ACTION D’UNE CELLULASE FONGIQUE
SUR LES MEMBRANES ET SON INTÉRÊT
POUR PRÉVOIR LA DIGESTIBILITÉ
DES PLANTES FOURRAGÈRES
R.
JARRIGE,
P. THIVENDMarie-Thérèse BEAUFORT : Bernadette BOUYON Station de Recherches sur
l’Élez!age
desRuminants,
Centre de Recherches
zootechniques et
vétérinaires sur lesRuminants,
63 - Theix,
près
Clermont-Ferrand Institut national de la Rechercheagronomique
SOMMAIRE
On a étudié l’action d’une
préparation cellulasique fongique
sur desfourrages d’origine
bota-nique et
dedigestibilité
in vivo très différentes. Elleapparaît
comme unmélange d’enzymes qui
hydrolyse
defaçon complète
une fraction de la cellulose et des hémicelluloses et attaque aussiles
protéines (de
l’ordre de ao p.ioo). L’importance
de ladégradation
despolysaccharides
membranaires est en corrélationpositive
avec ladigestibilité
de ces fractions dans le tubedigestif
du mouton ; elle varie en sens inverse dudegré
delignification (r
= ―0,8!) ;
elle estplus
élevée pour lesgraminées
que pour les
légumineuses
dedigestibilité comparable.
Lapréparation cellulasique
a donc une actionrelativement semblable à celle de la
population
microbienne du rumen.La
quantité
de substancesqu’elle
solubilise est en corrélationpositive
avec ladigestibilité
dufourrage ;
il en est de même pour laquantité
de substances extraite par la solution tampon faible-ment acide
( P H 4 ,6)
danslaquelle
est diluée lapréparation cellulasique
et, encoreplus,
pour laquantité
totale de substances extraite lors de la
digestion cellulasique :
pour les différentescatégories
desrzç échantillons
étudiés,
le coefficient de corrélation esttoujours supérieur
à 0,80.La
digestion cellulasique
permet deprévoir
ladigestibilité
avec uneprécision généralement
meilleure que les trois autres méthodes
auxquelles
nous l’avonscomparée
sur les mêmes échantillons : la cellulose brute Weende, lalignocellulose
et ladigestibilité
in vitro enprésence
deliquide
du rumen.Elle est
simple ;
elle est aussireproductible
que les méthodeschimiques
et, en tout cas,beaucoup plus
que la
digestibilité
in vitro.INTRODUCTION
Pour
prévoir
la valeur nutritive desfourrages,
on aproposé
de nombreusesméthodes
chimiques
dont aucune n’estcomplètement
satisfaisante : d’unepart,
les critèressimples
tels que la cellulose bruteWeende, permettent
rarement une estima- tionprécise ;
d’autrepart,
ledosage
de lalignine
esttrop long,
surtout s’il est com-plété
par celui d’autresconstituants
membranaires. Les méthodes dedigestion
in vitrodu
fourrage
par dujus
de rumen(cf.
revue deJ OHNSON , zg66), qui
ont étéproposées
au cours des dix dernières
années, permettent
engénéral
deprévoir
la valeur nutri-tive du
fourrage
defaçon plus
satisfaisante que les méthodeschimiques
derapidité comparable.
Ellesprésentent cependant
l’inconvénient de nécessiter l’entretien d’animauxporteurs
d’une fistule du rumen etd’être, semble-t-il,
moinsreproduc-
tibles que les méthodes
chimiques
par suite des variations de l’activité microbienne del’inoculum,
toutparticulièrement
vis-à-vis de la cellulose(cf. B ARN E S , ig6 7 ).
Nous avons
essayé
desupprimer
ces inconvénients enremplaçant
cet inoculumpar une
préparation cellulasique, fabriquée industriellement, qui
a été étudiée par LE GRAND et THIVEND(ig6 7 ).
Nous avons d’abordprécisé
la duréeoptimum
del’attaque
dufourrage
par cettepréparation,
la nature etl’importance
desproduits
solubilisés. Nous avons ensuite examiné dans
quelle
mesure cetteattaque présentait
une similitude avec celle que subit le
fourrage
dans le tubedigestif
des ruminantssous l’action des
microorganismes cellulolytiques,
et offrait ainsi un moyen deprévoir
la
digestibilité.
Seuls à notre connaissance DONEFER et al.( 19 6 3 )
ont utilisé unepréparation cellulasique
dans le mêmedessein,
mais sans enpréciser
le moded’action seulement sur un
petit
nombre( 14 )
d’échantillons.MATÉRIEL
ETMÉTHODES
Préparation cellulasique
La
préparation cellulasique
utilisée estfabriquée
par la S. E. A. B.( 1 ).
Elleprovient
d’uneculture d’enrichissement
d’un basidiomycète
du solqui
n’a pas été identifié.Elle se
présente
sous forme d’unepoudre blanchâtre, partiellement
soluble dans l’eau(6 0
p.100 ) ;
sa teneur en azote
(Kjeldahl)
varie de 3 à 3,5 p. 100. Lapartie
soluble renferme la totalité de l’acti- vitécellulolytique laquelle
est très stable à o!C.On a
préparé
la solutioncellulasique
encentrifugeant
unesuspension
depoudre ( 10 mgiml)
dans une solution tampon d’acétate de sodium et d’acide
acétique
à 0,05 M( P H 4 ,6)
contenant dunitrure de sodium
( 0 , 05 M)
commeantiseptique.
La solution peut être conservée au froid(-j- 5 0 C) pendant
environ 24heures, avant d’être utilisée.Dans les conditions fixées
ci-après,
la solution solubilise en 24heures 5 p. 100et 23 p. 100de linters de coton dont lesdegrés
depolymérisation
sontrespectivement
de i 5oo et 800.Méthode
La
digestion cellulasique
a lieu(en triple)
dans deserlenméyers
de ioo mlplacés
dans un bain-marie à
4 o o C
et soumis à uneagitation
constante ; des essaispréliminaires
ont conduit à utiliser3
o ml de la solution
cellulasique
pour,5oo mg defourrage.
A la suite de l’étudecinétique rapportée plus
loin, la durée de ladigestion
a été fixée à 24heures.On filtre sur un creuset en verre fritté n° z,
préalablement
taré, et on lave abondamment à l’eau distillée. Le résidu brut obtenuaprès
dessiccation à l’étuve à 8ooC est transféré dans unecapsule
en silice et incinéré à
gso!C pendant
4heures.On a mesuré
parallèlement
et dans les mêmes conditions, le résidu brut du traitement dufourrage
par la solution tampon sans cellulase,(ce
résidu retenant la mêmeproportion
des cendresdu
fourrage
que le résidu de ladigestion cellulasique,
nous ne l’avons pasincinéré).
Cela nous permet de faire la part de la solution tampon et de la cellulase dans la
digestion
cellu-lasique
endistinguant
trois extraits :- l’extrait total par la
digestion cellulasique ;
- l’extrait par la solution tampon ;
- l’extrait par la cellulase obtenu par différence entre les deux
précédents.
( 1
) S. E. A. B. : Société d’Études et
d’Applications Biochimiques
(78 - Jouy-en-Josas).Au cours des études, nous avons été amenés à doser les teneurs des différents constituants
glu-
cidiques
de certains échantillons par la méthode deJ ARRIGE ( 19 6 1 ) qui sépare
successivement lesglucides
solubles, les hémicelluloses, la cellulose et lalignine,
et aussi la teneur enlignocellulose
(aciddetergent fiber)
par la méthoded’hydrolyse
acide enprésence
dedétergent
de VANSOEST(r963)-
Fourrages
Nous avons choisi les échantillons
représentatifs
desprincipales catégories
defourrages.
Leurdigestibilité
avait été mesurée sur des moutons, à un niveaud’ingestion
voisin du maximum ; leursteneurs en cellulose brute Weende, matières azotées et cendres avaient été dosées au
préalable.
Deplus,
nous avions déterminé lacomposition glucidique
de certains d’entre eux.Les ray-grass et
dactyles
ont été choisisparmi
lesfourrages
étudiés parJ ARRIGE
et MINSON(i
9 6 4
) ;
leurdigestibilité
avait été mesurée au Grassland Research Inslitule deHurley
sur lefourrage congelé après
la récolte(Mirrsorr,
RAYMONDet HARRIS,i 9 6o).
Tous les autresfourrages
ont été étu-diés à la Station par DEMARQUILLY ; la
digestibilité
desfourrages
verts était mesurée directementsur le
fourrage
fraiscoupé chaque
matin. Les échantillons defourrages
et de fèces ont été séchés àl’étuve à 8ocC.
RÉSULTATS
Influence de
la durée dedigestion
Nous avons
comparé
3 durées dedigestion, 6,
24 et4 8 heures,
surquatre
four- rages de nature et dedigestibilité (de
la matièreorganique)
différentes : deux defoins,
un de luzerne
(CUD
=5 6, 5 )
et l’autre deprairie
naturelle(CUD = 6 0 , 4 ),
et deuxfourrages
dont ladigestibilité
avait été mesurée à l’état frais : un de luzerne(CUD = 65,g)
et l’autre defétuque
després (CUD
=73 ,g). La digestion
a été effec-tuée
parallèlement
sur lefourrage
et sur lalignocellulose correspondante (acid detergent fiber
de VANS OES T, 19 6 3 ).
Les
principaux
résultats sontprésentés
sur lafigure
I. Laquantité
de matièresèche extraite du
fourrage
par la cellulaseaugmente
avec la durée d’unefaçon
curvi-linéaire,
trèscomparable
pour lesquatre
échantillons.Rapportée
à la valeur 24heures,
elle est en moyenne de6g, 3
p. 100(6 5 , 7
à75 ,i)
au bout de 6 heures et de113 ,6
p. ioo(io5,o
àit 9 , 3 )
au bout de4 8
heures. Laquantité
extraite de lalignocellulose
varie defaçon grossièrement parallèle,
mais elle est nettementplus
faible.Quant
à laquantité
de matière sèche extraite par la solution
tampon,
ellen’augmente
que trèslégèrement
avec la durée : en valeur relative elle a été de
9 6, 7 ,
ioo et 103,4 p. 100respectivement
au bout de
6,
24et4 8
heures.Pour les études
ultérieures,
nous avonsadopté
une durée de 24 heuresqui repré-
sente un
compromis
commode. Enprolongeant au-delà,
on accroît peu laquantité
de substances solubilisées et on ne modifie pas les différences entre
fourrages.
Pour trois des
fourrages (le 4 e
échantillonayant
étéégaré),
nous avons dosé leshémicelluloses,
la cellulose et lalignine
brute(J ARRIGE , i 9 6i),
ainsi quel’azote, après
traitement par la solutiontampon
etaprès
traitement par la solution cellula-sique ( 24 heures).
Par différence entre les deux séries de résultats(tabl. r),
ilapparaît
que la cellulase a solubilisé une
quantité appréciable
d’hémicelluloses(de
14,1 à19
,8
p. IOOdutotal) qui
est mêmeplus
élevée que laquantité
de cellulose pour deux des troisfourrages. 1 / hydrolyse
a sans doute étécomplète jusqu’à
l’état d’osespuisque l’augmentation
desglucides
réducteurs de l’extraitcorrespond
sensiblement à laquantité
depolysaccharides qui
a été solubilisée. La cellulase aégalement
solu-bilisé une
proportion importante
des matières azotées(de
20,3 à 23,1 p.100 )
etdiminué
la teneur enlignine
brute(de 8, 1
à 12,3 p.ioo).
La somme desquantités d’hémicelluloses, cellulose, lignine
et matières azotées solubilisées rendcompte
de laquasi-totalité
de la matière sèche extraite par la cellulase pour lafétuque
et lefoin
(94,9
et95 .3
P! 100respectivement) ;
elle lui estsupérieure ( 111 ,8
p.100 )
pour laluzerne,
sans doute parce que le facteur de conversion6, 25
esttrop
élevé pour les constituants azotés solublesqui
sont très abondants dans cetteplante.
La
préparation cellulasique
utilisée est donc trèsimpure
etcontient,
enplus
descellulases,
des enzymescapables d’hydrolyser
certaines fractions des hémicelluloses et des enzymesprotéolytiques.
Variations des
quantités
des substances extraitespar
la cellulaseNous avons
analysé
les variations desquantités
de cellulose et d’autres substances solubilisées par la cellulasependant
24heures sur i7échantillons defourrages (tabl. 2 )
dont la
digestibilité (de
la matièreorganique)
variait de 49,4 à8 0 , 9 .
Nous avonsestimé :
- la cellulose
solubilisée,
par différence entre leslignocelluloses
obtenues direc-tement et
après
traitement dufourrage (cette
estimation n’estcependant
pasrigou-
reuse car la
lignocellulose
de VAN SOESTcontient des résidusd’hémicelluloses) ;
- les autres substances
solubilisées,
ensoustrayant
la cellulose solubilisée de la matière sèche extraite dufourrage
par la cellulase.’
Nous avons
parallèlement
soumis leslignocelluloses
de cesfourrages
à ladigestion cellulasique pendant
24 heures.Les
quantités solubilisées, rapportées
à la matière sèche dufourrage,
sont trèsvariables
(tabl. 2 ) :
de o,g à9 ,6
p. 100pour lacellulose,
de 3,0 à i3,o pour les autres substances et de6, 1
à22 ,6
pour l’extrait total. Laquantité
de cellulose extraiteaugmente
sensiblement avec ladigestibilité
dufourrage
pour lesgraminées
et lesfoins mais non pour la luzerne. Elle est
beaucoup plus
faible pour la luzerne que pour lesgraminées
dedigestibilité comparable ; on retrouve
la même différence pour la cellulose extraite de lalignocellulose ;
ilest
à noter que l’échantillon de foinqui
secomporte
comme la luzerne se trouve être à base de sainfoin. La cellulose deslégu-
mineuses est donc
plus
résistante à ladigestion cellulasique
que celle desgraminées.
La
quantité
de substances autres que la cellulosequi
sont extraites par la cellulase(tabl. 2 )
varie dans le même sens que ladigestibilité,
sans marquer de différence entre lestypes
defourrages.
Il en est de même pour laquantité
totaleextraite,
maiselle est
plus
élevée pour lesgraminées
que pour leslégumineuses
et lesfoins,
faitsqui
seront confirmésplus
loin sur unplus grand
nombre d’échantillons(fig.
5, tabl.3 ).
Pour comparer l’action de la cellulase à celle des
microorganismes
du tubedigestif
sur les 17 échantillons
précédents,
nous avons mis enparallèle
laproportion
de lalignocellulose qui
est extraite par lacellulase,
soit dufourrage (fig.
2a),
soit de lalignocellulose isolée,
avec ladigestibilité
de lalignocellulose
in vivo(fig.
2b).
Nousobtenons des liaisons
positives significatives
dans les deux cas pour les i2 échantillons degraminées
et de foins(r
=o,8 9
et0 , 95 respectivement)
et dans le deuxième caspour les 5 échantillons de luzerne
( y
=0 , 9 8).
Dans le même
dessein,
nous avons soumis à ladigestion cellulasique
un certainnombre d’autres échantillons dont nous
connaissions
les teneurs enhémicelluloses,
cellulose etlignine,
ainsi que ladigestibilité
de ces fractions. Pour cet ensemble de 34échantillons
( 12 graminées,
14légumineuses
et 8 foins à florecomplexe),
l’extraitpar la cellulase
présente
une liaisonpositive
avec lespolysaccharides
membranairesdigestibles ( y
= o,y,fig.
3b),
les deux variables étantexprimées
enpourcentage
de la matière sèche dufourrage. Exprimé
enpourcentage
despolysaccharides
mem-branaires
(dont
ilprovient essentiellement),
l’extrait par lacellulase
est en liaisonencore
plus
étroite(r
=0 ,88, fig.
3a)
avec ladigestibilité
de cespolysaccharides
etil varie en sens inverse de la teneur en
lignine
brute(r
= ―0,8!).
De ces
diverses comparaisons
ressort une similitude dans l’action sur les mem-branes
des plantes fourragères
entrela
cellulasefongique
etles
enzymes microbiensdu tube
digestif
desruminants, essentiellement
ceux des bactériescellulolytiques
du rumen.
_
!Relation
avec ladigestibilité
duf ouyyage
.
Relation avec la
digestibilité
dufourrage
La
digestibilité
de la matièreorganique
est enétroite corrélation négative
avecles résidus des trois traitements effectués sur les 17
fourrages
du tableau-2 dans l’étudeprécédente : (i) digestion cellulasique
dufourrage pendant
24 heures(r = - 0!944). ( 2 ) dosage
de lalignocellulose
sur le résidu de cettedigestion (r = - o,goi)
et( 3 ) digestion cellulasique pendant
24 heures de lalignocellulose préalablement
isolée dufourrage (r
= ―0 ,8 23 ).
Iaasimple digestion cellulasique du fourrage apparaît donc
comme leplus
intéressant des trois traitements pourprévoir
ladigestibilité ;
c’est ausside beaucoup
leplus rapide.
Nous avons donc
appliqué
cettedigestion cellulasique pendant
24 heures àii6 autres
fourrages
dont ladigestibilité
avaitété
mesurée sur des moutons. Nousles avons choisis de
façon
à constituer unéchantillon satisfaisant (tabl. 3 ) de
gra-minées pures, ray-grass
anglais
etdactyle,
delégumineuses,
luzerne et trèfle violet distribués verts ou sous forme defoin,
d’herbe et de foins deprairie
naturelle etd’ensilages (essentiellement
desensilages
degraminées
conservés par différentes méthodes :préfanage, acides, mélasse...) ;
les coefficients dedigestibilité
varientau total de 49,4 à
8 3 , 2
p. Ioo et lesfigures
7 à 10enmontrent, chacune,
les limites de variation pourchaque
groupe d’échantillons. Nous avons dosé le résidu de ladigestion cellulasique
et le résidu du traitement par la solutiontampon ;
nous enavons déduit l’extrait
total,
l’extrait par la solutiontampon,
et l’extrait par lacellulase,
extraits que nous avonsexprimés
enpourcentage
de la matièreorganique
dufourrage.
Au vu des
résultats,
nous avons éliminéquatre
échantillonsatypiques :
un d’herbede
prairie
naturelle et trois de ray-grassqui
étaient très riches englucides
solubles.Nous avons mis en
relation,
d’unepart
les extraits avec laproportion
de matièreorganique digestible
dans la matière sèche et d’autrepart,
les résidus avec le coeffi- cient dedigestibilité
de la matièreorganique.
I,’amplitude
de variation des différents critères est considérable : 10,2 à3 8,8
p. ioo de la matière
organique
pour l’extrait par la solutiontampon (fig. 4 ), 6, 2
à2
8,6
p. ioo pour l’extrait par la cellulase seule(fig. 5 ), 1 8, 9
à6 1 , 3
p. ioo pour l’extrait total(fig. 6),
35!3 à 73,0 p. 100de la matière sèche pour le résidu déminéralisé de ladigestion cellulasique (fig. 7 ). I,’extrait
par la cellulase seule est à nouveaubeaucoup plus élevé,
etplus variable,
pour lesgraminées
que pour leslégumineuses
dediges-
tibilité
comparable (fig. 5).
La
matièreorganique digestible présente
une corrélationpositive
avec les diffé-rents extraits et pour
chaque catégorie
defourrages (tabl. 3 ),
mis àpart
l’extrait par la cellulase seule dans le cas des foins delégumineuses.
C’est avec l’extrait total que la relation est laplus étroite ;
la matièreorganique digestible peut
en être déduiteavec une erreur moyenne
(écart-type réduit)
inférieure à 3points (tabl. 3 ), excepté
pour l’herbe de
prairie
naturelle etles ensilages ;
les droites derégression
des diffé-rentes
catégories
sont relativement voisines etparallèles (fig. 6).
Voici les relations linéaires entre la teneur en matièreorganique digestible (y)
et l’extrait total(x)
d’une
part,
pour l’ensemble des 129échantillons,
et d’autrepart,
pour les 100échan- tillons defourrages
verts et de foins :La
digestibilité
de la matièreorganique
est en corrélation inverse étroite avecle résidu de la
digestion cellulasique
brut ou déminéralisé(tabl.
3,fig. 7 )
pour cha- quecatégorie
d’échantillons. Les droites derégression
sont relativementparallèles
et voisines
(fig. 7 )
àl’exception
de celle desensilages.
Les relations entre ladiges-
tibilité
(y)
et le résidu déminéralisé(x)
pour les ensembles de 129 et de 100 échan- tillons sont les suivantes :Dans aucun des cas,
l’ajustement
à une relation du 2edegré, n’augmente
lavaleur du coefficient de corrélation.
Nous avons
comparé
ces relations à celles observées sur les mêmes échantillons entre ladigestibilité
de la matièreorganique
d’unepart,
et les teneurs en cellulose brute Weende etlignocellulose (acid detergent fiber
de VANS OEST , 19 6 3 )
d’autrepart,
ainsiqu’avec
ladigestibilité
in vitro mesurée selon la méthode deTn.i.EY
et TERRY
( 19 6 3 ) ;
ces deux dernières mesures n’ont malheureusement pas pu être effec- tuées sur tous les échantillons. Les coefficients de corrélation et lesécarts-types
réduits sont rassemblés au tableau 4 ; les
figures
7 à 10présentent
les droites derégression
parcatégories
defourrages
et leséquations
derégression
par groupes(graminées, légumineuses, prairies naturelles, ensilages)
et illustrentl’amplitude
de variation. La relation est
plus
étroite avec le résidu de ladigestion cellulasique qu’avec
les teneurs en cellulose brute oulignocellulose
pour les différentescatégories
de
fourrages,
sauf pour les foins deprairie
naturelle(ainsi
que pour les ray-grass dans le cas de la cellulosebrute).
On retrouve la même différence pour l’ensemble des 88 échantillons defourrages
verts et foins(en
dehors desensilages)
surlesquels porte
lacomparaison :
lesécarts-types
réduits sont 3,34,3 ,8 7
et 4,14respectivement
pour le résidu de la
digestion cellulasique,
lalignocellulose
et la cellulose brute et seclassent en sens inverse de
l’amplitude
de variation(comparer
lesfigures
7, 8 et9 ).
Le résidu de la
digestion cellulasique présente également
une liaisonplus
étroiteavec la
digestibilité
in vivo que ne le fait ladigestibilité
in vitro mesurée suivant la méthode deT ILLE V
et TERRY pour trois desquatre catégories
defourrages
sur les-quelles porte
lacomparaison (tabl.
4,fig. 10 ) : légumineuses (fourrages
verts etfoins),
herbe deprairie
naturelle etensilage.
Ladigestibilité
in vitro a l’inconvénient de donner des valeursbeaucoup plus
élevées pour les foins que pour lesfourrages
verts
(séchés
àl’étuve)
de mêmedigestibilité
invivo ;
enrevanche,
elle donne desvaleurs très
voisines, plus
que ladigestion cellulasique,
pour lesfourrages
verts delégumineuses
et pour ceux deprairies
naturelles.Relations avec la
quantité ingérée
Les
fourrages
delégumineuses
et deprairie
naturelle et lesensilages
ont étédistribués ad libitum
( 10
p. ioo derefus)
aux 4ou 6 moutons utilisés lors des mesuresde
digestibilité.
Nous avons mis en relation avec les critèresprécédents
lesquantités ingérées (g
parkg O , 75 )
de matière sèche(tabl. 5 )
et de matièreorganique digestible
(tabl. 6).
La
quantité
de matière sècheingérée présente
une corrélationsignificative
pra-tiquement
avec tous les critères pour les différentescatégories
defourrages,
àl’excep-
tion des foins de
prairie
naturelle. Les corrélations sontcependant toujours plus
faibles que pour la
digestibilité.
Le critèrepermettant
la meilleureprévision
de laquantité ingérée
varie selon lacatégorie
desfourrages ;
c’est le résidu de ladigestion cellulasique qui
est leplus
intéressant pour l’ensemble des 72 échantillons de four- rages verts et de foins(r
= ―0,7 10 ).
Les corrélations sont
plus
élevées pour laquantité
de matièreorganique diges-
tible
ingérée
que pour laquantité
de matière sèche et sont toutes hautementsignifi-
catives à une
exception près (tabl. 6).
Le critère leplus
intéressant varie avec lacatégorie
defourrages.
Pour l’ensemble des 72 échantillons defourrages
verts et defoins,
c’est à nouveau ladigestion cellulasique qui permet
la meilleureprévision, qu’on l’exprime
par la matièreorganique
extraite(r
=0 ,8 25 )
ou par le résidu de ladigestion (r
=o,8io).
La matièreorganique
extraite par la solutiontampon
s’avère être presque aussisatisfaisante (r
=o, 7 8r).
Re!roducti bilité
Nous avons soumis à une
analyse
de variance les résultats des différentsdosages
effectués entriple
sur 28 des derniersfourrages
de l’étudeprécédente (i 5
herbes deprairie
naturelle et z3ensilages). L’écart-type
est deo,16
pour le résidu non déminé-ralisé de la
digestion cellulasique,
0,22pour le résidudéminéralisé,
o,2ipourlaligno-
cellulose et
0 ,6 9
pour ladigestibilité
in vitro(bien
que nous ayons éliminé dans ce dernier cas une des 3 valeurs pour 6fourrages).
Le résidu de ladigestion cellulasique
est donc dosé avec une
précision comparable
à lalignocellulose
etbeaucoup plus
élevée que la
digestibilité
in vitro.Pour mesurer la
reproductibilité
entre séries de ladigestion cellulasique,
celle-cia été conduite en
triple
une fois parsemaine, pendant
5 semainesconsécutives,
sur 5fourrages qui
différaient par leurorigine botanique
et leurdigestibilité. L’analyse
de la variance
(tàbl. 7 )
ne révèle pas de différencesignificative
entreséries ;
au con-traire,
les différences entre séries sont hautementsignificatives
pour ladigestibilité
in vitro des deux
fourrages
utilisés comme indicateurs(en triple)
dans les 5 séries de mesures hebdomadairescorrespondantes.
Ladigestion cellulasique
est doncplus reproductible
que ladigestibilité
invitro,
que ce soit intra séries ou entre séries. La variabilité que nous observons pour ladigestibilité
in vitro est tout à faitcomparable
à celle
qui
a étérapportée
par sespromoteurs, Tn A ËY
etT ERRY (écarts-types
de0
,66
intra séries et1 , 1 8
entreessais).
Elle est en revanchebeaucoup plus faible
quecelle
qui
a été mesurée dans les études américaines(B OWDEN
etC HUR C H , i 9 62 ;
B
AUMGARDTet HI KON
OH, !96q. ;
BARNES,r967).
Il est à noter que, dans nos
essais,
la solutioncellulasique
a étépréparée chaque
semaine àpartir
de la mêmepoudre.
Il n’est pas exclu que l’activitépuisse
varierd’un lot de
poudre
à l’autre.DISCUSSION
La
préparation cellulasique
que nous avonsutilisée
doit contenir nonseulement
descellulases,
mais aussi des enzymesqui attaquent
leshémicelluloses
et les pro- téines. Parélectrophorèse
surgel d’amidon, LE
GRAND etTxIV!ND ( 19 6 7 )
ont effec-tivement constaté
qu’elle
contenait ungrand
nombre deprotéines,
dont deux avaient d’ailleurs une actionamylolytique ;
parchromatographie
surgel
de dextrane dutype Sephadex,
ils ont mis en évidence au moinstrois
fractionscellulolytiques :
uneagissant
seulement sur la cellulose insoluble
(linters
decotons)
et les deux autres seulementsur la cellulose
soluble (carboxy-méthylcellulose). D’ailleurs,
lespréparations
cellu-lasiques fongiques
les mieux connues,telles
que celle deMyxothecium ve y xuca y iu,
sont elles aussi très
hétérogènes (cf. W H IT AK E R , ig6 3 ;
HnsxiMOTO etN I S I ZAWA, I
g63).
Le fait que notre
préparation cellulasique
contienne les enzymesattaquant
leshémicelluloses est
avantageux
pourl’objectif poursuivi ;
nous cherchons en effet à obtenir unedigestion
des membranes dufourrage
semblable à cellequi
est effectuéepar la
population
microbienne dans le rumen. Et c’est bien ce que nous obtenons(fig. 3 ),
tout au moinslorsque
nous considérons un ensemble d’échantillons dont ladigestibilité
varie dans des limites trèsimportantes,
de 50 àplus
de 80p. 100 ; l’im-portance
de ladégradation
par la cellulase de lalignocellulose
ou despolysaccharides
membranaires est en corrélation
positive
avec le coefficient dedigestibilité
de cesfractions ;
elle varie en sens inverse dudegré
delignification
comme varie celle de ladigestibilité
des membranes in vivo(cf.
discussion deJ APRIG N
etMINS i 9 6q.) ; enfin,
la cellulosedes légumineuses est plus
résistante àl’attaque
de lacellulase
que celle des
graminées
dedigestibilité comparable, de
mêmequ’elle
est moinsdiges-
tible in vivo. Cette différence entrelégumineuses
etgraminées
estcependant
beau-coup
plus importante qu’in
vivo et ellepersiste
pour leslignocelluloses
isolées(fig. 2 ),
bien
que
lesproportions solubilisées
par la cellulase soient alorsplus
élevées par suite del’hydrolyse sulfurique préalable. Elle
traduit des différences entre les deux familles dans la structure desmembranes
et dans la constitution de lacellulose,
mais elle estprobablement
accrue par lacomposition
de lapréparation cellulasique
S. E. A. B.que nous avons utilisée.
Quoi qu’il
ensoit,
celle-ci solubilise moins de matière sèche dans leslégumineuses
que dans lesgraminées,
à l’inverse de la cellulase3 6
fourniepar ROHM et HAAS
qui
estbeaucoup plus
active sur les échantillons de luzerne et de trèfle violet que sur ceux de fléole et de brome dedigestibilité comparable (DoNu p nR
et al.
i 9 63).
La digestion cellulasique extrait
dufourrage
deuxcatégories
deconstituants qui, chacune, présentent
une relationpositive significative
avec le coefficientde diges-
tibilité du
fourrage
ou avec sa teneur enmatière organique digestible;
d’unepart,
lesconstituants solubles (sucres, fructosanes,
constituants azotés nonprotéiques,
acidesorganiques, ...) qui
sont extraits par lasolution tampon faiblement acide ;
d’autrepart, la
fraction despolysaccharides
membranaires et desprotéines (et
aussipeut-être
d’autres
constituants) qui
est solubilisée par lapréparation cellulasique
elle-même.La somme de ces deux extraits
(ou
le résidu dutraitement) présente
une liaisonencore
plus
étroite avec ladigestibilité ;
d’abord pour chacune descatégories
defourrages,
essentiellement parce quel’amplitude
de variation est accrue ; et aussi pour l’ensemble desfourrages d’origine botanique différente, grâce
à d’heureusescompensations qu’illustre
lacomparaison
desfigures
4, 5 et 6 :ainsi,
la solutiontampon
extraitplus
de constituants dans la luzerne que dans lesgraminées
dediges-
tibilité
comparable, mais
la cellulase enextrait moins.
Demême,
lescoefficients
derégression
sont du même ordre pour lesdifférentes catégories d’échantillons,
àl’excep-
tion des
ensilages qui
doivent donc être traitésséparément.
Pour
prévoir
au mieux ladigestibilité
àpartir
de ladigestion cellulasique,
ilfaudra d’ailleurs utiliser des relations par
catégorie
defourrages,
relations établies àpartir
d’unplus grand
nombre d’échantillons. Il en sera ainsi notamment pour comparer entre elles lesespèces
d’une même famille : nous observons parexemple
que la droite de
régression
entre ladigestibilité
et le résidu de ladigestions
cellula-sique
pour le ray-grass d’Italie est décalée parrapport
à celles obtenues pour le ray-grassanglais,
ledactyle
et lafétuque
élevée :Cela
résulte
dufait que
le ray-grassd’Italie
estplus
riche englucides solubles
que les
trois autresgraminées,
àdigestibilité égale ;
l’extrait par la solutiontampon
en est accru et le résidu de la
digestion cellulasique
diminued’autant ;
l’extrait par la cellulase est en revanche très semblable pour les 4espèces.
D’une
façon générale,
ladigestion cellulasique permet
deprévoir
ladigestibilité
du
fourrage
avec uneprécision
satisfaisante. Mis àpart
lesensilages,
l’erreur d’esti- mationappréciée
parl’écart-type réduit,
est inférieure à 3points
pour les différentescatégories
defourrages ;
elle est en moyenne de2 ,8 2
pour l’estimation de la matièreorganique digestible
des 100échantillons defourrages
verts et de foins. Ladigestion cellulasique paraît être,
à cepoint
de vue,plutôt supérieure
aux trois autres méthodesauxquelles
nous l’avonscomparée,
à la cellulose brute Weendeplus particulièrement.
Elle
doit leur être aussicomparée
sur leplan
de lareproductibilité,
de larapidité
etde
l’adaptation
à la série. Elle a unereproductibilité
du même ordre que la déter- mination de la cellulose brute et de lalignocellulose
etqui
pourra sans doute êtreaméliorée,
notamment par une filtrationplus
efficace. C’est là sonavantage majeur
par
rapport
auxtechniques
dedigestibilité
in vityo : l’activité duliquide
du rumenqu’utilisent
celles-cipeut
en effet varier defaçon importante
d’une semaine àl’autre,
si standardisé que soit le
régime
de l’animaldonneur ;
elle varie àplus
forte raison d’un laboratoire à l’autre et il vients’y ajouter
des différences dans lestechniques :
ainsi la
digestibilité
in vitro moyenne de 3 échantillons a varié de3 8, 7
à 53!3 P! 100 pourcinq
laboratoires américains dansl’enquête
effectuée par BARNES(z 9 6 7 ).
Ladigestion cellulasique
necomportant qu’un
seul traitement estplus simple
que ledosage
de la cellulose brutequi
encomporte deux,
et aussi que ladigestibilité
invitro,
suivant la
technique
deT ILLEY
etT ERRY , qui implique,
enplus,
l’entretien d’ani-maux
porteurs
de fistule du rumen. Elle estcependant
moinsrapide
que ledosage
de la
lignocellulose
de VANS OEST qui
s’effectue en une seuleopération
de courtedurée.
La
digestion cellulasique
offre donc un moyensimple
et facile àadapter
à lasérie,
pour estimer la valeur nutritive desfourrages.
Elle est nettement moins satis- faisante pourprévoir
«l’acceptabilité » du.fourrage,
tout en l’étantplutôt plus
que les trois autres méthodes examinées. Onpeut espérer
améliorer la relation avec laquantité ingérée
en lui associant d’autres critères.Re¢u
pourpublication
en décembre19 68.
REMERCIEMENTS
Nous remercions la Société d’Études et
d’Application Biochimiques
de nous avoir fourni lapréparation cellulasique
utilisée dans cette étude.SUMMARY
EFFECT OF A FUNGAL CELLULASE ON FORAGES AND ITS VALUE FOR PREDICTING DIGESTIBILITY
The effect of a