A NNALES DE LA FACULTÉ DES SCIENCES DE T OULOUSE
C. B OURLET
Sur le problème de l’itération
Annales de la faculté des sciences de Toulouse 1resérie, tome 12, no2 (1898), p. C1-C12
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C.I
SUR LE
PROBLEMÈ DE L’ITÉRATION,
PAR M. C. BOURLET.
Le
problème général
de l’Itérationpeut
êtreposé
de lafaçon
suivante:unc
fonction
donnée dc la variable z; posonshlus généralement
Soit 03C6-1
(z)
laf onction
inverse de 03C6(z )
nous poserons encoreUn aura,
alors,
pour toutes les valeurs entièrespositives
ounégatives
des indices de p et q ,
et il
s’ab it
de trouver unefonction 03C8(k, z)
de la variable z etdu para-
mètre k telle que l’on. ait
pour toutes les valeurs entières
positives
ounégatives
de p, ettelle,
enoutre, que t’on ait
quels
que soient les nombres lr ctIr’,
réels ouimaginaires.
Ce
problème
adéjà
donné lieu à deremarquables
travaux.Étudié
d’abordpar Schrôder
(’ )
et Korkinc(? ),
il a étérepris, plus récemment
par M.K0153nigs (3).
Schrôder et Korkine se sont surtout
occupés
du calcul des coefficients dudéveloppement
de la fonction~~(h, ~)
suivant lespuissances
croissantes de z - x, x étantpoint
limite de lafonction ? (â ); mais,
outre que leurs méthodes se bornent à montrer comment on calculera deproche
enproche
ces
coefficients,
ellesprésentent
l’inconvénient deprésupposer
soit l’exis-tence de la fonction
.~,),
soit la convergence desdéveloppements
étudiés.Korkine,
à vraidire,
a donné une secondeméthode,
fortingénieuse,
dans
laquelle
il montre que la fonction~.~ ( Ir, â ) peut
être mise sous laforme
et la recherche de cette fonction est ainsi ramenée à celle de la fonction
qui
vérifiel’équation
fonctionnelle d’AbclIl donne une
expression formelle
de 03C0(z),
danslaquelle figure
un déve-loppement
en une série doublement infiniedont, malheureusement
il n’apas établi la convergence.
M.
K0153nigs,
en seplaçant
à un tout autrepoint
de vue, et sans recher-cher la forme de la fonction
~),
a démontré d’unefaçon rigoureuse
son
Aucun de ces auteurs, comme on le
voit,
n’a donné uneexpression explicite
de cette fonction03C8(k, z)
dont la validité soit assurée.Cependant
Schrôderindique
dans sonMémoire,
aux notationsprès,
laforrnule suivante
( ’ ~ :
( 1 ) SCHRODER, Ueber iterirte Functionen (Mathematische Annalen, t. III, p. 296).
(2) Sur un problème d’interpolation (Bulletin des Sciences mathéma-
tiques, 2e série, t. Vi, p. 228; 1882).
(3) KOENIGS, Nouvelles recherches sur les équations fonctionnelles (Annales cle l’École Normale supérieure, 3e série, t. II, p. 385; 1885).
(4) Cette formule a été suggérée à Schröder par une autre formule donnée par Cayley
dans le Quarterly Journal, t. LI, p. n., pour ma part, je rayais retrouvée en appliquant la
formule d’interpolation de
où r
désigne
un cllticrpositi f
et où le second membre ne contient quer + 1 termes. Il est vraiment curieux
qu’il
n’ait pas eu l’idéed’appliquer
cette formule au cas de r
quelconque
car, enremplaçant
la somme dusecond membre par une
série,
il aurait été ainsi conduit à la solutionexplicite qui
faitl’objet
de ce Travail.I.
Je
rappelle
d’abord deuxpropriétés
de la fonction desubstitution ~ ( ~ ~.
1 ° Soit x une racine de
l’équation
x est ce
qu’on appelle un point
limite de lasubstitution 03C6(z);
on a, pourtoutes les valeurs
entières, positives
ounégatives,
del’indice p,
Je
supposerai,
deplus, toujours,
dans lasuite,
que lafonction ? (= )
est né-gulière
auvoisinage
dupoint z
= x, c’est-à-direqu’elle
estdéveloppable
enune série ordonnée suivant les
puissances
croissantes et que l’on a :z"
Désignons
par~ p ( ~ ~
la dérivée de~,, ( ~, ) ;
on aura,quel
que soit l’entierpositif
ounégatif
y~[pourvu
que, dans le cas où p estnégatif ~‘(x~ ~ o].
En
effet,
pour If = ~, on aet, en faisant z == ~ et
remarquant
queSi la loi est vraie pour l’indice p, elle est vraie pour
l’indice p
+ r caret, en faisant = = x, en vertu de
l’égalité ( r ),
La
proposition
est donc vraie pour les indicespositifs.
D’autre
part,
on adonc
et, en faisant ~ =: .r,
cFou
La loi s’étend
alors,
deproche
enproche,
commeplus haut,
aux indicesnégatifs.
IL Considérons maintenant la série
les coefficients
C~,
...,qui figurent
dans lescrochets,
étant les coeffi- cients binominaux.Remarquons,
desuite,
que cette sériepeut
symboliquement
à condition de
remplacer,
dans ledéveloppement
de lapuissance symbo- lique (~ - ~)~p~2, l’expression ~~q~,~
par~q(,~). D’ailleurs,
cette dernière for- mule({J) peut
encore secondenser, symboliquement,
en celle-ci :Pour que
Inégalité (3 ),
ou leséquivalentes (4)
et(5),
définisse unefonction bien
déterminée ~ (k, ~ ),
ilfaut, d’abord,
prouver la convergence de la sériequi figure
dans le second membre et, à ceteffet, j’établirai
laproposition
suivante : :x étant ura
point
limite de lafonction 03C6(z),
auvoisinage duquel
cllcest
régulière,
tel l’on aitil existe un cercle
C,r,
de centre x, tel que, pour toutpoint
z à l’ijL-térieur de ce
cercle,
la série(3)
soitconvergente, qucl
quc soit k.Prenons le
rapport
du(p
+ terme de la série(~)
auprécédent ;
ccest
’
et cherchons d’abord la valeur de ce
rapport
pour = = x. Pour cettevaleur,
le
rapport prend
la forme indéterminée-° ~
car onous aurons donc sa valeur en
prenant
lerapport
des dérivées pour ,~ = .r.Si l’on tient
compte
deségalités (2),
démontréesplus haut,
la valeur dece
rapport
est doncCeci nous prouve,
d’abord,
que lerapport Rp(z)
est,quel
quesoit p,
une fonction
régulière
de z dans levoisinage
dupoint
limite xpuisqu’en
ce
point
il a une valeurfinie
etqu’il
est lequotient
de deux fonctions ré-gulières.
La limite de cerapport, lorsque p
croît indéfiniment(limite qui
est
indépendante
dek ),
estdonc,
engénéral,
une fonctionrégulière
au
voisinage
de z = x et la valeur de cette fonction pour = == x estSi donc on a
on pourra déterminer un cercle
Cx,
de cen tre x, tel que, pour toutpoint z
situé à l’intérieur de ce
cercle,
le module deR(~)
soit assez voisin du module deR(.r),
c’est-à-direde ) ~/(.r)2014 ! j,
pour êtreplus petit
que i; pour tousces
points
la série( 3 )
sera donc absolumentconvergente, quel
quc soit A. . Maisil y
aplus.
La démonstrationprécédente
nous prouve, eneffet,
que si l’on considère la série déduite de la série(3)
enprenant
les dérivées detous les termes, par
rapport
à -j, etsi,
dans cette nouvellesérie,
onprend
le
rapport
du( p
+ r terme auprécédent,
cerapport
a une limite indé-pendante
de kqui
est une fonction S(z), régulière
auvoisinage
dupoint limite,
telle que 1 on aitOn pourra donc déterminer ma second cercle
Tx,
dc centre x, clcégal
ou à celui deCx,
tel dc ce.cercle,
ct
quel
que soitk,
la série( 3 )
soitconvergente
etdéfinisse
unefonction 03C8 (h al régulière
en z.Dans toute la
suite, j e supposerai qu’on
ne considère la fonctionpour les valeurs de = situées à l’intérieur du cercle
Tx
danslequel
cllcest
régulière.
III.
J’établirai d’abord
quelques propriétés simples
de la fonctionk, z)
.1 ° a étant lc
point limite,
on aC’est
évidente
car, comme nous l’avonsremarqué plus llaut, l’expression ( ~.~ -1 ~’p~.~ prend,
pour ~ = x, la valeur~.L ( h, x)
se réduit donc a sonpremier
terme x.2°
03C8’ ( k, z) désignant
la dérivée cle lafonction 03C8 ( k, â ),
, parrapport
à z, on a,
au point
limite x,quel
que soit k.Nous avons en
effet, qu’on
atoujours
pour les valeurs entières de l’indice p( 1) Ici désigne une véritable puissance. Pour qu’il n’y ait pas de confusion.
,j’aurai toujours soin de placer les exposants des puissances symboliques entre parenthèses.
or, on a
et, pour = = x,
prend,
parsuite,
la valeurOn a donc
les
puissances
étant ici de véritablespuissances. Puisque o (~)
-- i( ~
la série du second membre est
convergente
et a pour sommequcl
que soit k.Ces deux
propriétés
ne sont, en somme, que l’extension à~.~(h, ~ ~
desdeux
propriétés
des fonctions~~,(â~ rappelées
au n° I. .llll entier
positif
ounul,
on aCeci est encore
évident,
car on apuisque
p estentier,
et en effectuant lapuissance symbolique.
4°
p étant unentier positif,
on aquel
quc soit li( ’ ).
_ ---- --- - --- _
( i ) Il faut remarquer qu’à cause de l’hypothèse
J q’(a7) )
1 , si z est suffisamment voisin du point r,sera
à l’intérieur du cercle rx dans lequel la fonction West régulière.Il suffit de prouver la
proposition lorsque p
= i, car,alors,
elle s’étendsans
difficulté,
deproche
enproche,
pour p = 2,3, 4, . , .. Or,
on aet ceci
peut s’écrire, symboliquement,
ce
qui
revient àmultiplier symboliquement
par 03C6.Pour
multiplier symboliquement
par q, onpeut multiplier
par1-~- ~ -
i et l’on a donc5° -
p étant
un entier négatif, on a aussià condition de choisir pour 03C6-1
(z)
des déterminationsqui,
pour.~, = x, se réduit à x.
On a, en
effet, d’après
cequi précède,
~.~ (--
i ,,~ )
est donc la fonction inversequi
se réduit à x pour~ = x, en vertu de
l’égalité (6).
Donc .Plus
généralement,
la détermination de
~_~,(â)
étant telle que, pour z =x, réduise a x~.IV.
Pour
terminer,
il nous reste à prouver laproposition capitale
quevoici
:On a,
quel
que soitk,
Pour
cela,
ilsuffit,
à cause deInégalité (g ),
de prouver que l’on aOr,
les deux membres de cetteégalité (12)
étant des fonctionsrégulières
au
voisinage
dupoint
limite x, il suffit de prouver que les deuxmembres,
ainsi que toutes leurs dérivées par
rapport
sontégales
pour z = a.On a, en
premier lieu,
En second
lieu,
en vertu deségalités (6) et ( 7 ),
donc,
encore,Prenons les dérivées secondes : il faut prouver que
Posons,
pourabréger l’écriture,
on doit donc avoir
La relation
(12) qu’il s’agit de
démontrer étant vraie pour toutes les va-leurs entières de
k,
cette dernièrerelation, qui
en est uneconséquence,
estvraie pour toutes les
fonctions ~~,(2);
on en conclut que~"(l~, x)
s’obtienten
remplaçant
dans sondéveloppement
lesexpressions
et l’on trouve ainsi
ce
qu’il
fallait établir.Considérons encore les dérivées troisièmes : il faut prouver que
En
remplaçant
dans cetteexpression ~ ( k, x~, c~’ (k, x ~, c~" ( k, x )
par leurs valeurs etsimplifiant,
il reste à montrer que .Or,
cette relation étant vraie pour les valeurs entières de k est vraie pourtoutes les fonctions
~p (~ ~;
on a doncEn
remplaçant
dans ledéveloppement x)
toutes lesquantités
~ (~)
par ces valeurs et faisant la somme, on trouve que la relation pro-posée
est vraie pourc~"’( k, x).
D’une
façon générale,
si l’on a démontré laproposition
pour la dérivée~,c~~ ( k, x ),
on la démontrera pour la dérivée(q
+ de lafaçon
suivante : on dérivera
( q
+I )
fois larelation (12)
parrapport à z,
on y fera.~ = x et l’on
remplacera ~ (k, x), ~’ (k, x), c~"(k, x),
...,c~~q~ (k, x)
par leurs valeurs calculéesprécédemment
en fonction dex’, x", x"’,
...,L’égalité qu’il s’agira de démontrer prendra
alors la formeles fonctions
x",
..., nedépendant
aucunement de k.Or,
larelation
(12)
étant vraie pour les valeurs entières dek,
on aura,quel
que soit l’entier p,En
remplaçant
lesquantités (x)
par leurs valeurs dans ledéveloppe-
ment de
c~~q+’ ~ ( k, x),
on trouveet c’est ce
qu’il
fallait établir.V.
Ces
propositions préliminaires
nous conduirontmaintenant
au résultat final.Considérons,
eneffet, l’expression c~ ( k, ~ ( k’, ,~ ~~
; c’est une somme determes de la forme
Or,
de la relation(12)
que nous venonsd’établir,
ondéduit,
par des ap-plications répétées,
quels
quesoient k’
etl’entier positif p ;
le termegénéral peut
donc s’écrireou, avec
l’écriture symbolique,
C.I2
ou encore
et enfin
L’opération
de la substitutionde § ( k’, ,~ )
à ~ dans~.~ ( k, .~ )
revient donc àmultipliersymboliquerllent chaque
terme dudéveloppement
et, parsuite, 03C8 ( h, z)
elle-même par( I+03C6-I )(k’);
on a doncquels
que soient k et k’.En
résumé,
la fonction~.~ ( k, 2 ), régulière
dans le cerclerx,
vérifie bienles deux relations
( A )
et( B );
c’est donc bien une fonction itéréede cp(z).
Korkine a d’ailleurs montré
(’ )
comment,lorsqu’on
connaît une solutiondu
problème,
on pourra construire toutes les autres.Remarquons,
enterminant,
que la démonstration de l’identité(12),
aun°
IV,
donneprécisément
lecalcul,
deproche
enproche,
des coefficients dudéveloppement
suivant lespuissances
croissantes de z - x enfonction de x, x’,
x", x"’,
..., c’est-à-dire en fonction des coefficients dudéveloppement de c~ (,~ ). Car,
si l’on poseon a
généralement
On retrouve les résultats des calculs de
Korkine,
résultatsqui
se trouventainsi
justifiés après
coup.( 1 Loc. cit., p. 234 .