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LE MENSONGE IDÉOLOGIQUE

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Paul CRAVENNE

LE MENSONGE IDÉOLOGIQUE

Un inspecteur du travail témoigne

CENTRE D'OBSERVATION SOCIALE

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© Centre d'Observation Sociale 1984 ISBN 2-905509-00-7

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Lorsque, grâce à l'obligeance de Georges Liebert, directeur de la collection "Pluriel", j'ai pris connaissance du manuscrit de Paul Cravenne, j'ai eu, d'entrée de jeu, le sentiment de me trouver devant un document important. Pour la première fois sans doute en France, un inspecteur du travail ose braver la loi du silence pour dénoncer les pressions dont il a été l'objet, venant de militants se recommandant de certaines organisations syndicales. Paul Cravenne refuse ce qu'il appelle lui-même "le mensonge idéologique" ; et c'est pourquoi il s'est résolu à parler. Son témoignage doit être d'abord salué comme un acte de courage.

C'est aussi un acte de lucidité. Paul Cravenne fait partie de ce qu'il est convenu d'appeler "la génération soixante-huitarde". Mai 1968, ce ne furent pas seulement les barricades de la rue Gay Lussac et la violence des affrontements avec la police ; ce fut aussi le sentiment d'une liberté nouvelle, fondée sur le rejet des orthodoxies idéologiques alors dominantes, et sur les débris d'une institution — l'Université — qui n'avait su s'adapter ni au nombre, ni à la soif d'affirmation d'elle-même qui animait la cohorte des "babyboomers".

Comme tant d'autres, Paul Cravenne a cru en l'imminence d'un monde nouveau. Chacun, dans les décombres du communisme et du catholicisme, cherchait alors plus ou moins sa voie. Rejetant le parti communiste, certains, alors, sont devenus trotskistes ; c'est ainsi qu'Alain Krivine allait créer la Ligue communiste révolutionnaire ; d'autres allaient se tourner vers Cuba — et pour l'un d'entre eux se retrouver dans les geôles boliviennes — d'autres enfin, dirigeant plus loin leur regard, ou leurs illusions, allaient se tourner vers la Chine de la révolution culturelle. Ils allaient devenir "maoïstes". On connaît la saga des "groupuscules" : "La Gauche prolétarienne", "Vive la Révolution". On sait comment des normaliens plantèrent là leurs études pour s'embaucher comme O.S. dans des usines de la région parisienne ou en Bretagne, comme journaliers agricoles. On sait comment, alors, une presse d'un genre nouveau vit le jour : "L'Idiot international", "Actuel", "La Cause du Peuple", l'agence de presse

"Libération".

"Spontanéistes" : tel est le qualificatif que leur attribuèrent

trotskistes et maoïstes orthodoxes. A vrai dire, il leur fallut du temps

pour comprendre qu'il fallait non seulement renoncer au centralisme

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démocratique, mais aussi aux principes idéologiques qui en consti- tuaient le fondement. Ce mouvement de libération de la pesante tutelle des certitudes marxistes, léninistes et maoïstes a pris un nom, ce furent les "nouveaux philosophes" : Bernard-Henri Lévy, André Glucks- mann, et d'autres, moins connus, mais qui n'avaient pas fini de faire parler d'eux. En commun, ils avaient eu l'expérience de l'engagement le plus sincère mais aussi du plus total aveuglement. En commun, il y avait désormais entre eux le refus du mensonge idéologique.

Paul Cravenne, à sa manière, s'inscrit dans cette démarche.

Maoïste, il l'a été. C'est précisément parce qu'il croyait en l'imminence d'un monde nouveau qu'il est devenu inspecteur du travail, voulant ainsi participer à sa "construction". Et c'est la découverte du monde du travail, de la réalité des usines, du mensonge, de certains comportements qui l'ont conduit à rejeter — avec une égale sincérité — le vieil habit idéologique. Voilà pourquoi aujourd'hui, comme Glucksmann dénonçant les "maîtres penseurs" ou les Broyelle analysant le goulag chinois, il dénonce l'imposture que représente le militantisme syndical, en France, quand il repose, de façon avouée ou non, sur le marxisme-léninisme.

Ce rétablissement de la vérité, il le fonde sur son expérience professionnelle. Inspecteur du travail, il lui a fallu subir pressions et manœuvres obliques ; tenter vainement de faire valoir les faits à propos d'un "accident du travail" qui n'était qu'un suicide ; se heurter, étant lui-même syndicaliste, au mur des intérêts supérieurs de l'organisation ; subir en silence les calomnies de la presse communiste et subir les silences d'une administration souvent plus soucieuse d'éviter de faire des vagues et de rester en bons termes avec tout le monde, que de dénoncer les mensonges.

Comment des militants, dont il est permis de croire en la sincérité de l'engagement initial, qui par ailleurs se disent animés par un idéal de justice et de démocratie, en sont-ils arrivés là ? Cela, je crois, mérite explications. J'en vois trois.

La première réside dans le fonctionnement même de toute

organisation, qu'il s'agisse d'une association, d'un syndicat, d'une

administration, ou peut-être même d'une entreprise. Au point de

départ existait un besoin, auquel il a fallu répondre. L'on s'est

organisé pour cela. Et peu à peu les préoccupations relatives au

fonctionnement et au développement de l'organisation l'ont emporté

sur sa finalité d'origine. Désormais, il s'agit de "placer des cartes",

d'accroître le nombre des adhérents, non plus, en permanence, de

chercher à répondre à ce que pourraient être, aujourd'hui, les besoins

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des salariés susceptibles d'être pris en charge collectivement. Ou encore, on défendra l'existence même d'une administration, y compris et surtout si sa raison d'être initiale a entre-temps disparu. Ou encore, on défendra en l'état " des emplois", même s'ils ne servent plus à rien.

Les intérêts de la boutique l'ont emporté sur ceux de sa clientèle.

S'agissant des syndicats qu'évoque Paul Cravenne, ce processus de dégradation pourrait particulièrement bien se vérifier. Il y avait, au départ, le mouvement ouvrier, des organisations pyramidales se sont constituées, animées par des militants, des permanents, des dirigeants.

Les organisations, en se développant, sont devenues sources d'inté- rêts ; prébendes, sinécures et mandats honorifiques se sont multipliés.

Ce sont là des choses qui en viennent à être défendues pour elles-mêmes. Certes, l'existence de l'organisation syndicale se justifie par la défense des intérêts des travailleurs. Ceci étant dit, qu'est-ce qui fait courir le militant ? Sont-ce vraiment les intérêts des travailleurs ou n'est-ce pas celui de l'organisation qui est supposée une fois pour toutes en être dépositaire et à laquelle s'identifient ses propres intérêts ? Ainsi, bien souvent, le syndicalisme s'enracine-t-il dans la générosité d'un idéal pour se perdre dans la médiocrité des intérêts de boutique.

Alors, tous les coups sont permis dès lors que l'organisation est en cause. Que penseraient les grands anciens de la CGT ou de la CFDT s'ils revivaient aujourd'hui ?

On songe à la légende du grand inquisiteur. Et justement, lisons Dostoïevski. "Le succès du socialisme, met-il dans la bouche du révolutionnaire Piotr Stepanovitch (1), est dû, pour une grande part, à la sentimentalité. Le malheur, c'est que l'on tombe parfois sur des sous-lieutenants enragés qui se mettent à mordre. Ensuite, il y a les purs coquins, de braves gars, en somme, qui peuvent être fort utiles.

Cependant, on perd beaucoup de temps avec eux car il faut les surveiller de près. Enfin, la force principale, le ciment qui relie tout, c'est la crainte de l'opinion. C'est une force cela ! Je me demande qui nous devons remercier pour avoir si habilement travaillé les esprits que personne n'a plus une seule idée à soi".

Bonne question ! Il est permis, aujourd'hui, de lui apporter une réponse : s'il faut remercier quelqu'un, c'est d'abord Karl Marx. C'est à Marx, en effet, que l'on doit le ressort de cette pratique militante qui faisait dire plus tard à Lénine que l'on ne fait pas d'omelette sans casser d'œufs. En d'autres termes, que la fin justifie les moyens. D'une

(1) Les Démons, bibliothèque de la pléïade, p. 408.

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façon plus élégante, ou plus prétentieuse, la XI thèse sur Feuerbach ne dit pas autre chose :

"Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de différentes manières ; or, ce qui importe, c'est de le transformer. "

Marx, en trois lignes, définit ainsi de façon très précise ce qui va constituer le fondement d'une nouvelle morale. Pour le militant qui s'en inspire, ce qui compte, ce n'est pas de dire des choses qu'il estime être vraies, c'est de faire des choses qui soient efficaces. Dans le jargon, cela s'appelle le primat de la praxis. A partir du moment où l'on considère que l'unique chose qui vaille d'être défendue, et donne sens à la vie, c'est la Révolution, tout, absolument tout, dans ce que l'on dit et dans ce que l'on fait, doit être subordonné à cet ultime impératif. Il faut donc, pour hâter le cours de l'histoire, se montrer efficace. Or, être efficace, c'est à l'occasion, savoir mentir. Marx lui-même donnait l'exemple, écrivant à son compère Engels, le 15 août 1857, à propos d'un congrès : "Il est possible que je me fourre le doigt dans l'œil, mais alors on peut toujours s'en sortir avec un peu de dialectique. J'ai bien sûr, disposé mes batteries de façon à avoir également raison dans le cas contraire. " La XI thèse sur Feuerbach, en tant que fondement de la praxis révolutionnaire, représente ainsi une rupture radicale avec la morale commune. Non seulement elle autorise, mais elle recommande le mensonge utile. Lorsqu'un membre du Comité central s'adresse à un membre du Bureau politique, il lui doit, certes, la vérité, toute la vérité, car l'efficacité de l'action l'exige.

Quand en revanche, il s'adresse à un adversaire de classe, il lui est recommandé de mentir, si la chose peut être utile, et de mentir avec conviction. De même, avec un camarade placé à un niveau moins élevé dans la hiérarchie de l'organisation. D'où il résulte que ce que dit un militant d'inspiration marxiste-léniniste peut signifier littéralement ce qu'il dit ou très exactement le contraire. Tel est le principe du double langage.

Or, du double langage, l'on passe aisément à la double pensée.

Orwell en a décrit précisément le principe (2) : "Connaître et ne pas connaître. En pleine conscience et avec une absolue bonne foi, émettre des mensonges soigneusement agencés. Retenir simultanément deux opinions qui s'annulent alors qu'on les sait contradictoires et croire à toutes deux. Employer la logique contre la logique. Répudier la morale alors qu'on se réclame d'elle". Georges Marchais, lorsqu'il (2) Dans "1984".

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s'exprime à la télévision, est-il ou non sincère ? Orwell nous permet de répondre : en pleine conscience et avec une absolue bonne foi, il émet des mensonges soigneusement agencés. Et ce qui est vrai du Secrétaire général du Parti communiste français est vrai de n'importe quel militant, à partir du moment où il se conforme effectivement au principe qu'exprime la XI thèse sur Feuerbach.

Ce principe doit être examiné jusqu'à son ultime conséquence. La morale commune repose sur le primat de la raison : il y a ce qui est vrai et il y a ce qui est faux. Le menteur, en soutenant ce qui est faux, sait que cela est faux et qu'il profère un mensonge. L'exercice de la double pensée, au contraire, efface jusqu'à la notion de vrai et de faux, de vérité et de mensonge. Le militant d'inspiration marxiste n'est pas

"de bonne foi" ou "de mauvaise foi" — vaines distinctions à ses yeux, qu'il déclare relever de l'idéalisme bourgeois. Il est tout simplement conséquent avec lui-même, il dit et il fait ce qui accélère la transformation du monde. Vrai ? Faux ? C'est là une question qui, de ce point de vue, n'a aucune signification. L'aboutissement du mensonge idéologique, c'est la perte de la conscience même du mensonge. C'est pourquoi il est exclu, dans ces conditions, de prétendre "dialoguer". Dialoguer, c'est chercher ensemble à distinguer le vrai du faux, c'est s'accorder dans une commune recherche de ce qui est vrai et de ce qui ne l'est pas. Or, le militant d'inspiration marxiste ne saurait être disposé à cela. Ce qui est efficace est désigné par la

"ligne de l'organisation" ; et la "ligne" ne peut être l'objet, entre camarades, que d'approbation — à moins de critiques qui seraient l'équivalent d'un refus et, finalement, d'une trahison. Se soumettre ou se démettre. Voilà pourquoi, d'une façon parfaitement cohérente, le manuel édité par la CGT à l'intention des éducateurs chargés de la formation syndicale générale de base, propose à la suite des thèmes de débat et les conclusions auxquelles aboutit le débat. Voilà pourquoi les décisions, au sein des organisations marxistes-léninistes, suscitent nécessairement l'unanimité ; voilà pourquoi il n'y a pas de minorité ni d'opposition interne possible. Cela porte un nom : "centralisme démocratique".

S'agissant d'interlocuteurs supposés être des adversaires de classe, le "dialogue" ne saurait consister en la recherche d'un compromis, d'une solution ou d'une idée qui ne préexistait pas dans la conscience du militant, conformément à la "ligne" de son organisation. Accepter une idée différente ou une solution différente serait se laisser dévoyer.

Il faut, en revanche, circonvenir l'interlocuteur, le discréditer aux yeux de ses amis, l'isoler, le mettre en porte-à-faux par rapport à ses propres

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principes, et, finalement, le discréditer à ses propres yeux. S'il accepte de ne pas s'enfermer dans une opposition irrévocable, il faut lui tendre la main, le faire glisser d'une logique à l'autre, lui proposer "un bout de chemin ensemble" et — "imbécile utile" — en faire un "compagnon de route", bref, un complice, ne serait-ce que par son silence.

Voilà pourquoi toute idéologie, dès lors qu'elle se veut une explication globale du monde, de ses origines et de son destin, tend à échapper à la démarche scientifique. Il ne s'agit plus de chercher à comprendre et de progresser peu à peu, environné d'incertitude, dans l'intelligence des choix ; il s'agit de se conforter dans les certitudes d'un savoir qui se veut définitif. Point de salut hors de ce que l'on croyait déjà savoir. Une objection est-elle préssentie, venant d'un contradic- teur ? Celui-ci est un imbécile, un fou, un saboteur — ou un adversaire de classe. Un fait paraît-il infirmer la théorie ? C'est qu'il a été mal interprété. Telles sont les caractéristiques d'une pensée fermée sur elle-même. Il ne doit y avoir rien de nouveau en dehors de ce qui a été admis une fois pour toutes. Faut-il ajouter que l'orthodoxie n'est pas démunie de tout moyen de se défendre. Tel est le rôle de l'organisation. Porter atteinte à l'orthodoxie, c'est porter atteinte aux intérêts de l'organisation ; porter atteinte aux intérêts de l'organisa- tion, c'est se situer, ipso facto, dans les ténèbres extérieures et briser les liens qui donnent son identité à la tribu.

C'est pourquoi, lorsque la réalité paraîtra ne pas correspondre au schéma idéologique, le militant préférera douter de la réalité plutôt que de renoncer au schéma explicatif lui-même. Un tel comportement n'est certes pas propre à qui se recommande du marxisme-léninisme.

Bachelard nous a appris que la pensée ne renonçait qu'avec peine aux théories et aux schémas généralement admis. C'est ce qui s'appelle le conformisme et Galilée, venant des autorités religieuses de son époque, en fit l'expérience. Toute pensée qui se veut globale serait-elle réductrice ? Sans doute n'est-ce pas le cas. Il existe une différence, qui n'est pas sans importance, entre les religions séculières, telles le marxisme et les religions fondées sur la reconnaissance d'une transcendance. S'agissant de celles-ci, la raison doit s'incliner devant le mystère. Tel n'est pas le cas du "matérialisme scientifique". Devenue reine, la raison ne souffre plus la contradiction des faits. Plus la réalité menacera les schémas admis, plus le militant sera tenté de biaiser avec elle, afin d'éviter l'effondrement de ses certitudes.

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Or, la réalité observable, au fur et à mesure que s'éloigne le monde que Marx décrivait, infirme de plus en plus les schémas fondamentaux. Y a-t-il paupérisation de la classe ouvrière ? Le nier reviendrait, pour le militant, à remettre en question la totalité de ses certitudes. Et c'est pourquoi la réinterprétation consciente ou inconsciente des faits occupera une part croissante dans la production du mensonge idéologique.

Ces deux aspects du mensonge idéologique — primat de la praxis et primat du schéma sur les faits observables — coexistent à des degrés divers, selon les organisations et selon les militants. Cependant, le fait que Paul Cravenne, venant de militants de la CFDT, insiste sur ce second aspect — la déformation des faits — n'est sans doute pas fortuit.

Lorsque le militant se trouve adossé à un "grand parti révolution- naire" — le PC — ou à une puissante organisation syndicale — la CGT

— peu importent les faits puisque l'organisation demeure l'ultime référence. Tel n'est pas le cas des militants de la CFDT, de ceux qui militent dans l'extrême-gauche ou qui se réfèrent à l'Action catholique ouvrière. Pour eux, point d'organisation infaillible dépositaire, une fois pour toutes, de la vérité. L'infaillibilité reposera donc davantage dans les schémas eux-mêmes. D'où un comportement différent.

Venant des militants communistes, la négation des faits observables sera plus naturelle et plus systématique ; venant des autres, elle sera plus obstinée et reposera davantage sur l'argumentation idéologique.

Il ne fait aucun doute que cette logique a fait, en France, plus particulièrement depuis une trentaine d'années, d'énormes ravages.

S'y conforme le Parti communiste : c'est sa raison d'être. S'y conforme également la CGT : c'est sa raison d'être aux yeux des communistes qui l'encadrent à tous les niveaux de l'organisation. S'y conforment de multiples groupes qui ont en commun de se recommander de l'héritage marxiste : trotskistes et maoïstes. Pour- chassés par la CGT, nombre de leurs militants ont trouvé refuge, vers le début des années 1970, dans les rangs de la CFDT. Ce sont ceux qu'Edmond Maire, au Congrès d'Annecy, désignait en dénonçant les

"coucous" qui s'étaient installés au sein de la centrale. Nombre d'entre eux se sont probablement "recentrés" depuis lors. Ce n'est pas le cas de tous ; le comportement de la section CFDT de Poissy, lors du conflit Talbot, fin 1983, est venu en administrer la preuve.

Mais ce n'est pas tout. Au-delà des militants d'inspiration marxiste à proprement parler, il y a la masse des bienveillants, des

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Le 22 avril 1976, M. Mathieu, tech- nicien à l'usine X, est trouvé mort sur une passerelle après une chute de vingt mètres.

La CGT et la CFDT publient des communi- qués mettant en cause l'entreprise. Pour elles, il s'agit d'une nouvelle « victime du travail ». La presse régionale s'en mêle;

pendant quelques jours, « l'affaire Ma- thieu » va défrayer la chronique.

« L'affaire Mathieu », Paul Cravenne la connaît bien; en tant qu'inspecteur du Travail, il a enquêté sur les circonstances de cette mort; et pour lui, aucun doute n'est permis : il s'agit d'un suicide. Un suicide que des militants ont présenté comme un acci- dent du travail à l'occasion d'une nouvelle campagne de presse contre « l'usine de la mort ».

Pendant neuf ans, Paul Cravenne s'est ainsi heurté aux déformations de la réalité pratiquées par des représentants de certaines centrales syndicales. Aujourd'hui, il témoi- gne. Et il dénonce, en connaissance de cause, les procédés du mensonge idéologi- que.

Paul Cravenne, inspecteur du Travail.

A milité dans l'extrême-Gauche et à la CFDT.

Centre d'Observation Sociale 16, bd Raspail, 75007 Paris

ISBN 2-905509-00-7

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