FACULTÉ
DEMÉDECINE ET DE PHARMACIE DE BORDEAUX
ANNÉE 1901-1902 »° 37
CONTRIBUTION A L'ETUDE
DE
rain
LA MYOPIE PROGRESSIVE
THÈSE POUR. LE DOCTORAT EN MÉDECINE
Présentée et soutenuepubliquementle 20
Décembre 1901
Constant-Jean-Marie-Eugène LEHARDY
Né àDiuau (Côtes-du-Nord),le 30 mai1875
Élève duService de Santé de la Marine
/' MM. BADAL professeur.... Président.
„ . , , . \ DEMONS professeur—)
Examinateurs de laThese:
LAGRANGE agrégé Juges.
(
CABANNES agrégé 1Le Candidat répondra aux questions qui lui seront faites sur les
diverses parties de l'Enseignement médical.
BORDEAUX
IMPRIMERIE DU MIDI — PAUL CASSIGNOL
91 — RUE PORTE-DIJEAUX — 91 1901
Faculté de Médecine et de Pharmacie de Bordeaux
M. DENABIAS, doyen — M. PITRES, doyen honoraire.
PROFESSEURS
MM. M1GÉ
)
DUPUY v Professeurs honoraires.
MOUSSOUS
\
MM.
PI. . • , » PICOT.
Clinique interne ^ PITRES
„.. .
, \ DEMONS.
Clinique externe
j
lANELONOUE.Pathologie et théra¬
peutique générales. VERGELY.
Thérapeutique ARNOZAN.
Médecine opératoire. MASSE.
Clinique d'accouche¬
ments LEFOUR.
Anatomie pathologi¬
que COYNE.
Anatomie CANNIEU
Anatomie générale et
histologie VIAULT.
Physiologie JOLYET.
Hygiène LAYET.
Médecine légale MORACHE.
A4» B6É Kl S EN
section dkmédecine (Patholog
MM. SABRAZÈS.
LE DANTEC.
HOBBS.
Physique médicale...
Chimie
Histoire naturelle ...
Pharmacie
Matière médicale....
Médecine expérimen¬
tale
Clinique ophtalmolo¬
gique
Clinique des maladies chirurgicales des en¬
fants
Clinique gynécologique Clinique médicale des maladiesdesenfants Chimie biologique...
Physiquepharmaceu¬
tique
10 NERUiCE : ie interneet Médecine
MM. MONGOUR.
CABANNES.
MM.
BERGONIÉ.
BLAREZ.
GUILLAUD.
FIGUIER.
de NABIAS FERRÉ.
BADAL.
P1ECHAUD.
BOURSIER.
A. MOUSSOUS DEN1GÉS.
SI GALAS.
léyale.)
sectionde chihuhgieet accouchements
Pathologieex!.erne<
(MM.YILLAR.
CHAYANNAZ.
BRAQUEHAYE BÉGOUIN.
Accouchements IMM. FIEUX.
ANDERODIAS.
section dessciencesanatomiques etehysioi.ogiques
jMM. G ENTES. | Physiologie MM. PACHON
•••) CAVALIÉ. Histoirenaturelle BEILLE.
section dessciences physiques
Chimie MM. BENECH. I Pharmacie... M. DUPOUY
a ' o m ai s F o .11 ■» a, ao m eo a t a i n bos
Clinique des maladiescutanées etsyphilitiques MM. DUBREUILH.
Clinique des maladies des a'oies urinaires Maladies du larynx, des oreilles etdunez Maladies mentales
Palliologie interne Pathologieexterne Accouchements Physiologie Embryologie Ophtalmologie ..
Hydrologie etMinéralogie Pathologie exotique
Le Secrétaire de La L'acuité:
POUSSON.
MOURE.
REGIS.
RONDOT.
DENUCni.
FIEUX.
PACHON.
PRINCETEAU LAGRANGE.
CARLES.
LE DANTEC.
LKM AIRE.
Par délibération du 5 août 1H79, la Faculté aarrêté que les opinions émises dans les Thèsesqui lui sont présentées doivent être considérées comme propres à leursautours, qu'elle n'entend leur donner ni approbation ni improbation.
A
MON ET A PÈRE MA MÈRE
Faible témoignage de ma
reconnaissance.
A LA
MÉMOIRE DE MON BEAU-ERÈRE
CONTROLEUR DES DOUANES COLONIALES
A MON
FRÈRE ET MA SŒUR
A MON
ONCLE II.
RECEVEUR PRINCIPAL DES CONTRIBUTIONS INDIRECTES
.1 MES ONCLES
ET A MES TANTES
■B
A MONSIEUR LE
DOCTEUR BOURRU
181
DIRECTEUR DU SERVICE DE SANTÉ DE LA MARINE DIRECTEUR DE i/ÉCOLE PRINCIPALE DU SERVICE DE SANTÉ DE LA
MARINE ET DES COLONIES
OFFICIER DE LA LÉGION D'HONNEUR
OFFICIER DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE
m
A MONSIEUR LE DOCTEUR LAGRANGE
PROFESSEUR AGRÉGÉ A LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE BORDEAUX
MÉDECIN OCULISTE DE L'HOPITAL DES ENFANTS OFFICIER D'ACADÉMIE
A mon Président de Thèse
MONSIEUR
LE DOCTEUR BADAL
PROFESSEUR DE CLINIQUE OPHTALMOLOGIQUE A LA
FACULTÉ DE
MÉDECINE DE BORDEAUX CHEVALIER DE LA LÉGION D'HONNEUR
OFFICIER DE LINSTRUCTION PUBLIQUE
AVANT-PROPOS
Avant d'entrer dans le sujet de
cette thèse, qui représente
la dernière étape de notre
vie d'étudiant, la reconnaissance
etl'amitié, bien plusque
la tradition,
nousimposent de nom¬
breuxdevoirs,
auxquels
nousn'avons garde de nous sous¬
traire. C'est un sentiment tout
naturel
quecelui qui
nous porteà adresser unremerciement sincère à tous ceux qui
parleurs savantes
leçons
nousont enseigné les premiers
éléments de la chirurgie et de
la médecine.
A Brest,où nous avons
commencé
nosétudes,
nousremer¬
cions
particulièrement MM. les Drs Vergos, Piton, Salanouë et
Rouhaud.
A Bordeaux, nousavons passé
trois
ansdans divers
ser¬vices de médecine et de chirurgie:
Que M. le Prof,
agrégé
Lagrange,qui
nous aenseigné les
premiers
principes de l'ophtalmologie, veuille bien recevoir
d'abord, dans toute leur sincérité,
l'assurance de
nossenti¬
ments deparfaite
reconnaissance. L'année
que nous avons passée danssonservice
nesortira jamais de notre mémoire.
Nous n'avons trouvéauprès de lui que
des enseignements
sûrs etétendus et une affabilité, sans bornes.
C'est lui qui
a bien voulu nous donner le sujet de notre
thèse,
nous guider dans cetravail et nous procurerles matériaux néces¬
saires; nousle prions
de
bienvouloir accepter l'expression
de nos remerciements lesplus sincères.
Que M. le D1' Piéchaud, professeur
de clinique chirurgicale
infantile, dont nous avons été l'élèvependant
uneannée,
reçoive ici l'hommage de notre
profonde gratitude.
Nous ne pourrons jamais oublier la bienveillance que M. le D1 Davezac, médecin des hôpitaux, nous a toujours montrée dans le cours de notre dernière année d'études, passée dans son service; qu'il nouspermettede lui exprimer notre respectueuse sympathie.
Dans
l'expression
de- notre gratitude nous associerons M. le Prof, agrégé Cabannes, médecin des hôpitaux, dontnous avons toujours apprécié l'extrême obligeance.
M. le Dr Badal, professeur à la Clinique ophtalmologiquede
l'hôpital
Saint-André,nous a fait le grand honneurd'accepterla présidence de notre thèse, nous luiexprimons toutenotre reconnaissance.
Nous adressons nos hommages respectueux à tous nos maîtres de la Faculté et des Hôpitaux ; à M. le Dr Bourru, directeur de l'Ecole principale du Service de santé de la Marine, et à tous nos professeurs de
l'École
du Service de santé.Nous ne pouvons oublier de remercier M. le Dr Martin, oculiste à Bordeaux, qui a bien voulu mettreà notre disposi¬
tion une observation inédite des plus intéressantes.
Enfin, à tousnos camarades duCorps deSantéde la Marine
etdes Colonies, nousadressons avant de lesquitter unadieu amical.
DIVISION DU SUJET
L'histoire de l'extraction
du cristallin transparent a donné
lieu à denombreuses
publications et thèses, dont quelques-
unes toutes récentes.
Malgré les conclusions très favo¬
rables déposées par
la plupart des auteurs, cette opéra¬
tion ne jouit pas encore
auprès des chirurgiens de toute
l'estime qu'elle
mérite. En choisissant pour sujet de thèse
inaugurale
L'intervention chirurgicale dans la myopie
élevée, nous n'avons
pokit essayé de faire une étude très
complète du
sujet
; nousn'en n'avons ni le temps, ni la com¬
pétence. Nousavons
seulement essayé de démontrer une fois
deplusque,
dans la main d'un chirurgien habile, cette opé¬
ration, sans être bénigne
ni exempte de dangers, peut ren¬
dre dans certains cas de réels
services
aux myopesélevés,
en relevant leuracuité visuelle et sans
augmenter les dan¬
gers du décollement
de la rétine.
Nous avons divisénotre sujet enquatre
parties
:La
première comprend l'historique de la question, depuis
sesorigines
jusqu'à
nosjours.
La seconde et la troisième seront
représentées
parles indi¬
cations et les contre-indications.
Dansla
quatrième enfin,
nousdécrirons les divers procé¬
dés employés, et
principalement le manuel opératoire dont
s'est toujours serviavec
succès M. le Prof, agrégé Lagrange,
notre maître, à la Clinique
ophtalmologique de l'hôpital des
Enfants.
A l'appui denos
affirmations,
nouscitons 18 observations,
dont 15 prises à la
Clinique de l'hôpital des Enfants, quel-
— 12 —
ques-unes pendant le stage que nous y avons fait comme étudiant.
Puis troisautres, dontl'une est due à l'obligeance de M. le Prof. Badal ;la deuxième a été gracieusement mise à notre disposition parM.le DrMartin,
oculiste à Bordeaux
;la
troi¬sième enfin est due à M. le DrMazet, de Marseille.
Dans la bibliographie, nous donnons toutes
les indications
que nous avons recueillies, bien quetoutes
n'aient
pas punousservir.
CHAPITRE PREMIER
HISTORIQU E
L'idée première
de l'extraction du cristallin transparent
n'est pasde date
récente. Dès le commencement du xvme
siècle, Boerhave{Demorbis oculorum prœdilectiones publice
ex codicibus editœ, p. 231) avait
été frappé de
cefait,
que sesopérés
de cataracten'avaient souvent
pasbesoin de
verres correcteurs après l'opération. Cette remarquelui suggéra
l'idée depratiquer
l'extraction du cristallin transparent dans
lecas de myopie progressive. Mais
il
n'osa passerde la théo¬
rie à la pratique.
Deshais-Gendron
(Traité des Maladies des
yeuxet des
moyenset
opérations
propresà leur guérison, 1770, t. II,
p. 336) fît la même constatation.
Janinen 1772
{Mémoires
etobservations anatomiques
etphysiologiques
surl'œil
etles maladies qui
affectent cet organe, p. 232) y fait également allusion, mais on ne saitvraiment à qui attribuer l'honneur d'avoir le premier osé
cette opération.
Le docteur Vacher
(d'Orléans)
proposed'appeler cette inter¬vention chirurgicale « opération de Desmonceaux ». Cette appellation est peut-être un peu risquée. Nous lisons, en effet, dans le Traité des Maladies des yeuxet
des oreilles,
du même auteur, 1786, t. I, p. 406:
« La cataracten'est pas la seule cause qui puisse détermi¬
nerà faire la section de la cornée. Le parfaitmyope est sou-
— 14 —
vent dans cecas, lorsqu'on présume que le principe decette maladie consiste dans le trop gros volume du corps lenticu¬
laire. Alors j'ai souvent vu pratiquer cette
opération
avec succès, parce que tout cristallin, dans quelqueétat qu'il
soit, peutêtre extrait, et quedans cette intervention le
par¬fait myope en
reçoit
uneamélioration réelle;
unétat, qui
rend plus facile la
perception des objets.
» Etplus loin, t. II, p.5
:« Cette sorte d'opération paraîtra nouvelle, mais
elle
réus¬sit presque toujours sous
la main habile du baron Wenzel
qui en a fait plusieursfois l'épreuve.
»D'après Fukala, au
contraire, l'honneur d'avoir fait le
pre¬mier l'extraction du cristallin transparent reviendrait
à
Richter
{An. fangsgrùnd'e der Wundurzneihunst, 1790,
t.III,
p. 555).
Enfin, en 1847, Carron de Villars, dans son
Guide pratique
pour
l'étude
etle traitement des maladies des
yeux, ap¬prouve
également fort
unesemblable intervention (t. II,
p.
552).
Quoi qu'il en soit, il nous
faut arriver jusqu'en 1858, date
du.Congrès deHeidelberg, pour entendreprononcerle
nom d'un chirurgien ayant pratiquélui-même l'extraction du
cristallin transparent chez un myope.
Mooren et Ad. de Weber
(de
Darmstadt) en présententplu¬
sieurs cas. Mais les résultats furent plutôt malheureux, puisque Donders
n'hésite
pasà qualifier cette opération de
« coupable témérité ».
DeGraefe y fit
également à
cemoment
unevive opposition.
Ainsi traitée par de
tels maîtres, l'opération
netrouva
pas grâce chez les
oculistes. Presque oubliée pendant
une trentaine d'années, les progrès de l'antisepsiela
remirent en honneur.La Revue
d'ophtalmologie de 1888 (p. 224) contient
un article dans lequelRuiz
etKœnig
sefirent les défenseurs
de l'extraction du cristallin transparent dans le
traitement
dela myopie
progressive. Malheureusement, ils n'apportè¬
rentpoint
d'observations à l'appui de leurs affirmations.
— 15 —
En 1889, Vacher
{Bull, delà Soc. d'Opht. de Paris, t. IV,
p.
172) publie 7 opérations de myopie forte.
En 1890, Fukala
(Arch. fïir Ophtalm., t. XXXVI, fasc. II,
p.
230) présente à
sontour 19
casde myopie progressive,opérés
par
lui-même
avec unplein succès. L'année précédente, il
avaitdéjà
présenté à la Société de Médecine de Vienne (1889)
deux autresjeunes
malades opérés
pardiscision.
Bouchard, dans sa
thèse de doctorat (1892), réunit
unensemble de 19 tentatives faites en France.
Il est à regretter que l'auteur passe sous
silence les tra¬
vaux du professeur
Badal
surcette question. Jusqu'à ce
moment,l'intervention
chirurgicale ménageait des surprises,
car on ne pouvait
prévoir les résultats de l'opération. Badal
(1878-1881) établit
uneformule simple d'après laquelle on
pouvaitcalculer
presqueexactement l'état de réfraction de
l'œil aphaque.
Elle permettait de résoudre le problème sui¬
vant: « Etantdonné le numéro du verre correcteur pour
la
vision àdistance, en déduire
le chiffre de la réfraction avant Vaphahie.
»Cette formule est la suivante:
R = 28 D — 2.5 N
R désigne le
numéro
du verrecorrecteur avant la perte du
cristallin et N le numérodu verre
après l'opération.
Après
lui, d'ailleurs,de nombreux auteurs ont donné
d'autres formules diversement modifiées. Nous citerons pour mémoire: Ostwalt
(1891), Hirschberg (1898), Eperon,
Bililer.
De l'avis dePfluger, elles ont
le tort d'être trop compliquées
pourêtre pratiques.
Malgré les deux grandes publications
de Fukala et Vacher,
le scepticisme contre l'opération
persistait,
etlivrait
sader¬
nièregrande bataille auCongrès de
Heidelbergen 1892, dans
la discussion qui suivit lacommunication
de Schweigger et
durapporteur.
Deux objections sérieuses furent
soulevées
: 1°perte de
— 16 —
l'accommodation; 2° prédisposition au
décollement de la
rétine.
Cependant l'opération conserva
de nombreux partisans.
Von Hippel
réunit d'abord 180 observations, puis 49, toutes
faites par lui-même, sans
qu'il survînt
unseul décollement
rétinien
(Mïmchener med. Wochenschr., 1894, nos 8, 33-51)
Au Congrès de Berne
(1894), Pfluger présente 30 observa¬
tions, et Wray, au
Congrès de Heidelberg,
en1895, réunit
123 cas opérés
binoculairement
avec unseul décollement
rétinien, chez un myope de
30 dioptries.
Citons encore Vacher, qui en
publie quelques-unes à la
Société française
d'Ophtalmologie, tant
en1894 qu'en 1895.
Panas, dans les
Archives d'Ophtalmologie de février 1897,
fait un long article sur cette
question et
yrapporte
une observation binoculaire dont les résultats furent on ne peut plusheureux.
Rogmann, en
1898, dans la Revue d'Ophtalmologie de
Bruxelles, du 27 novembre, présente 19 cas
opérés
pardis-
cision suivie de succion.
En novembre 1898, Maréchal soutient sur
le même sujet
sa thèse inaugurale et, se basant surles statistiques de
nom¬breux opérateurs,
conclut
:« La suppression du
cristallin transparent est
uneopéra¬
tion qui
s'impose dans les
casde myopie extrême, chez les
sujetsdont le degré d'amétropie
nepeut être corrigé
paraucun verre et qui sont mis,
de
cefait, dons l'impossibilité
detravailler. »
Enfin, dans la séance
de la Société française d'Ophtalmo¬
logie du 1er
mai 1899, Pfluger, rapporteur, fit paraître
untra¬
vail très complet sur cette
question. Après
uncourt histo¬
rique,
l'auteur discute les diverses formules inventées
pourcalculer l'état de réfraction de l'œil aphaque et en propose
une nouvelle. Puis il rapporte
l'histoire de 103
caset108
yeuxopérés
etsuivis pendant
unepériode de dix années. Les
résultats sont vraiment merveilleux. « C'est une chance
exceptionnelle, dit l'auteur lui-même». Pfluger n'a
eu, en— 17 —
effet,qu'un
seul
casde décollement rétinien, et cela quatre ans
après
l'opération,
cequi ne permet pas, ajoute le professeur
deBerne, de supposer une
causalité entre le décollement de la
rétine et la
suppression du cristallin. Il n'a jamais eu de
glaucome
opératoire qui n'ait cédé à une première extraction
linéaire.
A partir
de
cemoment, il est présenté à chaque congrès
quelques cas
heureux d'extraction du cristallin transparent.
Ala séance de la
Société belge d'Ophtalmologie du 27 no¬
vembre1899, Rogmann
présente 19 cas de myopie progres¬
sive traitéspar
l'extraction. L'auteur n'a observé ni accidents
infectieux, ni
complications d'hypertonie.
A cetteépoque encore
paraît la thèse de Mathieu Henri.
L'auteur, s'appuyant sur
de nombreuses observations, con¬
clut:
« L'ablationdu cristallin
transparent faite judicieusement
paraît, en
plus de
sesavantages optiques, s'opposer aux
conséquences graves
de la myopie progressive. Dans les
myopies
stationnaires de 14 à 16 dioptries, le bénéfice visuel
suffit à constituerune
indication opératoire. L'opération sera
unilatérale
jusqu'à
cequele temps ait fixé sur les résultats
éloignés de la
première opération.
»L'année suivante
(1900), M. Mazet présente à la Société de
Médecine de Marseille le cas
d'un jeune homme opéré par
lui d'une myopie
de 24 dioptries pour OD et 25 pour OG.
L'excellent résultat obtenu, dit
M. Mazet,
nelaisse aucun
doute sur
l'opportunité et l'utilité d'une pareille opération.
( Voir
Observation X VII.)
E. Hertel, de la
Clinique d'Iéna, présente 24 malades (Ann.
d'Ocul., p. 420)
opérés
pardiscision. Chez 8 d'entre eux les
résultats, très heureux
d'ailleurs, furent amoindris par le
développement d'une
cataracte secondaire.
Au commencement de1901, lesdocteurs
de Lusi (de Paris)
et Baillard (de
Lyon) ont soutenu leur thèse inaugurale sur
le sujet qui nous occupe
actuellement. Nous regrettons de
n'avoir pu nous procurer ces
travaux.
L. 2
— 18 -
Enfin, dans la
Clinique ophtalmologique de Bordeaux du
mois dejuillet1901, le
professeur Badal, parlant de l'extraction
du cristallin transparent,
s'exprime ainsi
: «En principe, je
suis peu partisan
d'une intervention de cette nature. Mais elle
doit être réservée aux myopies nettement
progressives, très
élevées, nepermettant plus aux
malades de
gagnerleur vie.
Il est du devoir du chirurgien de ne pas y
recourir
sans l'assentiment formel des intéressés, bien prévenusdesris¬
ques à
courir.
»On trouvera plus loin un cas
très heureux publié
parM. le
Prof. Badal.
Par cetexposé des travaux faits sur cette
question depuis
son origine, nous avons pu voir que
l'extraction du cris¬
tallin transparent a
tenté
denombreux chirurgiens de tous
les pays. 11 ne faudrait pas pour
cela la considérer
commeune opération
bénigne,
d'uneinnocuité absolue. Il
y ades
contre-indications et des indications que nous allons nous efforcer de passer en revue dans les
deux chapitres sui¬
vants.
CHAPITRE II
Indications
principales de l'opération,
Quand faut-il conseiller et pratiquer la
suppression du
cristallin? Les auteurs sont loin d'être d'accord sur la réponse, car de nombreux facteurs entrent en
jeu.
1° Age
du sujet.
—Vacher admet
quel'on peut opérer dès
l'âge de douzeans, s'il existe un large
staphylome et si le
nombre des dioptries
dépasse le nombre des années du
sujet.
Von Hippel
n'opère
quedes sujets âgés de moins de
trente ans.
Ces opinions sont tropabsolues, et nous nous rangeons
à
l'avis de Pfli'iger, qui dit que
l'âge seul
nepeut imposer de
limites positives àl'opération. Ce
chirurgien éminent n'hésite
pas à
opérer,
dans les cas demyopie excessive, dans la
pre¬mière demi-décade même de la vie. « Leslunettes, dit-il, sont portées avec patience et grande
envie
pardes enfants opérés
pour cataracte congénitale dans les
premières
annéesde la
vie». D'ailleurs, le jeuneâge du sujet
nelaisse-t-il
pas suppo¬ser que sous l'influencede la croissance
naturelle du globe
de l'œil, et sous l'influence de l'instruction, la
myopie
ne tardera pas à augmenterjusqu'à
l'âgede vingt
ans.Pour ce qui est de la limite supérieure,
Abadie,
vonHippel,
Pansier ont opéré avec
succès
des patientsde soixante,
soixante-dix et soixante-douze ans. Vacher opère de
préfé¬
rence des personnes âgées. Le malade le
plus âgé de Pflûger
avaitcinquante et un ans.
On est d'ailleurs peu consulté pour les cas
de myopie
pro-- 20 -
gressive
par les vieillards,qui acceptentdifficilement l'opé¬
ration s'ils voient encore de près.
Notre maître, M. le Prof,
agrégé
Lagrange, n'a opéré qu'entre dix et trente ans. Un seul malade avait trente- quatre ans.2°
Degré de myopie.
—Fukala
annonce quel'opération
est indiquée à partir de 8 dioptries chez l'enfant et 10 chezl'adulte.
Abadie, au Congrès de Moscou
(1897),
estime que l'opéra¬tion n'est indiquée que lorsque la myopie atteint 14
à
16 dioptries.
Danslesmyopies fortes, à partir de 16 dioptries etau-des¬
sus,l'intervention opératoire est parfaitement justifiée à la
condition quel'acuité visuelle soit suffisante, dit Panas.
Mathieu Henri (Thèse de Paris) : « Dans les myopies sta- tionnaires de 14 à 16 dioptries, le bénéfice visuel suffit à
constituer une indication opératoire. »
M. Kalt affirme quel'extraction du cristallin transparent
doit être réservée aux myopies de 17 dioptries environ et
au delà. Les myopes de 13 n'ont rien à y gagner
(8
observa¬tions).
Trousseau est d'avis de ne pas rechercher l'indication dans le degré de la myopie.
C'est aussi
l'opinion
de Pflûger : « Ledegré de myopie seulne pourra pas déterminer les limites pour l'opération
d'une
façoncatégorique.
Le degré de myopie doit s'entendre avec l'âge du patient, la réfraction cornéenne moyenne,l'acuité
visuelle, l'état du malade, sa position sociale, l'observation de sa myopie personnelle, sa progression, et l'observation de lamyopie desa famille. »
M. le Prof, agrégéLagrange est d'avis de n'opérer que les myopies supérieuresà 17 dioptries.
Ladiminution de la réfraction de l'œil aphaque étanten moyenne de 18,19 dioptries, le patient sera obligé de porter des verres
-\-
1,—(-
2,—|—
3. Mais ces faibles verres convexes font moins de tort que des verres concaves de 15, 16, 18— 21 —
dioptries que
le malade peut à peine supporter quelques ins¬
tants.
Enfin,
premier bénéfice de l'opération, l'œil sera accom¬
modé pour la
vision de loin.
3°Acuitévisuelle. — Uneacuité visuelle
bien réduite
seraune indication pour
l'aphakie,
pour unemyopie relative¬
ment moins élevée qu'une
acuité visuelle relativement
bonne. Il s'agit, eneffet,
dans
ce cas,d'abord d'opérer sur un
œil qui nevaut
rien
ou presquerien, et ensuite de rendre
aumaladeun moyen de gagnersa
vie.
Mais, à ce propos, nous ne sommes pas
de l'avis de Vacher
et Pflûgar, qui
attribuent à l'opération
uneréelle action pro¬
phylactique sur
les altérations du fond de l'œil. Nous
croyons
fermement
quel'œil
nesouffre
pasde l'intervention
chirurgicale,
mais c'est aller trop loin
quede croire à l'action
bienfaisante de cette opération sur
la nutrition de la rétine.
Lorsque des myopes
atteints de staphylomes graves, mena¬
cés de choroïdite, etc., viennent nous
consulter,
nousleur
prescrivons le repos
des
yeux,la
cured'obscurité pour leur
conserver l'acuité visuelle faible qui leur
reste
;et,
pourdes
myopes opérables
qui ont aussi des lésions, nous conseille¬
rions exactement le contraire. « Il n'est pas
possible, dit très
justement le professeur
agrégé Lagrange, que les lois de la
pathologie soient
à
cepoint inégales et inconstantes ». Il est
incontestable que
l'acuité visuelle augmente. C'est un fait
absolument indéniable et observé dans tous
les
casopérés
parnotre maîtreet
les divers oculistes; mais nous expliquons
cette augmentation
de l'acuité
pardes conditions optiques
différentesqui font que
l'image rétinienne de l'œil myope
devenu emmétrope, ou
hypermétrope même par l'opération,
est deux fois à deux.fois etdemi plus
grande (observation de Leber).
Sans entrerdans des explications complètes sur cette
particularité, nous dirons
ici
quel'avancement du point
nodal explique
l'agrandissement de l'image rétinienne.
Enfin, nous pouvons supposeravec
Pfluger une meilleure
fonction de la rétine, résultant
d'une, éducation plus coin-
— 22 —
plète du centre cérébral.
«Seulement, après Taphakie, la
rétine
reçoit
desimages nettes et plus grandes des objets
éloignés, eten
transmet les impressions
aucentre
;et seule¬
mentà partir de ce
moment le centre apprendra à analyser
età percevoir
des images nettes d'objets éloignés.
»En résumédonc, dans l'extraction
du cristallin transpa¬
rent il faudra tenir compte du degré de
myopie (ne
pasopérer au-dessous de 17 dioptries), de la nature de cette
myopie, de
l'acuité visuelle, de la position sociale du sujet.
Doit-on
opérer les deux
yeux?
Wray et Panas ont
opéré binoculairement. Les résultats
furent plutôt
malheureux, et
nousne nous rangerons pasà
l'avis de ces deuxchirurgiens.
Sur 100 yeux
opérés, Pfluger
afait 97 opérations
mono¬latérales, et 3seulement
bilatérales, le premier œil ayant été
opéré longtemps auparavant.
AvecVacher, nous dirons donc: « On
n'est jamais autorisé
à opérerles deux yeux
à la fois. On
nedoit opérer le second
œil que sur
demande
expressedu malade, longtemps après
le premier,
si la myopie et les lésions choroïdiennes pro¬
gressent
d'une manière inquiétante et si le résultat éloigné
de la
première opération est toujours satisfaisant.
»Dans un seul cas, M. le Prof, agrégé Lagrange
opéra le
deuxième œil sur la demande formelle de la
malade,
très satisfaite d'une première
intervention. Le résultat,
sans êtreabsolument mauvais, ne fut pasparfait.
Il vaut donc mieux, tout
considéré,
ne pasintervenir chi-
rurgicalement surles deux
yeux, parce qued'abord l'opéra¬
tion n'est pas sans danger,
et qu'ensuite
avec uneseule
opération
sagement conduite
ongratifie le malade d'un œil
pour
voir de loin, tandis qu'il
conservel'autre, non opéré, et
par
conséquent le moins malade,
pourvoir de près.
Nous avons dit « lemoins malade », car, de
l'avis de tous
les oculistes, il est
préférable d'intervenir
surl'œil dont les
lésions sont le plus
profondes et l'acuité visuelle la moins
élevée, pourvu
toutefois qu'il n'y ait
pasde lésions macu-
— 23 —
lail'es, que
l'acuité visuelle avec les verres correcteurs avant
l'opération soit d'environ 1/10; en pareil cas, après l'opéra¬
tion, on
obtiendra I 5
ou1/4 ; et cela pour plusieurs raisons:
1" il faut toujours songer
aux complications opératoires
possibles
:infection de la plaie, glaucome, enclavement de
l'iris,
décollement de la rétine par la perte du vitré, etc. S'il
doit survenir
quelque accident, il vaut mieux que ce mal
tombe sur le
plus mauvais œil: 2° les sujets fortement
myopesne se
servent généralement que d'un œil, le meilleur;
ils abandonnent le
plus souvent l'autre, qui ne tarde pas à
être atteintde strabisme.
Ils laisseront donc beaucoup plus
facilementle
chirurgien pratiquer l'intervention sur un œil
qui leur
rend
peu oupoint de services.
Voilà résumées les
grandes indications de l'extraction du
cristallin. Nous savons
maintenant quand il faut opérer, sur
quel
œil opérer. Quand doit-on s'abstenir?
CHAPITRE III
Des
contre-indications de l'opération.
Il n'est pas
moins difficile de déterminer d'une manière
précise
les contre-indications.
Quelques
oculistes
commeVacher, Panas, Chibret, Abadie
considèrent la contre-indication
d'intervenir
commefor¬
melle quand ilya
des lésions maculaires.
Abadie écrivait, en 1880
{Bull, et Mém. de la Société de
Chirurgie de Paris):
«On observe habituellement chez les
myopes un
staphylome postérieur occupant le côté externe
du nerf optique, puis
la scléro-choroïdite atrophique qui
n'est autre chose qu'un
staphylome à évolution progressive;
dans les degrésplus
élevés, des foyers de chorio-rétinite, des
hémorragies
de larégion de la macula
;enfin, dans la myopie
excessive, des choroïdites
atrophiques s'étendant depuis le
pôle postérieur
jusqu'aux régions équatoriales, avec corps
flottant dans le corps vitré.
L'importance de
ceslésions est
en général enrapport avec
l'allongement et Pectasie du globe
oculaire, résultat des
progrès de la myopie. Toutes ces
lésionssont produites par
la pression et les tiraillements
que subit l'insertion
scléroticale du nerf optique pendant
l'acte delà convergence etde
l'accommodation. Quoi de plus
naturel quede les atténueren
supprimant la cause?
»En 1899, Pflùger disaitdans
le même
sens :«Une choroïdite
myopique ne sera pasune
contre-indication
pourl'opération.
Je vais beaucoup plus
loin, et je dis môme qu'une choroïdite
centrale grave aiguë est une
indication urgente
pourl'opéra¬
tion de la myopie forte. Les
résultats de 5
cassemblables
— 26 -
sont de mes plus brillants et des plus surprenants.
Ils
prou¬vent une certaine action curative pour cette maladie si
rebelle à la thérapeutique ordinaire. 11 ne sera pas trop
illo¬
gique de voir comprise, dans cette action curative, une
action
prophylatique. Même les ancienneschoroïdites centrales
avecperte de la vue ne contre-indiquentpas
l'opération.
» Nous avons déjà dit plus haut pourquoi M. le Prof, agrégé Lagrange ne partageait pas cette opinion, et nous nous sommes efforcé d'expliquer à quoi était due pour nous cette augmentation de l'acuité visuelleaprès l'opération.
L'opéra¬tion ne peut pas enrayer les
progrès
du mal, ellene réparerapas les
désordres du fond
del'œil
;de même le territoire
occupé par une gomme cérébrale ne seréparera
pas in¬tégralementaprèsla guérison du néoplasme.
C'est pourquoi à la Clinique ophtalmologique de
l'hôpital
des Enfants nous n'avons vu opérer quedes sujets présentant
une rétine convenable. Si le fond de l'œil est trop mauvais, si le sujet est atteint de choroïdite graveà marche rapide, si surtout les lésions intéressent la macula, il vaut mieux, croyons-nous, s'abstenirque de tenter une opération dont le
malade nedoit retirer aucun profit et qui n'est pas exempte de dangers. On est toujours tenté d'imputer à la maladresse
du chirurgien ou a son désir de « faire des expériences» l'issue malheureuse d'une opération sagement conduite, maispratiquée dans de mauvaises conditions, alors quele
mal est déjà
irréparable.
Il reste d'ailleurs bien entendu que cette contre-indication (mauvais état
de la rétine) vient de la
tropfaible
acuité visuelle, et non, comme on serait tenté de le croire, de la peur du décollement rétinien, car, à notre avis, les lésions légères prédisposent davantage à cette grave complication.Envoici la raison : dans la marche de la myopie progressive la distension du globe oculaire se fait surtout sentir
près
du pôle postérieur
de
l'œil, au niveau du staphylome,là où les membranes sont le plus amincies;au fur et à me¬
surequel'œil augmentedanssesdimensions,sesmembranes
— 27 —
se distendent, la structure de la
choroïde vasculaire et cellu¬
laire, celle de la
sclérotique, éminemment élastique,
seprête
facilementà cette distension ; mais il n'en est pas
de même
delà rétine qui ne peut
supporter la distension,
se cassehabituellementà sa partie
antérieure et laisse ainsi le vitré
passer
au-dessous d'elle dans l'espace sous-rétinien; les
dangersde décollement
sont amoindris lorsqu'il existe de
nombreux foyers
de chorio-rétinite. Autour de
cespetits
foyers
naît,
eneffet,
une zoneinflammatoire. Il se forme du
tissu scléreuxqui créedes
points d'attache entre la scléro¬
tique etla
rétine
etqui sont autant d'obstacles
audécollement
de la membrane interne de l'œil. Il en résulteque
les sujets
atteints de lésions choroïdiennes sont moins exposés au décollement de la rétine que ceux chez
qui l'allongement de
l'œiln'entraîne pas ces
désordres inflammatoires.
Ainsi doncune
première contre-indication est tirée de l'état
du fond del'œil, d'uneacuité
visuelle trop faible, et
parexten¬
sion de tout ce qui peut
tendre à diminuer cette acuité
visuelle. Dans ces causes il faut ranger les taches
de la
cor¬née tropgrandesou trop
multiples,
carl'opération d'un œil
avecmauvaise cornée nedonne pas
grand profit.
L'apoplexie du corps
vitré contre-indiquera l'opération.
Ilne fautjamais opérer en
présence de choroïdite exsuda-
tiveou autres,
d'hypertonie, de synchisis du
corpsvitré. Ce
serait trop s'exposeraux
complications opératoires.
Les lésions de choroïdite disséminée ne sont une
contre-
indication que
lorsqu'elles intéressent la macula, mais alors
elles abaissent l'acuité visuelle et ceci nous
ramène à la
con¬tre-indication tirée de l'état de cette acuité, qui, nous
le répé¬
tons, doit être environ de 1/10 de loin avec
les
verres correc¬teurs avant l'opération.
Une autre contre-indication formelle est la perte
de l'autre
œil pour n'importe quelle cause :
traumatisme, opération,
glaucome, décollement. C'estl'opinion
de Vacher, qui l'expli¬
que ainsi : « La perte de
l'œil fait
cesserles efforts de con¬
vergence, les spasmes de
l'accommodation, qui sont les deux
- 28 —
plus grands facteurs de
la myopie progressive. L'œil
qui reste, myope de 15 dioptries ou audelà,
se trouveexposé
ou décollement de la rétine si le congénère en a été atteint, mais rien ne prouve qu'avecdes précautions,
unehygiène
sévère, on ne pourra pasleconserver.Il serait donc téméraire
de lui faire «subir un traumatisme grave dont l'utilité est
contestable et les dangers certains. »
Malgré cet avis, M. le
Prof.
Lagrange afait l'extraction
ducristallintransparerrbehezune
malade
quiavait
perdul'autre
œil pardécollementde la rètm-e. Il est vrai de dire quel'œil opéré, myope de 25 dioptries, était
considéré
par la maladecomme impropre à tout service. Les
résultats
furentheu¬
reux.
Enfin, parmi les contre-indications de cause
générale
quidoivent arrêter le chirurgien, il fautciter toutes les grandes diathèses, et surtout l'alcoolisme el l'albuminurie qui expo¬
sent aux hémorragies rétiniennes pendant
l'opération.
Pfluger rapporte une observation dans
laquelle le patient,
alcooliqueinvétéré,eutpendant l'opération
unecrise de deli-
rium tremens qui provoqua une
hémorragie rétinienne
etcausa un insuccès.
Enfin, pour terminer ce
chapitre,
nousciterons l'opinion
de Trousseau : «J'attache bien plus que d'autres une grande importance à l'état
général du sujet
au momentde l'opéra¬
tion. J'ai dû opérer une jeune fille mal
réglée,
habituelle¬ment
constipée,
sujette aux migraines età différents
trou¬blesgastriques, qui, quelques
jours après la discision, fit
unepoussée
defuronculose,
enmême
tempsqu'éclataient de vio¬
lents
phénomènes d'irido-cyclite.
Leschoses durèrent
quatremois et l'œil ne sortitpas indemne de cet assaut. »
CHAPITRE IV
De
l'opération de la myopie progressive.
Nousvenons de voir dans les chapitres précédents
quand
il faut opérer, quand on
doit s'abstenir. L'opération étant
décidée, nous allons rechercher
maintenant le meilleur
pro¬cédé à employer.
Mais avant d'aborder l'étude des divers moyens em¬
ployés parles
chirurgiens
pourextraire le cristallin trans¬
parent, nous allons
mentionner les diverses opérations qui
ont précédé l'intervention sur
la lentille cristallinienne elle-
même.
Aune époque
relativement récente, où, malgré les
concep¬tions lumineuses de Young, on attribuait aux
muscles
ex-*
trinsèques (droits et
obliques) le pouvoir d'accommodation,
parallongement du globe, on
pensait
quela répétition de
cetacte pouvait devenir cause
de la myopie. De là à s'atta¬
queraux muscles il n'y avait
qu'un
pas,qui fut franchi
par Jules Guérin(section des muscles droits)
;puis
parPhilipps
(section de l'obliquesupérieur); puis
parBonnet, de Lyon
(section de l'obliqueinférieur), Skokalski et d'autres.
Bonnet
(de Lyon),
danssonTraité des Sections tendineuses,
relate descas de réduction dans ledegré de myopie obtenu
par la ténotomie de l'oblique inférieur à son
insertion orbi-
taire. Comme il s'agit d'une intervention
des plus simples,
quelques chirurgiens suivirent sonexemple.
Abadie(Bull. elMém. de la Société de Chirurgie, Paris 1880,
325-339)
publie un article sur la ténotomiepartielle des
mus-— 30 —
cles de l'œil pour combattrele développement de la myopie
progressive. L'auteur, s'inspirant de de Graefe, cherche à
démontrer que certaines lésions dues au
développement
dela myopie progressive et
à l'ectasie exagérée
des enveloppesde l'œil sont justiciables delà ténotomie partielle des mus¬
cles del'œil.
« Surle cadavre, l'œil myope présente au niveau de son
point d'attache au nerf optique les lésions suivantes : les
lames de la sclérotique sont profondémentdisloquées. Dans toute la région du staphylome et de la plaque de choroïdite atrophiquequi lui correspond, la paroi scléroticale, au lieu d'être ferme et résistante, est séparée en deux feuillets par suite del'agrandissement del'espace vaginal du nerfoptique.
Or, si cette dislocation s'accentue, les vaisseaux afférents et efférents qui passent en ce point manqueront de soutène¬
ment. Ils traversent alors un espace vide (agrandissement
del'espace vaginal dont la situation et la forme changent presque
à
chaque instant avec la position du regard). On comprend facilement les troubles, les ruptures vasculaires qui peuvent s'en suivre. On préviendra ces désordres : 1° en mettant le malade au repos ; 2° en affaiblissant par la téno-1
tomie partielle les droits externes. »
Par ce procédé, Abadie eut 50 améliorations réelles. Mal¬
heureusement, il y a souvent eu des récidives de l'insuffi¬
sance des droits internes quelques années après. Il n'yavait
donc en somme qu'une amélioration temporaire. Enfin cer¬
tains auteurs, et Javal entre autres, réfutèrent cette idée d'après laquelle les muscles moteurs de l'œil eussent un effet sur la forme de cet organe et fussent la cause de la myopie progressive.
Les borgnes
eneffetne sont pas à l'abri de la myopie progressive.La démonstration, due à Helmholtz, que le cristallin et le muscle ci liaire étaient les seuls agents de l'accommodation,
eut pour
résultat l'abandon
des myotomies. et une dernière tentative de réhabilitation faite par Motais(d'Angers)
ne trouva pasd'écho.
- 31 —
En 1881, Dransart, s'appuyant sur
l'anatomie normale, la physiologie et les données cliniques
surla circulation
ocu¬laire; s'appuyant
d'autre part
sur cefait,
quela myopie est
surtout produite par un
trouble circulatoire analogue à
celui qui existe
dans le glaucome, trouble circulatoire qui
est le résultat de facteurs divers, cet auteur, disons-nous,
pensa que
la ténotomie du droit externe agissait favorable¬
menten produisant une
surface de filtration plus facile
par la section des membranes de l'œil. C'est pourquoiDransart
proposa au
Congrès de
Rouen,en1883, de diriger contre cette
affection l'action si efficace de l'iridectomie et de la scléroto- mie.
Le trouble circulatoire peutbien
être
unedes
causesde la
myopie, mais il n'estpasà
coupsûr le facteur unique de cette
affection.
En 1899, M. Roland (de Toulouse) proposa, comme cure
de
la myopie,
l'opération
deBadal, arrachement du nerf nasal
externe,enlui donnant lenomassezinutilede «nasalorexis».
C'est la section des nerfs nasaux externes à la racine du nez.
L'opération est d'une
innocuité absolue. Elle produit
une névritepériphérique
quientrave l'activité fonctionnelle du
ganglion ophtalmique et, par
lui, celle du muscle ciliaire. Il
y a parésie de
l'accommodation, diminution de la tension
oculaire, suppression de la causede l'allongement de l'œil.
Il faudra plusieurs
années
pourjuger des résultats de
l'opération.Tous les autres procédés ont été
abandonnés, et actuelle¬
menton n'intervientplus que sur
le cristallin lui-même.
Là encore les procédés sont presque
aussi nombreux
queles oculistes.
Divers procédés
d'extraction
ducristallin.
On peut les classer ainsi: 1°Discision simple ;
2o Discision suivie d'extraction linéaire;
3o Extraction linéaire primaire sans
discision préalable;
4o Extraction à lambeau sans discision préalable;
5° Extraction à lambeau avec discision préliminaire, peu
pratiquée
mais surtout
parHirschberg.
10 Discision
simple.
— Cetteopération très simple peut
suffire chezles enfantsà intelligence médiocre et
difficiles à
soigner. Elle permetde
nefaire qu'une seule intervention.
2° Extraction linéaire
simple
sansdiscision.
—A surtout
été employée par Hess
et Sattler et actuellement
parM. le
DrVignes(de Paris).Les
résultats
ontété plutôt malheureux,
témoin la lettre de Fukala à Pfiuger
(8 février 1899):
«Mes
expériences surl'extraction linéaire primaire
nesont
pastrès favorables: deux foisje l'ai
exécutée
avectrès bon
suc¬cès; une fois avec
succès
moyen; uneautre fois
sanssuccès
sur un homme de cinquanteans avec
enclavement de l'iris
et iritis chronique ;
la dernière fois je l'ai faite, stimulé
par Hirschberg. Une fois,j'ai
vul'extraction d'une cataracte
surun myope faitepar
Fuchs
:cinq jours après, décollement de
la rétine. Le dernier cas concerne une dame de cinquante- trois ans, avec forte myopie:
discision,
un noyaudur vient
presser contre
l'iris et oblige à
uneincision à lambeau
;gué-
rison normale sans iridectomie, bonne vision. L'autre œil
avait été opéré il y a un an, par
discision, il n'existait
pasde
noyau
solide. L'iridectomie serait nécessaire dans la grande majorité des
cas. »11 estcertain d'ailleurs que des masses transparentes
doi¬
vent sortir moins facilement que des masses
molles,
opa¬ques,
faciles à désagréger. Leur évacuation nécessite plus de
pression.
L'iris doit souffrir davantage de
cesirritations
mécaniques.
Vacher,
après
48opérations, reste fidèle à
sonmode d'in¬
tervention : l'extraction. Une fois seulement il
fit
l'extrac¬tion du cristallin dans sa capsule. Les
résultats furent
par¬faits, maisle danger
de perte du
corpsvitré est grand.
Au sujetde
l'extraction à lambeau
quenotre confrère d'Or¬
léans