R. G UITART
Introduction à l’analyse algébrique. II. Algèbres figuratives et esquisses
Mathématiques et sciences humaines, tome 97 (1987), p. 19-45
<http://www.numdam.org/item?id=MSH_1987__97__19_0>
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INTRODUCTION A L’ANALYSE
ALGEBRIQUE.
II. ALGEBRES FIGURATIVES ETESQUISSES*
R.
GUITART**
0. AVERTISSEMENT
Bien sûr on sait que la théorie des
catégories
fournit des méthodesgénéra-
les destinées à trouver les "bons" concepts, et si ces méthodes peuvent être utiles à des
publics
variés parelles-mêmes,
cela ne peut être décidé aprio- ri ;
enparticulier
del’excellence
de ces méthodes pour lesdéveloppements catégoriques eux-mêmes,
on ne peut déduire leurpertinence
ailleurs. Plus quel’habillage systématique
desproblèmes
en termes de structures monoida-les, catégories
enrichies ou topos, théorie desrelations,
des carrés exactset des univers
algébriques (sur
ces dernierspoints je
renvoie le lecteur in-téressé à mon article
"Qu’est-ce
que lalogique
dans unecatégorie?",
CahiersGéo.
Diff, 1982), je
crois que la mise en oeuvre intensive de la combi- natoire de base descatégories (à
savoir la méthodediagrammatique) peut
ap-porter plus
dans unpremier
temps aux autresalgébristes.
Ainsi sur la basede l’étude à la main de
problèmes réels,
une collaboration entrecatégori- ciens,
informaticiens etlinguistes
serait très souhaitable. C’est dans cetteperspective
quej’ai
trouvéplus adapté
d’aborder dans cesjournées
cette
question
desesquisses
et desalgèbres figuratives,
et quej’ai
choiside le faire très élémentairement.
1. BUT
On sait les avantages
respectifs
pour notrecompréhension
del’espace
de la* Conférence aux Journées ATALA AFCET "Arbres en
linguistique :
un modèleinformatique",
26 et 27 novembre1981,
Paris. Cette conférence a aussi été donnée àHagen
et àBremen,
les 30 novembre et 1er décembre1981,
etau Séminaire de
Catégories
à Paris7,
en novembre 1981.** Université de Paris 7.
(Manuscrit
reçu enjuin 1986).
géométrie synthétique (où
l’on raisonnegéométriquement)
et de lagéométrie analytique (où
l’on calculesystématiquement). A
cesujet
Leibnizécrivait
à
Huygens
enseptembre
1679(cité
par J.C. Pont dans : LaTopologie algébri-
que des
origines
àPoincaré) : "Mais après
tous lesprogrès
quej’ai
faits ences
matières, je
ne suis pas encore content del’algèbre,
en cequ’elle
nedonne ni les
plus
courtesvoies,
ni lesplus
belles constructions degéomé- trie ;
c’estpourquoi, lorsqu’il s’agit
decela, je
croisqu’il
nous faut enco-re une autre
analyse
proprementgéométrique
oulinéaire, qui
nousexprime
directement
situm,
commel’algèbre exprime magnitudinem.
Etje
croisd’en
voir le moyen, et
qu’on pourrait représenter
desfigures
et mêmes des machi-nes et mouvements en
caractères,
commel’algèbre représente
les nombres ougrandeurs :
etje
vous envoie un essaiqui
meparaît considérable".
Plusieurs auteurs, dont Gauss et
Lebesgue,
ont discuté du sens de cettelettre,
et Grassmann yprit
lepoint
dedépart
de sonalgèbre
des sous-espa-ces.
Je voudrais retenir de ce texte les deux idées suivantes :
1°)
Leprojet
d’un calculgénéral
despositions,
descontacts,
des relationsd’incidences
et des mouvements.2°)
Laconception "platonicienne"
de tenter de travailler directement sur lesidées
oufigures,
avant toute réductionquantitative.
De manière semblable à ce que Leibniz
suggérait
pour lagéométrie seule,
il semble
aujourd’hui possible
dedévelopper
pour la théoriegénérale
des mo-dèles à la fois une méthode
analytique
vraimentsystématique
et une méthodesynthétique
vraiment naturelle. Je vais proposer dans cette conférence auxauditeurs
d’examiner d’une
part lesesquisses qui
sont une méthodeanalytique probablement fondamentale,
etd’autre
part lesalgèbres figuratives qui
cons-tituent une
approche synthétique
apte à saisir naturellement les situations concrètes lesplus
variées. Le résultat de base est alors que lesdeux points
de vue
des esquisses
etdes algèbres figuratives
sontéquivalents.
Il en ré-sulte que dans
l’étude
d’unproblème
concïet, on pourra mettre enplace
lesidées et les intuitions
premières
par la méthode desalgèbres figuratives,
etensuite le calcul d’un
esquisse
associée fournira un outil de contrôle du mo-dèle inventé et de ce que l’on peut
espérer
y démontrer.La conférence sera donc divisée en deux
parties :
dans la
première partie j’exposerai
cequ’est
unefiguration et en
don-nerai de nombreux
exemples,
"à lamain",
par depetits dessins,
et dans la seconde
partie je
montrerai quel’analyse
d’unefiguration
en terme de
propriétés
universelles -analyse qui apparaît
naturellement dès que l’on veutqualifier
lagéométrie (i.e.
les contacts et lesdéformations)
de la
figuration
-, permet, par les résultatsgénéraux
de la théorie des es-quisses
enparticulier,
d’obtenir effectivement des informations sur la théo- riefigurée;
le résultattypique
ici est le théorème d’existence depetits diagrammes
localement libres deGuitart-Lair,
dontje
donne en conclusionl’énoncé et le
principe
de démonstration.2. ALGEBRES FIGURATIVES
Dans la
pratique (et
enparticulier ci-après
dans lesexemples),
lesfigura-
tions seront
toujours
décrites par desparties "génératrices"
ou"grammaires",
et de même les
esquisses
seronttoujours
décrites par dessystèmes générateurs.
En fait le
point
dedépart
de tout théorème fin seratoujours
lapossibilité
de construire une
grammaire
ou ungénérateur d’esquisse
d’une forme bienspé-
ciale. Cela étant
souligné
une fois pour toutes, on gagnera ici du temDs endéfinissant directement ce
au’une grammaire engendre,
à savoir unefiguration.
DEFINITION 1. Une
figuration
est constituée d’unecatégorie S (de supports), d’une catégorie F (de figures),
d’un foncteur D :FOPX S
~ENS(dessins),
d’unecatégorie C
et c’ un foncteurinjectif
etbijectif
sur lesobjets
L :(compositions),
d’unecatégorie
0 et d’un foncteur in-jectif
etbijectif
sur lesobjets
M : S 2013~-0(orientations).
Si est une
figuration,
uneT-algèbre
est un où S est un
objet
de S et où lÀ :Cop
-ENS est unfoncteur tel que
LoP
La
T-algèbre (S,~ )
est donc déterminée par la donnée pourchaque composi-
tion c : B --~ A
(morphisme
dans C de lafigure
B vers lafigure A)
del’action de c sur les dessins : -.
En
échangeant
les rôles de F et S(et
de C et0)
on définirait de mêmeles
T-co-algèbres.
- un dessin d
D(F,S)
estsymbolise
par une flèche d : F -S
- les dessins sont
composés
defigures
tracées sur dessupports
Compositions Figures
Dessins
Supports
Orientations
Les
morphismes
de F sont considérés comme des substitutionspermises,
etles
morphismes
de Cqui
ne sont pas dansL(F)
sont considérés comme lescompositions
ouopérations effectives
de lathéorie,
dont l’action sur lesdessins n’est pas
automatiquement donnée;
lesmorphismes
de S sont consi-dérés comme des
déformations permises,
et lesmorphismes
de 0qui
ne sontpas dans
M(S)
sont considérés comme les orientations ouco-opérations ef- fectives
de lathéorie,
dont l’action sur les dessins n’est pasautomatique-
ment donnée. Une
figuration
est donc enquelque
sorte undialogue
matérialisé par des dessins entre desespaces-figures
et desespaces-supports.
Ce dialo-gue
engendre
une dualité entre lesT-algèbres
et lesT-co-algèbres,
queje
n’étudierai pas dans cette
conférence,
maisqui
est cruciale. Pour cette foisje
laisserai de côté cepoint
de vue"symétrique",
et, oubliant les orienta- tions et lesco-algèbres, je
meplacerai
dupoint
de vue où les supports sont considérés comme donnéeprimitive,
avec S = 0 .Toutefois,
le travail si- multané avec C et 0(compositions
etorientations)
est effectivement si-gnificatif,
parexemple
si l’on veutdévelopper
la théorie despuzzles
entermes de
figurations (comme je
lesuggère
au§4).
Les
figurations englobent
en un seulpoint
de vuel’approche
par les monades(et
lesco-monades)
etl’approche
par les théories. Deplus
la liber-té laissée pour D permet de
dépasser
les théoriesalgébriques,
etd’expri-
mer toutes les théories usuelles.
3. EXEMPLES
Exemple
1.D(n,E) = En
B 2013-20132013~ théories
algébriques
dans ENSExemple
2. Commel’exemple 1, excepté
que ENS estremplacée
par Ab(caté- gorie
des groupesabéliens)
et que l’on choisitD(n,G) =
G9n .
---théoriesdes
algèbres (au
sens de ce mot enalgèbre commutative).
Les
exemples
1 et 2 segénéralisent
aisément pour obtenir d’une part les théoriesalgébriques
dans unecatégorie
àproduits,
et d’autre part les théo- riesalgébriques
dans unecatégorie
monoidale.Exemple
3. On modifiel’exemple
1 enremplaçant
lesD(n,E)
par : théoriesalg. partielles.
théories
alg.
relationnelles.théories
alg.
floues.En
général,
partant d’unefiguration arbitraire,
on en obtient de nouvellesen modifiant D
grâce
à un foncteur M : ENS -ENS enprenant
D’ (F, S) - M(D (F, S) ) .
On peut aussi modifier D
grâce
à un foncteur A : F - - F ougrâce
à unfoncteur
B : S
-S en rpenantExemple
4. Onprend S = GRAPHES,
onprend pour F
lasous-catégorie de S
engendrée
par lesgraphes
etmorphismes
utilisésci-après, et
onprend D(F,S) = HomS(F,S)
On retient les
équations :
.
catégories,
commealgèbres
sur lesgraphes.
Exemple
5. On peut de même obtenir :---~ les
multicatégories,
commealgèbres
sur les arbres.---les
2-catégories,
commealgèbres
sur lesdigraphes.
--- - les
catégories doubles,
commealgèbres
sur lesgraphes
doubles.---~ les
catégories 3-aires,
commealgèbres
sur lesgraphes
3-aires.Voici par
exemple
lafiguration
de lacomposition
ternaire d’une ca-tégorie 3-aire,
"dessinée" dans lacatégorie
desgraphes
3-aires(prise
donccomme
catégorie
de supports 20132013S ,
et avec D =Hom ) :
SRemarque :
tous cesexemples
peuvent être traités d’un coup en prenant commecatégorie
de supports lacatégorie
des ensemblessimpliciaux ENS~
ou aussila
catégories
descomplexes cubiques ENS
En fait dansles algèbres figu- ratives,
un fait que l’on retrouvesystématiquement
est que lesfigures
etles
supports
"sont" des"espaces".
Enparticulier
S pourra êtreENS ,
tL ....
T
r
ENS
, mais aussiTOP , Métriques , Affines , Variétés,
etc. Il est mêmepossible, ultimement,
de considérer F et S commesous-catégories
de lacatégorie ESQ
desesquisses (voir
la définition desesquisses plus loin),
mais cette
façon
de faire ne sera pasexposée
ici.Exemple
6. Onprend S =
CAT et on obtient commealgèbres
les diverses struc-tures
supplémentaires
sur lescatégories
e.g.--- - catégories monoidales, catégories
àlimites,
topos,catégories
abé-liennes,
etc.Voici par
exemple
lafiguration
descatégories
à I-limitesprojectai-
ves : F
est unesous-catégorie
deCAT , S = CAT ,
D =Hom CAT
«Exemple
7.D(A,X) = Hotop (A,X) D(B,X) = Hotop (B,X)
--- - Espaces 1-connexes,
commealgèbres
sur les espacestopologiques.
Exemple
8. Onprend
pourcatégorie
des supports lacatégorie
des espaces af- fineseuclidiens, S = Aff.Euc. ,
onprend
pour C unesous-catégorie
de lacatégorie Métriques
ayant pourobjets
lesfigures géométriques
de lagéomé-
trie élémentaire
(i.e.
lespoints,
lescercles,
lestriangles rectangles,
lesparaboles, etc.)
et ayant pourmorphismes
les constructionsgéométriques
usuelles
(e.g.
constructions de tangentes, demédiatrices, etc.)
---~ Géométrie euclidienne.
On sait
depuis
Klein que l’activitégéométrique
doit être vue dans le *cadre des actions et
représentations
de groupes. Unegéométrie
élémentaireest constituée de :
On étend à une
géométrie
élémentaire g =(K,E,G,a)
cequi
est montréci-dessus dans le cas de la
géométrie
affine euclidienne. Voici comment :J’appellerai type
defigure
un foncteur arbitraire F : K-ENS ,
et une
figure
detype
F dans g sera un élément deF(E) . Puisque
F estun
foncteur,
il induit unhomomorphisme AutKE -Aut ENS (F(E)) , qui composé
avec a détermine une action de G sur
F(E) , notée a ;
F lagéométrie
élémentaire
g = (ENS,F(E),G,aF)
est unprolongement
de g à F . L’étudegéométrique
de g consiste alors en la recherche desapplications
G-cova-riantes entre les divers
prolongements
de g(puis
entre lesrestrictions,
les
prolongements
desrestrictions, etc.).
Leprincipe
de la recherche des covariants conduit à découvrir toutes les notionsgéométriques pertinentes
pour g ; les covariants "sont" les constructions
géométriques (comme
ci-dessus les constructions des médiatrices ou des
tangentes).
Si l’on considère ainsi lesgéométries linéaire, spéciale-linéaire, affine, projective,
on voitapparaître
parexemple
les notions dedroite, orientation, milieu,
centre degravité,
rapport,birapport,
etc..La
figuration envisagée
est donc constituée desfigures
et des cova-riants entre ces
figures -
ceci pourC , de S = K,
et de D défini parD(F),S) = F(S) .
Exemple
9.S = une
catégorie d’appli-
cations affines entre des
plans
affines.--- calcul des
points
àl’infini.
Exemple
10.Plus
généralement
on obtiendrait ainsi la théorie deséquations,
lathéorie des corps
algébriquement clos,
etc..Exemple
11.S = une
catégorie
de varié---- calcul infinitésimal à la Elie Cartan tés différentiables.
Si on lit Cartan à la lettre on peut observer
qu’il développe
tout soncalcul d’une
façon axiomatique,
~ sansjamais
utiliser de l’idée d’infinitési- mal autre chose que les deux axiomes suivants : 1. Les infinitésimaux dans Vsont les "contacts". 2. toute
ligne
dans V s’obtient en mettant bout à boutses morceaux infinitésimaux.
Exemple
12.On considère pour terminer
un
exemple plus
concret :on
prend pour F
l’ensembledes "idées de dessins" ci- contre,
pour S
la caté-gorie
des divers supportsplans
où l’on peutdessiner,
et onprend
pour dessins
précisément
les réalisations de ces idées sur ces supports.
4. PUZZLES .
Il a été
évoqué
hier leproblème
de la formalisation dans leslangages
for-mels du
phénomène,
évident dans leslangues naturelles,
suivantlequel
lesphrases
sont limitées enlongueur,
defaçon imprécisée.
Unepossibilité
detraitement de cet aspect est de considérer
qu’il
y a desfigures
dudiscours, formelles,
et que lesphrases
réelles sont des réalisations ou dessins de cesfigures
sur des supports limités en étendue(ces
supportsjouant
le rôle derécepteurs
dudiscours).
Autrementdit, je
proposed’utiliser
lesalgèbres figuratives
pour cettequestion;
ils’agit
alors pour déterminer lesphrases
valides d’un
problème
depuzzle.
Voici unexemple
pour fixer lesidées,
quej’emprunte
à Joni etRota(Coalgebras
andBialgebras
inCombinatorics,
Studiesin
App. Math., 197q).
figures support
Le
problème
est deplacer
sur le support un ouplusieurs exemplaires
destrois
figures
constituantl’alphabet,
afin de constituer un "mot" 2-dimension-nel,
comme parexemple :
Alors,
comme on fait entopologie
combinatoire avec lescomplexes cellulaires,
on introduit le A-module libre
engendré
parl’ensemble
de tous les mots(
Aétant un anneau de coefficients
choisi),
que l’on note M . Au niveau deM ,
les relations d’incidences entre les constituants d’un mot sont contenuesdans une loi de
co-algèbre
associant à tout m la
quantité
où
1 ~ * * * ~ n
est la liste de tous les
couples
de mots(xi,yi)
telsque
x. 1
ety. 1
soientdisjoints
etd’union
m . Parexemple
on aEn réalité ce
type d’approche peut
sedévelopper
pour desalgèbres figuratives
absolumentquelconques,
une foiscompris
comment les contactsentre
figures s’expriment
engénéral.
5. CONTACTS ET COMPLEXITE DES FIGURES
En fait dans une
figuration donnée,
unecomposition
c : B - A serainterprétée
comme un COLLAGE ou comme un DECOUPAGE defigures,
suivant que Aou B est
présentée
comme une concaténation defigures réputées plus
élémen-taires.
DEFINITION 2. On
appelle diagramme
defigures
un foncteur B : I ---~ Fd’une
catégorie I
dans lacatégorie
F(des figures
etsubstitutions),
et une
figure
F est dite concaténée d’undiagramme
B suivant b siest un cône inductif tel que, pour tout
S ,
on ait
On écrit alors F comme un mot : F = constitué des bouts
i 1 "
B. , arrangés
suivant lacatégorie
d’incidenceI .
1
La condition de concaténation
exprime
que pour dessiner F sur unsupport S il faut en dessiner les divers bouts et bien les
disposer
entreeux. Dans les
exemples
defigurations
donnés au§3,
on peut observer ainsi desfigures complexes analysées
par recollement de leurs bouts. En fait on peuttoujours
concevoir lediagramme
d’incidence suivant unedisposition
du type suivant :Autrement
dit,
la condition(C)
est une "condition de faisceau" : si X est un espacetopologique,
soit Ouv X lacatégorie
ayant pour ob-jets
les ouverts de X et ayant pourmorphismes
les inclusions entre ces ouverts(cette catégorie
est donc en fait lacatégorie
associéecanonique-
ment à un
ordre);
un faisceau sur X est un foncteurtel que, pour toute famille
(Ui)iEI d’ouverts,
on aitla condition "de continuité"
avec
La condition
(C) exprime
que tous les foncteursD(-,S) : Fu p
----= ENSsont des faisceaux.
Usuellement,
on pense à un faisceau comme à un concept, et alors con-dition de
faisceau exprime
que ceconcept
est local(ainsi
le f aisceau desfonctions continues à valeurs dans R ,
C~ (- R)
est effectivement un fais-ceau parce que la continuité est une
propriété locale).
Ici,
on pense donc la condition de faisceau d’unefaçon
un peu diffé-rente, à savoir comme
l’expression
de Za réalisation de contacts dans la construction d’unefigure.
Autrementdit,
on écrira une condition de faisceauchaque
fois que dans unefigure
on discernera ses composantes et leurs con- tacts, comme parexemple
dans lesfigures
utilisées au §3 :Bien entendu la dissection de la
figure
sera enpratique guidée
par le rôle que lafigure
doitremplir;
parexemple
on pourra voir un cercle commeconcaténation de segments et de
points
de diversesfaçons :
Il ne faut pas
perdre
de vuequ’ici
les dessins et donc aussi les supportsjouent
un rôle clé :ainsi,
suivant que les supports sont desplans
ou desespaces à trois
dimensions,
la concaténation destriangles
décrit lespoly-
gones ou les
polyèdres.
Supposons
maintenant fixée une classe -e emF. defigures "élémentaires",
et une classe INC de
"catégories
d’incidences".Quelles
sont lesfigures
que l’on peut obtenir par concaténations dediagrammes
B : -I - F
- e emélem avecI
E INC ?L’analyse
desfigures
de cepoint
de vue estl’analyse
de lacomplexité
desfigures.
6. APPROXIMATION DES FIGURES
Dans la
pratique,
unefigure
F n’estjamais
réalisée idéalementquand
onla
dessine,
et tout essai pour dessiner cettefigure produit
en fait idéale-ment une autre
figure F. ,
voisine de F . Ce fait peuts’exprimer, d’après
1-
la définition même des limites inductives
d’ensembles,
par la loi dedéfor-
mation.
Sans introduire de
quantités
externes(comme
des nombres mesurant le flou d’un dessin ou sa distance à un modèleidéal) -
cequi
serait une autrevoie que
je
ne veux pasdévelopper aujourd’hui,
voilà comment, avec cetteapproche
desdéformations,
on peut décrire un calculd’approximations.
Considérons la
séquence
suivanteUne
ligne (=
réalisation deF0)
atoujours
uneépaisseur,
i.e. est en faitréalisation d’un ruban
F ,
et on connait laligne
idéal si on réalise unesuite de rubans de
plus
enplus
fins réalisant une suite extraite infinie dela suite des Une telle loi
d’approximation
s’écrira engénéral
ainsi :-
D(F.,S).
D’unefaçon systématique
les conditionsd’ap-
J
J
final dansI
proximation
serontexprimées
par des limites mixtes ou ultralimites(par exemple
par desultraproduits) :
7. INTUITIONS VOISINES
Le
point
leplus original
des théoriesfigurées
est que lesfigures
sont sor-ties de la
catégorie
dessupports,
cequi
donne uneplus grande souplesse
pour modéliser les
problèmes concrets,
car on peutjouer
sur la dualité oudialectique (entre
les supports et lesfigures)
établie par les dessins. Les dessins sont les faitsexpérimentaux bruts,
et il nous estpossible
de faireglisser
dans lacatégorie
des supports ou au contraire dans lacatégorie
desfigures
les structures que l’on peut observer sur ces faits. Je me propose dedévelopper systématiquement
dans unprochain exposé
l’étude de ces dialecti- ques étroitement liées aux carrés exacts, mais pour le momentje
continuerai à voir les choses defaçon dissymétrique,
en meplaçant
apriori
dupoint
devue des supports comme données
premières,
de sorte que la théorie est unethéorie
figurative
sur les supports.J’ai
présenté
lesalgèbres figuratives
avec un vocabulaire"géométri- que",
mais il estsouhaitable,
pour soutenir l’intuitionphilosophique,
designaler
d’autresimageries
mentales enlesquelles l’imagerie géométrique
peut se
métamorphoser.
En voici trois :a) F
est constituée de"formes, S
est constituée de"substrats",
et lesdessins sont les
"phénomènes"
ousingularités
créées dans les substrats par les formes.b)
Lesmorphismes
deF
sont les lois d’une théoriescientifique,
les des-sins sont les états sur
lesquels
ces loisagissent.
c)
Les dessins sont dessymboles,
des indices ou des icônes(bref
dessignes
au sens de
Peirce)
liés à desidées,
de sorteque F
est le monde desidées, S
est le monde desobjets réels,
et les dessins sont les ombres ourepré-
sentations déformées des idées dans la réalité
( =
lemythe
de la caverne dePlaton).
8. LES FIGURES PARADOXALES
Aux
paragraphes
6 et7, j’ai
montré comment les contacts et lesapproxima-
tions
(ou "mouvements")
desfigures
sontsusceptibles
d’être calculés en ter-mes de limites
projectives
et de limites inductives. Nous allons maintenant voir le rôle des limites inductives d’un autrepoint
de vue, en ne travail-lant
plus
seulement dans le monde desidées F ,
et en tentant d’éluciderl’impact
des idées dans la réalité. L’idée deparadoxe
vise le rapport entreune idée et sa réalité
(et
l’idée de monstre vise le rapport entre unobjet
réel et sa
conception).
Vial’imagerie
de Platon on peut donner une défini- tionprécise,
dans unefiguration.
DEFINITION 3. Une
figure
F est diteparadoxale
si on ne peut pas larepré-
senter par un
objet
réel(i.e.
unsupport)
c’est-à-dire si le foncteurD(F, - ) : S
ENS n’est pasreprésentable,
c’est-à-dire s’iln’est
pas
possible
de trouver unobjet
rep Fde S
tel que pour tous les S deS
on ait naturellementD(F, S) = HOMS (rep F, S) . (Un objet
réel est un montres’il est inconcevable c’est-à-dire si le foncteur
D(-,S) : F°p ENS
n’estpas
représentable,
c’est-à-dire s’il n’est paspossible
de trouver une idéeid S élément de F telle que, pour tous les F de F on ait naturellement
D(F,S) = HOMF (F, idS) ) .
Dans les
exemples
du §3 onrepère
aisément lesfigures paradoxales :
ex.l : pas de
paradoxe.;
ex.2 & 3 : toutes lesfigures
sont desparadoxes ; ex.4,
5 & 6 : pas deparadoxe ;
ex.7 : toutes lesfigures
sont desparadoxes ;
ex.8 : toutes les
figures
"non-affines" sont desparadoxes;
ex.9 : °° et oo0sont des
paradoxes;
ex. 10 =1
est unefigure paradoxale;
ex,Il : le seg- ment infinitésimal/
est unefigure paradoxale.
Une
figuration
est ditealgébrique sur S
si elle ne comporte pas deparadoxe .
Cette notiond’algébricité
est bien la notion usuelle(i.e.
ditque la
catégorie
desT-algèbres
estalgébrique
surS);
néanmoins unefigura-
tion
quelconque
décrit des actions sur des dessins et deséquations
entre cesactions,
et peut donc être considérée commealgébrique généralisée
i.e.opé-
ratoire. Mais sous cette forme
opératoire
on obtientbeaucoup plus
que les théoriesalgébriques
surS ,
parexemple
les théories du 1er ordre. Si dansune
catégorie quelconque S
on convientd’appeler
éZément d’unobjet
X d’arité Z unmorphisme
x : Z - Xde S ,
alors lesfigurations
al-gébriques sur S
sont lesfigurations
dont lesalgèbres
sont décrites par des actions sur les éléments oupoints
dusupport,
et deséquations
entre cesactions.
Si une
figuration
n’est pasalgébrique,
c’est parce que la "réalité"S
est troppetite
pour que les dessins de la théoriepuissent
être décritscomme des
points,
et les limites de cetteréalité
sontdésignées
par les pa- radoxes i.e. par lesfigures qui
ne peuvent êtreanalysées
dupoint
de vue deS
que comme dessystèmes quantifiés
depoints (e.g.
par une formule du 1erordre).
La dissolution desparadoxes,
autrement dit lelissage
de laréalité, c’est-à-dire l’élimination
desquantifications,
consiste àélargir
S en une-
-
catégorie S
où toutes lesfigures
deviennentreprésentables.
Cela est tou-jours possible,
en prenant leplongement
de Yoneda Yon : S 2013 ---r(EN Ss ops
20132013 2013puisqu’alors, dans S ,
unefigure
F estreprésentée
parl’objet D(F, - ).
-
Mais
sur S
la théorie n’est pas nécessairementmonadique,
car à ceniveau il
n’y
a pas nécessairement d’existence de structures libres. Pour obtenir cela il faut pousser un cranplus
loin leprincipe
de"passage
auxpréfaisceaux
sur la réalité" :Soit T une théorie
figurée
surS ;
alors lesT-algèbres
sont la sous-caté-gorie pleine
de lacatégorie
desalgèbres
d’une monade fi surENSS
s déter- minée par lesfi-algèbres (X,0)
desupport
X "trèspetit"
i.e. telqu’il
existe S
objet de S
avecL’étude des
figurations
sous cetangle
sedécompose
en deuxpoints :
1.
Théorie
desmonades fibrées
ou monades surFIB(X) (= catégorie
des
catégories
fibrées surX).
2.
Théorie de
lataille des objets
dans unecatégorie FIB(X) .
Il est bien connu que la taille d’un
objet
se détectecatégoriquement
par la classe des limites inductives que
préserve HOM(X, - ) .
Pour l’auditeur que les passages successifs à des
catégories
de fais-ceaux sur les situations embarrassantes
perturbent,
on peut dire exactement la même chose sansquitter
terre i.e. en restantdans S :
si F est unefiguré
paradoxale
i.e. nonreprésentable,
alors le lemme de Yoneda disant que toutfoncteur
H : S
2013201320132013ENS est limite inductive de foncteurs
représentables s’applique
àD(F, - )
et nous assure de l’existence d’undiagramme (en gé-
néral
gros)
D : tel que, naturellement en S on aitUn tel
diagramme
D est unspectre
de F . En fait dans lapratique
il estcrucial de connaître la taille de D . Je reviendrai sur cette
question
de spectre à la fin del’exposé.
L’analyse
pour lesfigures
ou les supports despositions
ou contacts, des déformations ouapproximations
ou mouvements oulibertés,
laprésentation
des
figures paradoxales
et des supports monstrueux, toutes ces choses peuvent êtreréalisées,
nous l’avons vu, en terme de limitesprojectives
et de limitesinductives. Ces limites sont des cônes sur la
catégorie
"union"de C de S
et des
dessins,
c’est-à-dire sur lacatégorie
dessinée ci-dessus ou encoredessinée dans la définition 1 du §2. On arrive ainsi à l’idée
d’esquisse,
queje
vaispréciser
dans un moment.On admettra
qu’inversement
à uneesquisse
on peut associer unefigura-
-
y.
tion,
enremplaçant chaque
cône inductif(A, 1 i-
1Aj,
1 1 par uneopération
où,
pour tout ensembleE , P+E désigne
l’ensemble desparties
non-videsde E .
9.
ESQUISSES
La définition suivante a été introduite par Ehresmann
(Introduction
to thetheory
of structuredcategories,
Tech.Report 10,
U. ofKansas, 1966).
DEFINITION 4. Une
ESQUISSE
est constituée d’unecatégorie B ,
d’une familleB de cônes
projectifs distingués
surB ,
d’une famille II de cônesinduc-
tifs distingués
surB .
Si
(B ,lP , ~ ) - //B//
est uneesquisse,
une réalisation de//B//
est un foncteur
R : B
»-- ENS tel que :1° Pour tout p
E 1P ,
le cône R p dans ENS est un cône limiteprojective.
2° Pour tout y E II , le cône R y dans ENS est un cône limite inductive.
N.B. On ne demande pas aux cônes de IP et fi d’être
déjà dans B
des côneslimites.
Dans un modèle
on doit réaliser des
agencements
où des contacts sont établis et où des éléments sont laissésUne
esquisse
est donc un"plan"
où des contacts et des libertés sont bienspécifiés,
et une réalisation ou modèle de cetteesquisse
est une "méca-nique"
construite suivant ceplan
et cesspécifications.
10. EXEMPLES
Tout d’abord on se reportera au §3 où sont donnés des
exemples
defigurations;
en
procédant
comme montré dans lesparagraphes
5 à8,
on obtiendra les es-quisses correspondantes.
Voici maintenant desexemples
que l’on peut obtenir directement.Exemple
13.On
prend
pourb
lacatégorie engendrée
par legraphe
ci-dessus et leséqua-
tions 9 k.k’ =
k.k",
k’ =;Mx k etet munie de cônes
projectifs
définissant M X M commeobjet
à réaliser commeproduit
de la réalisation de M avec elle-même(avec
lesprojections pl
et
p2) ,
et de même pour M x M X M .--- esquisse
de la structure de monoide.Exemple
14.1ère
possibilité : l’esquisse
2ème
possibilité : l’esquisse
.’
.
où
l,
J sont variables dans lescardinaux,
et b unebijection
variablequelconque
de J à 1 . Ondistingue
alors le cône inductif de base lesEI
et sommet PE . Par
conséquent,
dans une réalisation del’esquisse,
PE de-vra être réalisé en
l’ensemble
desparties
de la réalisation de E . De la résulte que 1° et 2°esquissent
la même chose :’
2013201320132013~
esquisse
d’un ensemble muni d’une relation binaire.Exemple 15.
Onprend l’esquisse
du n°13,
et on luiajoute
une deuxième loic : M x M 20132013
M ,
un cône inductif de base discrète 0TT ,. k
et une loi