210 Revue Médicale Suisse – www.revmed.ch – 27 janvier 2010
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Village sans OGM et sans minarets
Chez nos voisins français, l’automobiliste qui aborde une localité s’en voit décliner les atouts historiques – église romane ou prieu- ré gothique – tandis que d’autres panneaux annoncent les plaisirs plus terrestres de la bonne chère et du bon vin. Nos amis nord- américains n’ont pas de patrimoine aussi an- tique à faire valoir. Pourtant, la signalisation routière se rattrape sur le nombre d’habi- tants (à l’unité près) et sur la liste des églises – baptiste, épiscopalienne, méthodiste, pres- bytérienne… – qui ont clocher sur rue céans.
Ce ne sont pas les monuments qu’on cé- lèbre ici, mais bien les vénérables crêpages de chignon théologiques auxquels on doit cette diversité ecclésiale. Certes, à l’instar des vendettas corses, le paroissien moyen ignore probablement les subtilités doctri- nales à l’origine de ces querelles, qui remon- tent généralement au XVIIe ou XVIIIe siècle.
Mais c’est précisément l’ancienneté de ces chamailleries qui permet au moindre village perdu dans les blés du Middle West d’entrer de plain-pied dans la Grande Histoire de l’Occident.
Les Helvètes ne faisant rien comme les autres, c’est sur le mode apophatique (c’est- à-dire de la négation) que certaines com- munes suisses s’affichent aux yeux du voya- geur. Elles annoncent fièrement qu’il n’y a pas d’OGM chez elles. La pureté génétique règne. Aucun ADN adultère n’ensemence le sol sacré de la Patrie. Depuis le 29 novem bre dernier, ils pourraient mentionner sur leurs panneaux une autre inexistence, celles des minarets. Rien que des clochers baptisés propre en ordre. Non que les Suisses soient particulièrement religieux, l’enthousiasme n’est pas dans leur caractère. C’est la pureté eth- nico-religieuse du paysage qui est ainsi dé- fendue. La poutze du phénotype après celle du génotype.
Ainsi en a décidé le Souverain. Il s’ensuivit une discussion embarrassée sur notre ré- gime politique. Cette fameuse démocratie directe que l’étranger (ne) nous envie (pas)
et qui ressemble plus à la monarchie abso- lue qu’à une démocratie représentative. Car, qui dit Souverain dit cour et courtisans.
Ceux-ci protestèrent que le Peuple, qui a toujours raison, était oppressé et bâillonné par des «éli tes» intellectuelles hautaines et affidées à l’Etranger. Remarquez que le dé- gommage des élites – en gros, les gens qui réfléchissent – loin d’être l’apanage des blogs et des courriers des lecteurs, s’afficha à lon- gueur d’éditorial des journaux à grand tirage.
Com me honneur journalistique, on a vu mieux.
Et au moins, sous l’Ancien Régime, on pou- vait écrire des chansons et des libelles con tre le roi, voire même l’écarter légalement du pouvoir s’il était franc fou, comme Georges III d’Angleterre.
Plus d’un monarque l’a aussi noté à ses dépens, le pouvoir absolu ne permet pas de contrôler le cours de l’histoire. Le Souverain suisse est très en forme pour combattre les dangers inexistants, comme le génie géné- tique ou l’islamisme à la sauce helvétique.
Mais que la haute noblesse du Royaume se lance dans l’aventurisme financier, il ne con- trôle en rien la débâcle qui en résulte. Ce pays ingouvernable et ingouverné va genti- ment à vau-l’eau. En comparaison, les pro- blèmes de la Belgique, souvent cités en contre-exemple au bonheur helvétique, pa- raissent de simples querelles d’amoureux.
carte blanche
Pr Alex Mauron Institut d’éthique biomédicale CMU, 1211 Genève 4 [email protected]
D.R.
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