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Lutte antisida : les nouvelles contradictions (1)

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1842 Revue Médicale Suisse www.revmed.ch 29 septembre 2010

actualité, info

Lutte antisida : les no uvelles contradictions (1)

L’une des caractéristiques de la lutte contre l’épidémie de sida est qu’elle souffre, bien plus que d’autres entités pathologiques, d’in­

supportables contradictions. Elle génère certes depuis des années de multiples propos mé­

dicaux et scientifiques argumentés. Séparés les uns des autres, chacun se nourrit de sa propre logique. Mais il suffit de les réunir et de les comparer pour que les contradictions éclatent au grand jour. Prenons les derniers exemples en date en France avant de faire de même à l’échelon planétaire puisque cer­

tains – parmi les meilleurs experts – envisa­

gent la perspective de l’éradication quand d’autres programment un sida éternelle­

ment présent au sein de l’espèce humaine ; si tant est que notre espèce est promise à l’éternité.

La France tout d’abord, avec ces deux don­

nées particulièrement éclairantes : le nombre des personnes contaminées chaque année par le VIH y est en baisse tandis que les nou­

velles contaminations concernent – à nou­

veau et pour l’essentiel – les membres de la communauté homosexuelle masculine (ou pour reprendre le jargon épidémiologique officiel, «les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes» – HRSH). Tel est le bilan d’une publication à paraître dans le numéro daté de novembre de The Lancet In- fectious Diseases.1

Quelques chiffres : près de la moitié des 7000 personnes infectées par le VIH en 2008 en France étaient des «HRSH» et, dans ce groupe, l’incidence de l’infection est désor­

mais environ deux cents fois plus élevée que dans la population française hétérosexuelle.

En d’autres termes, pour reprendre l’expres­

sion – ambiguë – des auteurs, la transmis­

sion du VIH au sein de ce groupe semble avancée thérapeutique

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Revue Médicale Suisse www.revmed.ch 29 septembre 2010 1843

Lutte antisida : les no uvelles contradictions (1)

aujourd’hui «hors de contrôle».

«Dans l’ensemble, les infections par le VIH diagnostiquées en France ont diminué de façon significative, passant de 8930 nou­

velles infections annuelles en 2003 à 6940 en 2008», résument les auteurs dirigés par Jean­

Claude Desenclos (Institut national français de veille sanitaire). Ces

informations viennent compléter et confir­

mer les dernières don­

nées épidémiologi ques fran çaises (www.slate.

fr/story/22993/sexe­

retour­syphilis) con­

cernant les infections sexuellement transmis­

sibles (Revue médicale suisse du 8 septem bre).

Le même phénomène est observé en Belgique où des chercheurs de l’Université de Gand estiment que la com­

munauté homosexuel­

le jeune et de race blan che prend «trop

de ris ques» et souhaitent la mise au point de programmes de prévention mieux ciblés vers cette population.

Dans un commentaire de The Lancet Infec- tious Diseases, un groupe d’experts travail­

lant à Vancouver (Robert S. Hogg, David M.

Moore, Warren D. Michelow, Julio S.G. Mon­

taner) estime que le nombre «inacceptable­

ment haut» de nouvelles infections chez les HRSH en France pourrait être réduit par une approche de prévention combinée, in­

cluant des actions visant spécifiquement ce groupe et «une extension de la thérapie an­

tirétrovirale à toutes les personnes infectées par le VIH éligibles au traitement».

Peu de temps après la publication de ces informations, les associations françaises di­

rectement impliquées dans la lutte contre le sida ont aussitôt réagi dans le même sens.

Dénonçant, une nouvelle fois, le «manque de volonté politique», Act Up a ainsi récla­

mé une prévention «mieux ciblée», en parti­

culier auprès des homosexuels vivant dans les petites villes. A Paris, l’Interassociative lesbienne, gaie, bi et trans (Inter­LGBT), qui regroupe une soixantaine d’associations, a également pris la parole : «Les associations

de lutte contre le sida donnent l’alerte de­

puis des années mais les moyens des poli­

tiques publiques liées au VIH continuent de baisser.» Elle «exige» que les pouvoirs pu­

blics «reviennent à un haut niveau de cam­

pagne de prévention touchant toutes les po­

pulations affectées par le sida et les infec­

tions sexuellement transmissibles». Ainsi donc l’évolution de la situation épidémiolo­

gique française dans ce domaine ne serait que la résultante d’un désintérêt des autorités sanitaires et de la puissance publique pour le sida en particulier et infections sexuelle­

ment transmissibles en général ? Il y a là ma­

tière à un bien beau débat que personne ne semble avoir envie d’organiser.

Question pratique : où et comment situer les priorités financières de la prévention ? Pour l’heure on ne peut s’empêcher de rap­

procher ces nouvelles données de celles qui avaient été rendues publiques, toujours en France, en décembre 2009 à l’occasion de la dernière «Journée mondiale contre le sida».

On apprenait alors qu’en 2008 près de cinq millions de sérologies VIH avaient été réali­

sées ; soit pour l’essentiel chez les femmes enceintes, certains futurs pères et tous les

donneurs de sang, une population générale qui n’est pas – et de loin – la plus exposée à ce risque infectieux. A partir de ces cinq mil­

lions de tests, 6500 personnes avaient été découvertes infectées par le VIH.

La Haute Autorité (française) de Santé (HAS) rappelait alors qu’avec cinq millions de tests annuels la France se situait au deuxiè me rang des pays d’Europe de l’Ouest derrière l’Autriche où, chaque année, on re­

cherche l’infection par le VIH chez 79 per­

sonnes sur 1000 habitants. Or on sait aussi qu’en dépit de cet investissement massif et durable il existe toujours, comme le dit pudi­

quement la HAS, «un retard au dépistage de l’infection par le VIH, qui concerne plus par­

ticulièrement certains groupes de population ou individus» : sur la période 1997­2007, près d’une personne sur deux chez qui on a, en France, diagnostiqué un sida­maladie aurait pu être dépistée plus tôt. Aussi, pour la HAS, le moment était­

il venu de développer de nouvelles stratégies de dépistage, à savoir proposer un test à l’ensemble de la po­

pulation générale âgée de quinze à 70 ans, voire au­delà et ce en dehors de toute notion d’exposition à un risque de contamination ou caractéristique particulière.

Dans un monde idéal tout serait possible.

Mais dans un contexte de ressources finan­

cières limitées ? Intensifier un dépistage tous azimuts à partir de quinze ans et jusqu’à

«au­delà» de 70 ans ? Lancer à nouveau des campagnes intensives de prévention ciblant les populations «les plus concernées» ? As­

socier les deux ? Ne rien modifier de ce qui existe déjà ? Nous verrons prochainement ce qu’il peut en être des tendances contradic­

toires à l’échelon planétaire.

(A suivre)

Jean-Yves Nau [email protected]

1 Le Vu S, Le Strat Y, Barin F, et al. Population-based HIV-1 incidence in France, 2003-08 : A modelling analysis.

Lancet Infect Dis 2010 Sep 8 ; epub ahead of print. Pu- blished Online September 9:2010DOI:10.1016/S1473- 3099(10)70167-5.

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