J
OURNAL DE
T
HÉORIE DES
N
OMBRES DE
B
ORDEAUX
J
ACQUES
M
ARTINET
Histoire des journées arithmétiques
Journal de Théorie des Nombres de Bordeaux, tome
7, n
o1 (1995),
p.
VII-
XIII<http://www.numdam.org/item?id=JTNB_1995__7_1_R7_0>
© Université Bordeaux 1, 1995, tous droits réservés.
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vii
Histoire des Journées
Arithmétiques
par
JACQUES
MARTINETLa fondation.
Les Journées
Arithmétiques
ont eu lieu pour lapremière
fois àGreno-ble en
19601,
à l’initiative de ClaudeChabauty,
désireux de structurerquelque
peu la théorie des nombresfrançaise
et de la faire connaître dans lemilieu des mathématiciens
français.
À
ceteffet,
il aorganisé,
avec lesou-tien de la Société
Mathématique
deFrance,
cinq
exposés pendant
l’avant-dernier week-end du mois demai,
et édité et fait distribuer auxparticipants
une brochurepolycopiée
contenant de courts résumés des conférences. Cesconférences,
destinées àvulgariser
chacune un thème de théorie desnom-bres,
ont étéprononcées
par CLAUDE CHABAUTY(Grenoble),
FRANÇOIS
CHÂTELET
(Besançon),
ROGER DESCOMBES(Paris) ,
CHARLES PISOT(Paris)
et GEORGES POITOU(Lille).
Elles ont étépar
la suiterédigées
etpubliées
dansL’Enseignement Mathématiques,
revue suisse dont F. Châtelet était l’un des rédacteurs. En voici les titres :C.
Chabauty
Introduction à lagéométrie
des nombres F. Châtelet Introduction àdiophantienne
R. Descombes Problèmes
d’approximation diophantiennes
C. Pisot Introduction à la théorie des nombres
algébriques
G. Poitou Le théorème deThue-Siegel-Roth
Les référence
précises
sont les suivantes :8
(1962),
41-53 ;
6(1960),
3-17 ; 6
(1960),
18-26 ;
8(1962),
238-251 ; 7
(1961),
281-285.Par la
suite,
cestextes,
complétés
par uneBibliographie
del’arithméti-que écrite par F.
Châtelet,
ont étéregroupés
dans le numéro 6 des"Mono-graphies
del’Enseignement Mathématique"
(numéro
épuisé),
dont ilsoc-cupent
les 80premières
pages.let non en 1961, comme je l’ai fait écrire par erreur dans les actes des Journées de 1983
viii
[Les
pages 81 à 127 sont consacrées à un article de Paul Erdôs intituléQuelques problèmes
de la théorie desnombres.]
Étant
alors étudiant en licence demathématiques
àGrenoble,
etdéjà
pourvu d’ungoût prononcé
pourl’arithmétique,
j’ai
écouté lesexposés,
et,
dès la fin de mes
études,
me suis tourné vers lesaspects
algébriques
dela théorie des
nombres,
influencé parl’exposé
deChâtelet,
consacré auxcourbes
elliptiques,
introduites via le théorème de Fermat pourl’exposant
4 en liaison avec la
eourbe y2 -
x(x’
+ 1),
et par celui dePisot,
mon-trant la riche extension de
l’arithmétique
quepermet
la notion d’entieralgébrique.
Je ne savais pas àl’époque
quel’exposé
deChabauty,
montrantsur
l’exemple
des minima des formesquadratiques
réelles à deux variablesque la théorie des nombres
peut
faire bonménage
avec les nombresréels,
aurait bien
plus
tard une influence sur le choix de mesrecherches,
etje
doisdire
que j’ai
toujours
suivi avec intérêt cequi
se passe dans le domaine desapproximations
diophantiennes,
même si lesexposés
de Descombes et de Poitou ne m’ont pas conduit à effectuer moi-même des recherches dans cedomaine.
Les Journées
Arithmétiques
étaient loin de ressembler à ce que nousconnaissons
maintenant,
où l’on fait unlarge
tourd’horizon
desprogrès
récents de la théorie des nombres. Ils’agissait plutôt
d’uneopération
devulgarisation
et depropagande,
et la salle de conférences de l’ancien Institut Fourier deGrenoble,
certes de taillemodeste,
fut biengarnie,
grâce
enparticulier
à laparticipation
de nombreuxprofesseurs
del’enseignement
secondaire. De cepoint
de vue, cespremières
Journées furent une réussite.Il fut aussi décidé par les conférenciers que
l’expérience
devrait êtrerépétée.
Ce fut faitgrâce
aux deux autres conférenciersprovinciaux, qui
organisèrent
les deuxièmes et troisièmes JournéesArithmétiques
à Lille en1963 et à
Besançon
en 1965.C’est de cette
époque
lointaine que date la tradition discutable de nepas
organiser
les JournéesArithmétiques
à Paris.L’année 1963 marque une évolution radicale de l’université
française,
sen-sible dans tous les domaines de la
science,
etparticulièrement
enmathéma-tiques :
unimportant
recrutement d’assistants eut lieu en France au débutdes années soixante. Les Journées de Lille furent l’occasion pour
Georges
Poitou de mettre dans le bain les assistants Lillois avec
l’exceptionnel
dy-namisme
qui
ne l’abandonnajamais.
L’auditoire fut constitué essentielle-ment de chercheursprofessionnels,
lesexposés
restant encore pour l’essentielix
L’évolution de la structure du corps
enseignant
des universités a entraînél’apparition
aux Journées deBesançon organisées
en 1965 parFrançois
Châtelet des
premiers
exposés
rendantcompte
de travauxoriginaux
dejeunes
chercheurs ; Georges
Poitou fit en sortequ’il
y eut encore une solideimplication
desLillois,
en faisant faire par lesplus jeunes
desexposés
sur des articlesqu’il
avait choisis.C’est en
1967,
avec les JournéesArithmétiques
deGrenoble,
que la vaguede recrutements du début des années 1960 fit
pleinement
sentir ses effets. Lesorganisateurs
décidèrent de consacrer l’essentiel du
temps
deparole
àl’exposé
de thèses fraichement soutenues ou sur lepoint
de l’être. Ces Journées virent aussipour la
première
fois laparticipation
dequelques
mathématiciensétrangers
de passage en France.
L’ouverture.
Il fut décidé à Grenoble que les Journées
Arithmétiques
prochaines
se-raient
organisées
àMarseille,
au mois de mai de l’annéesuivante,
àl’Univer-sité
Saint-Charles,
au centre de la ville. La situationpolitique
française
endécida autrement : la France fut
paralysée pendant près
d’un mois parles "événements de mai". Les
organisateurs
durent in extremis annuler les Journéesquelques
jours
avant la dateprévue
de leur ouverture.Les
collègues
marseillais,
encore sous lechoc, préférèrent
laisser passerleur tour.
Jean Fresnel saisit alors la balle au
bond,
et proposal’organisation
à Bordeaux des JournéesArithmétiques
à l’automne 1969. Un groupeimportant
d’arithméticiens d’une trentaine d’années venait de s’installer àBordeaux,
enparticulier
sous l’influence dePisot, qui
y avait été lui mêmeprofesseur quelques
annéesauparavant.
C’était l’occasion de faire connaître notreuniversité,
et nousprîmes
l’initiative d’inviterplusieurs
collègues
étrangers, accompagnés
s’ils le souhaitaient par l’un de leursdoc-torants.
L’internationalisation, déjà quelque
peuprogrammée
pour l’annéeprécédente,
était en marche.La tradition d’éditer les actes dans une
publication
officielle futreprise,
et j’en
assurail’édition, grâce
au soutien de la S.M.F.qui
mit un volume de ses Mémoiresx
Les Journées
Arithmétiques
suivantes eurent lieu en1971,
à Marseille comme il se doit. Pour des raisonstechniques,
l’université de Saint-Jérômeremplaça
l’université de Saint-Charlesprévue
en 1968. Il y eutquelques
soubressauts
post-1968
au cours d’une séanceprésidée
par Bateman.Celui-ci sut trouver les mots
justes
à dire auxétudiants,
avec la sagesse et ledoigté
que confèrent
l’âge
et unelongue
expérience
des campus américains.Les Journées
Arithmétiques
suivantes,
organisées
en1973,
furent lestroisièmes Journées
grenobloises.
Lesorganisateurs innovèrent,
transgres-santl’usage
de lesorganiser
avant les examens dejuin
ou au mois deseptem-bre,
en les faisant se tenir au mois de février. Lesparticipants
eurent la chance depouvoir
découvrir le ski defond,
que les JeuxOlympiques
d’hiver avaient fait connaître auxgrenoblois
cinq
ansauparavant.
L’idée de1967,
consistant à
privilégier
lesexposés
desjeunes
auvoisinage
de lathèse,
futmaintenue. De ce
fait,
les conférenciers de 1967 furent assez souventrem-placés
par leurs élèves.Les Journées retrouvèrent une date
canonique,
auprintemps
de1974,
avec leur seconde éditionbordelaise, organisée
par PierreDamey.
L’exposé
par Heini Halberstam mit en lumière les travaux de Chen sur la
conjecture
de Goldbach
(2n
=pi + p2 ou pi +
p2p3),
qui,
publiés
dans une obscure revuechinoise,
n’avaient pas connus la diffusionqu’ils méritaient.
En mêmetemps
que la datecanonique,
les Journées retrouvèrent l’édition d’unvol-ume
d’actes,
comme ce fut le casdéjà
à Bordeaux en1969,
et encore une fois avec lacomplicité
de laS.M.F.,
qui
mit à ladisposition
desorganisateurs
un volume double
d’Astérisque,
unepublication
créée peu detemps
aupa-ravant.
Depuis,
les actes des Journées ont étésystématiquement publiés.
Les JournéesArithmétiques
suivantes furentorganisées
à Caen auprin-temps
de1976,
par untemps
plus
estival queprintanier,
sous larespon-sabilité de
Roger
Apéry.
Deuxnouveautés, imposées
par le succès croissantde
l’institution,
et dontl’usage
s’est maintenujusqu’à présent,
furentintro-duites à la suite de discussions tenues à Bordeaux : d’une
part,
on décida de consacrer les matinées à des conférencesd’exposition,
permettant
de fairele tour d’un
sujet ;
d’autrepart,
on fractionna lesaprès-midis
enplusieurs
thèmes faisant
l’objet d’exposés plus
courtsayant
lieu enparallèle.
Les JournéesArithmétiques
ontdepuis
fonctionné ainsi.Malgré
tout,
letemps
faisantdéfaut,
on travaillajusqu’au
samedi àmidi,
où deux conférenceseurent lieu devant un
amphithéâtre
comble.Qui
oserait de nosjours
serisquer
àdépasser
lescinq
jours
traditionnels ?Peu avant les
Journées,
Roland Gillard fut amené àchanger
le titre initialementprévu
de sonexposé
pouradopter
la formulation"~u
=o" ,
xi
Ferrero et
Washington
ayant
résoluquelques
moisauparavant
laconjecture
célèbre de la théorie d’Iwasawa sur les
Zp-extensions cyclotomiques.
Après
Caen,
les JournéesArithmétiques
eurent lieu une seconde fois àMarseille,
en1978,
cette fois à l’université nouvelle deLuminy,
sous laresponsabilité
de GérardRauzy.
Il y eut un événementpendant
ces Jour-nées : la conférenced’Apéry
au cours delaquelle
fut annoncée la preuve del’irrationalité de
~~3) .
Certes,
les avis étaientpartagés
à l’issue del’exposé
quant à la fiabilité de la démonstration. L’avenir a
prouvé
que les idéesétaient
bonnes,
et mêmeexploitables
defaçon
relativement directe.Les Journées
Arithmétiques
deviennenteuropéennes
Lors des Journées de
Marseille,
un "collectif’ decollègues
anglais
fit laproposition,
"afin de remercier les arithméticiensfrançais
pour leurs nom-breusesinvitations" ,
de tenir enAngleterre
les Journées suivantes. Cetteproposition
futacceptée
avecenthousiasme,
et les JournéesArithmétiques
de 1980 furent
organisées
pendant
lapériode
dePâques
dans la charmante villed’Exeter,
au sud del’Angleterre,
dont l’université est bienadaptée
àl’accueil de
congressistes.
À
la demande dePoitou,
il fut souhaité que lesJournées aient lieu néanmoins une fois sur deux dans leur pays
d’origine.
Cette alternance a été
respectée jusqu’à présent.
,Le
"scoop"
fut cette fois l’annoncependant
lecongrès
de ladémonstra-tion par Mazur et Wiles de la
"conjecture principale
de la théoried’Iwasawa" ,
ce
qui
résolvait du même coup laconjecture
proposée
parGeorges
Gras lorsdu dernier
exposé
des Journées de Caen. Lesorganisateurs
avaient eu lasagesse de laisser un peu de
place
dans la liste desexposés
principaux.
Ilfut ainsi
possible
à John Coates de faire deux conférences sur ce résultat.Malgré
le souhait souventexprimé
dans lepassé
de fixer à deux ans lapériodicité
de JournéesArithmétiques,
les suivantes(pour
des raisonstech-niques)
furentorganisées
parGeorges
Rhin dès l’année1981,
àMetz,
un siteprivilégié
pour l’ouverture versl’Europe.
Defait,
les mathématiciens alle-mands fournirent pour lapremière
fois ungrand
nombre decongressistes,
un faitimportant
pour l’avenir de Journées.Depuis
les Journées deMetz,
lapériodicité
de deux ans a été larègle,
et l’alternance nous conduisit en 1983 aux
Pays-Bas,
où Hendrik Lenstraet Robert
Tijdeman organisèrent
les JournéesArithmétiques
au début de l’été dans le centre decongrès
deNoordwijkerhout,
à mi-chemin entre leursuniversités
respectives
d’Amsterdam et deLeyde
(=Leiden).
L’événement fut cette fois l’annonce faite
quelques
semaines aupara-vant de ladémonstration, après quelque
soixante ans derésistance,
de laxii
conjecture
de Mordell. Lesorganisateurs
mirent surpied rapidement
une conférence de GerdFaltings,
qui
mobilisa l’essentiel descongressistes
en une find’après-midi.
Le retour en Franche nous conduisit pour la deuxième fois à
Besançon,
où Jean
Cougnard
organisa
en 1985 les14ièmes
JournéesArithmétiques,
ex-actement 20 ans
après
celles deFrançois
Châtelet. Tout le mondeapprécia
leur excellenteorganisation,
au sein d’une ville à taille humaine.- Il fut décidé à
Besançon
que les JournéesArithmétiques
suivantesau-raient lieu à Ulm en
1987,
ville elle aussi à taille humaine. Je me souviensque
quelques
sourires accueillirent l’annonce que l’adresseprécise
seraitEs-elsberg.
Leurorganisation
parWirsing,
un ancien desJournées,
puisqu’il
était
présent
à Bordeaux en1969,
fut un succès.En
1989,
Marseille accueillit les JournéesArithmétiques
pour la troisièmefois,
sur le campus deLuminy
comme en 1978. Entretemps,
un événementimportant
pour les mathématiciensfrançais
avait eu lieu :l’aménagement
en centre decongrès
(le C.LR.M.)
sur le site deLuminy
d’une anciennedemeure
provençale.
Grâce à la ténacité dequelques
uns, dontGeorges
Poitou,
décédé peuaprès
ces Journées.auxquelles
sa santé ne lui avait paspermis
departiciper,
la communautémathématique
française
avaitenfin son "Oberwolfach". Gilles
Lachaud,
lepremier
directeur duC.I.R.M.,
organisa
àLuminy,
autour duC.I.R.M.,
ces16ièmes
JournéesArithmétiques.
La taille des
actes,
qui
occupent
un volumetriple d’Astérisque,
a atteint à cette occasion un maximum.À
Marseille,
ce fut la Section deMathématiques
de l’Université deGenève,
en les personnes de DanielCoray
etYves-François Pétermann,
qui
futdésignée
pourorganiser
l’édition suivante. Vul’exiguïté
des locaux pro-pres de laSection,
les conférences eurent lieu à l’Université deGenève,
surles bords de
l’Arve,
toutprès
du centre de la ville.Pour la
18è"
édition des JournéesArithmétiques,
prévue
enFrance,
lacandidature de
Bordeaux,
par la taille de sonéquipe
de théorie desnombres,
s’imposait,
après
presque 20 ansd’interruption.
J’eus le redoutable honneurd’être
chargé
del’organisation
pour1993,
tâche dontje
m’acquittai
avec la collaboration de Francine Delmer.L’annonce avant les vacances d’été de la démonstration par Wiles de la
conjecture
deFermat,
sans aucun doute leplus
célèbre desproblèmes
qui
aient atteint le
grand public,
nousobligea
àchanger
nosplans.
Laprésence
de Jean-Pierre Serre et l’invitation in extrenus de RichardTaylor
nousxiii
dont les zones d’ombre ne furent pas cachées. Comme on le sait
maintenant,
il restait à cette
époque
une sérieuselacune,
etje
dois dire que Serre nousmit en
garde. À
l’heure oùj’écris
ceslignes,
cette lacune estcomblée,
et tout le mondegardera
de ces Journées le souvenir de "Fermat"plutôt
que celui dutemps
épouvantable
qui
avaitrégné
au cours de cette semaine deSeptembre.
À
Bordeaux,
PilarBayer
s’estproposée
pourorganiser
à Barcelone les19’è"
JournéesArithmétiques.
Cet aperçuhistorique prend
fin avec cerendez-vous pour