M
A LAIN G HOUILA -H OURI
Problèmes de pesées
Mathématiques et sciences humaines, tome 7 (1964), p. 29-39
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PROBLEMES DE PESEES ALAIN GHOUILA-HOURI
On connait les
problèmes classiques
depesées.
Problème 1 . On a N
pièces
de monnaie(N’~ 2)
toutes de mêmepoids,
sauf l’uned’entre elles
qui
estplus légère. Quel
est le nombre minimumf(N)
depesées
néces-saires pour être sûr de déceler la
pièce
défectueuse ?Problème
2. On a Npièces
de monnaie(N’>, 3)
toutes de mêmepoids
sauf une.Quel
est le nombre minimumf(N)
depesées
nécessaires pour être sûr de déceler lapièce
défectueuse ?Il existe d’ailleurs une autre variante du
problème
2.Problème 2bis... pour être sûr de déceler la
pièce défectueuse
et de savoir si elle estplus
lourde ouplus légère
que les autres ?La solution du
premier problème
est bien connue:f(N)
est lapartie
entièrepar
excès
dulogarithme
de base 3 deN,
ce que nousnoterons 49 [log3 N]. (*).
En
guise d’introduction,
nous allons montrer comment on obtient cette solution.Solution du probléme 1
Pour faire une
pesée
on met k’pièces
dans unplateau
et kpièces
dansl’autre
k ’ N . Deux
caspeuvent
seprésenter
alors:1 er cas. On obtient
l’équilibre.
Lapièce défectueuse
se trouve alorsparmi
les N-2k
pièces restantes,
et le nombre ultérieur depesées
nécessaires estf
(N-2k).
12ème
cas. On obtient undéséquilibre.
Lapiece
défectueuse se trouve alorsparmi
les kpièces
duplateau
leplus léger,
et le nombre ultérieur depesées
nécessaires est
f(k).
On voit ainsi que dans le
pire des
cas, le nombre depesées ultérieures
seraOn a donc la relation de récurrence
Dans
ce texte, la notation E[x] représentera
lapartie
entière par excès de xs i x ’%
0;si i
x’0,
on posera E[x]
- 0.Cette
relation,
en tenantcompte
du fait quef(1) = 0,
définitf(N)
de ma-nière unique.
Ceci
dit,
y onpeut
remarquer quef(N)
étant une fonction croissante deN,
l’expression
r 1atteint son minimum pour la relation
On
peut
doncremplacer
la relation(1 )
parce
qui
donne immédiatement la solution’Les états d u système
La solution des
problèmes
2 et 2bis estplus délicate,
pour une raisonqui
vaapparaître
immédiatement. Eneffet,
y pour résoudre cesproblèmes,
y il faut tenircompte
de toutes les situationsqui peuvent
seprésenter
à la suite despesées
successives: pour
employer
uneterminologie classique en. Programmation Dynamique,
nous dirons
qu’il
faut tenircompte
de tous les étatspossibles
dusystème
au coursdes
opérations
successives.,Or,
si l’état initial dusystème
estentièrement
défini par le nombre N depièces ~,considérées,
il en va autrement des états ultérieurs.En
effet,
sit8t quedes,pesées
ont étéeffectuées,
les Npièces
se divisent enquatre catégories:
1 - les
pièces qui
ont sûrement unpoids normal,
_2 - les
pièces qui
sontsusceptibles
d’ #tretrop légères,
mais nontrop
lour-des,
3 - les
pièces qui
sontsusceptibles
d’êtretrop lourdes,
mais nontrop légè-
res,
4 - les
pièces
surlesquelles
on ne sait rien.Soient
k1, k2, k3, k4
les nombresrespectifs
depièces
de cesquatre
caté-gories :
on ak1
+k2
+k3
+k4
= N. L’état dusystème
estcaractérisé
parces
quatre
nombres. ’Exem 1 e :
On a 40
pièces numérotées
de 1à
40 dont39
ont le mêmepoids,
et ils’agit
dedéceler la
pièce
défectueuse enquatre pesées.
Leproblème est,possible puisque
E
log3 80] = 4.
Onprocède
de lamanière indiquée
sur leschéma
des pages 32 et 33.Dans
ceschéma,
on utilise les abréviations suivantes:Ci, C2, C3, C~ : Catégories 1, 2, 3, 4
E :
Equilibre
D :
Déséquilibre
P1. : Plateau
1 er Pl. L : Le
premier plateau
estplus
lourd 2ème Pl. L : Le deuxièmeplateau
estplus
lourd.Les décisions possibles
A
chaque
stade desopérations,
y autrement ditaprès chaque pesée,
y il faut pren- dre une décision. Cette décision consisteà
déterminer lesmQdalités
de lapesée
ultérieure. L’ensemble des décisions
possibles dépend
évidemment del’état
danslequel
se trouve lesystème.
Nous allons examiner deplus près
enquoi consiste
une décision.
Lorsqu’on
effectue unepesée,
on met dans unplateau x1 pièces
de lapremiè-
re
catégorie,
y x2 de laseconde, x3
de latroisième, x4
de laquatrième;
dansl’autre
plateau,
on metyi ,
Y Y2yY3y
Y4pièces
descatégories 1, 2, 3, ~4,
defaçon
telle quePosons
Prendre une décision revient donc à choisir des nombres
xi, yi,
zi(i==1~2y3~4)
vérifiant le
système
de conditionsPassage d’un état à
unautre
Appelons k1’ k2’ k3’ kl
les nombres depièces
desquatre catégories
une fois1 2 3 4
que la
pesée qu’on
adécidée
est effectuée.Trois
caspeuvent
seprésenter.
1 er cas -
Il y a
équilibre.
On a alors:2ème
cars -La balance
penche
duc8té
dupremier plateau.
On a a,lors:Sol ut ion expl ic ite du ’problème 2 pour N
3 ème c as -
La balance
penche
ducôté
du secondplateau.
Il faut alorspermuter
les xet les y dans les formules
précédentes.
Relat.ion de récurrence
Notons
f (k1, k2, k3, k4)
le nombre depesées
nécessaires pour obtenir laréponse
auproblème (que
ce soit leproblème 2,
ou2bis) lorsqu’on
se trouve dansl’état défini par les
quatre
nombresk1, k2, k3, k4.
On a la relation de récurrence:
Dans cette
relation, l’opérateur
Maxporte
surles trois expressions
écrites àsa droite: il
indique
que l’onenvisage
celui des trois .casqui
est leplus
défavo-rable.
L’opérateur
Minporte
sur toutes lespesées possibles:
ilindique
que l’onprend
la meilleure décisionpossible.
Conditions
a ux1 imites
Dans ce
qui précède,
nous avons été amenés à reconnaf tre la nécessitéde
trai- ter lesproblèmes
2 et 2bisrespectivement
comme des casparticuliers
desproblèmes
A et B suivants
PROBLÈME
A.Le
système (de
nosconnaissances)
se trouve dans l’état défini par lesquatre
nombres
k1’ k2, k3 ~ k4. Quel
est le nombre minimumfA (k1, k2, k3, k4)
depesées
nécessaires
pour déceler lapièce
défectueuse?PROBLÉME
B.Le
système
se trouve dans l’état défini par lesquatre
nombresk1,k2,k3,k4.
Quel
est le nombre minimumfB (k1, k2, k3, k4)
depesées
nécessaires pour déceler lapièce
défectueuse et pour savoir si elle estplus
lourde ouplus légère?
Remarque
1. La solution duproblème
2 estCelle
duproblème
2bis estRemarque 3.
Remarque
4. La solution duproblème
Jusqu’à présent,
nous avons vu que les solutions duproblème
A et duproblème
B obéissent à une même relation de
récurrence,
la relation(4).
Est-ce à direqu’il n’y
a pas de différence entre ces deuxproblèmes ?
Certainement pas. La différence tient à unphénomène
que nous avons omis designaler,
à savoir que la relation(4)
n’est valable
que si
l’état(k1, k2, k3, k4)
ne contientpas déjà
l’information désirée.C as du
problème
A.Dans ce cas, l’information désirée est atteinte
lorsque
l’on ak2+ k3+ k46
1.La fonction
fA (k1,
ek2, k3, k4)
obéit à la relation(4)
seulement pourk2
+k3
+k4
>1 ;
elle est nulle pourk2
+k3 + k,~, ~( 1,
Cas du
probl ème
B.Dans ce cas, l’information désirée est atteinte
lorsqu’on
àk4 =
0 etk2
+k3 ’ 1,
y c’est-à-direlorsque
l’on ak2
+k3
+ 2k4 $
1 . La fonctionfB (k1,
Yk2, k3’ k4)
obéit à la relation(4)
seulement pourk2
+k3
+ 2k4 "> 1 ;
Plle est nulle pour
k2
+k3
+ 2k,~’~
1.Unic!té des solutions
La
question qui
se pose maintenant est de savoir si les fonctionsfA (k1, k2, k3l k4)
etfB (k1, k2e k3, k,4)
sont définies de manièreunique
parles conditions que nous leur avons
imposées.
Laréponse
estaffirmative,
commenous allons le montrer.
Appelons So
l’ensemble des étatsqui
contiennent l’infor- mation désirée(pour
leproblème A, So
est l’ensemble des étatsqui
vérifientk2
+k3
+k4 ’$ 1;
pour leproblème B,
c’est l’ensemble des étatsqui
vérifientk2
+k3
+ 2k4 ’4 1 ) .
Soit f(k1 ,
yk2, k3, k4)
une fonctionqui
s’annule pour(k1, k2, k3, k4) E So,
etqui vérifie
la relation(4)
pour(k1’ k2, k3’ k4) Y so
Nous allons voir que le nombre de
pesées
nécessaires pour atteindre un état de50
est f(k1, k2, k3, k~).
·En
effet,
si on effectue unepesée,
et si onappelle (k1’ k2, k3, k4)
l’étatobtenu
après
cettepesée,
y on aSi
l’éventualité
laplus
défavorable seréalise,
on aura donc.On voit ainsi que si on
joue
de malchance àchaque pesée,
le nombre depesées qu’il
faudra pour aboutir à un état de
So,
c 1 est-à,-direà
un étatqui
annulef,
sera aumoins
égalé à
f(k1’
yk2’ k3’
yk 4 ).
Par
ailleurs,
y si on choisitchaque
fois lapesée qui
réalise le minimum dans le secondterme
du second nombre de la relation~4) ,
y on auraalors,
dan.s le cas leplus, défavorable
.On voit donc
qu’avec
cettepolitique
le nombre depesées qu’il
faudra pour attein- dre un état deSo
sera, dans lepire
des cas,égal
à f(k1’
yk2, k , k 4
En définitive f
(k ,
yk2, k3, k4)
est bien le minimum du nombre depesées
nécessaires.
G 1 asses admissibles d’.états
Appelons z
l’ensemble de tous les étatspossibles.
Onappellera classe
admis-sible d’états tout ensemble S tel que si on
part
d’un état deS,
etqu’on
effectue une
pesée,
y on aboutit dans tous les cas à un état de S. Lesexemples
lesplus simples
de classes admissibles sont E etSo..
Si on se donne un entier n, l’ensemble des états pourlesquels k1
+k2
+k3
+k4 =
n est une classe admissi-ble ;
l’ensemble des états pourlesquels
n estégalement
une classe admissi-ble. Citons aussi l’ensemble des états pour
lesquels k4 -
0.Si on se donne une classe
admissible,
y onpeut
chercher àconnaître fA
etfB
pour les états de cette
classe,
etuniquement
pour ceux-là. En donnant la solution duproblème 1,
nous avons résolu lesproblèmes
A et B pour la classe des étatsqui vérifient k3 = k4 =
0(ces
deuxproblèmes ayant
d’ailleurs la même solution pour cette classed’états).
Intuitivement,
y on devine que les solutionsfA (k1, k2, k31 k4)
etfB (k1, k2, k3, k4)
nedépendront
pasbeaucoup
dek1.
Le seulr8le qui
sembleréservé aux
pièces
de lapremière catégorie
est un rôled’appoint:
ellespermet-
tront d’assurer
l’égalité
du nombre depièces
dans les deuxplateaux.
C’est cequi
nous conduit
à rechercher,
dans unepremière étape,
la solution des deuxproblèmes
dans des classes admissibles de la forme
"k1
assezgrand".
Solution du problème B pour 1
La forme de la solution du
problème 1,
et l’idéequ’une pièce
de lacatégo-
rie 4 contient deux fois
plus
demystère qu’une pièce
de lacatégorie
2 ou de lacatégorie 3,
nous conduisentà
examinerl’hypothèse
que la solution estOn vérifie tout d’abord que cette fonction s’annule pour
k2
+k3
+ 2k4’
1.Par
ailleurs,
si onpart
d’unétat vérifiant k2
+k3
+ 2k4’>
1LI,
quesoit
la décision
prise,
l’un des trois nombres(puisque
leur somme estégale à
1 . D’ autrepart,
si1,
il estpossible
de choisir lapesée
de telle manière que ces trois nombres soient inférieursou
égaux
àOn a
donc,
pourEn
définitive,
on a bienSolution du problème A
pourTout
d’abord,
on aD’autre
part,
yfA (kl
Yk2, k3, k4)
est définie pour 1 etk4’>
0 par larelation de récurrence suivante
(valable
pourk2
+k~
+k~’> 1 ) .
On vérifie alors facilement
(*)
que l’on a, pourDes inégalités supplémentaires
Nous allons ici serrer de
très près
les valeurs defA
et defB
pour les étatsqui
vérifientk1 ’
1. ° Eneffet,
y soit un état ’k~~
’k3
’k~.)
aveck1,, j .
Ilest
possible
de faire unepesée
demanière
telle que,quel
que soit lerésultat,
y--’
Pour vérifier cela, il l faut examiner différent,s cas, spivant les-valeurs des res,tes de la division par 3 des nombres
k3
etk4.
le nouvel état On a donc
Inversement,
si on se trouve dans unétat (2, k2, k3, k4),
il estpossible
defaire toutes les
pesées
en laissant dec8té
une ou deux boules de lacatégorie 1 ~ et,
mis à
part cella,
enprenant
toutes lesdécisions
demanière optimale.
On a doncaussi
Il est maintenant
possible,
par un examen exhaustif des situationspossibles,
de donner la solution
générale
desproblèmes
A et B. Mais nous nous limiterons ici à l’étude desproblèmes
2 et 2bis.Sol ut ion du problème 2b is (N >, 3)
Soit
q’> 1
leplus petit
entier tel que2 N’ 3~-. D’ après
cequi précède,
on aPour faire la
première pesée,
on choisit des nombresDeux cas se
présentent:
On ne
peut
avoir à la foiscela entraînerait
on a donc
Le nombre de
pesées
ultérieures est danstous
lescas q-1.
On a donc
f(N)
..~ q.La solution du
problème
2bis est doncSolution du problèmes 2 (N ’>, 3 ~
Soit
q ’>
1 leplus petit
entier tel que2N-1 ~% 3q
On a
Deux cas se
présentent:
1 ter cas -
On ne
peut
avoir à la foiscar cela entraînerait On a donc
f(N) = q+1
2 ème
cas -2N’
3q.
Prenons Or on ad’où
Le nombre de
pesées
ultérieures est danstous
les casq-1.
On a donc
f(N) =
qLa solution du
problème
2 est doncPolitipue optimale
Du moment que l’on connait le nombre de
pesées
nécessairespour tous les
états considérés,
y on a dumême
coup lapolitique optimale.
Eneffet,
il