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le québec n existe pas

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Academic year: 2022

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le québec n’existe pas

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collection proses de combat

Déjà parus

pierre Beaudet, Quel socialisme ? Quelle démocratie ? La gauche québécoise au tournant des années 1970-1980 (série interventions).

simon Harel, Foutue charte. Journal de mauvaise humeur.

nicolas lévesque, Je sais trop bien ne pas exister.

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MaxiMe blancHarD

le québec n’existe pas

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le Groupe nota bene (Varia) remercie le conseil des arts du canada et la sODec pour leur soutien financier.

Gouvernement du québec

programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres – Gestion sODec nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du canada par l’entremise du Fonds du livre du canada pour nos activités d’édition.

Varia est une division du Groupe nota bene.

nOte De l’éDiteur

ceci est une œuvre de fiction. toute ressemblance avec des personnes ou des faits existants est de l’ordre de la coïncidence.

afin de faciliter la lecture de cette œuvre, l’emploi de l’italique a été réservé à l’emphase et aux langues étrangères autres que l’anglais.

© Varia, 2017 isbn : 978-2-89606-072-6 isbn pDF : 978-2-89606-073-3

Financé par le gouvernement du Canada Funded by the government of Canada

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le vent, dans les champs de blé d’inde, jouait des marches funèbres.

albert laBerge, La Scouine.

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il voudrait que toutes les maudites fraîches à raouts de patronnesses et que toutes les grébiches à surboums de bienfaitrices, qui dans les bals de charité se pactent la fraise en robes de guidounes de comptoir colonial, poussent de hauts cris scandalisés ; il voudrait que leurs mafieux de jars et de verrat de maris à varices, qui sucent monsieusement la cenne dans les conseils d’administration de la junte fédéra- liste du protectorat bloke, le mettent en demeure. il voudrait aussi que tous les farfineurs du « socialisme » et que toutes les bavasseuses de « l’écologie », que tous ces licheux de balustre de la gaugauche gérante d’estrade qui se contrecâ- lissent de laisser élire la réaction impérialiste pourvu qu’ils puissent roucouler leur tolérance offusquée de toujours plus fins que les autres « qui n’ont pas voté pour ça » sur les ondes de la société d’état lui lancent au cul les avocats corrompus de la sous-préfecture canadienne- française. il voudrait encore que tous les p’tits Jos connaissants de l’uni- versité qui plastronnent avec leurs « approches » à coucher dehors, mais qui sont plus occupés à pogner les boules de leurs étudiantes qu’à réfléchir à l’acculturation québécoise, exigent de lui des excuses et lui demandent de se rétracter.

car il lui arrange le portrait à leur québec. il te l’orga- nise leur québec pas vargeux et pas d’allure de fendants et de crosseurs. il lui paye la traite à leur québec désâmé, il lui brasse la cage à leur québec dérinché. il beurre épais, à la mesure du drame, à la mesure de cet évanouissement du québec. il voudrait que ce québec-là, le toton, le gnochon

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et le colon, l’actionne jusqu’à sa dernière cenne puisque dans ce livre il le copie et le colle, le pirate et le plagie. son défi, opération du saint-esprit, c’est de bien réécrire la sor- didité et la médiocrité de ce québec de tataouineux et de zigonneux, de mettre un peu d’ordre dans l’idiotie locale pour qu’on lise plus nettement l’imbécilité générale, celle de tout l’Occident. entre placidité et ironie, entre désespoir et persévérance, façon Journal du dehors, parfois en accu- sant le choc comme un spectateur passif, souvent en redon- nant coup pour coup, tel Un effondrement, il engage un combat contre la société deux de pique et décadente dans laquelle il vit. Magané mais pas tuable, il décline, conjugue et retranscrit la prétention, la niaiserie et la stupidité pour se défendre du présent sans mémoire, pour se sauver itou de cette époque sans avenir. rapport que c’est astheure et icitte la survivance, drette là, même si ça fait une mèche qu’on attend le messie comme des saints martyrs.

il jongle, il fatigue. Mieux : que toute la gang de flancs- mous, de quétaines et de gros caves qui forment, des ban- lieues monotones de conformisme aux « régions » rabougries d’attardement, en passant par la capitale fulminante de bas instincts, le gros de cette « belle province » aboulique ne lisent pas ce livre. De toute façon, aux ouvriers et aux pay- sans analphabètes d’autrefois se sont substitués le pâteux et le visqueux des classes dites « moyennes » qui « savent lire » mais qui ne lisent rien. encore mieux : que les « élites » susmentionnées, celles qui ont de l’argent et celles qui sont dans le vent, les unes et les autres illettrées, auxquelles s’adjoignent les casseux de veillée de journalistes du simo- naque, ne tombent jamais non plus sur l’un des chapitres de ce livre. pour cette somme sur la gigantesque bêtise québécoise, si exemplaire de la sottise globale, ce sera une

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victoire et un triomphe si on n’en parle pas. que personne ne se sente concerné, qu’on ne sache rien de ce livre. que lui, Maxime blanchard, et son protagoniste, éric langevin, hommes sans qualités, soient non seulement personæ non gratæ, mais que Le Québec n’existe pas soit relégué aux oubliettes.

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« can i work out with you ? » demande distraitement l’athlète. « Je ne parle pas anglais », lui répond-il du tac au tac. Détachant cette fois chaque syllabe, l’athlète répète telle quelle sa question. sans un regard, éric lui cède sa place et monte sur un tapis roulant. il appuie sur le bouton quick start et sélectionne le programme random. À bride abattue, il compte les vingt-trois téléviseurs suspendus qui passent des sitcoms, des dramas et des cartoons. À Glo- bal, chaîne pancanadienne, on diffuse en douze langues, la sienne incluse. il arrache ses écouteurs. avril lavigne et arcade Fire s’époumonent au « mix ninety-six, the sound of Montreal ». Dans cette salle d’exercice à flat screens fou- droyants et à pop music criarde, ressent-il seul l’effroi de la disparition du québec ? par les fenêtres panoramiques, les Galeries d’anjou se chaulent de frimas.

À l’écran, une speakerine annonce la mort de louis robi- chaud, l’ancien premier ministre du nouveau-brunswick.

passent en boucle les hommages rendus au politicien pro- vincial. À entendre dix fois antonine Maillet, cet alibi de Moncton, faire l’oraison funèbre de son compatriote chiac, éric se demande : y a-t-il des acadiens d’origine béninoise ou marocaine ? pour être acadien, ne faut-il pas s’appeler Haché, cormier ou le bouthillier ? les images des obsèques de robichaud, où se pressent les foules endeuillées aux visages ivoirins, le lui laissent croire. non pas qu’il faille des immigrants béninois et marocains pour être légitime…

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il semble toutefois impossible à un nouvel arrivant d’afrique de s’inclure à une acadie irrémédiablement tribale.

Dans une rue poitevine de caraquet, éric voudrait hurler sa panique : l’acadie est l’avenir du québec ! au nouveau-brunswick, mi-anglophone, mi-francophone, si commodément bilingue, subsistent et vivotent 236 000 aca- diens. pourtant, d’un océan à l’autre, on se convainc du dynamisme de cette péninsule, comme on dit d’une cen- tenaire dure d’oreille qu’elle est encore capable, notam- ment depuis que les longues nuits de saint-boniface se confondent avec celles de Winnipeg. pourtant, coast to coast, on érige les Herménégilde de pokémouche et les edwige de Haute-aboujagane en success stories, et ce, sur- tout depuis qu’il ne reste plus grand monde à sudbury ou à nipissing pour s’exprimer dans la langue de Vigneault.

ainsi, à radio-canada, chaque 15 août, shédiac et chéti- camp mangent des berlicocos de festival, en écoutant lisa, pour la modernité, et dansent une gavotte berrichonne, habillées en sagouine, pour la tradition. sous la stella maris et les filets à crabes, shippagan et chiasson entonnent alors le Laissez-moi dormir tranquille de leur identité si peu revendicatrice. utrecht, George ii, évangéline, pour- quoi les acadiens n’haïssent-ils pas ce canada de Grand Dérangement ?

À Ottawa, en ce jour de la confédération, la vice- reine consort de dominion et les lieutenants-gouverneurs adjoints de propréture, le prince morganatique de com- monwealth et les sous-secrétaires suppléants de consulat inspectent la gendarmerie à chevaux noirs et les grenadiers à bonnets d’ours. après la fanfare des anciens combattants et le « God keep our land, glorious and free », les digni-

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taires bytowniens prennent place devant le Desiderantes meliorem patriam tandis que sur la scène dansent les amé- rindiens à plumes, tam-tams et mocassins, les rwandais à couvre-chefs, boubous et ingoma, les sikhs à peignes kanga, santoor et kirpans, les chinois à lanternes, dragons et serpentins, les québécois à bougrines, gigue et cuillers.

l’immigration, écrivait déjà lord Durham dans son rapport, viendra à bout du people with no literature and with no history. assurément, pourquoi un chilien et un roumain, un Wallon même, se sentiraient-ils canadiens- français ? peuvent-ils prouver leur lignage normand ? récitent-ils par cœur le Petit Catéchisme ? en effet, comment une bhoutanaise et une Haïtienne, une Kabyle même, peuvent-elles souhaiter devenir québécoises ? s’expriment-elles couramment en joual ? Ont-elles mangé du pâté chinois depuis le berceau ? au québec, le métissage est inconcevable ; ailleurs, cependant, ce pluralisme est ima ginable… À ce québec « tricoté serré », on ne peut ni s’allier ni s’intégrer ; les adhésions restent à jamais impossibles. personne d’autre ne peut partager les combats pour une nation francophone d’amérique, libre et juste ; ces luttes n’appartiennent qu’aux Gaulois linguistiques et chouans catholiques du ghetto pure laine. le québécois de souche et l’immigrant insensible ne peuvent se rencontrer qu’en devenant canadian : citoyenneté neutre, passeport rassembleur et langue anglaise.

nouveau racisme, le multiculturalisme confine des géné rations « d’immigrants » à leur quétainerie minoritaire.

À coup de « cuisine typique » et de costumes exotiques, chacun se pétrifie dans un musée de cire clanique. car le multiculturalisme n’amalgame pas au fur et à mesure les

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populations nouvelles pour recréer une cohésion sociale.

D’une part, il fige en pittoresque, de l’autre, il fragmente en atavismes. subterfuge wasp, il divise et règne afin que n’aient pas lieu les prises de conscience collectives. De Washington à toronto, en passant par londres, le multi- culturalisme promeut le freedom to choose et l’individual responsibility aux peuplades importées, joliment folklo- riques et bien désolidarisées. les réfugiés du tiers-Monde, les persécutés des dictatures et les rescapés du goulag se coudoient indolemment dans les shopping malls de l’hu- manité, résorbés en consommateurs.

pendant les banquets du board of trade, les boursi- coteurs à market forces de sussex Drive et les affairistes à productivity de summit circle aiment faire valoir les avan- tages de l’immigration, « cette chance des villes de calibre international ». Qui va tenir les dépanneurs et vendre des smartphones si les Chinois et les Arabes ne le font pas ? À part les Mexicains, qui veut dans les campagnes cueillir les fraises des champs ? Les Québécois ne veulent plus travail- ler… pendant les mêmes banquets du board of trade, les spéculateurs à subprimes survenus d’outre-mer et les tra- fiquants à credit ratings arrivés d’ailleurs aiment quant à eux vanter « l’attitude chaleureuse du canada » à leur égard.

puisque vite acclimatés aux us et coutumes, banditisme et gangstérisme, ces nouveaux canadiens sont décidément accueillis à bras ouverts. en faisant main basse sur leur terre d’adoption, les caïds et les brigands étrangers pratiquent non seulement avec un zèle inusité les usages des pillards et des fraudeurs locaux, mais ils avalisent et exonèrent de leur ethnicité le blanchiment d’argent et l’évasion fiscale de la pègre native.

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étant donné que les québécois « au charme vieillot des villages d’antan » ne forment qu’une autre « communauté » du canada, qu’une des tesselles de la mosaïque nord- américaine, ils n’auront d’autre choix que d’embaumer leurs souvenirs. qu’ils le sachent et qu’ils l’assument au lieu de branler dans le manche à n’en plus finir. qu’ils éteignent leur télévision et qu’ils déposent leurs téléphones, qu’ils arrêtent deux minutes de magasiner pour réfléchir à leur déclin. qu’ils se posent la question suivante : « acceptez- vous que le québec devienne une province assimilée et anglophone, après avoir renoncé formellement à sa souve- raineté culturelle, économique et politique, dans le cadre du projet de loi fédéraliste sur l’avenir du québec, et des ententes canadiennes signées le 29 mars 1867 et le 17 avril 1982, oui ou non ? » c’est-tu assez clair comme libellé réfé- rendaire, ça, bout de ciarge ?

la diversité culturelle s’avale goulûment, bouillante et salée comme de la soupe won ton. Dans les restaurants béliziens ou thaïlandais des grouillantes métropoles occi- dentales, hipsters et bobos désapprouvent la xénophobie des rednecks et des rustauds alors que des undocumented débarrassent leurs tables et que des sans-abris gisent à leurs pieds. Dans les capitales ponantaises, où les vents du sud se chargent de l’arôme piquant des souks, les jeunesses ras- sasiées et missionnaires rêvent de reconstruire des viaducs détruits au burundi et de planter du quinoa biologique au nicaragua, mais ne s’apitoient pas sur le précaire prolétariat des faubourgs environnants. Dans les babylone postcolo- niales, personne ne songe au drame du concierge alba- nais et de la gouvernante togolaise qui ont quitté leur pays et leur famille, car chacun est trop occupé à fanfaronner

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l’affriandante variété des commerces tonkinois ou vol- taïques qui assouvissent l’urbanité ; personne ne réfléchit à ce siphonage de la domesticité métèque, car chacun est trop occupé à ouvrir des ateliers de misère au bangladesh et en uruguay pour exploiter ce qui y reste de cheap labor pas encore contenu dans les camps de Ježevac ou de Kakuma.

le québec sera souverain ou ne sera pas. éric entend déjà la réplique, le patati patata cosmopolite : fin des grands récits, crise de l’état-nation, porosité des frontières, éclatement des identités, etc. Donc, pas de pays ! Vive le gouvernement planétaire ! quand le canada aura renoncé à son indépendance politique pour s’annexer aux états-unis, on en parlera de la fin des grands récits. quand ceux qui se proclament « citoyens du monde » auront déménagé leurs canapés roche-bobois au sierra leone ou au tadjikistan, on en parlera de la crise de l’état-nation. quand le jet-set servi par des caméristes philippinoises et des chambellans portoricains aura sacrifié ses places en première classe sur emirates, on en parlera de la porosité des frontières. quand les intellectuels entichés de diasporas et de salmigondis auront donné leur passeport allemand ou britannique aux preneurs libyens ou angolais, on en parlera de l’éclatement des identités. quand toute la cuistrerie œcuménique aura abandonné ses préséances et ses privilèges, ses acarajés de bahia et son scubba diving à tarragone, il faudra bien prê- ter l’oreille ; en attendant, qu’elle ferme sa grande gueule polyglotte ou pas.

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liOnel-GrOulx

« en 1932, après la chute du roi alphonse xiii, la cata- logne obtint un statut d’autonomie politique au sein de la iie  république espagnole.  en 1934, l’état catalan fut pro- clamé par lluís companys. au cours de la guerre civile d’espagne qui débuta en 1936, la catalogne résista au pro- nunciamiento du général Francisco Franco. Dans les luttes qui ensanglantèrent l’espagne, la catalogne fut le dernier bastion des républicains. en 1939, barcelone finit par tom- ber aux mains des phalangistes et perdit sa liberté. sous le régime dictatorial du caudillo (1939-1975), le catalan inter- dit ne s’employa plus qu’à l’intérieur du foyer familial. »

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p’tit VelOurs

pour le compte d’un magazine de décoration, Oren saf- die se rappelle son enfance incomparable dans l’un des luxueux appartements d’Habitat 67, le complexe résidentiel conçu par son père. pendant dix ans, safdie y vécut des années euphoriques écoulées entre grands personnages mondiaux et petites joies quotidiennes. en effet, de 1968 à 1978, le fils du célèbre architecte servit fréquemment de guide aux dignitaires venus visiter les étonnants modules et méandres paternels ; endimanché comme « l’ambassadeur d’une nation imaginaire », ses boucles noires « humectées de couches de fixatif », l’adorable accompagnateur fit sou- vent observer le zigzag ingénieux des ascenseurs, qui ne s’arrêtent qu’au quatrième et au huitième étages, et les sur- plombantes terrasses de béton, qui offrent de splendides vues des gratte-ciel chatoyants ; à indira Gandhi, il détailla les élégantes fontaines du vestibule, à léopold senghor les judicieux puits de lumière du garage, à un urbaniste de Kuala lumpur la pratique fibre de verre des salles de bains. Dans le séjour familial aux canapés de Gaetano pesce, flanqués de tables gigognes bahaus et de sculp- tures esquimaudes, surmontés de deux tableaux d’amélie nemours, ces invités de marque sirotèrent du champagne rose et du jus d’orange en louangeant la vue du fleuve mordoré de couchant nacarat… safdie raconte aussi qu’il fut livreur de journaux dans l’iconique ensemble, parcou- rant chaque matin le lacis des passerelles grèges et des cubes arc-boutés. livra-t-il The Star et The Gazette, leurs

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unes éclaboussées de crise d’Octobre, aux quelques voisins de langue anglaise ? le vent de l’aube bravait les érables et courbait les quenouilles, se souvient-il.

peu d’enfants vivaient à la cité-du-Havre. Dès lors, en dépit des « barrières linguistiques », fillettes et garçons jouaient dans la bonne entente et l’unité, soudés par la parentale excentricité domiciliaire ; sur fond de pavillons internationaux glacés de neige sépulcrale, ils glissaient joyeusement sur les pentes douces de terre des Hommes ; à l’ombre des muets vestiges de l’exposition universelle, ils s’élançaient à bicyclette sur le pont de la concorde pour rejoindre l’île sainte-Hélène… À lire ces réminiscences si précises, néanmoins sans révolution tranquille et sans enlèvements felquistes, toutefois sans De Gaulle et sans pq, éric se prend d’envie pour cet enfant terne mais léger, ni snoreau ni vinguienne, qui courait nulle part parmi les hexagones délabrés et les biosphères corrodées.

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abitibi-téMiscaMinGue

« l’alchimie des échanges entre civilisations et le foison- nement des contacts entre cultures subissent une accéléra- tion sans précédent. l’interfécondation des valeurs et des sens que permet la circulation des personnes et des biens nous invite à repenser la plupart des repères traditionnels.

par exemple, mon errance, qui est celle de toute ma vie, m’a conduit à trouver une riposte originale à l’exil. parce que j’ai appris à rester à l’écart de l’espace ethnique des émigrés crispés sur le passé, j’ai pu être le plus naturel- lement du monde français à Marseille et italien à naples, néo-zélandais à auckland et laotien à Vientiane, néerlandais à rotterdam et surinamien à paramaribo. ces différentes incarnations ont fait les moi successivement gazouillants de mon individualité et m’ont préparé à vivre dans la magie du pullulement identitaire. »

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cHire

ils avaient 40 ans en 1958, ils en avaient 30 en 1970.

comment vécurent-ils la mort de Duplessis ou la séquestra- tion de cross ? ils sont nés en 1901, ils sont nés en 1936.

il les imagine à paul-sauvé, chez Dupuis Frères, à la casa loma. Dans les rues, les keepsakes, il scrute leur visage. il se les représente il y a vingt-cinq ans, il y a cinquante ans, dans la force de l’âge.

la fille d’une voisine de ses parents lui raconte que pendant la crise d’Octobre, au bout de la rue, les soldats de l’armée canadienne montaient la garde autour de la maison du député fédéral.

il regarde un documentaire sur l’expo 67. Des femmes à l’allure soignée, soyeux fichus noués sous le menton pour se protéger du vent, montent et descendent du monorail qui parcourt le site. l’une d’elles, fin de la quarantaine, l’âge de ses grand-mères à l’époque, se trouve seule parmi des couples jeunes et enjoués. Vêtue d’un tailleur sarcelle, assise bien droit, son sac à main sur ses genoux, elle a cette distinction perceptible propre aux tranches supérieures des classes populaires, épouses de contremaîtres, de commer- çants ou de fonctionnaires. au-dessus du jardin de l’afrique, cette élégante étire un peu le cou pour admirer le futurisme élancé des architectures. elle appartenait déjà à un autre temps, à un autre monde. si elle n’est pas déjà morte, elle dépérit maintenant dans un hospice.

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la tante d’un ami, midinette dans une manufacture, lui raconte qu’elle a cousu les uniformes, conçus par Michel robichaud, des hôtesses du pavillon du québec.

enfant, il regardait La petite patrie de claude Jasmin, téléroman des années 1970 sur les années 1940. il regar- dait aussi Grand-papa, série élégiaque de Janette bertrand sur un vieil homme aigri. De son split-level moderne, il aimait observer ces demeures, celle des Germain et celle des lamontagne, aux meubles surannés. il fut un temps où, comme dans ces émissions, les époques se côtoyaient, sur- vivaient l’une dans l’autre. Dans la parole des plus anciens s’entendait le siècle précédent. Dans les familles réunies subsistaient les sociabilités d’autrefois. le passé persistait dans le présent qui ne le remplaçait pas avec brutalité et indifférence.

une dame de 93 ans lui raconte la mort de sa mère en 1937. cette dernière avait 54 ans, 14 enfants et faisait 300 beignes à noël. un vertige le prend.

il aurait aimé vivre dans le québec de Marie-Victorin, dans celui de la roulotte, dans celui de la commission parent. il aurait voulu aller au beu qui rit, lire Mainte- nant, écouter La pension Velder. il aurait aimé voir Michèle lalonde au Gesù, Juliette pétrie au Mocambo, clémence Desrochers au quat’sous. il aurait voulu acheter Pous- sière sur la ville à sa parution et discuter de Bingo ou des Ordres à leur sortie. comme sartre, il aurait pu vouloir dire :

« J’ai vécu dans les commencements, je disparais avant les défaites. »

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