INCIDENCES NUTRITIONNELLES ET TOXICOLOGIQUES
DE L’INGESTION D’HUILE DE LIN CHAUFFÉE
I. — EFFETS GÉNÉRAUX ET ACTION SUR L’UTILISATION DES PROTÉINES DE LA RATION
B. POTTEAU R. CLUZAN
Laboratoire d’Étude des !ualités
biologiques
des Aliments de l’Hoînine,Centre national de Recherches
zootechniques,
78 -Jouy-en-Josas
et Laboratoire d’Anatomie
pathologique, Hôpital
!)’atM<-M!<’/;!!, 75 - ParisSOMMAIRE
De
jeunes
rats des deux sexesreçoivent pendant
unepériode
de deux mois unrégime
con-tenant 20 p. 100 d’huile de lin chauffée suivant l’un des
procédés
suivants :Simultanément trois lots d’animaux témoins !I’1. ’12, T3 reçoivent un régime contenant 20p. 100 d’huile de lin non chauffée en
quantités alignées respectivement
sur celles que consomment les lots C1, Cz et C3.W La croissance des animaux des deux sexes recevant les trois huiles chauffées est
plus
lenteque celle des témoins. Une mortalité élevée est observée dans le lot C3.
2
0 Les fèces et les urines des animaux mâles sont récoltées durant 3o jours. L’utilisation
diges-
tive
globale
de la ration est abaissée chez les lots C1, C2 et surtout C3 ; en revanche l’utilisationdigestive
de l’azote n’est pas modifiée. Dans les mêmes conditions la rétention azotée est abaissée,en
particulier
chez le lot C3. 30 De nombreux tissus et organes sont
prélevés
sur les animaux des différents lots,pesés
etsoumis à des examens
histologiques.
Lepoids
des reins et celui du foie(rapportés
aupoids corporel)
sont nettement
plus
élevés chez les lots C3,C 2
et C1que chez les témoins. Desphénomènes
de con-gestion
vasculaire et de nécrose sont relevés chez le lot C., et surtout le lot C.,.INTRODUCTION
I,’influence du
chauffage
des corps gras alimentaires sur leurscaractéristiques physico-chimiques
et sur leurspropriétés
nutritionnelles ethygiéniques
a donnélieu à de nombreuses controverses,
qui
ont étéanalysées
et discutées par différents auteurs(C USTOT ,
1959etig6o ; PE RKIN S, I(!60 ;
SCHUI,TZ etC IL., 1962 ; TIMMS, I963 ; L
EA
, I9 65 ) .
Les huiles contenant des acides gras
polyinsaturés
se montrentgénéralement
les
plus vulnérables,
car laprésence
de ces acidespeut
donner lieu à desphénomènes
de
polymérisation
intra- et intermoléculaire sous l’influence des hautestempératures (P
AS C HK
E
et WHEELER,1954). Mais
la nature et l’abondance des monomères etpolymères
formésdépendent
non seulement de lacomposition
du corps gras d’ori-gine,
maiségalement
des conditions duchauffage : température, présence
ou absenced’oxygène,
durée duchauffage,
nature durécipient, présence
éventuelle d’autresproduits
alimentaires dans le bain d’huile....L’administration prolongée
des huiles soumises à des traitementsthermiques
sévères entraîne
généralement,
chez les animauxd’expérience,
une baisse de crois-sance
accompagnée
souvent de différentssymptômes cliniques
et d’anomalies histo-logiques.
Parmi les facteurs
qui peuvent expliquer
cette baisse decroissance,
onpeut envisager,
outre laprésence
deproduits toxiques
ou peu assimilables dans lesgraisses chauffées,
une action défavorable sur l’efficacitébiologique
d’autres constituants de laration,
enparticulier
descomposés
azotés. Ceci pour deux sortes de raisons :a)
Plusieurs travaux ont montré que, dans certainesconditions,
lesproduits d’oxydation
deslipides
insaturéspeuvent réagir
in vitro avec certainesprotéines
pour former des
complexes
colorés(VE NOUA
etT APP E L , rg58 ;
NARAYAN et KUM-mE R
ow,
ig58).
NARAYAN et al.(igf>2, 19 6 3 )
ont étudié les conditionsoptimales
danslesquelles
de telscomplexes peuvent
se former in vitro entre leslipides oxydés
etl’albumine d’ceuf : ces conditions sont
telles, qu’il
estpossible d’envisager
la for-mation
spontanée
de telscomplexes
in vivo.KuMME R
Ow
( 19 6 2 )
aégalement
mis en évidence la dénaturation deslipopro-
téines du sérum humain
(lipoprotéines !),
par le linoléate deméthyle peroxydé.
MnTSUO
( 19 62)
a montré que des estersautoxydés réagissent
sur desprotéines qu’ils dénaturent,
sur des aminoacidesqui
sontoxydés (cystine
-! acidecystéique),
ousur certains enzymes
(succinodéshydrogénase, amylase salivaire).
DESAI et ’l’APPEL(
19 6 3
)
ont faitréagir
l’acidelinolénique peroxydé
avec lecytochrome C, hydrolysé
le
complexe formé,
et montréqu’il
y a despertes
sensibles en laplupart
des ami-noacides.
R
AULIN et TERROI=’!E
( 19 6 2 )
ont montré quel’ingestion
par des rats d’huile dehareng polymérisée
à l’air entraîne la diminution d’activité d’un enzyme : lacytochrome oxydase.
Ces travaux
suggèrent
donc que lesproduits
duchauffage
deslipides
insaturéspeuvent réagir
avec descomposés
azotés :- soit au cours de la
friture,
avec lescomposés
azotés de l’aliment frit(C USTOT , 1959)
;
- soit au cours du transit
digestif,
avec les enzymesdigestifs
ou les consti-tuants azotés de la
ration ;
- soit encore au niveau
tissulaire,
avec desprotéines cellulaires,
deslipopro-
téines ou certains facteurs
enzymatiques.
b)
Des travaux de KAUNITZ et al.(rg 5 6),
WITTING et al.( 1957 )
montrentqu’un régime
riche enprotéines
semble atténuer la baisse de croissanceprovoquée
chezle Rat par une administration de
graisses
chauffées.Le but de notre travail est double :
- d’une
part,
nous avons voulu déterminer l’influence d’une même huile sou-mise à divers modes de
chauffage
sur la croissance duRat,
sur l’utilisationdiges-
tive des aliments et sur l’efficacité
biologique
desprotéines
de laration ’ ;
- d’autre
part,
nous avonscomplété
ces déterminations par une étude toxi-cologique
sommairecomportant
enparticulier
une série d’observationshistopa- thologiques.
Afin de bien mettre en évidence les effets éventuels du
chauffage,
notre choixs’est
porté
tout d’abord sur un corps gras trèsinsaturé,
l’huile de lin. Lagrande
« vulnérabilité » de cette huile sous l’influence du
chauffage
adéjà
été observée lors d’études antérieures(C RAMIITO N-
etr!l.,
1051 a,b,
1953 etr 95 6 ;
FARMERetal.,
i95i ; RAULIN et PETIT,
ig6o).
Elle estgénéralement
attribuée à laprésence
d’acide lino-lénique
enquantités
abondantes(environ
50 p. 100 des acides grastotaux) :
onsuppose que, sous l’influence du
chauffage,
une fractionimportante
de cet acidetriéthylénique
subit unecyclisation
intramoléculaire conduisant à des monomèresauxquels
de nombreux auteurs attribuent la toxicité de l’huile chauffée.L’huile de lin est peu utilisée pour les usages
alimentaires,
mais d’autres corps gras alimentaires(huiles
desoja,
decolza, graisse
decheval)
contiennentégalement
de l’acide
linolénique,
enquantités
moinsgrandes
que l’huile de lin mais néanmoinsnon
négligeables.
MÉTHODES EXPÉRIMENTALES
A ―
Caractcristigises
de l’huile de lin et //Iudes dechauffage
L’huile de lin utilisée pour tous les essais est une huile de
pression
a froid degraines
de lin.Ses
caractéristiques
essentielles sont les suivantes (1) :Composition en acides gras (p. ioo) :
Cette huile a été soumise aux trois modes de chauffage suivants :
I.
Chauffage pendant
4o h à zzo°C ± 1°, sansprotection spéciale
contrel’oxygène
de l’air.II.
Chauffage pendant
!o h à 220°C ::l i°, avecprotection
contrel’oxygène
del’air
assurée parun barbotement d’azote au cours de toute la durée du
chauffage.
III. Chauffage
pendant
12 h à 27j°C ± tvecprotection
contre l’oxygène de l’air par barbotement d’azote.Ces trois modes de chauffage ont été réalisés dans un
appareillage
entièrement en verre sur desquantités de 3 litres
d’huile.Les conditions des
chauffages
I et Il sontplus
sévères que cellesqui
sontgénéralement pré-
conisées pour la friture industrielle ou ménagère (Ct;s’roT, i959! 1960), mais elles peuvent être atteintes dans la
pratique.
( 1
) Ces caractéristiques de l’huile de lin non chauffée nous ont été communiquées par les P! Robbe, qui nous ont fourni les échantillons d’huile. Nous tenons à leur exprimer ici nos vifs remerciements.
Le
chauffage
III est enquelques
sorte un traitement de référence. Il cherche àreproduire
les conditions généralement utilisées dans les travaux fondamentaux de CxwtrTON et al.
(r 95 r
aet b, 1953et 1956) : l’huile de lin chauffée dans ces conditions provoque à brève échéance une mor-
talité élevée chez le Rat.
B ― COllstitutÙm des dgillles et des lots d’animaux
La
cumposition
des régimes (en g pour 100 g derégime
sec) est la suivante :A 100 g de ce
mélange,
onajoute
40 g d’eau, pour lui donner la consistance d’une bouillie.Un essai
préliminaire
a montré que dejeunes
ratscommençaient
par refuser lesrégimes
conte-nant les huiles chauffées.
Après quelques jours cependant,
ilsacceptent
la nourriture, mais en quan- tités moins élevées que les rats recevant lerégime
base d’huile de lin non chauffée. Ces derniers,nourris ad libitum, ne constituent donc pas un témoin suffisant. C’est
pourquoi
nous avons constituétrois groupes témoins
supplémentaires,
dont la consommation de nourriture étaitalignée
respec- tivement sur celle de chacun des trois groupes recevant les régimes à base d’huile chauffée(tabl.
i).C - Conduite de
l’expérimentation
sur araimaux et analysesLes rats,
âgés
de 4 semaines, sont d’abord habituéspendant
une semaine à la consommation d’unrégime synthétique équilibré
ne contenant pas d’huile de lin.A
l’âge de 5 semaines,
les animaux des lots nourris ad libitum C1, C2, C3etT o , reçoivent
lesrégimes
à 20p. 100d’huile de lin chauffée ou non(selon
leslots).
Deuxjours plus
tard, les animaux des lotsalignés,
Tl, ’l’2, ’l’3,reçoivent
à leur tour lesrégimes
à 20p. 100d’huile de lin non chauffée.Pendant toute la durée de
l’expérience,
les femelles sont gardées dans des cagesindividuelles,
sans faire l’objet d’autres examens que l’évaluation des
quantités journalières
de nourritureingérée,
la détermination du poids
corporel ( 2
ou3 fois
parsemaine),
et éventuellement leprélèvement
desorganes
après
la mort.Les mâles, outre les examens précédents, sont soumis à quatre
périodes
de bilan azoté succes-sives
( 1) :
, &dquo; &dquo;Pendant chacune de ces
périodes,
les urines et les fèces dechaque
rat sont récoltéesséparément
dans des
dispositifs
décrits par CAUSERET(r 954 ).
Les urines acidifiées sont conservées au froidjus- qu’à l’analyse.
Les fèces sont desséchées dans une étuve à roo!C, pesées,broyées
enpoudre
fine.Les
quantités
d’azote contenues dans les urines et dans les fèces dechaque
animal sont déter-minées par la méthode
Kjeldahl.
La même méthode sert à déterminer lesquantités
d’azote contenuesdans les
régimes expérimentaux.
Après
58jours
d’administration desrégimes
contenant de l’huile de lin, les animaux survivants sont sacrifiés (par le gazd’éclairage),
et unepartie
d’entre eux estdisséquée
(4à 8 animaux par lot,pour moitié de
chaque
sexe). De nombreux organes sont prélevés, pesés et fixés dans le formol àro p. roo, inclus dans la
paraffine
et colorés par l’hématéine-éosine, le trichrome de Masson(estomac,
rate, foie, reins, coeur, poumons, gonades).
RÉSULTATS EXPÉRIMENTAUX
A ― Examens
généraux effectués
en coursd’expérience
1
0 Consommation de nourriture.
Au cours des 5
premiers jours
del’expérience,
la consommation de nourriture des animaux des lotsCi, C 2
etC 3
est très faible(environ
2 g de matière sèche par animal et parjour),
encomparaison
avec celle des animaux du lotT o (environ
7g).
A
partir
du 6ejour (tabl. 2 ),
les différences sont moinsmarquées,
mais elles existentjusqu’à
la fin del’expérience.
Pour les trois modes dechauffage, l’appétibilité
durégime
est à peuprès
la même.( 1
) N’ayant pas la possibilité d’effectuer cette étude sur les 98 rats en expérience, nous avons préféré
nous borner à déterminer le bilan azoté des 49 mâles (7par lot), plutôt que celui de 3ou 4animaux de chaque
sexe à l’intérieur de chaque lot.
2
0 Croissance des ani-maux.
Le tableau 3 montre que la croissance des animaux recevant les huiles de lin chauffées est, dans tous les cas, ralentie par
rapport
à celle des animaux témoins des groupes «alignés
»correspondants.
Les différences entre les lots
CI
etT l
d’unepart, C 2
etT 2
d’autrepart,
sontnettes dès le début de
l’expérience (6 e
au 2rejour) ;
elles sontplus
accusées encoredans la
période
suivante( 22 e
au 35ejour)
et, d’unefaçon générale, augmentent
aucours du
temps.
Les courbes desfigures
i et 2 traduisent cette évolution.D’une
façon globale,
lesgains
depoids
des rats des lotsC 1
etC 2 ,
du ler au5
8 e
jour d’expérience,
sont sensiblement les mêmes et sont 5 fois moins élevés que ceux des témoins des lotsT l
etT 2 .
En ce
qui
concerne le lotC 3 ,
lesgains
depoids
sontplus
affectés encore, maisles courbes de croissance sont très
irrégulières (fig. 3 ) ;
elles montrent des alternances degains
et depertes
depoids.
Cesirrégularités
sontdues,
engrande partie,
auxvariations individuelles
importantes
desquantités
de nourritureingérée
et à lamortalité des animaux en cours
d’expérience.
3°
Mortalité.Le tableau 3 montre
qu’au
bout de deuxmois,
2 animaux seulement sont mortsparmi
les56
témoins. Le lotC 2
n’aperdu
aucunanimal,
le lotC 1
aperdu
2 femellessur 7.
La mortalité la
plus
élevée est relevée dans le lotC 3 :
tous les animaux sontmorts au bout des deux
mois, excepté
un mâle. Les courbes de mortalité au coursdu
temps
pour les mâles et les femelles de ce dernier lot sontreportées
sur lafigure
4. B ― I7tilisationdigestive globale
de la rationLes coefficients d’utilisation
digestive
de la rationfigurent
dans le tableau 4. On voit que leurs valeurs sont sensiblement les mêmes dans tous les lots témoins et n’évoluent pas au cours dutemps (environ c!6
p.ioo).
Elles sontsignificativement
abaissées chez les lots
C l
etC 2 (environ
c!z p.100 )
et encoreplus
chez le lotC 3 (environ
86 p.
100 ).
C ―
E!cacité protidique
de la ration1
0 Utilisation
digestive
de l’azote.On a
reporté
dans le tableau 5 les coefficients d’utilisationdigestive apparents
de l’azote de la ration. Ces coefficients sont sensiblement les mêmes pour laplupart
des lots d’animaux et n’évoluent pas au cours du
temps (environ
88 à 91 p.100 ).
Seul,
le lotCg
est caractérisé par des valeurs un peuplus
faibles(8 4
à 88 p.100 ).
2
° Utilisation
métabolique
de l’azote.Dans le tableau 6
figurent
les coefficients de rétention de l’azote.Un examen d’ensemble de la
figure
5 montre que les coefficients sonttoujours plus
faibles chez les rats recevant les huiles chauffées que chez les témoins «alignés
!·correspondants.
Parailleurs,
les coefficients de rétentioncorrespondant
aux lotsrecevant les huiles chauffées baissent au cours du
temps. Cependant,
les différencesne sont pas
toujours significatives,
et les lotsCi, C 2
etC 3
n’ont pas le même compor- tement.Le calcul de la
signification
des différencesobservées,
par la méthode du « t » deS
TUD E NT
,
donne les résultats suivants : 1Seuil de
signification
des différences entre les lotsOn voit que ce sont les différences entre les lots
C 3
etT 3 qui
sont lesplus
mar-quées
et lesplus significatives pendant
lesquatre périodes.
On notera à ce
sujet qu’un
animal du lotC 3
aprésenté
durant lespériodes
B, C et D, une balance azotéenégative (cet
animal n’était du reste pas le même au cours des troispériodes).
Les valeursparticulières
du coefficient derétention, qui
sontaffectées dans ce cas du
signe moins,
n’ont pas étéprises
en considération pour le calcul de la moyenne du lotC 3
dans le tableau 6 et lafigure
5.Dans le tableau 7, on a
reporté
pourchaque sujet
du lotC 3 les
valeurs de l’azoteingéré,
de l’azoteurinaire,
du bilan azoté et du coefficient derétention ;
les moyennes ont été calculées sur tous les rats survivants dulot,
ycompris
ceux conduisant à des valeursnégatives.
Les coefficients de rétention moyens sont alorsabaissés,
parrapport
à ceuxqui
sontindiqués
sur le tableau 6 et lafigure
5.Par
ailleurs,
des variations individuelles trèsimportantes
sont relevées dansce même lot
C 3 ,
comme l’examen du tableau 7permet
de s’en rendrecompte.
v -
Étude anatomique
1
0 Poids de
quelques
organes.Chez les animaux morts au cours de
l’expérience
ou sacrifiés à sonissue,
un certain nombred’organes
ont étépesés : foie, reins, surrénales,
rate, coeur, testiculesou ovaires.
Une
hypertrophie
très accusée dufoie,
et surtout desreins,
a été observée dans les lotsqui
recevaient de l’huile chauffée(tabl. 8).
On relève peu de différences entre les mâles et les femelles dans un même lot.Par
ailleurs,
les testicules de 3 rats du lotC 3
ont étéexaminés ;
ils avaient unetaille nettement réduite par
rapport
à ceux des témoins. :Malheureusement 3 rats seulement ont été examinés dans le lotC :3 .
2
°
Étude /M’S<0/!/tO/O!M<’.
Les examens
histopathologiques
ont été effectués sursujets
dechaque
lot. Iln’a pas été trouvé d’altérations dans les différents
lots,
sauf dans les lotsC 2
etC 3 .
Dans le lot
C 2 (animaux
ayant reçu l’huile de lin chauffée à 220°C avecprotec-
tion contrel’oxygène
del’air),
il a été trouvé desphénomènes
decongestion
vas-culaire intéressant essentiellement le foie et le rein. Au niveau du
foie,
cesphéno-
mènes
paraissent marqués
dans trois cas, nets dans trois autres cas. Au niveau durein,
ils ne sont retrouvés quedans
4 cas sur 7.Dans le lot,
C 3 (animaux ayant
reçu l’huile de lin chauffée à275 °C
avecprotection
contre
l’oxygène
del’air),
il a été trouvé desphénomènes
decongestion
vasculaireet des
phénomènes
de nécrose cellulaire.Les
phénomènes
decongestion
vasculaire ont été observés dans 3 cas sur 7 au niveau du foie. Ilsprédominent
au niveau des veinessus-hépatiques.
Au niveau duparenchyme pulmonaire,
on retrouve le mêmephénomène
decongestion dans
4 cassur 7. Il en est de même au niveau du rein. Ces
phénomènes
restentcependant
d’in-tensité modérée et ne
s’accompagnent
nid’érythro-diapédèse
ni d’oedème.Les
phénomènes
de nécrose ne sont passystématisés
et intéressentquelques hépatocytes
de la zone centro-médullaire dansquelques lobules,
dans 3 cas sur 7 seulement. Au niveau durein,
cesphénomènes
de nécrose intéressent essentiellement le tube contournédistal ;
ils sont d’intensité variable d’unpoint
à un autre, en de- meurantcependant
discrets. Dans un cas, il a été trouvé desphénomènes
de nécroseau niveau de
quelques
tubesséminipares
du testicule.DISCUSSION
1
° Les résultats établis sur la
longévité
des rats nourris avec des huiles de lin soumises à différentstypes
dechauffage
montrent que lechauffage
à275 °C
avecprotection
contrel’oxygène
de l’air est leplus nocif,
lamajorité
des animaux étant morts dans un délai de I à 2 mois. Ce résultat est en accord avec ceux des travaux de CRAMPTOX et al.( 1951
a,b,
1953 etio56)
et de RAUljx et PETIT( 19 6 0 ).
Pour leschauffages
I et II, une étude de toxicité àplus long
terme que celle effectuéeici,
se-rait à
entreprendre.
2
° La croissance
pondérale
des animaux recevant l’huile de lin estégalement affectée,
surtout avec lechauffage
III. Ce fait est d’ailleurs deplus
enplus
accuséau cours du
temps.
Les ralentissements de croissance ne sont manifestement pas attribuablesuniquement
aux faibles consommations denourriture, puisque
desdifférences
importantes
dans lesgains
depoids
existent entre les lotsCi, C!, C 3
etles lots témoins dont les consommations sont
alignées.
3
° Nos résultats montrent que l’utilisation
digestive globale
de la ration estnettement abaissée chez les animaux recevant les huiles de lin chauffées. L’accrois-
sement de la masse fécale
peut
êtrerapproché
du fait que,d’après
différents auteurs, la consommation degraisses
soumises à des traitementsthermiques
sévères entraînel’apparition,
dans lesfèces,
depolymères
non absorbablesproduits
au cours duchauffage (LASSE ,
1949 : S.auwvERS et al. 1957 ; RAULiNet PETIT,19 6 0 ;
KAUNITZ,ig62 ;
MEAD,1962).
Mais,
comme dans les travaux de CRAMPTO-,( 1951
a,i 953 ),
laperte d’énergie
«
digestible » qui
résulte de cet entraînement d’unepartie
de la fractionlipidique
de la ration
paraît
insuffisante pourexpliquer
les ralentissements de croissance des rats recevant les huileschauffées,
parrapport
aux témoinsalignés.
Onpeut
doncsupposer :
- soit que l’un
(ou des)
constituant(s) présent (s)
dans l’huile chauffée exerce(nt)
une actiontoxique
directe au niveautissulaire ;
- soit
qu’il (s)
entraîne(nt)
une moins bonne utilisation de certains nutriments.4° En ce
qui
concerne lesprotides,
onpouvait
craindre que despolymères
nonabsorbés par la
paroi
intestinale entraînent unepartie
des constituants de laration,
par formation de
complexes
avec desprotéines
ou des acides aminés. Cettehypo-
thèse ne semble pas vérifiée dans nos conditions
expérimentales, puisque
le C.U.D.de l’azote n’est pas
significativement
différent dans les divers lots d’animaux(tabl. 5 ).
Il est vrai que les conditions dechauffage
des huiles diffèrent considéra- blement de celles des études de KAUNITZ et al.(z 95 6),
VPN-01,IA et TAPPEL( 195 8),
DESAIet TAPPEL
( 19 63),
NARAYAN et al.(r958, 196.1, r96.1),
MATSuo(1962).
En outre, NARAVANet KUMMEROW
(r 9 6 3 ) signalent
que leslipides oxydés
forment descomplexes
avec l’albumine
d’ceuf,
mais pas avec le caséinate de sodium.Or,
la caséine est la seule source deprotéine employée
dans leprésent
travail.5°
Cependant,
si l’interaction entre lesproduits
duchauffage
de l’huile de lin et des constituants azotés ne semble pas seproduire
au niveaudigestif,
il est encorepossible qu’elle
ait lieu au niveaumétabolique. Et,
defait,
nos résultatsindiquent
que l’utilisation
métabolique
de l’azote de la ration est abaissée chez les animaux recevant les huileschauffées, particulièrement
avec lechauffage
III.Ces faits sont à
rapprocher
des observations de Wr’rTmG et al.( 1957 ), qui
mon-trent que des rats recevant une ration riche
( !
zo p.ioo)
enprotéines
supportentnettement mieux les effets néfastes d’huiles
polymérisées
que les animaux recevantune ration pauvre
( 10
p.100 ).
Lasupplémentation
durégime
avec de lapyridoxine
atténue
également
les effetstoxiques
et les effets sur la croissance.Cependant,
il est <üfficile de savoir si l’abaissement du bilan azoté résulte du ralentissement de la croissanceprovoqué
parl’ingestion
deproduits toxiques
ousi
c’est,
aucontraire,
l’abaissement de la rétention azotéequi
est àl’origine
duralentissement de croissance. En
effet,
onpourrait envisager
parexemple
la des-truction ou l’inactivation d’une enzyme
importante
intervenant dans le métabolisme desprotéines.
I>es recherches ultérieures sont nécessaires pour éclaircir cettequestion.
6° En ce
qui
concerne l’étudeanatomique,
nos observations sur lepoids
de cer-tains organes
peuvent
êtrerapprochées
de celles de KAUNITZ et al.( 1955 )
et deP
OMNG et al.
(ig6o, i 9 62) qui
ont observé unagrandissement
du foie des animauxrecevant des
graisses chauffées,
de KAUNITZ et al.( 1955 ) qui
ont’trouvé aussi unagrandissement
des reins. Mais la nature des corps gras utilisés par ces auteurs et les conditions deschauffages qui
leur ont étéappliqués
différaient sensiblement des nôtres.L’analyse
des documentshistopathologiques permet
trois remarques : . Les lésions intéressent essentiellement un lot(lot C. ; ),
ellesn’apparaissent
pas chez tous les
animaux,
et lesphénomènes
de nécrose et decongestion
vasculairerestent assez discrets.
. Il faut tenir
compte,
dans leurinterprétation,
des altérationspost
mortemqui
ont pu seproduire
chez les animaux décédés en coursd’expérimentation.
Cecin’est
valable,
bienentendu,
que pour lesphénomènes
de nécrose.. Le nombre des animaux étudiés ne
permet
pas uneappréciation
suffisantede la
fréquence
des lésionsqui,
enelles-mêmes,
n’ont rien despécifique.
Le
problème
desrapports
entre lesphénomènes
de nécrose et decongestion
vasculaire
peut
se poser, mais l’absence desystématisation
desphénomènes
nécro-tiques
cellulaires fait penserqu’il
n’existeprobablement
pas de lien entre ces derniers et lesphénomènes
decongestion
vasculaire.Cependant,
l’étudeanatomique
dans cepremier
travail n’a pas été conduite defaçon
àpouvoir préciser
l’état vasculaire des gros troncs.Nous n’avons pas retrouvé dans cette étude les altérations observées par Rau-
LI
x et al.
( 19 6 0 )
au niveau dumyocarde
et par RAULIN et PETIT(i 9 6z)
au niveaudes poumons. Ces auteurs utilisaient des huiles de
hareng
chauffées dans lepremier
cas à I80-2000C
pendant
8 h sousCO 2 ,
et dans le deuxième cas ài8 5 -igo o C pendant
5
0 à 60 h avec un
léger
barbotement d’air.Enfin,
il fautsouligner
que larapidité
de l’évolution chez ces animaux doit faire classer notre travail dans le cadre desexpérimentations aiguës
ousubaiguës,
dont on sait
qu’il
estfréquent qu’elles
donnent fort peu d’informations sur leplan morphologique
à l’examenhistologique.
Une administrationplus prolongée
àdose
plus
faiblepourrait peut-être
faireapparaître
de nouveaux éléments lésionnels.Inversement on
peut
penserqu’elle
entraînerait desrépercussions
nutritionnelles moinsmarquées
que cellesqui
ont été décrites dans ce travail.Reçu pour
pzsblicatio!a
enj an1l1.rr
!9G6.SUMMARY
NUTRITIONAL AND TOXICOLOGICAL EFFECTS OF INGESTING HEATED LINSEED OIL 1
. GENP,RAI. EFFECTS AND EFFECT ON UTILIZATION OF PROTEIN IN TIIE DIET
During 2months groups of 7 young rats of each sex were
given
diets with 20 p. 100 linseed oil which had been heated in one of three ways :For 40hours at 220°C without
protection
from the oxygen in the air(group C B );
For 40 hours at 220°(’ with oxygen excluded by bubbting
nitrogen through
the oil (groupC 2 );
For zz hours at 27,SOC with oxygen excluded (group (’3).
At the same
time 3 control
groups, ’1’&dquo; ’1’2 and ’1’3were given a diet with 20p. 100linseed oil which had not been heated, in the same amounts as were eaten by groups Ci, C2and C3,respectively.
In addition another group, T!, got the control diet to
appetite
(table i). Faeces and urine excretedby the rats were collected during 4successive
periods
between the 6th and 35thdays
of the expe- riment, and differentanalyses
were made. Several organs taken from some of the rats at the end of the experiment were examinedhistologically.
The results were as follows.General examinations.
Intake of feed was less for rats in groups (B, (’2’ and €3 than for those in group To (table
2 ).
Growth was much slower than in group and slower also than in groups 1’1, Tzand T3,
(table
3 andfigures
Ito 3). At the end of 2 months 13(out
of 14) in group C3(fig. 4 ),
none(out
of14 )
ingroup C’2, 2
(out
of 14) in group C, and 2of the total of 56 controls had died. The third method ofheating
had thus aparticularly
toxic effect.n’utritiorral studies.
Apparent
digestibility of the whole diet was !6 p. roo in all the a>ntrol groups. It wassigni- ficantly
less, 92 p. 100, in groups C, and (’2 and even more so, 86 p. too, in group C3 (table 4). Onthe other hand, apparent
digestibilitv
of nitrogen was similar in all groups (table 5). The results exclude the hvpothesis thatnon-absorbable
complexes between the nitrogenous constituents of the diet andthe polymers
formedduring
heating areproduced
in the digestive tract. However, coefficient of retention of nitrogen was lower in the groups given heated oils than in controls(tables
6 and 7). The ditference was
highly significant
between groups C3and To> and less so between groupsC
1and 1B and between groups (’2and T2
(fig.
5).Anatomical
slud y .
The organs studied were heart, lungs, liver,
spleen, kidneys,
stomach and testes. Per 100 gbodyweight, weights
of kidneys and of liver were about twice as great in groups C&dquo; C2 and Caas in the controls(table
8).I listological
changes were seen only in group C2andespecially
group C3.Essentially
thosechanges
were vascularcongestion
in liver andkidneys,
(groups C2 andC 3 )
andnecrosis of liver and
kidneys (group
C3).The theoretical