R EVUE DE STATISTIQUE APPLIQUÉE
D ANIEL G ROUCHKO
Application de la formule de Bayes au calcul d’un volant de rechanges pour des pièces à faible consommation
Revue de statistique appliquée, tome 12, n
o4 (1964), p. 57-80
<
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57
APPLICATION DE LA FORMULE DE BAYES AU CALCUL D’UN VOLANT DE RECHANGES POUR DES PIÈCES
A FAIBLE CONSOMMATION (1) Daniel GROUCHKO
INTRODUCTION -
Dans le cadre de la mise au
point
d’unsystème
d’information au-tomatique
sur les avaries des matérielsélectroniques, plusieurs
pro- grammes dedépouillement statistique
en ordinateur ont été mis aupoint,
ils
permettent :
a)
d’évaluer la fiabilité desmatériels ; b)
d’identifier les avariessystématiques ; c)
de définir lesprocédures d’entretien ;
d)
deprévoir
et de réviser les allocations depièces
déta-chées de
rechange.
Les méthodes de
Bayes
nous ontpermis
derépercuter
sur lesconclusions de certains modèles
stochastiques, l’imprécision statistique
des données initiales et pour nous limiter au thème de cet
article,
ces méthodes ont donné uneréponse
à laquestion
suivante :" Co mment,
àpartir
d’informations peunombreuses,
calculer une allocation depièces
de
rechange ayant
un très haut niveau deconfiance ? ".
La
majorité
desquelques
dizaines de milliers detypes
depièces composant l’équipement électronique
d’un bâtiment de la Marine Nationale sontsujettes
à des avaries excessivement rares.Le relevé
systématique
desremplacements
depièces n’apporte,
dans ces
conditions,
que des informationsstatistiquement
trèsimpré- cises, qu’aucun renseignement
extérieur valable(données
àpriori,
ex-périence technique)
ne vientcompléter.
Nous avons alors
supposé
que la consommation réelle(passée
etfuture)
était distribuée suivant une loistatistique
dePoisson,
dont la valeur moyenne,inconnue, pouvait
àpriori, prendre
indifféremment toute valeur. La formule deBayes permet
d’effectuer unesynthèse
entreces
hypothèses
et la consommation effectivementenregistrée
au coursd’une série d’observations.
Les résultats obtenus sont
simples :
- La distribution de
probabilité
de la moyenne estimée estune loi
Gamma ;
(1)
Nous résumerons, dans les pages ci-après, des réflexions faites à l’occasion d’une étude demandée par la Marine Nationale - Bureau de l’Entretien des Matériels de Transmissions, Ecoute, Radar.Revue de Statistique Appliquée 1964 - Vol. XII - N. 4
58
- La distribution de la consommation
prévue
est une loiBinomiale
Négative.
Le
développement rapide
dessystèmes
d’informationsautomatiques , qui
assurent lapréparation
des décisions dans une économie dont lacomplexité augmente
sans cesse et où l’accélération duprogrès
tech-nique
raccourcit la durée desobservations,
devrait assurer à ces mé- thodes un vastechamp d’application.
Plan de l’Article.
1/
Conditions etObjet
de l’étude.2/ Organisation générale
de l’étude d’une allocation.3/
Etudestatistique
de la consommation.Pourquoi
les méthodes deBayes ?
4/
Calcul de l’allocationoptimum.
5/ Propriétés
des distributionsstatistiques
obtenues :5 . 1 - Loi Gamma.
5. 2 - Loi Binomiale
Négative.
Annexe : Démonstration des formules utilisées.
I - CONDITIONS ET OBJET DE L’ETUDE - Le matériel
électronique.
L’équipement électronique
militaire gagne sans cesse enimpor-
tance, encomplexité
et enprix.
Malgré
les effortsentrepris
dans les domaines de la fiabilité(sû-
reté de
fonctionnement),
les ensemblesélectroniques
sont, en raison même de leurcomplexité,
des matériels extrêmementfragiles.
Moyens
de maintenance.Des ateliers de
réparation
ont donc étéprévus
à bord des bâti- ments de la MarineNationale,
ils doiventpouvoir
assurer la mainte-nance des
matériels, pendant
lapériode
maximum d’autonomie des na-vires
(plusieurs mois).
Allocations de
rechanges.
L’équipement
d’un bâtimentimportant
se compose deplusieurs
di-zaines de milliers de
types
decomposants électroniques ayant
toutesles variétés de dimensions et de
prix (de
1 à 100 000francs).
Pourchaque type
decomposant,
il faut déterminer le nombre derechanges
àembarquer,
en tenantcompte :
- du
prix,
duvolume,
du nombre et de la fiabilité despièces
à
poste
sur lesmatériels,
- de l’autonomie des
bâtiments,
- des
possibilités
dedépannage,
desappareils
ou chassis derechange disponibles
àbord,
- de
l’importance opérationnelle
desmatériels,
- de la
place
et des créditsdisponibles.
Revue de Statistique Appliquée 1964 - Vol. XII - N. 4
59
Informationsdisponibles.
De tous ces
éléments, qui
interviennent dans la définition d’uneallocation,
seulspeuvent
être évalués actuellement defaçon précise :
- le nombre et le coût des
pièces
àposte,
- les consommations
passées,
- les allocations actuelles
(des
bâtiments enservice),
- l’autonomie
exigée.
Critère
d’optimisation
de l’allocation.En raison de la nature du
problème
étudié(et
poursimplifier
lescalculs),
nous avons choisi pour critèred’optimisation
del’allocation,
le coût I de larupture
destock,
c’est-à-dire la somme desdépenses représentées
par :- l’immobilisation d’un matériel
qui
nepeut
êtredépanné,
-
l’approvisionnement,
letransport,
et éventuellement la fa- bricationurgente
de lapièce.
Ce coût
qui dépend
del’importance
des matériels et de la nature despièces détachées,
nepeut
êtreévalué, actuellement,
que defaçon
très
approximative,
nous avons donc admis :a)
que le coût I était le même pour touterupture
destock, b)
queplusieurs
allocationsoptima, correspondant
à des va-leurs différentes de I seraient
calculées,
unorganisme
central choisis- sant alors l’allocation dont le coût et la sûreté luiparaissent
lesplus appropriés.
Calcul de l’allocation
optimum.
E étant le nombre moyen de
ruptures
de stock(ou
excès moyen de la demande parrapport
àl’allocation),
le coût moyen J desruptures
de stock sera :Faisons le bilan
économique
entre :- le coût F d’une
pièce
derechange supplémentaire,
- la diminution
J(A) - J(A + 1)
du coût moyen desruptures
destock, obtenue,
enajoutant
unepièce
à l’allocation A.Si ce bilan est
positif : J(A) - J(A +1) F,
nous avons intérêt àaugmenter
l’allocution.De
même,
si le bilan entre :- l’économie F’ réalisée en
supprimant
unepièce
derechange ,
-
l’augmentation J(A - 1) - J(A)
du coût moyen desruptures
de
stock,
estpositif :
F’ >J(A - 1) - J(A),
nous avons in- térêt à diminuerl’allocation.
L’optimum
est atteintlorsqu’aucune
modification de l’allocationn’apparaît
souhaitable :Revue de Statistique Appliquée 1964 - Vol. XII - N. 4
60
N’ayant
pas d’inforrnationsprécises
sur la valeur deF’,
nousavons été amenés à poser F’ =
F,
il vient alors :ou, en tenant
compte
de la relation(1) :
Remarque : L’hypothèse
F’ = F est valable si l’on étudie l’allocation d’unnouveau
bâtiment,
ou l’allocation depièces
communes d’un bâtiment enservice. Si par contre des
pièces spéciales
et à très faible consomma-tion sont
surstockées,
on n’aura d’autre solution que de lesjeter ;
leseul intérêt de
l’allègement
du stock étant alors de libérer lesmagasins ,
F’ sera voisin de zéro.
On démontre aisément que
E(A) - E(A
+1)
est une fonction noncroissante de
A,
cesinégalités
définissent donc sansambiguïtés
l’allo-cation
optimum.
Arrivée à ce
point
du raisonnement, nous voyons que le calcul de l’allocationoptimum
est immédiat si nous pouvons évaluer le nombre moyen deruptures
de stockE(A).
Avant
d’entreprendre
cette évaluationqui
nécessite uneanalyse statistique
assezcomplexe
de la consommationpassée,
nous décrironsbrièvement
l’organisation pratique
d’une étude d’allocation.II - ORGANISATION GENERALE DE L’ETUDE D’UNE ALLOCATION -
Règle :
:"Aller
duparticulier
augénéral,
duquantitatif
auqualitatif" .
Première
étape :
Etudestatistique
détaillée.La consommation
passée
de chacun des 10 000 à 50 000types
depièces
détachées estanalysé individuellement,
et l’allocation correspon- dante estoptimisée.
Ce travail est effectué par un calculateur
électronique,
il conduit à des étatsmécanographiques adaptés
à undépouillement
manuelrapide :
- les améliorations à
apporter
aux allocations actuelles sont classées par ordred’importance,
- des
synthèses
sont effectuées par classes depièces
déta-chées et pour l’ensemble du stock.
Deuxième
étape :
Etudequalitative, technique
etopérationnelle.
Une
analyse qualitative
de l’allocation calculée est effectuée parun groupe d’officiers et
techniciens,
afin de tenircompte
de tous lesparamètres
non chiffrésqui
n’ont pu intervenir dans le modèle stochas-tique
traité par l’ordinateur :importance
desmatériels, possibilités
dedépannage
àbord,
volume despièces détachées,
etc.Revue de Statistique Appliquée 1964 - Vol. XII - N 4
61
Troisièmeétape :
Contrôle et décision.Un bureau central coordonne les études
statistiques
ettechniques ,
entérine ou refuse le montant total des allocations
suggérées,
définit auvu de
l’expérience acquise progressivement,
desrègles générales
degestion.
III - ETUDE
STATISTIQUE
DE LA CONSOMMATION.POURQUOI
LES METHODES DE BAYES ?"Aucune
mesurephysique
n’estparfaitement précise...
Nous neconnaissons pas
parfaitement
les conditionsinitiales,
mais nous avons une certaine idée de leurrépartition".
Norbert Wiéner -Cybernétique
et Société.
Sûreté d’une allocation.
Les avaries des matériels se
produisent
au hasard(on
nepeut prédire,
aveccertitude, quand
unepièce
tombera enavarie),
la consom-mation x de
pièces
derechange
est alors unegrandeur
aléatoire. Nousappellerons "Sûreté
d’une allocation de Apièces",
laprobabilité
de nemanquer d’aucune
pièce
derechange :
(Dans
la suite de ce texte, lesymbole "Pr" remplacera
le terme"Pro- babilité").
Si l’allocation A varie de 0 à
l’infini,
la sûretéS(A)
définit une fonctionqui
est la"Loi
derépartition
de la consommationx".
On démontre sim-plement,
que la"Sûreté totale"
d’une allocationcomposée
deplusieurs types
depièces
estégale
auproduit
des"Sûretés partielles"
des allo-cations de
chaque type
depièce :
(Si
est laprobabilité
de ne pas manquer depièces
detype "i",
les pro- babilitésSsont supposées indépendantes).
Prenons un
exemple numérique :
1 000types
depièces
sont utilisésà bord d’un
bâtiment,
la sûretépartielle
de l’allocation dechaque type
de
pièce
est très bonne :99,
9%.
La sûreté totale sera :
S est assez
faible,
il estprobable qu’on enregistrera
au moins une rup- ture de stock."Pour qu’une
allocationportant
sur ungrand
nombre detypes
depièces
soit
sûre,
il faut donc que les sûretéspartielles
des allocations dechaque type
depièce
soientexcellentes".
Mais comment définir de telles allocations ?
Revue de Statistique Appliquée 1964 - Vol. XII - N. 4
62
Loi de
répartition
de la consommation.Si nous utilisons une loi de
répartition empirique,
il nous fautplusieurs
milliers dedonnées, (c’est-à-dire, plus
de 5 années d’obser- vations sur une série de 50 naviresidentiques ( 1 ))
pour déterminer la consommationqui
a99,
9%
de chances de ne pas êtredépassée.
En
pratique,
nous nedisposons jamais
d’observations si nom-breuses et si
prolongées,
nous sommes alors contraintsd’ajuster
uneloi de
répartition théorique
aux donnéesexpérimentales.
Hypothèse
Poissonnienne.La consommation
passée
depièces
détachéespermet
deprévoir
laconsommation future si le taux d’avarie de l’ensemble des
pièces
déta-chées de même
type
existant à bord d’unbâtiment,
est constant dans letemps,
la consommation obtenue xpendant
unepériode
delongueur
unité
(1)
obéit alors à une loi de Poisson :Où le
symbole
Pr(x
sim) signifie :
Probabilité d’obtenir une consom-mation x, si la consommation moyenne exacte, par
période
unité(1)"
estégale
à m.Notons que le taux d’avarie est effectivement constant dans les cas
suivants :
-
pièces
neprésentant
pas de vieillissement(avaries
pure- mentfortuites ),
- nombreuses
pièces
de mêmetype
enservice, ayant
destemps
de fonctionnementvariables,
par suited’échanges
standards.(Le phénomène
est alorsstationnaire).
Nous faisons donc
l’hypothèse
que la consommation x,qui
sera ob-tenue dans
l’avenir,
obéira à une loistatistique Poisson,
et il ne nousreste
plus qu’à
déterminer leparamètre caractéristique
de cette loi :la consommation moyenne m.
Evaluation de la consommation moyenne.
Au cours d’une
période
d’observations de duréeD,
nous avons ob- servé C avaries depièces
d’untype
déterminé ; nous sommes tentésd’admettre,
ainsiqu’on
le faitgénéralement,
que m= D
Nous obtenons :
Examinons sur un
exemple, quelles
sont lesconséquences pratiques
d’une telle méthode :
(1) L’unité d’observation est
égale
à la période couverte par l’allocation c’est-à- dire, environ 3 moisd’opérations
d’un navire.Revue de Statistique Appliquée 1Q64 - Vol. XII - N. 4
63
Supposons
que la consommation observée soitnulle,
c’est-à-dire C =0,
nous déduisons que la consommation seratoujours nulle, (en
effetPr
(x
siC)
= 0 si C =0),
et aucune allocation ne sera délivrée. Cette conclusion est peuréaliste, pratiquement
toutes lespièces
sontsujettes
à avarie.
L’origine
de notre erreur est la suivante : nous avons admis que la consommation moyenneobservée C
étaitégale
à la consommation moyenne exacte m, alors que, enfait, C
est distribuéestatistiquement
au
voisinage
de m, et cette incertitude ne doit pas êtrenégligée,
sur-tout si nous voulons calculer une allocation dont la sûreté soit
supérieure
à
99, 9 %.
Connaissances à
priori
sur la consommation moyenne.Pour
préciser
notre connaissance de la consommation moyenne,nous pouvons nous
renseigner auprès
de techniciensspécialisés
etobtenir :
- des
renseignements quantitatifs (tels
que des résultatsd’essais),
- des informations
qualitatives (opinions).
La
synthèse
de cesexpériences permet
d’évaluer laprobabilité
àpriori
Pr(m)
que la consommation moyenne soitégale
à m.Dans la
plupart
des cas, lesrenseignements
obtenuspermettront
seulement de donner des bornes à la consommation moyenne :"on
af-firme,
J àpriori
que ml mm2".
Entre ces
bornes,
Jl’hypothèse
laplus simple
est de considérer la loi deprobabilité
Pr(m)
commeuniforme ;
le calcul de la loi de pro- babilité de la consommationpeut
alors être effectué(cf. Annexe),
ilconduit au résultat :
où : Pr
(x
siC) signifie : probabilité
d’obtenir la consommation x, si la consommation observée étaitC,
au cours de lapériode
d’observations de durée D.et :
(Notons
que cette loi deprobabilité
tend vers la loi BinomialeNégative , lorsque
ml = 0 et m2augmente indéfiniment).
En fait dans le cas
qui
nous occupe, nous nedisposions
pas àpriori
d’informationsvalables,
nous avons alors faitl’hypothèse généra- .
lement défavorable que la consommation moyenne
pouvait
apriori, prendre
indifféremment toute valeur.
(Postulat
deBayes).
Les allocations calculées à
partir
de cettehypothèse
seront vrai-semblablement
légèrement surestimées,
cequi correspond
à notrerecherche d’une très
grande
sécurité.Revue de Statistique Appliquée 1964 - Vol. XII - N. 4
64
Application
de la formule deBayes.
Nous avons maintenant besoin d’un modèle
stochastique qui
nouspermette
de faire lasynthèse
entre :la loi de
probabilité,
apriori,
de la consommation moyenne ; la distribution Poissonnienne de la consommation obtenuela consommation observée C au cours d’une
période
de du-rée D,
qui obéit,
en raison del’hypothèse
Poissonnienne à la loi :La formule de
Bayes
nous semblerépondre particulièrement
bien à ceproblème,
nousindiquerons
defaçon simplifiée
sa démonstrationqui
estreprise
defaçon plus rigoureuse,
en annexe.(Il
convient de remarquer que Pr(m)
où m est une variablecontinue,
doit se lire :"Densité
deprobabilité
dem").
La
probabilité
d’observer simultanément les évènements m et C est :Il
vient,
en combinant ceséquations :
et, en
remarquant
que :nous obtenons la formule de
Bayes :
De cette formule
qui
résume toutes nos connaissances(et
nos in-. certitudes)
sur la consommation moyenne, il nous est maintenant pos- sible de passer à uneprévision
de la consommation future :La relation :
nous conduit en effet à la loi de
probabilité
de la consommation x :Revue de Statistique Appliquée 1964 - Vol. XII - N. 4
65
Ces formules se
simplifient fortement,
si nous tenonscompte
deshypothèses explicitées
ci-dessus(relations (6)),
nous obtenons(voir
cal-culs en
annexes) :
,
- une distribution
Gamma,
pour la consommation moyenne :- une distribution binomiale
négative
pour la consommationprévue :
IV - CALCUL DE L’ALLOCATION OPTIMUM - Formules obtenues.
Nous pouvons maintenant calculer la sûreté S
(A, C)
d’une allocation de Apièces (sachant
que Cpièces
ont été consomméespendant
unepé-
riode d’observations de durée
D ),
ainsi que l’excès moyen de la demande parrapport
à l’allocationE(A, C),
nous obtenons(les
démonstrations sont données enannexe) :
(S(A, C)
est donc la somme des A derniers termes d’une loibinomiale) :
et la relation de récurrence :
-
E(A + 1, C)
+E(A, C) = 1 - S(A, C) (13)
Nous avons vu,
précédemment [Formule (2)],
que l’allocationopti-
mum était définie par les
inéquations :
où F est le coût d’une
pièce
derechange
etI,
le coût d’unerupture
de stock.En tenant
compte
des relationsci-dessus,
nous obtenons :Revue de Statistique Appliquée 1964 - Vol. XII - N. 4
66
ou :
Cette double
inéquation
nouspermet
de déterminer aisément l’allo- cationA,
si nousdisposons
de tables de la loi binomiale cumulée :Pour un
calculateur,
cette consultation de table seraitcependant
très
onéreuse,
en raison de lalongueur
considérable de la table numé-rique
utilisée.(La
table binomialedépend
de 3paramètres A, C,
Dpouvant prendre
des valeursallant, environ,
de 0 à100,
ellecomprend donc,
autotal,
environ : 100 x 100 x 100 = 1 000 000 determes).
Ajustement
normal.Nous avons alors cherché à utiliser une table
numérique plus courte,
parexemple,
une loi normale.La sûreté
S(A, C)
de l’allocation A est la somme des A derniers termes de la loi binomiale[cf.
formule(11)] :
de moyenne :
et
d’écart-type :
Cette loi
peut
êtreapprochée
par une loi Normaleayant
même moyenne(k)
et même écarttype (Ck) ;
sera alors donné par une table de la loi Normale
Réduite,
enprenant
pour valeur de la- variable t :Mais pour calculer exactement :
nous ne pouvons pas
négliger
le fait que la Loi Normale estcontinue ,
alors que Pr(k)
est définiuniquement
pour les valeurs entières de k .Il en résulte
qu’à :
Revue de Statistique Appliquée 1964 - Vol. XII - N. 4
67 correspond
k C.La valeur de la loi de
répartition
Normalecorrespondant
à :nous donne donc la meilleure
approximation
de 1 -S(A, C).
Des vérifications
numériques
montrent que cetteapproximation
estbonne si C est
supérieur
à 10.(Un exemple
est donné par le tableau1 ,
dans le cas où C = 10 et D =1).
Calcul par récurrence.
Cependant, après analyse
du programmeordinateur,
nous sommes arrivés à la conclusion que le calcul par récurrence de la sûretéS ( A, C)
était réalisable et relativement
rapide.
Le
procédé
de calcul de l’allocationoptimum
est alors le suivant :a)
l’ordinateur calcule la table des valeurs deD D D + 1 ]C+l ’
où D est un
paramètre
valable pour l’ensemble d’uneexploitation
etC + 1
prend
les valeurs :1, 2, 4, 8,...,
2048.[Formule (10)]
est alors cal- culé àpartir
de cettetable, en décomposant (C
+1)
en termes binaires(ce
calcul nécessite au maximum 10multiplications).
c)
l’ordinateur évalue :d)
calcul par récurrence de :e) lorsqu’une
valeur A estatteinte,
telle que :cette valeur
A,
est ainsi que nous l’avons vuprécédemment
l’allocationoptimum
depièces
derechange.
Revue de Statistique Appliquée 1964 - Vol. XII - N. 4
68 Exemples numériques.
Nous examinerons
maintenant,
surquelques exemples, quelles
serontles
conséquences pratiques
des méthodesstatistiques
utilisées.Supposons qu’aucune pièce
n’a été consommée au cours de lapé-
riode
d’obs.ervation,
nous obtenons(cf.
Formule(9), (10), (11), (12)):
Bien que la consommation observée ait été C =
0, l’espérance
ma-thématique
de la consommation future est donc différente de zéro :Supposons
que nousexigions
une sûretéS(A, C) supérieure
ouégale
à
99, 9 %,
nous avons donc :Selon la durée de la
période d’observations,
nous délivrerons donc les allocations suivantes :Si D = 1
(3
moisd’observations),
l’allocation est A = 9 Si D = 2(6
moisd’observations),
l’allocation est A = 6D - 3 ou 4 A=4
D =
5, 6, 7
ou 8 A = 3D - 9 à 99 A=2
D = 100 à 999 A = 1
D
supérieur
ouégal
à 1 000 A = 0La durée de la
période
d’observations a donc une influenceimpor-
tante sur
l’allocation,
surtout pour les valeurs de D inférieures à 10.Supposons, maintenant,
que le coût d’unerupture
de stock est éva- lué à 1 000 000 Frs et que le coût de lapièce
est 1Franc,
l’allocationoptimum correspondra
à cf.[Formule (14)] :
c’est-à-dire à une sûreté voisine de
99, 9999 %.
La relation ci-dessus
peut
s’écrire :Revue de Statistique Appliquée 1964 - Vol. XII - N. 4.
69
et nous obtenons :
Nous notons à nouveau, que l’influence de la durée des observa- tions est surtout sensible pour les valeurs de D inférieures à 10.
Et nous concluons cette
application numérique,
par la remarque suivante :Si la durée D des observations est
comprise
entre 32 et99,
c’est- à-dire entre 1 et 3 ans, sur une série de 8 bâtimentsidentiques (ce temps
d’observation est assezcourant)
et si la consommation observée estnulle,
l’allocation délivrée sera :- 2
pièces
derechange,
si la sûretéexigée
est99, 9 %,
- 3
pièces
derechange,
si la sûretéexigée
est99,
9999%.
Il suffit donc d’une
pièce supplémentaire,
pouraugmenter
dans desproportions considérables,
la sûreté de l’allocation.V - PROPRIETES DES DISTRIBUTIONS
STATISTIQUES
OBTENUES -5.1 - Loi Gamma.
La distribution de
probabilité [cf.
Formule(9)] :
est connue sous le nom de loi
Gamma,
elle a pour moyenne et pour écarttype 03C3m
Analogie
avec la loi de Poisson.En divisant Pr
(m
siC)
parD,
nous obtenons un terme de la loi dePoisson, (D m)c e-Dm C!
, de variable C et de moyenne D m.Des tables de la loi de Poisson
figurent
dans de nombreux ouvrages , elles ont laprésentation
suivante :Revue de Statistique Appliquée 1964 - Vol. XII - N. 4
70
Pour déterminer les termes d’une loi
Gamma,
nous lisons les nombresfigurant
dans une mêmeligne,
alorsqu’une
loi de Poisson est déterminée par les nombresfigurant
dans une même colonne.Prenons par
exemple
C = 3 et D =10,
nous lisons la 4èmeligne
du tableau ci-dessus et en
multipliant
par D nous obtenons la densité deprobabilité
de la loi Gammaf (m)
= Pr(m
si C =3) :
Formes de la loi
Le
graphique ci-après
donne l’allure de la distributionIF,
pourC = 0, 1, 2,
3.Fig.
Si C =
0,
nous obtenons une loiexponentielle ;
si C et Daugmentent
alors
que C
tend vers unelimite 03BC,
la distributionprend
une forme encloche,
semblable à celle de la loiNormale,
avec pour limite la droitem = 03BC.
(Si
la durée D des observations est trèsgrande,
la consommation moyenne m est connue avec certitude : m = 4= C D ).
5.2 - Loi Binomiale
Négative.
La distribution de
probabilité :
est connue sous le nom de Loi Binomiale
Négative,
elle a pour moyennex =
C + 1 D
pour médiane :Mx = C D
et pour écarttype :
Revue de Statistique Appliquée 1964 - Vol. XII - N. 4
71
Analogies
avec la loi Binomiale.En divisant Pr
(x
siC) par
nous obtenons un terme de loibinomiale :
CCx+C Dc (D+1)x+C qui
est laprobabilité
d’observer C fois l’évè- nementE1,
si x + C = ntirages
sont effectués entre 2 évènementsEl
etE2 ayant respectivement
lesprobabilités
p =Du 1
etq - 1 -
de seproduire.
Alors que les termes de la loi binomiale sont obtenus en
dévelop- pant
le binome :où
l’exposant
n estpositif,
les termes de la distribution Pr(x
siC)
sontobtenus en
développant l’expression :
où
l’exposant (-C - 1)
estnégatif,
d’où son nom : Loi BinomialeNégative .
Mais les
analogies
entre la Loi BinomialeNégative
et la Loi Bi- nomiale usuelle ne se limitent pas à ces 2premières
remarques, nousavons
démontré,
eneffet, [Formule (11)] :
ce
qui peut
s’écrire :Pr binomiale
négative (x A) =
Pr binomiale(k
>C) (20) (La
loi binomiale Pr(k) correspond
à n = A + C + 1tirages
entre2 évènements de
probabilités
p -D D + et q = D + 1 -)
Une consultation de tables de la loi Binomiale
permet
donc de dé- terminerrapidement
des termes de la distribution binomialenégative
etde sa fonction de
répartition.
Formes de la Loi Binomiale
Négative.
Si C =
0,
la loi Pr(x
siC)
devient une loigéométrique :
Si C et D
augmentent,
alors que lerapport C
tend vers une limite 4,nous obtenons une loi de Poisson :
Revue de Statistique Appliquée 1964 - Vol. XII - N. 4
72
(On
retrouvedonc,
si la durée des observationsaugmente,
la distributionpoissonnienne
exacte, de laconsommation).
Ajustement
à une loi normale.La loi de
répartition
BinomialeNégative
aplusieurs propriétés
ca-ractéristiques qui
rendentl’ajustement
à une loi Normale peu satisfaisant :a)
elle estdissymétrique,
b)
la moyenne n’est paségale
à lamédiane,
c)
les valeurséloignées
de la moyenne, ont desprobabilités
de survenir
beaucoup plus
élevéesqu’avec
une loi Normale.Par contre, la remarque
(20)
faite ci-dessus nous conduit à une estimationprécise
des termes de larépartition
BinomialeNégative ;
ladistribution Binomiale usuelle est en effet
approchée
defaçon
très valable par une loi Normale.Le
paramètre
de la loi Normale Réduite étant ici[cf.
Formule(17)] :
Un
exemple numérique correspondant
aux valeurs D =1,
C =10,
est traité par letableau, ci-après.
Revue de Statistique Appliquée 1964 - Vol. XII - N. 4
73
Tableau 1Approximation
de la loi Binomialenégative
par une loi normale
(Calculs
effectués dans le cas : D =1,
C =10)
Revue de Statistique Appliquée 1964 - Vol. XII - N. 4
74 ANNEXE
DEMONSTRATION DES FORMULES UTILISEES
1 - FORMULE DE BAYES -
Appelons M, C,
x, les événements :M - la
consômmation
moyenne exacte estcomprise
entre m etm +
dm,
où dm est unequantité
infinimentpetite.
C - la consommation observée est C.
x - la consommation obtenue sera
égale
à x(où
x et C sontentiers).
Nous avons :
et donc :
Si nous
appelons : Pr (m
etC), Pr (m), Pr (m si C),
les densitésde
probabilités,
nous obtenons :nous avons,
évidemment,
Pr(C
siM)
= Pr(C
sim)
et nous obtenons :De même :
s’écrit, puisque
dm est infinimentpetit :
et nous obtenons :
Enfin,
si nous remarquons que :Revue de Statistique Appliquée 1964 - Vol. XII - N. 4
75
nous obtenons :
2 - APPLICATION DES FORMULES DE
BAYES,
AU CAS OUPr (m)
ESTUNIFORME DANS UN INTERVALLE
(m1, m2) -
Dans ce cas :
Nous obtenons :
et de même :
avec :
3 - HYPOTHESE POISSONIENNE - Nous posons :
Il vient :
soit en effectuant C fois
l’intégration
parparties :
Revue de Statistique Appliquée 1964 - Vol. XII - N. 4
76 qui
nous conduit à unpremier
résultat :Evaluons maintenant :
Et
l’équation (7)
devient :Si Pr
(m)
est uniforme entre 0 etl’infini,
nous faisons tendrem 0 et m nous obtenons :
1 2
e-Dm2
(D m2)k 0, quelque
soit k ;et
e-Dm1 (D m1)k 0,
sauf pour k =0,
où cetteexpression
tend vers 1 .Soit en définitive :
et nous déduisons :
4 -
CARACTERISTIQUES
DES DISTRIBUTIONS OBTENUES -4.1 - Paramètres
caractéristiques
de la loi Gamma Pr(m
siC) -
Formule
(14).
et, en
remarquant
quel’intégrale
estégale
à Z(D,
C +1) :
Revue de Statistique Appliquée 1964 - Vol. XII - N. 4
77
soit :d’où :
4.2 - Paramètres
caractéristiques
de la loi BinomialeNégative
Pr
(x
siC) -
Formule(14).
Nous démontrerons tout d’abord
quelques formules, qui
seront né-cessaires dans la suite :
soit
nous obtenons :
Soit
g(u, v)
= u v, il vient :et si
et nous obtenons :
Calculons maintenant la valeur moyenne de x :
Revue de Statistique Appliquée 1964 - Vol. XII - N. 4
78
Nous reconnaissons
l’équation (18),
avecC+x=n,
C + 1 = i et, nous obtenons :
De
même,
nous calculons :et nous obtenons :
5 - SURETE DE L’ALLOCATION :
S (A) -
Nous calculerons la
probabilité
derupture
de stock :Posons
= p, nous voyons quel’expression
sous lesigne
est la dérivée d’ordre C de
px+C,
or nous avons :La dérivée d’ordre i
de pn 1-p
est donnée par la formule(19),
nous
obtenons,
enposant i = C,
n = A + C + 1 :et en
posant
C - k = r, il vient la loi Binomiale :Revue de Statistique Appliquée 1964 - Vol. XII - N. 4
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6 - NOMBRE MOYEN DE RUPTURES DE STOCK - Le nombre moyen de
ruptures
de stock est :Posons :
avec la variable t = x -
1,
il vient :et nous obtenons :
Or :
nous conduit à la relation :
Enfin,
si nous remarquons que :nous obtenons :
et nous arrivons à la relation de récurrence :
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80
Notons que ce résultat est
général, quelle
que soit la loi de ré-partition
étudiée :S(A, C)
étant une fonction non décroissante deA, E(A) - E(A + 1)
sera une fonction non
croissante,
cela confirme la remarque faite auchapitre
I : iln’y
aqu’une
seule allocationoptima.
BIBLIOGRAPHIE
[1] Probability and
Statistics for Business Décisions.Robert Schlaifer - Mc Graw-Hill BookCompany. (183, 221, 288, 670).
Remarque :
Dans certainschapitres
de cet ouvrage, la distribution Bi- nomialeNégative
estappelée
Loi de Pascal.[2]
The advancedtheory
of statistics - Maurice G. Kendall and Alan Stuart - Charles Griffin - London -(129).
Revue de Statistique Appliquée 1964 - Vol. XII - N. 4