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degrees boundary conditions
Remy Rodiac
To cite this version:
Remy Rodiac. Variational methods for problems with prescribed degrees boundary conditions. Gen-eral Mathematics [math.GM]. Université Paris-Est, 2015. English. �NNT : 2015PESC1108�. �tel-01282534v2�
Laboratoire d’Analyse et de Math´
ematiques Appliqu´
ees
Th`
ese
Pr´
esent´
ee pour l’obtention du grade de DOCTEUR
DE L’UNIVERSIT´
E PARIS-EST
par
R´
emy RODIAC
M´
ethodes variationnelles pour des
probl`
emes sous contrainte de degr´
es
prescrits au bord
Sp´
ecialit´
e : Math´
ematiques
Soutenue publiquement le 11 septembre 2015 devant un jury compos´
e de :
Fabrice BETHUEL Pr´esident du jury Universit´e Paris 6
Laurent HAUSWIRTH Co-directeur Universit´e Paris-Est Marne-la-vall´ee
Laurent MAZET Examinateur Universit´e Paris-Est-Cr´eteil
Vincent MILLOT Examinateur Universit´e Paris-Diderot
Petru MIRONESCU Rapporteur Universit´e Lyon 1
Etienne SANDIER Directeur Universit´e Paris-Est-Cr´eteil
Ita¨ı SHAFRIR Examinateur Technion
Apr`
es avis de
Petru MIRONESCU Universit´e Lyon 1
Pendant ces trois ann´ees de th`ese de nombreuses personnes m’ont aid´e ou accompagn´e de diverses mani`eres. Je souhaite les remercier dans ces pages.
Je tiens tout d’abord `a remercier profond´ement mes directeurs Etienne Sandier et Laurent Hauswirth. C’est Etienne Sandier qui a m’a fait d´ecouvrir le premier le monde de la recherche. Je le remercie pour sa gentillesse, sa clart´e et sa disponibilit´e. Je suis heureux et fier d’avoir pu apprendre tant de math´ematiques `a son contact. Ma rencontre avec Laurent Hauswirth fut une des cl´es de cette th`ese et je souhaite lui exprimer ma gratitude pour m’avoir initier aux surfaces minimales ainsi que pour son intuition, sa bonne humeur et ses pr´ecieux conseils.
Je suis ´egalement tr`es reconnaissant envers Petru Mironescu et Peter Sternberg pour avoir accept´e de lire et de rapporter ce travail. C’est avec plaisir que je remercie les autres membres du jury : Fabrice B´ethuel, dont les notes de cours ont ´et´e d’une grande aide, ainsi que Laurent Mazet, Vincent Millot et Ita¨ı Shafrir.
J’adresse naturellement mes remerciements `a l’ensemble des membres (pass´es et pr´esents) du laboratoire LAMA. J’ai trouv´e la porte de beaucoup de chercheurs ouvertes pour parler de math´ematiques. Ainsi merci `a Laurent Mazet pour sa disponibilit´e et de nombreuses discussions dont l’aide a ´et´e pr´ecieuse. Merci `a Yuxin Ge pour sa gentillesse et son aide tout aussi pr´ecieuse. Micka¨el Dos Santos a port´e un int´erˆet `a mon travail et j’ai eu la chance de collaborer avec lui. J’ai beaucoup appris pendant cette collaboration, pour cela et pour nos nombreuses conversations je le remercie. Un merci tout particulier `a Ana¨ıs Delgado pour son efficacit´e et sa bonne humeur. Merci pareillement `a Laurent Marciniszyn et Sylvie Cach pour leur aide.
Je profite de l’occasion pour remercier ici tous les enseignants qui m’ont accompagn´e tout au long de ma scolarit´e, c’est grˆace `a eux si je suis ici aujourd’hui. Je tiens `a remercier tout particuli`erement Patrick Vargas (1er et Terminale). Il m’a transmis une certaine vision des maths et de l’enseignement qui m’a profond´ement influenc´ee. Plus r´ecemment je remercie Petru Mironescu et Simon Masnou pour leur bienveillance et d’utiles conversations `a propos de ma th`ese.
Merci `a tous les th´esards du LAMA pour la bonne ambiance : Cosmin, David, Eduardo, Houda, J´er´emy, Johann, Khaled, Marwa, Rana, Salwa, Victor Xian, Xin, Zeina ainsi qu’au “marnais” : Pierre F, Marwa B, Rhana, Xavier, Pierre Y, Harry Merci sp´ecialement `a mes cobureaux Laurent B, Xiaochuan et Peng, notamment `a ce dernier pour ses conseils et ses encouragements. Enfin merci `a Jean-Maxime pour sa bonne humeur, son humour et pour avoir partag´e les bons et les mauvais moments de la th`ese.
Un grand merci `a tous mes amis pour m’avoir si bien entour´e. En particulier Ahmed, Bruno, Rom´eo, Sandro, merci pour les conversations sur le “monde de la th`ese” et sur plein d’autres
6`eme. Merci `a tous les autres que je ne cite pas mais n’oublie pas pour autant.
Un ´enorme merci `a mes parents, qui sont aussi mes tout premiers professeurs, pour tout ce qu’ils ont fait pour moi. C’est grˆace `a leur soutien inconditionnel que j’en suis l`a aujourd’hui. Merci ´
egalement `a mes petits fr`eres Seb et Vic pour m’apprendre tant de choses de “jeunes” et me faire autant rire.
Je sais que tu lis ces pages dans l’angoisse de ne pas y voir figurer ton nom. Ceci est peut-ˆetre dˆu `a mes menaces r´ep´et´ees de ne pas l’y mettre pour “manque de soutien et de compr´ehension”. Mais comment pourrais-je ne pas te remercier pour tout ce que tu as fait ? Alors merci Mathilde, tout d’abord pour me supporter, moi et mes espi`egleries, mais aussi pour me soutenir, partager ma vie et m’apporter tant de bonheur.
- J.R.R Tolkien, Bilbo le Hobbit
Cette th`ese est d´edi´ee `a l’analyse de quelques probl`emes variationnels motiv´es par le mod`ele de Ginzburg-Landau en supraconductivit´e. Dans la premi`ere partie on ´etudie l’existence de solutions pour les ´equations de Ginzburg-Landau sans champ magn´etique et avec donn´ees au bord de type semi-rigides. Ces donn´ees consistent `a prescrire le module de la fonction sur le bord du domaine ainsi que son degr´e topologique. Ici la m´ethode directe du calcul des variations ne peut pas s’appliquer car le degr´e n’est pas continu pour la convergence faible dans l’espace de Sobolev adapt´e. On dit que c’est un probl`eme sans compacit´e : un ph´enom`ene de “bubbling” apparaˆıt.
Dans le Chapitre 1 on ´etudie des conditions sous lesquelles la diff´erence entre deux niveaux d’´energie est strictement optimale. Pour cela on adapte une technique due `a Brezis-Coron. Ceci nous permet de red´emontrer un r´esultat (pr´ec´edemment obtenu par Berlaynd Rybalko et Dos Santos) d’existence de solutions stables pour les ´equations de Ginzburg-Landau dans des domaines multiplement connexes.
Dans le Chapitre 2 on consid`ere les applications harmoniques `a valeurs dans R2 avec des condi-tions au bord de type degr´es prescrits sur un anneau. On fait un lien avec la th´eorie des surfaces minimales dans R3 grˆace `a la diff´erentielle de Hopf. Ceci nous conduit `a l’´etude des surfaces minimales bord´ees par deux cercles dans des plans parall`eles. On prouve l’existence de telles surfaces qui ne sont pas des cat´eno¨ıdes grˆace `a un r´esultat de bifurcation.
On utilise alors les r´esultats obtenus pour d´eduire des th´eor`emes d’existence et de non existence de minimiseurs de l’´energie de Ginzburg-Landau `a degr´es prescrits dans un anneau. Dans ce troisi`eme Chapitre on obtient des conclusions pour ε grand.
Le Chapitre 4 est d´edi´e aux probl`emes `a degr´es prescrits en dimension n ≥ 3. On y montre la non existence des minimiseurs de la n-´energie de Ginzburg-Landau dans un domaine diff´eomorphe `a une boule. On ´etudie ensuite des points critiques de type min-max pour une ´energie perturb´ee. La deuxi`eme partie est consacr´ee `a l’analyse asymptotique des solutions des ´equations de Ginzburg-Landau lorsque ε tend vers z´ero. Sandier et Serfaty ont ´etudi´e le comportement asymp-totique des mesures de vorticit´e associ´ees aux ´equations. Ils ont notamment trouv´e des conditions critiques sur les mesures limites dans le cas des ´equations avec et sans champ magn´etique. Nous nous int´eressons alors `a ces conditions dans le cas sans champ magn´etique. Le probl`eme de la r´egularit´e des mesures limites se ram`ene ainsi `a l’´etude de la r´egularit´e des fonctions sta-tionnaires harmoniques dont le Laplacien est une mesure. Nous montrons que localement de telles mesures sont support´ees par une union de lignes appartenant `a l’ensemble des z´eros d’une fonction harmonique.
Mots cl´es : Mod`ele de Ginzburg-Landau, Supraconductivit´e, Degr´es prescrits, Perte de com-pacit´e, Bubbling, Applications harmoniques, Diff´erentielle de Hopf, Surfaces minimales, Mesure de vorticit´e.
This thesis is devoted to the mathematical analysis of some variational problems. These problems are motivated by the Ginzburg-Landau model related to the superconductivity. In the first part we study existence of solutions of the Ginzburg-Landau equations without magnetic field but with semi-stiff boundary conditions. These conditions are obtained by prescribing the modulus of the function on the boundary of the domain along with its topological degree. Here we can not apply the direct method of the calculus of variations since the degree on the boundary is not continuous with respect to the weak convergence in an appropriated Sobolev space. This is a problem with loss of compactness. By studying the “bubbling” phenomenon which come up in such problems we obtain some existence and non existence results .
In Chapter 1 we study conditions under which the difference between two energy levels is strictly optimal. In order to do that we adapt a technique due to Brezis-Coron. This allow us to recover known existence results (previously obtained by Berlyand and Rybalko and Dos Santos) for stable solutions of the Ginzburg-Landau equations in multiply connected domains.
In Chapter 2 we are interested in harmonic maps with values in R2 with prescribed degree boundary condition in an annulus. We make a link between this problem and the minimal surface theory in R3 thanks to the so-called Hopf quadratic differential. This leads us to study immersed minimal surfaces bounded by two circles in parallel planes. We prove the existence of such surfaces different from catenoids by using a bifurcation argument.
We then apply the results obtained to deduce existence and non existence results for minimizers of the Ginzburg-Landau energy with prescribed degrees. This is done in Chapter 3 where the results are obtained for large ε.
Chapter 4 is devoted to prescribed degree problems in dimension n ≥ 3 . We prove the non-existence of minimizers of the Ginzburg-Landau energy in domains which are diffeomorphic to a ball. We then study min-max critical points of a perturbed energy.
The second part is devoted to the asymptotic analysis of solutions of the Ginzburg-Landau equations when ε goes to zero. Sandier and Serfaty studied the asymptotic behavior of the vorticity measures associated to these equations. They derived critical conditions on the limiting measures both with and without magnetic field. We are interested in these conditions when there is no magnetic field. The problem of the local regularity of the limiting measures is then equivalent to the study of regularity of stationary harmonic functions whose Laplacian is a measure. We show that locally such measures are concentrated on a union of lines which belong to the zero set of an harmonic function.
Key words : Ginzburg-Landau model, Superconductivity, Prescribed degrees, Free boundary problems, Loss of compactness, Bubbling, Harmonic maps, Hopf differential, Minimal surfaces, Vorticity measure.
Remerciements i
R´esum´e iv
Table des figures x
1 Introduction G´en´erale 1
1.1 La supraconductivit´e et la th´eorie de Ginzburg-Landau. . . 1
1.1.1 La supraconductivit´e . . . 1
1.1.2 Le mod`ele de Ginzburg-Landau . . . 3
1.1.3 L’´energie de Ginzburg-Landau sans champ magn´etique avec donn´ee au bord de Dirichlet . . . 4
1.2 L’´energie de Ginzburg-Landau avec donn´ees au bords semi-rigides . . . 5
1.2.1 Un mod`ele physique interm´ediaire . . . 5
1.2.2 Un probl`eme `a bord libre . . . 6
1.2.3 Un probl`eme sans compacit´e . . . 6
1.3 Contributions aux probl`emes `a degr´es prescrits . . . 8
1.3.1 Insertion de bulles au bord pour l’´energie de Ginzburg-Landau (en colla-boration avec E.Sandier, publi´e : [RS14] ) . . . 9
1.3.2 Applications harmoniques `a degr´es prescrits et surfaces minimales (en collaboration avec L.Hauswirth, soumis [HR] 2015 ) . . . 11
1.3.3 Minimiseurs de l’´energie de Ginzburg-Landau `a degr´es prescrits dans un anneau (en collaboration avec M.Dos Santos : soumis [DSR] 2015 ) . . . . 16
1.3.4 Points critiques de l’´energie de Ginzburg-Landau `a degr´es prescrits en dimension n ≥ 3 . . . 18
1.4 Limites de mesures de vorticit´e associ´ees aux ´equations de Ginzburg-Landau (sou-mis [Rod] 2015 ). . . 20
1.5 Perspectives . . . 24
1.5.1 Perspectives de la premi`ere partie . . . 24
1.5.2 Perspectives de la deuxi`eme partie . . . 25
2 Insertion of bubbles at the boundary for the Ginzburg-Landau energy 27 2.1 Introduction. . . 27
2.2 Proof of the fundamental lemma . . . 31
2.3 Proof of Theorem 2.3. . . 41
2.4 Conclusion . . . 44
3 Harmonic maps with prescribed degrees on the boundary and bifurcation of
catenoids 47
3.1 Introduction and statement of the results . . . 48
3.2 Preliminaries . . . 52
3.2.1 Notations and definitions . . . 52
3.2.2 Properties of solutions of (3.1) . . . 54
3.2.3 Minimizing sequences : Price lemma and insertion of bubbles . . . 54
3.3 Hopf differentials of solutions of (3.1) . . . 56
3.4 The case c = 0 : holomorphic solutions . . . 59
3.5 The case c 6= 0 : properties of radial solutions . . . 65
3.5.1 Non existence of solutions with c 6= 0 in Ip,q if p 6= q . . . 65
3.5.2 The case c < 0 : geometry of the catenoid . . . 68
3.5.3 The case c > 0 : geometry of the helicoid . . . 75
3.6 Non rotationally symmetric minimal surface . . . 75
4 Existence and non existence results for minimizers of Ginzburg-Landau energy with prescribed degrees 85 4.1 Introduction and main results . . . 86
4.2 Some known results and literature review . . . 90
4.2.1 Bounds for mε(p, q) and cost to move degrees . . . 90
4.2.2 Some known Existence/Non Existence results : the case ε ∈]0, ∞[ . . . 91
4.2.3 Some Existence/Non Existence results : the case ε = ∞ . . . 93
4.3 Existence Result . . . 94
4.3.1 The key argument . . . 94
4.3.2 Consequences of the key argument : existence of minimizers . . . 96
4.3.3 Comparison with the work of Berlyand&Golovaty [GB02] . . . 98
4.3.4 Asymptotic behavior of minimizers as ε → +∞ . . . 101
4.4 Non Existence Result . . . 106
4.4.1 Strategy of the proof . . . 107
4.4.2 Asymptotic analysis of vε= wεe−ıqθ . . . 108
4.4.3 Reformulation of Lε(wε) and a first lower bound of Lε(wε) . . . 108
4.4.4 Lower bound of ˜Lε(vε) . . . 110
4.4.5 Last computations and conclusion . . . 115
4.5 Comments and perspectives . . . 117
5 Critical points of the n-Ginzburg-Landau energy with prescribed degrees 119 5.1 Introduction. . . 119
5.2 Definition and properties of the degree . . . 122
5.3 Minimization with prescribed degrees. . . 125
5.4 Mountain Pass Approach for a perturbed problem . . . 131
5.5 Convergence of critical points of the perturbed problem . . . 140
5.5.1 Regularity of the perturbed problem . . . 141
5.5.2 The bubbles. . . 143
6 Regularity properties of stationary harmonic functions whose Laplacian is a Radon measure 145 6.1 Introduction and main results . . . 145
6.2 Physical motivations of the problem . . . 150
6.2.1 Connections to Ginzburg-Landau vortices without magnetic field.. . . 150
6.2.2 Connections to the Euler System . . . 153
6.2.3 Connections to system of point vortices . . . 155
6.3 Local behavior near a regular point of hµ . . . 161
6.4 Local behavior near a critical point of even order of hµ . . . 173
6.5 Local behavior near a critical point of odd order of hµ . . . 180
A On the stationary harmonic functions 185
1.1 Illustration de l’effet Meissner. Cr´edits : [eS11] . . . 2
1.2 Vortex (blanc) observ´es dans un supraconducteur de type II . Cr´edits : laboratoire de supraconductivit´e d’Oslo : http ://www.mn.uio.no/fysikk/english/ . . . 3
1.3 Une surface minimale bien connue : la cat´eno¨ıde. Cr´edits : Matthias Weber, www.indiana.edu/ minimal/. . . 6
2.1 Image of {reiφ; µ < r < 1} by w in the case i).. . . 33
2.2 Image of {reiφ; 0 < r < µ} by w in the case i).. . . 34
3.1 View of bifurcating solutions for p = 2 in the plane {z = 0}. . . 83
3.2 Bifurcating solutions for p = 2. . . 83
6.1 Near a regular point supp µ is a smooth curve. . . 147
6.2 An example of the geometry of supp µ near a critical point of hµ. . . 149
6.3 Illustration of Theorem 6.6. . . 150
6.4 Illustration of Lemma 6.37 . . . 169
6.5 Illustration of Lemma 6.44 . . . 175
6.6 Partition of W in disjoint open connected subsets. . . 183
Introduction G´
en´
erale
Cette th`ese est compos´ee de deux parties ind´ependantes. Toutes deux sont motiv´ees par l’´etude du mod`ele de Ginzburg-Landau li´e `a la th´eorie de la supraconductivit´e. Dans la premi`ere partie on ´etudie l’existence et la non-existence de solutions des ´equations de Ginzburg-Landau sans champ magn´etique avec donn´ees au bord semi-rigides (ou `a bord libre). Ceci nous conduit `a ´
etudier aussi l’´equation des applications harmoniques avec le mˆeme type de donn´ees au bord et `a faire un lien avec les surfaces minimales. La deuxi`eme partie est consacr´ee `a l’´etude de la r´egularit´e des limites de mesures de vorticit´e associ´ees aux ´equations de Ginzburg-Landau en l’absence de champ magn´etique. Dans les deux parties on voit apparaˆıtre l’importance de l’´etude des variations internes pour certaines ´energies. Les m´ethodes utilis´ees sont celles du calcul des variations et plus particuli`erement celles li´ees aux probl`emes variationnels sans compacit´e. Dans la premi`ere partie, on est amen´e `a consid´erer des probl`emes de minimisation. Leur ´etude fait appel `a l’´etablissement d’in´egalit´es strictes ou larges entre certains niveaux d’´energie. On utilise ´
egalement des m´ethodes de bifurcation, la th´eorie des surfaces minimales dans l’espace euclidien ou la mise en place d’un proc´ed´e de min-max. Dans la seconde partie on utilise des techniques d’analyse complexe et la th´eorie des ensembles de p´erim`etre fini pour traiter un probl`eme de r´egularit´e de mesures.
1.1
La supraconductivit´
e et la th´
eorie de Ginzburg-Landau
1.1.1 La supraconductivit´e
Lorsque l’on fait passer un courant ´electrique dans un mat´eriau conducteur on observe une dissipation d’´energie sous forme de chaleur due `a la r´esistance ´electrique du mat´eriau : c’est ce qu’on appelle l’effet Joule. On sait depuis longtemps que la r´esistance d’un conducteur diminue lorsque la temp´erature diminue. Toutefois en 1911 le physicien hollandais Kammerlingh Onnes fit une d´ecouverte surprenante : en dessous d’une certaine temp´erature, dite critique, certains mat´eriaux n’opposent plus aucune r´esistance au passage du courant. C’est par exemple le cas
du mercure refroidi `a -263 degr´es Celsius. La r´esistance ´electrique devient strictement nulle et le mat´eriau passe dans un ´etat dit supraconducteur. Ainsi, un courant ´electrique peut continuer `a circuler ind´efiniment dans un anneau supraconducteur mˆeme si on ne l’alimente pas en ´energie. Une seconde propri´et´e, distincte de la pr´ec´edente et peut-ˆetre plus importante encore, caract´erise les mat´eriaux supraconducteurs. Ils ont la capacit´e d’expulser un champ magn´etique auquel ils sont soumis. Ceci est connu sous le nom d’effet Meissner et a ´et´e d´ecouvert par W. Meissner et R.Ochsenfeld en 1933. Lorsque l’on soumet un supraconducteur `a un champ magn´etique, par exemple en approchant un aimant, des courants supraconducteurs se cr´eent `a la surface du mat´eriau. Ces courants induisent un nouveau champ magn´etique qui compensent exactement le champ magn´etique initial `a l’int´erieur du mat´eriau. De plus le nouveau champ magn´etique exerce une force sur l’aimant et le repousse. L’aimant l´evite au-dessus du supraconducteur. En utilisant cette propri´et´e de l´evitation afin de r´eduire les frottements, un train japonais le JR Maglev a pu atteindre la vitesse record de 609 km/h pendant 11 secondes le 21 avril 2015.
Figure 1.1: Illustration de l’effet Meissner. Cr´edits : [eS11]
Toutefois lorsque l’on applique un champ magn´etique trop ´elev´e, celui-ci finit par p´en´etrer dans l’´echantillon et la supraconductivit´e `a l’int´erieur est d´etruite. En fait, on classe les supracon-ducteurs en deux cat´egories selon leur r´eponse `a une augmentation de l’intensit´e d’un champ magn´etique. Les supraconducteurs de type I (mercure, plomb) r´eagissent de la mani`ere suivante : il existe une intensit´e critique du champ magn´etique ext´erieur Hc1 telle qu’en dessous de cette
valeur le champ magn´etique ne p´en`etre pas dans l’´echantillon et le mat´eriau est dans un ´etat su-praconducteur tandis qu’au-dessus de cette valeur le champ magn´etique p´en`etre totalement dans l’´echantillon et la supraconductivit´e est d´etruite. Les supraconducteurs de type II (les cuprates) eux montrent une r´eponse progressive `a l’augmentation de l’intensit´e du champ magn´etique. Il existe trois valeurs critiques de l’intensit´e du champ magn´etique Hc1 < Hc2 < Hc3 telles
que : en-dessous de Hc1 le mat´eriau est dans un ´etat supraconducteur parfait et repousse
tota-lement le champ magn´etique. Entre Hc1 et Hc2 le champ magn´etique p´en`etre dans l’´echantillon
le long de petites zones en forme de filaments appel´ees “vortex”. `A proximit´e de ces vortex se mettent en place des courants supraconducteurs qui tournent autour des filaments d’o`u la d´enomination de “tourbillons”. Plus le champ magn´etique est intense, plus les vortex `a ap-paraˆıtre dans l’´echantillon sont nombreux. Au-dessus de l’intensit´e Hc2 le champ magn´etique
mat´eriau. Enfin au-dessus de Hc3 toute supraconductivit´e est d´etruite pour le mat´eriau et il
se retrouve dans un ´etat normal. Les questions li´ees `a l’apparition des vortex, `a leur localisa-tion dans l’´echantillon ou `a leur ´evolution dans le temps a suscit´e et suscite toujours beaucoup d’int´erˆet. Nous renvoyons `a [Tin12] et au site internet [eS11] pour plus d’informations sur la supraconductivit´e et pour des illustrations.
Figure 1.2: Vortex (blanc) observ´es dans un supraconducteur de type II . Cr´edits : laboratoire de supraconductivit´e d’Oslo : http ://www.mn.uio.no/fysikk/english/
1.1.2 Le mod`ele de Ginzburg-Landau
Afin de d´ecrire math´ematiquement le ph´enom`ene de supraconductivit´e dans un mat´eriau Ω ⊂
R3, V.Ginzburg et L.Landau ont propos´e un mod`ele dans les ann´ees 50. Dans ce mod`ele, on caract´erise l’´etat d’un mat´eriau supraconducteur par deux quantit´es : une fonction d’onde (ou param`etre d’ordre) u : Ω → C et la donn´ee du potentiel vecteur du champ magn´etique A : Ω → R3. `A un certain ´etat (u, A) du mat´eriau on associe une quantit´e, appel´ee ´energie de Ginzburg-Landau qui peut s’´ecrire (apr`es adimensionalisation et certaines r´eductions) :
Gε(u, A) = 1 2
Z
Ω
|∇u − iAu|2+ | curl A − h ext|2+
(1 − |u|2)2
2ε2 . (1.1)
Dans cette expression, h = curl A (curl est une notation pour le rotationel) est le champ magn´etique `a l’int´erieur de l’´echantillon, hext d´esigne lui le champ magn´etique `a l’ext´erieur du mat´eriau et ε est un param`etre qui d´epend des propri´et´es du supraconducteur et de la temp´erature ambiante1. La fonction d’onde u repr´esente l’´etat local du mat´eriau : |u|2 est la densit´e des paires d’´electrons supraconducteurs (dites paires de Cooper). Avec la normalisation utilis´ee on a |u| ≤ 1 et lorsque |u| est proche de 1, le mat´eriau est dans un ´etat supraconducteur alors que lorsque |u| est proche de 0 le mat´eriau est dans un ´etat normal : les deux ´etats, ou phases, pouvant coexister. Ainsi les vortex correspondent `a des petites r´egions o`u |u| ' 0. La th´eorie pr´edit que les ´etats du mat´eriau que l’on observe sont des minimiseurs de l’´energie Gε. On dispose donc d’un outil math´ematique pour ´etudier l’apparition des vortex, leurs emplacements,
1. Le param`etre ε est “grand” pour des supraconducteurs de type I, alors qu’il est “petit” pour des supracon-ducteurs de type II.
l’existence et la valeur des diff´erents champs critiques (voir [SS07] pour plus d’informations sur le mod`ele de Ginzburg-Landau).
1.1.3 L’´energie de Ginzburg-Landau sans champ magn´etique avec donn´ee au bord de Dirichlet
Des r´esultats rigoureux sur l’´energie de Ginzburg-Landau ont commenc´e `a ˆetre obtenus dans les ann´ees 80. La tr`es grande majorit´e des ´etudes portent sur le mod`ele de Ginzburg-Landau en deux dimensions. On consid`ere que les grandeurs physiques sont invariantes par translation ver-ticale et on s’int´eresse `a des sections horizontales du mat´eriau. Toutefois mˆeme en deux dimen-sions, l’analyse du mod`ele complet de Ginzburg-Landau reste difficile. Dans un travail pionnier [BBH94], B´ethuel-Br´ezis-H´elein ont consid´er´e un mod`ele simplifi´e, sans champ magn´etique. Ils ont ´etudi´e l’´energie suivante :
Eε(u) = 1 2 Z Ω |∇u|2+(1 − |u| 2)2 2ε2 . (1.2)
On a vu que la cause de l’apparition des vortex dans un supraconducteur de type II est la pr´esence du champ magn´etique. Cependant, ils ont observ´e que l’on pouvait mimer l’effet du champ magn´etique en imposant une donn´ee au bord de type Dirichlet g : ∂Ω → S1 avec degr´e non nul (pour la d´efinition du degr´e nous renvoyons `a (1.4)). En effet les points critiques de l’´energie (1.2) pr´esentent des vortex qui ont les propri´et´es suivantes : l’´energie est concentr´ee autour des vortex et est quantifi´ee, la circulation des courants autour des vortex est elle aussi quantifi´ee. De plus les vortex se repoussent et sont ´egalement repouss´es par le bord. Ces pro-pri´et´es correspondent aux observations physiques. Cependant B´ethuel-Br´ezis-H´elein observent qu’imposer une donn´ee au bord u = g sur ∂Ω ne correspond pas `a une r´ealit´e physique car seul |u|2 repr´esente une quantit´e physique2. Dans [BR95] B´ethuel et Rivi`ere ont ´etudi´e la
minimisa-tion de l’´energie de Ginzburg-Landau avec champ magn´etique et avec des donn´ees au bord de type Dirichlet, mais invariantes par changement de jauge donc pouvant repr´esenter des quantit´es physiques. Plus tard, grˆace `a des outils math´ematiques d´evelopp´es par Jerrard et Sandier dans [Jer99] et [San98], l’´etude du mod`ele complet de Ginzburg-Landau est devenue accessible et de nombreux r´esultats ont ´et´e obtenus (cf. [SS07]). Notons que le mod`ele de Ginzburg-Landau, (ou des mod`eles voisins) permet d’´etudier d’autres ph´enom`enes de transition de phase comme la superfluidit´e ou les condensats de Bose-Einstein.
1.2
L’´
energie de Ginzburg-Landau avec donn´
ees au bords
semi-rigides
1.2.1 Un mod`ele physique interm´ediaire
Dans [BV02], Berlyand et Voss ont propos´e un mod`ele interm´ediaire entre le mod`ele de B´ ethuel-Br´ezis-H´elein et le mod`ele complet avec champ magn´etique. Dans ce mod`ele on consid`ere tou-jours l’´energie de Ginzburg-Landau sans champ magn´etique (1.2), mais on ne prescrit plus de donn´ee au bord de Dirichlet. On impose seulement |u| = 1, ainsi que le degr´e topologique de u sur le bord (not´e deg(u, ∂Ω)). Notons que ces deux quantit´es ont un sens physique. En effet, on a vu que |u|2 repr´esente la densit´e de paire de Cooper, de plus deg(u, ∂Ω) mesure la vorticit´e des courants sur le bord du domaine (la vorticit´e est une quantit´e qui indique comment les courants “tourbillonnent”). Math´ematiquement on cherche des points critiques de l’´energie Eε dans I = {v ∈ H1(Ω, C); | tr|∂Ωv| = 1}. Ceci conduit aux ´equations d’Euler-Lagrange suivantes :
−∆u = 1
ε2u(1 − |u|2) dans Ω
|u| = 1 sur ∂Ω
u ∧ ∂νu = 0 sur ∂Ω.
(1.3)
Ici ν d´esigne la normale sortante `a Ω, et ∂ν repr´esente la d´eriv´ee normale. De plus a ∧ b := 1
2i(a¯b − ¯ab) pour (a, b), dans C, repr´esente le d´eterminant de a, b vus comme vecteurs de R2. Les ´equations (1.3) sont obtenues en faisant des variations de la forme ut = u + tψ pour ψ ∈ Cc∞(Ω, R2) et u
t = ueitψ pour ψ ∈ C∞(Ω, R). Il se trouve que les solutions de (1.3) sont r´eguli`eres (C∞) jusqu’au bord et que si l’on ´ecrit u = |u|eiϕpr`es du bord du domaine, la deuxi`eme condition au bord devient ∂νϕ = 0 sur ∂Ω. On obtient donc une condition de Dirichlet pour le module et une condition de Neuman homog`ene pour la phase. C’est un probl`eme mixte, d’o`u la d´enomination semi-rigide. En effet dans la litt´erature concernant Ginzburg-Landau, le probl`eme de Ginzburg-Landau avec donn´ee au bord de Dirichlet et appel´e probl`eme “soft”, tandis que le probl`eme avec donn´ee au bord de Neumann est d´enomm´e “stiff”. Comme les constantes dans
S1 sont solutions de (1.3), afin de trouver des solutions non triviales, il est naturel d’imposer le degr´e de la solution sur le bord. C’est pourquoi on appelle aussi ce probl`eme : probl`eme `a degr´es prescrits. Il n’est pas tout `a fait ´evident que le degr´e soit bien d´efini pour des fonctions dans l’espace I, car a priori, le degr´e classique est d´efini seulement pour des fonctions continues. Cependant Boutet-de-Monvel et Gabber ont remarqu´e dans l’appendice de [BdMBGP91] que l’on pouvait ´etendre la d´efinition du degr´e `a des applications dans l’espace H1/2(∂Ω, S1) et donc `
a l’espace I. `A la suite de ces travaux Br´ezis et Nirenberg ont donn´e un cadre g´en´eral pour la d´efinition du degr´e pour des applications non r´eguli`eres (cf. [BN95], [BN96], [Bre97]). Ce cadre et celui de l’espace fonctionnel VMO. Remarquons qu’il peut aussi ˆetre int´eressant d’´etudier l’´energie de Ginzburg-Landau avec champ magn´etique sous contrainte de degr´es prescrits au bord comme dans [BMR11], [BMR10] et [Ryb14].
1.2.2 Un probl`eme `a bord libre
On peut ´egalement noter que le mod`ele pr´ec´edent rentre dans la cat´egorie des probl`emes dits `a bord libre (ou fronti`ere libre). On n’impose pas la donn´ee au bord, mais on demande seulement que la solution du probl`eme prenne, sur le bord, ses valeurs dans la sph`ere S1. Ainsi, la valeur de la fonction au bord est une inconnue du probl`eme. Ce type de conditions a ´et´e ´etudi´e auparavant pour un autre probl`eme variationnel : les surfaces minimales. Ce sont des surfaces dont la courbure moyenne est nulle. Cette condition apparaˆıt lorsqu’on cherche `a minimiser l’aire parmi une famille de surfaces avec une contrainte fix´ee. On peut par exemple chercher `a minimiser l’aire parmi toutes les surfaces s’appuyant sur un contour donn´e, c’est le probl`eme dit de Plateau. Physiquement les surfaces minimales correspondent `a des bulles (ou plutˆot `a des films) de savon. Le probl`eme de Plateau a ´et´e r´esolu par Douglas et Rado et a valu la m´edaille fields `a Douglas en 1936. Pour des r´ef´erences sur les surfaces minimales et le probl`eme de Plateau nous renvoyons `a [DHS10], [CM11] et aux r´ef´erences cit´ees dans ces ouvrages. `A la suite de cela les math´ematiciens se sont int´eress´es `a une g´en´eralisation de ce probl`eme, on n’impose plus le contour entier mais on demande seulement que le contour reste sur une certaine surface prescrite : c’est le probl`eme des surfaces minimales `a bord libre, (voir par exemple [DHT10], [Nit85]). Math´ematiquement, on obtient une condition sur la surface minimale : elle rencontre le bord de la surface prescrite orthogonalement. `A la lumi`ere de cette observation on peut interpr´eter la condition u ∧ ∂νu = 0 sur ∂Ω en disant que la solution u rencontre la sph`ere S1 orthogonalement.
Figure 1.3: Une surface minimale bien connue : la cat´eno¨ıde. Cr´edits : Matthias Weber, www.indiana.edu/ minimal/.
1.2.3 Un probl`eme sans compacit´e
La difficult´e principale du mod`ele avec donn´ees au bord semi-rigides est que le degr´e n’est pas continu pour la convergence faible dans l’espace de Sobolev H1(Ω) (o`u Ω est un domaine de
Exemple 1.1. Soit Mn : D → D d´efini par Mn(z) = 1−(1−1/n)zz−(1−1/n), alors Mn * −1 faiblement dans H1, deg(Mn(z), S1) = 1 pour tout n ∈ N mais deg(−1, S1) = 0.
Ainsi on ne peut pas utiliser la m´ethode directe du calcul des variations pour trouver des minimiseurs de l’´energie Eε dans des sous-ensembles `a degr´es prescrits. On dit que le probl`eme pr´esente un manque de compacit´e. Plus g´en´eralement on appelle probl`eme sans compacit´e un probl`eme variationnel o`u l’´energie F est d´efinie sur un espace non compact et ne satisfait pas (a priori) la condition, dite de Palais-Smale, suivante :
Pour toute suite (un) telle que F (un) reste born´ee et F0(un) → 0
il existe une sous-suite qui converge fortement dans l’espace fonctionnel ad´equat. (PS) De nombreux probl`emes provenant de la physique ou de la g´eom´etrie sont non compacts. On peut citer par exemple le c´el`ebre probl`eme de Yamabe ou de la courbure prescrite, les probl`emes d’existence de surfaces minimales ou d’applications harmoniques dans des classes d’homotopie, le probl`eme d’existence de surfaces `a courbure moyenne constante et le probl`eme de Willmore3. Pour des r´ef´erences pr´ecises sur les probl`emes sans compacit´e on renvoie `a [Bre88]. Dans les probl`emes cit´es l’absence de compacit´e est due `a l’invariance de l’´energie par un groupe non-compact (groupe des transformations conformes par exemple). On se trouve ´egalement dans un cas limite des injections de Sobolev, pour cela on parle de probl`emes critiques. Les probl`emes sans compacit´e ont ´et´e ´etudi´es depuis plus de 30 ans. Dans des travaux novateurs Sacks-Uhlenbeck pour les applications harmoniques (cf. [SU81]) et Wente pour les surfaces `a courbure moyenne constante (cf. [Wen81]) ont mis en ´evidence ind´ependamment le ph´enom`ene de “bubbling” ou “s´eparation des sph`eres”. Ceci correspond `a peu pr`es au fait qu’un suite de Palais-Smale peut se d´ecomposer en une limite faible (solution du probl`eme) plus une somme de bulles, o`u les bulles sont des solutions d’une ´equation “limite”. De plus, l’´energie des bulles ´etant quantifi´ee, on peut par des arguments d’´energie prouver que les bulles n’apparaissent pas et qu’en fait la compacit´e a bien lieu. C’est ´egalement ce qu’exprime le principe de concentration-compacit´e dˆu `
a P.L Lions (voir [Lio85a], [Lio85b], [Lio83]). Pour r´esumer ce principe affirme que si une suite minimisante pour un probl`eme non compact ne converge pas fortement alors une concentration d’´energie apparaˆıt. Dans certains cas des in´egalit´es strictes entre certaines ´energies permettent de conclure `a la compacit´e du probl`eme. Outre des arguments de comparaison d’´energies, d’autres m´ethodes on ´et´e ´etablies comme par exemple des m´ethodes topologiques ([BC88], [Bah89], [Mal08]). Signalons enfin que les probl`emes sans compacit´e qui ne se trouvent pas dans des cas limites d’injections de Sobolev, les probl`emes dits sur-critiques sont encore tr`es mal compris. Pour les ´equations de Ginzburg-Landau `a degr´es prescrits, le probl`eme a ceci d’original que le bubbling a lieu sur le bord : les bulles sont de plus en plus concentr´ees pr`es du bord et fi-nissent par “s’´echapper” du bord comme dans l’exemple1.1. Il existe `a pr´esent une assez grande litt´erature concernant ce probl`eme : [BV02], [GB02], [BM], [BGR06], [BM06], [BR10], [DS09],
[FM13], [BMRS14], [LP14], voir en particulier le survey [Mir14]. Les auteurs ont montr´e l’exis-tence ou la non exisl’exis-tence de solutions dans des domaines simplement connexes ou multiplement connexes en ´etudiant la perte de compacit´e et en utilisant des arguments d’´energie. En par-ticulier dans [BMRS14] un th´eor`eme de d´ecomposition de l’´energie des suites de Palais-Smale est ´etabli. Mentionnons que dans [LP14], des solutions sont construites par des m´ethodes non-variationnelles. Toutefois le probl`eme n’est pas totalement compris et dans la premi`ere partie de cette th`ese, nous nous sommes int´eress´es `a apporter quelques r´eponses suppl´ementaires `a ce probl`eme.
1.3
Contributions aux probl`
emes `
a degr´
es prescrits
Dans cette partie, on consid`ere un domaine doublement connexe A = Ω \ ω (o`u ω ⊂ Ω sont deux ouverts born´es et r´eguliers de R2). On s’int´eresse `a l’existence de minimiseurs locaux de l’´energie de Ginzburg-Landau simplifi´ee
Eε(u) = 1 2 Z A |∇u|2+(1 − |u| 2)2 2ε2
dans l’espace I = {v ∈ H1(A, C); | tr|∂Ωv| = 1}. Les applications de l’espace I sont classifi´ees par leurs degr´es sur le bord de A. Pour U ∈ {Ω, ω}, et u ∈ I on pose
deg(u, ∂U ) = 1 2π
Z
∂U
u ∧ ∂τudτ ∈ Z (1.4)
o`u τ d´esigne le vecteur unitaire tangent `a ∂U qui v´erifie que (ν, τ ) est une base orthonorm´ee directe de R2, avec ν la normale sortante `a U . On a alors
I = [ p,q∈Z
Ip,q
avec Ip,q = {v ∈ I; deg(v, ∂Ω) = p et deg(v, ∂ω) = q}. Boutet-de-Monvel et Gabber ont montr´e dans [BdMBGP91] que le degr´e est bien d´efini pour des applications de I, et que les ensembles Ip,q constituent les composantes connexes de I. De plus, elles sont ouvertes et ferm´ees pour la topologie induite par la norme H1 sur I. Ainsi, pour produire des minimiseurs locaux de E
ε on peut chercher `a minimiser cette ´energie dans les classes Ip,q pour p, q dans Z. Soit 0 < ε < +∞, on pose
mε(p, q) = inf{Eε(v); v ∈ Ip,q}.
Comme on a vu que le degr´e n’est pas continu pour la convergence faible (voir Exemple 1.1), l’existence de minimiseur dans ces classes n’est pas assur´ee. Les premiers r´esultats de minimi-sation obtenus concernent les configurations de degr´es suivantes : q ≤ 0 < p ou q > 0 ≥ p. On a alors :
Proposition 1.2 ([BM]). Soit (p, q) ∈ Z2 tels que q < 0 ≤ p (ou q > 0 ≥ p), alors pour 0 < ε < +∞ mε(p, q) = π(|p| + |q|) et n’est pas atteint.
Le cas des degr´es p = q = 1 a ensuite ´et´e consid´er´e. `A la suite des travaux [BM],[BM06], [GB02], [BGR06] la question de l’existence de minimiseurs dans I1,1 a ´et´e compl`etement r´esolue. Elle fait apparaˆıtre le rˆole de la capacit´e du domaine A dont nous rappelons la d´efinition.
D´efinition 1.3. Soit A = Ω \ ω comme avant. Soit V la solution du probl`eme suivant ∆V = 0 dans A V = 1 sur ∂Ω V = 0 sur ∂ω. (1.5)
La capacit´e de A est d´efinie par cap(A) := 12RA|∇V |2.
La capacit´e d’un domaine mesure son “´epaisseur” et plus la capacit´e est grande plus l’anneau est fin. Par exemple, pour un domaine circulaire A = Aρ= {z ∈ C; ρ < |z| < 1} on a cap(A) = −1
2πln(ρ). On dira qu’un anneau est fin si sa capacit´e est grande et ´epais dans le cas contraire. On a alors
Th´eor`eme 1.4 (Berlyand-Mironescu, Berlyand-Rybalko-Golovaty). Soit A un domaine annu-laire.
1) Si cap(A) ≥ π alors pour tout 0 < ε ≤ +∞, on a : mε(1, 1, ) < 2π et est atteint. 2) Si cap(A) < π alors il existe 0 < ε0 < +∞ tel que :
* si ε ≥ ε0 alors mε(1, 1) ≤ 2π est atteint,
* si ε ≤ ε0 alors mε(1, 1, ) = 2π et n’est pas atteint.
1.3.1 Insertion de bulles au bord pour l’´energie de Ginzburg-Landau (en
collaboration avec E.Sandier, publi´e : [RS14] )
Berlyand et Rybalko ont alors eu l’id´ee, dans [BR10], de chercher des minimiseurs locaux de Eε dans des sous ensembles des classes Ip,q. Ils ont obtenus le r´esultat suivant :
Th´eor`eme 1.5 (Th´eor`eme 1 dans [BR10]). Pour tout (p, q) ∈ Z2 et M ∈ N∗, il existe ε1 = ε1(A, p, q, M ) tel que si 0 < ε < ε1 alors Eε poss`ede au moins M minimiseurs locaux dans Ip,q. Ce th´eor`eme a ´et´e g´en´eralis´e au cas des domaines multiplement connexes (avec plusieurs trous) par Dos Santos dans [DS09]. L’id´ee de la preuve de ce th´eor`eme consiste `a remarquer que si on consid`ere des fonctions v ∈ I qui v´erifient Eε(v) ≤ Λ o`u Λ ∈ R+est ind´ependant de ε, alors pour ε assez petit ces fonctions sont “presque” `a valeurs dans S1. Ceci permet de d´efinir un degr´e approch´e moyen, qui peut ˆetre vu comme le degr´e sur une courbe `a l’int´erieur de l’anneau. Ce degr´e est not´e abdeg(u) et est continu pour la convergence faible. On cherche alors `a minimiser Eε dans les classes
et on pose
mε(p, q, d) = inf{Eε(v); v ∈ Ip,qd }.
On prouve que pour d ∈ N∗, mε(d, d, d) est atteint, puis par r´ecurrence on montre que mε(p, q, d) est atteint pour d ≥ max{p, q}. La preuve repose essentiellement sur deux ingr´edients. Premi`erement, on montre que si la limite d’une suite minimisante sort de sa classe initiale alors il y a une perte d’´energie qui est quantifi´ee et ´egale `a un multiple entier de π, cet entier ´etant la diff´erence des degr´es initiaux et finaux (cf. Lemme du coˆut dans [BM06]). Ensuite on montre le lemme suivant :
Lemme 1.6 (Proposition 20 dans [BR10], Lemme 5 dans [DS09]). Soit d ∈ N∗ et ε suffisamment petit. Si uε∈ Ip,qd est une solution de l’equation de Ginzburg-Landau avec donn´ees au bord semi-rigides alors il existe v ∈ Ip+1,qd telle que
Eε(v) < Eε(uε) + π. (1.6)
La mˆeme conclusion reste vraie pour un ˜v ∈ Ip,q+1d .
Ce lemme, essentiel dans la d´emonstration du Th´eor`eme1.5, a ´et´e red´emontr´e par Dos Santos dans [DS09]. Il a donn´e une construction locale, ce qui lui a permis d’adapter le r´esultat `a des domaines multiplement connexes. Dans ce premier chapitre, nous donnons une troisi`eme d´emonstration de ce r´esultat. Pour cela, en collaboration avec Etienne Sandier, nous adaptons la technique, dite d’insertion de bulle, d´evelopp´ee par Br´ezis et Coron dans [BC83] dans le contexte des applications harmoniques `a valeurs dans la sph`ere S2. Cette technique a ´et´e raffin´ee par Soyeur dans [Soy89] et Kuwert dans [Kuw94]. L’id´ee est de modifier une fonction de d´epart u (pas n´ecessairement une solution de l’´equation de Ginzburg-Landau) dans un petit voisinage du bord en la rempla¸cant par une fonction holomorphe dont l’image recouvre presque tout le disque. De cette mani`ere on augmente le degr´e d’une unit´e et l’´energie suppl´ementaire (´egale `a l’aire du recouvrement de la fonction modifi´ee) est strictement plus petite que π car la fonction holomorphe recouvre “un peu moins” que le disque. La nouveaut´e par rapport aux constructions de [BC83] et [Kuw94] est que dans notre cas la construction est faite sur le bord du domaine. Ceci impose certaines conditions sur la fonction de d´epart u sur le bord. Notons que des in´egalit´es strictes du type (1.6) sont tr`es importantes dans les probl`emes variationnels sans compacit´e. En effet de telles in´egalit´es permettent de conclure `a la compacit´e de suites minimisantes ou de suites de Palais-Smale.
Dans [BR10], les auteurs d´emontrent l’existence de minimiseurs locaux, pour ε petit, dans les classes Ip,qd telles que d > 0 et d ≥ max{p, q}. Il a ´et´e conjectur´e que cette condition (ou son analogue d < 0 et < d ≤ min{p, q}) est n´ecessaire est suffisante pour que mε(p, q, d) soit atteint. Cette conjecture a ´et´e partiellement r´esolue dans [Mis14]. On pouvait esp´erer qu’une meilleure compr´ehension du Lemme1.6permette de r´esoudre cette conjecture. En fait il apparaˆıt que c’est une version oppos´ee de ce lemme qui permettrait de r´epondre `a cette question. Il s’agirait de montrer que pour u ∈ Id,dd un minimiseur de mε(d, d, d) on a Eε(v) > Eε(u) + π(|p − d| + |q − d|) pour v ∈ Ip,qd avec p ≥ d ou q ≥ d.
1.3.2 Applications harmoniques `a degr´es prescrits et surfaces minimales (en collaboration avec L.Hauswirth, soumis [HR] 2015 )
Jusqu’ici on sait qu’il existe des minimiseurs locaux de Eεdans tous les Ip,qpour ε suffisamment petit (et donc des solutions stables de (1.3)) mais la question de l’existence des minimiseurs globaux dans Ip,q n’est pas enti`erement r´esolue. Afin d’apporter des r´eponses compl´ementaires `
a ce probl`eme nous avons d´ecid´e de regarder un probl`eme voisin : celui de la minimisation de l’´energie de Dirichlet E(u) = 1 2 Z A |∇u|2
dans les espaces Ip,q. Formellement on peut voir cette ´energie comme une ´energie de Ginzburg-Landau avec ε = +∞. On note
m(p, q) = inf{E(v); v ∈ Ip,q}.
Remarquons que dans [BM], Berlyand et Mironescu, avaient d´ej`a d´eduit des r´esultats sur l’´energie de Ginzburg-Landau en s’appuyant sur des r´esultats obtenus pour l’´energie de Di-richlet. C’est comme cela qu’ils ont montr´e que pour ε grand, mε(1, 1) est toujours atteint (quelque soit la capacit´e de l’anneau). De plus, dans [BMRS14], o`u les auteurs s’int´eressent aux points critiques de type min-max de l’´energie Eε avec donn´ees au bord semi-rigides, la classifi-cation des solutions de de l’´equation de Laplace avec donn´ees au bord semi-rigides joue un rˆole important. C’est pourquoi dans le chapitre 2 de cette th`ese, ´ecrit en collaboration avec Laurent Hauswirth, on s’int´eresse aux solutions de
∆u = 0 dans A |u| = 1 sur ∂A u ∧ ∂νu = 0 sur ∂A,
(1.7)
avec une attention particuli`ere pour les solutions qui minimisent l’´energie dans les classes Ip,q. L’´energie de Dirichlet pr´esente un avantage par rapport `a l’´energie de Ginzburg-Landau : elle est invariante par transformation conforme. Ainsi on peut supposer dans ce chapitre que A est un anneau circulaire, i.e., A = Aρ= {z ∈ C; ρ < |z| < 1}.
Avant de rappeler les r´esultats connus sur ce probl`eme et de d´ecrire ceux que l’on a obtenus, remarquons que l’on peut faire un lien ´etroit avec un autre probl`eme celui des applications 1/2-harmoniques `a valeurs dans la sph`ere. Cette notion a ´et´e d´efinie par Da Lio et Rivi`ere dans [DLR11b] de la mani`ere suivante. On note R2+ = {(x, y) ∈ R2 ; y > 0}, et on peut voir R comme le bord de ce domaine. On consid`ere des applications u : R → S1 et on leur associe une ´energie
L(u) = inf{E(v); tr|Rv = u}.
Cette ´energie est laiss´ee invariante par les transformations de M¨obius qui envoient le demi-plan sup´erieur sur le demi-plan sup´erieur tout en envoyant son bord sur lui mˆeme.
D´efinition 1.7. On appelle application 1/2-harmonique `a valeurs dans S1 un point critique de la fonctionnelle L dans l’espace H12(R; S1).
La d´enomination 1/2-harmonique vient du fait que l’on peut r´e-´ecrire L(u) =
Z
R
|∆1/4u(x)|2dx = kukH˙1/2(R) (1.8)
avec ∆1/4 d´efini comme un multiplicateur de Fourier (cf. [DLR11b]) et k · kH˙1/2 qui repr´esente
la semi-norme homog`ene de l’espace de Sobolev H12. En remarquant que R2+ est conform´ement
´
equivalent au disque4 on obtient la d´efinition d’une application 1/2-harmonique dans un do-maine. Plus g´en´eralement on peut d´efinir les applications 1/2-harmoniques comme suit. Soit Ω ⊂ R2 un domaine born´e et M ⊂ Rn une sous-vari´et´e lisse qui a un bord ∂M = N . On dit que g : ∂Ω → ∂M est une application 1/2-harmonique si il existe u : Ω → M harmonique telle que tr|∂Ωu = g et l’´energie de u est stationnaire par rapport aux variations de la forme ut qui v´erifient que tr|∂Ω(ut) ⊂ ∂M . En faisant de telles variations on obtient alors que la d´eriv´ee normale ∂νu(x) est parall`ele `a la normale de ∂M au point u(x). Ainsi, on peut voir que le probl`eme (1.7) est ´equivalent `a trouver des applications 1/2-harmoniques g : ∂A → S1. Les ap-plications 1/2-harmoniques apparaissent ´egalement comme limites d’une ´equation de Ginzburg-Landau fractionnaire (voir [MS15]). Pour en savoir plus sur ces applications nous renvoyons `a [DLR11b],[DL15], [DLR11a], [Mos11]. Remarquons que les applications 1/2-harmoniques jouent un rˆole important dans les surfaces minimales `a bord libre comme expliqu´e dans [FS11] (voir aussi [Sch13], [FS13]).
Le premier r´esultat concernant le probl`eme (1.7) a ´et´e ´etabli par Berlyand et Mironescu dans [BM]. Ils ont obtenu
Th´eor`eme 1.8. L’infimum de l’´energie E dans la classe I1,1, not´e m(1, 1), est toujours atteint (i.e. pour toute valeur de la capacit´e de A). De plus, les minimiseurs sont `a sym´etrie radiale, ils sont de la forme
u(z) = α 1 1 + ρ(r +
r ρ)e
iθ
o`u (r, θ) sont les coordonn´ees polaires dans Aρ et α ∈ S1.
Leur approche pour montrer ce th´eor`eme consiste `a ´ecrire les donn´ees au bord en s´erie de Fourier et `a minimiser directement l’´energie d’une extension harmonique de ces donn´ees au bord en utilisant la formule du degr´e en fonction des coefficients de Fourier5 (voir [Bre97] ou [Bre06] pour une description de cette formule). Cette approche ne fonctionne pas si on s’int´eresse `
a la minimisation de E dans Ip,p pour p > 2. On note up(z) = 1 1 + ρp(r p+ rp ρp)e ipθ (1.9)
4. et donc `a tout domaine born´e simplement connexe. 5. Cette formule peut s’´ecrire deg(u, S1) =P
On peut v´erifier que ces fonctions sont solutions de (1.7) et E(up) = 1−ρ
p
1+ρp. En utilisant des
argument de comparaisons d’´energies ainsi qu’un r´esultat ´etabli par Golovaty et Berlyand dans [GB02] on a obtenu :
Th´eor`eme 1.9 (Th´eor`eme 3.6, Chapitre 3). Pour tout p ∈ N∗, il existe des valeurs critiques de ρ, not´ees ρp et ρ0p telles que ρ0p≤ ρp et :
1) si ρ ≥ ρp alors m(p, p) est atteint et le minimiseur est unique (modulo les rotations). De plus le minimiseur est `a sym´etrie radiale.
2) Si ρ < ρ0p alors la solution `a sym´etrie radiale up(z) = 1+ρ1 p(rp+
ρp
rp)eipθ ne minimise pas E
dans Ip,p.
Ce r´esultat jouera un rˆole dans le Chapitre 4 sur la minimisation de l’´energie de Ginzburg-Landau `a degr´es prescrits.
Un deuxi`eme r´esultat relatif aux applications harmoniques a ´et´e d´emontr´e dans [BMRS14] et concerne les domaines simplement connexes. Par invariance conforme de l’´energie de Dirichlet, on peut alors supposer que le domaine est le disque unit´e D. On appelle produit de Blaschke une application de la forme
Bα,z1,...,zd = α d Y j=1 z − zj 1 − zjz , z ∈ D, α ∈ S1, zj ∈ D pour j = 1, ...d. (1.10)
Th´eor`eme 1.10 (Lemme 3.5 dans [BMRS14]). Soit I = {v ∈ H1(D, C); | tr|S1v| = 1}. Les
points critiques de E dans Id= {u ∈ I; deg(u, S1) = d} sont exactement : a) les d-produits de Blaschke si d > 0,
b) les conjugu´es des d-produits de Blaschke si d < 0, c) les constantes de module 1 si d = 0.
d) De plus toutes ces solutions sont minimisantes dans les classes Id.
Pour d´emontrer ce r´esultat, les auteurs ont utilis´e un outil de la th´eorie des applications har-moniques : la diff´erentielle de Hopf. Pour u ∈ H1(A, R2), on d´efinit sa diff´erentielle de Hopf par
Hu(z) = |∂xu|2− |∂yu|2− 2ih∂xu, ∂yui. (1.11) Il se trouve que si u est harmonique, sa diff´erentielle de Hopf est holomorphe et que si la diff´erentielle de Hopf est nulle alors u est conforme (i.e. holomorphe ou antiholomorphe). En utilisant la premi`ere propri´et´e et les conditions au bord semi-rigides on peut montrer que dans un domaine circulaire (un disque ou un anneau) les solutions u de (1.7) ont une diff´erentielle de Hopf qui v´erifie
avec c une constante r´eelle. Dans un disque on voit que l’on a n´ecessairement Hu = 0 et donc toute solution est conforme6. On peut alors montrer que les solutions sont les produits de Blaschke. Dans un anneau, rien ne garantit que c = 0, et il faut ´etudier les cas c 6= 0.
Il existe des liens ´etroits entre les applications harmoniques et les surfaces minimales. Un de ces liens peut ˆetre fait grˆace `a la diff´erentielle de Hopf. ´Etant donn´ee une application harmonique u : A → R2, on peut localement la “relever” en surface minimale. Plus pr´ecis´ement on peut trouver une fonction hauteur h, qui est d´efinie comme la partie r´eelle d’une primitive de la racine carr´ee de la diff´erentielle de Hopf, telle que (u, h) : A → R3 soit la param´etrisation conforme d’une surface minimale. Pour plus d’informations sur ce proc´ed´e nous renvoyant au Chapitre 3, ainsi qu’`a [HSET08], [IKO12]. Si la diff´erentielle de Hopf s’´ecrit Hu(z) = zc2 avec c 6= 0, on doit
distinguer deux cas. Si c > 0 le rel`evement en surface minimale n’est pas globalement d´efini dans l’anneau et la fonction hauteur est h = θ, o`u (r, θ) sont les coordonn´ees polaires dans A. Mais si c < 0 alors le rel`evement en surface minimale est bien d´efini sur tout l’anneau A et la fonction hauteur est h = a ln(r) + b (avec r = |z|). Ainsi chercher des solutions de (1.7) qui v´erifient Hu(z) = zc2, avec c < 0 conduit `a chercher des surfaces minimales dans R3 bord´ees par deux
cercles concentriques dans des plans parall`eles. On peut mˆeme montrer que les deux probl`emes sont ´equivalent. On remarque que les degr´es de u sur les bords de A correspondent aux nombres de fois que les cercles sont parcourus. Intuitivement, les degr´es sur les bords doivent ˆetre les mˆemes, et on peut formaliser cet argument pour obtenir la non-existence de solutions de (1.7) avec des degr´es pq > 0 et p 6= q (cf. Proposition 3.36 au Chapitre 3).
Quand on rel`eve les solutions `a sym´etrie radiale up(cf. (1.9) en surfaces minimales on obtient des cat´eno¨ıdes parcourues p-fois. L’´etude des surfaces minimales dans R3 bord´ees par des cercles a ´
et´e conduite par M.Schiffman dans [Shi56]. Il d´emontre notamment que si une surface minimale est bord´ee par des cercles dans des plans parall`eles alors les intersections de cette surface avec des plans parall`eles aux cercles du bord sont encore des cercles. Ceci implique que si les cercles sont concentriques, la surface minimale est n´ecessairement une portion de cat´eno¨ıde. Mais dans l’article [Shi56] les cercles ne sont parcourus qu’une seule fois. Ainsi son r´esultat ne s’applique pas `a notre situation si on veut trouver des solutions dans Ip,p avec p ≥ 2. L’id´ee principale de ce chapitre est alors de chercher des surfaces minimales bord´ees par des cercles `a partir de bifurcations d’une famille de cat´eno¨ıdes parcourues p-fois, p ≥ 2. Le param`etre de bifurcation peut ˆetre vu comme le type conforme des cat´eno¨ıdes, c’est-`a-dire que l’on fait varier 0 < ρ < 1. On consid`ere une famille de solutions up(ρ, z) = 1+ρ1p(rp+r
p
ρp)eipθ et on cherche une bifurcation.
On peut alors v´erifier que le th´eor`eme de bifurcation `a partir d’une valeur propre simple, dit de Crandall-Rabinowitz, peut ˆetre appliqu´e et on obtient :
Th´eor`eme 1.11 (Th´eor`eme 3.53, Chapitre 3). Il existe des surfaces minimales dans R3 bord´ees par deux cercles concentriques dans des plans parall`eles qui ne sont pas des cat´eno¨ıdes. Ces surfaces sont seulement immerg´ees.
6. Il est int´eressant de noter que J.C.C Nitsche a employ´e un argument similaire, en utilisant une autre diff´erentielle de Hopf, pour montrer que les seules surfaces minimales de type disque dans la boule avec bord libre dans la sph`ere sont les disques ´equatoriaux cf. Th´eor`eme 1 dans [Nit85]
Outre l’int´erˆet g´eom´etrique de ce th´eor`eme, il permet aussi de trouver des solutions non radiales de l’´equation (1.7) (dans Ip,p, p ≥ 2). En utilisant la diff´erentielle de Hopf et le lien avec les surfaces minimales on peut donc ´enoncer :
Th´eor`eme 1.12 (Th´eor`emes 3.5 et 3.8, Chapitre 3). Soit A = Aρ = {z ∈ C; ρ < |z| < 1}. Soient (p, q) ∈ Z2.
1) Si pq > 0 et p 6= q il n’existe pas de solutions de (1.7) dans Ip,q.
2) Si p = q ≥ 2, pour certaines valeurs de ρ il existe des solutions non radiales de l’´equation (1.7) dans Ip,p.
Mentionnons que dans une s´erie de travaux [IO13], [IKO12], [IO12], T.Iwaniec et al. ont consid´er´e des applications (pas n´ecessairement harmoniques) dont la diff´erentielle de Hopf s’´ecrit ´egalement Hu(z) = zc2. Un de leur objectif ´etait de minimiser l’´energie de Dirichlet dans une classe de
li-mites d’hom´eomorphismes entre domaines doublement connexes. Dans ce probl`eme on ne peut pas faire des variations standards (dans l’espace d’arriv´ee) pour obtenir les ´equations d’Euler-Lagrange associ´ees `a un minimiseur. En effet de telles variations ne pr´eservent pas la classe d’hom´eomorphismes dans laquelle on cherche un minimiseur. En revanche les variations in-ternes, ou variations du domaine, sont parfaitement adapt´ees. Ceci conduit `a la d´efinition : D´efinition 1.13. Soit Ω ⊂ R2 un ouvert. On dit que u ∈ H1(Ω) est stationnaire harmonique si pour toute famille de diff´eomorphismes de Ω, not´ee φt, telle que φ0 = Id on a dt |t=0d E(u◦φt) = 0. Ici E d´esigne l’´energie de Dirichlet.
De mani`ere ´equivalente u est stationnaire harmonique si div(Tu) = 0, o`u
Tu =
|∂yu|2− |∂xu|2 −2h∂xu, ∂yui −2h∂xu, ∂yui |∂xu|2− |∂yu|2
!
et la divergence d’une matrice est la divergence des lignes. On appelle Tu le tenseur ´ energie-impulsion associ´e `a l’´energie E. On peut g´en´eraliser la notion de stationnarit´e `a d’autres fonc-tionnelles F . Si F est de classe C2 et si u est ´egalement C2 alors si u est point critique de F pour les variations standards c’est ´egalement un point stationnaire. Cependant il y a des cas o`u les deux notions ne co¨ıncident pas (cf. [Riv95]). Dans le cas de l’´energie de Dirichlet, la stationnarit´e est ´equivalente au fait que la diff´erentielle de Hopf soit holomorphe. De plus dans le probl`eme consid´er´e dans [IO13], [IO12] comme dans le notre, on peut faire des variations internes qui “glissent le long des bords7”. Plus pr´ecis´ement les variations de la forme ut(x) = u(x + tϕ(x)), pour t petit et avec ϕ ∈ C1(Ω) telle que ϕ(x) est tangent `a ∂Ω pour x ∈ ∂Ω, sont autoris´ees. Elles impliquent alors que la diff´erentielle de Hopf s’´ecrit Hu(z) = zc2 dans un domaine
annu-laire. Le point commun entre le probl`eme de [IO13] et le notre est que l’on est int´eress´e par des minimiseurs de l’´energie de Dirichlet parmi des applications avec une classe d’homotopie fix´ee au bord. La principale diff´erence est que dans [IO13] les auteurs consid`erent des limites d’hom´eomorphismes pour la topologie forte de l’espace de Sobolev H1 et donc des applications de degr´e 1.
1.3.3 Minimiseurs de l’´energie de Ginzburg-Landau `a degr´es prescrits dans un anneau (en collaboration avec M.Dos Santos : soumis [DSR] 2015 )
Dans ce chapitre, ´ecrit en collaboration avec Micka¨el Dos Santos, on utilise les r´esultats obtenus au chapitre pr´ec´edent pour donner des conclusions sur les minimiseurs (globaux) de l’´energie de Ginzburg-Landau simplifi´ee dans les classes Ip,q. Nous obtenons un r´esultat d’existence dans la configuration p = q ≥ 2 et un r´esultat de non-existence pour pq > 0 et p 6= q. Nous renvoyons au d´ebut de la section pour les d´efinitions et les notations. Concernant l’existence de minimiseurs, outre le cas p = q = 1 d´ej`a mentionn´e, le th´eor`eme suivant dˆu `a Golovaty et Berlyand traite le cas des degr´es p = q ≥ 1 dans un anneau circulaire.
Th´eor`eme 1.14 (Th´eor`eme 2.13 dans [GB02]). Soit Aρ = {z ∈ C; ρ < |z| < 1}, soit p ∈ N∗. Il existe un rayon int´erieur critique 0 < ρp < 1 tel que pour ρp < ρ < 1, mε(p, p) est atteint par un unique (`a multiplication par une constante dans S1 pr`es) minimiseur `a sym´etrie radiale pour tout 0 < ε < +∞.
Nous ´etendons ce r´esultat `a des domaines doublement connexes non n´ecessairement circulaires lorsque le param`etre ε est grand.
Th´eor`eme 1.15 (Th´eor`eme 4.2 et Proposition 4.18, Chapitre 4). Soit A un domaine double-ment connexe. Si cap(A) > ln(ρ−2π
p), avec ρp d´efini dans le Th´eor`eme 1.14, alors il existe εp > 0
tel que mε(p, p) est atteint pour tout εp< ε ≤ +∞.
Le premier argument de la preuve de ce r´esultat est un lemme qui affirme que des suites mi-nimisantes pour E ou pour Eε ne peuvent que “perdre” des bulles lors du passage `a la limite faible (le degr´e doit diminuer en valeur absolue). Ce lemme est inspir´e par la preuve du r´esultat de [Kuw94]. Il a ´et´e ´egalement utilis´e dans le chapitre pr´ec´edent.
Lemme 1.16 (Lemme 3.20 et Lemme 4.15). Soit (un)n une suite minimisante pour E dans Ip,q. Supposons que p ≥ 0 et q ≥ 0. Alors il existe u ∈ H1 tel que, quitte `a extraire, un * u dans H1. De plus u ∈ Ip0,q0 avec 0 ≤ p0 ≤ p et 0 ≤ q0 ≤ q et
E(u) = lim inf
n→+∞E(un) − π(p − p
0) + (q − q0) .
On peut adapter la conclusion pour des configurations diff´erentes de degr´es p, q ∈ Z. Une fois ce lemme ´etabli on observe qu’une certaine in´egalit´e stricte empˆeche la formation de bulles et restaure la compacit´e des suites minimisantes de Eε dans Ip,p pour p ≥ 2 et ε grand.
Proposition 1.17 (Proposition 4.16). Soit A un domaine annulaire et p ∈ N∗. Supposons que m(p, p) < m(p − 1, p − 1) + 2π. (1.12) Alors pour ε suffisamment grand, les suites minimisantes pour mε(p, p) sont relativement com-pactes dans H1.
On remarque que l’in´egalit´e (1.12) fait intervenir le probl`eme de minimisation pour l’´energie de Dirichlet qui est invariante par transformations conformes. Ainsi pour ´etablir l’in´egalit´e (1.12) on peut travailler dans un anneau circulaire et utiliser le Th´eor`eme 1.14. Grˆace `a ce th´eor`eme on d´eduit que pour un anneau fin les solutions radiales up et up−1(cf. (1.9)) sont minimisantes pour l’´energie de Dirichlet dans Ip,p et Ip−1,p−1. On v´erifie alors que l’in´egalit´e (1.12) a lieue pour ρp < ρ < 1. Signalons que le r´esultat1.14avait ´et´e pr´ec´edemment g´en´eralis´e `a des anneaux non n´ecessairement circulaires mais tr`es fins dans [FM13]. Les techniques que nous utilisons sont diff´erentes de celles utilis´ees dans [FM13].
Le deuxi`eme r´esultat de ce chapitre a pour objet la non existence de minimiseurs de Eε dans Ip,q avec p, q diff´erents mais de mˆeme signe. Ce r´esultat est un r´esultat asymptotique et est obtenu pour ε grand. Si on exclut le cas facile pq ≤ 0 avec (p, q) 6= (0, 0), le premier r´esultat de non-existence concernant les minimiseurs de Eε `a degr´es prescrits se trouve dans [BGR06]. Dans cet article les auteurs ont mis en place une technique pour prouver que mε(1, 1) n’est pas atteint si ε est assez petit et si l’anneau est assez large. Cette technique a ensuite ´et´e utilis´ee et perfectionn´ee par Misiats dans [Mis14] pour montrer la non existence de minimiseurs locaux dans les classes Ip,qd , pour ε petit avec des configurations du type d > 0, d ≤ min{p, q}. Il a r´epondu ainsi par l’affirmative `a une partie de la conjecture faite par Berlyand et Rybalko dans [BR10] et mentionn´ee dans la premi`ere sous partie. Enfin cette technique a ´et´e ´egalement employ´ee par Mironescu dans [Mir14] pour montrer que mε(p, q) n’est pas atteint si pq > 0, si l’anneau est assez ´epais et si ε est assez petit.
Th´eor`eme 1.18 (Th´eor`eme 4.16 dans [Mir14]). Soit p, q ∈ N∗, pq > 0, alors ils existe une valeur critique de la capacit´e Cmin{p,q} tel que si cap(A) < Cmin{p,q} alors mε(p, q) n’est pas atteint pour ε suffisamment petit.
Nous ´etendons la conclusion de ce r´esultat aux situations o`u ε est grand, p 6= q et pq > 0 et la capacit´e de l’anneau est grande. Toutefois notre r´esultat est limit´e au cas des anneaux circulaires.
Th´eor`eme 1.19 (Th´eor`eme 4.5, Chapitre 4). Soit A = Aρun anneau circulaire, soit (p, q) ∈ N∗ tels que p 6= q et pq > 0. Alors il existe ρmin{p,q} > 0 tel que si ρmin{p,q}< ρ < 1 alors mε(p, q) n’est pas atteint si ε est suffisament grand.
La preuve est ´egalement bas´ee sur une adaptation de la technique cit´ee plus haut. Nous esquis-sons maintenant les grandes lignes de cette technique dans notre cas. On raisonne par l’absurde et on suppose que mε(p, q) est atteint pour ε grand et pour p > q > 0 (par exemple). On ´etudie alors le comportement asymptotique des minimiseurs uε lorsque ε → +∞. On peut montrer que ces minimiseurs convergent faiblement vers u∞ ∈ Iq,q si l’anneau est assez fin. On utilise ensuite un lemme de d´ecomposition pour ´ecrire
Eε(uε) = Eε(uqε) + Gε,uqε(v)
avec uqε un minimiseur de Eε dans Iq,q (qui existe si on suppose l’anneau assez fin), Gε,uqε une
quadratique, puis on utilise les s´eries de Fourier pour montrer que Gε(v) > π(p − q) ce qui fournit une contradiction. Le nouvel ingr´edient qui permet de faire cette d´emonstration est en fait le r´esultat de non existence de points critiques de l’´energie de Dirichlet dans Ip,q avec pq > 0 obtenu au chapitre pr´ec´edent. C’est ce r´esultat qui permet d’´etudier le comportement asymptotique d’´eventuels minimiseurs de Eε dans Ip,q pour ε → +∞, ce qui est crucial dans la preuve. De mani`ere un peu paradoxale la technique utilis´ee se r´ev`ele plus difficile dans le cas ε grand que dans le cas ε petit. Ceci est dˆu au fait que la limite faible d’hypoth´etiques minimiseurs ne prend pas ses valeurs dans la sph`ere S1 lorsque ε → +∞. C’est notamment `a cause de cette derni`ere remarque que l’on ne parvient pas `a ´etendre le r´esultat pour des anneaux de formes quelconques, alors que les r´esultats obtenus par Misiats et Mironescu ´etaient valables pour des anneaux g´en´eraux.
1.3.4 Points critiques de l’´energie de Ginzburg-Landau `a degr´es prescrits en dimension n ≥ 3
Dans ce chapitre on s’int´eresse `a une g´en´eralisation aux dimensions n ≥ 3 du probl`eme d´ecrit pr´ec´edemment. Plus pr´ecis´ement on consid`ere la n-Ginzburg-Landau ´energie (sans champ magn´etique)
Eε,n(u) = 1 n Z Ω |du|n+ 1 4εn Z Ω (1 − |u|2)2,
o`u du est la diff´erentielle d’une application u : Ω ⊂ Rn→ Rnet |du|2 = tr(dutdu) =Pn
i=1|∂xiu|
2 est la norme de Hilbert-Schmidt de la matrice du. Une motivation possible pour s’int´eresser `a cette ´energie est la suivante. En dimension n = 2, B´ethuel-Br´ezis-H´elein [BBH94] ont montr´e que pour ε petit les solutions des ´equations de Ginzburg-Landau sans champ magn´etique convergent (en un sens `a pr´eciser) vers des applications harmoniques `a valeurs dans la sph`ere S1. En dimension n ≥ 3, la g´en´eralisation des applications harmoniques est la notion d’applications n-harmoniques. Ce sont les points critiques de la n-´energie :
En(u) = 1 n Z Ω |du|n.
Une des propri´et´es importantes de la n-´energie pour n ≥ 2 est son invariance par les trans-formations conformes. Dans la litt´erature, certains travaux [Str96], [Hon96], [HL96], [GSZ] ont ´
etudi´e la convergence des solutions de la n-Ginzburg-Landau ´energie vers des applications har-moniques. Ici on consid`ere plutˆot l’analogue n-dimensionnel (n ≥ 3) du probl`eme des ´equations de Ginzburg-Landau `a degr´es prescrits. Soit Ω ⊂ Rnun ouvert born´e lisse, simplement connexe et diff´eomorphe `a la boule unit´e Bn. On pose
Comme pour v ∈ I on a tr|∂Ωv ∈ W1−
1
n,n(∂Ω, Sn−1) ,→ VMO(∂Ω, Sn−1), la th´eorie du degr´e
pour des applications de VMO d´evelopp´ee par Br´ezis et Nirenberg (voir [BN95]) permet d’affir-mer que le degr´e sur ∂Ω des applications de I est bien d´efini. On peut alors chercher des minimi-seurs de Eε dans les espaces Id= {v ∈ I; deg(v, ∂Ω) = d}. On pose mε(d, Ω) = inf{Eε(v); v ∈ Id}. On rencontre le mˆeme probl`eme de compacit´e qu’aux paragraphes pr´ec´edents. Pour Ω diff´eomorphe `a une boule, on obtient le mˆeme r´esultat qu’en dimension 2 (cf. Lemme 3.4 dans [BMRS14]) :
Th´eor`eme 1.20 (Th´eor`eme 5.10, Chapitre 5). Pour d ∈ N∗ l’infimum mε(d, Ω) n’est jamais atteint.
Si on s’int´eresse `a la n-´energie de Dirichlet alors, dˆu `a la rigidit´e des transformations conformes de l’espace en dimension n ≥ 3, le Th´eor`eme 1.10est modifi´e, on obtient
Th´eor`eme 1.21 (Th´eor`eme 5.10). Soit d ∈ Z∗, l’infimum m(d, Ω) est atteint si et seulement si |d| = 1 est Ω est une boule euclidienne.
Devant ces r´esultats de non-existence on peut alors essayer de chercher des points critiques de Eε dans I1 par exemple. Par points critiques8 on entend des solutions de
−∆nu = ε12(1 − |u|2)u dans Ω |u| = 1 sur ∂Ω ∂ν u |u| = 0 sur ∂Ω. (1.13)
avec ∆nu = div(|du|n−2du). Les travaux [BMRS14] et [Lam14] sont consacr´es `a ce probl`eme en dimension 2. On cherche `a g´en´eraliser [BMRS14] et `a obtenir des points critiques de type min-max grˆace `a l’application du th´eor`eme du col. Une premi`ere grande difficult´e et qu’en dimension n ≥ 3 on ne peut pas supposer que Ω est la boule unit´e quitte `a rajouter un poids β(x) dans le terme potentiel dans l’´energie9. En effet les diff´eomorphes `a une boule ne sont pas conform´ement ´equivalents en dimension n ≥ 3. On remarque que dans la boule il existe effectivement une solution de (1.13), qui est une solution `a sym´etrie radiale dans I1. Ainsi on s’int´eresse `a des domaines qui ne sont pas des boules. Dans ce chapitre nous n’obtenons pas le r´esultat pour l’´energie de Ginzburg-Landau. On consid`ere une ´energie perturb´ee
Eεα(u) = 1 n + α Z Ω |du|n+α+ 1 4εn Z Ω (1 − |u|2)2
dans l’espace Iα = I ∩ W1,n+α(Ω, Rn), pour α petit. Grˆace `a l’injection de Sobolev W1,n+α(Ω, Rn) ,→ C0(Ω, Rn)
on peut montrer que la fonctionnelle Eεα v´erifie la condition de Palais-Smale. On met alors en place un sch´ema de min-max pour cette fonctionnelle et on obtient des points critiques de
8. Pour trouver les ´equations d’Euler-Lagrange on utilise ici la structure de vari´et´e de I ∩ C0(Ω, Rn) cf. D´efinition 5.14