ANALYSE
Eric CANCES et Alexandre ERN
Septembre 2011
Avant-Propos v
Introdution vii
1 Espaes vetoriels normés 1
1.1 Normes . . . 1
1.2 Topologiedesespaesvetorielsnormés . . . 3
1.2.1 Ouvertset fermés. . . 3
1.2.2 Équivalenedenormes . . . 3
1.2.3 Compaité. . . 5
1.3 Appliationslinéairesontinues . . . 5
1.3.1 Dénitionet premièrespropriétés. . . 5
1.3.2 Dualité . . . 7
1.3.3 Formesbilinéairesontinues . . . 8
1.4 Exeries . . . 8
2 Espaes de Banah 11 2.1 Dénitionset premiersexemples . . . 11
2.1.1 SuitesdeCauhy . . . 11
2.1.2 Espaesomplets . . . 12
2.2 AppliationslinéairesontinuesdanslesespaesdeBanah . . . 14
2.3 Sériesnormalementonvergentes . . . 14
2.4 ThéorèmedupointxedePiard. . . 15
2.5 Appliationauxéquationsdiérentiellesordinaires . . . 16
2.6 Exeries . . . 17
3 Espaes de Hilbert 19 3.1 Dénitions. . . 19
3.1.1 Espaeseulidiens . . . 19
3.1.2 Espaeshermitiens . . . 19
3.1.3 InégalitédeCauhy-Shwarz . . . 20
3.1.4 EspaesdeHilbert . . . 20
3.2 Théorèmedeprojetionorthogonale . . . 21
3.3 ThéorèmedeRiesz . . . 23
3.4 Baseshilbertiennes . . . 24
3.5 Caluldiérentiel. . . 25
3.6 Optimisation . . . 27
3.6.1 Optimisationsansontrainte . . . 29
3.6.2 Optimisationaveontrainteségalités . . . 31
3.6.3 Optimisationaveontraintesinégalités . . . 34
4 Théoriede la mesureet de l'intégration 43
4.1 Pourquoialler au-delàdel'intégraledeRiemann?. . . 43
4.2 Elémentsdethéoriedelamesure . . . 45
4.2.1 Tribusetmesures. . . 45
4.2.2 Ensemblesnégligeables. . . 48
4.2.3 MesuredeLebesguesur
R d
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 494.3 Construtiondel'intégrale. . . 50
4.3.1 Fontionsmesurables. . . 50
4.3.2 Intégraled'unefontionmesurable . . . 53
4.3.3 Propriétésfondamentalesdel'intégrale. . . 54
4.3.4 IntégraledeLebesguesur
R d
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 554.4 Théorèmesdeonvergene . . . 57
4.4.1 Convergenemonotone. . . 57
4.4.2 LemmedeFatou . . . 58
4.4.3 Convergenedominée . . . 59
4.5 Fontionsdéniesparune intégrale . . . 61
4.6 Changementdevariablesdanslesintégrales . . . 62
4.7 Mesuresproduitset théorèmedeFubini . . . 63
4.7.1 Mesuresproduits . . . 63
4.7.2 ThéorèmedeFubini . . . 64
4.8 Exeries . . . 65
5 Espaes
L p
67 5.1 Fontionségalespresquepartout . . . 675.2 Espae
L 1
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 685.3 Espae
L 2
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 705.4 Espae
L ∞
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 715.5 Autresespaes
L p
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 715.5.1 Espaes
L p loc
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 745.6 Convolutiondans
L 1 (R d )
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 745.7 Exeries . . . 75
6 Notionde distribution 79 6.1 Insusanesdelanotiondefontion . . . 79
6.2 Changeonsdepointdevue . . . 81
6.3 Dénitionset premierexemples . . . 82
6.4 Dérivationausensdesdistributions . . . 84
6.5 Espaedesfontionstest. . . 84
6.6 Exeries . . . 89
7 Distributions: exempleset prinipalespropriétés 91 7.1 Fontionsloalementsommables . . . 91
7.2 MesuresdeRadon . . . 93
7.3 Exemplesdedistributionsplussingulières . . . 95
7.3.1 Multiples, multiouhes. . . 95
7.3.2 Valeursprinipalesetpartiesnies . . . 96
7.4 Distributionsàsupportompat . . . 97
7.5 Convergenedesdistributions . . . 99
7.6 Dérivationendimension1 . . . 100
7.6.1 Casdesfontions
C 1
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1017.6.2 Casdesfontions
C 1
parmoreaux. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1017.6.3 Equationsdiérentielles linéairesdans
D ′ (]a, b[)
. . . . . . . . . . . . . . . . 1027.6.4 Rapportentreladérivée ausensusuelet ladérivéeausensdesdistributions 102
7.7 Dérivationendimensionquelonque . . . 102
7.7.1 ThéorèmedeShwarz . . . 102
7.7.2 Casdesfontions
C 1
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1037.7.3 Casdesfontions
C 1
parmoreaux. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1037.8 Multipliationpardesfontions
C ∞
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1047.9 Exeries . . . 105
8 Espaes de Sobolev 109 8.1 Espaes
H k (Ω)
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1098.2 Espae
H 0 1 (Ω)
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1108.3 Espae
H − 1 (Ω)
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1128.4 Exeries . . . 114
9 Problèmesaux limiteselliptiques linéaires 117 9.1 Versionsymétrique duthéorèmedeLax-Milgram . . . 118
9.2 Résolutiond'unproblèmeauxlimiteselliptiquesymétrique . . . 119
9.3 Résolutiondel'équationdePoissonsurunouvertborné . . . 121
9.4 ThéorèmedeLax-Milgram. . . 122
9.5 Résolutiond'unproblèmeauxlimitesnonsymétrique . . . 123
9.6 Exeries . . . 124
10 Transformation de Fourier 131 10.1 TransformationdeFourierdans
L 1
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13110.1.1 Dénition . . . 131
10.1.2 Transformée deFourierdesgaussiennes . . . 133
10.1.3 Propriétésélémentaires . . . 134
10.1.4 Formuled'inversiondeFourier . . . 135
10.2 L'espae
S
deShwartz . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13510.2.1 Dénitiondel'espae
S
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13510.2.2 TransformationdeFourierdans
S
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13710.3 L'espae
S ′
desdistributions tempérées . . . 13810.3.1 Dénitiondel'espae
S ′
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13810.3.2 Convergeneetdérivationdans
S ′
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13910.3.3 Distributionstempéréespartiulières . . . 140
10.3.4 TransformationdeFourierdans
S ′
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14110.4 TransformationdeFourierdans
L 2
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14310.4.1 Propriétéd'isométrie. . . 143
10.4.2 EspaesdeSobolevfrationnaires. . . 145
10.4.3 Retoursurlanotiondetrae . . . 147
10.5 DistributionspériodiquesetsériesdeFourier . . . 149
10.5.1 SériesdeFourier . . . 149
10.5.2 Représentationdesdistributionspériodiques. . . 150
10.5.3 TransforméedeFourierdesdistributionspériodiques . . . 155
10.5.4 Appliation:théorèmed'éhantillonagedeShannon . . . 156
10.5.5 TransforméedeFourierdisrète . . . 160
10.6 Exeries . . . 161
Bibliographie 167
Cedoumentreprend,enleomplétant,leontenuduoursd'analysedepremièreannéedel'Eole
desPonts.
Nous sommes redevablesaux Professeurs Mikhael Balabane et Jean-Mihel Bony dont les ours
d'analyse à l'Eole des Ponts et à l'Eole Polytehnique ont inspiré le ontenu et la struture
deertainshapitres.Nous remerionshaleureusementGuyBenteux,Virginie Ehrlaher,Jean-
FrédériGerbeau,Frédéri Legoll,TonyLelièvre,Régis Monneau,Julien Sabin,GabrielStoltz et
FlorianThominespourleurspréieuxommentairessurlesversions suessivesdeetexte.
De la méanique à la nane, en passant par l'environnement et les transports, les domaines
sientiques et tehniques ouverts par la formation dispensée dans les Eoles d'ingénieurs font
intervenirmassivementdesmodèlesreposantsurdeséquationsauxdérivéespartielles(EDP).
L'objetif de e ours est de présenter ertains outils mathématiques de base permettant d'ap-
préhender e type d'équations. Il ne s'agit pas de réaliser une étude exhaustive des prinipales
tehniquesd'analysedesEDP(equiseraitimpossibledansunoursintrodutif),maisdetraiter
omplètementunasimportant,eluiduproblèmedePoissonsurunouvertbornéaveonditions
auxbordsdeDirihlet,dontl'énoné formels'érit
(I)
Cherherunefontion
u : Ω −→ R
vériant− ∆u = f
dansΩ u = 0
sur∂Ω
où
Ω
désigneunouvertdeR d
,∂Ω
leborddeΩ
etf
unefontiondonnéedéniesurΩ
etàvaleursdans
R
.Lesquestionsauxquellesnousallonstenter derépondresontlessuivantes:Ceproblèmea-t-ilune solution(dansunelasseàpréiser)?
Siouiest-elleunique?
Danseas,l'appliation
f 7→ u
est-elleontinue(làenore,enunsensàpréiser)?Le problème
(I)
est un problème aux limites en e sens qu'il fait intervenir une EDP et uneonditionaubord(
u = 0
sur∂Ω
).Pourd = 2
,onpourrasereprésenterlasolutionde(I)
ommeladéformationvertialesouslehargement
f
d'unemembraneélastiqueàréponselinéairetendueet dontlebordest maintenuxe(f.gure1).
0000000000000000000000000 0000000000000000000000000 0000000000000000000000000 0000000000000000000000000 0000000000000000000000000 0000000000000000000000000 0000000000000000000000000 0000000000000000000000000 0000000000000000000000000 0000000000000000000000000 0000000000000000000000000 0000000000000000000000000 0000000000000000000000000 0000000000000000000000000
1111111111111111111111111 1111111111111111111111111 1111111111111111111111111 1111111111111111111111111 1111111111111111111111111 1111111111111111111111111 1111111111111111111111111 1111111111111111111111111 1111111111111111111111111 1111111111111111111111111 1111111111111111111111111 1111111111111111111111111 1111111111111111111111111 1111111111111111111111111
u
f Ω
Fig.1Déformationsousunhargementd'unemembraneélastique
Leproblème
(I)
présenteletripleavantaged'être2. unproblèmegénériqueensienesdel'ingénieur(onleretrouveenméanique,enthermique,
enéletromagnétisme,enbiologie,ennane,...),
3. leproblèmeauxlimites prisomme exempledansleours deCalulSientiquede l'Eole
desPontspourmettre en÷uvrelaméthodedesélémentsnis.
L'étude du problème
(I)
permet également d'illustrer très lairement l'une des idées phares de l'analyse moderne : l'utilisation d'outils de géométrie dans des espaes vetoriels de dimensioninniepermetd'obtenirsimplementet élégammentdesrésultatsd'analyse.
Pourmeneràbieneprogramme,nousdevronstoutd'abordnousfamiliariseravelesespaesve-
torielsnormésdedimensioninnie(hapitre1)etétudierdeplusprèslespropriétésgéométriques
des espaes de Banah, qui sont les espaes vetoriels normés omplets pour la topologie
dénieparlanorme(hapitre2);
desespaesdeHilbertquisontlesespaesdeBanahdontlanormeestdénieparunproduit
salaire(hapitre3).
And'utiliserlesrésultatsdegéométriedémontrésauxhapitres2et3pourrésoudredesproblèmes
d'analyse, et en partiulier le problème
(I)
, il nous faudra onstruire des espaes vetoriels defontions(onparled'espaesfontionnels)ayantune strutured'espaedeBanahoud'espaede
Hilbert. Pourela, nousintroduironsdans unpremiertemps l'intégralede Lebesgue (hapitre4)
qui,ontrairementàl'intégraledeRiemann,permetdeonstruiredesespaesfontionnelsomplets.
Lehapitre5portesurlaonstrutionet lespropriétésdesespaes
L p
,quijouentunrleentralenanalysefontionnelle.Leshapitres6et7sontonsarésàlathéorie desdistributions,qui est
un outil fondamental de l'analyse moderne; nous l'utiliserons notamment pour établir le adre
fontionnel adapté àl'analyse du problème
(I)
(et plus généralement d'une très large lasse de problèmesauxlimites),eluidesespaesde Sobolev (hapitre8).Nous nousbaserons ensuitesurles résultatsabstraits de géométrie endimensioninnie établis
dansleshapitres2et3ainsiquesurlesespaesfontionnelsonstruitsauxhapitres5et 8pour
résoudre le problème aux limites
(I)
et plusieursvariantes de e problème; nous introduirons à ette oasion la notion de formulation variationnelle (ou formulation faible) d'un problème aulimites, etnousdémontrerons(etappliquerons)lethéorèmedeLax-Milgram.
Enn,nousprésenteronslatransformationdeFourier,quiestunoutilinontournabledel'analyse
desphénomèneslinéaires,onstammentutilisédansdenombreusesappliations,etquiseramisen
pratiquedanslesoursdeTraitementduSignaletd'AnalyseenFréquenesdel'EoledesPonts.
Espaes vetoriels normés
Cehapitreontientessentiellementdesrappelssurlesnormes,lesappliationslinéairesonti-
nues et ladualité. À traversl'étudedes exemplesprésentés dans e hapitre,on retiendra avant
toutlefaitqueertainsrésultatsbienonnusendimensionnienesontplusvalableendimension
innie, equi justiel'emploi denouveaux onepts.Dansun premiertemps,nous neonsidére-
ronsquedeuxexemplesd'espaesvetorielsdedimensioninnie:lesespaes
C k
dontlesélémentssontdesfontionssusammentrégulièresetlesespaes
l p
dontlesélémentssontdessuites.Notreolletion d'espaes vetoriels normésde dimensioninnies'enrihiraaul de laleture deet
ouvrage,notammentaprèsavoirintroduitlesnotionsd'intégraledeLebesgue(hapitres4et 5)et
dedistribution(hapitres6à8).
1.1 Normes
Soit
K
unorpsqu'on prendraégalàR
ouC
.Pourx ∈ K
,onnotera| x |
sa valeurabsolue six ∈ R
etsonmodulesix ∈ C
.Parailleurs,onutiliseral'abréviationK
-evpourdésignerunespaevetorielsur
K
.Dénition1.1. Soit
V
unK
-ev.UnenormeestuneappliationdéniesurV
àvaleursdansR +
,notée
k · k V
,etsatisfaisantles trois propriétéssuivantes: (i)k v k V = 0 ⇐⇒ v = 0
,(ii)
∀ λ ∈ K
,∀ v ∈ V
,k λv k V = | λ | k v k V
,(iii) inégalitétriangulaire :
∀ (v, w) ∈ V × V
,k v + w k V ≤ k v k V + k w k V
.Exemples en dimension nie. Soit unentier
d ≥ 1
et onsidérons leK
-evK d
dedimensionnie
d
. Onposepourtoutréelp
ave1 ≤ p < ∞
∀ v = (v 1 , . . . , v d ) ∈ K d , k x k p = X d i=1
| v i | p
! 1/p
,
(1.1)et pour
p = ∞
,∀ v = (v 1 , . . . , v d ) ∈ K d , k v k ∞ = max
1≤i≤d | v i | .
(1.2)On vériefailement que
k · k p
,1 ≤ p ≤ ∞
, dénit une normesurK d
. Le seul point tehniqueonsisteàmontrerl'inégalitétriangulaire,quirésultedel'inégalitédeMinkowski(voirexerie1.1)
∀ u, v ∈ R d + , 1 ≤ p < ∞ ,
X d i=1
(u i + v i ) p
! 1/p
≤ X d i=1
u p i
! 1/p +
X d i=1
v i p
! 1/p
.
(1.3)Lesexemplesprésentési-dessuss'étendentdefaçonnaturellepouronstruiredesnormessur
desproduits d'espaesvetorielsnormés.Eneet,nousavonsla
Proposition 1.2. Soit un entier
d ≥ 1
. Considérons la famille deK
-ev(V i ) 1 ≤ i ≤ d
, haun desV i
étant équipé d'une norme notéek · k V i
. Soit un réelp ∈ [1, + ∞ ]
. Alors, l'appliation deV = V 1 × . . . × V d
dansR +
déniepourtoutv = (v 1 , . . . , v d ) ∈ V
park v k p = X d i=1
k v i k p V i
! 1 p
,
sip ∈ [1, + ∞ [, k v k ∞ = max
1 ≤ i ≤ d k v i k V i ,
sip = + ∞ ,
est unenorme sur
V
.Preuve. Laisséeenexerie.
Exemplesen dimensioninnie.
Soit
[a, b]
unintervalledeR
etC 0 ([a, b])
l'espaevetorielonstituédesfontionsontinuessur
[a, b]
àvaleursdansK
.L'appliationk · k C 0 ([a,b])
quiàf ∈ C 0 ([a, b])
assoiek f k C 0 ([a,b]) = sup
t∈[a,b] | f (t) | ,
dénitune normesur
C 0 ([a, b])
. Plusgénéralement,pourunentierk ≥ 0
,onnoteC k ([a, b])
l'espae vetoriel onstitué des fontions
k
fois ontinûment dérivables sur[a, b]
à valeursdans
K
.L'appliationk · k C k ([a,b])
quiàf ∈ C k ([a, b])
assoiek f k C k ([a,b]) = max
0 ≤ l ≤ k sup
t ∈ [a,b] | f (l) (t) | ,
dénitunenormesur
C k ([a, b])
(levérierenexerie) ;Un deuxième exempled'espae vetorielnormé de dimensioninnieest un espaedontles
éléments sont des suites de
K
. Soitu = (u i ) i ≥ 0 ∈ K N
une suite à valeurs dansK
. Pour1 ≤ p ≤ ∞
, ononsidèrel'ensemblel p =
u ∈ K N , k u k l p < + ∞ ,
oùonaposé
k u k l p =
X
i ≥ 0
| u i | p
1/p
, 1 ≤ p < ∞
et
k u k l ∞ = max
i≥0 | u i | .
Onvérieque
l p
estunK
-evetquek · k l p
dénitbienunenormesurl p
(voirexerie1.3) ;Nousintroduironsd'autresespaesvetoriels normésdedimensioninnie,plusintéressants
pour l'analyse des problèmes posés en sienes de l'ingénieur (EDP, analyse harmonique,
...) lorsque nous disposerons des notions d'intégrale de Lebesgue (hapitres 4 et 5) et de
distribution(hapitres6à8).
1.2 Topologie des espaes vetoriels normés
Cettesetionrappellebrièvementdiversesnotionsd'analysevuesenpremieryleuniversitaire.
Leleteurdésireuxd'approfondiresnotionspourraonsulter [AF88,hapitresXet XI℄.
1.2.1 Ouverts et fermés
Dénition 1.3. Soit
V
unK
-evnormé équipéd'une normek · k V
.Ondit qu'unensemble
O ⊂ V
est ouvertdansV
si∀ x ∈ O, ∃ r > 0
telqueB x (r) ⊂ O,
où
B x (r) = { y ∈ V, k y − x k V < r }
est laboule ouvertede entrex
etde rayonr
;Ondit qu'unensemble
F ⊂ V
estfermé dansV
sil'ensembleV \ F
estouvertdansV
.L'ensemble desouvertsde
V
selon la dénition i-dessusestappelé la topologiedeV
induiteparlanorme
k · k V
.Remarque 1.4. Lorsqu'il n'y apas d'ambiguïté,ondirasimplementqu'un ensemble est ouvert
oufermé,sanspréiserdans
V
.Proposition1.5. Soit
V
unK
-evnormé équipéd'une normek · k V
.SoitF
unfermé dansV
etsoit
(u n ) n ≥ 0
une suited'élémentsdeF
.Alors,si(u n ) n ≥ 0
onvergedansV
,salimiteest dansF
.Preuve. Leomplémentairede
F
étantouvert,lalimitedelasuite(u n ) n ≥ 0
nepeuts'ytrouver.Dénition 1.6. Soit
V
unK
-ev normé équipé d'une normek · k V
etA
unensemble inlusdansV
. Ondénit l'adhérene del'ensembleA
dansV
eton noteA V
l'ensemble des pointsdeV
quisont limitesde pointsde
A
.Proposition1.7.
F
est fermédansV
siet seulementsiF = F V
.Preuve. Laisséeenexerie.
Dénition 1.8. Onditqu'un ensemble
A ⊂ V
estdensedansV
siA V = V
.1.2.2 Équivalene de normes
Surunespaevetoriel,onpeutonsidérerplusieursnormesetil estlégitime desedemander
si lestopologiesinduites sont lesmêmes. Pourela, nous introduisons lanotiond'équivalenede
normes.
Dénition1.9. Soit
V
unK
-ev.Onditquedeuxnormesk · k V,1
etk · k V,2
sontéquivalentes surV
s'ilexiste deuxonstantesc 1
etc 2
stritement positivestellesque∀ v ∈ V, c 1 k v k V,2 ≤ k v k V,1 ≤ c 2 k v k V,2 .
(1.4)L'importane de la dénition 1.9 provientdu faitque si deux normessontéquivalentes, elles
induisentlamêmetopologie.
Proposition 1.10. Soit
V
unK
-ev équipé de deux normes équivalentesk · k V,1
etk · k V,2
.SoitO ⊂ V
.Alors,O
estouvertpourk · k V,1
sietseulement siO
estouvertpourk · k V,2
.Preuve. Laisséeenexerie.
Proposition1.11. Si
V
estunK
-evde dimension nie,touteslesnormessontéquivalentes.Preuve. Voirexerie1.4.
Contre-exemplesen dimensioninnie.Laproposition1.11nes'étendpasauxespaesveto-
rielsnormésdedimensioninnie.Donnonsquelquesontre-exemples.
Sur
C 0 ([0, 1])
, l'appliationf 7→ k f k L 1 = R 1
0 | f (s) | ds
dénit bien une norme, mais elle-in'estpaséquivalenteàlanorme
k · k C 0 ([0,1])
.Pluspréisément,onalairementlamajorationk f k L 1 ≤ k f k C 0 ([0,1])
pourtoutf ∈ C 0 ([0, 1])
.Enrevanhe,iln'existepasdeonstantec
telleque
k f k C 0 ([0,1]) ≤ c k f k L 1
(on pourra onsidérerpour toutε > 0
, lesfontionsf ε
déniespar
f ε (t) = 1 − t/ε
pourt ∈ [0, ε]
etf ε (t) = 0
sinon(voirgure1.1);esfontionssatisfontk f ε k C 0 ([0,1]) = 1
etk f ε k L 1 = ε/2
) ;0 1
1
ε f ε
Fig.1.1Contre-exemplepourl'équivalenedesnormesendimensioninnie.
k · k C 0 ([a,b])
dénit bien une normesurC 1 ([a, b])
maisellen'est paséquivalente àlanormek · k C 1 ([a,b])
.Laonstrutiond'unontre-exempleestlaisséeenexerie ; Surl 1
,l'appliationk · k h : u 7→ k u k h = X
i ≥ 0 1 i+1 | u i | ,
dénit unenorme et onalairement
k u k h ≤ k u k l 1
,∀ u ∈ l 1
.En revanhe,il n'existe pasdeonstante
c
telle que pourtoutu ∈ l 1
, onaitk u k l 1 ≤ c k u k h
. En eet,en onsidérantpourtout entier
N > 0
, la suiteu N ∈ l 1
telle queu N i = 1
sii ≤ N
et 0 sinon, on aurait uneinégalitédelaforme
N ≤ c log N
avec
indépendantdeN
,equiest absurde.Remarque 1.12. Si
V
est unK
-evnormé etF
unsous-espaede dimension nie, alorsF
estnéessairementfermé.Cen'estplusleassi
F
estdedimensioninnie.Àtitredeontre-exemple, onpourraonsidérerC 1 ([ − 1, 1])
ommesous-espaedeC 0 ([ − 1, 1])
équipédelanormek·k C 0 ([−1,1])
et lafamilledefontions
f ε ∈ C 1 ([ − 1, 1])
déniesparf ε (t) = | t |
si| t | ≥ ε
etf ε (t) = ε 2 (1 + ( ε t ) 2 )
sinon(voirgure1.2).
1
f ε
ε 1
−ε 0
−1
Fig.1.2Illustrationdelaremarque 1.12.
1.2.3 Compaité
Dénition 1.13. Soit
V
unK
-ev normé. Un ensembleA ⊂ V
est ompat si de toute suited'éléments de
A
on peutextraireune sous-suiteonvergente.Proposition1.14. Si
A
estompat,alorsA
estferméetborné.Preuve. Vériationimmédiate.
Proposition1.15. Si
V
estdedimensionnie,alorsA
estompatsietseulementsiA
estferméet borné.
Preuve. Voirexerie1.5.
Onpeutenfaiténonerunrésultatplusgénéralquisoulignebienladiéreneentreladimension
nie etladimensioninnie(voirparexemple[AF88,p. 582℄ou[Brézis83,p.92℄).
Théorème 1.16. Soit
V
unK
-ev.Laboule unité (fermée) deV
est ompate siet seulementsiV
estde dimension nie.1.3 Appliations linéaires ontinues
1.3.1 Dénition et premières propriétés
Dansettesetion,
V
etW
désignentdeuxK
-evnorméséquipésrespetivementdesnormesk · k V
et
k · k W
.Proposition1.17. Soit
A
une appliation linéairedeV
dansW
.Lespropositionssuivantessont équivalentes :(1)
A
est ontinue.(2)
A
est ontinueen0
.(3) Ilexiste uneonstante
c ∈ R +
telleque∀ u ∈ V, k Au k W ≤ c k u k V .
Preuve. Lesimpliations (1)
= ⇒
(2) et (3)= ⇒
(1) sontévidentes.Il nous restedon àprouverl'impliation(2)
= ⇒
(3).SoitA
uneappliationlinéaireontinueen0
.Ilexisteη > 0
telquepourtout
u ∈ B (0, η)
,labouleferméedeentre0
etderayonη
,onaitk Au − |{z} A0
=0
k W ≤ 1.
Soitmaintenant
u ∈ V
aveu 6 = 0
.Leveteurv = k u η k V u
appartientàB 0 (η)
sibienquek Av k W ≤ 1
,e qui,parlinéarité,implique(3)ave
c = 1 η
.Enn,l'inégalité dans(3)esttrivialementsatisfaite siu = 0
.Proposition1.18. Soit
A
uneappliationlinéairedeV
dansW
.SupposonsV
dedimensionnie.Alors,
A
est néessairement ontinue.Preuve. Soit
(e 1 , . . . , e d )
unebasedeV
.Pourtoutu = P d
i=1 u i e i ∈ V
,onak Au k W ≤
X d i=1
| u i | k Ae i k W ≤ X d i=1
k Ae i k W
! k u k ∞ ,
et ononlut enutilisantl'équivalenedesnormessur
V
.Exempleset ontre-exemplesen dimension innie.
L'appliation qui à
f ∈ C 1 ([a, b])
assoief ′ ∈ C 0 ([a, b])
est linéaire ontinue lorsque esespaessontéquipésdesnormes
k · k C 1 ([a,b])
etk · k C 0 ([a,b])
.Cetteappliationn'estpasontinuesi
C 1 ([a, b])
estéquipédelanorme| f (a) | + R b
a | f ′ (s) | ds
(voirexerie1.7).
Plus généralement, d'autres ontre-exemples peuvent être onstruits en onsidérant deux
normes
k · k V,1
etk · k V,2
quinesontpaséquivalentes.Eneet,laontinuitédel'injetiondeV
équipédek · k V,1
dansV
équipédek · k V,2
équivautà l'existened'uneonstantec > 0
telleque
∀ u ∈ V
,k u k V,2 ≤ c k u k V,1
.Dénition 1.19. L'espae vetoriel des appliations linéaires ontinues de
V
dansW
est notéL (V, W )
.Proposition1.20. L'appliation
k · k L (V,W) : L (V, W ) −→ R +
A 7−→ k A k L(V,W) = sup u∈V
u6=0
kAuk W
k u k V
est unenorme sur
L (V, W )
.Preuve. (i)
k A k L (V,W) = 0
impliqueAu = 0
pour toutu ∈ V
aveu 6 = 0
. Parailleurs,Au = 0
pour
u = 0
.D'oùA = 0
.(ii)Soit
λ ∈ K
.Onak (λA)u k W = | λ | k Au k W ≤ | λ | k A k L(V,W) k u k V ,
d'où ondéduit que
k λA k L (V,W ) ≤ | λ | k A k L (V,W )
.Pourλ 6 = 0
,onadonk A k L (V,W) = k λ 1 λA k L (V,W ) ≤ | λ 1 | k λA k L (V,W )
sibien que
k λA k L (V,W) = | λ | k A k L (V,W)
etl'égalitéesttrivialementsatisfaitesiλ = 0
.(iii)Pour
A
etB ∈ L (V, W )
,onak (A + B)u k W ≤ k Au k W + k Bu k W ≤ ( k A k L (V,W) + k B k L (V,W) ) k u k V ,
sibien que
k A + B k L(V,W) ≤ k A k L(V,W) + k B k L(V,W)
.1.3.2 Dualité
Unaspartiulierimportantd'appliationslinéaires ontinuesentre
K
-evnormésesteluioùl'espaed'arrivéeest
W = K
.Dénition 1.21. Soit
V
unK
-ev normé.L (V, K)
est appelé l'espae dual deV
et estnotéV ′
.Unélément
A ∈ V ′
estappelé une formelinéaireontinueet sonationsurunélémentv ∈ V
estnotée àl'aidedurohet de dualité
h· , ·i V ′ ,V
.V ′
estéquipéde lanorme anoniquek A k V ′ = sup
u∈V u6=0
|h A, u i V ′ ,V | k u k V .
Remarque1.22. Lanotionintroduitedansladénition1.21estellededualtopologiquequel'on
distinguedudualalgébriquedanslequellapropriétédeontinuitén'estpasrequise.Endimension
nie, le dual topologique oïnide ave le dual algébrique mais en dimension innie, es deux
notionssontdiérentes.Danse ours,seulelanotiondedualtopologiqueserautilisée.
Exemples.
Soit
[a, b] ⊂ R
etc ∈ [a, b]
. L'appliation qui àf ∈ C 0 ([a, b])
assoief (c)
est une formelinéaireontinuesur
C 0 ([a, b])
denorme1 ;L'appliationqui à
u ∈ l p
,1 ≤ p ≤ ∞
, assoieu 0
est une formelinéaireontinuesurl p
denorme1 ;
Soit
1 ≤ p < ∞
etp ′
tel que1 p + p 1 ′ = 1
(p ′ = ∞
sip = 1
). Soitv ∈ l p ′
. Alors,en posantpourtout
u ∈ l p
,h ˜ v , u i (l p ) ′ ,l p = P
i ≥ 0 u i v i
,ondénit une formelinéaireontinue surl p
,i.e.˜
v ∈ (l p ) ′
.Deplus,l'appliationv ∈ l p ′ 7→ ˜ v ∈ (l p ) ′ ,
estlinéaire,bijetiveetisométrique.Cerésultat,dontlapreuvefaitl'objetdel'exerie1.8,
permet defaire l'identiation
(l p ) ′ = l p ′
pour1 ≤ p < ∞
. En revanhe,le dual del ∞
neoïnidepasave
l 1
maisest stritementplusgrandquel 1
.En fait,onpeutidentierl 1
audualtopologiquedu
K
-evdessuitesdeK
àsupportni,etespaeétantstritementinlusdans
l ∞
.Proposition 1.23. Soit
Z
etV
deuxK
-ev équipés respetivement des normesk · k Z
etk · k V
.Supposons que
Z ⊂ V
ave injetion ontinue, i.e., qu'il existec i ∈ R +
telleque∀ z ∈ Z
,k z k V ≤ c i k z k Z
.Alors,V ′ ⊂ Z ′
ave injetion ontinue.Preuve. Soit
f ∈ V ′
.Considéronsl'appliationT f : Z → R
quiàz ∈ Z
assoieT f (z) = h f, z i V ′ ,V
.Ilestlairque
T f
estlinéaire.Deplus,T f
est ontinuesurZ
puisque∀ z ∈ Z, T f (z) = h f, z i V ′ ,V ≤ k f k V ′ k z k V ≤ c i k f k V ′ k z k Z .
Paronséquent,
T f ∈ Z ′
etk T f k Z ′ ≤ c i k f k V ′
,equi omplètelapreuve.Nousonluons ettesetionavedeux résultatsqui nousservirontparlasuite: lethéorème
deprolongementd'uneformelinéaireetunearatérisationdessous-espaesdenses.Cesrésultats,
dontlapreuvereposesurunthéorèmeprofondd'analyse,lethéorèmedeHahn-Banah,sontadmis
(onpourraonsulter [Brézis83,p. 3et 7℄).
Théorème 1.24. Soit
V
unK
-ev normé etZ
un sous-espae vetoriel deV
. Soitz ∈ Z ′
uneforme linéaireontinuede norme
k z k Z ′
.Alors, ilexisteA ∈ V ′
qui prolongez
,i.e.∀ u ∈ Z, h z, u i Z ′ ,Z = h A, u i V ′ ,V ,
et telleque
k A k V ′ = k z k Z ′
.Théorème1.25. Soit
V
unK
-evnorméetZ
unsous-espaevetorieldeV
.Sitouteformelinéaireontinue
f ∈ V ′
qui s'annulesurZ
estidentiquement nullesurV
,alorsZ
estdensedansV
.1.3.3 Formes bilinéaires ontinues
Dénition 1.26. Soit
V
etW
deuxK
-ev.Une formebilinéaire surV × W
est une appliationa : V × W → K
telleque
∀ v ∈ V
,l'appliationa(v, · ) : W → K
estlinéaire ;
∀ w ∈ W
,l'appliationa( · , w) : V → K
est linéaire.Dénition 1.27. Soit
V
etW
deuxK
-ev.On dit qu'une forme bilinéairea : V × W → K
estontinuesur
V × W
s'ilexiste une onstantec ∈ R +
telleque∀ (v, w) ∈ V × W, | a(v, w) | ≤ c k v k V k w k W .
Onnote
k a k = sup
(v,w)∈V ×W v6=0,w6=0
a(v, w) k v k V k w k W .
L'intérêtdesformesbilinéairesontinuesestqu'ellesinterviennentfréquemmentdanslaformulation
faible desEDP(f.hapitre9).Danse adre,ilest intéressantdegarderàl'espritqu'uneforme
bilinéaireontinuede
V × W
àvaleursdansK
peuts'interpréterommeunélémentA
deL (V, W ′ )
enposant
∀ w ∈ W, h Av, w i W ′ ,W = a(v, w).
Onvérieaisémentque
Av ∈ W ′
et quek A k L (V,W ′ ) = k a k .
1.4 Exeries
⊲
1.1. Montrer l'inégalitéde Minkowski(1.3). Pour ela,on utiliseralaonavitéde lafontionf : R + → R
,t 7→ (1 + t 1/p ) p
qui impliquequepourdesλ i ≥ 0
telsqueP d
i=1 λ i = 1
et dest i ≥ 0
,ona
f X d i=1
λ i t i
!
≥ X d i=1
λ i f (t i ).
⊲
1.2. Vérierquel'appliationk · k C k ([a,b])
dénitune normesurC k ([a, b])
.⊲
1.3. L'objetdeetexerieestdemontrerquelesl p
sontbiendesespaesvetorielsnormés.1. Vérierque
l p
estunespaevetoriel ;2. Soient
1 ≤ p, p ′ ≤ ∞
avep 1 + p 1 ′ = 1
etN
unentier positif.Montrerl'inégalitédeHölder∀ u, v ∈ R N + , X N i=1
u i v i ≤ X N i=1
u p i
! 1/p N X
i=1
v p i ′
! 1/p ′
.
(1.5)Indiation : en utilisantla onavité de lafontion
f : R + → R
,t 7→ log t
, on montrerad'abordquepour
u
etv
réelspositifs,onal'inégalitédeYoung(surR
)uv ≤ u p
p + v p ′
p ′ .
(1.6)Puis, onsidérant
x
ety ∈ R N
, on appliquera l'inégalité i-dessus àu = x i / k x k p
etv = y i / k y k p ′
;3. Déduirede(1.5)quepour
u ∈ l p
etv ∈ l p ′
,lasuiteproduituv
dénieparuv = (u i v i ) i ≥ 0
estdans
l 1
etquel'onak uv k l 1 ≤ k u k l p k v k l p ′ ;
(1.7)4. Montrerque
k·k
satisfaitbienl'inégalitétriangulaire.Indiation:onpourrautiliserl'inégalité deHölder(1.7)enremarquantquepouru , v ∈ l p
,| u + v | p − 1 ∈ l p ′
;5. Déduirel'inégalitédeMinkowski(1.3)del'inégalitédeHölder(1.5).
⊲
1.4. L'objetif de et exerie est de montrer que siV
est unK
-ev de dimensionnie, alorstoutes lesnormes sur
V
sontéquivalentes. Soit(e 1 , . . . , e d )
une base deV
. Pourv ∈ V
, on note(v 1 , . . . , v d )
lesoordonnéesdev
dansettebase.1. Vérierqu'ilsutdemontrerquetouteslesnormesde
V
sontéquivalentesàlanormek · k ∞
donnéepar(1.2) ;
2. Soit
k · k V
une norme deV
. De l'inégalité triangulaire, déduire qu'il existe une onstantec 2 > 0
telle que∀ v ∈ V
,k v k V ≤ c 2 k v k ∞
;3. Soit
B ∞
labouleunité(fermée)deV
pourlanormek·k ∞
.Déduiredelaquestionpréédentequel'appliation
id : (B ∞ , k · k ∞ ) → (B ∞ , k · k V ) v 7→ v,
estontinue ;
4. Enutilisantunargumentdeompaité,montrer qu'ilexisteune onstante
c 1 > 0
telle que∀ v ∈ V
,k v k ∞ ≤ c 1 k v k V
.⊲
1.5. L'objetdeetexerieestdemontrerqu'endimensionnie,toutfermébornéestompat.1. Lapremièreétapefaitappelàlanotiondeomplétudequiestintroduitedanslehapitre2.
Enadmettantque
R
est omplet,montrerquesurR
,toutfermébornéest ompat ;2. Endéduirequesur
R d
équipédelanormek · k ∞
,toutfermébornéest ompat ;3. Conlureenutilisantl'équivalenedesnormesendimensionnie.
⊲
1.6. Construireunontre-exemplemontrantquelesnormesk · k C 0 ([a,b])
etk · k C 1 ([a,b])
nesontpaséquivalentessur
C 1 ([a, b])
.⊲
1.7. Vérier que l'appliationf 7→ | f (0) | + R b
a | f ′ (s) | ds
dénit une norme surC 1 ([a, b])
. Ens'inspirant de la gure 1.1, onstruire un ontre-exemple montrant que l'appliation qui à
f ∈ C 1 ([a, b])
assoief ′ ∈ C 0 ([a, b])
n'estpasontinuesiC 1 ([a, b])
est équipédelanormei-dessusetC 0 ([a, b])
delanormeanoniquek · k C 0 ([a,b])
.⊲
1.8. L'objet deet exerieest de montrer quepour1 ≤ p < ∞
, onpeutfaire l'identiation(l p ) ′ = l p ′
où1 p + p 1 ′ = 1
(on posep ′ = ∞
sip = 1
). L'identiation se fait par le biais de l'appliationT : l p ′ → (l p ) ′
v 7→ ˜ v
ave∀ u ∈ l p , h ˜ v , u i (l p ) ′ ,l p = P
i ≥ 0 u i v i .
1. On ommene par traiterle as
1 < p < ∞
. Montrer que l'appliationT
est bien dénie.Indiation:en utilisantl'inégalitéde Hölder(1.7),montrerquesi
u ∈ l p
etv ∈ l p ′
, lasérieP
i≥0 u i v i
estabsolumentonvergente.EndéduirequeT ( v ) ∈ (l p ) ′
avek T ( v ) k (l p ) ′ ≤ k v k l p′
;2. Montrerquel'appliation
T
estlinéaireet injetive.3. Montrerquel'appliation
T
estsurjetive.Indiation:soitϕ ∈ (l p ) ′
donné.Pourtoutentieri ≥ 0
,posere i = (δ ij ) j ≥ 0
oùδ ij
estlesymboledeKronekeretintroduirelasuitev
determe généralv i = ϕ( e i )
. Montrerquev ∈ l p ′
et queT ( v ) = ϕ
;4. Montrer que
T
est une isométrie. Indiation: il sut demontrer quek v k l p ′ ≤ k T ( v ) k (l p ) ′
.Pour ela, se donner une suite
v ∈ l p ′
et onsidérer la suiteu
de terme généralu i =
| v i | p ′ −1
sgn(v i )
;5. Reprendrelesétapespréédentesdansleasoù
p = 1
etp ′ = ∞
.⊲
1.9. Soitu ∈ R N
.OnnoteA
l'opérateurquiàu
assoielasuitev
determegénéralv i = ( − 1) i u i
.Montrer que pour
1 ≤ p ≤ ∞
,A ∈ L (l p , l p )
et queA
est de norme1. Reprendrel'exerieavel'opérateurqui à
u
assoielasuitev
determegénéralv i = u i+1
.⊲
1.10. Soitγ
unréelnonnul.Ononsidèrel'opérateurA
quiàf ∈ C 0 (R)
assoieg = Af ∈ C 0 (R)
dénie par
g(t) = f (γt)
pourt ∈ R
.MontrerqueA ∈ L (C 0 (R), C 0 (R))
etqueA
est denorme1.Espaes de Banah
Ce hapitre introduit lanotion deomplétude : unespae vetorielnorméest dit omplet si
toutesuitedeCauhyyestonvergente.Detelsespaes,appelésespaesdeBanah,interviendront
fréquemmentdanslasuitedeeoursarilsjouissentdeplusieurspropriétésremarquables.Nous
démontrerons notamment le théorème du point xe de Piard (qui ne s'applique que dans les
espaesdeBanah)etnousdonneronsunpremierexempled'appliationdeethéorèmeenprouvant
l'existeneetl'uniitédelasolutionpouruneertainelassed'équationsdiérentiellesordinaires.
2.1 Dénitions et premiers exemples
Dansettesetion,nousintroduisonslesnotionsdesuitedeCauhy,d'espaeomplet etd'es-
paedeBanah.
2.1.1 Suites de Cauhy
Dénition 2.1. Soit
V
unK
-ev normé. On dit qu'une suite(u n ) n ≥ 0
d'éléments deV
est deCauhysion alapropriétésuivante
∀ ε > 0, ∃ N ≥ 0, ∀ n ≥ N, ∀ p ≥ 0, k u n+p − u n k V ≤ ε.
(2.1)Proposition2.2. Toutesuiteonvergenteest deCauhy.
Preuve. Conséqueneimmédiatede(2.1).
Proposition2.3. ToutesuitedeCauhy estbornée.
Preuve. Immédiate.
Proposition2.4. Soit
V 1
etV 2
deuxK
-ev norméset(u n ) n≥0
une suitede CauhydansV 1
.Soitf : V 1 → V 2
uneappliationuniformémentontinue.Alors,lasuite(f (u n )) n≥0
estdeCauhydansV 2
.2.1.2 Espaes omplets
La réiproque de la proposition 2.2 n'étant pas vraie d'une façon générale, ela motive la
dénition suivante.
Dénition 2.5. Un
K
-evV
est dit omplet pour lanormek · k V
si toute suite de Cauhy estonvergente.Un
K
-ev ompletpoursa normeest appelé unespaedeBanah.Proposition2.6. Soit
V
unK
-evéquipédedeuxnormeséquivalentesk · k V,1
etk · k V,2
.Alors,V
est ompletpourla norme
k · k V,1
sietseulement siilest ompletpour lanormek · k V,2
.Preuve. Supposons
V
omplet pour la normek · k V,1
. Soit(u n ) n ≥ 0
une suite de Cauhy dansV
pour lanormek · k V,2
. De l'inégaliték v k V,1 ≤ c 2 k v k V,2
, nous déduisons que(u n ) n ≥ 0
est unesuite de Cauhy pour la norme
k · k V,1
. Elle est don onvergente par hypothèse. De l'inégaliték v k V,2 ≤ c 1 k v k V,1
,nousdéduisons qu'elleonvergeégalementpourlanormek · k V,2
.L'étudedesespaesompletsesttrèssimpleendimensionnie,puisque nousavonslerésultat
suivant.
Proposition2.7. Toutespae vetorielnormé de dimension nieestomplet.
Preuve. (i)Nousadmettonsque
R
estomplet,propriétéquirésultedelaonstrutiondeR
(voirparexemple[AF 88,hapitreI℄).
(ii)Considéronsmaintenantun
R
-evdedimensionnied
.Soit(u n ) n ≥ 0
unesuitedeCauhydansetespae.Notons
(u n,1 , . . . , u n,d )
lesomposantesdeu n
dansunebasedonnée.Touteslesnormesétant équivalentes endimension nie d'aprèsla proposition 1.11,nous pouvonsutiliser lanorme
k · k ∞
et en déduire quepourtouti
,1 ≤ i ≤ d
, les(u n,i ) n ≥ 0
sontdes suitesdeCauhy dansR
.Ces suitessontdononvergentes versune limite
l i
,1 ≤ i ≤ d
, etil estimmédiat deprouverque(u n ) n ≥ 0
onvergevers(l 1 , . . . , l d )
.(iii)Leasd'un
C
-evsetraitedemanièreidentiquegrâeaufaitqueC
estunR
-evdedimensiondeux.
Remarque2.8. Dufaitdurésultatpréédent,l'expressionespaedeBanahnes'emploieguère
en dimensionnie.Elle est pluttréservéeàla dimensioninnieoù lanotionde omplétudeest
plusrihe.
Donnonsdeux exemplespuisunontre-exempled'espaesdeBanah.
Proposition2.9. Pour
1 ≤ p ≤ ∞
,l p
équipéde la normek · k l p
estunespaede Banah.Preuve. Voirexerie2.1.
Proposition2.10.