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Peintre anversois, Prédication et Décollation de saint Jean-Baptiste, vers 1520-1530

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Peintre anversois, Prédication et Décollation de saint Jean-Baptiste, vers 1520-1530

TERRIER ALIFERIS, Laurence

TERRIER ALIFERIS, Laurence. Peintre anversois, Prédication et Décollation de saint

Jean-Baptiste, vers 1520-1530. In: Elsig, E. La naissance des genres . Paris : Somogy, 2005.

Available at:

http://archive-ouverte.unige.ch/unige:97832

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[ 8 et 9]

Peintre anversois

Prédication et Décollation

de saint Jean-Baptiste ,

vers

1520-1530

Huile sur bois, 94 x 28,7 x 0,4 cm

HISTORIQUE: La Tour-de-Peilz (canton de Vand), collection Jean- Jacques Rigaud, jusqu'en 1854; La Tour-de-Peilz, collection Anna

Sarasin, petite-fille de Jean-Jacques Rigaud; don, 1903; inv. 5220- 5221.

INTERVENTIONS: Dominique Pector, 1963 (fixage de la couche picturale et réintégrations); Jean-Albert Glatigny, 2004 (élimina- tion des traverses non originales, 5221).

OBSERVATIONS MATÉRIELLES: Constitués de deux planches de chêne (croissance lente) débitées sur quartier et assemblées verti- calement à joint vif, les deux panneaux, dont le revers (fig. 1 et 2) est recouvert d'un enduit sombre sur une préparation claire, conservent sur les deux faces leur barbe et leurs bords non peints. Ils ont donc

fig. 1. Revers du volet gauche. fig. 2. Revers du volet droit.

54 La naissance des genres

été peints après avoir été montés dans un encadrement à rainure (aujourd'hui perdu) et nous sont parvenus dans leur format d'ori- gine. Leur largeur équivaut exactement à 1 pied anversois (28,68 cm), tandis que leur hauteur découle des proportions de la section centrale (disparue), fondée sur la loi du <<rectangle d'or».

Les deux volets appartiennent donc à un triptyque fabriqué proba- blement par un menuisier anversois. À une date indéterminée, ils ont fait l'objet d'une intervention de consolidation, comme le rappellent, au revers de la Décollation de saint jean-Baptiste, une bande de lin au niveau du joint et trois traverses collées à contre-fil. La couche picturale, appliquée par aplats de couleur, laisse voir par transparence, à plusieurs endroits, le dessin sous-jacent, réalisé au pinceau et à l'encre noire. Elle présente une qualité modeste, carac- téristique d'une production en série.

J.-A. G. et V. L.

Les deux panneaux constituent vraisemblablement les volets d'un triptyque consacré à saint Jean-Baptiste et dont la section centrale, disparue, aurait pu représenter le baptême du Christ, à l'instar du retable de Miraflores (cat. 7). Le premier montre la prédication du saint, qui, accompagné de l'agneau crucifère et entouré d'une foule, présente ses argu- ments au milieu d'une forêt, du haut d'une chaire impro- visée faite d'une branche transversale entre deux troncs d'arbres. Il adopte un schéma iconographique qui, utilisé dans les pays germaniques autour de 1500, notamment dans une gravure de Lucas Cranach l'Ancien, se retrouve aussi dans les anciens Pays-Bas et, plus précisément, à Anvers (Joachim Patinir, Herri Met De Bles, etc.). Le second met en scène, par un mouvement de va-et-vient dans la profon- deur et selon le principe de la narration simultanée cher à la tapisserie, trois épisodes successifs relatés par les Évangiles (Mt, XIV, 1-2; Mc, VI, 14-29): à l'arrière-plan, la danse de Salomé durant le festin chez Hérode, situé dans une loggia;

au premier plan, la décollation de saint Jean-Baptiste au seuil de la prison, au son du fifre et du tambour; à nouveau dans le fond, la remise de la tête du saint à Hérodiade, épisode qui se trouve ainsi amalgamé au premier.

Les deux volets partagent une mise en page compacte qui met particulièrement en évidence le contraste entre pauvreté et richesse, ainsi que la symétrie entre le robuste saint Jean-Baptiste prêchant et la séduisante figure de Salomé. Celle-ci regarde fixement le spectateur et semble lui faire du charme. Elle porte une robe aussi somptueuse qu'exotique, dont les franges aux épaules et la large encolure laissent apparaître la chemise transparente, selon une formule diffusée à Anvers dès les premières années du XVI' siècle (voir le Banquet d'Hérode peint par Quentin Metsys vers 1508-1511, aujourd'hui conservé au Koninklijk Museum d'Anvers). D'autres éléments vont dans le même sens: la colonne bulbée et la tenture de la loggia d'Hérode, le cadrage inattendu et le traitement abrupt de l'iconogra- phie évoquent des œuvres telles que la Décollation de saint Jean-Baptiste de Berlin (inv. 630C) ou le retable de Ringsaker en Norvège, peint vers 1530-1535 dans le milieu de Pieter Coecke Van Aelst (Marlier 1966, p. 408). Toutefois, on ne

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relève guère l'influence dürerienne ni l'agitation caractéris- tiques des «maniéristes gothiques anversois» ou de leurs épigones, ce qui complique le problème de l'attribution.

Jusqu'à aujourd'hui, les deux volets ont été rattachés à l'<< école allemande du

xvc

siècle>>, puis à l'<< école allemande du début du XVIe siècle» (Genève 1968, p. 17), sans doute en raison du schéma iconographique de la Prédication de saint Jean-Baptiste. Pourtant, leur langage, qui évoque vaguement Barthel Bruyn, ne paraît pas germanique et doit plutôt s'ins- crire dans le milieu anversois, comme nous le suggère Roland Krischel (communication écrite, 23 septembre 2002) et comme le corroborent les observations matérielles.

Il a été mis en rapport avec l'art de Dirk Vellaert par Ary Bob De Vries (communication au musée), dont la proposi- tion n'entraîne guère l'adhésion. Il se caractérise par un contour appuyé, une matière picturale relativement opaque

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Jan

Wellens De Cock

(Leyde?, vers 1480 - Anvers, avant 1527)

Tentation de saint Antoine, vers 1520

Huile sur bois, 49,1 x 36 x 0,4 cm

HISTORIQUE: Genève, collection Gustave Revilliod; legs à la ville de Genève, 1890; inv. CR 29.

INTERVENTIONS: Paul Zimmermann, 1956; Marguerite de Steiger, 1981; Jean-Albert Glatigny, 2004 (traitement du parque- tage); Victor Lapes, 2004-2005 (traitement de la couche pictu- rale); restauré avec le soutien de la fondation BNP Paribas Suisse.

ÜBSERVATlONS MATÉRŒLLES: Le panneau se compose de deux planches de chêne (croissance lente) débitées sur quartier et assem- blées verticalement à joint vif(respectivement 30,8 cm et 5,2 cm de largeur). Probablement à la fin du xixe siècle, il a été partiellement aminci et mis à niveau par l'adjonction d'une mince feuille de coni- fère afin de poser le parquetage, constitué de six montants et quatre traverses coulissantes. La couche picturale, dont on perçoit la fine préparation ainsi que les stries de la couche d'impression en radio- graphie, déborde sur les tranches du support, parvenu ainsi dans son format d'origine. Très usée, elle comporte de nombreuses lacunes allant jusqu'au bois. D'après les analyses réalisées, elle comprend, d'une part, un liant à base d'huile pour le feuillage (fig. 1) et la robe de la diablesse, faite d'un mélange de vermillon et minium sous un beau glacis rouge (fig. 2), d'autre part, une solution huile-œuf, très répandue depuis Je XV' siècle, pour le ciel (fig. 3), le manteau du saint et la carnation de la diablesse. Elle se caractérise par une technique fluide et rapide, dont la qualité est mise en évidence par le dessin sous-jacent. Celui-ci (fig. 4), probablement réalisé au pinceau et à l'encre, se concentre sur les figures, en parti- culier sur celle du saint, dont les cavités oculaires sont simplement marquées par deux cercles et dont le manteau présente de petites 56 La naissance des genres

et certains tics, comme la façon de dessiner les mains avec l'auriculaire tendu ou les visages féminins: un ovale presque parfait, un petit menton, un front très haut, de petits yeux arrondis. Il apparaît moins figé dans le dessin sous-jacent, qui, révélant peu d'hésitations, pourrait plaider en faveur d'une réplique d'atelier, exécutée par un collaborateur de qualité plutôt modeste. Nous proposons de le replacer dans le milieu du Maître de 1518 ou du Maître du retable de Pagny. Ces derniers, qui interprètent les formules maniéristes avec une plus grande sobriété, manifestent quelque parenté avec nos panneaux (Marlier 1966, p.112, 128), qui pourraient se situer durant la troisième décennie du XVI' siècle.

L.T.

BIBUOGRAPHfE: Genève 1896, p. 28; Deonna 1929, p. 27;

Hautecœur 1948, p. 80; Genève 1954, p. 13; id. 1968, p. 17.

hachures pour indiquer l'ombre des plis, plus nerveuses dans la partie inférieure. Il révèle quelques repentirs, notamment dans le calice, à l'origine plus grand et placé plus en retrait.

V. L. et A. R.

Le panneau se révèle d'une qualité remarquable, rendue évidente par sa récente restauration. Il met en scène, selon le récit d'Athanase popularisé dès le XIUC siècle par la Légende dorée, une tentation de saint Antoine. Ce dernier, représenté en vieillard barbu et vêtu des habits caractéristiques de l'ordre antonite dans les anciens Pays-Bas, est placé au premier plan d'un vaste paysage, dans lequel on le retrouve à deux reprises sur un chemin menant d'un port en bord de mer (on devine encore un navire) vers une ville incendiée.

Muni d'une image du Christ, d'un cierge et d'une clochette, il est assis dans son ermitage improvisé, constitué d'un arbre creux et d'un rideau. Il est surpris dans sa lecture par des songes diaboliques qu'il tente de conjurer en s'en détour- nant et qui sont rendus visibles au spectateur (Chastel1936;

Wirth 1976, p. 79). Monstre anthropomorphe coiffé d'une étrange capuche, le démon lui apparaît pour le tenter. D'une part, il lui offre de la nourriture dans des récipients précieux, emblématiques des richesses matérielles. D'autre part, il lui présente les séductions d'une diablesse indécente qu'il déshabille pour l'inciter à la luxure, également symbo- lisée par l'arbre creux et la chouette que l'on retrouvera dans la gravure Luxuria de Pieter Bruegel l'Ancien. À une date inconnue, ses yeux, comme ceux de la diablesse et de la chouette, ont été crevés à l'aide d'une aiguille, comme pour se protéger du mauvais esprit.

La mise en scène s'inscrit dans une mode des Tentations de saint Antoine qui, suscitée par l'inventio de Jheronimus Bosch (en particulier dans le triptyque de Lisbonne), se développe dès les années 1510 sur le marché anversois, comme en témoigne notamment la Tentation de saint Antoine réalisée par Quentin Metsys et Joachim Patinir (Madrid, musée du Prado). Ce phénomène participe d'un goût plus

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