Bien se loger pour mieux vieillir
Dumêmeauteur
Agriculture, alimentation et réchauffement climatique, auto- édité et disponible sur Internet, 2015 et enrichi en 2018.
Faim zéro, en finir avec la faim dans le monde, Paris, La Découverte, 2014.
Manger tous et bien, Paris, Le Seuil, 2011.
Nourrir l’humanité, les grands problèmes de l’agriculture mondiale, Paris, La Découverte, 2007 (et édition poche enrichie, 2009).
Le blog : http://nourrir-manger.fr/
Et la chaîne YouTube : nourrir-manger Bruno Parmentier
Bruno Parmentier L’association soliha
Bien se loger pour mieux vieillir
S’y préparer activement
Préface de Serge Guérin
L’âge et la vie
Prendre soin des personnes âgées… et des autres
Conception de la couverture : Anne Hébert
Version PDF © Éditions érès 2020 CF - ISBN PDF : 978-2-7492-6600-8 Première édition © Éditions érès 2020 33, avenue Marcel-Dassault, 31500 Toulouse, France
www.editions-eres.com
Aux termes du Code de la propriété intellectuelle, toute reproduction ou représentation, intégrale ou partielle de la présente publication, faite par quelque procédé que ce soit (reprographie, microfilmage, scannérisation, numérisation…) sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
L’autorisation d’effectuer des reproductions par reprographie doit être obtenue auprès du Centre français d’exploitation du droit de copie (cfc), 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris, tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19.
Table des matières
préface
y apasD’âgepourchoisirsontoit !
Serge Guérin ... 7 introDuction
bienvivren’apasD’âge ... 11
I
Au commencement, le projet de vie Trouver et aménager
le logement qui en permettra la réalisation 1. bienvieillir : anticiper
pourgarDerlamaîtrise ... 27 Comment nommer les « vieux » ?... 28 Considérer la vieillesse
comme une bénédiction ... 35 Se construire la meilleure des vieillesses
possibles ... 48
284 Bien se loger pour mieux vieillir
L’isolement des personnes âgées,
un phénomène croissant et inquiétant ... 64
La psychologie de l’habitat : une discipline utile avec l’âge ... 78
2. oùvieillir : élargirsespossibilitésDechoix ... 83
Rester dans son logement d’origine et l’aménager ... 87
Déménager pour un logement mieux situé ou mieux adapté... 102
Déménager pour un logement plus petit ... 108
Expérimenter un habitat intermédiaire semi-collectif ... 112
Vivre dans une maison de retraite, médicalisée ou non ... 130
Évaluer la dépendance pour mieux estimer ses besoins ... 156
Estimer les coûts de l’autonomie et comparer les avantages de chaque formule ... 161
II Savoir se faire plaisir pour durer Adapter son logement en anticipant 3. sefaireplaisiretmieuxvivre Danssonlogement ... 171
L’accessibilité du logement ... 176
La cuisine et son mobilier ... 181
Les salles d’eau ... 183
La chambre et son mobilier ... 186
Le salon et son mobilier ... 188
Le confort thermique ... 189
Table des matières 285
La transformation des gadgets
en auxiliaires de vie ... 196
La domotique et la robotique ... 200
4. lutterpieDàpieD contrelevieillissement enaménageantsoncaDreDevie ... 211
Le manque d’équilibre et le logement antichutes ... 217
La baisse de la vision et le logement du malvoyant ... 228
La baisse de l’ouïe et le logement du malentendant ... 236
La perte de la mémoire et le logement du confus ... 246
III Aménager pas à pas son lieu de vie et trouver des partenaires pour le faire 5. Définiretréalisersonprojet ... 261
Bien définir ses priorités ... 262
Se faire aider quand on est propriétaire ... 263
Se faire aider quand on est locataire ... 271
Le recours aux spécialistes de l’aménagement, le Mouvement soliha ... 277
Remerciements ... 279
Pour aller plus loin... 281
Préface
Y a pas d’âge pour choisir son toit !
Quel que soit notre âge, notre désir est de vivre là où nous nous sentons le mieux. Quel que soit notre âge, notre volonté c’est d’avoir un chez-soi. Quel que soit notre âge, notre besoin est de préserver notre auto- nomie et notre liberté. Quel que soit notre âge, l’enjeu est de disposer d’un environnement et d’un accom- pagnement les plus adaptés à notre situation. Quel que soit notre âge, notre nécessité est de vivre en étant entouré de personnes bienveillantes et respectueuses de notre intimité.
Y a pas d’âge pour avoir un toit ! Y a pas d’âge pour choisir son toit !
C’est important de penser, prévoir, anticiper son lieu de vie, sa manière de vivre, et de s’y employer tôt… Car notre qualité de vie est bien souvent impactée très directement par notre logement et
8 Bien se loger pour mieux vieillir
son environnement ; a fortiori lorsque l’on est à la retraite, car on y passe plus de temps.
Habiter est un bien joli terme qui implique aussi bien le bâtiment et l’intérieur de chez soi, que la manière de vivre dans le quotidien. On évoque parfois une personne qui est « habitée » par une passion, un projet, une relation…
Nous nous définissons aussi par notre lieu d’habi- tation. C’est d’ailleurs une question qui arrive assez vite dans la conversation lors d’un premier échange amical. « Vous faisiez quoi auparavant ? », « la santé, ça va ? », « et au fait, vous habitez par ici ? »… C’est aussi une question de base pour tout ce qui concerne le monde administratif.
L’ouvrage de Bruno Parmentier et de l’association
soliha est important parce qu’il ouvre des portes, propose des pistes, présente des témoignages autour de la façon d’habiter et d’adapter son logement lorsque l’on a avancé en âge. Il nous rappelle aussi la nécessité de réfléchir à temps à notre futur habitat pour pouvoir en garder la maîtrise.
Réfléchir à notre « futur habitant » ? Ou tout simple- ment se poser la question de nos envies et de nos possibles ? Avec l’âge, les contraintes évoluent, les besoins sont plus précis ; pour autant, il importe aussi tout simplement de se sentir bien chez soi. Et de se sentir en confiance et en sécurité dans son environne- ment proche. Car habiter ne concerne pas seulement le logement, c’est également une affaire de voisinage, de services, de commerces…
De la même façon que les jeunes couples regardent s’il y a des écoles à proximité de leur logement, les plus
Préface 9
âgés s’intéressent aux équipements de santé, aux méde- cins à proximité, à la présence d’une boulangerie, de commerces de bouche, etc. D’autres seront surtout attentifs à la qualité du tissu associatif ou aux équipe- ments, culturels, religieux, sportifs ou de loisirs. Les plus âgés peuvent aussi faire des choix en fonction de leur famille et des plus proches amis.
À chacun de choisir ce qui lui convient le mieux en fonction de ses contraintes et de ses désirs.
Les pages qui suivent sont aussi une façon de rappeler qu’il y a autant de façons d’aménager son logement qu’il y a de manières de prendre de l’âge. On y habite comme l’on vit… et on peut y développer à la fois plaisir, lien social et sens de vivre, pour « mieux vieillir ». Mais il ne faut pas trop attendre pour penser à sa façon d’habiter, et aménager préventivement son cadre de vie… Ce qui est finalement à la portée de toutes les bourses, comme on pourra aussi le décou- vrir, en particulier en s’appuyant sur la magnifique association soliha – Solidaires pour l’habitat, tout un programme !
Alors lisez ce livre pratique, tonique et joyeux ! Et ensuite, faites vos jeux !
Serge Guérin 1
Sociologue, spécialiste des questions liées au vieillissement, à la « séniorisation » de la société et aux enjeux de l’intergénérationnel. Professeur à l’inseec Paris, directeur du MSc « Directeur des établissements de santé ».
1. Auteur, notamment, de : Les Quincados, Paris, Calmann-Lévy, 2019 ; La Silver économie, La Charte, 2018 (avec D. Boulbès) ; La guerre des généra- tion aura-t-elle lieu ?, Paris, Calmann-Lévy, 2017 ; Silver Génération. 10 idées reçues à combattre à propos des seniors, Michalon, 2015.
Introduction Bien vivre n’a pas d’âge
En 1790, quand les révolutionnaires ont « inventé » la retraite à 60 ans pour les fonctionnaires totalisant trente ans de service, l’espérance de vie en France était de l’ordre de 30 ans : ils ne risquaient pas de vider les caisses du pays. Il a fallu attendre le milieu du xxe siècle pour que l’espérance de vie dépasse les 60 ans (un peu avant la Seconde Guerre mondiale pour les femmes, un peu après pour les hommes).
Les soixantenaires et plus n’étaient que 1,6 million en 1850 ; ils sont passés à 12 millions en 1900, et 25 millions en 2016 (plus d’un quart de la popula- tion). On en attend 32 millions en 2060 1. Les plus de 75 ans, âge considéré comme charnière du point de vue de la santé, seraient 16 millions à cette date, et les plus de 85 ans 4,6 millions.
1. insee, « Scénario central des projections de population 2007-2060 »,
www.insee.fr/
12 Bien se loger pour mieux vieillir
Il y avait à peine plus de 1 000 centenaires en 1960 – peu de gens en avaient croisé, et ils faisaient la une des journaux. En 2016 ils étaient 15 000, quinze fois plus ; cette situation s’était banalisée et on en prévoit 43 000 dès 2025. En 2060, ce sera un phénomène courant car ils seront entre 200 000 et 300 000.
La France, comme nombre d’autres pays, doit donc affronter une situation entièrement nouvelle. Aupa- ravant on mourait prématurément et à tout âge : bébé, enfant, adolescent, jeune adulte, femme en couches, etc. Accidents du travail ou de la route, bles- sures mal soignées, maladies infectieuses, épidémies et autres famines décimaient la population. Et les rares « vieux » habitaient chez leurs enfants.
Désormais, presque tout le monde meurt entre 80 ans et 100 ans et, au-delà d’un certain âge, vit seul. Et néan- moins tous se souhaitent la meilleure vie possible. Or,
« bien vivre », pour une bonne partie d’entre eux, commence souvent par le désir légitime de rester chez soi, si possible jusqu’à la fin, pour continuer à y faire des projets, y vivre des rencontres, entreprendre, se distraire, se cultiver, apprendre, aimer, s’exprimer ou se recueillir.
La question du logement « adéquat » des personnes âgées est donc relativement nouvelle, et va prendre une ampleur considérable dans les prochaines décennies.
Au même moment, la vieillesse, qui était auparavant synonyme d’expérience et de sagesse, devient, dans notre société obnubilée par la jeunesse, associée aux représentations catastrophiques de la dépendance et de la démence, ce qui n’encourage pas les intéressés à l’affronter sereinement et objectivement. Ainsi, notre
Introduction 13
vocabulaire nous trahit : « grandir », « avancer »,
« progresser » ou « mûrir » sont perçus comme posi- tifs, quand « vieillir » reste fortement négatif.
Cette vision pousse les individus à ne pas intérioriser leur propre vieillissement : le plus beau compliment qu’ils puissent recevoir est de ne pas faire leur âge. Du coup, alors que certains ont peur de tout, d’autres se croient éternels et en pleine forme jusqu’à la veille de leur mort. L’optimisme conduit parfois à ne pas vouloir regarder la réalité en face, à se mettre dans la dénéga- tion permanente, et à refuser de se représenter objec- tivement l’avenir. C’est ainsi que dans un sondage de 2016 2, les Français de 50 ans disaient « se sentir âgés de 43 ans », ceux de 65 ans avouaient ressentir douze ans de moins, et ceux de 85 ans… dix-sept ans de moins.
On comprend mieux pourquoi certains septuagénaires s’offusquent que des voyageurs leur offrent une place dans les transports en commun.
Songeons que dans le même temps, la plupart des sportifs sont considérés comme vieux à 30 ans. D’une manière générale, les adolescents estiment qu’on devient vieux à 46 ans, les jeunes adultes à 53 ans et les jeunes retraités à 81 ans 3. Quelle est donc cette société où l’on serait vieux de plus en plus tôt alors que l’on vit de plus en plus longtemps ?
Il est temps de réaliser que, dorénavant, la période de la retraite est longue, très longue, souvent davan- tage que celle qui va de la naissance à la fin des études supérieures.
2. Enquête effectuée pour le Salon des seniors en septembre 2016.
3. Sondage Opinion Way de septembre 2014 pour la marque Damart.
14 Bien se loger pour mieux vieillir
Si l’on simplifie beaucoup, on peut estimer que le but de la jeunesse est d’engranger des connaissances (scolaires, sociales, émotionnelles, corporelles, etc.), et que celui de l’âge adulte est de les appliquer ; celui de la vieillesse serait alors de les transmettre. Le loge- ment des personnes âgées devrait donc favoriser ce processus et offrir les meilleures conditions pour que la personne puisse y vivre harmonieusement et se consacrer à sa mission essentielle de transmission.
Mais… la dure réalité est qu’après le troisième âge arrive le quatrième. Ou bien, pour reprendre la nouvelle terminologie des trois âges démographiques des personnes âgées, les « Young old » (65-74 ans) deviennent les « Old old » (75-84 ans) puis les « Oldest old » (85 ans et plus). Véronique Dufief répartit plus symboliquement la grande vieillesse entre l’âge de chêne (lorsque l’affaissement du corps et du cœur devient visible), l’âge de granit (quand le grand vieil- lard entre en solitude), l’âge de frimas (où l’ultime faiblesse se révèle) et l’âge de cendre (lorsque l’on ne sait plus bien où est la limite entre la vie et la mort 4).
Chacun peut comprendre, même s’il refuse parfois de se l’appliquer, que les besoins en logement ne sont pas les mêmes à ces différentes étapes. Bien vieillir peut donc parfois conduire à modifier plus ou moins profondément un logement devenu inadapté, ou bien à changer de logement, ou encore à expérimenter différents types d’habitat semi-collectif ou un héber- gement collectif, en maison de retraite ou autre ; c’est bien l’objet du présent ouvrage.
4. V. Dufief, Bonjour vieillesse, Paris, Éd. Salvator, 2015.
Introduction 15
En France, on estime déjà à 1,3 million le nombre de personnes âgées dépendantes 5, et à 83 ans l’âge moyen d’entrée dans ce stade. Cet âge charnière recule régu- lièrement, car le risque survient de plus en plus tard, et pas forcément pour une durée plus longue. Du coup la perspective de se maintenir assez longtemps à domicile devient crédible à condition de se préparer à l’avance, ce qui, justement, est psychologiquement difficile à faire.
Ainsi, celui qui a choisi d’habiter dans une campagne paisible loin des commerces gagnerait à admettre qu’un jour il ne pourra plus conduire, et son conjoint non plus (s’il est encore là). Et celui qui adore sa maison pittoresque mais pleine d’escaliers ne devrait pas considérer qu’il pourra les monter éternellement, ni se prélasser dans sa baignoire.
C’est bien au cours du premier âge (celui des « jeunes vieux », jusqu’à 75 ans) qu’on a les moyens intellec- tuels, physiques et financiers pour prévoir son avenir lors des deux âges suivants. C’est à eux que s’adresse ce livre, écrit par l’un des leurs. Car si on ne prend pas les mesures nécessaires quand il en est encore temps, il est plus que probable qu’on se condamne à déménager en maison de retraite plus tôt qu’on ne le souhaite.
Pourtant, plusieurs études ont montré que non seulement des aménagements adéquats retardaient significativement la dégradation de l’état de santé et du degré de dépendance des personnes concernées,
5. Les termes handicapé ou en situation de handicap sont maintenant utilisés de préférence pour les moins de 60 ans.
16 Bien se loger pour mieux vieillir
mais qu’en plus ils provoquaient parfois leur amélio- ration 6. Ces mesures sont souvent moins coûteuses qu’on ne le pense, d’autant plus que beaucoup de personnes peuvent prétendre à des aides financières pour les mettre en œuvre : plus on a des revenus modestes, moins elles sont chères. En effet, la société gagne à aider les personnes qui le souhaitent à éviter le plus longtemps possible les maisons de retraite.
Pour deux raisons :
– D’une part, il n’y aura pas assez de places pour tout le monde. Aux classes nombreuses du baby-boom d’après-guerre, où naissaient 870 000 bébés dans l’année (contre 750 000 à 780 000 dans les années 2010), se sont rajoutées plusieurs vagues d’immigra- tion, et une augmentation sans précédent de l’espé- rance de vie, et cela alors que les liens familiaux se sont distendus, réduisant le désir ou la nécessité de partager son logement avec ses parents âgés. Le besoin en places va donc croître fortement dans les années 2020 à 2040, pour décroître ensuite. Il est donc plus raisonnable de mener des politiques de maintien à domicile que de construire de façon inconsidérée de nouvelles et coûteuses 7 maisons de retraite, dont l’utilité ne sera pas pérenne et que des clients potentiels ne pourront pas s’offrir vu le faible niveau de leurs retraites.
Les enjeux financiers sont énormes : la France dépense actuellement 1 % de sa richesse nationale pour la
6. Par exemple, l’étude réalisée en 2012 pour le clic/pact de Seine-et- Marne sur les bénéfices de l’adaptation du logement pour les personnes âgées de plus de 60 ans.
7. On estime que l’investissement à réaliser est de l’ordre de 200 Ke par lit (10 à 20 millions pour une structure moyenne de 80 lits).
Introduction 17
dépendance (soit 24 milliards d’euros de finance- ment public : santé, hébergement, prise en charge médico-sociale), auxquels il faut ajouter ce qui reste à la charge des ménages (plus de 10 milliards d’euros).
Ces coûts étant susceptibles de passer respectivement à 35 milliards et à 16 milliards d’ici 2060 8, tout ce qui contribuera à les diminuer sera économiquement bénéfique.
D’autre part, le maintien à domicile induit de nombreux effets positifs sur les économies locales des bourgs et villes moyennes, dans lesquels les personnes âgées aiment vivre : survie de commerces de proximité, développement d’activités de services à la personne, dynamisation de la vie locale, etc. La silver économie (celle des cheveux blancs) devient un véritable enjeu financier, en particulier dans toutes les régions ouest et sud de la France. Songeons que l’éco- nomie du service à la personne occupait 2 millions de personnes en 2012, faisant vivre 25 000 asso- ciations, entreprises et établissements. Et elle est en forte croissance : elle pourrait atteindre les 3 millions d’emplois dans les années 2030 9. De plus les retraités sont de gros consommateurs d’objets technologiques (ordinateurs, voitures confortables, etc.) et culturels (journaux, livres, spectacles, etc.). Et ils participent énormément à la vie sociale : garde et éducation des petits-enfants, facilitation du dialogue, vie associa- tive : les deux tiers des adhérents aux associations ont
8. Estimations du ministère de la Santé et des Affaires sociales (rapport de Dominique Libault sur la dépendance, mars 2019).
9. Chiffres extraits du livre tonique de Gilles Berrut, Les papys qui font boom, la longévité, une chance pour tous, Paris, Éd. Solar, 2018.
18 Bien se loger pour mieux vieillir
plus de 60 ans, de même que la moitié des membres de leurs bureaux, ainsi qu’une part importante des maires et conseillers municipaux.
D’où l’hypothèse de départ de ce livre : adapter son logement ou déménager dans un logement plus adapté peut paraître compliqué, stressant et coûteux, mais cela reste rentable si l’on compare le coût de la rénovation (et de l’accompagnement à domicile selon les besoins) à celui d’une maison de retraite. Reculer de cinq, dix ou quinze ans le transfert en maison de retraite, voire ne plus y séjourner du tout et rester chez soi jusqu’à la fin, représente la plupart du temps une solution adaptée et économique, à la fois pour soi et pour la collectivité.
Au commencement n’est pas le logement, mais le projet de vie. Il importe d’adapter son logement à sa vie – et non l’inverse. Il ne s’agit pas de le faire suivant des normes préétablies ni d’appliquer une méthode systématique, mais de l’améliorer pour que je puisse y vivre bien, avec mes désirs, mes goûts, mes aspirations, mon mode de vie, et les limitations avec lesquelles je vais devoir vivre, moi ! La réflexion personnelle est indispensable en la matière.
Ce livre s’adresse donc directement aux jeunes seniors, mais aussi à leurs enfants et à tous les professionnels qui les accompagnent. Il ne prétend pas remplacer la consultation de spécialistes, en particulier du bâti- ment et de l’aménagement des locaux, mais il peut permettre de mieux dialoguer avec eux, et aussi de prendre conscience que le problème du vieillissement n’est pas purement technique : il s’agit avant tout de maîtriser sa vie actuelle et future.
Introduction 19
Mes choix personnels et ceux de mon épouse À ce stade, je prends la liberté de parler de moi au lecteur, à la première personne. Une des originalités de ce livre est en effet qu’il a été écrit par quelqu’un qui est « dans la cible », au cours de mes 69e et 70e années. J’ai donc tenté de m’appliquer ce que j’écrivais, au fur et à mesure que le manuscrit progressait.
Retraités tous les deux, nous habitons mon épouse et moi dans une maison acquise à 58 ans, dont la localisation a été initialement et soigneusement choisie pour que je puisse à la fois me rendre à pied (ou à vélo) à mon travail ainsi qu’à la gare pour prendre le train (puisque j’effectue de nombreux déplacements). Depuis, une ligne de tramway a été construite, qui permet de se rendre facilement en centre-ville, à la gare, au cinéma, voire à l’hôpital en cas de nécessité. À proximité se trouvent également des pistes cyclables, un parc où l’on aime se promener, et les commerces et services les plus utiles (boulangerie, phar- macie, supermarché, coiffeur, pédicure, infirmière, kinési- thérapeute, etc.).
Dès notre arrivée, nous avons construit une véranda pour vivre en permanence dans la lumière, fort utile au moral hiver comme été, tout en veillant à bien l’isoler pour qu’elle ne coûte pas trop cher l’hiver et qu’on n’y étouffe pas l’été (des volets et stores extérieurs la protègent du soleil si besoin). Nous avons également amélioré l’isola- tion du toit.
Il faut dire que la santé de mon épouse s’est brusquement détériorée au milieu de sa cinquantaine. Elle s’est trouvée confrontée à la fibromyalgie, à des intolérances alimen- taires sévères et à un mal de dos persistant. À 60 ans, à la
280 Bien se loger pour mieux vieillir
du Gérontopole des Pays de la Loire, Jacques Schlosser, Geneviève Supplisson…
Sans oublier mon épouse, Annick, avec qui nous avons repensé notre maison au fur et à mesure qu’il nous fallait affronter ses ennuis de santé, et qui a relu le texte.
Et enfin Véronique Mokski, ma complice habituelle, avec qui j’achève ici notre quatrième livre écrit à quatre mains.
Pour aller plus loin
Ce livre est le fruit de l’expérience accumulée par le mouvement soliha, Solidaires pour l’habitat, qui œuvre chaque jour depuis de nombreuses années pour aider les ménages les plus modestes à adapter leur logement à la vieillesse et au handicap.
L’association soliha est implantée dans chaque département de France métropolitaire et d’outre-mer.
Chacun peut contacter son association locale pour obtenir de l’aide sur les travaux et la mobilisation des financements auquels il a droit.
Pour pousuivre et actualiser ces réflexions, les auteurs lancent un blog à l’adresse suivante : www.adapt.soliha.fr
L’auteur est également disponible pour des confé- rences et débats ; on peut le joindre à l’adresse mail suivante : [email protected]