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Valoriser la qualité de conduite

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Academic year: 2022

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Texte intégral

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Comment parler d’éthique sans faire la morale ?

Entraîneurs, formateurs, éducateurs… tous pédagogues, tous

« managers », tous responsables ! Car s’il y a sans conteste une responsabilité individuelle à la fonction d’éducateur, de formateur ou d’entraîneur, il y a bien aussi une responsabilité sociale du football, légitimée par l’ampleur du phénomène social que représente ce sport à l’échelle de la planète.

Quel poids sur les épaules de ces « pédagogues », de ceux qui, selon l’étymologie, sont chargés d’éduquer, d’instruire, de guider ! Transmettre les techniques du jeu tout en favorisant des qualités d’homme et faire en sorte que la passion entraîne des générations. C’est une question de valeurs à partager : 0 gramme de certitude pour une tonne de conviction !

Comment chacun selon son niveau, sa fonction, peut-il transmettre les grands principes qui définissent la responsabilité sociale du football ?

• Faire en sorte que ce sport reste un jeu (respect des règles, des beaux gestes, des belles actions, de la fluidité, etc.) ;

• Faire en sorte que les stades soient des lieux de rencontres sportives, enjouées, festives et sans violence ;

• Faire en sorte que les générations pratiquent ce sport avec fierté.

Valoriser la qualité de conduite

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De nos jours, celui ou celle qui doit diriger, former, éduquer des footballeurs est confronté(e) à un dilemme : comment guider un groupe d’individus aux valeurs enracinées dans partout et nulle part – en tous les cas, très hétérogènes ?

Si le « rappel de certaines valeurs n’est jamais superflu », comme le pense le Président du Conseil National de l’Éthique, Dominique Rocheteau, et si

« la pédagogie et l’éducation sont les meilleurs moyens de prévenir les dérives » (France Football du 24 septembre 2003), cela ne va pas sans questions pour les responsables-terrain. Comment dynamiser cet ensemble de valeurs, qui ne correspondent pas toujours aux siennes propres, vers un objectif commun, en l’occurrence : jouer au football, en équipe, en respectant les règles du jeu, l’arbitrage et l’équipe partenaire ?

Comment trouver des valeurs fédératrices communes ? Bref, comment parler d’éthique sans faire la morale ?

L’éthique est une forme de repère à la conduite humaine. Le football, comme d’ailleurs toute entreprise, exige une qualité de conduite de l’encadrement.

Celui-ci doit, en retour, l’exiger de ses équipes. Le comportement, par rapport à la conduite, est parfois plus stéréotypé, prédéterminé, prévisible car il est souvent imposé par la hiérarchie. Au football ce peut être la poignée de main échangée entre les joueurs des deux équipes partenaires avant le début du match. Sans regard, sans chaleur, il s’agit d’un geste appris, qui peut être mal perçu, mais indispensable, selon les autorités.

Cependant, ces règles imposées ont leur utilité pour harmoniser la collectivité.

On dira que la conduite, pour sa part, est une composition beaucoup plus personnelle de notre action. On y fait jouer des aspects de notre personnalité qui sont liés à notre culture, à notre condition sociale ou à notre profession.

On fait en sorte que notre action soit quelque chose d’unique et de particulier puisque c’est par elle que nous nous affirmons et que les autres nous jugeront. En ce sens, en sport, on parle souvent de fair-play.

Éthique, morale, déontologie

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Puisque la conduite est une réalisation de soi, elle nous permet d’agir en cohérence avec nos valeurs personnelles, elle verse donc du côté de l’éthique.

Les racines du comportement, elles, sont plus psychologiques ; on trouve en effet de nombreuses théories comportementales à caractère scientifique qui aident à comprendre et à évaluer certains agissements, à maîtriser ses émotions, à évacuer ses phobies.

Mais justement, l’éthique n’est pas une science et c’est bien là toute la difficulté de sa pédagogie : l’éthique, ça se pratique et si possible ça se pratique en pensant aux autres, en s’affirmant dans des valeurs collectives, dans le respect total de la règle commune. On est et on reste fair-play car il en découle un bien être pour l’individu et le groupe.

Le formateur peut donc commencer par distinguer, sans jamais les opposer, l’éthique et la morale. Tout en reconnaissant que leur partage n’est pas évident dès qu’il s’agit de juger de décisions à prendre ou de jugements à émettre.

Cela permet surtout de saisir l’aspect « opérationnel » de l’éthique qui commence avec la question « que faire ? », tandis que la morale s’interroge sur « comment être moral ? », donc sur l’intention qui préside à une action plutôt que sur le résultat. Le tableau ci-dessous permet de relativiser la distinction à établir entre morale et éthique :

On remarque que les catégories de l’éthique sportive sont plus étroitement liées à la morale dès que le niveau de compétition s’élève.

Le formateur et l’entraîneur, tout en privilégiant le résultat, doivent insister sur la question du « dépassement de soi », non pas par intérêt personnel mais pour favoriser l’équipe. On peut même ajouter que le football, comme tous les sports d’équipe, exige au moment d’une compétition une conduite morale très forte (oubli de soi, dépassement de soi, respect des règles, etc.). Seuls le plaisir et le bonheur de jouer relèvent alors de l’intérêt personnel. Mais être heureux est tout à fait éthique… et avoir du plaisir aussi !

En fait, on retrouve les mêmes composantes que dans une entreprise soumise à une concurrence dont la qualité des services ou des produits s’affine. Par le biais du haut niveau d’exigence demandé, les hommes

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finissent par se plier au respect des règles de la profession. Et plus l’entreprise grandit, plus les hommes sont contraints à observer des principes de bonne conduite.

Mais dans le feu de l’action mêlée à des enjeux financiers parfois colossaux, il est difficile de se maîtriser sur le terrain. C’est à cet apprentissage que les éducateurs et les formateurs participent.

La déontologie réunit ainsi, sous un ensemble de règles, les devoirs auxquels une profession, des métiers ne peuvent déroger (deon = devoir).

C’est tout autant de l’éthique que de la morale.

Il faut donc que la conduite personnelle de l’éducateur, du formateur, de l’entraîneur soit en conformité avec la loi morale et les textes légaux. Le Conseil National de l’Éthique du Football pourrait, par exemple, mettre en place un code de déontologie pour les métiers du football ; le respect de ces normes pourrait donner lieu à des contrôles de « conformité » et à des sanctions en cas de manquement.

C’est ainsi que les Lois du jeu, dans le football, font un peu figure de code de déontologie pour les joueurs, et cela, qu’ils soient amateurs ou professionnels.

En revanche, la Charte éthique du football, élaborée par les membres du Conseil National de l’Éthique, n’a pas ce caractère impératif. Elle exprime, sous forme de « principes d’action », des points de repères à la conduite individuelle. Rien n’est figé ni prédéterminé. L’éducateur peut ainsi se l’approprier, s’en inspirer pour ouvrir le dialogue et transmettre les repères qu’elle comporte après les avoir déclinés avec son groupe.

Son rôle est alors de donner une consistance pratique aux sept grands principes de la charte :

Respecter les règles

Respecter l’arbitre

Respecter ses adversaires

Bannir la violence et la tricherie

Être maître de soi

Être loyal et fair-play

Montrer l’exemple

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Certes, c’est une bonne chose que les joueurs, ainsi éduqués, se conduisent sur le terrain (et aux alentours) en respectant leur sport. On connaît suffisamment l’influence que peut exercer un pédagogue pour savoir que s’ils le font par respect pour ce dernier, pour ses qualités d’homme et les valeurs qu’il incarne, alors cette droiture s’inscrira au plus profond de leurs principes de vie.

Pas seulement le temps d’un match, mais c’est bien le reste de leur vie qui sera guidé par cette personne. Pour Aimé Jacquet, par exemple, on sait qu’il s’agissait du cordonnier, le président du club de foot de son village.

La responsabilité et l’exemplarité : valeurs phares de l’éducateur, du formateur, de l’entraîneur

La responsabilité est de taille !

Tout pédagogue, tout manager, doit être à la hauteur des attentes qu’il suscite. Dans le mot même de responsabilité (respondere = répondre de) on trouve l’idée de la dignité et de la hauteur morale. C’est-à-dire que l’on doit assumer le mérite et le démérite des conséquences de ses actes ou de ses décisions. On doit en répondre. On s’en reconnaît l’auteur car on était conscient moralement au moment où on les commettait, où les prenait. Cela débouche aussi sur les formes de responsabilités légales ou juridiques (que je n’aborderai pas dans cette tribune).

En entrant dans le monde du football, les joueurs pénètrent dans une famille dont ils attendent beaucoup, parfois trop. C’est également le rôle de leurs accompagnateurs de leur montrer la réalité. On peut dire que la responsabilité revient alors, pour ces derniers, à conserver intact le capital- réputation du football. Or, la réputation, elle aussi, est liée à l’honneur, à une forme de dignité morale qui repose sur quatre principes :

Dignité (pour moi et mon équipe)

Fierté (pour moi + fierté d’appartenance + réussite…)

Estime (pour moi, mon équipe, les autres….)

Respect (de moi, des autres, de mon environnement)

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Ces grands principes, autour desquels s’articule la réputation, sous-tendent la notion de confiance. L’éducateur, le formateur et l’entraîneur doivent donc être des hommes de confiance. C’est-à-dire des hommes et des femmes capables d’inspirer, comme le dit le dictionnaire : « une espérance liée à un sentiment de sécurité absolue ».

La confiance implique la relation à autrui et à ses propres valeurs :

Amitié

Loyauté

Fiabilité

Espérance

Impartialité

Engagement

Intégration

Connivence

Assurance

Dépendance

L’éducateur, pour être crédible, doit donc être exemplaire. C’est également la principale qualité du leader qui incarne à lui seul les trois valeurs de l’exemplarité :

La cohérence personnelle

L’incarnation du sens

L’humanisation de la règle

Cela signifie, qu’à la compétence, il doit ajouter la force de conviction, qu’il doit former pour pouvoir conseiller, qu’il doit fédérer pour mieux faire surgir les talents personnels. Il en va de sa responsabilité.

Ce périple dans l’univers des valeurs des éducateurs ou des formateurs révèle une dimension, souvent occultée, de ce métier du football : la capacité à transmettre un savoir technique bien sûr, mais surtout, pour ceux qui l’exercent, à donner du sens, et par là, de la qualité, à des milliers de vies.

Et ceci grâce, ne l’oublions pas, à la structure de la formation « à la française ». À tous les niveaux on y trouve, en effet, des modules liés à une

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meilleure compréhension de l’enfant ou de l’homme dans la société, y compris l’apprentissage de la citoyenneté.

Comme le disait Raymond Domenech dans le N° 350 de l’Entraîneur français : « l’éducateur, c’est celui qui a une véritable éthique, qui prend la défense de l’humain contre le « tout économique », le tout efficacité. C’est l’humain avant tout. On fait du sport pour se faire plaisir, pour faire plaisir aux gens… L’enfant recherche un modèle quelque part, car il ne l’a pas toujours à la maison ».

Alors, en insérant dans leurs travaux une étude appliquée aux valeurs partagées dans le football, les formateurs et les éducateurs ne peuvent que répondre de façon positive aux demandes de notre société.

Belle leçon de football !

Catherine Maurey Membre du groupe de travail du Conseil National de l’Éthique de la Fédération Française du Football Présidé par Dominique Rocheteau Suite aux séminaires des CTR, CTD et CATRF à Clairefontaine Tribune, dans L’Entraîneur Français, N° 353 – Janvier 2004

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