Revue Médicale Suisse – www.revmed.ch – 28 novembre 2012 2307
Faites-moi confiance…
Un inconnu vous accoste dans la rue et vous déclare «Si vous me donnez 1000 francs, vous pourrez venir les reprendre quand vous voudrez». Vous le faites ? Sans doute, non.
Maintenant disons qu’un inconnu assis derrière le guichet d’une banque vous dise la même chose. Vous le faites ? Là, votre ré
ponse pourrait bien dépendre de votre réac
tion à la crise financière. Admettons. Je suis cependant prête à parier que vous serez nettement plus nombreux à accepter. Dans le fond, les institutions servent entre
autres à cela : permettre la con fiance entre des personnes inconnues.
La même chose existe dans la médecine. Comme patient, comme collègue, nous devons tous pouvoir faire confiance à des personnes que nous ne connaissons pas. Elles sont médecins, infirmières, ratta
chées à une profession ou à une institution qui s’en porte garante à nos yeux. Le port de la blouse blan
che ; le rattachement à un hôpital ; la plaque sur la rue ; la recomman
dation d’un ami ou d’un confrère : nous ne faisons pas, c’est compré
hensible, confiance aveuglément.
Une fois donnée, cette confiance devient une des pierres angulaires de la médecine. Nos patients se confient. Sans cela, d’ailleurs, com
ment les soigner ? La médecine est
une pratique qui requiert que soient mis entre ses mains nos corps, nos informations les plus intimes, et finalement notre sort.
Jamais vraiment aveugle, la confiance n’est donc pas vide non plus. On a confiance que ; que la personne à laquelle on se confie se comporte d’une certaine façon. Qu’elle m’aide, et surtout qu’elle ne me fasse aucun mal.
Se laisser soigner par des inconnus, voilà qui requiert donc un engagement collectif.
Les codes de déontologie qui accompa gnent depuis leurs débuts les professions aux
quelles nous nous confions servent à cela.
Ils sont une promesse : nous serons dignes
de votre confiance et s’il s’en trouve parmi nous qui ne le sont pas nous les corrigerons.
La médecine exercée sans lien préalable est à ce prix. La création de liens thérapeu
tiques est à ce prix. La médecine exercée en groupe, en équipes, en institution, est certainement à ce prix.
Cet engagement, cependant, et les ten
sions qui entourent le port du badge aux HUG durant l’épidémie de grippe nous en montrent bien les difficultés. Ne pas nuire : voilà qui met tout le monde d’accord. Eviter de transmettre une maladie infectieuse, qui le contesterait ? Cela peut nous arriver à tous, mais nous avons comme soignants
une responsabilité particulière. Des dizaines de milliers de gestes quotidiens réalisés souvent sans même y penser attestent dans les hôpitaux de cet accord de tous. Mais comment, sur ce point, mériter loyalement la confiance des personnes hospitalisées ? En en appelant à la conscience des profession
nels ? Même si elle met tout le monde d’ac
cord, éviter de transmettre une maladie in
fectieuse est une tâche exigeante où notre quotidien a ses failles. Et dans un groupe comment obtenir une telle confiance à titre individuel ? Il va donc falloir s’engager collec
tivement ? Promettre ensemble. Mais alors il faudra, d’une manière ou d’une autre, véri
fier. Cela n’ira pas sans problème : en repo
sant sur l’idée que, peutêtre, nous avons besoin d’être corrigés, cette vérification peut entamer la confiance. Mais ne pas vérifier peut vouloir dire renoncer à en être, finale
ment, digne. Faitesnous confiance. Difficile exercice que cela…
carte blanche
Pr Samia Hurst Médecin et bioéthicienne Institut d’éthique biomédicale Faculté de médecine CMU, 1211 Genève 4 [email protected] 1
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