ÉTUDE DE L’ÉVOLUTION
DE PETITES POPULATIONS HOMOGAMES PAR LA THÉORIE DE LA CONTRAINTE;
EXPÉRIENCES ANALOGIQUES DE CONTRÔLE ( 1 )
J. CROIZÉ-POURCELET
Station centrale de
Génétique
animale,Centre national de Recherches
zootechniques,
78-Jouy-en-JosasInstitut national de la Recherche agronomique
RESUME
Les relations d’Identité et de Contrainte, introduites par GILLois en 1964-1965, sont aujour- d’hui bien connues. Cependant, avant de mettre en application ces théories nouvelles et relati- vement complexes, il faut s’assurer de leur « cohérence interne !>, c’est-à-dire vérifier qu’aucune
erreur ou contradiction ne se sont glissées dans les raisonnements et les définitions, et que les résultats calculés sont conformes aux hypothèses. Lorsqu’est acquise la quasi-certitude de cette
cohérence interne, il devient possible et nécessaire de tester la « cohérence externe " de la théorie
grâce à des expériences concrètes, réalisées avec des populations animales ou végétales. Une méthode permettant de.tester la cohérence interne de la théorie utilisée est décrite dans ce texte.
En l’appliquant à un cas très schématique d’homogamie génotypique partielle dans des lignées frère-soeur, il a été possible de montrer que la définition même de ce mode d’accouplement comportait une contradiction, de préciser après une nouvelle étude logique quelles conditions générales doivent vérifier les lois d’accouplement dans les petites populations pour être cohérentes.
Les équations stochastiques rigoureuses vérifiées par les coefficients de Contrainte de certaines
populations homogames et leurs solutions ont alors pu être calculées.
INTRODUCTION
Tandis que le coefficient de
consanguinité (coefficient
ofinbreeding)
deWRIGHT
(1 9 25)
est une corrélation linéaire entrezygotes
nonconsanguins,
lescoefficients de
consanguinité
et deparenté
introduits par MAr,!ECOT( 194 8)
sontles
probabilités
que deux locihomologues appartenant respectivement
à unzygote
et à deux
zygotes
distincts soientidentiques,
parcequ’issus
sans mutation d’un (1
) Cette étude reprend une partie des résultats exposés à plusieurs reprises, en particulier le 13dé- cembre 1968 à la soutenance de notre thèse (CaorzÉ-POUxcEr.ET, 1968).
même locus ancêtre.
Prolongeant
l’oeuvre deMA!,!COT,
GILLOIS( 19 6 4 )
définitles coefficients d’identité
qui
sont lesprobabilités qu’un
certain nombre degènes homologues appartenant
à un certain nombre dezygotes
se trouvent dans une situation d’identité S. Constatant enfin que deuxgènes peuvent
être nonidentiques,
sans pour autant être
indépendants,
il introduisit la notion de contrainte(G W r,ois, 19
65, a-b).
Les théories de l’Identité et de la Contraintepermettent
d’unepart
de calculer les corrélationsgénétiques
entreapparentés consanguins
ou non,d’autre
part
deprévoir
l’évolution depopulations
d’effectifs limités soumises à des loisd’accouplement précises (G ILLOIS , 19 66, a-b).
Le calcul des coefficients d’identité et de contraintepermet
une étudesystématique
despopulations
d’ef-fectifs limités dont ils décrivent
logiquement
les étatssuccessifs,
si on choisitcomme « contraire » de
l’indépendance,
non ladépendance
enprobabilité (ce qui
est
l’acception générale),
mais ladépendance
absolue(qui
est un casparticulier).
Avant de mettre en
application
cette théorie à la fois nouvelle etcomplexe,
ilest toutefois nécessaire de vérifier sa « cohérence
interne »,
c’est-à-dire de montrer que leshypothèses
ne sont pas contradictoires entreelles,
que les notions utilisées le sont sansambiguïté,
et que les résultats calculés sont effectivement conformesaux
hypothèses.
C’est seulementquand
des preuves de la cohérence interne de la théorie sontfournies, qu’on peut
tester sa « cohérence externe », en montrantqu’elle
décrit avecprécision
lesphénomènes biologiques
considérés.Dans cet article sera
exposée
une méthodeexpérimentale
faisant ressortir exclusivement les erreurslogiques
éventuelles de la théorie.Appliquée
à un castrès
schématique d’homogamie génotypique partielle,
cette méthode a montréqu’une
telle erreur existait. Une nouvelleanalyse logique
apermis
de la déter- miner et de reconstruire une nouvelle théorie del’homogamie génotypique
par- tiellerigoureuse (CROIZ>â-POURC!I,!T, 19 68).
I. -
VERIFICATION
DE LACOHÉRENCE
INTERNE D’UNETHÉORIE : EXPF!bRIENCF,S ANALOGIQUES
Dans sa forme
actuelle,
la théorie de la Contraintepermet
d’étudier l’évo- lution depetites populations
à conditionqu’elles
vérifient deuxhypothèses : i)
l’absence de sélection naturelle ouartificielle,
parconséquent
tous lestypes
decouples
doivent êtreégalement
féconds enprobabilité,
et laségrégation
des caractères doit être strictement
mendélienne;
2
)
l’absence de formesd’homogamie
différentes de celles éventuellementconsidérées,
et de barrièresgénétiques partielles
ou totales. Cettehypothèse
entraîne donc que les
conjoints
se choisissent effectivement au hasardquand
lesaccouplements
ne sont pasdirigés.
Ilfaut,
pour vérifierexpérimentalement
lacohérence interne de notre
théorie,
utiliser despopulations qui
vérifientparfai-
tement ces
hypothèses.
Deplus,
les marqueurs doivent être semi-dominants pourpermettre
la reconnaissance directe desgénotypes d’après
lesphénotypes.
Leseul animal actuellement bien connu
génétiquement
est laDrosophile. Or,
mêmechez cette
mouche,
on ne connaîtpratiquement
aucungène
semi-dominantqui
ne soit fortement contre-sélectionné
quand
il estporté
à l’état pur. Si on réalise parconséquent
lesexpériences
à l’aide de matérielvivant,
et que les résultatsexpérimentaux
diffèrent notablement desprévisions théoriques,
on nepeut
savoir si ces différences sont dues à une incohérencelogique
de la théorie ou à la non-conformité des
populations choisies,
auxhypothèses
citéesplus
haut. La cohé-rence interne de la théorie de la Contrainte ne
peut
donc être testée en utilisant despopulations
d’animaux réels. Pour yparvenir,
on est conduit àemployer
des «
populations analogiques n qui
sontcomposées
depseudo-zygotes,
réduits àleur
génotype,
leur sexe et une variable aléatoire proprequi
lesdésigne
individuel- lement. Ceszygotes
sontsupposés
observer leshypothèses précédentes
et leslois de la
génétique
formelle. Les événements aléatoires survenant dans une tellepopulation
sont entièrement décidés par un processus aléatoire contrôlé et repro-ductible,
parexemple
un itinéraire sur les tables de nombres au hasard de FiSHERet YATES
(rg6 3 )..Les expériences analogiques
réalisées avec de tellespopulations
sont donc des modèles
mathématiques dépendant
d’une loi du hasard. Si un écartapparaît
alors entre lesprévisions théoriques
et les résultats de tellesexpé- riences,
il nepeut
être dûqu’à
une erreurlogique
de notre étudepuisque
leshypothèses
initiales sont effectivement observées par lespopulations analogiques.
Si au contraire
prévisions
et résultatsconcordent,
ces derniers seront une preuve valable de la cohérence interne de l’étudethéorique.
Remarquons qu’il
existe une différence deprincipe
entre lesexpériences analogiques
décritesplus
haut et la méthode de Monte-Carlo. Cette dernière esten effet utilisée pour
permettre
d’éviter une étudethéorique préalable jugée trop complexe.
II. - L’HOMOGAMIE
Gb.‘NOTYPIQUE
A. -
Étude théorique.
L’étude de
l’homogamie génotypique
adéjà
été réalisée parGILLOIS ( 19 66, b).
Soit une
petite population,
danslaquelle
àchaque génération
on isole au hasardpour la
reproduction NI
mâles etN 2
femellesqui
constituent lagénération
zygo-tique
utile de leurgénération.
On dit que cettepopulation
est soumise à un tauxd’homogamie
X,(o G aG z)
si deuxconjoints
se choisissentsystématiquement
demême
génotype
pour un caractèredonné,
en vue del’accouplement,
avec laprobabilité
X, tandis que lesaccouplements
s’effectuent au hasard avec la pro- babilitécomplémentaire
z-a.Dans ce cas, les coefficients de contrainte vérifient les
équations
suivantes(G
ILLOIS
, 19 66-b) :
avec i
IN
=( I/ N ¡
-f- I/N 2 ) / 4 .
En cas debiallélisme,
si onappelle
A et Z lesdeux
allèles,
et si onappelle p
laprobabilité
de tirer A de lapopulation initiale, fi(n)
celle de le tirer à la negénération,
on a à toutegénération p(n)
=p(o)
=p.
Pour tester les raisonnements
qui
ont conduit à cesrésultats,
il suffit donc de réaliser une séried’expériences analogiques
sur despopulations indépendantes.
Afin d’être
reproduites
ungrand
nombre de foisrapidement,
elles sont schéma-tisées à l’extrême : on choisit ainsi une
population
necomptant qu’un
mâle etqu’une
femelle àchaque génération zygotique
utile(Ni
=N 2
=i).
Afin d’avoirune évolution
rapide
mais noninstantanée,
on donne au tauxd’homogamie
xla valeur 0,7.
f!nfin,
onpose P
= q = 0,5 pour rendresymétriques
les rôles de A et de Z. Onpeut
alors écrire :Les
équations
de récurrence sont alors linéaires et s’écrivent en notations vecto- rielles :La résolution de
(III, IIIb)
et de(II, IIb)
estclassique; (I, Ib)
est calculé commecomplément à { r, i des
deuxpremières
solutions{ F 3 (n), <l>3(n)} et { F 2 (n), <l>2(n)} }
en
appelant {F 3 (n), <l>3(n)}
la solution dusystème (III, IIIb)
et{F 2 (n), <l>2(n)}
celle de
(II, IIb).
Pour calculer la solution du
système (II, IIb)
on en cherche d’unepart
une solutionparticulière
sous la forme :d’autre
part
la solutiongénérale
dusystème
sans second membre associé à(II, IIb),
que l’on
appelle { F &dquo;2(n), ! &dquo;2(n) }.
I,a solutiongénérale
dusystème (II, IIb)
s’écrit :
Des considérations
simples permettent
d’éviter de nombreux calculs : eneffet,
lesystème (II, IIb)
ne diffère de sonhomologue (III, IIIb)
que par lapré-
sence en
(II)
du terme :X. F, (n) /2
-f-À.F 3 (n) / 4 .
Considérons alors lecouple
defonctions
{ f (n), cp(n) vérifiant :
{f(n), <p(n)} étant proportionnel
àf F 3 (n), 0,(n)} vérifie (III,
IIIb).
Deplus,
il vérifie aussi
(II,
IIb) puisque f(n)
-!F,(n) / 2
= o, donc{ f (n), !o(,n) est
solutionparticulière
de(II,
IIb).
Onpeut
donc écrire :F 2
(n) = f(n)
+F!!2(n)
et° 2 (&dquo;) = ( P (n)
+< I >1I 2 (n)
donc2Q(n)
=f(n)
+F&dquo; z (n) + F 3 (n) /2
=F&dquo; 2 (n)
soitIl est donc
inutile,
dans le casparticulier où !
= q = 0,5, de calculerF ¡ (n), F
2
(n)
etF 3 (n),
il suffit de résoudre lesystème
sans second membre associé à(II, IIb) :
Cette résolution est très
classique :
soit 8 =!/(i
-!-/2)!
-(aN - i);
les valeurs propres sont :F&dquo;
2
(n), qui
est la seule fonction utile au calcul de la structure desgénérations
de la
population,
est de la formeF &dquo; 2 (n)
=A. s! -!- B . s 2 &dquo;,
A et Bdépendant
des conditions initiales. Si celles-ci sont la
panmixie
dans unepopulation infinie,
la structure initiale est donnée par la loi de
Hardy-Weinberg
et alors :Numériquement
siN,
=N 2
= i et si x = 0,7; N = 2I,’évolution
moyenneprobable
de la structure d’une tellepopulation homogame
est entièrement définie par ces deux fonctions.
B. -
Expériences analogiques
de contrôle.Une série
d’expériences analogiques
vapermettre
de tester laprécision
desrésultats calculés et la cohérence de la théorie
développée
ci-dessus.Ces
expériences analogiques
consistent à mesurer l’évolution moyenne de 100,puis
de 400populations pratiquant
dans 70p. 100 des cas unehomogamie géno-
typique,
et dans 30 p. 100 lapanmixie,
et à comparer ces moyennes aux valeursprobables .
calculées. Afin d’avoir la certitude que leshypothèses
de base sonteffectivement
observées,
leszygotes
sontremplacés
par des «zygotes analogiques
»notés :
Puisque
les lois de Mendel sont exactementobservées,
unzygote analogique
donné a la
probabilité :
(Il n’y
a pas lieu dedistinguer
ici le rôlegénétique
du mâle et de lafemelle.)
Procédé de simulation
analogique.
Cas des 100populations :
considérons les 100lignes
des tables V et VI de nombres au hasard de FISHER. Affectons une
ligne
àchaque population
la neligne
affectée à la nepopulation.
Lapopulation
initiale est infiniepanmictique;
lafréquence
dugène
Aest !
= 0,5, celle dugène
Zest
q = 0,5.D’après
la loi deHardy-Weinberg,
la structure decette population
est :Constituons la
première génération zygotique
utile d’unepopulation
donnéeen lisant le nombre formé par les deux
premiers
chiffres de laligne.
Si ce nombre est
compris
entre 01 et 25 le Ierconjoint
est detype
A Si ce nombre estcompris
entre 26 et 75 le lerconjoint
est detype
H Si ce nombre estcompris
entre7 6
et 100 le jerconjoint
est detype
Z(le
nombre oo est assimilé à100 ).
Soient alors les 2 chiffres suivants de la même
ligne (le 3 e
et le4 e ) qui
formentun nombre.
Si ce nombre est
compris
entre 01 et 70 lecouple
esthomogame ( 70 %).
Si ce nombre est
compris
entre 71 et 100 lecouple
estpanmictique.
Si le
couple
esthomogame,
le 2econjoint
a le mêmegénotype
que lepremier,
il
n’y
a donc pas lieu de se servir de la table pour définir sontype.
Si le
couple
estpanmictique,
il faut choisir legénotype
du 2econjoint.
Onutilise alors le nombre formé par le
5 e
et le 6e chiffre de laligne :
commeplus haut,
pour le choix du ierconjoint :
Si ce nombre est
compris
entre 01 et 25 le 2econjoint
est detype A
Si ce nombre estcompris
entre 26 et 75 le 2econjoint
est detype H
Si ce nombre est
compris
entre7 6
et 100 le 2econjoint
est detype
ZIl faut donc 6 chiffres pour constituer un
couple panmictique,
4 pour constituerun
couple homogame.
. 1
er
exemple.
-Population
i : Ireligne
de la table V.ie
r nombre : 28. Le
premier conjoint
est detype
H2
e nombre :
8 9 .
I,ecouple
estpanmictique couple
H X H3
e
nombre :6 5 .
Le secondconjoint
est detype
H2e
exemple.
-Population
2 : 2eligne
de la table V.ier nombre : 30. I,e
premier conjoint
est detype
HB
2
e nombre : 29. Le
couple
esthomogame : couple
H X HLe second
conjoint
est detype H
La
génération zygotique
utile d’unepopulation
donnéeengendre
ses descen-dants
qui
forment lapremière génération zygotique G(1)
de cettepopulation.
On en tire alors la
génération zygotique
utileG’(1)
selon leprocédé indiqué plus haut,
avec les conditions suivantes :Cas 1. Si le
premier couple géniteur
était A XA,
lapopulation
estfixée,
la struc-ture de cette
population
devient définitivement P = i,oo;2Q
= R = 0,00 àchaque génération.
Cas 2. Si le
premier couple géniteur
était A XH,
etsi sort un nombre
compris
entre i et 50, le descendant choisi est detype
A si sort un nombrecompris
entre 51 et 100, le descendant choisi est detype
H Cas 3. Si lepremier couple géniteur
était A XZ,
tous les descendants sont H Cas 4. Si lepremier couple géniteur
était H XH,
si sort un nombre
compris
entre I et 25, le descendant choisi est detype
A si sort un nombrecompris
entre 26 et75 ,
le descendant choisi est detype
H si sort un nombrecompris
entre7 6
et 100, le descendant choisi est detype
ZCas 5. Si le
premier couple géniteur
était H XZ,
si sort un nombre
compris
entre i et 50, le descendant choisi est detype
H si sort un nombrecompris
entre 51 et 100, le descendant choisi est detype
Z Cas 6. Si lepremier couple géniteur
était Z XZ,
lapopulation
estfixée,
la struc-ture de cette
population
devient définitivementP = 2Q = o,oo;
R = 1,00 àchaque génération.
l
er
exemple.
-Population
i( I r e ligne
de la tableV).
Lecouple géniteur
de lagénération zygotique
utile zéro était H X H(cas 4 ).
La structureprobable
desa descendance est P =
0 ,25; 2Q
= 0,50; R = 0,25. Le choix ducouple géniteur
formant la
génération zygotique
utile un est le suivant :l
er nombre
( 5e
et 6e chiffres de la Ireligne) : 8 7 ,
lepremier
est detype
Z.2e nombre
( 7 e
et 8e chiffres de la Ireligne) : 0 8, accouplement homogame :
ledeuxième
conjoint
est de mêmetype
que lepremier,
donc lecouple
est detype
Z X Z : cas 6. La
population
estfixée,
la structure de cettepopulation
va rester :P =
2Q
= 0,00; R = i,oo àchaque génération.
2
e
exemple.
-Population
5( 5 e ligne
de la tableV).
Lecouple géniteur
de lagénération zygotique
utile zéro était A X H(cas 2).
La structureprobable
desa descendance est P = 0,50;
2Q
= 0,50; R = 0,00. Le choix ducouple géniteur
de la
génération zygotique
utile un est le suivant : Iernombre
( 7 e
et 8e chiffres de la5 e ligne) : 9 6
lepremier zygote
est detype
H2
e nombre
( g e
et ioechiffres de la5 e ligne) :
86accouplement panmictique 3e
nombre(ne
et r2e chiffres de la 5eligne) :
19 le deuxièmezygote
est detype
ALe
couple
est detype H
X A(ou
A xH) :
cas 2. La structureprobable
de sa descendance est P = 0,50;
2Q
=0,50; R = o,oo. Pour choisir lecouple géniteur
formant lagénération zygotique
utile deux il suffit derépéter l’opération
avec les chiffres suivants de la
cinquième ligne,
etc.Ce
procédé
est donc un moyen sûr etsimple
de simuler l’évolution de popu- lationscomportant
àchaque génération
un mâle et une femellereproducteurs,
issues d’une seule
population
infiniepanmictique,
etpratiquant
toutesl’homogamie génotypique partielle
avec laprobabilité
o,7.La moyenne des structures de ces 100
populations
a étésuperposée
àchaque génération
augraphique
où étaitreprésentée
la structure moyenneprobable
calculée
(fig. z).
Ilapparaît
sur cettefigure
que les évolutionsthéorique
etexpé-
rimentale,
sont voisines sanscependant
se superposer vraiment. Pour savoir si l’écart observé ici est dû au hasard ou à uneimperfection logique,
il suffit de réa-liser une nouvelle série
d’expériences.
Enreprenant
la mêmeexpérience,
aveccette fois 400
populations indépendantes (et
en suivant un itinéraireplus compact
sur la table de FISHERet
Y A TE S , 19 6 3 ),
on doit obtenir des résultatsexpérimen-
taux deux fois
plus précis. Or,
les tendances observées sur lafigure
i se confirment(fig. 2 ).
Il existe un écartfaible,
maiscertain,
entre les courbesexpérimentales
et les
prévisions théoriques.
C. - Les lois
d’accouplement:
cas despopulations
très restreintes.L’écart observé entre les valeurs
probables
calculées et les résultatsexpé-
rimentaux
analogiques
démontre l’existence d’une incohérencelogique
sans douteassez subtile dans la théorie de
l’homogamie
tellequ’elle
estexposée plus
haut.Une
analyse poussée
montre que c’est la définition del’homogamie
dansles petites populations qui porte
en elle une contradiction. Si on choisit en effet lesNI
mâleset les
N 2
femellesreproducteurs
auhasard,
il n’est pas certain que l’on pourra réaliser desaccouplements homogames
entre eux.Supposons
parexemple
que lesgénérations zygotiques comptent
2 mâles et 2 femelles àchaque génération.
Si par hasard les deux femelles sont différentes des deux mâles à une certaine
génération,
il ne sera paspossible
de réaliserd’accouplement homogame
à cettegénération. Naturellement,
une telle éventualité est d’autant moinsprobable
queNI
etN 2
sontgrands.
Il faut enfin noter que siNI
=N 2
= i, cette définition del’homogamie
est absolumentcaduque, puisque
le choix desconjoints
devientpurement aléatoire,
doncindépendant
de 7,. Une autrefaçon
de concevoir l’homo-gamie,
où l’on tire différemment lesgénérations zygotiques utiles,
aboutit aux mêmeséquations.
Elle consiste à tirer unzygote quelconque
de sagénération, puis
selon les cas à lui choisir unconjoint,
du mêmetype
ou auhasard, parmi
les
zygotes
de l’autre sexe. L’on constitue ainsi un ensemble dezygotes.
Mais il n’a aucune raison decompter
à la foisNi
mâles etN 2
femelles distincts exac-tement
(Ni
etN 2
étant choisis avant lestirages).
Ces difficultés
proviennent
du fait quel’homogamie,
comme toute loid’ap- pariement
dans lespetites populations,
est définie par deux lois : d’unepart
cellequi préside
autirage
deszygotes
destinés à formerla génération zygotique utile,
d’autrepart
cellequi
définit comment se réalisent lesaccouplements. Or,
ces deux lois ne sont pas
indépendantes :
si l’on définit apriori l’une,
alors l’autrene doit pas être contradictoire avec
elle;
si le choix deszygotes
de lagénération zygotique
utile est défini apriori,
laprobabilité
de réaliser unaccouplement homogame
doit être conditionnée par lapossibilité
de réunir uncouple homogame;
si au contraire on définit a
priori
la loid’accouplement,
alors le choix deszygotes
desgénérations zygotiques
utiles endépend,
tant pour les nombresNi
de mâleset
N 2
de femellesqui
lescomposent
que pour letype
de ceszygotes. En outre,
dans ce cas, les
couples
ou groupes decouples
formés nepeuvent
êtrechangés
sans que soit
changée l’épreuve qui
apermis
de les constituer.Plus
précisément,
on doit alorsdistinguer
deux sortes dezygotes :
les« zygotes
libres » dont le nombre et le choix sontarbitraires,
et les «zygotes liés »,
dont le nombre et letype
sontpartiellement
définis par les loisprécédentes
et letype
despremiers.
Le cas traité dans lesexpériences analogiques
est de ce genre : la « loi apriori»
u est le moded’accouplement : l’homogamie génotypique partielle
de taux a,
(o.<, X,<, i).
La loi conditionnée est celle du choix deszygotes
desgéné-
rations
zygotiques
utiles : leszygotes
libres sontNi
mâles tirés au hasard de l’ensemble des mâles de leurgénération.
Leszygotes
liés sont les femelles choisies par les mâlesparmi
l’infinité des femelles de lagénération,
selon le mode d’accou-plement
définiplus
haut. Laprobabilité
de tirerNi
femelles distinctes est dansce cas i. On constitue donc
Ni couples disjoints.
Cescouples
sont évidemmentstables,
car des recombinaisons entre eux conduiraient à former descouples
selon une autre
catégorie d’épreuve.
D. -
Équations stochastiques de l’homogamie
dans le cas où la
Population
est trèspetite
On est donc
conduit, quand
lespopulations
sont trèspetites,
àadopter
une définition
plus précise
del’homogamie.
Considérons celle où la loi apriori
est le mode
d’accouplement,
c’est-à-direl’homogamie génotypique
de taux 7,, la loi conditionnée celle du choix deszygotes reproducteurs.
Leszygotes
libressont les
Ni
mâles àqui
on choisit une femelle en suivant la loid’accouplement,
pour former
Ni couples disjoints
et stables. CesNi couples
vontengendrer
lagénération
suivantesupposée
trèsnombreuse,
dont sera extraite selon la même loi une nouvellegénération zygotique
utile deNi couples,
etc.Considérons alors la
génération G(n) ayant
la structure :{P(n), 2Q (n), R(n)}.
Tirons-en la
génération zygotique
utile àNI couples.
CesNI couples
vontengendrer
la
génération zygotique G(n
-!i).
Tirons au hasard unzygote
deG(n -!- i).
Supposons qu’il provienne
d’uncouple homogame (probabilité a).
Sesparents
avaient tous deux soit legénotype A/A (probabilité P(n)),
dans ce cas les deuxgènes
duzygote
considéré serontisocontraints,
soit legénotype
H/H (probabilité 2Q
(n))
dans ce cas les deuxgènes
de cezygote
auront une chance sur deux d’êtreisocontraints,
et une chance sur deux d’êtrehétérocontraints,
soit enfin legénotype
Z
/Z (probabilité R(n)),
dans ce cas les deuxgènes
de cezygote
seront isocontraints.Dans aucun de ces cas ils ne seront non-contraints.
Supposons
maintenantqu’il
neprovienne
pas d’uncouple homogame (proba-
bilité i -
a) ;
dans ce cas, les deuxgènes
de cezygote
seront dans la situation de contrainte de leursgènes paternel
et maternel.Or,
lepère
et la mère sontdeux
zygotes quelconques
de lagénération G(n),
donc :nous vérifions
que :
«
Tirons au hasard maintenant deux
zygotes
deG(n !-- i).
Ces deux
zygotes peuvent
êtrepleins
frères parcequ’issus
du mêmecouple (probabilité
iIN 1 ).
Considérons l’un desgènes
dupremier zygote
et l’un desgènes
du second. Ils
peuvent
être tous deux issus dupère (probabilité i / 4 )
ou tous deuxde la mère
(probabilité i / 4 ),
il ont donc une chance sur deux d’être issus du mêmeparent.
Dans ce cas, ils ont encore une chance sur deux d’être issus tous deux du mêmegène parental,
ils sont alorsidentiques
donc isocontraints. Ils ont une chance sur deux de n’être pas issus du mêmegène parental,
alors ils serontdans la situation de contrainte des deux
gènes
de leurparent
commun, doncisocontraints,
hétérocontraints ou non-contraints avec lesprobabilités
respec- tivesF,(n), F 2 (n)
etF 3 (n);
ils ont aussi une chance sur deux d’être issus chacun d’unparent
distinct de cecouple,
c’est-à-dire que l’un desgènes
estpaternel,
l’autre maternel. Dans ce cas, ils auront la même
probabilité
d’être dans unesituation de contrainte donnée que les deux
gènes
d’un descendant de cecouple, qui reçoit
de la mêmefaçon
ungène paternel
et ungène maternel,
donc nousretrouvons les
probabilités F i (n
+i), F,(n
!-i), F 3 (n
+i).
Ces deux
zygotes peuvent
aussi être issus de deuxcouples
distincts(pro-
babilité :
1- l ’/ N I ).
Considéronstoujours
l’un desgènes
dupremier
et un desgènes
du second. Ilsproviennent
de deuxgènes
tirésindépendamment
de deuxzygotes quelconques
de lagénération G(n);
laprobabilité qu’ils
soient dans unesituation de contrainte donnée est celle que deux
gènes quelconques
tirés dedeux
zygotes quelconques
de lagénération G(n)
soient dans cette même situation decontrainte,
donc :Nous avons donc en contractant :
.. - .. - - .. -
Il est évident
qu’en posant
a= O,
on retrouve leséquations
de lapanmixie.
Cependant,
ceséquations
ne recouvrent pas exactement le mêmephénomène;
en effet dans la
panmixie
« normale », lesNi
mâles etN 2
femelles de lagénération zygotique
utile étaientpris
au hasard apriori
dans lagénération zygotique,
et lapanmixie
existait entre cesNi
mâles etN 2 femelles,
c’est-à-dire que l’onpouvait
former
jusqu’à N l . N 2 couples
distincts.Ici,
aucontraire,
une femelle(par exemple)
est choisie comme
conjointe
d’un mâledonné,
donc nécessairementN 2
=Ni,
il ya
Ni couples seulement,
et en dehors de cescouples
aucunaccouplement
ne seproduit.
La solution de cesystème
est tout à fait semblable à celle donnée auparagraphe II,
à conditionque P
= q = 0,5. Dans ce cas en effet :{F I
(n), ID,(n)l se
résolvant commecomplément
à{ I , I de
{F,(n)
!--F 3 (n), cl> 2 (n)
+!*3(!)}-
Lessimplifications
introduites auparagraphe
IIsont valables
ici,
donc il suffit de calculer la solution dusystème
sans second membre associé à(II,
IIbis)
notée{F&dquo; 2 (n), 1 (D &dquo;,(n) !
soit en notation vectorielle :les valeurs propres
notées s, et s 2
vérifientl’équation
en s:Exemples:
Considérons unepopulation
initiale infiniepanmictique.
Tirons eni mâle et i femelle
qui
seront les deuxpremiers géniteurs
d’unelignée
frère soeuroù
N,
=N 2
= i àchaque génération,
donc où N = 2.Le calcul
automatique
de l’évolution moyenneprobable
a été réalisé sur calcu-latrice électronique (Olivetti P.ioi),
pour 7, variant par dixièmes de zéro à un(Tableau i).
I,orsqu’on
compare maintenant les courbesthéoriques
pour x = 0,7 aux courbes moyennes données par lesexpériences analogiques précédentes,
on constateaussitôt leur
remarquable superposition (fig.
3 etq.).
DISCUSSION
Ce
premier
travail necomporte
aucune étude de la variabilité de l’évolution moyenne réelle de cespopulations
autour de sa valeur moyenneprobable,
carle calcul des moments du deuxième ordre est ardu. Il serait
cependant possible
de s’en faire une idée
qualitative grâce
auxexpériences analogiques,
en les consi-dérant maintenant comme un processus de Monte
Carlo,
mais les valeurs(numé- riques)
calculées nepermettraient
en rien de faire progresser lathéorie;
laquestion
demeure donc non résolue.
Cependant,
cesexpériences analogiques qui
étaienttrès
schématiques puisque
destinées à tester le modèlechoisi,
aurontdéjà permis :
W d’affiner la théorie de
l’homogamie
engénéral,
et àpartir
de cette nouvelleréflexion de
préciser quelles
conditions doivent observer les définitions des loisd’accouplements
dans lespetites populations
pour êtrecohérentes;
2
0
d’acquérir
laquasi-certitude
que la théorie del’homogamie,
tellequ’elle
est
exposée
ici(c’est-à-dire avec fi
= q =0 , 5 )
est maintenant achevée en tant que modèlemathématique.
Remarquons
enfin que leséquations
del’homogamie
dans lespetites
popu- lations où la loi apriori
est letirage
deszygotes géniteurs,
et la loi conditionnée celle des modesd’accouplements,
sont très lourdes à établir et ne sont pas linéaires.Elles sont d’autant
plus complexes
queNI
etN 2
sontgrands
car ils interviennent alors commeexposants,
mais ne diffèrent deséquations
de GILLOIS( 19 68)
quepar des termes
correctifs, négligeables
dès queN,
etN 2
sontsupérieurs
à unedizaine. Il y a donc tout
avantage
à utiliser ceséquations approchées
de GILLOISdans la
plupart
des cas.Reçu pour publication en décembre ig6g.
REMERCIEMENTS
Nous tenons à remercier ici M. MALECOT et M. GILLOIS pour leurs conseils et pour les cor- rections qu’ils nous ont permis d’apporter à ce texte.
SUMMARY
STUDY OF THE !VOI,L1TION OF HOMOGAMIC LITTLE POPULATIONS BY THE THEORY OF CONSTRAINT: ANALOGIC CONTROL EXPERIMENTS The theories of Identity and of Constraint introduced by GILLOIS are well known. The second is relatively compound and must be tested at least at two levels, before it can be
applied to animal or vegetal populations. We must verificate first its internal coherence—
which is the logic of the reasonings, the notions used and of the hypothesis between themselves—, and then its external coherence—that is to say the precision with which this mathematical model
describes the studied phenomena. The &dquo; analogical experiments &dquo; described here, which deal with populations, of pseudo-zygotes, defined by their sex, their genotype and an aleatory variable,
are a partially experimental and quick method which allows testing the internal coherence of the theory, because it is sure that these populations respect the fundamental and restrictive
hypothesis, particularly the fail of selection on the considered character. Applied to the case
of partial
genotypic
homogamy in small populations, this method showed that the usual defi- nition of this type of matings contained a contradiction. Indeed the even uniformely aleatorychoice of the breeding animals and their type of matings between themselves are non independent laws, which all cannot be defined a priori. Consequently, it is necessary to precise in the defi- nition of the processes of matings in small populations, which is the a priori law, and how the other laws are conditionned by it, and between themselves, and to verifythatthey are not contra-
dictory. The theory of the partially genotypic homogamy in small populations, where the
a priori law is the type of matings, and the conditionned law the choice of the breeding animals, which is here treated by the theory of the absolute Constraint, is a logically coherent model and allows to calculate before hand the probable mean evolution of homogamous populations
with a great precision, as it is shown by the analogical experiments. It leads to distinguish
two classes of zygotes, the &dquo; free zygotes &dquo;, which are chosen independently of the type of mating,
and the &dquo; bound zygotes &dquo; whose choice depends upon it and upon his chosen partner.
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