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Environnement et sociétés

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Environnement

et sociétés rurales en mutation

Approches alternatives

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Environnement

et sociétés rurales en mutation

Approches alternatives

Éditeurs scientifiques

Michel Picouet, Mongi Sghaier, Didier Genin, Ali Abaab, Henri Guillaume, Mohamed Elloumi

Cet ou vrage est lefruit d 'une collaboration scientifique avec l'Institut des régions andes (IRA ), Médenine, Tunisie.

IRD Éditions

INSTITUT DE RECHERCHE POUR LE DÉVELOPPEMENT

Paris. 2004

(5)

« Latitudes 23 » est une collection généraliste, pluridiscip linaire.Elle viseà publier des synthèses thémat iq ues ou géographiquesprivilégiant lessyst èmes complexes, croisant dif fé rents regards, et àfaire lepoint su r une questio nà une largeéchelle de temps et d'espace,Les thémat iq ues privilég iéessont relati on shommes-milieu, gestion desressourcesnaturelles, environnem ent - développememt. To uteslesdiscip lines sont concerné es, avec une priorité réservéeauxapprochesassociantlessciencesde la nature etde lasoc iété,

Direct rice de collect ion:Marie-Christi ne Cormier-Salem(corrnierê rnnhn.Ir)

/,,-de couverture

!RD/O. Genin- Alfaséché, Tunisie .

4'de couverture.:

IRD/D. Genin - jeffara,Sud tunisien.

Frontispice .-

IRD/D.Genin-Village de montagne,Maroc.

Préparation éditoriale:YolandeCavailazzi Mise en page,Gris Souris

Correctio n:YolandeCavallazzi Traduction:Simon Barnard

Coordinationfabrication:Catherine Plasse

Maquette decouverture:Michelle Saint-Léger Maquette intérieure:CatherinePI asse

La loidu1erJuillet 1992(code de lapropriété intellect uelle,première parti e)n'autorisant, auxtermesdes alinéas2et 3 de l'articleL,122-5,d'une part, que les«co piesou reproductions strictement réservéesàl'u sage ducopiste et non destinéesàune utilisation collective»et, d'autrepart,quelesanalyseset les court es citations dansle but d'exemple oud'illustration, «tou tereprésentati on oureproduction intégrale ou partielle fait e sans le consentementdel' auteuroude sesayant s droitouayant s cause,estillicite»(alinéa 1er del'articleL.122-4).

Cette représentation ou reproduction, parquelque procédéque cesoit,constituerait don cune contrefaçonpassibledespeinesprévuesau titreIIIde la loi précitée.

©IRDËdit io ns,2004

ISSN:1278-348X ISBN:2-7099- 1547-2

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Hommage à Roger Pantanier

Roger nous a quittés par un triste Jour de décembre. La dernière fois qu'il est venu en Tunisie, c'était en octobre 2001 pour le séminaire de clôture du programme Dypen ; où, mieux que dans ces pages, pouvons-nous le retrouver et lire les messages qu'il nous laisse 7 Cet ouvrage est en grande partie le sien, nous le lui dédicaçons. Nous ne nous aventurerons pas à retracer son parcours, sa vie de chercheur, sa quête d'une recherche utile au développement équitable, son réseau d'amis et de partenaires, son rayonnement auprès des Jeunes, nombreux sont ceux qui ont travaillé avec lui, qui sont ses amis et lui sont redevables de tant de choses.

Deux raisons particulières justifient que cet ouvrage lui soit dédié. Roger était profondément enraciné dans le Sud tunisien. Du Nefzaoua à Zougrata, du Bou Hedma aux Matmata, il n'est pas un arpent de terrain qu'il n'ait parcouru, pas une question du devenir de ces terroirs qui ne lui ait échappé. Spécialiste de l'évolution édaphique de ces régions arides, il ne s'est jamais limité au champ restreint de sa discipline et a, très tôt, élargi son activité à tous les processus de dégradation et de restauration des milieux pré-désertiques, entraînant dans son sillage géographes, hydrologues, écologues, pastoralistes, télédétecteurs et modélisateurs ... ; à tous, il a fait aimer le Sud.

Roger était aussi et surtout un humaniste qui incarnait parfaitement la devise «qu'il n'est de richesse que dans l'Homme» Il savait mieux que quiconque qu'une terre ne vaut rien sans les hommes qui y vivent et la transforment, et que le devenir«des gens d'ici» est plus important que tout projet techniciste. Son ouverture d'esprit, sa curiosité scientifique et sa disponibilité permanente ont fait de lui le premier et plus actif défenseur du programme Dypen, le premier à accueillir des chercheurs en sciences humaines et sociales sur ses terres de prédilection et à contribuer à l'émergence des recherches sur les interactions entre société et environnement et les dynamiques d'adaptation réactives. Ces idées sont maintenant largement répandues et, de Rio à Johannesburg, c'est de notre destin commun qu'elles nous parlent

Ami Roger, que ta fortitude et ton enthousiasme continuent d'inspirer tous ceux qui continuent sur ta route etàqui tu manques déjà tant.

(7)

Les auteurs

AliAbaab, socio-économiste, ministère de la Recherche scientifique et de la Technologie, Tunis, Tunisie.

LaurentAuclair,géographe, IRD, Marseille, France (1) VincentBattesti, anthropologue, CedeJes, Le Caire, Égypte.

StanislasBoissau,économiste, université de Wageningen, Pays-Bas.

JoëlleBrochier-Puig,géographe, Le Caire, Égypte.

Bernard Brun,écologue, université de Provence, Marseille, France (1).

PierreCampagne,agro-économiste, Ciheam-IAM, Montpellier, France.

CapucineCrosnier,écologue, parc national des Cévennes, France.

Nicolasd'Andréa,aménagiste du territoire, IAR, université d'Aix-Marseille-lIl, France.

SalemDarwich,agro-économiste, Pnud, Beyrouth, Liban.

DidierDubroeucq, pédologue, IRD, Marseille, France (1).

MohamedElloumi,agro-économiste, Inrat, Tunis, Tunisie.

JeanGardin,géographe, université de Paris-X, Nanterre, France.

DidierGenin,pastoraliste, IRD, Tunis, Tunisie (1).

ChristelleGranger,agronome, parc national des Cévennes, France.

HenriGuillaume,anthropologue, IRD, Tunis, Tunisie (1).

Philippe Hamelin,démographe, IRD, Bondy, France (1).

Patricklivenais,démographe, IRD, Santiago du Chili, Chili (1).

NoureddineNasr,géographe, IRA, Gabès, Tunisie.

Michel Picouet,démographe, IRD, Marseille, France.

RogerPontanier, pédologue, IRD, Dakar, Sénégal.

BrunoRomagny, économiste, IRD, Tunis, Tunisie (1).

GeorgesRossi,géographe, université de Bordeaux-III, France.

FrédéricSandron,démographe, IRD, Paris, France (1).

AstouSène,phyto-écologue, Isra, Dakar, Sénégal.

MongiSghaier,agro-économiste, IRA, Médenine, Tunisie.

VincentSimonneaux,géomaticien, IRD, Cesbio, Toulouse, France.

JacquesWeber,économiste, Cirad, Paris, France.

(1) Membre du laboratoire Population, environnement, développement, UMR D 151, IRD/Université de Provence, Marseille.

(8)

Sommaire

Préface

Int roduct ion

... .9

... .... ...11

POPULATIONS RURALES ET ENVIRONNEMENT:

THÉORIES, CONCEPTS ET MÉTHODOLOGIES

Lerenouvellement des théoriespopulation-envi ronneme nt 17 Michel PICOUET, Stanislas BOISSAU, BernardBRUN,BrunoROMAGNY, Georges ROSSI,Mongi SGHAIERetJacquesWEBER

Dynamique des populat ionsetévolutiondes milieux naturelsenTunisie...45 MongiSGHAIERet MichelPICOUET

Modesdereprésentat ion desstratégiesfam iliales enmilieu rural.

Une approcheméth odo logique.. . 63

DidierGENlN,Mohamed ELLOUMI et Michel PICOUET

L'appo rt desindicat eurs dansl'étudedesrelations population-environnementen Tunisie .

FrédéricSANDRON et Mongi SGHAIER

....79

La spatialisation dans l'étu dedesrelationspopul ation -environnement

enTunisie. . 89

Vincent SIMONNEAUX

Les bio-indicateursdu fonctionnementet duchangementdu milieurural....101 Roger PONTANIER

ESPACES AGRAIRES ET SOCIÉTÉS RURALES EN MOUVEMENT:

DES RÉFLEXIVITÉS INTERROMPUES?

Lesrelations ent re environn em ent etsociét és rurales auniveaulocal.

Dépasser l'incomplét udedessens . . 121

Didier GENINet MohamedELLOUMI

Changementssociauxet implicationsenvironnementalesdanslahaut e vallée

du Choapa,Chili . 151

DidierDUBROEUCQ et PatrickLlVENAIS

Le parcnati onaldes Cévennes.Lapopulatio nruraleàl'épreuve dela gestio n

desmilieuxouverts . 165

Capucine CROSNIERet Christelle GRANGER

Dynamique etgestionpaysannedes parcs agr o for est iers dans le bassin

arachidier(Sénégal). 185

AstouSÈNE

Sommaire 7

(9)

8 Environnement et sociétés rurales en mutation

Les oasis du Jérid, des ressourcesnaturelleset idéelles 201 Vincent BATTESTI

Stratégies paysannes et syst èmes«exploita t ion-f amille»

dans leNord-Ouest tunisien . . 215

Laurent AUCLAIR,MohamedELLOUMI,DidierGENIN et Michel PICOUET Stratégies d'adaptationet reproductiondes systèmes agraires en région

semi-ar idedu Chili . 235

Philippe HAMELIN et Nicolasd'ANDRÉA

Agriculture et émigration dans lesstratégiesproductives desjbalia

du Sud-Est tunisien 247

NoureddineNASR

ENJEUX SUR LES RESSOURCES ET POLITIQUES DE DÉVELOPPEMENT RURAL

Entre localet global. Pluralité d'acteurs, complexitéd'intervention

dansla gestiondes ressourcesetle développementru ral .... . 261 Ali ABAAB et Henri GUILLAUME

La gestion d'un milieu forestier.Ent re intervention publique etstratégies

paysannes(la Kroumirie,Tunisie) ... . 291

LaurentAUCLAIRetJean GARDIN

Société locale etËtat face aux limites de la ressou rceeau

(Nefzaoua, Sud-Ouesttunisien) .. 307

JoëlleBROCHIER-PUIG

Enjeu xde reconversionruraledanslaBéqaa(Liban).

Politiquespublique set culturesillicites 323

Salem DARWICH

Politiquesde développementagropastora lau Maghreb.

Enseig nements pour de nouvellesproblématiqu es

derecherche-dév elop pement7 . 341

Ali ABAABetDidierGENIN

Problématiquescientifique, gestion environnementaleet politiques

de développement rural 359

PierreCAMPAGNE

Conclusion 383

Sigles . Résumé . 5ummary...

... ...388

. 389

. 391

(10)

Preface

Les milieux scientifiques entretiennent depuis toujours avec lesacteurs et décideurs du développementéconomique et de l'aménagem ent des territ oi res un dialogue, parfo isponctu édevifs débats,surleconcept de développementet sur les voieset moyens d'assurer auxpop ulati onsune meilleurequalitéde vie dansdesenvironnemen ts souvent contraignants.

De nombreuxindicateurs servent àmesurer ce mieu xvivreet prennent en compt e le dévelo ppement humain (éd ucation, santé,cu lt u re .;.)ou l'environnement (accès aux ressour ces, qualit é de l'eau et de l'air, habitat...)pour compléterlasécheresse desseules données éco no miques souvent réduitesauseulprod uit intérieur brut ouaurevenuper capita.

Depuistout aussi longtemps, la question de l'insert ion des société s humaines dansunenviro nneme ntqu'elles exploitentet modifien ta fait surgir lanécessitéd'un e approcheglobale,intég réeet syst émique des problèmesde développement. L'intérêtd'une telle démarche est double: elle permet, d'une part, d'analy ser lesinteraction sentre dynamiques naturelles et dynamiquessocialeset,d'autre part, la priseencomptede

«l'acceptabilit ésociale»,c'est-à-d iredel'adéquat ion desstrat égies de développement auxspécificités et aux opportunités des populations, que l'on oppose souvent àtortau«touttechniq ue »qui tend àforcer le développement à coupsd'investissements productifs, d'infrastructures modernes et d'innovationstechnologiques.

Loind'êtreopposées ces deux concep t io nset prat iqu esdudévelop pe- ment doivent être complémentaires;en effet,silesplanificateursdoivent raisonneren termes de politiques sectorielles à moyen termedans un co nt ext egénéral deglobalisatio n, ilsmaît risent souvent mal lamiseen œuvre locale de ces politiques par manque d'analyse desdynamiques locales et desstratég iessocio-é con om ique sdesgroupes quioccupent les espacesaménagés. La comp léme nt arité doit donc s'exercerdans la miseau point commune d'outils d'aide à la décision qui associent la mobilisation desmoyensd'action surles milieux aux multiplesfacteurs desprisesdedécision ind ividuell es et co llectives à l'échell edu terra in Cette complément arité représente aujourd'h uiun véritabledéfi pour les chercheur set les décideursparticipant à un même dialogue. La teneur deces débatsest largement port éesur la place publiqueet leco ncept actue l de développement durable ainsi que les grande s co nvent ions

Préface 9

(11)

1Dypen(Dynamiquedespopulations et environnement.1996-2000): programmede recherche pluridisciplinaireassociantl'IRD àplusieursinstit utionsderecherche tunisiennessur lethème des interactions entredèmographieet environnement enmilieurural.

10 Environnement et

sociétés

rurales en mutation

internati onales surl'enviro nnem ent plané taireen sontles manife stations lesplus actuelles,C'est dans le droit fil de cesquestionnementset analyses quese place aujourd 'hui cetouvragequi marque uneétapeimpor t ante dans les travauxcollectifs sur la coévolution des milieuxet des sociétés, De la conférence de Nairobisur la Désert ification(1977)àla conférence de Johannesbourg(2002),en passant biensûrparlaConféren cemondiale de la Terre de Rio de Janeiro (199 2), on peut suivre le fil rouge des cont ributio ns deschercheurs franc o phone s spécialisés dans l'ét ude des milieuxàfortescontraintesbioclimatiques et yremarquer la perma nen ce desapportsdusud de la Méditerranée.Le parten ariatentre l'Institut des régionsarides(IRA) etl'Institutde recherchepour le développement(iRD, ex-Orstom)a été unpuissant moteur d'expressio nde ces contributions .

Le séminaire intern ational«Medenpop2000».organisépar le collect ifde recherch e sur ladynamiquedespop ulationsetl'envi ronn em ent(Dvpen") etqui a généré cet ouvrage,avaitpour objectifprincipal deprésent er les derni ers résultats de rech erc he en matiè re de « Po pulat io n rurale et environ nemen t encont exte bioclima ti que méd iterra néen » sous leurs différents aspects :approchesthéoriq ues,conceptuelleset méthodolo - giq ues,problématiquesenvironnementa lesetcontribution s auxpolit iques dedévelo ppement local dans le contexte des nouveaux processus de global isat ion.

A

traver scestrois co m posa nt esdesquestionn ements et finalités desrecherc hes ent rep rises, les éditeurset lesauteurs decet ouvrage contribuen t defaço n significativeau progrès desconnaissances et àl'enrichi ssem ent desexpériencessurles relationsentre les sociétéset leursenvironn em ent s.Ils'agitmajoritai rementd'expé riences enmilieux méditerranéen s,qui sont utilementassociésàd'autres sit uat ions comme le nor d duChili.Il ne sauraitêt re questi on deleur accorder une pertinence universe lle mais la démarche a valeur d'exemp le et nou ssouhaitons qu' elle stimule d'autres remises en questio n et d'autres dialo g ues visantàrelever ledéfi delapréservat io n desressourcesnaturelles etdu développementhumain.

Jacque sCLAUD E,

représentan t de l'I nstit ut de recherchepour ledéveloppem ent en Tunisie.

Houcine KHATTELI,

direct eur général de l'Ins t itutdes rég io nsarides deMédenine, Tunisie.

(12)

Introduction

Depar sesact ivitésgrandissantes, sonoccupation de l'espace,sesformes d'utilisationdes ressourceset sesmodes devie,l'homme a pris une part déterminante dans l'évolution et la gestion de la biosphère.C'est ainsi que lethème des évolut ionscroiséesentre les populat ionshumaineset lesmilieu xdans lesquelsellesvivent constitue de nos jours un des enjeux scient ifiquesmajeurs. Mais lechamp est vasteet complexe ;les objetset les phénomèn esqui en relèvent ne sont généralem ent co rrélésqu'à partird'approches intuitivesdont sontsouvent déduites desformules explicat ivesgénéralisantes.Ces considérationssoulèvent deuxpréoccu- pat ions :tout d'abord, l' exigence d'une meil leure conceptualisat ion permett ant de mieuxcerner les champsd'interactionsentre population s humaines et environnement, ensuite l'utilité d'approches part ielles, d'une subdivision de la complexitédesinterrel ation shomme-n atu re.

Cela supposeuneconscience des enjeuxqui dépend denos connaissances objecti vesconcernantl'état del' environnement replacéà des échelles perceptibleset signifiantesparrapport aux actions hum aines.De cefait, les notions d'échellesetd'emboît ement d'échelles apparaissentfondamen- tales à sériercar,comme le soulignentjustemen tLUBCHENKOetal.' :«Les causes ant hro piques de changemen ts planéta iresdans l'hydrosphère, l' atmos phèreetle climat impli quent desprocessusqui s'inscrivent àdes échel les régional es (détournement d'eau, consommatio n de combus- tiblesfossiles,déf orestation ,libérat ion de clhorof luorocarboneet autres polluants).Cependa nt, les conséqu ences écolog ique sde ces change- ments globauxsont d'abord ressentisauxniveauxdesindividus,puis des populationset des commun autés ».

Lemonderural estparmi lespremiersacteursde ces processus.Ilest à la fois un utilisateur directdes ressourcesnaturelles(eau, sols,végétation), un agentprépondérantdeleurévolutionet de celles desfacteurs biotiques etabioti quesquilessupportent et les génèrent et aussiunrécepteur frontal de leursdégradations.Parailleurs, ilest l' incontourn able source de notre alimentationtanten quantité qu'enqualité.La premi èrerévolution vert e des années cinquant e,dom inée par l'augmentation desrendem ents et la diminutiondu risque agricoleétait lependant de la forte croissance démog raphique etde larecherched'autosuffisancealimentairequicarac- térisentencore aujourd' huilaplupartdesagricult ures despays du Sud.

Introduction

Il

1LUBeHENKOet et.,1991-

TheSustainable Bio sphereInit iat ive;

anEeologiealResearch Agenda.

Ec%gy,72. 371·4 12

(13)

Cetaccroissementde la productivitéagricole, devenu unepréoccupation prio ritai re, prend peuou mal en com pt eleslimitesde l' écosystèmeau delàdesquelles ilvase dégrader et donc dim inu er l'off re de ressour ces naturellespour les populationsconcernées.Celles-cidevrontalor sajuster leur demandeselon diversmoyens: modification sdes modes de vieset de consommation ,destechniquesagricole sourecours àl'émigrationet à laplur iactivité, à l'aband ondesterres,etc. Ces mutationsruralessont en prisedirecteavec la dynamiquede l'environneme nt sou slaform ede coévolutions interactivescomplexes.Eneffet , lesregardscroisésportés sur ces phénomènes mett ent en évidence l'irréduct ib le diver sité des situ at io ns localeset régio nales,mais aussicelle des thém ati queset des méth odesduvastechamp derecherches qu'elles constituent.

C'est là l'espritdecet ouvrage,quis'il réfutedans saformebrute l'influence systématiquement négativede la populationsur l'environnement, se trouve dece faitengagédansune réflexionouverte et par là même no naboutie surlespercep t io ns,les régulations,lesada ptations,les cont rainteset les risquesdescomportementshumainsface auxdégradat ionset auxpénuries.

Ces options épistémol ogiques amènent d'une part, à la définition d'un espace conceptuel d'analyse quifavoriseleszon es d'int erfa ceentreles approches sociales et «naturalistes»et d'aut repart, à une analyse réaliste du développement et en par ticulier du développeme nt rur al, de ces méthodes et deces résult ats.Cesont làdesdéf ismajeurspour lescher- cheurs tenus d'apporter des éléments concrets d'aideàla décisionpour la gestion desressource snaturelles et pour des nouvelle sformesde dévelop pem ent humain dans des cont exte s en dyna miq ue toujou rs accrue.

Dans cet ouvrage, scientifiquesprovenant des sciences de la nature et

2Seréféreràla listedesauteurs. des sciencessocia les- se rencontrent dans une exigen ce part agée de connaiss ancessur des phéno m ène s analysésco nj oi n tem ent. Ce fonds comm und'analysesest assezrare pourêtre so uligné, tantilest vrai que seule uneapproche transversalepeut attaquerde frontle probl èmede l'éventuelle inadaptation de l'humanité actuelle aux ressour cesde son environnement.

Chaque parti e estainsi introduite parun textedecadr age permettantde replacerdans desperspectivesconceptuelleset dansdesproblématiques plus largesles contributions qui se réfèrent à une thématique environne- mentale particul ièreouàuneanalyse approfondied'une situat ionlocale.

Dans la première partie, l' exposé surle«renou vell em ent des théo ries population -env ironnement»(Pico uet

et

al.), en int rod uisant lesnotion s d'incertitude et d'imprédictibi lit é,éclaire le lecteur sur les difficulté sà

(14)

formalisercette relationetàutiliserdesoutilsadaptés.\1propose également unegrille delecture réalistedes possibilitésd'e xpér imentation qu'offre l' analyseconcrètedesnœuds d' in teractions po pulati on-envir onnement à partirde cad res d'analysesystémiqu es et holistiques. Ence sens,les études réalisées enTunisie, au Chili,en Afrique, en focalisant l'attention sur les modes d'observation et les outilsde restitution, vont plusloin qu'une simple descript ionde protocole derecherche; ellesint rod uisent une réflexion sur la co m pl exité, sur les moyens de l' abo rder à l' aide d'i ndi cat eurs et d'an alysesspatialisées.

La deuxièmepartieest introduite par untexte de cadrage(GeninetEllou mi) quiaborde la complexité et la diversité des systèmes d'int eractionsentre référents socio-cult urels,technique s et politiques, cont raintes nat urelles, perceptions de l'environnement, statutssociauxet situati ons économiques des sociétésruralesau niveaulocal.Le cadre conceptuel part du principe que lesressourcesnese conçoivent que par rapport àleur perception par l'hommecomme source de richesseet d'usages; elles sont le plus sou vent localisées dansj'espace et dans le tem ps et présente nt des dynamiques plus ou moi ns marquées selon leur nature et les usages auxquel selles so ntso umises.Ces considérationsamènent leursauteurs àproposer une ossature méthodo logiqued'étude desrelationssociétés rurales-enviro nnement baséesur letript yqu e «ressources,pratiques , stratég ies familiales»qui a l'avantaged'intégrerles nat ures mult idimen- sionnelles et dynamiques des concepts impliqués,ainsique des niveaux d'échellesvariés.

La contributionde cadrage de la troisièmepartie (Abaab et Guillaume)tend àsou ligner,àpartirde quelquesprocessusclés(mondialisation/localisation, transfo rmat ion despouvoirsétatiques et des modesd'exercicedel'acti on publique, montée en puissance du niveau local ou méso-économique), comment les phénomènes relatifsaux relations entreles modes d'e xploi- tation desresso urces, lesdynamiques environ nementales etles stratégies despopulation sruraless'inscrivent aujourd'hui dansdeschamps d'i nte r- actionélargis,qui deviennent prédominants. Les populationset les espaces locaux so nten effet intégrésdans desensemblessocio-économiqueset géopolitiquesinterconnectés,obligeant àdes analysesentrecroisées et mul t iscalaires desactiv ités humaines et desprocessusde décisio n, de leurs déterminantset de leurs conséqu ences. Ces nouvellesconfig urations impliquent désormais un spectre élargi de niveaux d'interventionset d'acteurs:communautésrurales, lobbies et corpo rations,décideursnatio- naux,relais étatiques et collectivités territoriales..., dont lamultiplicité est por teused'unepluralité d'in t érêtset de logiques,de représentati ons et systèmes de valeurs,de normes, de cont raintes etde stratégies.

Introduction 13

(15)

14

Environnement et sociét és rurales en mutation

L'impératif de conduireaujou rd'hui desst ratégies négociéesàlong terme visant unegestion viable desressources naturelles estreconnu par tous et pourta nt, bien des obstacless'y opposent que nous nous sommes efforcés de circo nscrire : certains d'ordre id éol o gi qu e ou polit ique (malthusianisme,globalisation économique, etc),d'autres scientifiques et conceptuels (coévolution,complexité, incertitude,interdisciplinarité) . Mais l'ambition de cet ouvrage est ausside montrer que, sur la base d'étudescomparativesde terrain, il est possible de réduire lesraccourcis théori ques excessifs, notammen t en ce quiconcerne larelat ion entre croissance démographique et dégradat ion, de cerner de nou veaux modesde régulation pour l'usage des ressource snaturelles et enfin d'engager la miseen œuvre de stratégiesalternativesde développement durable qui exigent la constitution de nouveaux espaces de concertation et de médiation.

Pour servirde cadreàcette étude, nous avons ret enu le contextebiocli- mati qu e méditerra néen aride dans lequ el sesont dérouléesla majeure partie desexpériencesde terrain ayant servi de baseànosanalyses.Ce contexte couvre de nombreux espaces non limité sau bassin méditerra- néen.Cela explique les«détours» que l'on trouvera dans cet ouvrage notamment vers la IVe région du Chili, zone méditerranéenne située entre la partie désert ique de l'Atacama et les zones tempérées de Santiago.

Michel PICOUET Démographe

(16)
(17)
(18)

Le renouvellement des théories

population- environnemen t l

La

vaste

problématique des relations entre population, environnement et développement soulève de nombreuses controverses au sein de l'opinion et de la communauté scientifique Ces relations sont multiples, non linéaires, sensibles à l'échelle d'observation (locale ou globale), largement dépendantes du contexte social ou culturel et des comporte- ments relatifs à la production, à la consommation et à la répartition L'absence de relations simples et stables dans ce domaine fait que

«le sujet tend à être négligé alors même que la conciliation entre croissance démographique encore rapide et développement véritable- ment durable est un défi majeur des prochaines décennies»(CLARKE et

TABAH, 1995) Ainsi, même s'il s'agit d'une idée ancienne, non dénuée de préjugés idéologiques et moraux, la démographie et ses évolutions sont souvent montrées du doigt dès que l'on parle de dégradation de notre environnement.

De MalthusàHardin ou de CondorcetàBoserup, pessimistes et optimistes se sont affrontés et s'affrontent encore aujourd'hui autour de la question de l'impact de la population sur l'environnement. Si rien n'est fait, courons- nous à une catastrophe inévitable et à la tragédie irrémédiable d'une terre surpeuplée, affamée et polluée comme nous le prédisaient certains discours alarmistes notamment au sein des instances internationales 7

Ou alors devons-nous faire confiance aux progrès technologiques, au libre-arbitre de chacun et aux capacités d'adaptation des systèmes sociaux et des institutions pour ajuster le nombre d'êtres humains aux ressources disponibles ou inversement? Ainsi, un discours alternatif et moins dogmatique émerge depuis peu. Il tend à démontrer que les relations entre population et environnement ne peuvent être analysées

Michel

Pico ne t

Jéll1l1grapl1c

Stanislas Boissau économiste

BernardBru n écologue

Bru noRomagny l'cl'Ilornistl'

Georges Rossi geographe

MongiSghaier agro-économistc JacquesWeber

économiste

Introduction

1Ce chapitre est une synthèse proposéepar Michel Picouet.

des quatre communications présentées dans la séance 1 du sèminaire Medenpop 2000 «L'émergence d'hypothèses alternatives» de Michel Picouet et Mongi Sghaier;

«Les lendemains de l'incerlitude» de Georges Rossi,«Le concept de capacité de charge explique t-il la dégradation de la forêt)»

de Stanislas Boissau, Bruno Romagny et Jacques Weber, et«Les échelles spatiales dans l'analyse de la relation population-environnement» de Bernard Brun. Ces communications sont publiéesin extenso dans les actes du séminaire Medenpop 2000, fascicule l, séminaire international Medenpop 2000, Jerba,Tunisie25-28 octobre 2000.

(19)

2Nou sretie ndron siciladéfi niti on deJ.·M.LlGAY(1997):«J'appellerai syst èmecomplexeun système que laperted'un deses éléments faitchanger de natureetàqui,àlalimite,ellefait perd re sa qualité de complexe.

Si onenlèveàl'exploita tionagricole /'agncu/teurqui ladinge,on change la naturedu système.» Pour les définitions ou lescritères dela complexité, onpourra notamment consulter 'LEGMJ-M.,1985-

«Contrib utionàlanotionde co mp lexité dansles systèmes biolog ique s», Cinquième séminairede t'École debiologi e théoriquedu CNRS, Solig nac.10-12juin1985.

l«TheIlthCommandmentof Huma n Ecology:'Tho u shal t nottransgress the carrying capacity'.Carrying capacity transgressedis carryi ngcapacity reduced.

Presumablythe policygoalis taspecify asustainable carryingcapacity,whethe r the subjectbecetüeinapastureor humanbeingsinanation.1...)

The same principlesllikein theanimal exampleJ, mut ati smutandi,gavernthe human explo itationofcultural carryin g

ceoecity»(HARDIN,1991).

«Many,perhapsmost. ofthedeserts of theworld have been produ ced bybio /ogicalpopulationsthet exceeded thecarrying capacity.Exceedi ng the carrylng capacityinoneyear dimin ishes the cetryuv; capacity in subsequent years.

Theultimate resultof such transgression is theruu:of theenvironment.

It is for this reason that eco/ogistsspeak of theEteven tbCammandment'» (H~ RDIN,1993).

18

Environnement et sociétés rurales en mutation

de manière univoque et prennent des formesplusco mplexes et variées que la simplerelation surpopulati on-pauvret é-dégradati on.

Depuis lo ngt emps déjà,bienavantl' avènement delanotio n de dévelop- pementdurableousoutenab lecélébréau sommet dela Terre de Rioen 1992, les sciences sociales et lessciences du vivant s'intéressaient de façon iso lée ou conjointe auxinteractionscomplexes- entre lesactivités humaines et les ressources naturelles qu'elles util isent. Les scientifiques et les gestionnairesdel' environn ement ont ainsi élaborédes concepts plus ou moins opérationnels, telsque celuide«capacité de charge », permettantde déf inir un seuilà ne pasdépasser sous peine de compro- mettre la capacité des systèmes fondés sur l'exploit at ion des ressources reno uvelables d'assurer les mult iples services qu'ils peuvent rend re à l'h omme, et éventuellement delesvoirdisparaîtreê.

Ce fondement théor ique issu delabiologiesevoit confrontéaujourd'hui àune vision moins déterministe des évolutionsbaséesur la dynamique des changementsaléatoi res,pluscommunémentdésignée parla théoriedu chaos.Selon celle-ci,un systèmene perdure que dans la mesureoù il peut se transformer,s'adapter, aussibien du fait d'interventionsexternesque sou sl'e ffetde sa propre dynamiqueet c'e stgrâce à la diversitéqu'ilpeut int égr erle changement.«Ce quinousapparaîten faitcommelastabili té de certa inssystèmes socio-bi o physiq ues n'est que la co nséque nce de not re perceptiondu temps,dela construct ionqueno us enavonsfaiteet de l'échelle temporelle que nous ut ilisonspour en juger.Suivant l'échelle de temps que l'on co nsidè re, la "catastrophe" , la perturbation, la

"dégradation" peuvent être vues comme des destructionsirrémédiables ou comme une étape de décompositiond'u nsyst ème précédant une réorganisation suivant de nouveauxcritères et donc un élémentrestruc- turant. Et ces évolutionsne sont pas linéaires,ellesne tendent pas vers unequelconque asymptote,synony me d'équilibre » (ROSSI, 200 0).

A

l'opposé des théories dét ermi nist es, l'incertitude et l' imp révisibilité sont ainsi reconnues comme des caract érist iq ues fondame nta les de l'évolutiondes relations entrepopulationset environnement.Cela ne va pas sans conséquencessurl'approche scientifiquede ces liens.Le recours àl'analyse systémiquepourétudierles systè mescomplexesdemande de nouveauxconcepts,de nouveauxoutils d'observationetd'analyses;se pose égalementleproblème des échellesspatiales ettemporelles.Cechapit re se veut comme un état de l'évolution des théories,permettant de situer exabrupto les défaillancesde ce quifut l'i déologie dominante, l' espoirmis dans les approches alte rnatives,maisaussides diff icultésàlesmett re en place faceàla complexitéetl'imprédicti bili té des évolutio ns.

(20)

En leur temps, les mercantilistes, puis les économistes classiques, avaient intégré les limites des ressources sous un angle purement économique Malthus y ajoutera l'idée de surpopulation, affirmant que «la population tend constamment à s'accroître au-delà des moyens de subsistance et qu'elle est arrêtée par cet obstacle ». Ricardo et Mill avancèrent à la même époque d'autres hypothèses qui dépassaient l'hypothèse de

«fixité des terres» en prenant en compte les facteurs de «qualité des ressources »et de « progrès technique ».Lesquels facteurs peuvent se traduire par un gain de productivité permettant de faire face à l'accrois- sement de la population

On connaît cependant le succès de la formule de Malthus reprise jusqu'à nos Jours par les néo-malthusiens en des termes qui s'éloignent quelque peu de la pensée malthusienne. Celle-ci n'avait, en effet. d'autre objet que de contrôler la tendance naturelle des hommes à s'accroître au-delà des ressources nécessaires à leur subsistance en prônant une contrainte morale (le retard au mariage) et une contrainte «prudente »(le recours à la contraception dans le mariage)4 En fait, le modèle malthusien offrait une version cohérente des processus régulant les effectifs des espèces vivantes et donnait aux évolutionnistes un cadre théorique pertinent. Darwin s'y référera longuement dans sestravauxt, donnant naissance à la notion d'effectif maximum de la population en fonction des ressources. Celle-ci deviendra plus tard la notion de capacité de charge qui conjugue deux idées: les ressources de la terre sont limitées (paradigme de la «terre fixe » associéà la loi des rendements décrois- sants) et la sélection naturelle (les individus les mieux adaptés survivent et évoluent, les autres disparaissent"). Elles ont constitué l'assise du courant néo-malthusien actuel, qui trouve son expression la plus directe avec la publication en 1968 du livre d'EHRLICH, The Population Bomb, Dans ce livre écrit comme un manifeste, Ehrlich affirme que l'humanité courtàsa perte: trop d'hommes, pas assez de nourriture et de matières premières, la planète se meurt: «La bataille pour nourrir l'humanité est perdue. Au cours des années soixante-dix, des centaines de millions d'être humains vont mourir de faim »,écrivait-il, ajoutant plus loin: «rien ne peut empêcher une aggravation notable de la mortalité dans le monde

JD'ici à 1985, l'humanité entrera dans une ère de pénurie. »

Publié en 1972, le rapport Meadows, Halte à la croissance, constitue l'illustration la plus achevée de cette vision d'un monde fini, aux res- sources limitées, menacé par une population de plus en plus nombreuse Elle sera dès lors régulièrement reprise sous différentes formes, par exemple par RAMADE (1989) qui considère qu'il existe une relation quasi

Le renouvellement des théories population -environnement 19

Néo-malthusiens et bosérupiens, deux déterministes

,

opposes

4Voiràce sujet l'article de Yves CHARBIT (1998) «Malthus populationniste7 une lecturetransdisriplinaire».

Également commentaire et discussion Étienne Van Valle et Yves Charbil, Population, 54, novembre-décembre 1999 1033-1040.

5«At lest.1had got an ieee by which to work»,écrira Darwin dans son autobiographie, exprimant ainsi sa reconnaissance aux idées de Malthus.

Pour plus de détails, voir A.M. Codur

«L'étudedes relations oopuianon- développemen t -envi ron nemen t questions méthodologiques ».

in Population et environnement au Maghreb, Academia, L'Harmattan, 1995 142-146.

6Darwin fait ainsi référence àce qu'on appelleIa«trappe malthusienne» .

(21)

7Brown(L.),1990- L'état delaplanète,nouveauxhorizons, rapport annueldelaWorldw atch Institute.

8Rapportsur le développement dans le monde,Banquemondiale1992, citédansMATH!EU(1998).

20 Environnement et

sociétés

rurales en mutation

mécaniqu e, linéaire , ent re la dégradation de l' environnement et la croissancedémograp hique .C'est désormais le fameux « cercle vicieux de dégradat io n» danslequel une populat io n de plusen plus nomb reuse estcontrainted'exercerunepressiontoujoursplusgrande sur lesressources naturelle s,entraînant ainsila population et le milieu dans une spirale infernal eoù sa paupérisation et la dégradatio ndu milieu se nourrissent l' unede l'a ut re. Pour évit er cescéna rio ,le seul moyen estderéduire intenti o nnellement la pression démographiqu e po ur ne pas subir les mécanismesautor égu lateurs telsque lesfami nes, les épi démi es ou les co nf lits armésàgrandeéchelle.

La position néo-malthusienneaurait droit de cité dansun monde oùles cro issances démographiques évol uer aient d'une manière unifo rme et seraient conf rontéesà desresso urces natu relleségalement réparties. Il s'agirait alors,pour le bien de tous, de rechercherla population optimale en accord avec le potentiel desressources. Onsait qu'iln'en est rien, noussomm es dansunmonde auxréalitéshumain esmultif o rm es (des plus pauvresauxplusriches)oùlesmilieu xnaturels ne sont unifor mesni dansl'espace,nidans le temp s.Lesnéo-malth usiens yvoie ntcependant une raison supplémentaire pouraffi rmer la relation entre populationet environnement en y adjoignant la pauvreté . Ce courant de pensée apparu dans les années quatre-vingt s'appuyait sur des observat io ns dansles pays endéveloppement parmi lesplus démunis, montr ant que lespauvres sont contraintsde détruireleurenviron nementpour prolon ger leur survie.Au momentoù se préparait la conférence de laTerre de 1992 àRio,lerappo rtBro wn de la Worldwa tch mstitut e"exprimaitainsice qui deviendra le modèle Nexus(m utuallyreinforcing nexus):«La pauvret é entra îne unedég radation lo rsqu eles pauvres semette nt à sur exploiter ce qui forme l'assisede leurs ressource s, sacri f iant ainsile futur au sauvetage du présent. L'impitoyabl e log iq ue des impératifs à court termeforce lespaysans sans terreàdéfricher desparcellesdans laforêt pluviale, àlabourer despentes tro praideset raccourcir les périodes de Jachère s. Enretour, le déclin écologique perpétue la pauvreté car les écosystèmes dégradésne donnent plusaux paysanspauvresque des rendement sen diminution. »LaBanque mondiale (199 2) reprenait ce leitmotiven af firman t : «Lastagn ation de l'Afriquesub-saharienn e est unexempleparticulièrement frappantde cetenchaînemententre pauvreté, accro issementdémograph iqueet dégradationdel'enviro nnements. » Faceàcedétermini smecatastrophique,(etàl'ouvraged'Elrich ) apparaît dès1970 uneécolede penséeplusoptimist e,antimalthusienne et pro- gressiste,qui se distin gued'emblée des doctrinesreli gieusesfondamen- talement natalistes.Lesantimalthusiens regro upent en fait desécoles

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de pensée très différentes que l'on peut classer en deux courants : les scientifiques optimistes (les bosérupiens) et les institution na listes Parmi les bosérupiens les plus extrêmes, SIMON (1985,1989) pose comme principe qu'il n'y a pas de problème de population, du moins lorsqu'elle s'accroît Plus elle est nombreuse, plus sa capacité d'invention et d'inno- vation technologique augmente. L'accumulation des connaissances s'en trouve renforcée et accélère le processus d'adaptation S'il reconnaît que la croissance démographique du monde sous-développé agit aujourd'hui comme une contrainte, il considère qu'elle ne peut être que bénéfiqueà long terme. Plus axée sur le développement agricole, la thèse de E. BOSERUP (1970) met en avant l'idée que l'homme évolue, s'adapte et progresse technologiquement en fonction du risque attachéàsa survie La raréfaction de la terre provoque l'intensification agricole, la recherche de systèmes de production plus efficaces, un usage moins dégradant des ressources naturelles, une gestion plus rationnelle de l'eau.

Pour les institutionnalistes (SEN, 1981, 1999), la dégradation de l'environ- nement trouve son origine dans la structure institutionnelle de la société.

Selon cette thèse, l'impact de l'accroissement démographique n'est qu'un facteur explicatif intermédiaire de la dégradation environnementale.

La cause première estàrechercher dans un contexte institutionnel où la majorité de la population se trouve privée de certains droits (manque d'emplois, de revenus monétaires, de protection sociale, etc)

Marquées par un déterminisme tout aussi affirmé que les doctrines malthusiennes qu'elles souhaitaient infirmer, ces théories n'auront finalement que peu d'impact sur l'esprit régnant dans les grandes réunions internationales (Rio, Arusha, Kyoto, Johannesbourg, etc) Mais la critique et le démenti par les faits des prédictions alarmistes d'Elrich vont ouvrir pour les scientifiques tout un nouveau champ de recherches, qui va trouver son ancrage dans l'observation objective des relations population-environnement. En alternative aux thèses extrêmes des néo-malthusiens et des bosérupiens, ce courant tente de renouveler

«l'analyse concrète des nœuds d'interactions population-environnement à partir de cadres d'analyse systémiques et holistiques » Il s'affirme réellement que depuis peu grâce aux travaux de MATHIEU(1998), SMADJA (1995), PEREVOLOTSKY et SELIGNAN (1998), PANAYOTOU (1996), PICOUET (1993), MORVARIDI (1998), et bien d'autres.

Très variés dans leur protocole de recherches, ces travaux ont des réfé- rences théoriques et conceptuelles communes relativisation des lois logistiques et par conséquent du concept de capacité de charge, recoursà l'analyse systémique, référence aux aspects dynamiques des phénomènes,

Le renouvellement des théories population-environnement 21

(23)

La relativisation des lois logistiques et du concept de capacité de charge

Le concept de capacité de charge:

rappels historiques et définitions

9 BARlfLSet al. citent en annexe de leur article douze définitions du concept de capacité de charge.

22 Environnement et sociétés rurales en mutation

intégration du principe d'incertitude. Autre principe commun qui les distingue des théories déterministes. la croissance démographique n'est que l'une des causes de l'exploitation des ressources disponibles et n'est pas nécessairement le facteur le plus déterminant de la dégradation de l'environnement.

Le concept de«capacité de charge» (carrying capacity)est issu des travaux menés dans le domaine de l'écologie des populationsà la fin du XIXCet du début du xxesiècle, qui ont fait apparaître cette notion sur la base d'expériences en laboratoire. D'après ces expériences, la taille d'une population dans un milieu donné croîtrait selon une loi logistique et se stabiliserait à un niveau appelé. capacité de charge, population limite, capacité biotique, ou encore limite de saturation. Les trois phases d'une croissance logistique dans le temps (croissance rapide, transition et enfin évolution asymptotique vers un équilibre stable) sont représentées par une courbe en S, dont l'asymptote supérieure correspond au paramètre K de l'équation de la loi logistique. Après une croissance exponentielle et passé un point d'inflexion, le taux de croissance de la population diminue pour tendrevers zéro.

Le paramètre K permet donc de rendre compte de l'existence de facteurs de freinage dans la dynamique de croissance exponentielle d'une popu- lation, dus notamment aux ressources disponibles et au fait que les populationsvivent dans des espaces finis. La loi logistique a été mise en évidence par le statisticien Verhulst dès 1838,avant d'être redécouverte par les chercheurs impliqués dans les recherches génétiques et démo- graphiques tels que Pearl ou Reed dans les années vingt. C'estàOdum, dans les années cinquante, que l'on doit l'assimilation entre le paramètre K et le concept de capacité de charge. «Odum (7953) was the firstecotoqist to equate K with 'carrying capacity', aterm used since 7906 (or earlier) by range managers who were probably unaware of the theoretical foundations initia//y deve/oped by Verhu/st. [. ..} This definition implies that carrying capacity is the total resources avai/able divided by the minimum maintenance requirements of each individual. [. ..} The simple princip/es embedded in /ogistic growth mode/ are not50easily extra- polated to natural ecosystems, and the adoption of carrying capacity as abroad ecological concept has generated an assortment of deiinitions"

without a consensus on its exact meaning»(BARTELSet al., 1993). Ainsi, le facteur K peut être défini comme la capacité de charge d'un milieu

(24)

pour un organisme,d'unenvir onnement pour unepopulation (animale ou humaine), d'un eprod uctionpo ur unprélèvement (quotasdepêche ouTAC,TotalAvailableCatch),etc.

Depuiscette époq ue, laloi logisti queoccupe une place centraledans le domaine del' économi e des ressources reno uvelables et setrouveàlabase despremiersmodèlesbioéconom iq ues(G ORDON, 1954).Toutcomme les équations proie-prédateur de Lotka-Voltera,l'équation logistique suppose l'e xistenced'un équilibre ausein desécosystèmes, donné par lacapacité de charge d'un territoire ou d'un milieu . En outre, le fameu xmaximum sustainableyield ou rendement maximal soutenable, quia longtemps servi de normepour la gestion de nom breusespêcheries ou forêts, est atte int pour une valeur de la popu lat io n (et donc de l' eff o rt ou de la pressio n exercée sur le milieu) égale à K/2, c'est -à-d ire la moitié de la capacité decharge prévue par le modèle logistique.Rien d'étonnantà ce que l'on trouve ensuite de curieusessimilitudes entreles défin it ionsde la capacité de chargeet cellesdu développement durableou soutenable (sustainable development).Cesdeux concepts relèvent des mêmes orig ine sthéoriques etsémanti ques,du même mod èlemathématique(la courbe en cloche rendement-effort)tenant parfoislieu àtort danscertains espritsde représent ationdu réel.

Ces modèlesconstituent lesbases del' écologiescientifiqu e.

A

chaq ue espèce est associéeune capacitédecharge correspondant à la population maximale qu'un écosystème peut sup porter.Au-delà, lapopulation en quest ion entre dansunesituati on de«crisede rareté »10, setraduisant danscertaines sociétés par dunomadismeafin des' adapter aux change- mentsde l'environnement,qu'il s so ient issusde fluctuationsclimatiques ouqu'ilsrésultent de la pressionhumaine Le passage àla sédentarisation , étape essentielle dans le développement de l'homme,et à de nouvelles formes d'org anisat io ns socialesvise en fait à améliorer la capacité de charge d'un territoire.Toute «artificialisat ion » del'environnement nat urel (amélio rat io n des cultures et de l' élevage, par exemple) s' acco mpagne nécessairementd'un renforcement de la capacitédecharge du milieu par l'ut ilisation de nouvellestechniques.La confrontation de la démographie et de la capacité decharge peut danscertains casdébouch er sur une crisede rareté, àlaquellese rajoutent aussidescrises provenant d'une mauvaisedistribution sociale desrichessesproduite s.

Aux crisesde rareté sesuperposent donc descrises soci ales,com me cellesliéesà « l'encl osur edescommunaux »auprofit d'u ne mino rité possédant e(HARDIN, 1968).La révoluti on industrielle capit alisten'aurait pu se fairesans la révolutionagricoledesXVIeet XVIIIesiècles, àl'origin e

Le renouvellement des théories population-environnement 23

10Aceniveau,l'exemple

delaGrandePeste en Europede134 6 estéloq uent.«Po urdes rappor ts deprod ucti ondo nn és(le féod alisme, avec sesrent es en nat ure ou entravail), pour destechniqu es connues(l'araire, lacult uresurbrû lis,la vainepât ure).

la capacitédecharge desfinages européens étaitdépassée, de sorteque lapopulati onhumaine extrêmement affaibli e, s'est eff o nd rée sousl'ag ression d'uneautre espèce (le micro be de la peste)! ..j La populati o n a diminué aupornt que lapeste n'apluspusediffuser, et quela capacitéde chargedelaterre d'Europ e estredevenue largeme nt suffisante,ouvrant lesport es de laRenaissance»(li PIETZ,1999).

(25)

11«The tragedyof the commons develops in thisway. Pict ureapasture opentaal/.ftis ta be expecred thar each herdsman wil/rrytakeepasmany cettie aspossibleon tnecom mo ns.

Suchan arrangement may work reasonablyseusteaorit«for cent uries becausetribalwars,poaching,and tiiseesekeep the numberof bothman and beasrweI/ belo wthe carrymg capacityof theland Final/y,however, comesthe day 01reckoning,tbetis,the day when the long-desired goalofsocial stabili ty becomesareali ty.At thispoint theinherent logic of thecommons remorselessly generatestragedy» (HARD''',1968),

12«." Ageneralindexofthecurrent

scaleorintensityof thehumanecono my inrelation tathatof biosphereisstill useful.

V,TOUSSEKet al. calculatedtnstthe to tal netterrestrialprima ryproduction of thebiosp herecurrentlybeing appropriatedforhumanconsump tion is aroun d40%.This does putthescale of the human presence on theplanet in perspective»(AR,OWet al" 1995).

Po ur une critique decelte évaluatio n, on pou rrase reporter ilLEBRAS(1994).

24 Environnement et sociétés rurales en mutation

d'unprolétariatagricole puis ouvriern'ayant plusque sa force de travailà offrir,«

A

partir des temps modernes,les crises écologiques apparaissent totaleme nt subor do nn éesàl'éco no m ie [ ] Lesgrandes cat astro phesqui se succèdent dep u is leXVIesiècle (la destructi o n des Indes occiden t ales par la colonisation, le ravage de l'Afriquepar le commerce de la traite, la famine irlandaise, etc)ne peuvent plus êtreimputéesàl'excèsde la charge humaine sur lesécosystèmes, maisà l'excès de la charge de certains gro upes so ciauxsurles multitu deshumai nes» (LIPIETZ, 1999).

De fait. le concept de capacité de charge a été d'autantplusfacilement appliqué aux relations population-envi ronnement qu'il apportait le poids de lacertitude mathématique d'une catastrophe éco lo giq ue à court term e . C'est le cas, par exemple, de la fameuse «tragéd ie des communaux» du biologist e G. Hard in" ,où l'auteur se basan t sur la métaphore d'un pàturage communal traitede façon plus générale des problèmesde surpo pulatio n dansle monde.To ut son raisonnementvise àdémo n t rer que lesbergerssurle pré commun al(assimilé au libre accès) sero nt poussés par leur rat iona lité à dépasse rlacapacité de char ge du cham p. La recherche dela satisfact ion privées'o p pos e ainsi àdesfins co ll ect ives, contrairement à ce que pensaient lespèresdu libéralisme économique. La solution préconisée consiste à établir des droits de propriété privée po ur l'accès aux ressources. Le discourssu r les relations entrepo pulatio n et dévelo ppementse tran sf o rmealorsenun

nexus

entre population, environnement et développement (CLEAVER et SCHREIBER, 1998),largem en t promu parles institutionsde Bretton Woods.

Dès lo rs, le développementse doit de ne pasêtre exclu sivemen t écono- miqu e, maiségalement de prendre en co n sidé rationl' environ nement , ce qui a abouti successivement aux concepts d'é codévelopp ement (SACHS, 19 81 ), de développement dur abl e (Cn ued , 19 8 7), ou encore viable.Le conceptde capacité de charge va alors lui-mêmeintégrer cette dim en sion environn ementale, en étant défini com m e «le maxim u m de population qui peut être indé finiment su p po rté par l'env iro n nemen t sans qu'apparai ssede dégradation des ressources naturelles susceptible deremettre en causela survie future de cette population »(OUHARON, 1996).

Leco ncept de capacitéde charge est don ctrès largement reprisdans le discoursnéo-malthusiensur la«démographie galopante».Ilen est ainsi descalculssur la populationmaximaleque pourraitsupporter la planète ou de la com pét itio n supposée entre humains et phytomasse pour l' ap p ropriation des pro d u it s de la photosynthèset? (VITOUSSEK et e!., 1986),Or, ilest parfoispernicieuxd'affirm erleprimat du problèm e dela

(26)

surpopulation comme origine de toutes les difficultés écologiques actuelles Unetelle attitude co nd uità réduire la société humaine àune vision purement quant itat ive, fondéesur des facte ursphysiques, déter- ministesetmécani ques.

Uncertain no mbredeproblèmesse posentpourtant lorsquel'onessaye d'appliquerleco ncept de capacité de charge àl'homme,lorsquel'on passede l'étudede drosoph ilesenfermées dansune bouteilleàcelle des hom mesvivant ensociétéB L'étu dedes premièressup poseen effet le milieu clos,l'enviro nnemen t constant, de même que la technique.Or, dès que l'on se penche sur la société humaine, ces hypothèses nesont généralementpasvérifi ées (W EBER, 1996) Ellesimpliquent en eff et que

« la population limite ne peut être définiequ'à un instant donné,en un lieu donné »(LEBRAS , 1994).Ce raisonnem ent caeterisparibus nepeut donne r qu'une représentation statique de la situation alors que le conceptchercheàrendrecompte d'unphénomènedynamique.Deplu s, le concept de capacitéde charge reposesur uneséparat ion entre nature et culture quiest pro preàlapensée occidenta le(LATOUR,1991)

Une tellevision est particulièrementfrappantedanslecas de la forêt que l'on qualifie de«vierge ».de« primaire »et quidevient le«symbolede cet état d'éq uilibreparf ait quela nature peut atteind re en l'a bsencede l'hommeet qui allait trouver son achèvementdansla notionclassique de climax»(ROSS I,1998) La présencede l'hommedanslaforêtestdès lors perçue co mme une intrusion dansla nat ure. Unetelle naturen'exi ste pas,et partoutle milieu a été,au moinsen partie,façonnépar l'homme. Il convientde remettre en question cetteopposit ionentre nature et culture et de co nsidérer"ensemble comme faisant part ied' un même systè me dont les éléments sont en int eracti o n, et quidevra êt re étudié sous l'ang le de la coévolution ou de la coviabilité. Pour ne prendre qu'un exemplesimplifié d'inte ractio n et de rétroaction :l'homme agitsur son environnement quien retour le contraint sur ses act io ns futures possibles;

lesdeuxélémentsdecet te proposition doivent être considérés,le risque étant sino n defausserla représentat io ndecet terelati o n.Ainsi, l'action de l' hom me surle milieunedoit pasêtresystématiqu ement perçue en termes de dégradation. Ceci est illustré par l'e xemple desoasis qui nécessitent une population minimalepour leurentretien sans quoi elles ret ournent au désert.

L'appl ication ensciencessociales d'un concept provenant des sciences nat urellesprend le risquede ne pas rendrecompte d'u n certainnom bre decaractéristi ques propre sàl'ho mm e,il en estainside lavolon té:«La

Le renouvellement des théories population-environnement 25

De l'inapplicabilité du concept

de capacité de charge à l'homme

13Onpourraen parti cul ier se référer auchapitre8deLEBRAS(1994) int itul é«Des mouches et des hommes »,

(27)

Du facteur K à l' hypothèse

d'une courbe en U dans la relation population- environnement

26 Environnement

et sociétés

rurales en mutation

vo lonté sépare les scienceshum aines des scien ces de la matière en remplaçantleséléments passifspar desacteurscapables d'adopter une gammeinfiniment variée de comportements allant de lasim ple adaptation au passé à l'élaboration d'anticipations, à la formulationde projets, à la poursuite de st rat ég ies» (LESOURNE , 1991). Cette volonté conduit les ho mm esàl'étab lissement derègles,àla transfo rmati o n des instit uti o ns qui régulentleur rapport à l'environnement. « La capacité de charge n'est do nc Jamaisdo nnéeunefoispourtoutes, s'agissantd' huma insqui sont susceptibles d'en créer » (W EBER, 1996). On retrouve alorsl'idée selon laquellelesrapport sdel'hommeàla nature sontl'expre ssio ndes rapportsdes hommesentre eux (GODEuER, 1974).Ce n'estalors plustant la taillede lapo pulat ion quiimport e,mais plutôtle systèmede product ion associéauxmodes d'appropriations, en particulierl'ensemble des règles qui condit ionnentl'ac cèsauxressources.

Ainsi,la question qui viseàsavoirsi le monde, par essence fini et limité, pourraounonsuppo rt erunepopulationcroissante,et plusprécisém ent s'ilsera possible de nourrir cette population, estune question co m plexe quin'a pasdesens si on la restre intà une visio n purementquantitative et normative.Quelleest la sign if ication d' une limit e absolueau nombre d'hommessi l'on ne tient pas compte desaspects qualitatifs, sociauxou techno logiq uesde cettequestion 7Or, le concept decapacité de charge (ou facteur K) qui se base surla densité de population dansune région ne rend pas compt edusystèmede prod uction,c'est-à-d iredela combinaison desdifférents facteurs de production(terre, travail,capital).

Leslimites du modèle logistique, expre ssionmathématique duconcept de capacité decharge,ont conduitàrecherche r d' autres form ulatio ns de la relation population-environnements'inspirant notamment des théories de laviabilit é(BONNEUIL, 19 94).L'hypothèsed'une courbe en U dans la relation populat ion-environnement. s' appuyantsur des expériences de terrain, participe de cet effort à s'écarter des hypothèsesdéterm iniste s (qu'elles soientd'essencenéo-ma lt husienne ou bosérupienn e).

L'hypothèsed'u necourbe en Uintroduit de façonnon univoqueune rela- tio n entre un environnementet une populati onen utilisantunindicat eur de«pression démographique »définicom me suit :

Pressiondémographique=population/surfacecultivée.

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