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Place de la gestion territoriale dans l’évolution des exploitations agricoles

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Academic year: 2021

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HAL Id: hal-01210036

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Submitted on 6 Jun 2020

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Place de la gestion territoriale dans l’évolution des exploitations agricoles

Margot Moulin

To cite this version:

Margot Moulin. Place de la gestion territoriale dans l’évolution des exploitations agricoles : Cas de 7 exploitations agricoles bretonnes. 2012, 99 p. �hal-01210036�

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Place de la gestion territoriale dans l’évolution des exploitations agricoles

Cas de 7 exploitations agricoles bretonnes

Margot Moulin

Mémoire de fin d’étude ingénieur agronome

Ecole Nationale Supérieure d’Agronomie et des Industries Alimentaires (Nancy) Spécialité Agriculture et Développement des Territoires

Septembre 2012

Maitre de stage : Claudine Thenail Institut National de la Recherche Agronomique

Département Sciences pour l’Action et le Développement-Paysage Rennes

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Résumé

Pour explorer les conditions de pérennisation des continuités écologiques par l’activité agricole nous proposons d’étudier l’évolution du fonctionnement des exploitations agricoles sur deux décennies.

Nous avons réalisé 7 enquêtes en exploitation de polyculture élevage en Bretagne, afin de comprendre les évolutions de la gestion territoriale et des bordures de champ et leur lien avec l’évolution des systèmes de production.

Lorsque la taille des exploitations augmente, la gestion territoriale des exploitations suit toujours le modèle centre-périphérie au sein duquel, nous distinguons trois types d’évolution : i) apparition de « satellites » spécialisés en culture, ii) augmentation par effet « boule de neige » des surfaces d’usage culture et pâture dédiée aux vaches laitières autour du siège d’exploitation et iii) division du territoire d’exploitation en plusieurs modèles centre- périphérie « jumeaux » autour d’autant de sous-sièges d’exploitation. Ces adaptations se traduisent par une diversification des productions.

L’évolution de la gestion des bordures de champ reste imprécise mais des facteurs de changement comme la loi sur les traitements phytosanitaires ou le foncier ont pu être identifiés.

Nous apportons de premiers éléments de réflexion relevant du fonctionnement interne des exploitations agricoles qu’il serait intéressant de développer pour traiter des conditions de pérennisation des continuités écologiques en paysage agricole.

Mots clés : polyculture élevage laitier, territoire d’exploitation, bordure de champ, usage des terres, trajectoires des exploitations, règle de décision.

Référencement : Moulin, M., 2012. Place de la gestion territoriale dans l’évolution des exploitations agricoles. Cas de sept exploitations agricoles bretonnes. Mémoire de fin d’études ingénieur agronome ENSAIA Nancy - INRA SAD-Paysage Rennes.

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Abstract

To explore how to ensure the sustainability of ecological networks by farming activities, we aimed at understanding how the farms functioning changed on a period of two decades.

We investigated 7 mixed crop dairy farms in Bretagne to understand the evolution of their territorial management and their field margins management, in relation to evolutions of their production systems.

Farm territorial management is still following the concentric land use pattern of dairy farm but is adapted to new territory configurations due to the increasing size of farms. We identified three evolutions of the dairy farm concentric land use pattern: the emergence of

“satellites” specialized in crop production, the spatial increasing of fields used for both dairy cow grazing and crops via a “snowball effect” close to the farmstead and the separation into several “twins” dairy farm concentric land use patterns around each of their “sub farmstead”..

These adaptations are translated into a diversification of the productions.

The evolution of field margins management remains vague but we identified drivers of change such as the pesticide regulations or land ownership.

A support approach to help farmers dealing with their increasing territories needs to be developed to ensure the integration of ecological networks in their farm management.

We give some first thoughts from inside the farm functioning that could be interesting to develop to deal with ecological network sustainability.

Key words: mixed crop dairy farm, farm territory, field margin, land use, farm trajectories, decision rules.

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Remerciements

Je remercie particulièrement Claudine Thenail, ma maitre de stage pour m’avoir accueilli au sein du SAD-Paysage. Claudine, ta disponibilité, tes remarques, tes conseils, tes critiques, ton exigence,… toujours présentés avec cette gentillesse remarquable, ont fait de ce stage un sacré tremplin pour mon avenir. Merci de m’avoir offert cette première vraie formation à la recherche, c’est un socle pour la suite que je n’oublierai pas et dont, je l’espère, bénéficieront d’autres étudiants au plus vite (Fonce ! Fais germer la graine du Haricot Dédié à la Recherche !).

Un grand merci à Bénédicte Roche pour ses interventions ponctuelles mais ô combien pertinentes.

Bénédicte, ton rire a raisonné dans les couloirs comme tes remarques ont raisonné dans ma tête et m’ont aidé à avancer pendant ces 6 mois.

Je remercie aussi Christophe Codet dont la connaissance des agriculteurs de Pleine-Fougères m’a été d’une grande aide.

Merci à Alexandre Joannon pour ses remarques constructives tout au long du stage, Stéphanie Aviron et Jacques Baudry pour leur appui en écologie du paysage, Nicolas Schermann pour l’utilisation du SIG et Hugues Boussard, samouraï de la modélisation.

Que soient aussi remerciés Nausicaa Le Mouel et Maryvonne Chevallereau pour l’accès à l’outil informatique et les bases de données, Jean-Luc Roger et ses carabes pour l’application d’Ecobordure, Marie-Do et Ghislaine pour l’accueil des petits jeunes !

Merci à Bernadette Leclerc pour ses conseils d’écriture et son intérêt notamment pour la suite de mon parcours (à bientôt aux JDD ?!). Je ne pouvais pas rêver mieux que ton petit rocher ensoleillé pour finir ce séjour en Bretagne et rédiger mon rapport !

Marraine Camille, Parrain Rémi : quelle rencontre ! Je pensais tomber sur une Bretonne, je suis tombée sur une Rennaise, je pensais tomber sur un Breton, je suis tombée sur un ancien ensaien. Merci pour ces soirées du vendredi à inventer des trames arc-en-ciel, les balades à vélo, la mousse des tombées de la pluie, les murs de pierres sèches rénovées de Molène sans moutons d’Ouessant...et bien d’autres qui j’espère vont se renouveler (je prends un forfait Mirecourt-Rennes ? et vous prenez vos billets Rennes-Jakarta ?).

Merci à Chloé, son mur et ses post-it, qui se sont propagés sur mon bureau, Gilles, merci pour le chocolat !?!

Bien le merci aussi aux autres stagiaires, Ambre, Elizabeth qui ont partagé avec moi l’aquarium et particulièrement Maëva pour son aide pendant les enquêtes.

Enfin, je remercie les agriculteurs qui ont bien voulu participer aux entretiens sans qui cette étude n’existerait pas.

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Lexique

Allocation d’usage aux parcelles : Mécanisme décisionnel attribuant un usage à chaque parcelle.

Bordure de champ (BC) : Espace linéaire arboré ou non, retrouvé le long d’une parcelle.

Continuités écologiques : Ensemble des espaces nécessaires à la vie et aux déplacements des espèces végétales et animales.

Gestion territoriale (GT) de l’exploitation agricole (EA): Processus d’organisation spatio- temporelle des activités agricoles répondant aux objectifs que s’est fixé l’agriculteur. Elle prend en compte la position spatiale de l’ensemble des éléments (parcelles, bordures de champ, chemins…) constituants le territoire d’exploitation et la circulation entre ces éléments.

Dans cette étude, la gestion territoriale est restreinte aux règles qui attribuent un usage à chaque parcelle (« mécanisme d’allocation des usages »).

Gestion des bordures de champ : Processus d’organisation spatio-temporelle des activités agricoles spécifiquement liées aux bordures de champ. Nous l’analyserons systématiquement selon ses trois fonctions : la production (« réaliser un produit »), l’aménagement (« modifier la structure ») et l’entretien (« conserver un état »).

Logique : Cohérence qui relie les règles de décision.

Modèle centre-périphérie (modèle CP) : Modèle de gestion territoriale des exploitations laitières. L’organisation spatiale des usages des terres est (entre autre) fonction de la distance au bâtiment destiné aux vaches laitières.

Parcelle : Une surface continue de territoire qui porte le même usage et qui fait l’objet de la même succession d’interventions.

Organisation spatiale des usages des parcelles : Agencement dans l’espace des usages de toutes les parcelles du territoire d’exploitation. Elle est partie prenante de la gestion territoriale de l’exploitation.

Règle de décision : Formalisation des mécanismes mis en jeu lors du processus de décision.

Territoire d'exploitation : Structure spatiale définie par la localisation et la configuration de l’ensemble des parcelles gérées par l’agriculteur.

Usage d’une parcelle : Utilisation attribuée par l’agriculteur à une parcelle.

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Sommaire

Résumé ... 3

Abstract ... 5

Remerciements ... 7

Lexique ... 9

Liste des figures ... 13

Liste des tableaux ... 13

1. Contexte général et problématique de l’étude ... 15

1.1. Biodiversité et continuités spatiales des habitats ... 15

1.2. Objectifs des Trames Vertes et Bleues ... 15

1.3. Place des agriculteurs dans la gestion des continuités écologiques ... 17

1.4. Conditions de pérennisation des continuités écologiques ... 19

1.5. Démarche d’ensemble ... 21

1.5.1. Etude du changement ... 23

1.5.2. Objets d’étude du changement ... 25

1.5.2.1. Activités de production des exploitations agricoles et paysage ... 25

1.5.2.2. Gestion et organisation spatiale du territoire d’exploitation ... 27

1.5.2.3. Les fonctions des activités de gestion des bordures de champ ... 27

1.6. Questions de recherche et hypothèses ... 29

2. Matériels et Méthodes ... 31

2.1. Démarche méthodologique d’ensemble ... 31

2.2. Récolte des données ... 31

2.2.1. Zone d’étude ... 31

2.2.2. Echantillonnage au sein des exploitations agricoles de la ZAA... 33

2.2.3. Echantillonnage des parcelles ... 33

2.2.4. Méthode d’enquête ... 35

2.3. Traitement des données ... 37

2.3.1. Représentation des trajectoires historiques des objets étudiés ... 37

2.3.1.1. Trajectoires des systèmes de production ... 37

2.3.1.2. Trajectoires des territoires (structure et gestion) ... 37

2.3.1.3. Trajectoire des parcelles (structure et gestion) ... 39

2.3.2. Représentation des logiques de gestion des objets étudiés... 39

3. Résultats ... 41

3.1. Evolution des systèmes de production ... 41

3.1.1. Evolution de la SAU et lien avec l’évolution des autres descripteurs ... 41

3.1.2. Logiques d’évolution des systèmes de production ... 41

3.2. Evolution des modes de gestion des territoires d’exploitation... 43

3.2.1. Type 1 : Evolution de la gestion territoriale des « blocs » de parcelles éloignés ... 45

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3.2.2. Type 2 : Evolution de la gestion territoriale des parcelles proches du siège d’exploitation... 45

3.2.3. Type 3 : Evolution de la gestion territoriale créant deux « sous ensembles » ... 47

3.3. Représentation de l’organisation spatiale des usages des parcelles ... 51

3.3.1. Type 1 : Vers un modèle centre-périphérie à plusieurs « satellites » ... 51

3.3.2. Type 2 : Vers un modèle centre-périphérie « boule de neige » ... 55

3.3.3. Type 3 : Vers des modèles centre-périphérie « jumeaux » ... 55

3.4. Evolution des modes de gestion des bordures de champ ... 57

3.4.1. Facteurs de changements des pratiques de gestion des bordures de champ ... 57

3.4.1.1. Liés à un changement de SAU ... 57

3.4.1.2. Non liés à un changement de SAU ... 59

3.4.2. Facteurs de pérennisation des pratiques de gestion des bordures de champ ... 59

3.5. Conclusion ... 61

4. Discussion ... 63

4.1. Retour sur la méthode employée ... 63

4.1.1. Analyse du changement ... 63

4.1.2. Echantillonnage ... 63

4.1.3. Décrire l’évolution des objets et les mécanismes décisionnels mis en jeu ... 63

4.1.4. Remonter dans le passé ... 67

4.2. Discussion des résultats ... 69

4.2.1. Evolution des systèmes d’exploitation ... 69

4.2.2. Organisation spatiale de l’usage des parcelles ... 71

4.3. Limites de l’étude ... 73

5. Conclusion ... 75

Références ... 77

Liste des annexes ... 83

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Liste des figures

Figure 1 : Représentation du modèle centre-périphérie. ... 26

Figure 2 : Démarche méthodologique. ... 30

Figure 3 : Ensemble des territoires d’exploitation étudiés ... 32

Figure 4 : Trajectoire du système ... 40

Figure 5 : Stratégies de diversification des productions. ... 42

Figure 6 : Arbre "logiques d'allocation des usages aux parcelles, type 1". ... 44

Figure 8 : Trajectoire du système de production, type 3. ... 46

Figure 7 : Arbre « logique d’allocation des usages aux parcelles, type 2. ... 46

Figure 9 : Représentation spatiale des surfaces, modèle "satellites" ... 48

Figure 10 : représentation spatiale des usages des parcelles, modèle "satellites". ... 49

Figure 11 : Localisation des changements d'usage des parcelles dans les "satellites". ... 50

Figure 12 : Représentation spatiale des surfaces, modèle "boule de neige". ... 52

Figure 13 : Représentation spatiale des usages des parcelles, modèle "boule de neige". ... 53

Figure 14 : représentation spatiale des surfaces modèle "jumeaux". ... 54

Figure 15 : Impact d’un changement d’usage. ... 56

Figure 16 : Impact d'un changement de propriétaire. ... 56

Figure 17 : Impact d'un changement dans la succession. ... 56

Figure 18 : Impact de la perte de surveillance des bêtes. ... 58

Figure 19 : Les haies comme enclosure. ... 58

Figure 20 : Homogénéisation des usages des parcelles mais maintien des creux. ... 58

Liste des tableaux Tableau 1 : Description des territoires des exploitations enquêtées... 32

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1. Contexte général et problématique de l’étude 1.1. Biodiversité et continuités spatiales des habitats

La « biodiversité » est devenue un enjeu majeur des politiques publiques environnementales. Créé depuis 2000, le Millennium Ecosystem Assessment (l’évaluation des écosystèmes pour le millénaire, maweb.org, 2005) conclut notamment que « l’Homme a modifié les écosystèmes (…), ce qui a entraîné la perte considérable et largement irréversible de la diversité de la vie sur Terre ».

Dès les années 1970, les premières politiques de préservation de la nature (COMOP TVB, 2009a) ont eu pour action la mise en place de zones protégées pour les espèces sauvages emblématiques et les milieux naturels. Cela a concouru à la création d’îlots de préservation, isolés progressivement les uns des autres par une anthropisation progressive des zones non protégées.

En écologie du paysage, l’Homme est partie intégrante des écosystèmes : le paysage est le « reflet des interactions entre nature et sociétés » (Burel et Baudry, 1999). Le paysage est « un niveau d’organisation des systèmes écologiques, supérieur à l’écosystème » (Burel et Baudry, 1999). La connectivité, qui prend en compte les échanges entre les habitats, est une des caractéristiques fondamentales des paysages. Elle peut être structurelle quand deux habitats sont adjacents, ou fonctionnelle quand l’espèce considérée peut passer d’un habitat à l’autre, même s’ils sont éloignés (Burel et Baudry, 1999). Un habitat peut être formé d’un seul couvert ou d’une mosaïque de couverts (« mosaïque paysagère »). L’ensemble des corridors permettant les échanges, forme un réseau écologique.

1.2. Objectifs des Trames Vertes et Bleues

Ce concept d’habitats et d’échanges entre les habitats a été repris dans le cadre de politiques publiques visant à enrayer le déclin de la biodiversité.

L’Etat français organisa en 2007 le Grenelle de l’environnement dans le but de prendre des mesures en faveur de l’environnement et du développement durable. Actuellement, deux lois dites « loi Grenelle 1 » et « loi Grenelle 2 » ont vu le jour. Touchant divers secteurs, de l’énergie (production d’énergies renouvelables…) aux bâtiments (isolation…) en passant par la gouvernance (partenariat avec des associations de protection…), elles ont pour objectif d’agir contre la dégradation de l’environnement (legrenelle-environnement.fr, 2009).

L’élaboration des trames vertes et bleues (TVB) est mentionnée dans le cadre de la « loi Grenelle 2 ». Traduction législative des réseaux écologiques (COMOP TVB, 2009a), les TVB

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visent à maintenir et à reconstituer un réseau d’échanges pour que les espèces animales et végétales puissent communiquer, circuler, s’alimenter, se reproduire et se reposer (COMOP, TVB 2009a) : ce sont des continuités écologiques. Ces TVB ont pour vocation de conserver les services éco systémiques que nous rend la biodiversité, y compris la biodiversité dite ordinaire (COMOP TVB, 2009a), nécessaire au bon fonctionnement d’un écosystème.

La loi Grenelle 2 définit 2 types de continuités écologiques (COMOP TVB, 2009b) :

- Continuités d’éléments semi-naturels (haies) reliant des éléments semi-naturels (bosquets)

- Continuités constituées par la mosaïque agricole favorable aux organismes (prairies naturelles) reliant des éléments semi-naturels. De plus, d’autres travaux en écologie apportent des éléments démontrant que la mosaïque de cultures a des conséquences sur les déplacements des espèces et donc qu’elle contribue aussi aux continuités écologiques (Fitzgibbon, 1997; Ouin et al., 2000). Or, leur organisation spatiale est très dépendante de l’agriculture (Burel, 2012).

Les TVB sont aussi un outil de gestion et d’aménagement du territoire prenant en compte la nécessité d’une gestion de la biodiversité à l’échelle du territoire (COMOP TVB, 2009a), nécessitant d’impliquer l’ensemble de ses acteurs. Elles seront prises en compte dans la réalisation des projets de territoires tels que les SCoT (Schéma de Cohérence Territoriale), les PLU (Plans Locaux d’Urbanismes) et elles doivent assurer une intégration de la gestion de la biodiversité dans la gestion des territoires par les collectivités locales.

1.3. Place des agriculteurs dans la gestion des continuités écologiques

La mise en place des TVB aborde principalement l’agriculture en posant comme enjeu de « favoriser le maintien et le développement d’une activité agricole organisée spatialement pour contribuer à une certaine hétérogénéité des paysages, et attentive au maintien des prairies naturelles, des bocages, des mares et des zones humides » dans le cadre des milieux ouverts (COMOP TVB, 2009a).

Les éléments constitutifs des continuités écologiques sont gérés, façonnés, et entretenus par l’activité agricole. Les agriculteurs font donc partie des gestionnaires des futures TVB.

Mon stage, au sein de l’unité SAD-Paysage du département Science pour l’Action et le Développement de l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) s’insère dans le programme de recherche interdisciplinaire DIVA « Action publique, Agriculture et Biodiversité ». Lancé en 2000 par le MEDD (Ministère de l’écologie et du développement

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durable), ce programme de recherche vise à mieux comprendre l’influence des actions publiques sur les interactions entre les pratiques agricoles et la biodiversité (MEDD, 2006).

DIVA est un programme interdisciplinaire, en partenariat avec des gestionnaires des espaces ruraux tels que les Parcs Naturels Régionaux, les Chambres d’Agriculture, les Communautés de Communes,…) montrant ainsi clairement des objectifs tournés vers l’action et le développement.

Une des premières conclusions des recherches entamées dans le cadre des projets DIVA antérieurs est qu’il existe un troisième type de continuités écologiques (Burel, 2012).

Ce troisième type est « créé par l’activité agricole qui produit des continuités favorables à la biodiversité qui peuvent être indépendantes des éléments semi naturels » (Aviron et al., 2007).

C'est-à-dire que certaines activités agricoles comme l’organisation spatiale des itinéraires techniques peuvent également produire des mosaïques (états des couverts cultivés, épandages d’herbicides…) à l’origine de continuités écologiques.

Le troisième projet DIVA-Agriconnect « Continuités écologiques dans les paysages agricoles » postule une complémentarité entre les trois types de continuités et les prend donc en compte ensemble.

1.4. Conditions de pérennisation des continuités écologiques

En parallèle des conditions de réalisation des TVB, les chercheurs se posent la question de leur pérennité dans le temps et donc des facteurs impliqués dans la pérennité des continuités écologiques. La conservation ou l’adoption de pratiques par les acteurs du paysage, conciliables avec le fonctionnement des TVB ne sont pas définies dans les textes de loi (Camproux-Duffrène et Lucas, 2012).

Le paysage est dynamique. Il est le support de systèmes écologiques qui évoluent dans le temps et l’espace sous l’influence de perturbations diverses : de « l’attaque de chenilles processionnaires » aux « éruptions volcaniques » en passant par les activités agricoles (Burel et Baudry, 1999). Burel et Baudry (2005) ont montré que la connectivité fonctionnelle d’un paysage changeait au cours du temps à cause de la variation des surfaces en culture et de leur organisation spatiale au sein d’un paysage. Thenail et Baudry (2004) avaient explicité les règles d’allocation des usages des parcelles au sein du même paysage d’étude. Ces règles découlaient notamment de la configuration de ce territoire (taille des parcelles, distance entre la parcelle et le siège d’exploitation).

Les agronomes impliqués dans le projet Agriconnect ont pour objectif de comprendre les mécanismes qui, au sein des exploitations agricoles, conditionnent et font évoluer les

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continuités écologiques, en se basant sur l’étude des systèmes agricoles et leurs évolutions (Burel, 2012).

Plusieurs travaux ont été réalisés sur la contribution des exploitations agricoles aux mosaïques paysagères, en considérant ces exploitations comme si elles étaient en « rythme de croisière ». Thenail et al. (2009) montrent ainsi que la connectivité structurelle de la mosaïque de cultures varie en fonction de la diversité des cultures dans et entre les successions culturales (effet « déroulement » des successions) et de la hiérarchie dans les critères d’allocation des successions culturales, différents selon les systèmes de production et les régions comparées. Cependant, les processus de changement, qui peuvent s’opérer entre deux

« phases de croisière » ont été moins étudiés et nécessitent des études sur des pas de temps de plusieurs décennies. Dans les Pyrénées, Mottet et al. (2006) étudiant les changements d’utilisation des sols et leurs facteurs sur une cinquantaine d’année, ont montré par exemple que le passage d’une agriculture multifonctionnelle à une agriculture spécialisée avait eu pour effet une intensification de certaines zones, mais aussi une extensification d’autres zones, transformant des parcelles de cultures en prairies extensives voire abandonnées.

Ce stage s’appuie sur ces références et contribue aux travaux de recherche en agronomie entamés au sein du projet DIVA Agriconnect. Etude exploratoire de l’évolution d’exploitations agricoles sur plusieurs décennies, mon stage a pour objectif de donner de premiers éléments de compréhension et de modélisation des changements au sein des exploitations agricoles qui pourraient influencer la pérennisation des continuités écologiques.

1.5. Démarche d’ensemble

Parmi les éléments gérés par les agriculteurs, les parcelles sont des objets spatiaux où se superposent des processus écologiques et des processus de gestion agricole (Deffontaines, 1991). Les bordures de la parcelle ou bordures de champ (BC) sont aussi à considérer dans le but de comprendre les interactions entre les pratiques agricoles et les systèmes écologiques (Deffontaines, 1996 ; Burel et Baudry 1990). La parcelle et ses BC sont donc un des éléments du paysage en jeu dans la gestion par l’agriculture des continuités écologiques.

Pour comprendre comment pérenniser l’état d’un objet, un des moyens est de chercher à comprendre pourquoi il change. Pour comprendre comment pérenniser ces objets

« interfaces entre processus écologiques et processus de gestion agricole », il nous faut comprendre comment et pourquoi ils changent.

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L’état d’une parcelle et de ses BC est notamment fonction des pratiques agricoles qui y sont faites, ce qui relève d’un processus de gestion. Il s’agit donc de connaitre les changements de gestion effectués sur ces éléments et de comprendre les déterminants, les contraintes, les logiques qui mènent à ces choix de changement de pratiques.

Or les pratiques effectuées dans un champ sont dépendantes des pratiques dans les autres champs. Le territoire d’exploitation est une structure spatiale définie par la localisation et la configuration de l’ensemble des champs gérés par l’agriculteur (Deffontaines, 1991 ; Benoit, 1985). Pour comprendre un changement de pratiques au niveau de la parcelle et de ses BC, il nous faut comprendre comment et pourquoi la gestion territoriale (GT) de l’exploitation a changé. La gestion territoriale est un processus d’organisation spatio- temporelle des activités agricoles répondant aux objectifs que s’est fixé l’agriculteur. Elle prend en compte la position spatiale de l’ensemble des éléments (parcelles, bordures de champ, chemins…) constituants le territoire d’exploitation et la circulation entre ces éléments (Martin et al., 2006). Dans cette étude, la gestion territoriale est restreinte aux règles qui attribuent un usage à chaque parcelle, c'est-à-dire aux règles d’allocation des usages des parcelles.

Le territoire d’exploitation est ainsi le support de l’organisation des activités de production de l’exploitation agricole (Deffontaines, 1991 ; Benoit, 1985). L’ensemble des activités de production et la façon dont elles sont mises en œuvre définissent le système de production. Il s’agit de relier des changements de gestion territoriale à des changements du système de production.

1.5.1. Etude du changement

Pour accéder aux leviers d’action concourant à la pérennité des continuités écologiques, nous allons étudier les processus en jeu lors d’un changement des éléments qui les constituent.

Dans une perspective d’accompagnement du changement dans l’évolution des exploitations agricoles, Moulin et al. (2008) préconisent de travailler sur les « changements en tant que processus », en caractérisant le contexte du changement (qu’il soit interne ou externe au système agricole) sans distinguer à priori changements exceptionnels et changements continus (caractérisation des changements en science de la gestion, Desrumeaux, 1986).

En Bretagne, les modalités de changements des pratiques de GT et de gestion des BC sont encore peu connues.

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Les territoires des exploitations bretonnes ont beaucoup évolué lors des dernières décennies. On observe une tendance à l’agrandissement des exploitations (Agreste Bretagne, 2012). La proportion des exploitations de plus de 50 ha a augmenté de 14 points en une dizaine d’année, atteignant 40% des exploitations agricoles bretonnes. Les très grandes exploitations (100 ha et plus) ont aussi beaucoup progressé lors de la dernière décennie : leur nombre a presque doublé et elles exploitent près du tiers des surfaces agricoles utiles bretonnes (Agreste Bretagne, 2012). Les exploitations laitières acquièrent des parcelles éloignées du siège d’exploitation qui semblent inaccessibles aux vaches laitières (Le Roux et al. 2008).

1.5.2. Objets d’étude du changement

1.5.2.1. Activités de production des exploitations agricoles et paysage

La diversité des systèmes de production agricole a un impact sur le paysage.

Deffontaines et al. (1995) suggèrent que pour mieux comprendre et modéliser les paysages agricoles, il faut prendre comme point de départ la structure (type de productions, localisation du siège d’exploitation, cheptel, collectif,…) et le fonctionnement de la ferme (c'est-à-dire la localisation des usages des parcelles, des pratiques de production,…).

Une étude réalisée dans une région bretonne dominée par la production laitière, au gradient bocager croissant du nord au sud a montré que la quantité de haies était beaucoup moins importante au nord où les exploitations produisaient des cultures (dont du maïs fourrager) que dans les zones au sud plus herbagères (Baudry, 2000).

Deffontaines et al. (1995) en comparant les patrons paysagers lorrains et normands, ont montré que l’histoire, la position des sièges d’exploitation, le choix des systèmes de production et le fonctionnement des fermes étaient des facteurs majeurs de l’organisation des paysages aux côtés des caractéristiques physiques des parcelles.

La sortie des exploitations agricoles lorraines des villages, suite à une campagne de remembrement des parcelles, a modifié l’organisation du paysage en déplaçant et organisant les prairies et les cultures autour des sièges d’exploitations et non plus autour du village.

(Deffontaines, 1995). Une telle étude de l’effet de « déplacements » des sièges d’exploitations (à la faveur de regroupements de parcelles) n’a pas été faite pour le cas normand. Comme en Normandie, les exploitations agricoles de Bretagne ne sont pas regroupées dans ou autour d’un village comme en Lorraine.

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Place de la gestion territoriale dans l’évolution des exploitations agricoles Page 26 Figure 1 : Représentation du modèle centre-périphérie.

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Les systèmes de production normands sont aussi plus divers au sein d’une même zone que les systèmes de production lorrains, induisant des stratégies d’utilisation des sols et donc une organisation du paysage variée (Deffontaines, 1995).

La Bretagne est la première région laitière française. Les quelques 10 000 exploitations spécialisées en « bovins lait » (OTEX) utilisent 45% de la surface agricole utile (SAU) bretonne et le tiers de la main d’œuvre (Agreste Bretagne, 2011). En 2000 et 2007, on observe une légère augmentation du nombre des exploitations associant plusieurs types de production (Bovins lait-viande…) avec en parallèle une légère diminution des exploitations

« bovins lait » spécialisées (Agreste Bretagne, 2010).

Or les activités de production sont portées par le territoire d’exploitation.

L’organisation des productions, définissant un usage à chaque parcelle et relevant de la GT de l’exploitation, est élaborée en regard de l’ensemble du territoire d’exploitation (Deffontaines, 1991 ; Benoit, 1985).

1.5.2.2. Gestion et organisation spatiale du territoire d’exploitation

Dans le cas d’exploitation laitière, la gestion territoriale (GT) suit principalement un modèle centre-périphérie (CP) dont le centre est le siège d’exploitation où se situent les bâtiments d’élevage destinés aux vaches laitières. Selon un gradient de distance au siège d’exploitation, l’organisation spatiale des usages est (Benoit, 1985 ; Thenail et Baudry 2004) (figure 1) :

- Les parcelles en prairies temporaires autour des bâtiments sont utilisées pour la pâture des vaches laitières

- Les petites parcelles en prairies plus ou moins éloignées du siège d’exploitation sont utilisées pour la fauche et/ou la pâture des génisses

- Les parcelles cultivables les plus éloignées sont utilisées pour la production de cultures telles le maïs ensilage (pour les moins éloignées) et les cultures de vente.

Les modèles développés concernent principalement l’allocation de l’usage à chaque parcelle. Or, pour une évaluation des « interactions entre les pratiques agricoles et les systèmes biologiques », la parcelle et ses BC doivent être prises en compte (Deffontaines, 1991, 1995 ; Burel et Baudry, 1990) car ce sont des composantes majeures des continuités écologiques. Peu de travaux portent sur l’évolution de la gestion des BC dans le temps.

1.5.2.3. Les fonctions des activités de gestion des bordures de champ

La parcelle est une surface continue de territoire qui porte le même usage et qui fait l’objet de la même succession d’interventions (Deffontaines, 1991). Les BC sont les étroits

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espaces arborés ou non, situés le long des parcelles. Elles sont des habitats pour les plantes, les oiseaux en reproduction, les petits mammifères et les invertébrés (Le Cœur et al. , 2002).

Les états des parcelles et des BC sont intimement liés et dépendants des pratiques réalisées sur les uns et les autres. Par exemple, la composition de la flore des BC dépend notamment de la diversité des structures des bordures elles-mêmes (haie, bandes d’herbe à plat,…), de la succession culturale adjacente et des modes de gestion des bordures de champ (Le cœur et al., 2002). De manière générale, les pratiques de gestion des BC sont fonction de l’usage de la parcelle adjacente (Baudry et Jouin, 2003).

En Bretagne, les pratiques réalisées sur les BC, décrites par Thenail et al. (submitted) sont diverses. Ces auteurs associent trois types de fonctions à la gestion des BC : i) réaliser un produit « production »(succession culturale, récolte du bois…), ii) conserver un état

« entretenir » (gestion de la largeur de la bordure,…) et iii) modifier la structure

« aménagement » (gestion de la forme de la parcelle, de la structure de la bordure…). Les changements de pratiques de gestion des BC et leurs facteurs sont moins connus.

On observe une destruction progressive du bocage breton. La longueur des linéaires de haie a beaucoup diminué (arasement de haies, augmentation de la taille des parcelles) (Baudry et Jouin, 2003). Certaines pratiques d’entretien (utilisation de glyphosate pour traiter le pied de la haie, élagage dissymétrique des arbres à hauteur de cabine de tracteur pour implanter le maïs, émondage en période de remontée de sève…) concourent à la fragilisation du bocage (Baudry et Jouin, 2003 ; Thenail et al., submitted).

Les fonctions des BC dans les exploitations agricoles sont peu clairement désignées par les agriculteurs ; leur gestion, effective (y compris pour la production de bois de chauffage), semble plus être faite selon un objectif « par défaut » : les agriculteurs font

« avec » (Thenail et al., submitted).

1.6. Questions de recherche et hypothèses

Quels sont les changements et les logiques de changement dans la gestion territoriale de l’exploitation agricole - dont la gestion des bordures de champ - en lien avec une augmentation de la surface agricole utile (SAU) ? Existe-t-il un lien entre ces changements et les évolutions des systèmes de production des exploitations ?

Nous faisons l’hypothèse que l’augmentation de SAU, modifiant les systèmes de production de l’exploitation agricole entraine des changements dans l’organisation spatiale des usages et augmente la quantité de linéaires de BC à gérer. Un des objectifs de la gestion des BC va être de diminuer le temps qui leur est consacré.

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Place de la gestion territoriale dans l’évolution des exploitations agricoles Page 30 Figure 2 : Démarche méthodologique.

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2. Matériels et Méthodes

2.1. Démarche méthodologique d’ensemble

Moulin et al (2008) ont construit un cadre d’analyse et une démarche méthodologique visant à relier en trois étapes « processus de changement, trajectoires des exploitations et transformations de l’environnement » au sens large. Nous allons décliner cette méthodologie pour analyser les conséquences d’une « augmentation de SAU » sur la gestion territoriale à trois niveaux : celui du système de production, celui du territoire d’exploitation et celui de la parcelle et ses bordures de champ (figure 2).

Nous avons recueilli les données par enquêtes rétrospectives sur l’histoire de l’exploitation afin i) de dater les évènements « augmentation de SAU », ii) de relever l’évolution d’autres descripteurs du système de production dans sa globalité, de la GT dont celle des BC de l’exploitation. L’enquête visait aussi à connaitre les liens logiques faits par l’agriculteur entre l’« augmentation de SAU » et l’évolution des autres descripteurs du système de production, et comment il justifiait l’ « augmentation de SAU ». Pour un compromis entre observation de changements et temps d’acquisition, les données ont été recueillies sur un pas de temps de deux décennies.

Pour chaque exploitation, la première étape de l’analyse consiste à représenter l’évolution de l’ensemble des descripteurs de l’exploitation de manière à repérer les phases où ces descripteurs sont stables et les phases où ils changent : ce sont les « trajectoires ».

La seconde étape de l’analyse consiste à repérer dans ces trajectoires, les éléments qui changent et ceux qui ne changent pas dans le système de production, dans la GT et dans la gestion des BC et de recréer les liens entre tous les changements survenus à l’aide des justifications exprimées par les agriculteurs.

La troisième étape est une analyse transversale des différents cas et vise à comprendre les différents choix pris par les agriculteurs face à l’évènement « augmentation de la SAU ».

2.2. Récolte des données

2.2.1. Zone d’étude

Le pas de temps de l’étude étant long (deux décennies), il s’agissait de trouver une zone où des données sont récoltées depuis plusieurs décennies. C’est le cas de la Zone Atelier Armorique (ZAA) au nord-est de l’Ille et Vilaine, en Bretagne et au sud de la Baie du Mont Saint Michel. Elle se caractérise par un gradient bocager du Sud au Nord. C’est un dispositif

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Place de la gestion territoriale dans l’évolution des exploitations agricoles Page 32 Tableau 1 : Description des territoires des exploitations enquêtées

Figure 3 : Ensemble des territoires d’exploitation étudiés

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de recherche pour « comprendre les relations entre une société et son environnement », sur le canton de Pleine-Fougères (osur.univ-rennes1.fr, 2012). Cette zone est membre du réseau

« zones ateliers » de l’Institut Ecologie et Environnement du CNRS et des réseaux européens LTER-Europe et internationaux ILTER de sites de recherche à long terme en écologie.

Les premiers parcellaires agricoles géo référencés de ces sites datent de 1993. Les profils des exploitations de la zone, en regard de leurs productions avaient été décrits par Thenail et al. (2002) : des exploitations laitières spécialisées, des exploitations laitières diversifiées et quelques exploitations céréalières spécialisées. Au sein de l’unité, Christophe Codet a notamment effectué un suivi des orientations technico-économiques des exploitations (OTEX) jusqu’en 2004 pour une cinquantaine d’exploitations de la ZAA.

2.2.2. Echantillonnage au sein des exploitations agricoles de la ZAA

Nous voulions nous focaliser sur les facteurs de changement des systèmes de production, de gestion territoriale et de gestion des BC qui entraient en jeu suite à une

« augmentation de SAU ». Dans notre échantillon d’exploitations, nous avons cherché à minimiser les différences de systèmes de production, et en revanche à maximiser les différences de configurations de parcellaires afin d’effectuer des comparaisons portant précisément sur ces variations de parcellaires. Nous avons tout d’abord sélectionné des exploitations dont la production dominante était le lait en 2004, en utilisant l’OTEX. Puis nous avons sélectionné une grande diversité de territoires d’exploitation (tableau 1, figure 3).

Pour cela nous avons mesuré des critères de dispersion et de morcellement - deux descripteurs de configuration du territoire d’exploitation notamment utilisés pour l’évaluation des remembrements parcellaires (Gonzalez, 2007) - à partir des Registres Parcellaires Graphiques1 (RPG) anonymisés de 2010. Le morcellement (nombre de parcelles/100ha, Gonzalez, 2007) a été calculé et la dispersion, donnant une indication de l’étendue du territoire d’exploitation a été estimée.

2.2.3. Echantillonnage des parcelles

Au sein de chaque territoire d’exploitation, pour un compromis entre représentativité et temps d’acquisition des données, nous avons sélectionné 5 parcelles pour capter des

1Document de déclaration spatialisée des surfaces exploitées par un agriculteur, utilisé pour l’attribution des aides PAC et mis à disposition sous forme anonyme par l’Agence de Services et de Paiements (ASP).

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changements de gestion des bordures de champ. Grâce aux données d’usage recueillies lors du premier entretien (voir partie 2.2.4.) et à l’étude de photographies aériennes sur une période d’environ 10 ans (données acquises par les géographes impliqués dans la ZAA, de Géoportail et de Google Maps), nous avons pu sélectionner 2 parcelles destinées à recueillir des logiques l’aménagement et 3 parcelles pour des logiques liées à l’entretien et la production.

Finalement, pour l’aménagement, nous avons sélectionné une parcelle dont la forme ou la taille ou les structures des BC avaient changé et une parcelle très semblable où cela aurait pu changer (une parcelle contigüe à une autre portant toutes deux le même usage avec une haie les séparant mais qui sont tout de même 2 parcelles différentes d’un point de vue fonctionnel pour l’agriculteur). Pour l’entretien et la production, nous avons sélectionné une parcelle d’usage « culture », une d’usage « pâture et culture » et une d’usage « pâture et/ou fauche ».

2.2.4. Méthode d’enquête

L’enquête a été divisée en deux entretiens semi-ouverts, à 1 mois d’intervalle laissant ainsi la place à une analyse des premières données pour affiner le second entretien. Les guides et supports d’entretiens ont été élaborés à partir d’un questionnaire et d’une base de données

« Agripays » développés par l’unité, et de précédentes enquêtes en exploitation visant à détecter des changements.

Le premier entretien permettait de recueillir l’évolution de descripteurs globaux des systèmes de production lors des vingt dernières années (SAU, collectif, quotas, cheptel, assolement, bâtiments et leurs localisations), la localisation et l’usage de chaque parcelle en 2012 et les dates d’acquisition/location des différentes parcelles (annexe 1). Le recueil des données d’évolution commençait par l’année 2012 puis remontait dans le temps.

Le second entretien s’est focalisé sur les liens logiques entre les changements dans les systèmes de production, dans la gestion territoriale et dans la gestion des BC en lien avec l’évènement « augmentation de la SAU ». Les modes de gestion des BC actuels et passés ont aussi été relevés (annexe 2). Les entretiens ont été tous deux enregistrés, le second a été retranscris.

Lors du premier entretien, les données relatives aux parcellaires des exploitations nécessitant une spatialisation ont été relevées à l’aide de transparents superposables sur les copies papiers du RPG des agriculteurs.

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Lors du second entretien, afin d’aider à la visualisation des différentes évolutions du territoire d’exploitation, nous avons utilisé comme support une impression papier des différents stades du territoire d’exploitation. Les cinq parcelles sélectionnées étaient elles aussi imprimées sur papier afin de pouvoir dessiner d’éventuelles modifications de forme.

2.3. Traitement des données

2.3.1. Représentation des trajectoires historiques des objets étudiés

Il nous fallait trouver des formes de représentations permettant de visualiser les évolutions et les changements des différents descripteurs étudiés sur deux décennies.

2.3.1.1. Trajectoires des systèmes de production

L’évolution des systèmes de production de chaque exploitation a été mise sous la forme d’une frise chronologique sur laquelle sont représentées les évolutions de 6 familles de descripteurs permettant de prendre connaissance de l’évolution des productions (Quotas laitiers, assolement) et de certains moyens de productions (Cheptel, SAU, bâtiments et UTA), permettant une compréhension globale du système de production. La représentation utilisée est une simplification de celle utilisée par Ryschawy (in press), inspirée de Moulin et al (2008).

L’axe horizontal représente le temps. Les 6 familles de descripteurs du système de production sont mentionnées à gauche. Les chiffres et expressions désignent des évènements dans l’évolution de ces descripteurs, et les flèches représentent les périodes où l’évolution des descripteurs est continue. L’évènement que nous considérons est entouré.

2.3.1.2. Trajectoires des territoires (structure et gestion)

L’évolution de la localisation des usages des parcelles de chaque territoire d’exploitation a été enregistrée sous la forme d’une base de données géo référencées à l’aide des logiciels de systèmes d’informations géographiques (SIG) ArcView et QuantumGis. La table attributaire fournie avec le RPG a été complétée.

Les calculs de distance, de dispersion et de morcellement ont été réalisés à l’aide de Excel et Open Office calc.

La représentation des trajectoires des territoires d’exploitation consiste à représenter la structure et l’organisation spatiale des usages des parcelles avant et après les évènements

« augmentation de SAU ».

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Place de la gestion territoriale dans l’évolution des exploitations agricoles Page 38

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Place de la gestion territoriale dans l’évolution des exploitations agricoles Page 39 2.3.1.3. Trajectoire des parcelles (structure et gestion)

Les trajectoires de parcelles ont été relevées à la main avec l’aide de l’agriculteur et de points de repère sur le terrain et sur photographies aériennes. Elles permettent de localiser et de visualiser précisément les évolutions des pratiques liées aux activités de production, d’entretien et d’aménagement des bordures de champ.

2.3.2. Représentation des logiques de gestion des objets étudiés

Une logique est un ensemble cohérent de règles de décisions.

L’analyse des règles de décision vis-à-vis des différentes pratiques de gestion permet de dégager des tendances communes dans les choix des agriculteurs mais aussi de détecter les modulations des règles de décisions propres à chaque agriculteur (Aubry et al., 1997).

Basé sur les travaux de Aubry et al. (1997), un formalisme des règles de décision a déjà été utilisé en considérant des exploitations agricoles en « rythme de croisière ». Il s’agit donc d’éprouver ce formalisme pour étudier des logiques de changement sur plusieurs décennies.

Les décisions des agriculteurs peuvent être décrites selon trois composantes (Schaller, 2012) : - Les variables de décision, c'est-à-dire ce sur quoi l’agriculteur prend une décision. Par

exemple, l’agriculteur doit choisir l’usage de la parcelle X de son territoire.

- Les déterminants, qui sont ce qui influe sur la prise de décision. Par exemple, cette parcelle est petite et éloignée du siège d’exploitation.

- Les règles de décision, qui sont les règles que suit l’agriculteur pour prendre sa

décision. Par exemple, « Si la parcelle est petite et éloignée du siège d’exploitation, la parcelle X aura pour usage le pâturage des génisses non gestantes. ».

Les logiques ont finalement été représentées sous forme d’arbre de décision où ressortent les différentes composantes de la décision sans références chronologiques. Ce sont des compilations des différentes décisions prises au cours de la période étudiée par les exploitants (un exploitant pouvant prendre plusieurs décisions au cours de la période étudiée).

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Place de la gestion territoriale dans l’évolution des exploitations agricoles Page 40 Figure 4 : Trajectoire du système

de production de l’EA7.

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Place de la gestion territoriale dans l’évolution des exploitations agricoles Page 41

3. Résultats

3.1. Evolution des systèmes de production

Toutes les exploitations enquêtées sont des exploitations laitières diversifiées en 2012.

Au cours de la période étudiée, les exploitations ont eu plusieurs stratégies de diversification qui sont compilées sur la figure 5 : la production dominante annoncée est la production laitière mais on voit apparaitre entre 2 et 4 nouvelles productions : des cultures de vente (7 exploitations sur 7), de la viande bovine (4 sur 7), des volailles (2 sur 7).

3.1.1. Evolution de la SAU et lien avec l’évolution des autres descripteurs

Dans l’exemple de l’EA7, entre 1979 et 2012, le nombre d’UTA a augmenté de 30%

alors que la SAU a augmenté de presque 600% (figure 4, les 6 autres cas sont en annexe 3).

De manière générale, toutes les exploitations ont vu leur SAU augmenter progressivement et/ou par de gros apports successifs. Le nombre d’UTA/100ha diminue dans tous les cas. Les quotas laitiers supplémentaires ont été apportés par les parcelles nouvellement exploitées. Les sièges d’exploitation des agriculteurs enquêtés sont restés les mêmes sauf le siège d’exploitation de l’EA5 qui a été déplacé en 2006.

Cependant, l’augmentation de la taille du cheptel laitier n’a pas été forcément proportionnelle à l’augmentation de SAU ni à celle des quotas laitiers. L’assolement (proportion relative des couverts) a évolué au cours du temps, la part de surface en herbe diminuant dans toutes les exploitations agricoles (EA) enquêtées.

L’enquête avait pour objectif de comprendre les logiques qui, autour de l’évènement

« augmentation de la SAU », ont déterminé les évolutions des productions agricoles, et d’identifier les descripteurs concernées. Une même logique peut aboutir à des évolutions différentes et une même évolution peut être issue de logiques différentes.

3.1.2. Logiques d’évolution des systèmes de production

Nous avons émis l’hypothèse que des changements dans la SAU étaient liés à des évolutions des systèmes de production.

La figure 5 est une synthèse des différentes logiques d’évolution des systèmes de production et de leurs déterminants en lien avec l’évènement « augmentation de SAU ».

Au cours de la période étudiée, parmi les 7 cas étudiés, la prise de décision

« augmenter la SAU » avait 4 objectifs différents : dégager du temps libre (4 EA), installer une UTA familiale (4 EA), vivre de l’activité agricole (1 EA) et augmenter la zone pâturable par le cheptel laitier (1 EA).

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Place de la gestion territoriale dans l’évolution des exploitations agricoles Page 42 Figure 5 : Stratégies de diversification des productions.

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