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Syrie : la médecine comme arme de guerre

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Academic year: 2022

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544 Revue Médicale Suisse www.revmed.ch 7 mars 2012 Revue Médicale Suisse www.revmed.ch 24 août 2012 0 Le 12 décembre dernier, le Dr Ibrahim

Othman était assassiné par les forces armées syriennes, à la frontière liba- naise. Ce jeune médecin syrien, fon- dateur du réseau Damascus Doctors qui soigne les victimes de la répression syrien ne en dehors des hôpitaux publics, tentait de se mettre à l’abri au Liban, sachant ses jours en danger. Samia Hurst lui a rendu hommage sur son blog Bio-Ethique, fin décem bre.1

Le 25 janvier, c’était au tour du Dr Abd-al- Razzaq Jbeiro, secrétaire général du Crois- sant-Rouge syrien, d’être assassiné, dans un véhicule arborant l’emblème de l’organi- sation, au retour d’une réunion à Damas.2

Le 8 février, Médecins sans frontières (MSF) a publié un dossier de presse intitulé En Syrie, la médecine est utilisée comme arme de persécution.3 A travers les témoi- gnages de patients et de soignants, ce do- cument explique, non seulement que la si- tuation sanitaire se dégrade en Syrie (man- que de matériel, défaut d’accès aux soins des victimes...), ce qui est le propre de la médecine en situation de guerre, mais sur- tout, qu’elle, la médecine, est devenue au sens propre, une arme de répression.

De tout temps et de façon ubiquitaire, des professionnels de santé ont mis leur

«scien ce» au service des bourreaux. Dans l’histoire récente, cela a été dénoncé par les survivants de ces pratiques : on pense au témoignage de Boukovsky sur son ex-

périence de dissident dans les hôpitaux psychiatriques de l’URSS,4 ou par des mé- decins eux-mêmes,5,6 par exemple dans le con texte de la «guerre contre le terrorisme»

menée par les Etats-Unis dans la prison d’Abou-Ghraib, en Irak, ou celle de Guan- tanamo.

Il semble cependant qu’un degré supplé- mentaire soit franchi, en Syrie. Non seule- ment les victimes du conflit ne sont pas soignées dans les hôpitaux publics, mais elles y risquent leur vie : les témoignages du rapport de MSF montrent que des bles- sés ont été torturés au sein même de cer- tains hôpitaux, ce qu’Amnesty International

mentionnait déjà en octobre dernier 7 et que confirme un éditorial du Lancet.8 Mais en- core, comme le prouvent ces mêmes sour- ces, les professionnels de santé sont eux- mêmes traqués, arrêtés, torturés, tués.

Mi-février, le journal Le Monde a publié une série de reportages écrits par l’écrivain Jonathan Littell et illustrés par le photore-

porter Mani, entrés illégalement en Syrie.

Ils décrivent le désarroi de nos con frères qui risquent leur vie au quotidien,9 dont certains se demandent s’ils ne seraient pas plus utiles en prenant les armes, tant ils manquent de moyens et tant ce qu’ils vivent est antinomique de ce que devrait être le rôle d’un soignant dans un conflit. Leurs té- moignages, comme ceux du dossier de MSF sont difficiles à lire, mais il faut aller au bout de ces lignes, partager cette informa- tion et crier haut et fort que cette situation est atroce.

Je n’aime pas les superlatifs. On a pour- tant le sentiment que dans ce conflit syrien,

parallèlement à la répression, le gou- vernement, sous la direction du pré- sident Al Assad, utilise la médecine comme une arme de guerre, mise au service de crimes contre l’humanité, comme l’a dénoncé, le 13 février à New York, la Haut-Commissaire des Na- tions Unies aux droits de l’homme.10 C’est contraire au droit humanitaire, aux princi- pes de la Croix-Rouge, à l’éthique et … à mes principes. Et c’est d’autant plus per- vers que, comme nous le rappelle l’écrivain Tahar Ben Jelloun,11 le président syrien est lui-même médecin.

Syrie : la médecine comme arme de guerre

opinion

S. Durieux-Paillard

Dr Sophie Durieux-Paillard 7, chemin des Vergers 01210 Ferney-Voltaire, France [email protected]

Rev Med Suisse 2012 ; 8 : 544

NB : Ce texte est publié à titre personnel et n’engage pas la responsabilité de l’institution pour laquelle je travaille.

… les professionnels de santé sont eux-mêmes traqués, arrêtés, torturés, tués …

Bibliographie

1 http://forumethix-ch.blogspot.com/2011/12/encore- un-medecin-assassine-2.html

2 www.icrc.org/fre/resources/documents/news-release/

2012/syria-news-2011-01-25.htm

3 http://msf.fr/presse/dossiers-de-presse/en-syrie- medecine-est-utilisee-comme-arme-persecution 4 Boukovsky V. Une nouvelle maladie mentale en URSS : l’opposition. Paris : Le Seuil, 1971.

5 Lifton RJ. Doctors and torture. N Engl J Med 2004;

351:415-6.

6 Nicholl DJ, Atkinson HG, Kalk J, et al. Forcefeeding and restraint of Guantanamo Bay hunger strikers. Lancet

2006;367: 811.

7 www.amnesty.ch/fr/pays/moyen-orient-afrique-du-nord/

syrie/docs/2011/pratiques-repressives-systematiques-au- sein-des-hopitaux-syriens

8 Syria’s health and humanitarian crisis. Lancet 2012;379:

590.

9 www.lemonde.fr/proche-orient/article/2012/02/16/

medecin-victime-bourreau_1644437_3218.html 10 www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=

27578&Cr=Syrie&Cr1=

11 www.lemonde.fr/proche-orient/article/2012/02/18/

bachar-al-assad-intime_1645263_3218.html

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