HAL Id: tel-00423952
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asymétrique
Sylvain Prolhac
To cite this version:
Sylvain Prolhac. Méthodes exactes pour le modèle d’exclusion asymétrique. Physique mathématique
[math-ph]. Université Pierre et Marie Curie - Paris VI, 2009. Français. �tel-00423952�
DE L'UNIVERSITÉ PIERRE ET MARIE CURIE Spé ialité PHYSIQUE THÉORIQUE É oledo torale107 présentéepar M. Sylvain Prolha
pour obtenir letitrede
DOCTEUR de l'UNIVERSITÉ PIERRE ET MARIE CURIE
Sujetde lathèse:
Méthodes exa tes
pour le
modèle d'ex lusion asymétrique
soutenue le23septembre 2009
devantle jury omposé de:
M. Olivier Babelon Président
M. ThierryBodineau Examinateur
M. David Dean Rapporteur
M. NikolaiKitanine Rapporteur
M. Jean-Mar Lu k Examinateur
Table des matière i
Remer iements v
Introdu tion 1
I Résultats généraux sur le modèle d'ex lusion asymétrique 3
1 Le modèled'ex lusion asymétrique 5
1.1 Dénition du modèled'ex lusion asymétrique . . . 5
1.1.1 Modèle deKatz-Lebowitz-Spohn . . . 5
1.1.2 Modèle d'ex lusionasymétrique surunanneau . . . 7
1.1.3 Conditionsauxbords . . . 8
1.1.4 Variantesdu modèle . . . 10
1.2 Modèles reliés aumodèle d'ex lusion . . . 10
1.2.1 Modèles de roissan e . . . 10
1.2.2 Équationsd'Edwards-Wilkinsonetde Kardar-Parisi-Zhang . . . 12
1.2.3 Polymère dirigéen milieu aléatoire . . . 14
1.2.4 Modèle àsixvertex. . . 17
1.2.5 Pro essus zerorange . . . 19
2 Quelques résultats onnus pourle modèle d'ex lusion asymétrique 23 2.1 Dynamique dumodèled'ex lusion . . . 23
2.1.1 Équationmaîtresse . . . 23
2.1.2 Graphede ladynamique . . . 24
2.1.3 Relaxationversl'état stationnaire . . . 26
2.2 Mesure stationnaire. . . 27
2.2.1 Bilandétaillé . . . 27
2.2.2 Modèle surunanneau . . . 29
2.2.3 Modèle ouvert . . . 30
2.3 Flu tuations de ladensitélo ale. . . 30
2.3.1 Lienave l'énergielibre pour un systèmeà l'équilibre. . . 30
2.3.2 Modèle surunanneau . . . 32
2.3.3 Modèle ouvert . . . 33
2.4 Valeur moyenne du ourant . . . 34
2.4.1 Modèle surunanneau . . . 35
2.4.2 Modèle ouvert . . . 35
2.5 Flu tuations du ourant . . . 37
2.5.1 Équation maîtressedéformée . . . 37
2.5.2 Cumulants du ourant . . . 38
2.5.4 Cal ul desu tuations du ourant . . . 41
2.5.5 Symétries naturellesdu modèled'ex lusion . . . 42
3 Ansatz de Bethe pour lemodèle d'ex lusion asymétrique 47 3.1 Ansatz de Betheen oordonnées . . . 47
3.1.1 Intégrabilité dumodèle d'ex lusionasymétrique . . . 47
3.1.2 Ansatz de Betheen oordonnées pourdiagonaliser lamatri e
M (γ)
. . . 493.1.3 Modèletotalement asymétrique . . . 54
3.1.4 Invarian es deséquations de Bethe . . . 56
3.2 Flu tuations du ourant pour un systèmeàune parti ule . . . 58
3.2.1 Cal ul dire t . . . 58
3.2.2 Cal ul par Ansatz deBethe . . . 59
3.2.3 Propriétés de lafon tion de grandesdéviations du ourant . . . 60
3.3 Flu tuations du ourant dumodèle totalement asymétrique . . . 61
II Flu tuations du ourant dans le modèle partiellement asymétrique 67 4 Résumé des résultats sur les umulants du ourant du modèle d'ex lusion 69 4.1 Régimede faible asymétrie etrégimede forteasymétrie . . . 69
4.2 Cumulants du ourant . . . 70
4.2.1 Constante dediusion . . . 70
4.2.2 Troisième umulant . . . 71
4.2.3 Cumulants d'ordre plusélevé . . . 72
4.3 Modèlefaiblement asymétrique . . . 73
4.3.1 Transition de phase. . . 75
4.3.2 Positionde latransitionde phase . . . 78
4.4 Expression ombinatoire pour les umulantsdu ourant . . . 79
5 Ansatz de Bethe fon tionnel pour le modèle d'ex lusion asymétrique 81 5.1 Formulationfon tionnelle deséquations deBethe . . . 81
5.1.1 Passage àl'équation fon tionnelle . . . 81
5.1.2 Invarian es de l'équationde Bethe fon tionnelle . . . 84
5.1.3 Solutions de l'équationde Bethe fon tionnellepour
n = 1
. . . 875.1.4 Appli ation au modèle totalement asymétrique . . . 87
5.2 Développement perturbatif de l'équationde Bethe fon tionnelle . . . 90
5.2.1 Premier ordre . . . 92
5.2.2 Deuxièmeordre . . . 92
5.2.3 Valeur moyenne du ourant et onstantedediusion . . . 93
5.3 Résolution systématique ordrepar ordre . . . 93
5.3.1 Reformulationde l'équationde Bethe fon tionnelle . . . 94
5.3.2 Développement perturbatif en
γ
etélimination deR(t)
. . . 945.3.3 Résolution itérative de l'équationpour
A(t)
. . . 955.3.4 Reformulationde lasolutionitérative. . . 96
5.3.5 Expressionexa te pour les troispremiers umulants du ourant . . . 97
5.3.6 Expressiondes umulantsdu ourant à lalimitethermodynamique . . . 98
5.4 Flu tuations du ourant danslalimitefaiblement asymétrique . . . 100
5.4.1 Régularisation de l'équationfon tionnelle en
x = 1
. . . 1015.4.2 Équation fon tionnellepour
A(y)
˜
. . . 1025.4.3 Inversionde l'opérateur
∆
. . . 1035.5 Résolution numérique deséquations deBethe . . . 108
5.5.1 Résolution numérique del'équation de Bethefon tionnelle . . . 108
5.5.2 Évolutiondesra inesde Bethe enfon tion de
γ
. . . 1095.5.3 Argument pour l'annulation desra inesde Bethe . . . 111
6 Formule ombinatoire pourles umulants du ourant 113 6.1 Stru ture del'expression despremiers umulants . . . 114
6.1.1 Formules de taillenie . . . 114
6.1.2 Limite thermodynamique . . . 116
6.1.3 Quatrième umulant du ourant . . . 117
6.2 Expression paramétrique desu tuationsdu ourant . . . 120
6.2.1 Dénition desarbres . . . 120
6.2.2 Fon tionsagissant surdesarbres . . . 122
6.2.3 Sommation sur lesarbres . . . 125
6.2.4 Conje ture pour lepolynme
Q
. . . 1296.2.5 Forme paramétriquepour lafon tion
E(γ)
. . . 1306.2.6 Limite totalement asymétrique . . . 133
6.2.7 Limite thermodynamique(
1 − x
ni) . . . 1346.3 Expression exa tedes umulants du ourant . . . 135
6.3.1 Dénition desforêts . . . 136
6.3.2 Sommation sur lesforêts . . . 137
6.3.3 Forme expli itedes umulants du ourant . . . 139
6.3.4 Limite thermodynamique(
1 − x ∼ 1/
√
L
) . . . 1406.A Preuve de l'équivalen edes deuxdénitions de
W
η,ξ
ϕ
(g)
. . . 1426.A.a Changementsde variables orrespondant à des hangements d'arbres . . 142
6.A.b Exemple 1 :arbrelinéaire ave desn÷uds ompositesde taille
1
. . . . 1436.A. Exemple 2 :arbreramié ave desn÷uds omposites detaille
> 1
. . . 1456.B Indépendan ede
W
η,ξ
ϕ
(g)
par rapportau hoix de lafon tionθ
. . . 1466.C Dérivationde l'expressionexpli ite de
E(γ)
. . . 1476.C.a Élimination de
B
λ
dansl'expression paramétriquedeE(γ)
. . . 1476.C.b Expression de
E(γ)
ommeune sommesurdes forêts . . . 148III Modèle d'ex lusion asymétrique à plusieurs lasses de parti ules 153 7 Le modèled'ex lusion asymétrique à plusieurs lasses de parti ules 155 7.1 Dénition du modèle . . . 155
7.2 Couplage entredeuxmodèlesd'ex lusion . . . 156
7.3 Cho s . . . 157
7.4 Matri e deMarkov . . . 158
7.5 Mesure stationnaire. . . 158
7.6 Flu tuations du ourant . . . 159
7.7 Intégrabilité . . . 161
8 Mesure stationnaire du modèle d'ex lusion asymétrique 163 8.1 Modèleouvert. . . 163
8.1.1 Ansatzmatri iel . . . 163
8.1.2 Preuve de l'Ansatz matri iel:matri es hapeau. . . 164
8.1.3 Représentation expli ite de l'algèbre desmatri es
D
etE
. . . 1668.1.4 Cal ul expli ite desprobabilités stationnaires . . . 169
8.2 Modèleà deux lasses de parti ules . . . 172
8.2.1 Ansatz matri iel . . . 172
8.2.2 Preuve del'Ansatz matri iel . . . 173
8.2.3 Représentation expli ite desmatri es
D
,A
etE
. . . 1748.2.4 Cal ul expli ite desprobabilitésstationnaires . . . 175
8.3 Modèleà
N
lasses de parti ules . . . 1778.3.1 Modèletotalement asymétrique: onstru tion deFerrarietMartin . . . 177
8.3.2 Modèlepartiellement asymétrique :Ansatzmatri iel . . . 179
8.3.3 Preuve del'Ansatz matri iel . . . 180
8.3.4 Cal ul expli ite desprobabilitésstationnaires . . . 181
8.3.5 Matri ede transfert . . . 181
9 Ansatz de Bethe algébrique pour le modèle d'ex lusion asymétrique 185 9.1 Lien entre lamatri e deMarkovet lehamiltoniende la haînede spinXXZ . . 185
9.1.1 Matri ede Markovlo ale . . . 185
9.1.2 Chaînede spin XXZ . . . 186
9.2 Famille de matri esde transfert pour lemodèle àune lassede parti ules . . . 188
9.2.1 Opérateurs lo aux:opérateur de Laxetmatri e
R
. . . 1889.2.2 Matri ede monodromie etmatri ede transfert . . . 191
9.2.3 Lien ave lemodèleà sixvertex. . . 192
9.2.4 Lien ave lamatri e de Markov . . . 193
9.2.5 Relation deYang-Baxteret ommutation des matri esdetransfert . . . 194
9.2.6 Opérateurs de lamatri ede monodromie . . . 196
9.2.7 Matri ede transfert inhomogène . . . 196
9.3 Ansatz de Bethealgébrique . . . 197
9.3.1 Ansatz de Bethealgébrique pour lamatri e de transferthomogène . . . 197
9.3.2 Appli ation de
t(λ)
surleve teur|ψ({˜z})i
. . . 1989.3.3 Équations de Bethe. . . 199
9.3.4 Ansatz de Bethealgébrique pour lamatri e de transfertinhomogène . . 201
9.3.5 Valeur proprede
t(λ)
etéquationde Bethefon tionnelle . . . 2019.4 Matri ede transfertpour lemodèle à
N
lassesde parti ules . . . 2029.4.1 Opérateur de Laxetmatri e
R
. . . 2039.4.2 Matri ede monodromie etmatri ede transfert . . . 204
9.4.3 Equation deYang-Baxter . . . 204
9.4.4 Opérateurs de lamatri ede monodromie . . . 205
9.5 Ansatz de Betheemboîté. . . 207
9.5.1 Constru tion du ve teurpropre :première étape . . . 207
9.5.2 Itération delapro édure :Ansatz deBethe emboîté . . . 214
9.5.3 Équation deBethe fon tionnelle. . . 217
9.A Algèbredesopérateursde lamatri e de monodromie . . . 219
9.A.a Une lasse departi ules . . . 219
9.A.b Plusieurs lasses de parti ules . . . 219
Con lusion 221
Bibliographie 223
Résumé 231
J'aimeraistoutd'abordremer ierDavidDeanetNikolaiKitanined'avoirbienvouluêtreles
rapporteurs de ette thèse. Je remer ie aussiOlivier Babelon, ThierryBodineauetJean-Mar
Lu k pour avoira epté de fairepartie de monjury dethèse.
Je remer ie les membres de l'IPhT de m'avoir a ueilli dans e laboratoire, en
parti u-lier HenriOrland, Catherine Cataldi, Jean-Yves Ollitrault, LaureSauboyetSylvie Zaanella.
Je tiens à exprimer ma gratitude à Kirone Malli k pour avoir en adré ma thèse. Sa
gen-tillesse et sa patien em'ont permis d'ee tuer ette thèse dans des onditions idéales. Cela a
étéunplaisir de résoudredesproblèmes ave luidurant es troisdernières années.
Je remer ie également Olivier Golinelli, Martin Evans et Arvind Ayyer pour les
dis us-sionsfru tueusesque j'aieues ave eux.
Je salue enn tous les thésards présents à l'IPhT pendant mes trois années de thèse :
Alexei, Pierre, Ni olas, Cristian, Constantin, Adel, Guillaume, Mi haël, Jean-Emile, Thomas,
Emmanuel, Dmytro, Jérme, Clément, Olivier, Laura, Jeanne, Clément, Jean-Marie, Gaëtan,
Àl'é hellemi ros opique,unsystèmephysiqueestdé ritparuntrèsgrandnombrededegrés
deliberté.Àl'é hellema ros opique,unpetitnombredevariablessutenrevan heà
ara téri-serl'étatdusystème.Lepassagedelades riptionmi ros opiqueàlades riptionma ros opique
estl'objet de laphysique statistique. Pour les systèmes àl'équilibre thermodynamique, le lien
entre esdeuxé hellesestfournipar lamesuredeBoltzmann-Gibbs, quispé ielaprobabilité
d'observer unmi ro-état donnédu systèmeà une ertaine température.Pour lessystèmes loin
del'équilibre,par ontre,au unethéoriegénéralenepermetpourl'instantd'exprimerla
proba-bilité d'observerles mi ro-états. Même dans un état stationnaire, pour lequel es probabilités
nedépendent pasdu temps,lamesurestationnaire n'est danslaplupart des aspas onnue.
L'analysedemodèlessimplesasouvent étéutilepourappréhender laphysique dessystèmes
à l'équilibre thermodynamique. Par exemple, le modèle d'Isinga joué un rle majeur dansla
ompréhension des phénomènes olle tifs. En parti ulier, la solution du modèle
bidimension-nel par Onsager a dénitivement établi que les transitions de phase d'un système physique
pouvaient être expliquées par la variation ontinue d'un paramètre du modèle mi ros opique
sous-ja ent. Plus tard, le groupe de renormalisation a formalisé le on ept d'universalité et a
permis de omprendre que la résolution d'un modèle parti ulier donnait a ès, dansla limite
thermodynamique,àun omportementpartagépartouteune lassedemodèlesayantlesmêmes
symétries.
Danslebutdemieux onnaîtrelaphysiquedessystèmeshorsd'équilibre,ilestainsinaturel
de onsidérer des modèles simples pouvant jouer le même rle que le modèle d'Ising pour les
systèmes à l'équilibre. Les gaz sur réseau font partie des modèles les plus étudiés à et eet.
Ilsfont intervenir des parti ules lassiquesse déplaçant de manière aléatoire sur les sites d'un
réseau.Ces modèles sont engénéral dénis par leurdynamique, 'està direpar l'ensembledes
tauxave lesquelslesparti ulessedépla entsurleréseau.Dansle asparti ulierdespro essus
d'ex lusion,lesparti ulessontdesparti ulesà ÷urdurquisontsoumisesàla ontraintequ'un
site nepeutêtreo upé quepar auplus uneparti ule à lafois.
Laprésentethèsetraiteessentiellementdumodèled'ex lusionasymétriqueunidimensionnel,
quipossède lapropriététrès intéressante d'être exa tement soluble.Nous verrons eneet qu'il
est reliéà des haînes de spin intégrables ainsi qu'à des modèles de vertex, etqu'il peut ainsi
être analysé par l'Ansatz de Bethe introduit par Hans Bethe en 1931 pour la haîne de spin
de Heisenberg. Ce i nous permettra d'obtenir des expressions exa tes pour diverses quantités
importantes relativesà e modèle.
Cette thèse est dé oupée en quatre parties. La première partie rappelle quelquesrésultats
généraux on ernant le modèle d'ex lusion asymétrique. La deuxième partie est onsa rée au
al uldesu tuations du ourant danslemodèle partiellement asymétrique surun anneau.La
troisième partie traite ertains aspe ts du modèle d'ex lusion à plusieurs lasses de parti ules.
Enn,laquatrièmepartieregroupeles inqarti lesprésentantlesrésultatsobtenusdurant ette
thèse.
La première partie est omposée de trois hapitres. Dans le hapitre 1, nous dénirons
le modèle d'ex lusion asymétrique et nous montrerons qu'il est relié à un ertain nombre de
modèlesimportantsdelaphysiquestatistique.Nousverrons enparti ulierqu'ilpeut être
inter-prété ommeunmodèlede roissan e,etappartient ainsiàla lassed'universalitédel'équation
Kardar-Parisi-Zhang. Dans le hapitre 2, nous rappellerons que l'évolution dans le temps de
laprobabilité d'observerun mi ro-état donné du système s'é rit sous la forme d'une équation
maîtresse.Nousverronsaussiquele al uldesu tuationsdu ourantseramèneau al uldela
valeur propremaximale d'unedéformationde lamatri ede Markovdusystème. Enn, dansle
hapitre 3,nousmontreronsquel'AnsatzdeBethepeutêtreutilisépourdiagonaliserlamatri e
deMarkovdumodèled'ex lusion.Nousrappelleronsalors le al uldesu tuationsdu ourant
à la fois vers l'avant et vers l'arrière, maisave un biais de telle sorte qu'il s'établisse un
ou-rant global dansle système. Cette partie sedivise en trois hapitres. Le hapitre 4 résume les
résultats qui seront obtenus dans la suite de ette partie pour les u tuations du ourant du
modèled'ex lusionpartiellement asymétrique.Le hapitre 5de ettepartieexpliqueensuiteles
résultatsexa tsobtenus danslesarti les[1,2,3℄pourles umulantsdu ourant enutilisant une
formulation fon tionnelledes équations de Bethe.Enn, le hapitre 6 présente une expression
exa te onje turée pour tous les umulants du ourant du modèle partiellement asymétrique
[4℄.Cette onje turefaitintervenir desobjets ombinatoires (arbresetforêts).
La troisième partie de ette thèse est onsa rée prin ipalement au modèle d'ex lusion à
plusieurs lasses de parti ules. Elle est aussi omposée de trois hapitres. Dans le hapitre 7,
nous présenterons le modèle d'ex lusion à plusieurs lasses de parti ules, et les raisons pour
lesquelles e modèle a été étudié. Dans le hapitre 8 , nousdé rirons l'Ansatz matri iel utilisé
pour exprimer les probabilités stationnaires du modèle d'ex lusion asymétrique. Après avoir
rappelé le asdumodèle ouvertave une seule lasse departi ules, nousdonnerons lasolution
dans le as du modèle à plusieurs lasses de parti ules sur un anneau qui a été obtenue dans
[5℄.Enn, dansle hapitre 9,nousprésenteronslaformulation algébriquede l'AnsatzdeBethe.
Nous ommen eronspardé rirele asdumodèleàune lassedeparti ules,puisnousdonnerons
Résultats généraux sur le modèle
Le modèle d'ex lusion asymétrique
Dans epremier hapitre,nousprésentonslemodèled'ex lusionasymétrique,quenousallons
étudierdans ette thèse. Aprèsavoir dénile modèleainsi quequelquesunes de sesvariantes,
nous verrons qu'il est relié à plusieurs autres modèles très étudiés de la physique statistique.
Nous é rirons ensuite l'équation maîtresse gouvernant l'évolution de la probabilité de ha un
des mi ro-états du système, et nous nous intéresserons en parti ulier à l'état stationnaire du
systèmeetauxu tuations du ourant.
1.1 Dénition du modèle d'ex lusion asymétrique
Le modèle d'ex lusion asymétrique (ASEP, pour Asymmetri Simple Ex lusion Pro ess)
est l'un des modèles les plus simples de parti ules en intera tion présentant un état
station-naire hors d'équilibre. Il s'agit d'un pro essus sto hastique dé rivant l'évolution de parti ules
lassiquessedéplaçant lo alement surles sitesd'unréseau unidimensionnel, ave la ontrainte
d'ex lusion qui impose que haque site ne peutêtre o upé que par au plus une parti ule. Il
faitainsipartie desmodèles de gaz surréseau dénispar Katz,LebowitzetSpohndans[6, 7℄.
Ila étébeau oupétudié parlepassé,à lafoispar desmathémati iens [8,9,10 ℄, desphysi iens
[11 , 12 , 13 , 14 , 15 , 16 , 17, 18, 19℄ et des biophysi iens [20, 21, 22℄, en parti ulier par e qu'il
s'agitde l'un desrares modèles de laphysique statistique hors d'équilibre qui soit exa tement
soluble, e qui signie que ertaines de ses propriétés peuvent être al ulées exa tement. Il a
aussiétéutilisé ommepoint dedépartpourmodéliser ertainsphénomènesphysiques, omme
par exemple la ondu tivité par saut dans desmilieux unidimensionnels [23 ℄, pour dé riredes
systèmesàl'interfa eentrelaphysiqueetlabiologie, ommelesmoteursmolé ulaires ellulaires
[24 ℄,ou en orepour étudierdesproblèmes detra routier[25 ℄.
Dans ette se tion, nous allons tout d'abord dénir le modèle de gaz sur réseau de
Katz-Lebowitz-Spohn,puis le modèle d'ex lusion asymétrique surun anneau qui en est un as
par-ti ulier.Nous introduirons ensuite lemodèled'ex lusion ave d'autres types de onditions aux
bords. Enn, nousmentionnerons brièvement quelquesvariantes dumodèle.
1.1.1 Modèle de Katz-Lebowitz-Spohn
Le modèle d'Ising, introduit à l'origine pour étudier les propriétés de ertains matériaux
ferromagnétiques, ajouéun rleimportant dansla ompréhensionde laphysique dessystèmes
à l'équilibre thermodynamique. On onsidérera i i le modèle d'Ising surun réseau ubique de
dimension
d
ave des onditionsauxbordspériodiques. À haquen÷udi
du réseauest asso ié un spin lassiqueS
i
pouvant prendre les valeur+1
et−1
.À haque ongurationC
des spin spé iéepar les valeursdesS
i
,on asso ie uneénergieH(C) = −
J
4
X
hi,ji
lasomme étant ee tuéesur lesliens
hi, ji
duréseau. SiJ > 0
,le modèleest ferromagnétique, tandis que pourJ < 0
ils'agit dumodèle antiferromagnétique.On onsidèrele modèled'Ising àl'équilibrethermodynamique, en onta tave unthermostatàtempératureT
.Laprobabilité d'observerune ongurationC
des spinsest alors donnéepar lefa teur deBoltzmannPeq
(C) =
e
−H(C)/kT
Z
.
(1.2)Le modèle d'Ising peut être vu omme un modèle dé rivant un gaz de parti ules à ÷ur dur
sur réseau. Onpeuten eet poser
S
i
= 2τ
i
− 1
, etinterpréter lavariableτ
i
ommele nombre d'o upation du sitei
:τi
= 0
orrespondraà un site vide etτi
= 1
à un site o upé par une parti ule. Enfon tion desvariablesτ
i
,l'énergie d'une ongurationC
s'é ritH(C) − H(0) = −J
X
hi,ji
τ
i
τ
j
,
(1.3)où la onstante
H
0
est indépendante deC
si l'on ne onsidère que des ongurations ave un nombren =
P
i
τ
i
xédeparti ules. On onstatequepourlemodèle aveJ > 0
,lesparti ules s'attirent,tandis qu'elles serepoussent siJ < 0
.Le modèle de gaz surréseau quenous venonsde présenter dé ritex lusivement lesystème
physique à l'équilibre thermodynamique. La dynamique sous-ja ente qui permet au système
d'atteindre et état d'équilibre n'est pas spé iée. Nous allons maintenant dénir une
dyna-mique pour e modèle. Nous modierons ensuite ette dynamique de telle sorte que l'état
stationnaire atteint auxtemps longs ne soit pasun état d'équilibre. Nous obtiendrons alors le
modèlede gaz surréseau deKatz-Lebowitz-Spohn.
Onintroduit une dynamiqueen temps ontinu surl'espa e des ongurations du système,
ave des taux de transition
w
C
′
←C
entre les ongurations.Dans un intervalle de temps inni-tésimaldt
,la probabilitéde passer de la ongurationC
à la ongurationC
′
est alors égale àdt w
C
′
←C
. Cette dynamique doit être telle que le système atteigne aux temps longs l'état sta-tionnaire dénipar les poids deBoltzmann (1.2 ). Unemanière simple d'assurer ela onsiste àhoisir destauxde transitionqui vérient lebilandétaillé (voirlase tion 2.2du hapitre 2) :
w
C←C
′
w
C
′
←C
=
P
eq(C)
P
eq(C
′
)
= e
−(H(C)−H(C
′
))/kT
.
(1.4)Commeon her heàdé rirelesdépla ementsdeparti ules,ilestnatureld'imposerla ontrainte
supplémentaire qu'une parti ule au site
i
ne puissesedépla er dansunintervalle de temps in-nitésimal que surl'un des2d
sites voisins dusitei
(voir gure1.1 ).On onsidérera alors que les seulstaux detransitionnon nuls sont euxqui é hangent lesnombres d'o upationτ
i
etτ
j
de deuxsites voisinsi
etj
siτ
i
6= τj
.Nous venons de dénir la dynamique d'un système atteignant aux temps longs un état
d'équilibre.Nousallonsmaintenant lamodierdetellesortequelesystèmeatteigneauxtemps
longs un état stationnaire hors d'équilibre, ara térisé par la présen e de ourants
ma ros o-piques. Ce i peut être ee tué en ajoutant un hamp externe
~
E
au modèle, qui va tendre à dépla erlesparti ulesselonune ertainedire tionprivilégiée.Pour desparti ules hargéeséle -triquement,onpeutparexemple voirle hamp
E
~
ommeun hampéle triqueexterneappliqué au système. Une manièrenaturelle d'in orporer un tel hamp externe au modèleest d'ajouterdans l'équation (1.4) du bilan détaillé le travail de la for e éle trique, en plus de la variation
d'énergie
∆H(C) = H(C) − H(C
′
)
entre deux ongurations.Onest alors onduità hoisirdes
taux de transitionquivérient
w
C←C
′
w
C
′
←C
= e
−(∆H+ ~
E. ~
∆l)/kT
,
(1.5)
où
∆l
~
estleve teur dépla ement delaparti ulequia hangéde siteentrela ongurationC
et la ongurationC
′
.Il s'agitdu modèle introduitpar Katz, Lebowitz etSpohn dans[6 , 7 ℄pourFig. 1.1 Dépla ements possibles des parti ules dans le modèle de Katz-Lebowitz-Spohn à
deuxdimensions.Leslignes grisesreprésentent leréseau dualduréseau surlequelsedépla ent
lesparti ules.
dé rire ertains typesde ondu teurs ioniques.
Le hampexterne
~
E
impliquelaprésen ed'un ourantde parti ulesdanslesystème,même dansl'étatstationnaire.Cemodèlenedé ritdon plusauxtempslongsunsystèmeàl'équilibrethermodynamique. De plus, les probabilités stationnaires ne s'expriment plus simplement en
fon tion destauxde transition.
Le asparti ulier
J = 0
du modèleKatz-Lebowitz-Spohn est lemodèle d'ex lusion asymé-trique. Il est déni entièrement en se donnant les2d
taux de transition orrespondant aux2d
sitesqu'uneparti ule peutatteindreensedéplaçant.Onnotequ'il s'agittoujoursd'unmodèlede parti ules en intera tion, les intera tions des parti ules s'ee tuant à travers la ontrainte
d'ex lusionqui empê hedeux parti ulesdesetrouversurlemême site.Dans ettethèse,nous
nousintéresseronsau modèle unidimensionnel,qui estexa tement soluble.
1.1.2 Modèle d'ex lusion asymétrique sur un anneau
On onsidèreunréseauunidimensionnel de
L
sites,numérotésde1
àL
,ave des onditions aux bords périodiques. Le réseau a ainsi la forme d'un anneau orienté, sur lequel on pla en
parti ules lassiques. La ontrainte d'ex lusion imposequ'un site ne peutpas être o upé parplusd'une parti ule à la fois.Un site
i
donné du réseau possède don deuxétats possibles :il peutsoitêtrevide,etonluiasso ieradans e aslenombred'o upationτ
i
= 0
,soitêtreo upé parune uniqueparti ule,etonluiasso ieraalors lenombre d'o upationτ
i
= 1
.L'ensembleΩ
des ongurations du système orrespond au nombre de façons possibles de hoisir lesn
sites o upéspar desparti ules. Le nombre de ongurations estdon donné par|Ω| =
L
n
.
On dénit maintenant sur et ensemble de ongurations la dynamique sto hastique en
temps ontinu du modèle d'ex lusion asymétrique (voir gure 1.2 ). Pendant un intervalle de
temps innitésimal
dt
, une parti ule entourée de deux sites vides se dépla e d'un site vers l'avant ave une probabilitép dt
,d'un site vers l'arrière ave une probabilitéq dt
,et ne bouge pasave uneprobabilité1−(p+q)dt
.Quanduneparti ulesetrouvesurunsitevoisind'unautre site o upé,la dynamiqueest modiée pour respe ter la ontrainte d'ex lusion.Une parti ulepré édée d'un site o upé et suivie d'un site vide se dépla e seulement d'un site vers l'avant
ave une probabilité
p dt
, et ne bouge pas ave une probabilité1 − p dt
. Ré iproquement, une parti ule pré édée par unsite vide etsuivie par un site o upé sedépla e seulement d'un siteversl'arrièreave uneprobabilité
q dt
,etne bouge pasave uneprobabilité1 − q dt
.Enn, une parti uleentourée de deuxsiteso upésne peutpassedépla er.Ondiraalorsquelesparti ulessedépla entversl'avantave untaux
p
etversl'arrière ave un tauxq
si le site de destination est vide. Comme les probabilités de dépla ement sontq
p
q
p
Fig. 1.2 Tauxdetransitiondumodèled'ex lusionasymétriquesurunanneau.Lesparti ules
se dépla ent dansle sens horaireave untaux
p
et dansle sens anti-horaire ave un tauxq
si le sitede destination est vide.innitésimalesdanstoutintervalledetempsinnitésimal,deuxparti ulesnepeuventpasbouger
en même temps, e qui évited'avoir à onsidérer les situationspour lesquellesdeux parti ules
pourraient sedépla er enmême temps surlesite vide qui les sépare.On notequesi l'on avait
déni ladynamiquedu modèled'ex lusion asymétrique omme unpro essusen temps dis ret,
il aurait fallutraiter e as, enrajoutant unerègle spé ique.
La diéren e entre les taux
p
etq
joue le rle d'un hamp externe qui impose un sens de par ours privilégié aux parti ules. On appelle modèle d'ex lusion totalement asymétrique, ouTASEP(pourTotally Asymmetri Simple Ex lusionPro ess) le asparti ulieroùlesparti ules
se dépla ent uniquement dans une dire tion. Par onvention, on prendra alors
q = 0
. Le as où les deux tauxp
etq
sont égaux est appelé le modèle d'ex lusion symétrique, ou SSEP (Symmetri Simple Ex lusion Pro ess). Enn, le as général où les tauxp
etq
sont non nuls et diérents est parfois appelé le modèle d'ex lusion partiellement asymétrique, ou PASEP(Partially Asymmetri Simple Ex lusion Pro ess). On introduira le paramètre d'asymétrie
x
déni parx =
q
p
.
(1.6)Nousverronsplusendétaildanslasuitede e hapitrequelemodèlesymétrique
x = 1
vériele bilan détaillé,et atteint aux temps longsun étatstationnaire d'équilibre,tandis quele modèleasymétrique
x 6= 1
atteint unétatstationnairehorsd'équilibre, ara tériséparlaprésen ed'un ourantma ros opique.Une partiedesrésultatsde ettethèse ont eupour objetde généraliserdes résultats onnus pour le modèle totalement asymétrique
x = 0
au modèle partiellement asymétrique ave une asymétrie arbitrairex
,permettant ainside sonder la transitionentre le système loinde l'équilibreetle systèmeàl'équilibre.1.1.3 Conditions aux bords
Les onditions aux bords jouent un rle ru ial dans la physique du modèle d'ex lusion
asymétrique. Deuxsystèmesdiérant uniquement parleurs onditionsauxbordspeuvent avoir
des omportements omplètement diérents, ave en parti ulier la présen e de transitions de
phase lorsque l'on fait varier ontinûment les paramètres asso iés à la dynamique du modèle
surlesbordsdusystème.Le asdes onditionsauxbordspériodiquespourlequellesparti ules
γ
α
q
p
δ
β
Fig. 1.3Tauxde transition dumodèle d'ex lusion asymétriqueouvert. Aupremier site, une
parti ule rentre dans le système ave un taux
α
et en sort ave un tauxγ
. Au dernier site, uneparti ule rentre danslesystèmeave untauxδ
etensort ave untauxβ
.À l'intérieur du système,lesparti ulessedépla ent versladroiteave un tauxp
etverslagau he ave untauxq
.Modèle ouvert
Dans le as du modèle ave des bords ouverts, on rajoute aux deux taux de transition
p
etq
à l'intérieur du systèmeun taux d'entrée et un taux de sortie pour ha un desbords du système, soit quatre taux supplémentaires, notés habituellementα
,β
,γ
etδ
(voir gure 1.3). La ontrainte d'ex lusion impose qu'une parti ule ne peut entrer dans le système au premierou au dernier site que si elui- i est vide. Il n'y a pas de ontrainte empê hant les parti ules
de sortir du système. Dans le as du système ave des bords ouverts, le nombre de parti ules
danslesystème ne reste pas onstant lors de l'évolution sto hastique :le systèmeé hange des
parti ules ave desréservoirs ontenant un nombre inni de parti ules situés aux deux bords
dusystème.
Silestaux
p
etq
sontégaux,lesparti ulessedépla entdemanièresymétriquedansl'intérieur du système, et lemodèle d'ex lusion peut être interprété omme un modèle de ondu tion dela haleur[19℄.Lesparti ulesreprésentent alorsdesquanta d'énergiediusantdanslesystème,
tandis queles deuxréservoirs departi ules s'interprètent ommedes thermostats.Lestaux de
transitionssurlesbordsdusystèmeinduisent un ourantde haleurentrelesdeuxthermostats.
Modèle inni
Onpeutaussidénirlemodèled'ex lusion suruneligne innie. Dans e as, lesparti ules
ne peuvent plus quitter le système et le nombre de parti ules est une quantité onservée par
ladynamique. Cenombre de parti ulespeutêtre ni, ouinni ave une densitémoyenne
ρ
de parti ulesdanslesystème.Lemodèled'ex lusionsuruneligne inniepeutêtre vu ommelalimite
L → ∞
dumodèle sur un anneau de tailleL
. Par ontre, les propriétés de l'état stationnaire du modèle sur une ligneinnie nes'obtiennent pasengénéral en prenant lalimiteL → ∞
despropriétés del'état stationnairedumodèlesurunanneaudetailleL
.Eneet,l'étudedel'étatstationnairené essite de onsidérerlesystèmeauxtempst
longs,alorsqueleslimitest → ∞
etL → ∞
ne ommutent pasen général. Enparti ulier, l'état stationnaire estindépendant de la ondition initialepourlemodèlesur unanneau, equi n'est pasle as pour lemodèle surune ligne innie.
Les méthodes utilisées dans l'étude du modèle d'ex lusion sur une ligne innie et sur un
anneausont assezdiérentes. Enparti ulier, l'étudedumodèleinni estreliéeàdesproblèmes
dematri es aléatoires[26 , 27,28,29 ℄, dont nousne parlerons pasdans ettethèse. Danstoute
1.1.4 Variantes du modèle
Plusieurs variantes du modèle d'ex lusion asymétrique ont été étudiées par le passé, ave
pour obje tifs de tester la robustesse du omportement du modèle, d'en enri hir la physique,
ou en ore dedé rire plusdèlement un systèmephysique parti ulier.
Il est par exemple possible de réduire les taux de dépla ement des parti ules entre deux
sites parti uliers
i
0
eti
0
+ 1
[30 ℄ et d'en étudier les onséquen es sur le ourant qui traverse le système. On peut aussi onsidérer des modèles où toutes les parti ules se dépla ent à destaux diérents [31℄, ou en ore des modèles faisant intervenir des parti ules étendues ouvrant
plusieurs sites [32℄,ou une hiérar hie de parti ules de diérentes lasses [33 ℄ (voir latroisième
partie de ette thèse).Onpeutaussiintroduiredesphénomènesd'évaporation etdedéposition
de parti ulesfaisant varier le nombre de parti ulesdansl'intérieur dusystème[34℄.
Ilfaut ependant noterquelaplupartde esmodèles ne sontplussolubles exa tement.On
doitalors re ouriràdesapproximationsdetype hampmoyenouàdessimulationsnumériques
pour en étudierle omportement.
1.2 Modèles reliés au modèle d'ex lusion
Nousprésentons dans ette se tion divers modèles de la physique statistiquereliés au
mo-dèle d'ex lusion asymétrique, en parti ulier un modèle de roissan e d'interfa e, un modèle
de polymère dirigé en milieu aléatoire, un modèle de vertex, et un pro essus de zero range.
Nous expliquons aussi le lien entre la limite ontinue du modèle d'ex lusion et les équations
d'Edwards-Wilkinson etdeKardar-Parisi-Zhang.
1.2.1 Modèles de roissan e
Lesmodèlesde roissan efontpartiedesmodèlestrèsétudiésdelaphysiquestatistiquehors
d'équilibre [35 , 36, 12, 14, 37℄. Ils dé rivent de manière simpliée des phénomènes physiques
étudiésexpérimentalement ommela roissan ede ristaux,de oloniesdeba téries,ou en ore
la propagation du feu sur une feuille de papier. Ces phénomènes ont en ommun la présen e
d'une interfa e (surfa e du ristal, de la olonie de ba téries, de la région non brûlée du
pa-pier,...)séparantdeuxmilieux,etsedéplaçantdemanièreirrégulièreà ausedesinhomogénéités
présentes danslesystèmephysique.
On onsidère i i un modèle de roissan e d'interfa e unidimensionnelle par déposition de
parti ules. À haque site
i
(1 ≤ i ≤ L
) d'un réseau unidimensionnel de tailleL
paire ave des onditions auxbordspériodiques,onasso ieune hauteurh
i
demême parité quei
(h
i
est paire sii
est pair, et impaire sii
est impair). On impose de plus la ontrainte|hi+1
− hi| = 1
sur l'ensembledeshauteurs.Celle- iimpliquequeleshauteursvarientlentementd'unsite àl'autre.L'ensembledeshauteurs
h
i
dénit laposition d'uneinterfa e unidimensionnelle entrelapartie hauteetlapartie basseduplan. On onsidérera quelarégionduplansituéesousl'interfa e estonstituée d'unempilement de parti ulesde forme arrée (voir gure1.4).
Larégion sousl'interfa e évolue alorspar dépositionetévaporationdesparti ulesà sa
sur-fa e(voirgure1.4 ).Uneparti ulepeutsedéposerausite
i
ave untauxp
silesitei
orrespond à unevalléede l'interfa e (h
i−1
= hi+1
= hi
+ 1
).Au sitei
,lahauteurdel'interfa e passealors deh
i
àh
i
+ 2
. Une parti ule peutaussi s'évaporer ave un tauxq
si le sitei
orrespond à un sommet de l'interfa e (h
i−1
= h
i+1
= h
i
− 1
). Ausitei
,lahauteurde l'interfa e passe alors dehi
àhi
− 2
.Cemodèlede roissan epeutêtrereliéaumodèled'ex lusionasymétrique[12℄ave
n = L/2
parti ules.À haquelien(i, i+1)
dumodèlede roissan e,onasso ieunsitei
dumodèle d'ex lu-sion.Le réseaupériodique deL
sitesdumodèlede roissan edonne alorsun réseaupériodique deL
sitespourlemodèled'ex lusion.Àune ongurationdumodèlede roissan espé iéepar les hauteursh
i
,on asso iela ongurationdu modèle d'ex lusion telleque lesitei
du modèleh
1
h
2
h
3
h
4
h
5
h
6
h
7
h
8
h
9
h
10
h
11
h
12
h
13
= h
1
p
q
p
q
Fig.1.4Dynamiqued'unmodèle de roissan ereliéaumodèled'ex lusion asymétrique. Une
parti ule(deforme arrée)peutsedéposerdansune valléeave untaux
p
,etun sommetpeut s'évaporer ave un tauxq
.d'ex lusionest vide si
h
i+1
− hi
= 1
,etesto upé par une parti ule sih
i+1
− hi
.On onstate alors que la dynamique du modèle de roissan e induit sur les sites du modèle d'ex lusion ladynamiquesuivante :une parti ule peutavan erave untaux
p
et re ulerave untauxq
sile site de destination estvide. Il s'agit bien de ladynamique du modèle d'ex lusion asymétriquedéniepré édemment à lase tion1.1.2 .
Ilestpossibledegénéraliserlemodèlede roissan edetellesortequ'ilsoitalorsreliéau
mo-dèled'ex lusionave unremplissage
ρ = n/L
quel onque.Pour ela,onpeutparexemple hoisir des onditionsauxbordsnonpériodiquesh
L+1
= h
1
+ (1 −2ρ)
.Dans e as,l'interfa en'estpas planeen moyenne maisprésenteune dérive.Onpeutaussi hoisir degarder les onditionsauxbordspériodiqueset hangerles ontraintes
|hi+1
− hi
| = 1
en|hi+1
− hi
+ (1 − 2ρ)| = 1
.Entre lesitei
etlesitei + 1
,l'interfa epeutalorssoitmonterde2ρ
,soitdes endrede2(1 − ρ)
.Sil'on imposeen oreàlahauteurh
1
d'êtreunentierimpair, alorsh
i
estdelaforme2k + 1 + 2(i − 1)ρ
avek
entier. Lesparti ules qui omposent le milieu sous l'interfa e ont alors la forme de pa-rallélogrammes.On note ependant une diéren e entre le modèle de roissan e qui vient d'être déni et
le modèle d'ex lusion asymétrique. Partant d'une onguration
C
du modèle d'ex lusion ave des parti ules aux positions1 ≤ x1
< x
2
< . . . < x
n
≤ L
, on dépla e haque parti ule vers l'avant jusqu'à e qu'elle se trouve à laposition initiale de la parti ule qui la pré ède (i.e. laparti ule en
x
1
faitx
2
− x1
pas vers l'avant jusqu'à e qu'elle se trouve enx
2
, et les autres parti ulessedépla ent de manière similaire). Onseretrouve alors dans lamême ongurationC
du modèle d'ex lusion. Par ontre, sur le modèle de roissan e, ette évolution orrespond à augmenter toutes les hauteurs d'une quantité2
, e qui ne préserve pas la onguration du modèle de hauteur :une ou he de parti ules aété rajoutée au niveau de l'interfa e. On peutremédier à e problème en dénissant pour le modèle d'ex lusion une onguration ommela
donnéedespositions desparti ules etdeleur dépla ement total depuis l'instant initial.
Nous avons déni i i une orrespondan e entre lemodèle d'ex lusion surun anneau de
L
sitesetun modèle de roissan ed'uneinterfa e dis rète onstituée deL
points. Onpeut aussi relierlemodèled'ex lusionaven
parti ulessurunanneauàunmodèlede roissan eave une interfa e onstituée den
points[38 ℄.Onasso iepour ela lesn
hauteursh
j
= x
j
− jL/n
àune onguration du modèle d'ex lusion spé iée par les positions1 ≤ x1
< x
2
< . . . < x
n
≤ L
p
q
p
q
h = −3
h = −2
h = −1
h = 0
Fig. 1.5 Dynamiqued'unmodèle de roissan ereliéaumodèled'ex lusionasymétrique,ave
L/n = 2
. Une parti ule (de forme arrée) peut se déposer ave un tauxp
et s'évaporer ave un tauxq
si la ontraintehj
− h
j+1
≤ L/n − 1
sur les hauteurs des points de l'interfa e est préservée.des
n
parti ules(voirgure 1.5 ).Ces hauteursvérient la ontrainteh
j
− hj+1
≤ L/n − 1
,qui signiequeles hauteurs nepeuventpasdé roître tropvitequandonpasse delapositioni
àla positioni + 1
. La dynamique du modèle d'ex lusion ave des tauxp
etq
se traduit alors sur les hauteursh
j
par ladynamiquesuivante:lahauteurh
j
peutaugmenterd'une unitéave un tauxp
,sila ontrainte1 − L/n < hj+1
− hj
estvériée;elle peut diminuerd'uneunitéave un tauxq
si la ontrainte1 − L/n < h
j
− hj−1
est vériée. Les onditions aux bords périodiquesx
j+n
= x
j
+ L
pour le modèle d'ex lusion se traduisent sur les hauteurs parh
j+n
= h
j
. Le modèle de hauteur que l'on vient de dénir est don périodique :le hoix du premier site estarbitraire.
1.2.2 Équations d'Edwards-Wilkinson et de Kardar-Parisi-Zhang
L'équation d'Edwards-Wilkinson (EW) a été introduite dans [39 ℄ pour dé rire à la limite
ontinuelesu tuationsdansletempsdelahauteur
h(x, t)
d'uneinterfa eautourd'unesurfa e moyenne.En unedimension, ette équations'é rit∂h
∂t
= ν
∂
2
h
∂x
2
+ η(x, t) ,
(1.7)où le bruit
η
esten général hoisi ommeétant lebruit blan gaussiende moyenne nulle et de se ond momenthη(x, t)η(x
′
, t
′
)i = 2Dδ(x − x
′
)δ(t − t
′
) .
(1.8) Lepremiertermedel'équationd'Edwards-Wilkinson(1.7 ),positifautourdesminimalo auxdelahauteur
h
etnégatif autourde ses maxima lo aux, gouvernelarelaxation de l'interfa e vers une surfa e plane. Il modéliseainsi l'a tion de for es de tensionde surfa e. Le termede bruit,quant àlui, modéliseles u tuations aléatoires de l'interfa e,résultant par exemple de
phéno-mènes de déposition et d'évaporation qui se ompensent en moyenne. L'équation
d'Edwards-Wilkinson est ainsiune des riptionà grandeé helle du modèledéni àla se tion1.2.1 dansle
l'interfa e. La modi ation la plus simple onsiste à ee tuer le hangement de référentiel
h → h − ct
,etaboutità l'équationsuivante :∂h
∂t
= c + ν
∂
2
h
∂x
2
+ η(x, t) .
(1.9)Le terme
c
est la vitesse moyenne à laquelle se dépla e l'interfa e. Cette équation ne dé rit ependant pasune interfa e en roissan e :elle dé rit seulement une interfa e en mouvement.Enparti ulier, sil'on éteint letermede diusion proportionnel à
ν
etleterme de bruitη
(qui nedé rivent pasla roissan ede l'interfa e), on onstatequel'interfa e se translate justesansque sa forme ne hange, e qui ne onvient pas pour dé rire un phénomène de roissan e :
lo alement, la roissan edoiten eet s'ee tuerde manièreperpendi ulaireà l'interfa e.
Une manière plus orre te d'ajouter un terme de roissan e dans l'équation
d'Edwards-Wilkinson onduit à l'équation de Kardar-Parisi-Zhang (KPZ), introduite dans [40℄. En une
dimension,laversionave bruit de ette équation s'é rit
∂h
∂t
= ν
∂
2
h
∂x
2
+
λ
2
∂h
∂x
2
+ η(x, t) .
(1.10)En
λ = 0
,on retrouve l'équationd'Edwards-Wilkinson. Le termenon linéaire proportionnel àλ
quel'onarajoutédé ritune roissan edelasurfa e quis'ee tuedemanièrelatérale.En eet,les minima etmaxima lo aux de lah
n'évoluent pas dansle temps par e terme, tandis queles zonesde pente maximale sont ellesqui roissent le plusvite.Si l'on suppose que la roissan e de la hauteur
h
de l'interfa e s'ee tue en tout point de manière normale à la surfa e, ave un dépla ementλδt
perpendi ulairement à l'interfa e au point d'abs issex
pendant un intervalle de temps innitésimalδt
, alors la hauteurh(x, t)
augmentependantladuréeδt
deλδt/ cos θ
.Onadénil'angleθ
ommel'angleentrel'interfa e au pointx
et l'horizontale (voir gure 1.6 ). Sa tangente est égale à∂h/∂x
. Pour un angleθ
petit,ontrouvealorsquela roissan enormaleàlasurfa e ontribueλ+λ(∂h/∂x)
2
àladérivée
temporellede
h
aupointx
.Lepremier termede etteexpression,indépendant deh
,peutalors êtreabsorbé dansla transformationh(x, t) → h(x, t) + λt
,qui orrespond à sepla er dansun référentiel sedéplaçant à vitesseλ
en hauteur.L'équation KPZ peut être vue omme une des ription à grande é helle du modèle de
roissan e déni à la se tion 1.2.1 pour
p 6= q
, mais aussi de nombreux autres modèles de roissan e,parexemplelemodèlede roissan epolynu léaire[41℄.Cemodèledé ritla roissan edela surfa ed'un ristal par la ombinaisond'un phénomène dedéposition aléatoire d'atomes
surlasurfa e du ristal,etd'une roissan elatéraleàvitesse onstantede ha unedes ou hes
atomiques.
Parlelienquenousavonsexpliquéàlase tion1.2.1entrelemodèled'ex lusionasymétrique
et un modèle de roissan e, on obtient alors que le dépla ement total des parti ules dans le
modèle d'ex lusion asymétrique est dé rit à grande é helle par l'équation KPZ. Le modèle
d'ex lusion symétrique (
p = q
), par ontre, appartient à la lasse d'universalité de l'équation EW:eneet,ledépla ementtotaldesparti ulesne roîtpasenmoyenne,maisu tueseulementautourde zéro.
Une quantité importante pour lesmodèles de roissan ede typeKPZ ouEWest lalargeur
del'interfa e
w(L, t)
pour un systèmede tailleL
à l'instantt
[12, 35℄.Elle est dénieparw(L, t) =
s
1
L
Z
L
0
dx
h(x, t) − h(t)
2
,
(1.11)où
h
est lahauteurmoyenne del'interfa eh(t) =
1
L
Z
L
0
h(x, t)
x
λδt θ
δh
Fig. 1.6 Origine du terme non linéaire dans l'équation Kardar-Parisi-Zhang, à partir de
l'hypothèsed'une roissan edel'interfa e normaleàlasurfa e:pendant laduréeinnitésimale
δt
,unpointde l'interfa esedépla e deλδt
de manièrenormaleàl'interfa e, equi orrespond à undépla ementδh
dehauteur, égalàλδt/ cos θ
.Diversesobservationsnumériquesont onduitFamilyetVi sekàproposer[42 ℄laformed'é helle
suivante pour lafon tion
w(L, t)
:w(L, t) ∼ L
χ
f
t
L
z
,
(1.13)où lafon tion
f
a le omportement asymptotique suivant :f (u) ∼ u
χ/z
siu ≪ 1
(1.14)f (u) →
onstante quandu → ∞ .
(1.15)Cette forme d'é helle dépend de deux exposants
χ
etz
. L'exposantχ
est appelé exposant de rugosité. Il ontrle la roissan e de la largeur de l'interfa e ave la taille du système. Unex-posant de rugositéfaible orrespond à uneinterfa e qui reste approximativement plane lors de
sa roissan e, tandis qu'un exposant de rugosité élevé orrespond à une interfa e qui u tue
beau oupautourde savaleurmoyenne.L'exposant
z
estappeléexposant dynamique.Ilindique où se trouve laséparation entre le omportement du systèmeaux temps ourts (t ≪ L
z
) et le
omportement aux temps longs (
t ≫ L
z
). Pour
t ≪ L
z
, la largeur de l'interfa e roît omme
t
χ/z
.Pour
t ≫ L
z
,elle sature àune valeurd'ordre
L
χ
.
Lesexposants
χ
etz
sont onnusexa tementpourl'équationEWendimension quel onque. En parti ulier, en dimension1
, on aχ = 1/2
etz = 2
. Par ontre, pour l'équation KPZ, les exposantsnesont onnus exa tementqu'end = 1
.Onaχ = 1/2
etz = 3/2
.Uneméthode per-mettant dedéterminersiunmodèleunidimensionneldonné appartient àla lassed'universalitéde l'équationKPZ ouEWpasse don par ladétermination de l'exposant dynamique
z
.Onnotequel'équationEWestinvariante par latransformation
h → −h
, equisignieque les deuxrégions de part et d'autre de l'interfa e se omportent de lamême manière. Ce n'estplus le aspour l'équationKPZ, oùles deuxrégions séparéespar l'interfa e sont distinguées.
1.2.3 Polymère dirigé en milieualéatoire
Lesmodèlesdepolymèredirigéenmilieu aléatoiresont desmodèles dephysique statistique
i
j
A
B
ǫ
0,0
ǫ
i−1,j−1
ǫ
i,j
ǫ
i+1,j−1
(a
′
, b
− 1)
(a, b)
(a
′′
, b
+ 1)
Fig. 1.7 Modèle de polymère dirigé en milieu aléatoire. On a représenté en trait plein un
hemin entreles points
A = (0, 0)
etB = (i, j)
.modèles deverre de spin.
Dans es modèles de polymère dirigé, on onsidère un réseau dont les sites portent des
énergiesaléatoires.Ons'intéresseaux heminsdirigéssur eréseaupartantdusite
A
etarrivant ausiteB
detellesortequetouteslesportionsdu heminserappro hentstri tementdupointB
(pour une ertaine distan edénie entreles sites duréseau). Un tel hemin, quine sere oupejamais, est appelé un polymère dirigé (voir gure 1.7). On lui asso ie une énergie égale
à la somme des énergies des sites sur lequel il passe. Si l'on onsidère que le polymère dirigé
est un système à l'équilibre à la température
T
, la probabilité d'observer une onguration du polymère est alors donnée par le fa teur de Boltzmanne
−E/kT
/Z
. À température nulle,la ongurationd'énergie minimaleest observée ave uneprobabilité1
.Lesmodèlesdepolymèredirigésontreliésàdesproblèmesétudiésexpérimentalement [12℄.
Unpremierexempleprovientdumodèled'Isingbidimensionnel ave des ouplagesdésordonnés,
ave des bords libres dans une dire tion, et des bords xes dans l'autre (spin
+
d'un oté et spin−
de l'autre, voir gure 1.8).À température nulle et en l'absen e de désordre, l'interfa e entre la phase omportant uniquement des spin+
et la phase omportant uniquement des spins−
est une ligne droite. Quandle désordre est non nul, maisreste susamment faible,le système est en ore onstitué de deux phases séparées par un hemin sur le réseau arré. Cehemin possède despropriétésstatistiques analoguesà laforme d'unpolymèredirigé. Unautre
exempleest eluidelaformedeladé hirure d'unmor eaudepapier.Ledésordreprovient alors
de l'inhomogénéité du papier, en parti ulier de sadensité. Dans e as, même si la dé hirure
provient d'unphénomène dynamique(i.e. elle sepropageà mesurequel'on tire surlepapier),
elle possède aussidespropriétés similaires à elles d'unpolymère dirigé.
Nousallonsmaintenant montrerquelemodèled'ex lusiontotalement asymétriqueestrelié
à un modèle de polymère dirigé en milieu aléatoire à température nulle [43℄. On onsidère
pour ela le réseau arré de la gure 1.7. À haque site de oordonnées
(i, j)
du réseau, on asso ie une énergie lo aleǫ
i,j
< 0
, hoisie aléatoirement ave une distributionρ
exponentielle et indépendante du site : la probabilité pour queǫ
i,j
soit omprise entreǫ
etǫ + dǫ
est don égaleàρ(ǫ)dǫ = pe
pǫ
dǫ .
(1.16)Les diérents
ǫ
i,j
étant donnés, on s'intéresse aux diérents hemins dirigés vers le haut qui relient le point de oordonnées(0, 0)
du réseau au point de oordonnées(i, j)
. Si un site de oordonnées(a, b)
appartientàl'unde es hemins(maisn'estpasl'unedesdeuxextrémitésdu hemin), alors le hemin reliele site(a, b)
à deuxsites de oordonnées(a
′
, b − 1)
et(a
′′
, b + 1)
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
+ +
+ +
+ −
− −
− −
+ −
+ −
− −
+ −
− −
Fig. 1.8 Polymère dirigéetmodèle d'Isingbidimensionnel. L'interfa e entrele domaineave
des spins
+
etle domaine ave des spins−
peutêtre modélisépar un polymère dirigé.τ
i,j
T
i−1,j−1
T
i+1,j−1
Fig. 1.9 Lien entre un modèle de roissan eet un modèle de polymère dirigé. Le temps
né- essaire
Ti,j
pourquel'interfa e atteignelahauteurj
àl'abs issei
estné essairementsupérieur auxtempsT
i−1,j−1
etT
i+1,j−1
.Ilvérielamêmerelationderé urren equel'opposédel'énergie du polymère.ave
|a − a
′
| = |a − a
′′
| = 1
.Àun hemin,onasso ieuneénergieégaleàlasommedesénergieslo alesdessites omposant
le hemin. On appelle alors
E
i,j
le minimum de es énergies pour tous les diérents hemins reliant(0, 0)
à(i, j)
.Cetteénergie orrespondàunouplusieurs heminsreliant(0, 0)
à(i, j)
.Par onstru tion,un hemin arrivantausite(i, j)
passené essairement soitparlesite(i − 1, j − 1)
, soit par lesite(i + 1, j − 1)
.Ona don larelation de ré urren esuivantesurlesE
i,j
:E
i,j
= ǫ
i,j
+ min(E
i−1,j−1
, E
i+1,j−1
) .
(1.17) Cette relation de ré urren e va nous permettre de relier e modèle de polymère dirigé à unmodèlede roissan e.Nous allonspour ela devoir interpréter lesénergies
ǫ
i,j
etE
i,j
(qui sont négatives) ommel'opposéd'intervalles de temps (positifs).Onrevient àprésent aumodèlede roissan eprésentéàlase tion1.2.1 ,en prenantletaux
d'évaporation
q
égalà zéro de telle sorte que lahauteur de l'interfa e ne dé roisse jamais. On s'intéresse alors au tempsTi,j
né essaire pour quela hauteurhi
au point d'abs issei
atteigne lavaleurj
.Ladynamiquedumodèle de roissan eimposealors que, justeavantqueh
i
nesoit égal àj
, on aith
i
= j − 2
eth
i+1
= h
i+1
= j − 1
(voir gure 1.9 ). Le temps né essaire pourque
hi
atteigne lavaleurj
estdon égal au temps né essaire pour quehi+1
eth
i−1
atteignent lavaleurj − 1
, plus le temps né essaire pour déposer un arré à l'abs issei
,faisant passerh
i
dej − 2
àj
.Onpeutdon é rireT
i,j
= τ
i,j
+ max(T
i−1,j−1
, T
i+1,j−1
) ,
(1.18) oùτ
i,j
est le temps pour qu'un arré se dépose à l'abs issei
, sa hant queh
i
= j − 2
eth
i+1
= h
i+1
= j − 1
. Commela probabilité queh
i
passe dej − 2
àj
pendant un intervalle de temps innitésimaldτ
(après l'instantmax(T
i−1,j−1
, T
i+1,j−1
)
) est égale àpdτ
, la probabilité queh
i
passedej − 2
àj
entreles instantst
ett + dτ
est donnéeparlim
dτ →0
(1 − pdτ)
τ /dτ
× pdτ = pe
−pτ
dτ = ρ(−τ)dτ .
(1.19)
Lestemps
−τi,j
sontdon distribués suivant lamême loi exponentielleρ
(1.16 )que lesǫ
i,j
. On onstatenalementquelarelationderé urren epourT
i,j
et ellepourE
i,j
sedéduisent l'unedel'autresil'oné ritT
i,j
= −Ei,j
etτ
i,j
= −ǫi,j
, equinousdonneunlienentrelemodèle de polymère dirigé etle modèle de roissan e. Cela fournit don aussiun lien entre le modèledepolymère dirigéetlemodèle d'ex lusion totalement asymétrique.
1.2.4 Modèle à six vertex
Le modèle à six vertex a été introduit à l'origine omme un modèle simplié permettant
de dé rire la physique de ertains ristaux à l'équilibre thermodynamique, en parti ulier les
ristauxdegla e [44, 45 ,46℄.
Sous une pression atmosphérique normale, haque molé ule d'eau d'un ristal de gla e se
trouve au entre d'untétraèdre dequatre autres molé ulesd'eau ave lesquelles elle formedes
liaisons hydrogène [47℄. S hématiquement, dans une liaison hydrogène entre deux molé ules
d'eau
H
2
O
, un atome d'hydrogène de l'une des molé ule d'eau s'oriente dans la dire tion de l'atome d'oxygène de l'autre molé ule d'eau. Comme la harge éle trique n'est pas répartieuniformément dansune molé ule d'eau (lamolé ule d'eau est ditepolaire;un ex ès de harge
positiveestsituésurlesnoyauxd'hydrogène, etunex èsde hargenégativesurlenoyau
d'oxy-gène), e i implique laprésen e d'undiple éle trique entre les deuxmolé ules d'eau. Chaque
molé ule d'eaud'un ristal de gla eest don entourée de quatrediples éle triques, dont deux
pointent versla molé ule en question etles deux autres vers d'autresmolé ules d'eau à
proxi-mité.
Le réseau formé par les molé ules d'eau dans la gla e possède une stru ture
tridimension-nelle relativement ompliquée, les tétraèdres de molé ules d'eau qui interagissent par liaison
hydrogène étant eux mêmes assemblés selon une stru ture hexagonale. Une simpli ation de
ette stru ture qui, tout en permettant d'obtenir un modèle exa tement soluble préserve
er-tainespropriétés du système réel, onsiste à rempla er le réseau ristallin par un réseau arré
bidimensionnel dont lesn÷uds représentent les molé ulesd'eau. Lesarêtes de e réseau seront
orientéespourreéterlaprésen edesdipleséle triquesentrelesmolé ulesd'eau.L'orientation
desarêtesdoit alors obéir à la ontrainte (i e rule) qu'exa tement deux arêtesdoivent pointer
vers haquen÷ud. Il yaainsi sixpossibilités d'orientation desarêtesautour d'unn÷ud:
On asso ie à ha un de essixvertex une énergie
ǫ1
,...,ǫ6
etun fa teur de Boltzmannω1
=
e
−ǫ
1
/kT
, ...,
ω
6
= e
−ǫ
6
/kT
.Pour lagla e, es sixénergies sont égales arles six ongurations
des atomes d'hydrogène autour d'un atome d'oxygène sont équivalentes d'un point de vue
ristallographique. Cen'est pasle aspour d'autres ristauxdu même type,par exemple pour
les ristauxde
KH
2
P O
4
[44 ℄.Ondénitalorsl'énergieinterne
E
d'une ongurationdesvertex(i.e.l'énergieinternedela gla edansune ertaine ongurationdesmolé ulesd'eau,pour emodèletrèssimplié) ommela somme des énergies des diérents vertex. Le fa teur de Boltzmann asso ié est simplement
égal auproduit desfa teursde Boltzmann desdiérentsvertex.
Ilestutiledemodierunpeulareprésentationdesvertexentransformantlesarêtesorientées
par desarêtesen traitplein ou enpointillés selon la orrespondan esuivante:
↓
↓
↓
↓
.
(1.21)Les sixvertexpossiblessont alors représentés sous laforme
1
p
1 − p
1
q
1 − q
,
(1.22)où l'onadonnéau dessousde haquevertexunpoidsdeBoltzmann asso iéauvertex. Ave les
poidspré édentspourlesvertex,nousallonsvoirqu'ilexisteunlienentrelemodèleàsixvertex
etlemodèled'ex lusionasymétrique.Nousdonnerons i iunepremière orrespondan eave un
modèled'ex lusion asymétrique en temps dis ret [48℄.Nous verrons ensuite aux hapitres3 et
9 une autre orrespondan e entre le modèle à six vertex, la haîne de spin XXZ et le modèle
d'ex lusion asymétriqueen temps ontinu, reliéeà l'intégrabilité de estrois modèles.
Ondénitmaintenantunmodèled'ex lusionasymétriqueentempsdis ret.À haquetemps
t
entier pair,touteparti ulesituéesurunsitepairpeutre ulerave uneprobabilitéq
(etnepas bouger ave une probabilité1 − q
), tandis que haque parti ule situéesur unsite impair peut avan erave uneprobabilitép
(etnepasbougerave uneprobabilité1 −p
).Demême,à haque tempst
entier impair, touteparti ule situéesur unsite pair peutavan erave une probabilitép
(et ne pasbougerave une probabilité1 − p
),tandis que haqueparti ule situéesurun site impair peut re ulerave uneprobabilitéq
(et nepasbougerave une probabilité1 − q
). L'en-sembledessitesestdon partitionné enpairesde sites onsé utifs,lesdeuxpartitionspossiblesorrespondant respe tivement aux temps pairs et impairs. Les parti ulespeuvent uniquement
1 − p
q
p
q
1 − q
1 − p
t = 0
t = 1
t = 0
t = 1
t = 2
t = 3
t = 4
t = 5
Fig. 1.10 Conguration du modèle à six vertex, reliée à l'histoire des ongurations d'un
modèled'ex lusion asymétriqueen temps dis retpour unsystème omportant
3
parti ulessur12
sites.ongurationssu essivesdumodèled'ex lusionen tempsdis ret. À haqueensembledelignes
situées à lamême hauteur surla onguration du modèle à sixvertex représentée gure 1.10,
on asso ie un temps entier (qui augmente en allant vers le haut) et une onguration du
mo-dèled'ex lusion, en interprétant les lignesen trait plein ommedes parti ules, etles lignes en
pointillés omme dessitesvides. On onstate alors quelaprobabilité d'une histoire donnéedu
modèled'ex lusion estpré isément égaleau poids de la ongurationdesvertex.
1.2.5 Pro essus zero range
Le pro essus zero range (ZRP, pour Zero Range Pro ess) fait partie, tout omme le
modèled'ex lusionasymétrique,desmodèlesdephysique statistiquedontl'étudeapourbutde
mieux omprendrelaphysiquedesphénomèneshorsd'équilibre[49 ,50,51,52 ℄.Lepro essuszero
rangedé ritlemouvementdeparti ulessurlessitesd'unréseau,engénéralunidimensionnel,le
nombredeparti ules
m
i
ausitei
pouvantêtre arbitrairement grand. La ontrainted'ex lusion estdon absentedans le as du modèle zerorange. Il s'agitd'une diéren e essentielle ave lemodèled'ex lusion.
On onsidèrequeles parti ulesen un site dumodèle zerorangesont empilées lesunessur
lesautres ommedanslagure1.11 .Ladynamiqueestalorslasuivante:laparti uleausommet
delapile au site
i
peutsedépla erau sitei + 1
ave un tauxq u(m
i
)
,ou ausitei − 1
ave un tauxp u(m
i
)
.Lesparamètresu(m)
sontderéelspositifsarbitraires.Demanièreéquivalente,on peut aussi dénir la dynamique de telle sorte que laparti ule située au sommet de la pile nesoit pasdistinguée desautres parti ulesau même site :il sut pour ela de prendre destaux
q u(m
i
)/m
i
etp u(m
i
)/m
i
pour lesdépla ementsdes parti ulessetrouvant ausitei
.Onnote que ontrairement au as dumodèle d'ex lusion,les dépla ements d'une parti ule
q
p
q
p
Fig. 1.11 Pro essus zerorangeetmodèle d'ex lusionasymétrique. Un site dupro essuszero
rangeo upépar
m
parti ules orrespondàm+1
sitesdumodèled'ex lusion,lepremierd'entre eux étant o upé etlesm
autres vides.d'ex lusion.
Le modèlezerorange possède une mesurestationnaire fa torisée.Onpeuten eetmontrer
que laprobabilité que lesystème setrouve dans une onguration
C
spé iée par les nombres d'o upationm
i
estdonnéeparP (C) =
Z
1
L
Y
i=1
f (m
i
) ,
(1.23)où la normalisation
Z
assure que la somme des probabilités est égale à1
, la fon tionf
étant dénie parf (m) =
m
Y
j=1
1
u(j)
.
(1.24)Cettefa torisationdelamesurestationnaire n'estpasune propriétégénéraledessystèmeshors
d'équilibre. Nous verrons en parti ulier qu'elle n'est pas vériée pour plusieurs variantes du
modèle d'ex lusion asymétrique. Dans le as de modèles de transport de masse sur un réseau
périodique, une ondition né essaire et susante sur les taux de transition pour que l'état
stationnaire soit fa toriséa étédérivée dans[53 ℄.
Suivant la valeur des taux
u(m)
, il est possible que la mesure stationnaire du pro essus zero rangefavoriseles ongurationspour lesquellesune fra tionma ros opique desparti ulesse trouve dans un seul site. Il s'agit du phénomène de ondensation en espa e réel , la
ondensationayantlieuauniveaudelapositiondesparti ules.Cephénomèneprésente ertaines
similitudesave la ondensationdeBose-Einsteinpourdesbosonsàtrèsbassetempérature,qui
est une ondensation dansl'espa e des impulsions :une fra tion ma ros opique desparti ules
se trouve dansl'état fondamental dusystème, ave uneimpulsion nulle.
Le modèle d'ex lusion asymétrique surun anneau de
L
sites aven
parti ules est relié au pro essuszerorangesurunanneau den
sitesaveL − n
parti ulessilestauxu(m)
sontégaux. On prendrau(m) = 1
. La orrespondan e entre les deux modèles s'ee tue en remplaçant haque site du pro essus zerorange ontenantm
parti ulespar unsite du modèle d'ex lusion o upé par une parti ule, suivi dem
sites vides (voir gure 1.11 ). On onstate alors que la dynamiquequenousavonsdéniepour lepro essuszerorangeinduit surlesL
sitesdumodèled'ex lusionladynamiquehabituelle,pour laquelleunparti ule avan eave untaux