Robes d’air et robes d’eau
Nathalie Roelens
(Université du Luxembourg)
2002 2015 2017 2019
Introduction : entre « corsets » et « pathétisme textile »
*
* Aby Warburg, Sandro Botticelli, 1893 15ièmesiècle : « Le laçage de la robe sur
le buste, la rigidité de la trame, l’étroitesse de la ceinture révèlent bien, en ce milieu du
15ièmesiècle, une exigence toujours accrue
de resserrement » 18ièmesiècle : « assouplissement », « laxité », « flexibilité » 19ièmesiècle : Giacomo Leopardi,
https://www.terrafemina.com Givenchy, 1957
https://www.ma-grande-taille.com
1. La robe et ses déclinaisons
1.1. « Une robe bien faite va à tout le monde » (Coco Chanel )
#StyleNotSize
Maggie Cheung in Wong Kar-Wai,
In the Mood for Love, 2000
Le pavillon de l’Elégance, Robe du soir « Apollo » Jeanne Lanvin, 1925
« little black dress » d’Audrey Hepburn in Blake Edwards,
Breakfast at Tiffany’s, 1961
1.2. La robe et ses figures de « style »
→ Hypallage
« Tremulae sinuantur flamine vestes.
ses vêtements frissonnent et ondulent sous le souffle du vent. » (Ovide, Le rapt d’Europe)
Gillis Coignet
.
« l’adorable leurre qu’est, au musée Grévin,
cette femme feignant de se dérober dans l’ombre
pour attacher sa jarretelle» (Breton, Nadja, 1928, 1962)
→ Synecdoque
« une femme doit-elle retrousser sa robe en marchant ? […] et vera incessu
patuit dea’ La déesse se révéla par sa démarche’ »
(Balzac, « Théorie de la démarche », 1834)
« Une femme passa, d’une main fastueuse / Soulevant, balançant le feston et
l’ourlet ; / Agile et noble, avec sa jambe de statue » (Baudelaire, A une passante, 1861)
«retroussant délicatement avec deux doigts un large pan du satin, de la soie du velours qui flotte autour d’elle. »
(Baudelaire, Le peintre de la vie moderne, 1863)
« Ce bas-relief représente une jeune fille épanouie ; elle marche [ein reifes
junges Mädchen im Schreiten], et a un peu retroussé son vêtement aux plis nombreux, révélant ainsi ses pieds chaussés de sandales. »
(Freud, Le Délire et les Rêves dans la Gradiva de W. Jensen 1906) « La voyageuse qui traverse les Halles à la tombée de l’été
Marchait sur la pointe des pieds »
(Breton, Tournesol, 1923)
« la clarté soudaine sous une jupe qu’on relève d’une jambe qui se découvre »
(Aragon, Le paysan de Paris, 1926)
http://frawsy.eklablog.com/divertissement-c25186724/14 Thom Browne, collection printemps-été 2020
→ Métaphore
Proenza Schouler, robe chasuble en tweed, entièrement doublée (New York, 2012)
« il faut pouvoir se baisser, jouer au golf, mettre ses chaussures. Il faut donc prendre les mesures de la cliente ayant les bras croisés… » (Paul Morand, L’allure de Chanel, 1996, p. 70)
Man Ray, Coco Chanel, 1935
Piero della Francesca,
Madonna del parto, 1460
→ Allégorie
Maimouna Guerresi,
Rûh/Âme, 2019
chou romanesco fractal
Queen Caitriona Balfe, 2019
La « fraise » < « fraise de veau » Michiel Jansz. van Mierevelt,
Delft, 1566-1641 Cf. Stanley Kubrick, Barry Lyndon, 1976 Alexander McQueen, printemps/été 2002, “Sarabande"
Man Ray, Sans titre, c. 1935, épreuve gélatino-argentique, retouches à l’encre noire
Henri Matisse,
Blouse roumaine, 1940
John Everett Millais, Ophélie, 1851, Tate Britain, Londres
3. La robe d’eau : Ophélie
René Magritte, Hommage à Mack Sennet, 1934
Alexandre Cabanel, Ophélie, 1883, coll. part.
Stefano Maderno, Sainte Cécile, 1600, marbre, Rome, Santa Cecilia in Trastevere
Adèle Hugo, Léopoldine lisant, 1837, crayon de graphite et
crayon rouge sur papier. Auguste de Châtillon,
Léopoldine [11 ans] au livre d’heures,
1835 ca, h/t, 73 x 60 cm
« Oh ! la belle petite robe
Qu’elle avait, vous rappelez-vous? » (Victor Hugo, Les Contemplations)
4. La robe d’air : Loïe Fuller
Kate Vaughan
London Gaiety Girls, Philadelphia, 1889
Léon Spilliaert, Le coup de vent, 1904, encre de Chine, lavis, pinceau, aquarelle, gouache sur papier, 51 x 41 cm
Loïe Fuller in “Quack, Medical Doctor” 1891 skirt dance d’une femme sous hypnose
Ballets suédois : Jean Börlin, Offerlunden, ballet-pantomime, 1923 (décor et costumes de Gunnar Hallström, dadaïste)
Martha Graham, 1894-1991 Edgar Degas, Répétition générale du ballet, 1874
Ballets russes : Bronislava Nijinska,
Le Train bleu, costumes de
Coco Chanel , 1924
Frederick Glasier, Portrait de Loïe Fuller, 1902
Koloman Moser, vers 1910 Loïe Fuller, Danse serpentine, Park Theatre de Brooklyn, New York,
le 15 février 1892
« femme tout à la fois papillon, fleur, flamme et serpent »
Theodor Heine, 1894 William Bradley, 1894
Attaque Demoniaque, Dr. Paul Richer.
Études Cliniques sur la Grande Hystérie ou Hystéro-Épilepsie (1885)
Album de photographies spirites : médium
et spectres voilés, Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski
(Giovanni Lista, 1994 : 79)
En 1891, Rud Aronson du Casino Theatre de New York « baptisa ma danse La Serpentine » (Giovanni Lista : 81)
William Hogarth « ligne serpentine », « ligne onduleuse », « ligne de beauté », « ligne de grâce » (Lista : 88)
Cf. le chemins des ânes
vs le chemin des hommes
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•Danse fluorescente (1901)
•La Dame phosphorescente (1903) •La Tragédie de Salomé (1907) « An electric Salome » (« The Poetry of Skirts », Cosmopolitan Magazine)
Jacques Demy, Peau d’âne, 1970 (Charles Perrault, 1694)
Savage Beauties 2010 consacré au couturier
Alexander McQueen qui a réalisé des robes inspirées des danses de Loïe Fuller
Robe-coquillage, 2013
robe « Splash », 2011
impression 3D
5. Au-delà de la robe : Caillois, Valéry, Lilar, Van Herpen
Iris Van Herpen (maison 2007-)
François-Raoul Larche,
« Une robe de Grünewald m’était jadis apparue sous la forme
d’un fantastique coquillage » (Sainte Lucie, détail, collection des Princes de Bade, Donaueschingen) (Suzanne Lilar, Le journal de l’analogiste, Paris, Grasset, 1979)
Marie-Madeleine, statue en calcaire
Stéphane Mallarmé, Billet à Whistler, 1914
Pas les rafales à propos
De rien comme occuper la rue Sujette au noir vol de chapeaux ;
Mais une danseuse apparue Tourbillon de mousseline ou Fureur éparses en écumes
Que soulève par son genou Celle même dont nous vécûmes Pour tout, hormis lui, rebattu Spirituelle, ivre, immobile Foudroyer avec le tutu,
Sans se faire autrement de bile Sinon rieur que puisse l’air De sa jupe éventer Whistler.
Portrait de Mallarmé par James Abbott McNeil Whistler