrales, mais aussi l'accroissementdes surfaces exi¬

géespar personne ou parménage,quipousseàl'agrandissement dela

taille

deslogements ouàla

fuite

enpériphériedelapopula¬

tion

résidente vers des maisons individuelles ou des logements plus spacieux. En Europe et dans lesAmériques, cemouvement

1. FouchierV. 1998,Ladensitéurbainenette:unindicateurd'intensitéurbaine, inPumainD., MatteiM.-R,Donnéesurbaines 2,181-189.

2. MilleM.2000, Lestemporalitésquotidiennes urbaines:l'exempledelamétro¬

polelilloise,ThèsedeDoctoratenGéographieHumaine,UniversitédesScienceset TechnologiesdeLille.

(5)

esten partie contrebalancé par la tendance à la décohabitation, induisant la formation de ménages d'une personne qui privilé¬

gientles localisationsencentre

ville

etsetraduisentparlacons¬

tructionou lemaintiendepetits logements.En celalaquestiondes densitésestinséparabledecelledesstratégiesrésidentielles.

L'intensité

de la périurbanisation apourun temps pu laisser croire à un retournement durable de la tendance plus que

bi-

séculaire à la concentration urbaine, selon une théorie de la contre-urbanisation l qui se serait étendue

jusqu'au

déclin des grandes villes au

profit

des petites, en dépit des observations contraires2 et du démenti apporté par ce que

l'on

appelle aujourd'hui la métropolisation. Dans les

villes

du monde déve¬

loppé, le retournement de la courbe

d'évolution

des densités, croissantejusque dans les années 1960 auxÉtats-Unis, 1975 en France, puis décroissante ensuite, paraît durable, et s'explique principalement par la diffusion de l'usage de

l'automobile

en milieu urbain3.La tendanceàlapériurbanisation s'est générali¬

sée,mêmeàdesvillesdepetitetaille,maisl'étalement urbain qui étirelesdistanceskilométriquesentrelapériphérieet lecentredes

villes s'effectue dans l'ensemble à temps de parcours constant pourles habitants4.

L'organisationdes densitésetplusgénéralementdel'espace urbainestaussidevenuepluscomplexe,notammentdanslesplus grandesagglomérations, quisontrarementdemeuréesmonocen- triques.D'anciensvillagesoupetits centresurbains, rattrapéspar l'expansion des

villes,

constituent des noyaux d'urbanisation secondaires,quisesontprogressivement équipés carleurniveau de centralité, même faible, est

attractif

pour les résidants etles entreprises. Des villes satellitesontpu se créerde toutes pièces danscertainespériphéries biendesserviespar les moyensde com¬

munication,engénéralabonne distanceducentre

initial,

près des

1. Berry B.J.L. 1976, Urbanizationandcounterurbanization, Berverley Hills, Sage.

2. ChampionA.G.1989,Counterurbanization,London,Arnold.

3. BieberA., OrfeuilJ.P., 1993.La mobilitécirculaireetsarégulation. Quelques comparaisons internationales, in LesAnnales de la Recherche urbaine,59-60, Mobilités,PlanUrbain,METT,Paris, 127-139.

Orfeuil J.P. 1995,Mobilité : les territoires du quotidien, inAscherF. (éd.). Le logementenquestions, Paris,Editionsdel'Aube, 171-188.

4. Paradigmede Y.Zahavi (The Umot model, DepartmentofTransport,Washing¬

tonDC, 1980).

(6)

aéroports, ou aucarrefourentredesvoies d'accès radialesetdes rocades routières ou autoroutières. La présence de ces centres complique laformedessurfaces dedensité.

Plusieurs types de réponsesont été apportées aux problèmes soulevésparla

diminution

desdensités dans lescentres,généra¬

trice de pertes de ressources pour les municipalités centrales, et pourgérerlesadéquations localesentrenécessitéd'uneorganisa¬

tion métropolitaine d'ensemble et fragmentation des instances politiques municipales. Lapolitiquederevitalisationdescentres villesaconduit parfois àuncertainrepeuplementdes zonescen¬

trales, après leur revalorisation, résidentielle ou commerciale (ruespiétonnes). Unethéorie ducycleurbain, pastoujourscom¬

plètementvérifiée,aétéélaborée'pourrendrecomptedephases successivesd'intenseoccupation du centre, puisdelasuburbani¬

sationprogressivementassociéeàundéclinducentreetenfinde laréurbanisationparredéveloppement du centre.

Les débatsactuels se portent surlavaleur, économique, éco¬

logique,esthétique, socialeouculturelle, quiseraitàaccorderaux fortes densités urbaines. Selon les auteurs, elles peuvent être considéréescommegénératricesdenuisancesoudedysfonction¬

nements urbains (phénomènesdecongestionet depollution)ou bienaucontraireêtreporteuses devaleurs sociales plusoumoins biendéfinies commel'urbanité,devaleursculturelles(modèlede la

ville

méditerranéenne) ouencore de valeuréconomique, liée auxvaleursécologiques du développement durable:la

ville

com¬

pacteseraitainsimoinsgaspilleuse,entermesdeconstructionde réseauxtechniques,deconsommation d'espace oud'énergie,elle permettraitun

meilleur

arbitrage entre transportscollectifsetvoi¬

ture

individuelle

2. On comprend que ces valeurs interviennent

1. Voirparexemple:Van denBerg L., DrewettR., Klaassen L.H., RossiA., VijverbergCh.T. 1982,UrbanEurope,astudyofgrowthand décline,Oxford,Perga- monPress.

2. En faveur des villes compactes, au nomdes économies d'énergie et de la préservationdel'environnement, voir:Newman P., KenworthyJ. 1989,Citiesand Automobiledependence:anInternationalSourcebook,Aldershot,Gower;EwingR.

1995,IsLosAngeles-StyleSprawl désirable?Journal ofthe American PlanningAsso¬

ciation,^, 1,107-126.

Contrelescontrôles que celaimpliqueetpourlalibertédel'étalementdesvilles, voir:BrehenyMJ. 1992,The contradictionsofthecompactcity :areview,«Breheny MJ. (ed), Sustainable Developmentand Urban Form, London, Pion; Gordon P., Richardson H. 1997,AreCompact citiesaDésirable Planning Goal?Journalofthe AmericanPlanning Association,63,1,95-105.

(7)

fortement,demanièreplusoumoinsexplicite,danslespolitiques qui sont menées, non seulement en matière d'urbanisme, mais aussi de

droit

du sol, de réserves foncières, de logement, voire d'aide socialeou

familiale.

Posés vigoureusementdans les pays riches, où ladémographiestagneetlacroissanceurbaineesttrès ralentie,cesproblèmes

n'en

ontqueplusd'acuitédans desmétro¬

poles de pays en développement, confrontées simultanément à

l'absorptiondecroissancesdémographiques et spatialessanspré¬

cédent,et auxpréoccupations écologiques planétaires.

Qu'enest-ildanslesmétropoles observées ?

2. LESREALITES METROPOLITAINES OBSERVEES 2.1.

Une

croissance

urbaine qui

se

ralentit,

mais l'expansion spatiale continue

Au

premier abord, les dynamiques démographiques des métropolesobservéesprésententdessituationstrèsvariées, avec un large éventail de taux de croissance. Ces différents rythmes reflètent l'appartenance à un pays plus ou moins urbanisé, le rythme d'urbanisation du continent, ainsi que l'étape dans laquelle le payssetrouveaucoursdesatransitiondémographique.

Interviennentégalement lestadededéveloppementdela

ville

etsa

taille

initiale,avecuneffetdemassequasimécaniquefaisant intervenirleseffectifsabsolusdepopulationenjeu.Parexemple, en faisantl'hypothèse

d'un

même taux d'accroissement naturel enl'absenced'extensionimportante dupérimètre urbain,undou¬

blementde lapopulation d'une ville en 7,5ans (correspondantà untaux extrêmementrapide de croissancede 10% par an) sera obtenupar un apportmigratoirebeaucoupplusréduiten

effectifs

absolus dans une

ville

demoinsde500 000habitants quelorsque la métropolecomptedéjà plusieurs

millions

d'habitantsendébut depériode.

Parmilavingtainedemétropolesprésentées, lestauxdecrois¬

sance les plus spectaculaires sont ainsi relevés dans des

villes d'Afrique

del'ouestet centraledanslesannées 1950,c'est-à-dire dansdespaysàcetteépoquetrèsfaiblementurbanisés etentrant dans une phase d'accélération de l'urbanisation, et pour des

« métropolesendevenir»detaillemodeste(inférieuresà500 000 habitantsendébutdepériode) ;parexemple : 11 %decroissance

(8)

annuelle de 1950 à 1960 pour Ouagadougou ; 23 % de 1958 à 1961 àBamako, 10 à 12 % de 1950 à 1971 àAbidjan, et 10,5 % de 1948 à 1959 àKampala.

À

lamême époque, letaux decrois¬

sanceannueldela

ville

deStrasbourgde 1954à1962 nes'élevait

qu'à

2%, etceluidel'agglomérationdeParis (à

limites

constan¬

tes)à 1 %.

Au-delà de cette diversité des rythmes de croissance, une doubletendancesedégage:leralentissementdelacroissancedes métropolesetunepoursuitedeleurexpansion spatiale.Pluspré¬

cisément,onobservedanstous lescontinentsune baisserelative destauxdecroissanceurbaine moyens depuis 20 ou30ans,com¬

parésàceuxdesdécennies précédentes (parexemple, àBamako moins de 6 % par an contre près de 7 %, à Ougadougou 4,4 % contre8,1 %,àBogota3 %contre7 %,àSantiagodu

Chili

1,8%

contre 5 %, à

Delhi

3 à4 %contre plus de5 %, etc.). Cetteten¬

dance à labaisse de la croissance démographique devient plus flagrantelorsque

l'on

raisonneàpérimètreconstant. Si

l'on

exclut les cas d'extension considérable des limites administratives de

l'aire

ouagglomérationurbaine,pouvantoccasionnerunereprise soudaine mais en général transitoire du rythme de croissance

(Mumbai

etMontréaldans les années 1980), le seul contre-exem¬

pleparmiles 19métropoles étudiées sembleêtreceluideHanoï.

Après une baisse dutaux decroissance annuel des années 1950 (plus de 3 %) aux années 1980 (1,4 %), lacroissance de Hanoï dans les années 1990seraitàlahausse, enraisond'uneaugmen¬

tation des migrations internes « illégales », désormais moins contrôlées.

Dansdenombreusesmétropoles, enparticuliercellesd'Amé¬

riqueLatine(à Bogotapar exemple)lapoursuitedelatransition démographique acontribué àlaréductionde la croissancede la population.Maiscefacteurnejouepas dans lespaysoù lafécon¬

ditérestetrès élevée(àBamako parexemple),nidans ceuxoùla baisse delanatalitéestmoins rapide que celle delamortalitéou équivalente, maintenantainsi letauxd'accroissement naturelau mêmeniveau(parexemple àDelhi).

L'autre

facteurderalentis¬

sement de la croissance des métropoles, d'autant plus évident dansleslimites initialesde

l'aire

urbaine,estlabaisserelativede lacontributiondesmigrations,etlaredistributiondes

flux

migra¬

toiresauseindesrégionsmétropolitaines.

Partout se manifeste un processus général d'expansion spa¬

tiale. Deuxconfigurations typesd'étalementde latacheurbaine

(9)

sontrepérables,certainsfaisant référence àdes formes très ima¬

gées :

-

le schéma d'expansion urbaine en «doigts de gants»

(l'agglomérationdeParis par exemple :carte45), ouen« ailesde moulin» (Santiago du

Chili

:carte48),correspondantàundéve¬

loppementdela

ville

lelongdesaxesdecommunication routiers et ferrés

- il

s'agiten

fait

d'un développement concentrique en fonctiondes isochrones (c'est-à-direà une distance-temps don¬

néeducentre) ;

-

le schéma de développement multidirectionnel, en tache

d'huile(Delhi

:carte5 ;Montréal :carte41 ;SâoPaulo :carte 10 ;

etc.), ou d'expansion par cercles concentriques s'élargissant (exemple

d'Abidjan

avec ses «quatre périmètres emboîtés» :

carte2).

L'avancéedelatacheurbainelelongdesaxes decommunica¬

tionprécèdesouventlemodèled'étalemententache

d'huile,

par remplissagedesespacesvides(Kampalaparexemple : carte38).

A

Moscou,latacheurbaineapris laformed'une« pommede terregermée »,avecquelques excroissancesau-delàdel'anneau autoroutierqui

délimitait l'

agglomération urbaineprincipaledans un«cerclesensiblementoblong»(carte42).

Lescontraintesdusite(site accidenté, présencedereliefs,etc.) peuventinduiredesdéformationsspécifiquesdela tacheurbaine (par exemple àQuito, ou àBogota : carte 3). La présence

d'un

fleuve peut également orienter l'expansion urbaine selon une directionprivilégiée,comme observépour LeCaire (carte 8).

Au-delà de ces

formes

globales de l'étalement urbain, les modesd'expansion périphérique s'avèrenttrèsdiversen termes detyped'habitat, demode de peuplement, deprocessusde pro¬

duction du bâti, de type de construction, de catégories sociales concernées. Endépit decontextesgéographiques, socioculturels etpolitiquestrèscontrastésd'unemétropoleà

l'

autre,onretrouve cependantdesprocessusd'expansion urbainesimilaires.

Dans les métropoles du Sud,

l'urbanisation informelle

des périphériesestunepratique populaireclassique, soitsousforme de lotissements clandestins ne respectant pas les règlements d'urbanisme, soit sous forme d'occupation illégale de terrains sans le consentement du propriétaire, avec auto-construction d'habitationsplusoumoinsprécaires.Sicesoccupationsillégales (invasiones enAmérique Latine, squats ou squattersettlements en Asie, campements en Afrique) se développent de manière

(10)

préférentiellesurdes terrainsdisponiblesen périphérie, souvent nonpropresàl'habitation, ellespeuvent égalementselogerdans les intersticesde l'espace urbain,

y

compris dans deszonescen¬

tralesoupéricentrales

(voir

lesexemplesde

Delhi

et

d'Abidjan).

La surburbanisation et la périurbanisation * peuvent égale¬

ment résulter

d'un

développement planifié, comme en témoi¬

gnent les lotissementspavillonnaires

(voir

parexemplel'encart1 sur Bangkok) et autres programmes résidentiels produits par le secteur capitaliste ou encadrés par le secteur public. Certains projetspeuvent êtredetrès grandeenvergure :nouveaux quartiers correspondant à des « quasi-villes satellites» à Delhi, «méga¬

projetsmétropolitains»àBangkok,« edge-cities »auCaire, etc.

Encart

1 Leslotissementspavillonnaires(muban chatsan) deBangkok (CharlesGoldblum)

Issud'unmodèleinauguré- dit-on- pourlesjeuxasiatiques,lepavillon¬

naires'est trouvéàla convergencedesidéalités résidentiellesmodernesetdela recherchedenouveauxsignes dedistinctiondelapartdescatégoriesmoyennes émergentes. À cet égard, le pavillonnaire semble moins l'expression d'une transformation effectivedesmodesdeviequecelle d'uneconciliationentre une image extérieure de modernité, la recherche d'un confort domestique et la conquêted'unstatutsocial.Leurdésignationprolonge,du reste,laréférenceà

l'habitat villageois(ban).

La suburbanisationmassivedeBangkok (carte1)souslaformede lotisse¬

mentspavillonnairesàpartirdesannées 1950 est, eneffet,indissociabledela montéeenpuissance de cesnouvellescouchescitadines- initialementconfon¬

dues, dans lesprogrammespublicsdelogementsàcrédit,aveclescatégories citadinessalariéesàressourceslimitées.

Maiscomme,plus récemment, pourleslogementsencondominium,c'est avecladiffusiondel'habitatpavillonnaire par lapromotion privée-principale¬

mentàpartirdesannées 1970- quecelui-ciprendraunevaleursignificativesur leplan du développementurbain.Lesvastesopérationsdelotissementcondui¬

rontainsiàl'aménagementdenouveauxcentres équipés, gérésparlesecteur privé;complexescommerciaux, hôpitaux,écolesrépondront alorsaux attentes de cesnouvelles catégories sociales sans recours directàl'intervention des pouvoirs publics.

Ces lotissements pavillonnaires permettent de spécifiertrois phases du développementurbain récent.

1. Selon leDictionnaire del'urbanisme et de l'aménagementde P. Merlin et F.Choay(1988, PUF, Paris),cesdeuxprocessussontainsidistingués:lasurburbani¬

sationest «ledéveloppementcontinudel'espaceautourdesvilles»tandisquelapéri- urbanisationdésigne«l'urbanisationcontinue aux frangesdesagglomérations».

(11)

Encart

1

-

Leslotissementspavillonnaires(mubanchatsan) deBangkok (CharlesGoldblum)(suite)

Entre 1970et 1975, les muban sedéveloppentdanslapériphérie est de Bangkok,àla faveurd'unevasteopérationinitialeàHuaMak (MubanSeri):

c'estvéritablementl'âged'ordupavillonnaire,avec despavillons réaliséssur de vastesterrains,lerythmedesventesatteignantdespointesde80à100unités parmois.

De 1975 aux années 1980, leslotstendentà serestreindresousledouble effetdel'inflationfoncière etdelacroissance delademande.Lasegmentation delademande,mais aussil'évolutiondesmodes devie, marquent la distance parrapportaumodèle«traditionnel»ouaristocratique:significativement,les communs destinésàla domesticitédisparaissent.Le rétrécissementdesparcel¬

les rejoint- de fait- aveccertaines formes de mitoyenneté, le principe du développementenbande descompartiments commerciaux. On assiste ainsi progressivementàundédoublementdumodèleavecla maisondeville (town- house) détachée de l'activité commerciale, offrant de nouvelles sources de valorisation foncièrepourlesterrainscentraux etpéricentrauxenclavés,àl'écart desvoiesprincipales. Les premières opérationssedéveloppentdans des zones péricentrales (soi Nana, soi Lang Suan, thanon Witthayu). Les générations suivantess'éloignerontducentreetdiminuerontencoreensurface.

Dans les années 1980, le développement pavillonnaire comme, dans la décenniesuivante,celuidescondominiumsintègre leprocessusd'urbanisation généralisée et s'imposecommeobjet spéculatif. Les lotissementspavillonnaires sontalorsmassivementproduitsdanstoutes lesdirections,se«branchant»sur lesnouveauxaxesdecirculation.

Eneffet,tandis quelecentrevilledeBangkokestgagnéparla congestion laquelle s'associentdes imagesdedégradation et dechantier permanent), l'essorde la voiture individuelle, favorisé par les travaux d'infrastructures, ouvre sur de nouveaux critères de localisation (recherche d'espace plus

«exclusif»)àlapériphérie:deslotissementssituésàunevingtainedekilomè¬

tresducentrepermettent encored'accéderauxpôlesd'activitésenmoinsd'une heure.

Ce ne seraplusguèrelecasdans les années 1990(périodedurantlaquelle lenombredevéhiculesàmoteurenregistrésatteint2,3millions,avecuntauxde croissanceannuelmoyendel'ordrede 9%) ;c'est,du reste, dans cecontextede nouvellescontraintespesantsur lesmigrationsalternantes(la vitessedecircu¬

lationaux heuresdepointeestinférieureà 10km/h),égalementàlafaveurde l'incontestable modernisationdel'imagedesespacescentraux,que lesimmeu¬

blesverticauxencopropriété (condominiums centraux)- initialementdestinés aux cadres expatriés vont connaître un réel succès auprès des catégories citadinesaisées.

Danslemêmetemps, sousl'effetdela salarisationet,aussi, desévictions, lesslums (zonesd'habitatsous-intégré)deBangkok vont connaître une relative résorption(leurs occupants,quireprésentaientlequartdelapopulationdela capitale dans les années 1970, necompteraientplusquepour 10a12%decette population).11n'en demeurepasmoinsqu'avecl'actuellecriseéconomique, le slumdeKhlongToei,leplus granddeBangkok,nesemble pas près de disparaî¬

tre.

(12)

Carte

1

-

Bangkok: expansionurbaine(1900-1990)

LCA U. Danard

(13)

La

décentralisationdesemploispeutaussiprovoqueroufavo¬

riserle desserrementdelapopulation autourdepôlesindustriels périphériques (à

Delhi,

Mumbai, Bangkok) ou de nouveaux centres tertiaires (Bangkok, LeCaire, Ciudad de Guatemala, Paris,etc.),engénéraldanslecadre de

politique

d'aménagement de

l'aire

oudelarégion métropolitaine.

La

dynamique de peuplement centrifuge est

loin d'affecter

uniquement les «pauvres » et les classes modestes repoussées vers deslocalisationstoujoursplus excentrées.Unmouvementde déconcentrationdesclasses aisées enpériphérielointaineestéga¬

lementà

l'euvre, facilité

parl'essordelavoiture

individuelle,

y compris dans les métropoles du Sud, comme le montrent les condominiumsluxueuxet trèsexcentrésauCaire,la construction de vastesensembles résidentiels de haut standing àdensité très basseàSâoPaulo, lesquartiersrésidentielsdehaut standingdans lesfranges ruralesdeDelhi.

Lemouvementde déconcentration des citadins est dans cer¬

tains cas animé parlarecherche

d'un meilleur

cadrede vieet se

traduit parun processus derurbanisation

',

illustré dans ce cha¬

pitreparlaproliférationdesdatchasdanslescampagnesetforêts alentoursdeMoscou(encart 2), laconversiondes

farm

houses au sud deDelhi, ou encore les conjuntos cerrados (ensemble rési¬

dentiels fermés)qui se

multiplient

autourdes noyaux villageois dans laSabanaaunorddeBogota. Dans les grandes métropoles depaysindustrialisés,desphénomènesd'extensionurbaineéloi¬

gnée etdiscontinue,liéeàladiffusiondel'usagede

l'automobile

etaudéveloppementde

l'habitat individuel,

ontétéaussicouram¬

ment observés2.

1. Toujours selonleDictionnairedel'urbanismeetdel'aménagement (op.cité), la rurbanisationest«le processusd'urbanisationrampantedel'espacerural,d'imbri¬

cationdesespacesruraux etdeszonesurbaniséespériphériques(...) elle s'organise autourdesnoyauxdel'habitatrural,sanscréerun nouveau tissucontinu».Elle«doit êtredistinguéedelasurburbanisation (...)et delapériurbanisation».Les auteursnotent aussiqu'enFrance«larurbanisations'estdéveloppéeàpartirdudésird'unepartiedes citadins, le plus souvent recrutésdans lesclassesmoyennes,d'uncadredevie rural.» (596-597).

2. AscherF.1995,Métapolisoul'avenirdesvilles,Paris,Éd.OdileJacob.

BieberA.,OrfeuilJ.P. 1993,op.cité.

HaumontA. 1993. Lamobilitéintra-urbaine. Rétrospective et prospective. Les Annales de la Recherche urbaine, n° 59-60,Mobilités, Paris, Plan Urbain, METT,

109-118.

(14)

Encart

2

-

Moscouetsondouble

: sur

la tracedesdatchas

(Philippe

Haeringer)

Latraditiondela datcha(résidenced'été)estancienne,maisellen'acessé

d'êtreélitisteque dansla dernière périodedel'èrecommuniste.Danslesannées 1980surtout,les«coopérativesdejardinage»sesontmultipliées, notamment sousl'égidedesentitésemployeuses(industrie,administration...).C'estdans cecadre que denombreusesdatchass'édifièrentpeuàpeu,enauto-construction, et queleconceptsepopularisa,d'abord modestement inspiré parl'architecture enboisdesisbas paysannes,puisaffirmantsonpropre style. Dans les années 1990l'engouements'amplifia,démultiplié parlesnouvellespossibilitésoffer¬

tespar laconstitutiond'un marchéfoncier,puisd'unmarchéimmobilier. Le conceptdecottages'estsuperposéàceluidedatcha, tandisquelesdatchaselles- mêmess'équipaient progressivement pour«passerl'hiver». Secôtoientà pré¬

sent, auplus profonddesforêtsou en rasecampagne, lesopérationslesplus variées(du «castor»dudimancheàlapromotionprofessionnelle),générale¬

mentgroupéesparpetitspaquetsoudoublantlesvillages.

Malgrébiendesinterrogations surla poursuitede ceboomimmobilier au moinsdanssaversionla plusspéculative-, lamassedéjà acquise,quidonneà lacampagne(etàlaforêt)moscovitel'allure d'unepeau deléopard,s'impose commeun élément majeur dela prospective urbaine. Si les démonstrations somptuairesrenvoient aunecouche depopulation probablementappeléeàrester minoritaire,oncroitsavoirque, déjà en 1994, près de 22 % des ménagesmos¬

covites possédaientunedatcha. Comptetenu despratiqueset des usages,c'est sansdoutedeuxoutroisfoisplusde gensqui,dansle cadre delafamilleélargie, ontaccèsàunedatcha ouàun cottage. Dèslors, onnepeutexclurel'hypothèse d'undédoublementdeMoscou:àlaville collectivisterépondrait,àterme,un Moscouindividualiste,uneimagerenversée.

Ilestencoretroptôt poursavoirsiMoscouetsondouble resteront surun fonctionnement saisonnier (comme latraditionle veut),ousi deschoixdurables seferont pourl'uneoul'autrerésidence(commel'équipementd'hiverlesug¬

gère), ou encore si les Moscovites s'installerontdans un système souple de doublerésidence.Pourl'instant, raressontceuxquiabandonnent(etvendent) leurappartementdela ville. Mais lesroutesdela périphérie moscovite sont parmilesrareschosesquis'améliorent rapidement.L'avenirestouvert.

Vu de haut (d'avion, par exemple), Moscou prépare deux mutations:

l'expériencedel'habitat individueldansunepériphérie extensibleàsouhait,et uneexpérienceparallèlededensificationdutissu interne. Onconstruitde nou¬

veauximmeublesdans lescoursdesanciens.Peut-êtrerésoudra-t-on ainsiune partiedesproblèmesdegestion.Mais, derrièrela densification et lamodernisa¬

tionsecachelasubstitution(desimmeubles)etl'éviction(deshabitants),etpas seulementdansle centre historique.La générationdes«5étages»est particu¬

lièrement menacée, leur démolition laissant entrevoir les meilleures plus- values,surtoutdansles secteursdelavillelesplus convoitésetquipourraient fairel'objet d'unphénomènedegentrification.

Vud'enbas(danslec desgens,par exemple),onvoitsedessiner une pratiquerésidentielle finalementtrès originale. Contrairementaux résidences secondaires des Parisiens,lesdatchas des Moscovitessont situées dansleur environnement proche, ellessontdescomposantesdeleurvie citadinejusqu'à assurer,souvent,unepartiedeleur survieparlesfruitsetlégumes(les pommes deterresurtout!)qu'ellesleurprocurent.

(15)

Encart

2

-

Moscou etsondouble :sur

la

tracedesdatchas

(Philippe

Haeringer) (suite)

Mi-sérieusement, on peut faire étatd'un troisièmepointd'appuidans la ville:les« garages».Ilexisteeneffet,aupiedou auloindesimmeubles barres, danstoutel'étenduedelavilledeMoscou,uneautre sorte deville-bis faitede petitesbaraques,qui sontenprincipedesgarages.Beaucouple sonteneffet,au point d'épouser la formedesvoitures, commedestroussesàsavonnettes.Mais

des centaines demilliers d'autres, avecleurspetits toits pointus, etdontles alignementset les ruesfontpenseràdesvillages, ontdavantageou exclusive¬

mentun rôled'annexétechnique,d'atelier, deremise l'on vientbricoler.

Mieux,ilarriveparfois que, certainssoirs,ellessoientlesiègedepetites fêtes intimes. Plusprèsencore quelesdatchas,ellesprocurent unepetitedose de liberté.

Lorsque la périurbanisation se traduit par

l'absorption

de noyaux villageois dans le périmètre urbain, ce processus peut engendrer de très fortes discontinuités dans

l'organisation

spa¬

tiale et le bâti urbain, exemplifié par le cas de Delhi.

D'une

manière plus générale, le développement

multiforme

des zones périphériquesd'une mêmemétropoleestproducteurde segmen¬

tations spatialeset defortscontrastesdansle paysageurbain.

2.2.

La tendance

està

desserrer

les

centres,

mais

sans

renverser

le

modèle centre-périphérie

Un premier examen des densités globales révèle de fortes inégalités d'une métropoleà l'autre: 3 600 hab/km2 pour

l'aire

métropolitainedeBangkok(5,6

millions)

et1 200 hab/km2pour la Région Métropolitaine de Bangkok (9

millions

d'habitants),

3600àParis(agglomérationurbaine :9,3

millions),

7 300àSan¬

tiago du

Chili

(4,7

millions),

9 700à Sâo Paulo (16,5

millions),

15000 à Bogota (5,5 millions), 13 500 à

Delhi

(agglomération urbaine :8,4

millions),

34000auCaire(RégionduGrandCaire : 1 1

millions).

Lacomparaisonetlecommentairedetellesinégali¬

tésdesdensitésglobales sonttoutefoistrèsdélicatsdanslamesure où lesaires deréférencenesontpaséquivalentes:agglomération urbaine,airemétropolitaine, régionmétropolitaineselon lescas, lepassage

d'un territoire

deréférenceau territoirede rang supé¬

rieur qui l'englobe pouvant, pour une même

ville, diviser

les densitéspartrois

(voir

l'exempledeBangkok).

(16)

Ceschiffresmasquentévidemmentde trèsfortesvariationsau sein de chaque espace métropolitain. Comme le montrent les exemples du Caire etdeDelhi,lesdensitésglobalesdemétropo¬

lestrès étenduescontrastentfortementaveclesdensités résiden¬

tielles relevées dans les centres historiques, et permettent de mesurer

l'

écartdesmodèlesd' urbanisationmoderne,étalée, avec les modèles de villes traditionnelles beaucoup plus compactes.

Ainsi,

les densités de populations'élèvent à740 hab/ha dans la

vieille ville fortifiée

de Delhi (qui s'étend sur environ 600 hec¬

tares), contre 135 hab/ha dans l'ensemble de l'agglomération (carte7) ;au Caireoncompte 979 hab/hadansundesquartiersde la

ville

médiévale(carte 9), contre340 hab/hapour l'ensemblede

la

régionduGrandCaire.

Dans les métropoles du Sud, des statistiques de population localisées, suffisamment fines et fiables, ne sont pas toujours disponibles(ou accessibles aux chercheurs)pour

pouvoir

testerla

validité

du modèle de gradient des densités selon une courbe décroissante avec ladistance aucentre. Un tel modèle apu être misenévidence dans desmétropoles duNord(Paris)commedu Sud

(Delhi

par exemple :carte7), maisd'autres casrévèlentdes

irrégularités. Si les matériaux statistiques présentés dans cet ouvrage ne permettentpasde testsystématique,larichesse etle détail des études de cas illustrent bien le caractère multidimen- sionnel des dynamiques de peuplement et des redistributions internesdepopulationauseindesespacesmétropolitains,qui se

traduisentpardesschémascomplexes derépartitiondesdensités.

À

Bogota,lacartedesdensités(carte4)est«bienéloignée du modèleconcentriqueclassiquedanslesmétropolesduNord»,on assiste aussi à une «densification rapide de certains espaces péricentraux». La formation

d'un

cratèrecentraldanslasurface desdensités,quireprésenteuneanomalierécurrenteaumodèlede densités décroissantesàpartirducentre,estdémontréedanslecas deSantiago du

Chili,

oùlesdensitésmaximalessont relevéesdans lepéricentre.

A

Moscou,le«cratère »

s'élargit jusqu'au

premier anneau defaubourgs construitsdegrands ensemblesimmobiliers

collectifs,

plus densément peuplés.

Le dépeuplementdescentres estattesté dans de nombreuses métropoles: àMontréal,enAmérique Latine (Bogota, Santiago du

Chili,

Ciudad de Guatemala, Quito, Sâo Paulo), en Europe (Paris, Strasbourg, Moscou), en Asie

(Delhi

: carte 6; Ban¬

gkok...),

auCaire(carte

9)...

Cetteperte depopulationsignifie

(17)

très rarement un dépérissement des quartiers centraux. En ten¬

dance,elleexprime

plutôt

un surcroîtdevalorisationdufoncieret de

l'immobilier

deslocalisationscentralesquisontaccaparéespar lasurenchèred'activités, souventdetype tertiaire,sousformede bureaux,installésdanslesancienslogements oudans desimmeu¬

blesnouvellement construits(voir, entreautres, lesexemples de Moscou, Le Caire, Bangkok). La plupart des centres des

villes

multimillionnaires se sont ainsi dotés

d'un

quartier de grands immeubles modernes, souvent élevés, qui constituentsinon une skyline à l'image des

villes

états-uniennes, du moins un, voire plusieurs, centralbusinessdistrict. Toutefois, leregaind'activi¬

tés dans les quartiers centraux ne correspond pas toujours à un processus demodernisationàl'occidentale :danscertaines

villes

duSud

la

proliférationdescommerces et ateliers peut perpétuer unmodèledebazartraditionnel etd'usagemixtedu sol (dansla

vieille ville

deDelhi), ou correspondre àunecommercialisation populaire(àCiudaddeGuatemala,alors quelesactivitéstertiaires

sedéplacent du centre vers lesud).

Momentanément,

la

diminution de population des centres peut aussi traduire la déshérence de quartiers mal entretenus, d'abordoccupéspardespopulations pauvres(immigrésrécents) ourécupérés pardes squatters puis promis àla démolition. Des processus detaudification et paupérisationont ainsi marquéles centres historiques de Bogota, Quito, Santiago du

Chili,

Sâo Paulo, LeCaire,

Delhi...

mais ont, dans la plupart des cas, été suivis d'un processus de rénovation/réhabilitation. La transfor¬

mationde ces «zones de transition », en positions centrales ou péricentrales,excèderarementuneàdeux décenniesdanslaplu¬

part des villes; achevée dans les métropoles du Nord, elle est encoreencours,parfois àpeineamorcée,danscellesdu Sud.

Cesontlesbanlieuesprochespuispluslointaines quibénéfi¬

cient du desserrement du centre. Les exemples sont très nom¬

breux: ceprocessusestconfirmédanslaplupartdes métropoles présentées, et certaines de ces modalités ont déjà été illustrées dans la section précédente, d'autres seront développées dans la suivante. Dans certaines villes où l'espacedisponible est

limité

parlescontraintes du site,lesespacespéricentrauxsedensifient:

ce

fut

le cas, à Mumbai, de la

ville

insulaire

jusqu'aux

années

1970; à Bogota on assiste à une redensification accélérée de certainsespacespéricentraux.

À

Santiago,larénovationducentre

setraduitparunenouvelle densification,du

fait

delaconstruction

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