• Aucun résultat trouvé

Jean-Pierre Signoret : témoignage

N/A
N/A
Protected

Academic year: 2021

Partager "Jean-Pierre Signoret : témoignage"

Copied!
19
0
0

Texte intégral

(1)

HAL Id: hal-02830069

https://hal.inrae.fr/hal-02830069

Submitted on 7 Jun 2020

HAL is a multi-disciplinary open access archive for the deposit and dissemination of sci- entific research documents, whether they are pub- lished or not. The documents may come from teaching and research institutions in France or abroad, or from public or private research centers.

L’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est destinée au dépôt et à la diffusion de documents scientifiques de niveau recherche, publiés ou non, émanant des établissements d’enseignement et de recherche français ou étrangers, des laboratoires publics ou privés.

Distributed under a Creative Commons Attribution - NonCommercial - NoDerivatives| 4.0 International License

To cite this version:

Jean-Pierre Signoret, Denis Poupardin. Jean-Pierre Signoret : témoignage. Archorales : les métiers

de la recherche, témoignages, 11, Editions INRA, 114 p., 2005, Archorales, : 2-7380-1220-5. �hal-

02830069�

(2)

Est-ce que ce sont vos origines familiales qui vous avaient poussé vers cette spécialisation ?

Oui. Ma famille avait une propriété herbagère en Normandie.

J’avais fait mon premier cycle scolaire à l’école communale du village. J’étais relativement familier du milieu de l’élevage nor- mand.

Peut-on parler à ce sujet de vocation ?

À mon entrée à l’Agro, j’étais intéressé vivement par les forêts (je le suis toujours), mais mon rang de sortie en seconde année ne m’avait pas permis d’intégrer le corps prestigieux des fores- tiers. Comme l’élevage restait ma première passion, je me suis engagé avec enthousiasme dans cette voie.

À la fin de ma troisième année, j’ai passé le concours d’ingé- nieur des services agricoles, le cadre administratif du ministère, qui fournissait alors les fonctionnaires des directions départe- mentales de l’agriculture et de l’enseignement agricole.

Aviez-vous déjà à cette époque une conception de la recherche et des rôles qu’elle pouvait jouer ?

Ce qui m’intéressait n’était pas la recherche proprement dite, mais plutôt le développement des techniques, l’expérimenta- tion et la mise au point de méthodes nouvelles. Pour moi, la recherche restait associée à l’image d’un travail très abstrait et théorique, loin des réalités concrètes, mais aussi d’une vie confi- née entre les murs austères d’un laboratoire. Elle s’identifiait un peu pour moi au domaine inaccessible des grandes avancées scientifiques des laboratoires universitaires ou du CEA.

À l’époque, le laboratoire de Zootechnie dépendant de la chai- re du professeur Leroy était en pointe au niveau international sur le développement des travaux sur la nutrition animale et les

méthodes de sélection. Au cours de ma troisième année, en 1951, j’avais été très attiré par les travaux qui s’y faisaient. Le premier centre de testage des reproducteurs porcins venait de se mettre en place. Ce sujet (la possibilité d’opérer une sélec- tion sur des critères de qualité bouchère) était un domaine nou- veau à côté de celui, déjà bien développé, du contrôle laitier.

J’avais choisi de faire un rapport sur le centre de Bois-Corbon où Raymond Février m’avait reçu et dont le travail m’avait beaucoup intéressé. J’avais alors découvert un aspect de la re- cherche qui correspondait à mes aspirations profondes : une approche concrète et en lien direct avec la mise en place de techniques nouvelles et leur application.

Ce travail innovant et non conventionnel, impliquant un contact avec l’animal et l’élevage, correspondait parfaitement avec ce

Jean-Pierre Signoret

Je suis né le 1

er

novembre 1929, à Paris. Ma famille avait

des attaches rurales en Normandie. J’étais intéressé par l’agriculture et le monde rural, ce qui m’a conduit à envisager des études agronomiques. J’ai fait ma préparation au concours de l’Agro au collège Chaptal à Paris et je suis entré à l’INA après deux années de “prépa”, en 1949. J’en suis sorti en 1952, après avoir effectué, en troisième année, la spécialisation “agriculture-élevage”.

Parmi les enseignants, il y avait René Dumont dont les vues synthétiques sur l’agriculture comparée m’avaient impressionné.

Pour la petite histoire, celui-ci était à l’époque un ardent défenseur du productivisme : il avait été un artisan de techniques novatrices en matière d’intensification des productions fourragères. Il vouait aux gémonies le pastoralisme utilisant les prairies permanentes et avait systématiquement tendance à juger de la valeur d’une agricul- ture à l’aune des unités d’engrais azotés utilisées... y compris pour la production de bois où il stigmatisait l’archaïsme de nos forestiers au vu des peupleraies italiennes fertilisées intensivement.

Je crois avoir été influencé par les idées de René Dumont, mais dans un sens différent de celles qu’a eues plus tard cet auteur : l’intensité et l’efficacité des techniques agricoles s’imposaient, il y a cinquante ans, pour que nos pays satisfassent leurs besoins alimentaires. Aujourd’hui cela apparaît encore la seule voie pour faire face aux besoins alimentaires au plan mondial.

J’avais été beaucoup plus intéressé à l’époque par l’enseignement de la chaire de Zootechnie dirigée par le professeur A. M. Leroy, assisté de Pierre Charlet et de Jacques Delage.

Thèse de Médecine à Tours, avec Claude Fabre (au premier plan à gauche), Pascal Poindron et Frédéric Lévy. Jean-Pierre Signoret est le second à gauche.

Les photos de cet entretien ont été communiquées par Jean-Pierre Signoret.

1952 : reçu au concours des Directions des Services Agricoles 1955 : laboratoire de zootechnie de l’INA

1956-1958 : Directeur de l’école des chefs de centre d’insémination artificielle (Rambouillet) 1958 : affecté au laboratoire de Physiologie animale du CNRZ à Jouy-en-Josas

1964 : affecté au laboratoire de Physiologie de la Reproduction à Nouzilly 1969 : création du laboratoire d’Étude du comportement animal.

Grades

1959 : assistant de recherche 1960 : chargé de recherche 1966 : maître de recherche 1981 : directeur de recherche.

Fonctions exercées

1984-1988 : directeur de la station de Physiologie de la Reproduction 1975-1981 : membre du comité national CNRS (Psychophysiologie et Psychologie) 1978-1980 : membre du comité scientifique des universités

1989-1995 : Vice-président du Comité scientifique pour le bien-être animal (Commission des Communautés Européennes) / Participation régulière à l’enseignement (DEA Physiologie de la Reproduction Paris VI, DEA Biologie du Comportement Paris XIII, Productions animales ENS Agronomique Rennes, École Nationale Vétérinaire d’Alfort, Institut Agronomique Méditerranéen Saragosse, DEA d’Andrologie à la Faculté de médecine de Paris XI, Kremlin-Bicêtre, DEA de Biologie des populations et écoéthologie aux universités de Rennes et Tours.

Quelques dates

Ce témoignage recueilli en 1996 a été relu par l’auteur fin 2004.

71

(3)

que je souhaitais faire. Bien qu’ayant personnellement des goûts très classiques, j’ai toujours aimé les sujets originaux, où l’on n’avait pas à craindre de compétition excessive. C’est ainsi qu’en production forestière, j’avais opté pour un sujet de rap- port sur les productions de bois par des végétaux autres que les feuillus et les conifères.

Au cours de cette troisième année d’Agro, nous avons fait un stage à la Bergerie Nationale de Rambouillet où, sous la direc- tion de Pierre Mauléon, nous avions passé les diplômes d’insé- minateur et de directeur de centre d’insémination artificielle bovine. À l’époque, ces techniques étaient considérées plus pro- ches de la recherche que des méthodes classiques de l’élevage, mais elles offraient des perspectives d’application extraordinai- res. Cette expérience renforçait pour moi l’image positive de la recherche et achevait de me convaincre de son intérêt.

J’ai effectué mon service militaire (18 mois) puis passé quelques mois à travailler sur l’économie de l’agriculture du Morvan en attendant l’année complémentaire destinée aux ingénieurs-élè- ves des services agricoles, regroupés dans ce que l’on appelait alors “la section”. J’ai gardé un bon souvenir de cette année de formation qui nous conduisait à effectuer un tour de France des diverses productions agricoles.

Sans affectation en France métropolitaine, il avait été question que je sois nommé en Tunisie. Mais l’indépendance de ce pays et l’arrivée au pouvoir du président Bourguiba m’ont conduit à passer six mois au laboratoire de Zootechnie de l’Agro, dans l’attente d’un autre poste. J’avais dépouillé des livres généalo- giques sous la direction de Jacques Poly avec qui j’avais publié mon premier article dans les Annales de zootechnie. Il avait trait à l’influence des facteurs raciaux sur la durée de gestation chez la vache laitière.

C’est alors que le poste d’enseignant pour la formation des techniciens de l’insémination artificielle à la Bergerie Nationale

de Rambouillet s’est trouvé libéré à la suite de la candidature de Pierre Mauléon comme chercheur au laboratoire de Physiologie de l’INRA à Jouy-en-Josas. Nanti de mon diplôme de chef de centre d’insémination, j’ai été affecté, en 1955, à ce poste sous la direction de R. Laurens. J’ai été ainsi un des élé- ments de la filière “Rambouillet” qui a constitué une pépinière pour les chercheurs de l’INRA en reproduction animale.

Pouvez-vous retracer les épisodes marquants de cette “filière Rambouillet”?

Cette filière s’est mise en place à la fin de la guerre à l’initiati- ve de Monsieur Martial Laplaud. Celui-ci avait introduit à la Bergerie Nationale les techniques de l’insémination artificielle.

Sous sa direction, Robert Ortavant avait assuré pendant un temps la formation des élèves de cette école et des techniciens de l’insémination. Charles Thibault, alors chez le professeur Grassé, avait commencé à travailler avec lui sur l’insémination tout en poursuivant ses travaux sur l’embryon de lapin.

Lorsque Robert Ortavant a quitté l’enseignement agricole pour entrer à l’INRA, il a été remplacé à son poste par Louis Dauzier, un autre jeune Agro, issu lui aussi de la “section”. Ce dernier a suivi le même trajet. Devenu chercheur à l’INRA, il a été nommé ultérieurement professeur de Zootechnie à l’École Nationale Supérieure Agronomique de Montpellier. À son départ, il a été remplacé par Pierre Mauléon, un autre jeune Agro, issu égale- ment de la “section”, que j’ai remplacé lorsqu’il a rejoint l’équi- pe de Charles Thibault.

À Rambouillet, j’ai été plus spécialement chargé de la forma- tion des futurs responsables des centres d’insémination ainsi que des stages de formation aux techniques de reproduction animale. Ces stages étaient suivis par quelques vétérinaires, mais aussi par les Agros intéressés par les problèmes de la zoo- technie. Nous faisions pratiquer aux étudiants les techniques de collecte de la semence, d’évaluation de la qualité du sperme, de conservation et d’insémination. J’avais toujours aimé le contact avec les animaux, et j’avais introduit dans ces stages des exer- cices pratiques de manipulation des bovins, en particulier des taureaux, dont le contact est toujours impressionnant.

Quel était, à cette époque, le rôle des vétérinaires dans la mise en place de l’insémination artificielle ?

À de très rares exceptions près, les vétérinaires n’étaient pas impliqués ès qualités dans l’organisation de l’insémination arti- ficielle. En France, à la différence de ce qui se passait dans les pays voisins, ils ne s’étaient pas investis dans l’organisation de ce secteur. Les écoles vétérinaires étaient essentiellement orien- tées vers les aspects pathologiques et cliniques et avaient délaissé la recherche portant sur les animaux sains : la repro- duction dans ses aspects non pathologiques, mais aussi tout ce qui concernait la nutrition et la sélection. Ces secteurs d’activi- té ont été occupés du même coup par des Agros issus de la for- mation dispensée par la chaire de zootechnie du professeur Leroy.

Comment a évolué votre travail à Rambouillet ?

L’enseignement des méthodes de l’insémination ne pouvait être fait à l’époque qu’à partir de publications originales. Les tech- niques évoluaient très rapidement, la conservation du sperme bovin par congélation venait d’être réalisée.

Jouy-en-Josas, 1964. Jean-Pierre Signoret (à gauche) expérimente... On reconnaît aussi sur cette photo Pierre Mauléon

et Alain Locatelli (2 et 3

ème

à partir de la droite).

(4)

J’ai ainsi pris connaissance de la bibliographie scientifique, et rencontré ceux qui étaient impliqués dans le travail de recherche effectué en ce domaine. Pierre Mauléon était Agro comme moi et nous avions fait la fameuse “section” ensemble. J’ai donc tout naturellement pris contact par son intermédiaire avec le laboratoire de Physiologie animale de l’INRA à Jouy-en-Josas.

J’y ai découvert un autre aspect de la recherche, impliquant des approches plus fondamentales tout en conservant les perspec- tives d’application. En outre, le dynamisme et le charisme per- sonnel de Charles Thibault et de Robert Ortavant faisaient du laboratoire de Physiologie animale de Jouy-en-Josas le pôle d’innovation en matière de reproduction animale.

À cette époque, qui faisait partie de ce laboratoire ?

En reproduction, outre Charles Thibault et Robert Ortavant, il y avait Louis Dauzier, François du Mesnil du Buisson, Pierre Mauléon, Suzanne Wintemberger. Michel Courot les a rejoints à peu près en même temps que moi. La physiologie animale comprenait un secteur consacré à la lactation dirigé par Robert Denamur avec Jack Martinet tandis que Jean Rougeot étudiait la production lainière.

Les idées de Charles Thibault, ses qualités humaines, ses vues prémonitoires de la recherche et de ses applications étaient impressionnantes et suscitaient l’enthousiasme. Je me souviens avoir lu un article dans une revue du ministère de l’Agriculture où il décrivait en 1949 ce que la recherche en reproduction ani- male était susceptible d’apporter dans les années à venir à la pratique de l’élevage : diffusion du progrès génétique par l’in- sémination et la conservation du sperme, maîtrise de l’ovula- tion, superovulation et transfert d’embryons, ...

L’équipe, construite de novo, abordait alors d’une manière sys- tématique toutes les étapes de la reproduction : la production des gamètes mâles (Ortavant, Courot), l’ovaire et sa fonction (Mauléon), la fécondation et le transit des gamètes (Thibault, Dauzier, du Mesnil du Buisson). Tous ces scientifiques partici- paient aux applications en élevage des résultats qu’ils avaient obtenus.

Après un peu plus de deux années passées à Rambouillet, inter- rompues par un rappel en Algérie, j’ai eu l’impression d’avoir fait un peu le tour de ce que j’enseignais et j’ai été attiré par cette équipe. Charles Thibaut et Robert Ortavant m’ont suggé-

ré de mettre à profit le temps et les moyens dont je pouvais disposer pour participer à des travaux de recherche.Thibaut m’a proposé d’aborder les questions concernant le comportement sexuel. En effet, les études des mécanismes physiologiques ne prenaient pas en compte l’étape où la conduite des individus assure le déroulement de la reproduction par la rencontre des partenaires sexuels et l’accouplement ajustés à un état physio- logique adéquat. Il paraissait rationnel de faire porter sur cette étape le même effort de recherche.

J’ai accepté avec enthousiasme. Je trouvais dans ce projet l’in- térêt que j’avais toujours eu pour le contact avec l’animal, ainsi que la perspective d’une utilisation pour rationaliser les procé- dures de collecte du sperme, et de détection de l’œstrus chez les femelles.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, l’intérêt pour la recherche l’a emporté et j’ai suivi la voie de mes jeunes aînés en me présentant, en 1958, au concours d’assistant à l’INRA.

À ce moment, étiez-vous encore en poste à Rambouillet ? À Rambouillet, mon enseignement mis en ordre, je disposais de temps disponible entre les sessions de formation des techni- ciens et je pouvais utiliser les taureaux entretenus pour leur for- mation. J’ai demandé conseil à Charles Thibaut. Au début de son séjour chez le professeur Grassé, il avait entrepris un travail sur les poissons et s’était intéressé déjà au comportement. Il m’avait conseillé de prendre contact avec Rémi Chauvin et Jacques Lecomte qui travaillaient sur le comportement des abeilles à la station INRA de Bures-sur-Yvette. Lors d’une visite à Rambouillet, ceux-ci avaient été frappés par la facilité de la mise en œuvre des réactions sexuelles des mâles des mammi- fères domestiques par les mannequins utilisés pour les collectes de sperme. À cette époque, dans le domaine de l’éthologie, une partie des travaux faisaient appel au concept de “schéma déclencheur inné”. Selon cette théorie, certaines conduites ani- males sont des réactions innées à la perception de signaux sim- ples qui peuvent être mis en évidence par l’emploi de leurres.

La réaction de monte du taureau ou du verrat sur un manne- quin pouvait être interprétée selon cette théorie. L’étude expé- rimentale des signaux qui provoquent la réaction sexuelle du mâle des ongulés domestiques était apparue pertinente à mes visiteurs et ceux-ci m’avaient encouragé vivement à poursuivre

mes travaux dans cette optique. 73

Conférence “Hormones

et comportement”, avec le professeur

Claude Aron, à gauche de Jean-Pierre

Signoret sur la photo.

(5)

Comment se présentait le sujet de recherche qui vous était proposé ?

L’étude du comportement sexuel permettait d’aborder des questions que pouvait poser, dans la pratique, la mise en œuvre des techniques scientifiques dans le cours du processus de la reproduction. Je me sentais à l’aise dans ce sujet qui s’éloignait de la biologie de laboratoire. J’étais conscient toutefois d’entrer dans un milieu entièrement différent de celui que j’avais connu durant les premières années de ma vie professionnelle. De plus, le sujet qui m’avait été proposé ne faisait l’objet que de rares études expérimentales et restait le domaine réservé des psycho- logues, des philosophes et des moralistes.

La recherche en matière de comportements avait été marquée en France par la forte personnalité du professeur Grassé. Il considérait que la connaissance des phénomènes sociaux et, plus généralement, des conduites animales devait occuper une part importante dans les recherches en zoologie. Il avait orien- té nombre de ses élèves vers l’étude des comportements. La plupart d’entre eux travaillaient sur les invertébrés ; les travaux les plus réputés portaient sur les insectes sociaux. Tous visaient à étudier les relations de l’individu avec ses congénères et leur adaptation au milieu naturel.

À côté de cette orientation, les psychophysiologistes et les psychologues expérimentaux travaillaient sur les grandes ques- tions de la physiologie sensorielle, de l’apprentissage, de la mémoire et de l’émotivité, dans des conditions leur permettant d’aborder les mécanismes neurobiologiques.

Le domaine des psychologues et les grands mouvements intellec- tuels qui les accompagnaient me paraissaient toutefois trop éloi- gnés des préoccupations concrètes du travail qui m’était proposé.

Le premier choix que je devais faire portait sur le type d’appro- che à adopter parmi les diverses orientations envisageables en matière d’étude des comportements. Les travaux, que je dési- gnerai pour simplifier de type “psychophysiologique”, présen- taient une grande rigueur dans la conduite des plans expéri- mentaux et la réalisation des épreuves. Ils permettaient d’abor- der les mécanismes neurobiologiques à l’origine des conduites.

Les mécanismes neuro-endocriniens du comportement sexuel, étudiés chez le rat par le laboratoire d’André Soulairac, m’inté- ressaient tout particulièrement. Mais ce type d’approche avait l’inconvénient d’être difficile à mettre en œuvre avec les gros mammifères domestiques. Il ne fournissait pas non plus d’élé- ments de réponse satisfaisants aux questions posées par la pra- tique de la reproduction de nos espèces domestiques, comme la collecte de sperme et la détection des chaleurs.

Une approche expérimentale, mais qui laissait les sujets dans leur milieu, m’est apparue s’imposer. Les animaux domestiques sont facilement maniables et peuvent être soumis à des épreu- ves expérimentales ne bouleversant pas trop leurs conditions de vie normale. De plus, l’application des résultats pouvait s’en trouver facilitée.

L’utilisation d’animaux domestiques comme sujets expérimen- taux posait toutefois la question de la possibilité de donner une validité scientifique générale aux résultats. Les comportements de ces espèces auraient pu, en effet, avoir été modifiés par des siècles de sélection génétique et d’adaptation aux conditions de la domestication. Mais cette remarque vaut aussi pour les rongeurs de laboratoire.

Plusieurs arguments permettent de plaider en leur faveur. En fait, si les animaux domestiques ont pu évoluer au cours des siè-

cles dans l’environnement particulier créé par les conditions de l’élevage, ils retrouvent toutes leurs capacités d’adaptation lors- qu’ils sont en liberté complète. Ce fait a été constaté, par exem- ple en Australie, aussi bien pour les ovins, les caprins, les porcs, les chevaux ou les dromadaires. Ceci me semblait suffisant pour rendre valides les travaux effectués sur ces espèces. D’autant plus qu’il existait des animaux non domestiqués appartenant aux mêmes espèces, comme le sanglier, le mouflon ou le bou- quetin où des observations permettaient de confirmer les conclusions des travaux réalisés sur leurs congénères domesti- qués.

Quel était l’intérêt d’étudier le comportement sexuel des mammifères domestiques si l’on considère que l’accouplement était une étape de l’élevage posant peu de problèmes ?

Chez les animaux domestiques, lorsque l’éleveur intervient, il peut aller jusqu’à supprimer tout préalable à l’accouplement, celui-ci se réalisant alors que le mâle a été mis en présence de la femelle dont l’homme a identifié l’état de réceptivité. La femelle joue dans ce mécanisme un rôle entièrement passif.

Lorsque j’ai débuté mon travail, deux questions se posaient alors. La première était celle d’une éventuelle relation du com- portement sexuel avec les qualités de la semence. Les travaux sur le sperme de taureau montraient une variabilité importante sur tous les critères mesurés, qu’il s’agisse du volume de l’éja- culat, de la concentration ou de la motilité des spermatozoïdes.

J’ai commencé un travail pratique sur ce sujet : chez un taureau très actif, la collecte peut être obtenue immédiatement, mais la qualité du sperme s’avère souvent médiocre. Une attente de quelques minutes en présence du stimulus et surtout des tenta- tives de monte sans éjaculation augmentent fortement le volu- me et la concentration en spermatozoïdes du sperme obtenu.

La seconde question en suspens était de mesurer objectivement le niveau de motivation sexuelle du mâle et de comprendre ce qui le déterminait. L’utilisation pour les collectes de sperme de leurres, des mannequins imitant grossièrement la forme de la femelle, était un moyen de maîtriser les conditions de stimula- tion de la réaction sexuelle du mâle et d’en étudier les facteurs psychologiques, physiologiques et génétiques. De plus, l’étude de ces leurres par rapport à la valeur stimulante des animaux vivants (femelles, réceptives ou non, ou mâles) rendait possible l’étude de la nature même de cette stimulation.

Pour mesurer le niveau d’activité sexuelle de taureaux, j’ai utili- sé des épreuves de collecte de sperme ad libitum. Le stimulus choisi était une vache ovariectomisée : l’ablation chirurgicale des ovaires permettait d’éviter les variations dues au cycle de la femelle. La capacité sexuelle du mâle pouvait être mesurée par le nombre d’éjaculations obtenues jusqu’à ce qu’apparaisse une inactivité de trente minutes.

J’ai pu constater que la simplicité apparente du comportement

sexuel du taureau recouvrait une réalité plus complexe. En répé-

tant toutes les semaines les tests, il apparaissait, en effet, que

la performance des mâles diminuait progressivement. Cela

semblait correspondre à un épuisement sexuel conforme à

ce que l’on pouvait attendre. Mais si, après quatre semaines

d’épreuves hebdomadaires, la vache stimulus était remplacée

par une autre de même race et de même couleur, le nombre des

éjaculations obtenues atteignait à nouveau celui du premier

test. Un effet identique était obtenu en changeant le lieu de

(6)

l’épreuve. Ainsi l’épuisement apparent concernait-il plus la situation de stimulation et son environnement que le taureau lui-même. Le niveau de l’activité sexuelle était finalement un phénomène plus complexe qu’on ne pouvait l’imaginer, dans la mesure où il dépendait de l’expérience passée de chaque indi- vidu, en termes de partenaires, d’environnement ou de niveau d’éveil. L’hypothèse d’un rôle de stimulus passif de la présence d’une femelle devenait à l’évidence trop réductrice.

Il apparaissait impossible d’aborder le rôle du mâle en le disso- ciant de celui de la femelle. En outre, au plan pratique, la détec- tion de l’œstrus par l’éleveur apparaissait comme une source importante d’échecs de l’insémination artificielle bovine alors qu’elle paraissait nécessaire à la mise au point de cette tech- nique chez les porcins. François du Mesnil du Buisson avait montré, en effet, que les techniques de conservation qu’il avait mises au point assuraient une fertilité très supérieure lorsque, chez l’éleveur, les chaleurs des truies étaient détectées par un verrat. L’identification adéquate de l’état d’œstrus de la truie apparaissait donc le point critique pour l’efficacité pratique de cette technique.

Il est donc apparu nécessaire, aussi bien dans une perspective de cohérence du travail de recherche qu’en vue des applica- tions, d’envisager une étude complète des comportements du mâle et de la femelle.

Comment s’est déroulé le début de votre travail de recherche ? À Jouy, j’ai débuté mon travail de recherche proprement dit par l’étude des mécanismes d’organisation de l’ensemble d’une séquence sexuelle. Il s’agissait de déterminer le rôle des informa- tions échangées entre le mâle et la femelle pour organiser la suc- cession d’actes, la “séquence”, qui conduisait à l’accouplement.

Cette approche impliquait l’expérimentation sur les divers échanges sensoriels entre le mâle et la femelle. Il fallait donc pouvoir étudier séparément les signaux émis par l’un et l’autre, en déterminer le rôle, l’importance et enfin tenter d’en identifier la nature physique ou chimique. L’expérience pratique des éle- veurs m’a permis de choisir un modèle animal qui soit le mieux adapté à ce type d’étude. Chez le porc, les réponses sexuelles peuvent être facilement observées dans un contexte expéri- mental aussi bien chez le mâle que chez la femelle : une immo- bilisation réflexe est caractéristique de la truie en œstrus, même en l’absence d’un verrat, tandis que, pour la collecte du sperme, la réaction du mâle peut être obtenue par la présentation d’un leurre, ressemblant à un cheval d’arçon. C’était donc une situa- tion bien adaptée à l’étude des signaux déclencheurs des ré- ponses sexuelles.

La première étape a été de valider les observations empiriques des éleveurs. La collecte de sperme peut être obtenue lors de la monte du mâle sur un mannequin très simple, ressemblant à un cheval d’arçon, de la taille d’une femelle. Contrairement à ce que l’on pouvait penser, une expérience sexuelle avec une femelle réceptive n’est pas nécessaire. Il ne s’agit donc pas d’un apprentissage ou d’une réaction conditionnée. En effet, un ver- rat, même sexuellement inexpérimenté, présente facilement une réaction de monte sur un mannequin, sans que la présen- ce d’une femelle, réceptive ou non, soit nécessaire. Cette obser- vation situait la réaction sexuelle du mâle dans le cadre du

“schéma déclencheur inné” de Tinbergen.

L’immobilisation d’une femelle, dont l’état d’œstrus a été établi par un contact avec le mâle, peut être déclenchée en réponse à

une pression dorsale exercée par un expérimentateur. En l’ab- sence du mâle, la moitié seulement des femelles présente cette réaction, alors qu’elle apparaît chez presque toutes lorsqu’un verrat est présent, mais sans contact direct avec la femelle. Ce sont donc des informations agissant à distance qui facilitent l’apparition du réflexe d’immobilisation. L’isolement de ces dif- férents signaux est facilement réalisable : l’odeur du mâle, mais aussi la diffusion d’un enregistrement des sons émis lors de l’approche de la truie accroissent chacun le taux de réaction, leur action est cumulative, tandis que la vue du mâle n’a qu’un effet marginal. Les signaux sensoriels en jeu ont pu être analy- sés : les grognements émis par le mâle lors de la poursuite de la femelle facilitent sa réaction d’immobilisation, l’aide du labo- ratoire de physiologie acoustique de René-Guy Busnel a permis d’en déterminer les éléments signifiants. L’odeur caractéristique du verrat avait été étudiée pour son rôle désagréable dans la charcuterie et la molécule responsable (l’androstérone, un déri- vé des stéroïdes) identifiée. Ce produit s’est révélé lui aussi effi- cace pour faciliter la réaction d’immobilisation de la femelle.

Une seconde étape consistait à déterminer les modalités de l’identification à distance par le mâle de l’état de réceptivité de la femelle. L’enregistrement des contacts établis par le verrat lors de la recherche d’une femelle réceptive au sein d’un groupe de truies ne montrait pas d’orientation sélective. Le mâle paraissait recher- cher très activement le contact, mais sans une réelle sélectivité.

J’ai donc cherché alors à connaître les rôles respectifs de chacun dans la prise de contact avec le partenaire sexuel potentiel.

Dans cette partie de l’étude, le porc s’est révélé un animal expé- rimental particulièrement intéressant : animal forestier à l’origi- ne, il réagit bien à des épreuves d’orientation et de choix pro- posées dans un labyrinthe en forme de T. Il était donc possible de poser d’une manière expérimentale la question des signaux sensoriels en jeu dans la recherche mutuelle des partenaires sexuels. Dans une telle épreuve, le verrat discrimine mal une femelle réceptive d’une autre en repos sexuel. Au contraire, la truie est très fortement attirée par le mâle, mais seulement lors de l’œstrus.

À la suite de ce travail, j’ai pu proposer un schéma d’organisa- tion de la séquence sexuelle : la recherche mutuelle des parte- naires est, pour l’essentiel, due à une très forte attraction vers le mâle qui apparaît, chez la truie, lors de l’œstrus. Au contraire, le verrat dirige ses approches sexuelles sans grande sélectivité, par essais et erreurs, vers toutes les femelles présentes. Les émis- sions sonores, les signaux olfactifs, et les stimulations tactiles ont un effet cumulatif pour induire l’immobilisation de la femel- le. Cette réponse déclenche alors la monte et l’accouplement.

Ce travail d’observation des comportements était assez facile à illustrer. Un film présentant ces résultats a été réalisé grâce au service du film scientifique. Il a connu auprès des éthologistes et des zootechniciens un succès dont j’ai été le premier surpris.

Il m’est même arrivé de rencontrer des chercheurs étrangers dont je me suis aperçu qu’ils ne me connaissaient que parce que je figurais dans ce film.

Ces résultats ont constitué une contribution à la compréhen- sion d’un mécanisme éthologique important. Mais ils se sont avérés en même temps utilisables en pratique. La mise en évi- dence du réflexe d’immobilisation pour la détection de l’œstrus a été associée au succès de l’insémination artificielle porcine.

L’emploi d’un aérosol d’androstérone pour en faciliter l’appari-

tion a fait l’objet d’une utilisation sur le terrain. 75

(7)

À côté de ce travail, j’ai participé à la mise au point des tech- niques d’insémination applicables aux autres espèces, pour autant que des problèmes de comportement se posaient, mais aussi en collaborant directement à des essais de technologie avec nos collègues physiologistes, en particulier François du Mesnil du Buisson pour l’espèce porcine, Michel Courot et Yves Cognié pour les ovins.

Comment expliquer les succès différents selon les espèces rencontrés dans le développement de l’insémination artificielle ? Il convient de rappeler en premier lieu que les conditions de conservation de la semence sont fort variables d’une espèce à l’autre. Les dilueurs, les conditions de préparation et de conser- vation de la semence avaient été mis au point d’abord chez les bovins. Il a donc fallu refaire ce travail pour chaque espèce, c’est-à-dire rechercher les meilleures températures de conserva- tion, adapter le nombre de spermatozoïdes utilisés et les maté- riels d’insémination aux particularités de l’appareil génital.Tout ceci a été l’œuvre de mes collègues.

Ma contribution a été davantage axée sur les questions relati- ves aux comportements, en particulier à la détection de l’œs- trus, mais j’ai participé aussi à des essais de terrain sur les por- cins et sur les ovins.

Enfin, du point de vue économique, l’organisation de l’élevage, les effectifs, l’interaction avec les programmes de sélection et la diffusion du progrès génétique faisaient que l’urgence de l’uti- lisation de l’insémination artificielle était très différente selon les espèces. L’intérêt de l’insémination, évident chez les vaches lai- tières, s’est imposé chez la brebis lorsque l’organisation de la sélection sur la production laitière dans la zone de Roquefort l’a rendu indispensable. Il en a été de même chez les porcins avec l’augmentation de la taille des élevages et la mise en place de la reproduction synchronisée en “bandes”.

Qu’ont apporté au développement de votre recherche ces participations au travail de terrain ?

J’ai toujours trouvé dans l’expérience des éleveurs des pistes extrêmement riches pour comprendre les conduites animales.

Les éleveurs sont d’abord des observateurs. Leur proximité jour- nalière avec les animaux leur fait enregistrer des événements parfois très discrets qu’ils intègrent dans leur savoir-faire. En

soumettant leurs observations à l’analyse scientifique, il s’en dégage des pistes de recherche originales que l’on peut sou- mettre à des expérimentations plus objectives. Le meilleur exemple en est mon étude de la séquence sexuelle du porc.

Mais aussi bien dans la suite de mon travail personnel que dans celui de ceux qui ont constitué notre équipe d’étude des com- portements, nous avons tous bénéficié de ces expériences.

À ce sujet, je puis vous citer une anecdote. Dans les premiers essais d’insémination sur les brebis laitières, nous faisions nous- mêmes les détections d’œstrus pour nous assurer de la préci- sion du moment de l’intervention. Nous utilisions deux béliers équipés de “tabliers” empêchant l’accouplement et qui étaient introduits pendant une demi-heure dans un lot d’une soixantai- ne de brebis, et nous renouvelions l’opération une autre demi- heure avec deux nouveaux béliers. Nous pensions avoir été exhaustifs, mais, un soir, le père de l’éleveur qui gardait les bre- bis la journée sur le Causse nous a signalé une brebis que nous n’avions pas repérée. Elle était bel et bien en œstrus, mais ni les chercheurs..., ni les béliers n’avaient été capables d’apprécier sa réceptivité. En réalité, des changements discrets de son compor- tement alimentaire, de son activité générale lui avaient fourni des indications que son expérience lui avait permis d’interpréter.

Comment les résultats de vos travaux

ont-ils été reçus par les chercheurs en éthologie ?

L’éthologie rassemblait dans les années de l’après-guerre des zoologistes anglo-saxons étudiant les comportements animaux dans les conditions de la nature. Les leaders étaient Konrad Lorenz et Karl von Fritsch en Allemagne, Niko Tinbergen en Grande-Bretagne, Gérard Baerends aux Pays-Bas, Heini Hediger en Suisse, ainsi que Frank Beach, aux États-Unis, qui m’intéres- sait particulièrement, dans la mesure où il était un spécialiste du comportement sexuel. Ils formaient une sorte de club qui se réunissait tous les deux ans pour des conférences d’éthologie.

Au début des années 60, sur les conseils de Rémi Chauvin et de Gaston Richard, j’ai posé ma candidature pour présenter dans le cadre de cette conférence qui se tenait à La Haye aux Pays-Bas cette année-là, les résultats que j’avais obtenus sur le comportement sexuel de la truie. Le travail expérimental que j’ai exposé sur cet animal domestique et le film qui venait d’être réalisé, ont été très bien reçus. Cet accueil m’a conforté dans le bien-fondé de ma démarche scientifique.Venant de la zootech- nie, c’est à partir de ce moment que j’ai éprouvé vraiment le sentiment de faire partie de la communauté scientifique.

Quelques années plus tard, j’ai participé à la création de la Société Française pour l’étude du Comportement Animal qui a été un lieu de débat et d’animation scientifique particulière- ment actif. J’ai de plus été chargé de la rédaction de la revue Biologie du Comportement que nous avions créée et que les éditions Masson ont publiée pendant pas mal d’années. Cette revue était ouverte aux différentes approches de l’étude des comportements depuis l’éthologie de terrain jusqu’à la psycho- physiologie. Elle a connu les difficultés des publications scienti- fiques très spécialisées produites en France et sa parution a dû être interrompue lorsque le CNRS a cessé de la soutenir.

Comment avez-vous développé par la suite votre travail de recherche ?

Pour compléter le travail que j’avais entrepris sur le comporte- ment sexuel du porc, j’ai abordé l’étude de l’équilibre hormonal

Le professeur Konrad Lorenz, au premier

plan, lors d’un congrès international.

(8)

de la réceptivité sexuelle de la femelle. Dans ce but, j’ai d’abord validé les épreuves permettant de mettre en évidence et de quantifier les fréquences des différentes composantes des com- portements tant du mâle que de la femelle.

L’intérêt d’une comparaison des mécanismes physiologiques entre les espèces était un point sur lequel Charles Thibault nous avait fait réfléchir. La physiologie était, pour l’essentiel, établie à partir d’études de laboratoire sur le rat. Si les mécanismes élé- mentaires avaient bien une portée très générale, leur concréti- sation au niveau de l’animal présentait toutefois des variations fort importantes.

Il est établi que chez les rongeurs de laboratoire qui ont un cycle œstrien de 4 ou 5 jours, l’induction du comportement sexuel chez une femelle ovariectomisée doit refléter l’équilibre hormo- nal du cycle : un premier traitement par les œstrogènes doit être suivi par de la progestérone, deux jours plus tard. C’est sur la base de ce type de traitement que toutes les études sur l’action des stéroïdes sur le comportement sexuel ont été conduites chez les rongeurs de laboratoire. Or, les mammifères domes- tiques ont généralement un cycle œstrien long (17 jours chez les ovins et caprins, 21 jours chez les bovins et les porcins) et le comportement sexuel apparaît lié à la sécrétion d’œstrogènes qui se produit lors de l’ovulation. Le rythme de sécrétion des hormones n’a donc rien à voir avec celui des rongeurs. Le trai- tement d’induction du comportement sexuel est également entièrement différent. Chez la brebis, à la différence de la rate, Terry Robinson a établi qu’un traitement de progestérone constitue une préparation nécessaire à l’effet déclencheur des œstrogènes.

En revanche, j’ai pu montrer que, chez la truie, les œstrogènes seuls étaient suffisants pour induire un comportement sexuel entièrement normal chez la truie ovariectomisée. La durée de la réceptivité induite dépend de la dose injectée. Contrairement à la brebis, la progestérone n’a qu’une action inhibitrice lorsqu’el- le est injectée jusqu’à 24 heures avant les œstrogènes.

À ce stade, il m’a semblé intéressant d’aborder l’étude de l’ef- fet de la nature des hormones sexuelles sur la spécificité mâle ou femelle d’une conduite. Les hormones sont spécifiques d’un sexe (androgènes chez le mâle, œstrogènes et progestérone chez la femelle), mais leur production est sujette à des rythmes différents entre le mâle et la femelle : la production des andro- gènes est relativement continue chez le mâle à la différence des bouleversements endocriniens qui caractérisent le cycle œstrien de la femelle.

Toutefois ces hormones sont toutes des stéroïdes. Elles cor- respondent à des formules chimiques voisines et diverses voies biochimiques peuvent les transformer les unes dans les autres.

Ainsi le processus d’aromatisation transforme les androgènes en œstrogènes et ce phénomène a été observé au niveau des structures nerveuses cérébrales.

J’ai souhaité compléter l’étude du déterminisme hormonal du comportement sexuel en engageant des travaux sur l’influence de la nature de l’hormone et de ses rythmes de production, sur la spécificité sexuelle des conduites de la reproduction. Pour entreprendre ces études, il convient d’abord de fixer le ou les éléments de comportement qui caractériseront la conduite du mâle ou de la femelle. Paradoxalement, ceci n’est pas évident.

En effet, il faut signaler un point particulier du comportement sexuel de la plupart des espèces domestiques. On observe sou- vent chez la femelle normale des comportements de type

homosexuel : la vache ou la truie présentent des flairages, effec- tuent des approches ritualisées analogues à celles du mâle et chevauchent leurs compagnes. Cette conduite peut être obser- vée indépendamment de l’état physiologique, mais est plus fré- quente lors de l’œstrus. À l’exception évidemment de l’accou- plement lui-même, c’est surtout la fréquence des parades qui diffère selon le sexe. La brebis qui fait exception à la règle est pour cette raison un modèle expérimental intéressant : il s’agit d’une des rares espèces chez qui le comportement de la femel- le est totalement exempt de toute composante de type mâle, en particulier du chevauchement. Il était donc possible, dans cette espèce, de mettre en évidence sans ambiguïté une éven- tuelle influence hormonale sur l’apparition chez la femelle de composantes de type mâle.

Les résultats ont montré que, chez la brebis ovariectomisée, une seule injection de testostérone (hormone “mâle” agissant à un rythme “femelle”) provoquait un comportement sexuel femelle normal, sans aucune composante mâle. Chez le bélier castré, au contraire, un traitement analogue à celui de la femelle (proges- térone puis œstrogène) ne produisait aucun changement dans les conduites.

Un traitement continu d’androgène permet chez le castrat la récupération complète du comportement sexuel. Administré à une brebis ovariectomisée, il fait apparaître l’intégralité du com- portement sexuel mâle.

Si l’on modifie à la fois la nature de l’hormone et son rythme en injectant journellement des œstrogènes, une conduite mâle apparaît aussi bien chez le mâle que chez la femelle. Les œstro- gènes et les androgènes avaient donc une action similaire sur les comportements : en dehors de leur action sur les organes périphériques, ces deux familles d’hormones paraissaient avoir une action identique sur les structures nerveuses provoquant la mise en œuvre de réactions sexuelles.

L’existence d’une différenciation sexuelle au niveau des structu- res cérébrales en jeu dans la mise en œuvre des conduites sexuelles avait été mise en évidence chez le rat. Les résultats montraient que, chez le mâle castré à l’âge adulte, il était impossible d’induire une réponse de type femelle par un traite- ment hormonal. L’existence d’une sexualisation irréversible des structures nerveuses centrales impliquées dans les conduites sexuelles au cours du développement précoce avait été établie.

Un même schéma est apparu valable chez les ovins. En revan- che, le porc réagit d’une manière différente : un mâle castré juste après la puberté et traité par une injection d’œstrogène, présentait l’intégralité des conduites femelles. Aussi bien l’at- traction par un mâle que la réaction d’immobilisation en répon- se à une tentative de chevauchement.

Le modèle expérimental qu’offrait le porc me semblait présen- ter un grand intérêt pour l’étude de ce phénomène de sexuali- sation, et je déplore, pour ma part, que cette voie de recherche ait été abandonnée.

Quelle était l’originalité

de votre travail sur le comportement sexuel ?

Dans le domaine des sciences humaines, philosophes et psy- chologues donnaient à la sexualité une place importante, mais les études objectives restaient l’objet des tabous les plus stricts.

Le “rapport Kinsey” sur les comportements sexuels des femmes et des hommes américains avait été une publication pionnière

isolée et faisant quelque peu scandale en 1954. Des études 77

(9)

expérimentales existaient aux États-Unis. Il faut citer le nom de Frank Beach que j’avais rencontré aux conférences d’éthologie.

En France, André Soulairac étudiait les mécanismes neurobiolo- giques impliqués dans l’accouplement du rat. Toutefois, les conduites sexuelles et leur organisation n’étaient que très peu étudiées expérimentalement. Plus encore, chez l’animal domes- tique, la bibliographie était presque inexistante. Cette absence de bibliographie explique que j’aie été sollicité pour contribuer à la rédaction du chapitre du comportement de reproduction dans plusieurs ouvrages de référence. Par exemple le traité de Physiologie humaine à l’usage des étudiants en médecine de P. H. Meyer et celui de Charles Thibault sur le reproduction chez l’animal et l’homme, ou ceux édités par E.S.E. Hafez aux États- unis sur la reproduction des animaux domestiques ou par G. J.

King dans la série “world animal science”.

Avez-vous abordé l’étude de cette action au niveau des structures nerveuses ?

Michel Dussardier m’avait initié, à Jouy-en-Josas, aux techniques de l’électrophysiologie. À plusieurs reprises, j’avais fait quelques tentatives pour les mettre en œuvre, mais j’y ai vite renoncé. Je ne me suis pas vraiment impliqué dans les travaux expérimen- taux, car, à chaque fois, j’ai été attiré par d’autres sujets qui cor- respondaient mieux à la façon dont je concevais le développe- ment de mon travail. Je crois que je n’étais pas très motivé. Peut- être, en raison d’une appréhension envers des techniques que je ne maîtrisais pas encore bien et des réticences que j’éprouvais à quitter une communauté scientifique où j’avais fait ma place pour entrer dans une autre comme débutant. Mais aussi l’appro- che neurobiologique des conduites sexuelles me paraissait éloi- gnée des perspectives d’utilisation pratique.

Jean-Claude Thiéry qui avait débuté son travail de recherche avec moi en abordant l’action des stéroïdes au niveau des structures nerveuses centrales s’est orienté avec succès vers l’é- tude des régulations nerveuses des sécrétions gonadotropes.

Claude Fabre, après une thèse portant sur la spécificité sexuel- le des comportements hormono - dépendants, a poursuivi ce travail à Nouzilly après son recrutement au CNRS.

Personnellement, je me suis impliqué dans l’étude d’un autre sujet, qui m’apparaissait plus riche de promesses : celui des effets des interactions socio - sexuelles sur les processus physio- logiques de la reproduction, ce qui correspond à un mécanisme que l’on pourrait appeler psychosomatique.

Les grands mammifères domestiques appartiennent aux espè- ces chez lesquelles le fonctionnement de l’ovaire suit, au moins pendant une partie de l’année, un cycle régulier - le cycle œstrien - dont les événements sont organisés par le jeu des régulations endocriniennes internes. Ces espèces s’opposent à celles où l’ovulation est déclenchée par l’accouplement comme la chatte ou la lapine. Encore une fois, l’expérience de l’élevage montre qu’une situation nouvelle, ou un changement d’envi- ronnement social peut modifier le déroulement normal du cycle de la femelle, en induisant une ovulation. De tels phénomènes ont été régulièrement observés en élevage.

En ce domaine, une étude scientifique est difficile à concevoir, car il faut disposer d’une situation expérimentale où la réponse physiologique - l’ovulation - puisse être obtenue de manière fia- ble pour procéder à une étude expérimentale. Or diverses ob- servations montraient que des pratiques d’élevage pouvaient modifier le moment d’apparition de l’œstrus et de l’ovulation.

C’est ainsi que nous avions constaté, avec François du Mesnil du Buisson, que le stress du transport et la présentation au mâle pouvaient provoquer l’apparition de la puberté chez la jeune truie.

De même, chez la brebis, la mise en présence du mâle après une période d’isolement était susceptible d’engendrer une apparition synchrone de l’œstrus. Ce phénomène avait été décrit déjà par des Australiens et était connu lors de la période de reproduction de printemps dans le troupeau expérimental du domaine du Merle en race mérinos.

C’est dans l’espèce ovine que nous avons abordé l’étude physiologique. Ce travail a été entrepris en collaboration avec Yves Cognié, Jacques Thimonnier et un chercheur australien, David Lindsay. Nous disposions, à l’INRA, de troupeaux dont nous savions qu’en fin de la période de repos sexuel saisonnier,

“l’effet bélier” - l’introduction du mâle dans le troupeau après une période de séparation - provoquait une apparition précoce et synchrone des cycles œstriens. Enfin, l’activité ovarienne dans les différentes races ovines présentes dans les troupeaux expé- rimentaux était bien connue grâce aux travaux de Pierre Mauléon et de Jacques Thimonnier qui en avaient en outre pré- cisé les variations saisonnières. Enfin, nous disposions dans le laboratoire de Physiologie de la reproduction des techniques permettant une analyse fine des processus physiologiques en jeu : nous pouvions suivre l’activité ovarienne par la technique d’endoscopie tandis que les dosages des hormones gonadotro- pes circulantes permettaient d’en suivre les évolutions rapides.

Les résultats que nous avons obtenus ont révélé des aspects originaux dans la régulation du cycle de la brebis. Alors que le délai séparant l’introduction du mâle de l’apparition de l’œstrus est de plus de deux semaines, cette analyse a fait apparaître un phénomène beaucoup plus rapide : les décharges d’hormones gonadotropes sont modifiées radicalement dans les minutes qui suivent la présentation de la femelle au mâle. Il s’ensuit une première ovulation dite “silencieuse” (sans comportement sexuel), suivie de cycles œstriens qui deviennent réguliers.

La rapidité de la réaction de la femelle au contact du mâle fai- sait apparaître l’existence d’une intervention directe d’interac- tions sociales dans le mécanisme physiologique de l’ovulation.

Cette situation rendait possible l’étude des informations senso- rielles qui intervenaient directement sur le mécanisme de la décharge des hormones hypophysaires gonadotropes.

Conférence d’Éthologie, Rennes, 1969.

De gauche à droite : Georges Le Masne (CNRS, Marseille), Jean-Pierre Signoret, Gaston Richard (Université de Rennes) et Marie-France Bouissou.

De gauche à droite, Jean-Pierre Signoret,

Jacques Lecomte et Rémy Chauvin,

Conférence d’Éthologie, Rennes, 1969.

(10)

Puisqu’il s’avérait que le contact avec le bélier n’était pas néces- saire, son odeur ou celle de sa toison placée dans un masque sur le nez de la brebis suffisait à induire la sécrétion gonadotro- pe. Dans sa thèse, Joëlle Cohen-Tannoudji a analysé le mélan- ge complexe qui était à l’origine de ce message.

Toutefois, le mécanisme en jeu s’est avéré être encore plus complexe : la brebis, privée de l’odorat par lésion des bulbes olfactifs, réagit à la présence physique du mâle de la même manière qu’un animal témoin. Le système de communication n’est pas l’action directe d’une information chimique ou d’une stimulation visuelle, mais les informations multiples résultant de la présence du bélier peuvent se substituer les unes aux autres.

Il est possible de supposer un traitement “cognitif” de ces infor- mations qui agirait sur le système de contrôle des sécrétions gonadotropes.

Nous avons abordé la contrepartie de ce travail chez le mâle dans le cadre de la thèse d’un jeune chercheur argentin, Roque Gonzales. La présence d’une brebis réceptive accroît le rythme de sécrétion gonadotrope et par conséquence l’intensité de la sécrétion de testostérone chez le bélier.

Ces résultats ouvrent une perspective nouvelle sur les possibili- tés d’intervention des fonctions nerveuses supérieures sur les mécanismes profonds de la reproduction. En outre, ils trouvent une utilité dans le domaine de l’élevage. En précisant et en for- malisant les conditions de stimulation, l’éleveur peut donc disposer de méthodes simples et “biologiques” de maîtrise de la reproduction de la brebis ou d’introduction de jeunes truies dans les bandes synchronisées. Cette méthode, bien que moins précise, peut être une alternative aux techniques hormonales de maîtrise de l’ovulation disponibles dans ces espèces.

Avant d’arriver à Nouzilly, votre travail sur les comportements des animaux avait-il commencé déjà à Jouy ?

Je n’ai travaillé à Jouy que de 1959 à 1964. Dès 1963, le gou- vernement a imposé à l’INRA de transférer une partie de ses laboratoires hors de la région Parisienne. Cette contrainte s’est révélée très stimulante. Le dynamisme de Robert Ortavant, son esprit d’organisation nous ont insufflé un grand enthousiasme.

Le déplacement rapide de l’équipe de la reproduction dans son ensemble a été une des clés de la réussite du démarrage du centre INRA de Nouzilly. J’ai fait partie des quelques chercheurs qui l’ont suivie, dès le début de notre installation, sur ce nou- veau site. Pendant une année, des préfabriqués destinés à l’éle- vage avicole nous ont servi de laboratoire alors que nous regar- dions monter les nouveaux laboratoires.

J’ai commencé à utiliser tant bien que mal les bâtiments de la vieille ferme de l’Orfrasière. Grâce au soutien de Robert Ortavant, j’ai pu disposer de moyens adaptés à nos recherches.

Les bâtiments constituaient notre outil expérimental. Il fallait arriver à contrôler toutes les informations de l’environnement pour avoir notamment la certitude que les brebis avaient bien été isolées de tout mâle, réaliser des dispositifs pour des épreu- ves à l’échelle de taille de nos animaux et en même temps mener à bien le travail nécessaire à tout élevage. Des exigences semblables s’imposaient pour le travail sur les bovins qui était développé par ma collègue Marie-France Bouissou.

Cela a été une véritable aventure dont le succès doit beaucoup à l’efficacité et à la bonne volonté des animaliers responsables.

On ne dira jamais assez combien la maîtrise intégrale des conditions d’élevage de nos animaux a été déterminante pour

la bonne réalisation des travaux effectués par l’INRA dans le domaine des études de comportement.

Faisiez-vous partie déjà d’une équipe au moment où vous êtes parti à Nouzilly ?

Comme je vous l’ai dit, en arrivant à Jouy, j’étais isolé au plan de ma discipline scientifique du fait de mon sujet de travail. Les contacts pris lors de ma première participation aux conférences d’éthologie m’ont permis d’établir des relations fécondes avec ceux qui, à l’université et au CNRS, s’intéressaient aux compor- tements animaux. J’ai participé à la création de la Société Fran- çaise pour l’étude du Comportement Animal, avec Gaston Richard (Rennes), Rémi Chauvin (Paris), Georges Lemasne (Marseille). J’ai noué aussi des contacts avec des psychophysio- logistes, comme André Soulairac, Madame Albe-Fessard et Jacques Lemagnen.

Je suis resté toutefois assez seul parmi les éthologistes à tra- vailler sur les comportements des mammifères supérieurs et leurs conduites sexuelles.

Les contacts avec des collègues mais surtout ma participation à l’enseignement universitaire m’ont permis de proposer à des étudiants des sujets de stage, de DEA ou de thèses sur nos espèces domestiques dans l’optique qui était la nôtre. C’est ainsi que l’équipe “comportement” s’est peu à peu constituée.

Marie-France Bouissou, que m’avait adressée Madame Albe- Fessard, a été l’une des premières à en faire partie. Il m’était apparu clairement que les rapports de dominance et, plus géné- ralement, les relations sociales pouvaient intervenir dans le comportement sexuel. Je lui ai donc suggéré d’étudier la struc- ture sociale du groupe de bovins. Recrutée à l’INRA, elle a pour- suivi au cours de sa carrière des investigations sur le fonction- nement des relations interindividuelles dans cette espèce.

Par ailleurs, la réussite de la reproduction implique celle de l’é- levage du jeune jusqu’à ce qu’il atteigne l’âge adulte. Ce sec- teur était étudié par les psychologues sous l’angle du dévelop- pement de l’enfant. Les travaux expérimentaux portaient sur les rongeurs de laboratoire. Dans ces espèces “nidicoles”, il n’exis- te pas de lien interindividuel sélectif entre la mère et le ou les jeunes. Or, cette relation est caractéristique du comportement maternel des ongulés. Les mécanismes de la mise en place et

De gauche à droite, au premier plan, Michel Courot, Pierre Mauléon et Jean-Pierre Signoret, Nouzilly, 1980.

79

(11)

du fonctionnement du lien parental, comme le rôle des phéno- mènes physiologiques associés, constituaient un domaine presque entièrement neuf. Ce thème de la relation mère-jeune a donc été proposé à Pascal Poindron qui avait été formé en Psychophysiologie à Marseille. En utilisant les possibilités expé- rimentales qu’offraient les ovins, il a obtenu des résultats très originaux. Ce travail lui a permis d’obtenir un poste au CNRS et d’y faire une carrière brillante qui l’a amené rapidement au grade de directeur de recherches, tout en continuant à travailler à Nouzilly dans le cadre de la station de Physiologie de la Reproduction. Frédéric Lévy recruté comme chercheur à l’INRA puis Raymond Nowak au CNRS, tous deux venant du DEA de Physiologie de la Reproduction de Paris VI, puis Richard Porter, un chercheur américain, sont venus par la suite le rejoindre.

Benoist Schaal, chercheur au CNRS, a également fait partie de notre groupe pendant quelques années avant de prendre la direction à Dijon d’un laboratoire important du CNRS sur les communications chimiques. Ces deux derniers travaillaient en partie hors du cadre de l’INRA sur le rôle de l’odorat dans la relation de la mère et du nouveau-né, en collaboration avec des équipes médicales.

Dans le domaine du comportement sexuel, Claude Fabre, éga- lement formée par le DEA de Physiologie de la Reproduction de Paris VI a rejoint notre groupe, après avoir été recrutée au CNRS. Elle a poursuivi l’étude de la neuro-endocrinologie du comportement sexuel.

La trajectoire de Pierre Orgeur est atypique. Issu de l’enseigne- ment technique agricole, il avait été recruté à l’INRA comme technicien. Très motivé et actif, il avait participé au travail d’un thésard étranger sur les effets des contacts sociaux précoces sur la mise en place du comportement sexuel du bélier. Mais comme le thésard en question, particulièrement dilettante, avait abandonné les expériences en cours, Pierre Orgeur a repris son travail. Il l’a conduit avec efficacité et intelligence, jusqu’à la rédaction d’une thèse qu’il a soutenue à l’université de Tours.

Les responsabilités diverses qui lui ont été confiées par la suite lui ont permis d’intégrer le corps d’ingénieur de recherche, puis de présenter avec succès le concours de chargé de recherches.

Lorsque j’ai pris ma retraite, notre équipe comprenait donc 9 chercheurs dont 4 de l’INRA et 5 du CNRS.

Avez-vous entretenu des relations privilégiées hors du cadre du département de Physiologie de l’INRA ? Étant spécialisé sur le comportement, j’ai établi des relations avec plusieurs jeunes chercheurs pour qui ce domaine de la recherche constituait un aspect important de leur programme.

Ce fut d’abord Jean-Michel Faure, qui avait été recruté pour les recherches avicoles. Il a été finalement, après un séjour au labo- ratoire d’acoustique de R. G. Busnel, affecté au centre INRA du Magneraud. En partant d’une idée de Jean-Pierre Boyer, J. M.

Faure a mis à profit les moyens énormes en animaux et la pro- blématique efficace des sélectionneurs pour étudier le rôle des facteurs génétiques sur certains critères de comportement. Il a réalisé là un travail remarquable en démontrant la possibilité de sélectionner le niveau d’émotivité et “d’interattraction sociale”

chez la poule domestique et chez la caille.

Le centre INRA du Magneraud s’occupait de sélection et ne comptait guère que deux ou trois chercheurs, zootechniciens ou généticiens. Jean-Michel Faure était totalement isolé dans sa thématique. Sans faire partie officiellement de notre groupe, il s’y est rattaché d’une manière informelle, prouvant bien qu’il

était toujours possible pour un chercheur original et motivé, de mener à bien des travaux d’un excellent niveau sans être sou- mis à une direction étroite de ses activités.

Pierre Le Neindre avait entrepris à Theix une recherche sur l’a- doption des veaux chez la vache allaitante. Pascal Poindron et lui ont collaboré à des travaux sur le comportement maternel.

Dans ces deux cas, je n’ai pas assuré une direction de recher- che étroite, ce qui ne nous a pas empêché d’avoir des relations de travail très riches.

J’ai enfin eu diverses occasions d’intervenir dans des projets ou des développements de recherches relatifs à d’autres aspects du comportement des animaux.Ainsi Yves Favre, Ingénieur d’a- gronomie au CEMAGREF de Grenoble, a étudié l’utilisation de l’espace par le troupeau ovin en liberté dans un pâturage d’al- titude. Ses résultats, appliqués à l’utilisation pastorale de la haute montagne, ont fait l’objet d’une thèse réalisée sous ma direction.

Avez-vous eu des relations suivies avec le monde universitaire ? En dehors des contacts scientifiques et de mes participations aux diverses réunions, et autres congrès rassemblant les spécia- listes des études des comportements, j’ai été impliqué dans l’enseignement supérieur agronomique et universitaire.

J’ai participé à l’enseignement de troisième année, spécialisé en productions animales à l’Agro de Rennes et aussi, pendant plu- sieurs années, à Paris-Grignon et à l’École Nationale Vétérinaire d’Alfort.

Mais c’est surtout en DEA que mon travail de recherche a pu avoir une traduction concrète dans l’enseignement. J’ai participé régulièrement depuis leur création aux DEA de Physiologie de la Reproduction à Paris VI, de Biologie du comportement à Paris XIII, puis au DEA de Biologie des populations et éco-éthologie dans les facultés de Rennes et Tours ainsi qu’au DEA d’An- drologie de la faculté de médecine du Kremlin-Bicêtre (Paris XI).

Mon travail sur le comportement sexuel m’avait valu de faire dès la fin des années soixante et pendant plusieurs années un cours aux étudiants en psychologie, à Paris VI. Six heures de cours sur le comportement sexuel à un amphi de plus de qua- tre cents étudiants à cette époque était une expérience. Mon titre de gloire est que j’y ai involontairement brisé une grève, car les étudiants ont “suspendu le débrayage” pour connaître la fin de mon cours sur le comportement sexuel. C’est authentique et c’est un motif de fierté difficile à faire figurer dans un dossier de titres et travaux !

J’ai pris beaucoup d’intérêt à ces enseignements. Je pense qu’ils ont apporté beaucoup en retour au travail de recherche. Les rapports avec les étudiants, leur initiation au travail de recher- che sont, en effet, passionnants.

Ceci m’a valu d’être nommé pour deux “législatures” (jusqu’en 1981) à la Commission de Psychophysiologie et Psychologie du Comité National du CNRS. Cette fonction qui consistait à exa- miner le travail des chercheurs et des équipes soutenues par le CNRS, à proposer les recrutements et les avancements, a été une étape intéressante de ma carrière. Elle m’a permis d’être informé de tout ce qui se passait dans des domaines très lar- ges, depuis la neurobiologie, jusqu’à la psychiatrie médicale en passant par les différents aspects de la psychologie.

Comment a évolué par la suite votre carrière ?

Après des travaux dans les domaines de l’éthologie et de la

physiologie des comportements de reproduction, je suis revenu

Références

Documents relatifs

L’estimation de la variabilité du processus (sigma) doit toujours être calculée avec la moyenne d’un ensemble de k indicateurs de dispersion.. important : ne jamais

« offrent dans leur ensemble une similitude remarquable avec celles-dont les Hellènes et les Italiques avaient conservé la tra- dition » ; aux Celtes, enfin, qui inhumaient, à côté

Le préfacier ne privilégie pas exclusivement “le système que nous suivons”, car “une interprétation même littérale de L’Apocalypse ou des autres prophéties peut très

Et voici le dernier éditorial de l ’ année 2015 pour notre revue chérie qui a traversé vaillamment cette année 2015 avec une équipe rédactionnelle toujours active, mais qui

Antoine Triller, directeur de l'« Institut de Biologie de l’Ecole Normale Supérieure » (Inserm U1024, CNRS/ENS Paris), et son équipe, en collaboration avec des chercheurs

Demain ou dans trois mois le virus partira Mais le lien social ne s’en remettra pas Un nouveau paradigme alors verra le jour On produira tous seul de chez soi pour toujours Les

Toute sa vie il fut un très grand alchimiste Il aurait découvert le mercure alchimique Mélangé à l'éther avec de l'antimoine Et se servant du souffre avec l'or est idoine Pour lui

Tous les malheurs du monde sont la faute de l'autre Et la haine s'immisce toujours en bonne apôtre Qui cherche à accuser celui qui n'y est pour rien Mais l'enfer c'est les autres