Contrôle des ressources
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Joëlle Burnouf (UMR ArScAn - Archéologie environnementale)
Le M oyen  ge est une période « a c a d é m iq u e » récente (Ve-XVesiècle) qui hérite d 'u n é ta t antérieur des milieux d o n c des ressources. Ce devrait aussi être raisonnablem ent un héritage, pour les chercheurs, d 'u n é ta t d e l'a rt des connaissances des périodes précédentes : la protohistoire, en particulier pour to u t c e qui concerne le travail des minerais e t des m étaux (les savoirs e t les savoirs faire) e t l'antiquité, d irectem ent pour to u t ce qui c o n ce rn e pouvoir e t ressources, leur gestion et les règles e t normes d'exploitation. Ce n'est pas vraim ent le cas. Le m édiéviste est un spécialiste très « autarcique » qui a du mal à pla ce r ses données dans la longue durée. A ttitu d e liée à l'histoire récente de la discipline.
La question des ressources se pose dans les mêmes termes que pour toutes les autres périodes mais sans d o u te à une autre échelle. À c e tte question des ressources j'a jo u te ra i une question liée d irectem ent à leur traitem ent : la question d e l'énergie,
Historiographie des recherches
La question d e l'é tu d e de c e tte thém a tiq u e est em boîtée à celle de la discipline elle-m êm e au sens étroitem ent catégoriel e t corporatiste. En e ffe t l'arch é o lo g ie m édiévale en France est jeune. Je ne reviens pas sur tous les problèmes que pose c e t é ta t de fait puisque c e tte histoire a déjà fa it l'o b je t d 'u n exposé en 2001 ici m êm e (Burnouf 2002).
Les résultats, importants, acquis en 20 ans sont liés à la politique volontariste m enée par le choix de financer lourdem ent des travaux sur ces objets par le Ministère d e la Culture e t d e la C om m unication / SDA, Sous-Direction d e l'A rchéologie (fin des années 70 e t d é b u t des années 80). C e tte politique a conduit à un enchaînem ent d e recherches mais aussi d e thèses e t d'enseignements,
• Le « program m e mines » a permis la réalisation de grandes fouilles program m ées : Brandes-en-Oisans (DARA N°), Pampailly, (DARA N°) ; il s'agit là d e mines d'argent.
Parallèlem ent se d é v e lo p p e n t des tra va u x en Alsace, Rhône-Alpes, essentiellem ent puis plus récem m ent dans l'esp ace de la bordure Sud du massif central, dans les Alpes e t les Pyrénées orientales.
Il y a peu d 'o p é ra tio n dans un large G rand Ouest sauf en archéologie préventive : on pe u t d o n c dire qu'il y a deux Frances d e la recherche minière e t m étallurgique.
Outre les travaux sur l'extraction minière, se d é ve lo p p e parallèlem ent — mais a ve c un léger d é ca la g e dans le temps — les recherches sur la métallurgie, spécialem ent sur le fer en particulier en Lorraine (Leroy). Sur l'or (B Caueuet), sur le soufre, le cuivre, etc.... les travaux c o m m e n ce n t seulement sur la période d'exploitation d e ces minerais au Moyen Âge.
• On observe un d é ve lo p p e m e n t corollaire des travaux sur la métallurgie dans la fin des années 80 et dans les années 90 autour du CRPG d e Nancy e t du laboratoire d 'a rch é o lo g ie des métaux d e Jarville : base d e données Artémise-scories (Leroy ).
• Ces recherches sont scandées par l'organisation d 'u n e série d e colloques par Paul Benoit e t l'équipe d e recherche sur « les mines e t la m étallurgie » (Paris I) :
• Les recherches sur les m atériaux de construction ont co m m e n cé plus tard en partie dans le c a d re du GDR94 (1984-1999) et plutôt sur les carrières q u a n t aux travaux sur les ressources végétales elles sont encore plus récentes en relation avec le d é ve lo p p e m e n t des recherches sur le paléoenvironnem ent (années 90) : m êm e si pour l'exploitation du bois pour la construction (y compris navale) quelques exemples isolés com m e Charavines avaient été entamés plus tôt.
• Q uant aux recherches sur l'hydraulique elles sont développées à peu près selon la m êm e chronologie d 'a b o rd sur l'hydraulique cistercienne puis m onastique e t c'est d e c e tte thém atique mais aussi d e l'é tu d e sur
Joëlle Burnouf
la m étallurgie qu e sont nées les premières réflexions sur « l'énergie » (l'ea u et le charbon d e bois). Résultats
Les résultats sont très importants en si peu d e temps e t ils se sont traduits par d e nombreuses m onographies e t colloques.
Monographies d e sites : Brandes, Pampailly.
Thèses : M. Arnoux (sources écrites) sur les mines e t la métallurgie norm ande, Marc Leroy sur la Lorraine, Florian Tereygeol sur Melle en Poitou, Danielle Arribet-Deroin sur le Pays d e Bray.
Colloques : Mines e t métallurgie, carrière et construction, SAM G renoble 1993, SAM Dijon 1996, Année Citeaux, colloques d e Liessies.
Dès le d é p a rt les chercheurs se sont organisés e t c'e s t m êm e le seul secteur d e l'arch éologie m édiévale qui soit organisé en réseau. La structuration d e la recherche s'est c a lé e sur la program m ation du CSRA puis CNRA et des groupes d e recherches du MCC : G roupe des miniers (ex H17), PCR languedoc, PCR Alpes.
Par contre aucune synthèse même régionale n 'a encore é té réalisée mais sans d oute est-ce impossible pour le m om ent. De surcroît la com m unauté des chercheurs se heurte à deux difficultés récentes : la crise de l'a ccè s aux mines dites « orphelines » e t la question te ch n iq u e d e l'a ccè s difficile pour les fouilles e t des contraintes des recherches dans les cavités et les galeries.
Questions d e culture et de société
Les recherches ont d 'a b o rd com m encé sur une th é m a tiq u e d e d é ve lo p p e m e n t d 'u n e archéolog ie des sciences e t techniques : le fondate ur P. Benoît a à peu près couvert le c h a m p d e toutes les spécialités directem ent ou par thèses interposées.
La question spatio-politique de l'accè s au ressources e t de leur gestion a é té peu a b o rd é e encore car elle nécessite d e pouvoir connaître parfaitem ent la chaîne opératoire du traitem ent depuis le minerai jusqu'au produit fini par exem ple la question des « férons » en N orm andie ou de la maîtrise d e la chaîne opératoire de l'argent.
En l'é ta t actuel des données publiées disponibles, apparaissent un certain nom bre d e pistes d'in terprétation :
• Les innovations au Moyen Âge : le millénaire m édiéval a p p a ra ît d e plus en plus com m e une période d'intense innovation te ch n iq u e dans tous les dom aines depuis la mise en oeuvre de l'exploitation des ressources jusqu'à l'élaboration des produits et leur utilisation,
• C ontrairem ent à une idée te n a ce le premier M oyen  ge n 'a p p a ra ît plus com m e une période d e recul mais au contraire de croissance et de dévelo p p e m e n t qui se traduit en term e d e pression des sociétés sur le milieu (en particulier végétal) e t par un niveau d 'é q u ip e m e n t techniqu e im portant com m e l'atte ste l'exem ple d e l'é q u ip e m e n t du bassin d e la Seine en moulins au VIIIe siècle (Étienne Cham pion), l'exem ple d e la question du passage d e la réduction directe à la m éthode indirecte (le haut fourneau) (ex du pays de Bray) e t surtout la question d e l'énergie.
• Ce problèm e de l'énergie a été la véritable « obsession » des ingénieurs e t techniciens du M oyen Âge. L'essentiel des activités est mu par l'énergie hydraulique e t l'é q u ip e m e n t des hydrosystèmes en moulins montre une densité d e 1 moulin / kilomètre (globalem ent) voir d e batteries d e moulins dans certains espaces com m e à la confluen ce de la Seine e t d e l'Essonne. M êm e si les spécialistes de ces questions o n t a b a n d o n n é le c o n c e p t d e « révolution hydraulique » pour la période m édiévale (surtout le XIIe siècle) c o m p te tenu de l'é q u ip e m e n t déjà im portant dès le haut Moyen  g e il n 'e n reste pas moins q u e le taux d 'é q u ip e m e n t est a tte in t au M oyen Âge e t les em placem ents resteront g lo b a le m e n t inchangés jusqu'à la révolution industrielle e t l'usage des énergies fossiles. Une autre source d 'é n e rg ie massivement utilisée au Moyen  ge est le charbon d e bois d o n t les ca p a cité s thermiques sont bien supérieures à celles du bois.
C ette question de l'énergie qui com m ence à être bien étudiée a pris une dimension nouvelle a v e c le d é v e lo p p e m e n t des recherches sur les paléoenvironnem ents. En e ffe t les questions soulevées sont d 'im p o rta n c e com m e le rôle de l'équipem ent en moulins e t les risques : les moulins par leur structure (bief, bassin, chenaux d e dérivation, nécessité de l'entretien des berges) ont dû jouer un rôle régulateur sur les cours d 'e a u (du plus petit au plus grand). Pour le charbon d e bois mais aussi d'autres activités gourm andes d e c e m atériau (poterie, verrerie e tc ...) on com m ence à peine à mesurer le poids des sociétés m édiévales sur la forêt.
Enfin (e t non des moindres) : les questions sociales liées à la maîtrise de l'a ccè s aux ressources. C ette im portante question n'a, à m a connaissance, été é tudiée g lobale m e nt que très récem m ent (Bailly-Maître 2003) dans un ouvrage intitulé « Mine e t pouvoir ». Pour a va n ce r sur c e tte question com plexe il im porterait que se m ette en p la c e un travail interdisciplinaire entre médiévistes e t antiquistes c a r b e a u co u p d e choses se jo u e n t dans l'Antiquité tardive e t le très haut Moyen Âge. On voit bien que les évêques maîtrisent l'ensem ble d e la chaîne opératoire, d e la mine à la monnaie p e n d a n t un temps (com m e l'é vê q u e de G renoble ou de Metz) puis ensuite la maîtrise d e l'ensemble est dissociée entre différents détenteurs du pouvoir.
Contrôle des ressources
On observe aussi que le « boom urbain » joue un rôle dans la répartition des tâches d e la chaîne opératoire du traitem ent des matériaux. Un certain nom bre des activités sont transférées en ville. Mais depuis le colloque d e Paris, la question n 'a pas été d é b a ttu e à nouveau. Or la connaissance du fait urbain médiéval a progressé depuis vingt ans.
Enfin la question d e l'État m ériterait aussi d 'ê tre exam inée co m m e le suggère l'exem ple de l'é tu d e des armuriers à Tours à la fin du Moyen  ge (Painsonneau, à paraître).
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