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Dépôt Institutionnel de l’Université libre de Bruxelles / Université libre de Bruxelles Institutional Repository

Thèse de doctorat/ PhD Thesis Citation APA:

Kurgan, G. (1970). Léopold II et les groupes financiers belges en Chine: La politique royale et ses prolongements (1895-1914) (Unpublished doctoral dissertation). Université libre de Bruxelles, Faculté de Philosophie et Lettres, Bruxelles.

Disponible à / Available at permalink : https://dipot.ulb.ac.be/dspace/bitstream/2013/214916/4/38696c74-1eb4-4566-a93e-453d7bef4769.txt

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(2)

Fac\ilté ie Philosophie et Lettres

Régine KURGM-VAÎ. HENTENRYK

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La politique royale et ses prolongements (1895-191»+)

IV

Thèse présentée pour l'obtention du grade de docteur en Philosophie et Lettres

(groupe Histoire)

> o o o o o o o o o o o o o O

Année académique I969-I970

(3)

COMMUNICATION REFUSEE

f

(4)

L'ESSOR DE LA COf/IPAGNIE INTERNATIONALE D'ORIENT

Les débuts difficiles.

Contrairement à la Société Générale, la Compagnie Internationale d'Orient a laissé relativement peu de traces de ses activités en Chine. Des sources éparses, par ailleurs très disparates, permettent de discerner l'évolution générale des activités de la compagnie sans qu'il soit possible d'approfondir tous les mécanismes de ses opérations.

Il est inutile de rappeler ici les circonstances de la fondation de l'Orient, le 28 mars I9OO, et les liens étroits qui unissaient alors Léopold II à son promoteur, le colonel Thys. Ses débuts ne tardèrent pas à être comprom.is par des événements extérieurs, la guerre des Boxers et la crise financière de 1900-1901.

Dès sa fondation, la Compagnie Internationale d'Orient avait repris à sa charge plusieurs entreprises que lui destinait Léopold II, en particulier le Hankovr-Canton et l'affaire des charbonnages de Kaiping. Etant donné les rivalités internationales acharnées dont la Chine était l'enjeu, elle adopta comme tactique générale d'élargir, du moins en apparence, son caractère international et de transférer à son profit les concessions obtenues par d'autres syndicats, soit en les rachetant soit en acquérant une participation plus ou moins élevée dans les syndicats concessionnaires. C'est ainsi qu'elle parvint,malgré une conjoncture défavorable, à s'assurer dès la fin de 19OO la participation de plusieurs établissements étrangers étroitement mêlés aux affaires chinoises. A cet effet elle porta son capital de 8.5OO.OOO à

9.050.000 F par l'émission de 1.100 actions qui furent souscrites à raison

de 500 actions par la Banque de 1 'Indo-Chine, 200 par la Hongkong and Shanghai

(5)

704.

Banking Corporation et 440 par un groupe de banquiers japonais (l).

De même, elle avait participé à la fondation du syndicat sino-italien ainsi que de la Eastern Pioneer Company (2). La guerre des Boxers lui permettra de mettre la main sur l'A.C.D.C. dans des circonstances que nous avons décrites antérieurement.

Les trois premiers exercices de la compagnie n'en restèrent pas moins marqués par la gêne financière, gêne qui paralysa partiellement son effort d'expansion*

et la conduisit à concentrer ses ressources dans une seule entreprise, les charbonnages de Kaiping (3). N'oublions pas en effet que son sort était étroi- tement lié à celui de la Banque d'Outremer qui la patronnait et assurait son service financier. La crise financière européenne avait causé de sérieux déboires à 1'Outremer,qui fut obligée d'amortir ses pertes, en réduisant son

capital de 10.000.000 F, soit près d'un tiers de sa valeur initiale (4).

A sa fondation, le capital de l'Orient qui avait été fixé à 8.500.000 P fut libéré à concurrence du minimum statutaire de 20 %, Fait significatif, jusqu'en 1904, à l'époque où la crise s'était résorbée et où les perspectives en Chine s'étaient améliorées, la société ne fit aucun appel de fonds auprès de ses actionnaires (5). Elle parvint tout au plus à se procurer quelques ressources

(1) Rapport du conseil d'administration de la C.I.O. à l'assemblée générale du 15 mai I9OI (Mouvement Géographique, 9/6/19OI, col, 287). Constatation de l'augmentation du capital social, 21/6/I902 dans Recueil des actes ...

relatifs aux sociétés commerciales, II/7/I902, acte n° 3563* p. I5O-I5I.

(2) Voir supra p. 268 et 274.

(3) Dans une note adressée au Roi le 27 février 1902 à propos des affaires qu'il avait étudiées pour le compte de l'Orient, Francqui écrivait :

" Les intéressés belges n'ont pu s'occuper en Belgique que de la mise en valeur de deux de ces affaires : celle des mines de Kaiping et celle du

chemin de fer Hankow-Canton. La crise financière qui a sévi en Europe l'année dernière n'a pas permis aux financiers belges de donner une solu- tion aux autres entreprises qui leur ont été signalées." (AR Congo I, 54/7). Il importe de noter ici qu'au moment où Francqui écrivait ces lignes, l'Orient était sur le point de se débarrasser définitivement du solde de ses actions de l'A.C.D.C. (voir supra p. 461, n.3).

(4) S. CHLEPNER, Le marché financier belge depuis cent ans, p. 100.

(5) Rapport du conseil d'administration de la C.I.O. à l'assemblée générale

du 17 mal 1905 (Mouvement Géographique, 2I/5/1905, col. 255).

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supplémentaires en procédant à deux augmentations de capital,respectivement de 550.000 F et 475.000 F,qui lui apportèrent environ deux cent mille francs d'argent frais (l). Pourtant les dirigeants de l'Orient, Thys et Prancqui en particulier, ne ménagèrent pas leurs efforts pour lui ouvrir l'accès des marchés financiers étrangers. Il suffit de rappeler les relations nouées par Thys avec J. Pierpont Morgan, la mission du chevalier de Wouters au Japon, mission qui sera poursuivie par Francqui (2). Mais l'effort le plus constant fut indiscutablement dirigé du coté de la France.

Alors que dans la plupart des pays étrangers l'Orient s'abouchait directement avec les milieux d'affaires, en France par contre, elle voulutd'abord se concilier les bonnes grâces du Quai d'Orsay. Nul doute que ses dirigeants étaient parfaitement au courant de l'influence considérable de G'érard dans la conduite adoptée par le gouvernement français à l'égard des entreprises franco- belges en Chine. D'autre part, en s'attachant les services d'Emile Francqui,

la compagnie courait le risque d'indisposer la France car l'ancien consul s'était créé de solides inimitiés à l'époque où il défendait avec vigueur les intérêts do ses nationaux en Chine au détriment de leurs associés (3).

c'est pourquoi Thys comme Francqui firent une véritable cour au ministre de France à Bruxelles.

Des sa nomination en qualité d'agent général de la société en Chine, Francqui se rendit chez Gérard pour se répandre en protestations de sympathie envers la France et de dévouement aux entreprises poursuivies en commun par les Français et les Belges en Chine, "il a ajouté, rapporta Gérard à Delcassé, combien il regrettait d'avoir pu être représenté comme animé d'autres sen- timents que ceux qui ont toujours été les siens, et qui lui ont valu depuis

(1) La première augmentation de capital avait servi à élargir la participation étrangère (voir supra p. 70^. La seconde émission d'actions nouvelles eut lieu pendant l'exercice 1902-I905 et les 950 nouveaux titres furent souscrits par des banquea et particuliers belges (Compagnie Internationale d'Orient.

Constatation de l'augmentation du capital, 12 octobre 1904. Recueil des actes ... relatifs aux sociétés commerciales, 2^/11/1904,acte n° 5774, P. 730-731).

(2) Voir supra p.260.Note de Francqui pour le Roi, 8/8/I9OI (AR Cab. II F 59 a, 16).

(3) Voir supra p. 373*

(7)

706.

de long-ues années, l'estime et la confiance d'un homme tel que le colonel Thys, connu pour son ardente amitié à l'égard de la France." (l).Les

assurances multipliées des dirigeants de l'Orient de même que leurs confidences sur le déroulement de leurs négociations conquirent Gérard (2). Elles reçurent un accueil beaucoup plus réservé au Quai d'Orsay.

Les manoeuvres de Thys pour mettre la main sur le Hankow-Canton inquiétaient Delcassé. "D'une façon générale",écrivit-il à Gérard le 9 octobre 1900,"il est

à remarquer que le Compagnie Internationale d'Orient, qui n'a jusqu'à présent ni étudié ni recherché aucune affaire nouvelle en Extrême-Orient, semble n'a- voir eu pour objectif que de chercher à s'assurer le bénéfice des concessions déjà acquises à d'autres groupes qu'elle s'efforce d'amener à fusionner avec elle." (3).La méfiance du m.inistre français des Affaires Etrangères s'accrut encore lorsqu'il apprit le départ de Francqui pour la Chine à la fin du mois de février 1901. Au cours de sa visite d'adieu à Gérard, Francqui s'était montré fort loquace. Il décrivit sa société comme "un vaste syndicat d'études mi-financier, mi-industriel, destiné à coordonner et centraliser les recherches d'entreprises et d'affaires dans les pays lointains et dans les marchés neufs", et énuméra les principales affaires qu'il comptait poursuivre. En outre Gérard soupçonnait l'Orient de vouloir fonder à Shanghai une agence financière,

capable de concurrencer ou, pire, de coiffer les banques européennes déjà établies. "M. Francqui, écrivit-il à Delcassé, s'est bien gardé de ne rien laisser percer à ce sujet, mais il est comme son chef et inspirateur le Colonel Thys, mégalomane, très convaincu de ses mérites, et croyant à son étoile. "(4) Ces informations confirmèrent Delcassé dans son opinion. Il décida de mettre la légation de France à Pékin en garde contre les menées de la compagnie (5)

(1) Gérard à Delcassé, II/5/I9OO (AEF Hankeou-Canton, l).

(2) Ibidem. Gérard à Delcassé, I7/7 et I2/IO/I9OO (AEF Hankeou-Canton, l).

(3) Delcassé à Gérard, 9/IO/I9OO (AEF Hankeou-Canton, l).

(4) Gérai-^ à Delcassé, 28/2/1901 (AEF Mines, Chine du Nord, l),

(5) "Comme je vous l'ai déjà fait remarquer, "écrivit-il à Pichon, le 9 mars 1901,"dans la plupart des affaires étudiées par la Compagnie Internationale d'Orient se révèle sa tendance à mettre la main sur les concessions déjà obtenues par d'autres sociétés,soit à absorber ces groupements eux-mêmes.

Un semblable programme, surtout quand l'exécution en est confiée à un

agent aussi actif et entreprenant que M. Francqui,constitue pour les

groupes français ou franco-belges déjà titulaires de concessions en Chine

un réel danger."(AEF Mines, Chine du Nord, l)

(8)

et lui recommanda "de surveiller très attentivement les agissements de son représentant en Chine et de veiller à ce qu'il n'empiète pas sur le domaine déjà acquis aux groupes français ou franco-belges opérant dans ce pays et notamment dans le bassin du Yangtze et au Szetchoucn." (l)

La défiance du Quai d'Orsay s'accompagna d'une grande réserve des banques françaises à l'égard des affaires de Chine. Leur refus en janvier I9OI

d'accepter une participation dans le Hahkovf-Canton contribua dans une large mesure à l'abandon de cette entreprise par l'Orient ( 2 ) . Pourtant l'accès du marché français n'était pas définitivement clos aux entreprises de la compagnie dans la mesure où celle-ci satisferait le désir du gouvernement de voir attribuer à ses nationaux la part de contrôle qui devait légitimement leur revenir.

Tout autre était la situation de la société vis-à-vis des Allemands. De tous les établissements financiers qui avaient souscrit à la fondation, la Deutsche Bank et la Disconto Gesellschaft avaient pris des participations relativement

élevées, de JOO actions chacune . Elles étaient représentées au conseil d'administration par le financier bien connu Adolf von Hansemarm et Herman Wallich. Ajoutons à cela que la Banque Internationale de Bruxelles avait des

attaches notoires avec la finance allemande et que des membres de la colonie allemande d'Anvers détenaient environ 5 du capital ( 3 ) . Il va sans dire que les promoteurs de l'Orient avaient recherché cette participation dans le but de s'assurer le concours de l'Allemagne dont l'influence grandissait en Chine.

Alors que Thys et ses adjoints étaient bien décidés à mener la société pour servir l'expansion de la Belgique en Extrême-Orient, ils rencontrèrent cer- taines résistances parmi les administrateurs étrangers, surtout les Allemands.

"Ce sont des espions, écrivait Thys au Roi, et ils ne cherchent qu'à nous gêner au lieu de chercher à nous aider. Mais le conseil d'administration de la

Compagnie d'Orient est composé de telle façon qu'il comprend en grand nombre des personnes qui craindront de se brouiller avec des maisons comme la Disconto et la Deutsche Bank et qui impressionnent les autres : Baucr, Fris, Cassel , Beebkman, Piihrraann (ces quatre derniers de la. Banque Internationale)." (4)

( 1 ) Delcassé à P i c h o n , 9 / 3 / l 9 0 1 (AEF Mines, Chine du Nord, l).

( 2 ) Voir supi'a p. 4 5 6 .

O) Voir supra p. 2 1 ^ et 2 l 4 .

(4) Thys à Léopold II, I 7 / 2 / I 9 0 2 (AE Congo I, IO6/I63).

(9)

7 0 8 .

"La prépondérance des Belges dans la Société, écrira Francqui quelque temps plus tard, ira toujours périclitant ... aussi longtemps qu'on ne voudra pas se rendre compte que les Allemands ne se sont intéressés dans notre affaire que pour être tenus au courant de nos projets." (l),En définitive, le marché financier allemand restait fermé à la société ( 2 ) .

A coté des problèmes financiers et des difficultés internes résultant de la concurrence internationale, la crise politique chinoise et ses séquelles ne facilitèrent pas la tâche de la compagnie. Pendant les premiers mois qui suivirent la guerre dos Boxers, elle laissa au chevalier de Wouters le soin de représenter ses intérêts en Extrême-Orient. En février 1901, le transfert des charbonnages de Kaiping à la société anglaise The Chinese Engineering and Mining Company fit passer cette importante exploitation minière sous le con- trôle d'un groupe anglo-belge dans lequel l'Orient jouait un rôle dominant, nous y reviendrons. L'acquisition de cette grosse affaire décida la compagnie à mettre sur pied son agence générale à Shanghai. A la fin du mois de février 1901, Francqui s'embarquait à destination de l'Extrême-Orient en compagnie

d'un officier, détaché à la demande du Roi à l'institut Cartographique Militaire, et de trois ingénieurs dont Adolphe May, ingénieur honoraire des Ponts et

Chaussées, et Lambert Jadot, frère cadet do 1'ingénieur-contrôleur du Pékin- Haniîow ( 3 ) .

Mimi d'un vaste programme d'affaires entamées par d'autres collaborateurs de Léopold II ou par des syndicats dans lesquels l'Orient avait pris une participation, Francqui avait comme première tâche de veiller à la

( 1 ) Note de Francqui pour le Roi, I 9 / 5 / 1 9 0 2 (AR Congo I, 5^/lO).

( 2 ) Rappelons également l'échec des tentatives de Léopold II en vue d'obtenir le concours de la finance allemande pour le Pékin-HankOTv et le Hankow- Canton.

(3) Gérard à Delcassé, 2 8 / 2 / 1 9 O I (y ^EF Mines, Chine du Nord, l). Francqui

avait eu l'intention d'emmener le lieutenant Jopstens, frère du ministre de Belgique à Pékin,mais celui-ci eut un accident de cheval avant son départ et fut remplacé à la demande de Francqui par le sous-lieutenant ba.ron Félix Chazal (Francqui à Borchgrave, 8/I /19OI; Borchgrave à Cousebant d'Alkemade, 9/I/19OI et réponse, I2/I /I9OI.AR Cab. II F 59 a, 1 5 ) . Le

lieutenant Joostens fut détaché à l'institut Cartographique Militaire

pour entrer au service de l'Orient en août 1902 (Cousebant d'Alkemade à

Carton de Wiart, I 3 / 8 / 1 9 0 2 . Ibidem).

(10)

réorganisation des charbonnages de Kaiping sous l'égide de la nouvelle société européenne. Personnellement, il désirait ardemment le transfert de l'affaire à une société belge. Imprégné des visées expansionnistes de son souverain, il conçut le projet d'étendre l'occupation industrielle de son pays au Chihli, ce qui justifierait l'introduction de forces de police pour protéger les entreprises belges (l). Dans cet état d'esprit, il fit pousser activement les travaux du port de Chinwangtao, entaraés par l'ancienne compagnie chinoise de Kaiping en vue d'assurer l'écoulement de sa production. Afin de promouvoir le développement du port,il sollicite, du gouvernement chinois l'autorisation de construire une ligne de chemin de fer de Chinwangtao à Pékin. Il prit également l'initiative de faire étudier les charbonnages de Chimanze sis à 25 km de Chinwangtao pour lesquels Fivé avait conclu un contrat provisoire, et suggéra au Roi do rétrocéder les mines à la Compagnie Internationale d'Orient (2).

Toujours dans le même ordre d'idées, Francqui dénonça auprès du Roi les visées françaises sur le Paoting-Tientsin. Il insista pour que la ligne fût négociée définitivement pour le compte de la Société d'Etude,mais à la con- dition qu'elle se fût"débarrassœ du joug français, car dans le cas contraire il vaudrait mieux faire créer une nouvelle société belge par la Compagnie d'Orient." (3). Cette suggestion ne fut pas approfondie mais elle mérite notre attention à un double titre. Elle confinne qu'en dépit du caractère interna- tional de l'Orient, son agent général en Chine était bien décidé à assimiler l'expansion de la société à celle de la Belgique en Extrême-Orient. D'autre part, en dépit de ses assurances à Gérard, Francqui n'avait pas abandonné son attitude combative à l'égard de toute tentative de la France d'asseoir son influence dans les entreprises franco-belges. La méfiance du Quai d'Orsay à son égard se justifiait pleinement.

(1) Note de Francqui pour le Roi, 8/8/I9OI (AR Cab. II F 59 a, I6).

(2) Note de Francqui pour le Roi, 22/9/1901 (AR Congo I, 54/4). Joostens à Favereau, IO/IO/19OI (AEB 2816, XI). Dans une note du 9 février 1902,

Francqui faisait miroiter aux yeux du Roi l'image de la Belgique contrôlant une "immense voie ferrée", partant de Chinwangtao pour aboutir à un port du sud en traversant le centre do l'Empire (AR Congo I, 54/6).

(:5) Note de Francqui pour le Roi, 8/8/19OI (AR Cab. II F 59 a, I6).

(11)

710.

Mais las efforts de cet homme dynamique et ambitieux ne s'arrêtaient pas à la création d'entreprises au Chihli. Francqui comme ses adjoints voyagèrent beaucoup durant leur séjour en Extrême-Orient. Ils s'intéressèrent tout autant à la vallée du Yangtse qu'aux provinces méridionales de la Chine, à la Corée ou au Japon.

Des affaires aussi diverses que la création d'une société belgo-Japonaise de navigation sur le Yangtse, l'établissement d'une concession belge à Hankow, la reprise des usines métallurgiques de Hanyang, l'exploitation de charbon- nages dans la région de Nankin, la construction de chemins de fer en Corée et dans le Shansi, de tramways à Tientsin, la mise en valeur de la province du Fukîen, l'engagement d'un conseiller technique belge par le gouvernement chinois,firent l'objet de leurs études et de leurs négociations (l).

En toute occasion, Francqui chercha à tirer profit des besoins d'argent des autorités chinoises ou des hésitations des syndicats étrangers pour proposer les services de sa compagnie. Dans bon nombre de cas il se heurta à la ré- pugnance éprouvée par la Chine à recourir à l'aide occidentale,et à l'influ- ence croissante du Japon. De plus, déjà sous son consulat, sa combativité et son manque de scrupules lui avaient valu beaucoup d'antipathies aussi bien parmi les Chinois que dans la colonie européenne (2).

La guerre des Boxers avait placé le vice-roi Chang Chih-tung et Sheng Hsuan- huai dans une gêne financière considérable. Les usines de Hanyang étaient au bord de la faillite. Appuyé par Jadot qui jouissait d'un grand crédit auprès de Sheng, Francqui proposa une vaste opération combinant la reprise des usines avec l'obtention d'une concession belge à Hankow sous l'égide d'une société fermière patronnée par l'Orient. La nouvelle société émettrait un emprunt

(l) Pour 1'énumération des affaires mises à l'étude par la Compagnie Inter- nationale d'Orient, voir Gérard à Delcassé, 28/2/19OI (AEF Mines, Chine du Nord, l). Note de Francqui pour le Roi, 27/2/1902 (AR Congo I, 54/7).

Voir aussi les rapports du conseil d'administration de la C.I.O. auz assemblées générales des 21 mai 1902 et 20 mai I903 dans le Mouvement Géographique, I7/6/1902, col. 264-266 et 24/5/190:5. col. 270-272.

(2) Jadot à son épouse, 15/2/1902 (Papiers Jadot, Corr. t. II).

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de 3 . 3 0 0 . 0 0 0 F à 8 ^ et percevrait 25 % des bénéfices des usines (l). L'affaire échoua. Indépendamment du fa,it que Sheng n'aimait guère Francqui ( 2 ) , les mandarins jugèrent excessifs les appétits de l'Orient et préférèrent s'adres- ser aux capitalistes japonais ( 5 ) .

L'affaire du Pukien illustre à merveille les conditions dans lesquelles l'agent général de la Compagnie Internationale d'Orient évoluait en Chine. Le vice-roi du Pukien avait proposé au consul de France à Foochow,qui n'était autre que Paul Claudel,la concession à une société étrangère du monopole de l'exploita- tion des mines dans des territoires qui couvraient la m.oitié de la province.

Apparemment l'entreprise ne séduisit guère les milieux d'affaires français.

Claudel>qui s'était lié d'amitié avec Francqui,proposa à la Compagnie

Internationale d'Orient de s'y intéresser mais à la condition expresse qu'elle s'entendrait préalablement avec la Banque de l'Indo-Chine ou à défaut avec un autre groupe français pour la réaliser. Francqui accepta de peur de voir

la concession lui échapper et afin de s'assurer l'appui diplomatique de la

(1) Joostens à Pavereau, 1 3 / 7 / 1 9 0 1 ( A ^ 2822, IIl). Jadot à la Société d'Etude, rapport n° ^ 6 , 2 O / 7 / I 9 O I ( A ^ 2 8 1 3 , IV). Rappelons que sous son consulat, Francqui avait essayé de faire reprendre les usines de Hanyang par le groupe de la Société d'Etude (voir supra p. 3 3 2 ) . La crise des Boxers mit l'entreprise au bord de la faillite. En juillet I9OO, Sheng Hsuan-huai sollicita de divers syndicats étrangers, dont la Société d'Etude et

l'Orient,une avance de 3 0 - 0 0 0 livres. Alors que la Société d'Etude refusait de donner suite, Francqui proposa le 2 1 juillet I9OO au nom de l'Orient le prêt im.médiat de la somme demandée remboursable en 10 a.ns, au taux d'inté- rêt de 15 % et garanti par les usines de Hanyang et les propriétés de deux autres entreprises de Sheng, la China Merchant Steamship Cy et la compagnie du télégraphe de Shanghai. Aussitôt l'ordre rétabli, le contrat serait modifié sur les bases suivantes : 1 ° ) La C.I.O. aurait la facilité d'augmenter l'importance du prêt pour développer les usines,

2 ° ) l'intérêt serait réduit à 8 ^ ,

3 ° ) pendant 10 ans, la C.I.O. aurait la direction administrative et tech- nique sous le contrôle de Sheng et percevrait 20 % des bénéfices (Télé-

gramme de Pavereau à Cartier, 21/7/19OO A ^ 2822, III). Ces conditions léonines furent rejetées et les négociations piétinèrent jusqu'au retour de Francqui en Chine. Voir aussi V/outers à la Compagnie Internationale d'Orient,

1 1 / 1 2 / 1 9 0 0 (AR Congo I, 1 0 6 / 1 5 1 ) .

( 2 ) Jadot à son épouse, 6 / 8 / 1 9 O I (Publié dans notre étude, Jean Jadot, p. 113- 114). Idem, 3 1 / 1 / 1 9 0 2 (Papiers Jadot, Corr. t. II).

( 3 ) A. FEUERWERKER, China's nineteenth-century industrialization : the case of

the Hanyehping Coal and Iron Company Limited, p. 9 0 - 9 1 est IO6-IO7.

(13)

7 1 2 . France. Il poursuivit alors personnellement les négociations avec les autorités du Pukien. Elles aboutirent le 12 mars 1902. L'Orient obtenait pour trois ans le monopole de la prospection minière dans trois préfectures du Pukien avec le droit d'y créer des sociétés pour l'exploitation des mines,et des entreprises de travaux publics, étant entendu qu'elle formerait un syndicat à majorité française (l).

En annonçant la conclusion des contrats à Léopold II, Prancqui écrivait :

"il appartient aujourd'hui aux dirigeants de la Compagnie Internationale d'Orient de chercher quel est le meilleur parti à tirer pour la Belgique de cette convention. J'ai rédigé celle-ci de façon à leur permettre d'imposer à n'importe quel groupe,avec lequel ils s'associeraient, tous les avantages qu'ils jugeraient bon de faire réserver à notre pays." Le zélé agent du Roi n'avait pas manqué de faire insérer une clause autorisant le syndicat à orga- niser une police pour la protection des entreprises. Cultivant avec soin les rêves de son maître, il lui faisait entrevoir la perspective de recruter des soldats congolais pour composer ce corps de police (2), Pour rendre le contrat exécutoire il fallait obtenir la sanction impériale. Il fut convenu entre les parties d'entourer l'affaire de la plus grande discrétion de peur d'attirer l'attention de l'Angleterre et du Japon (j). La ratification impériale fut obtenue le 22 octobre 1902 moyennant certa.ins amendements, notamment la ré- duction du délai de trois ans pour la prospection minière (4). La Compagnie Internationale d'Orient parvint non sans difficulté à former avec des établis- sements parisiens une société française, la Société d'Etude du Fokien, au capital de

2 5 0 . 0 0 0

P dont elle souscrivit I5O.OOO F et rétrocéda

4 9 . 5 0 0

F à des tiers (5). La nouvelle société ne réussit pas à mettre sa concession en

(1)

Cartier à Pavereau,

3 0 / 5 / 1 9 0 2

(AB|

2 8 2 1 ,

XII ). Note de Francqui pour le Roi,

1 9 / 3 / 1 9 0 2 (AR

Congo I,

5 4 / 8 ) .

Les concessions étaient accordées dans les

préfectures de Chao-ou (Shaovra), Kien-mlng (Kienmingfu), Tingtcheou(Tingchowfu).

Voir aussi G. GADOPFRE, Claudel et l'Univers chinois, p. II3 s.

(2)

Note de Prancqui pour le Roi,

I 9 / 3 / 1 9 0 2

(AR Congo I,

5 4 / 8 ) .

(3) Cartier à Favereau, 15/7/1902 0\EB 2821, XII).

(4) Ibidem. Télégramme de Cartier à Favereau, 26/10/1902; dépêche, 25/10/1902 (/lEB

2 8 2 1 ,

XII).

(5)

Gérard à Delcassé,

2 3 / 1 2 / 1 9 O 2

(AEP ligne du Chansi, l). Rapports du conseil d'administration de la C.I.O. aux assemblées des 20 mai 1903 et I8 mai 1904

(Mouvement Géographique,

24/5/1903,

col.

2 7 2

et

2 2 / 5 / 1 9 0 4 , c o l . 2 5 1 - 2 5 2 ) .

(14)

valeur. Sous l'influence des Japonais^ et suite à des frictions avec le

personnel français de l'arsenal de Foochow, les autorités provinciales enray- èrent les travaux de prospection si bien que le délai accordé à la compagnie expira et le contrat fut résilié en 1904 avant l'achèvement des études (l).

Au bout de plus d'un an de séjour en Extrême-Orient et en dépit de la multi- plicité des affaires qu'il avait soumises aux dirigeants de l'Orient à

Bruxelles, Francqui parvint à en faire accepter une seule, la concession des tramways de Tientsin. Cette fois encore, il avait tiré parti des désordres créés par la guerre des Boxers pour mettre la main sxiv une entreprise appelée à devenir exclusivement belge.

Après la prise de Tientsin, le l^• juillet I9OO, la ville avait été mise sous la tutelle d'un gouvernement provisoire composé d'un représentant de chacune des puissances alliées. Les nouvelles autorités adoptèrent une politique de grands travaux d'assainissement et de voirie ( 2 ) . Elles accordèrent entre autres à un syndicat do membres de la colonie européenne de Tientsin, le

"Tientsin Electric Lighting and Traction Syndicate", la concession de l'éclai- rage et des tra.mwayKS urbains (3). Le chevalier de V/outers,qui était revenu en Chine pour le compte de 1'Orient,s'Intéressa à l'entreprise et s'aboucha avec Adams, un représentant de la firme Moreing de Londres,pour la racheter aux concessionnaires. Il s'assura l'appui du consulat do Belgique mais pour des raisons que nous ignorons, il ne saisit pas ses mandataires de l'affaire ( 4 ) ,

( 1 ) Brady, consul de Grande-Bretagne à Poochow, à Satov;, 3 1 / 5 / 1 9 0 4 (FO 4 0 5 / 1 5 3 . n** 4 3 , annexe 1 , p. 5 2 ) . Gaiffier à Favereau,9/12/1904 (AEB 2821, XIl) Dans les rapports de la C.I.O. postérieurs à l'exercice 190^* il n'y a plus aucune allusion a cotte entreprise.

( 2 ) Rapport annuel du vice-consul gérant le consulat de Tientsin, Ketels, à Favereau, 1 7 / 1 / 1 9 0 4 (Recueil consulaire, t. 126, 1904, p. 42).

( 3 ) Le P. Prochisse (p. 4 2 8 - 4 3 0 ) a fait un exposé sur cette affaire d'après les rapports de la Compagnie Internationale d'Orient publiés dans le Mouvement Géographique.

( 4 ) Ketels à Favereau, 8/IO/19OI et 3 / 2 / 1 9 0 2 (AEB 2 8 l 4 , II). Dans une lettre à son épouse du 15 février 1902, Jadot fa?t allusion à "certains tripotages commis par Wouters à Tientsin "en-dehors de l'Orient qui le payait"

(Papiers Jadot, Corr. t. II).

(15)

7 1 4 . Après son départ pour l'Europe, Francqui, de passage à Tientsin au début de

1 9 0 2 , fut averti des négociations en cours par le vice-consul de Belgique,

Ketels. Comme Adams ne paraissait nullement disposé à faire de la concession une entreprise belge, Ketels encouragea vivement l'Orient à reprendre l'affaire en main. Francqui laissa à Tientsin un de ses adjoints, l'ingénieur May, pour continuer les pourparlers avec le syndicat tientsinois tandis que notre chargé d'affairesCartier de Marchiennes obtenait de Gustave Detring, l'un des membres les plus influents du syndicat, l'éviction d'Adams (l). Le 5 février 1902, May signait un accord avec le Tientsin Electric Lighting and Traction Syndicate, qui lui rétrocédait tous ses droits à la condition que l'Orient créerait avant le 15 juin suivant une compagnie au capital de 2 5 0 . 0 0 0 L.st. soit 6 . 2 5 0 . 0 0 0 F,

dont 1 0 . 0 0 0 L.st. d'actions entièrement libérées seraient attribuées au syndicat

cédant. En garantie de ses engagements, la Compagnie Internationale d'Orient devait déposer 8 . 0 0 0 taels à la Chartered Bank of India and China ( 2 ) .

Le 14 juin I9O2, la veille de l'expiration du délai, la Compagnie Internationale de Tramways et d'Eclairage de Tientsin était constituée à Bruxelles sous les auspices de la Compagnie Internationale d'Orient et de la Banque d'Outremer ( 3 ) . Le capital de 6.25O .OOO F était divisé en deux séries d'actions de ^00 F, soit

7 . 5 0 0 actions série A et 5 . 0 0 0 actions série B, différant entre elles par les

modalités d'appel de fonds. Les deux établissements fondateurs recevaient I.5OO actions série A et 2 . 0 0 0 parts de fondateur en rémunération de l'apport de la concession, des démarches entreprises auprès des autorités compétentes et de l'option offerte par la Banque d'Outremer de se charger des travaux. Sur les

1 1 . 0 0 0 actions restantes, les deux établissements en souscrivirent encore 8 . 7 7 8 ,

et le solde de 2 . 2 2 2 actions fut réparti entre sept souscripteurs, sociétés ou particuliers belges déjà mêlés aux entreprises

( 1 ) Ketels à Favereau, 3 / 2 / 1 9 0 2 ; Cartier à Favereau, 4 / 2 / 1 9 0 2 (Affi 2817, II).

( 2 ) Une copie de cet accord fut communiquée en annexe d'une dépêche de Favereau

à Albert d'Anethan, ministre de Belgique à Tokio, 1 3 / 3 / I 9 O 3 ( A ^ 28l7 ,IIl).

( 3 ) Les sta.tuts furent publiés dans le Recueil des actes ... relatifs aux

sociétés commerciales, 3 / 7 / 1 9 ^ 2 , acte n° 3^38^ P. 2 3 s.

(16)

nation?.les en Chine. Les titres furent libérés à concurrence de 2 5 (l).

Avant de regagner l'Europe au début de l'été 1902, Francqui installa May et Lambert Jadot à Tientsin pour s'occuper de la nouvelle entreprise. Malheu- reusement pour celle-ci, le gouvernement provisoire remit la ville le 15 août 1902 aux autorités indigènes, c'est-à-dire au vice-roi du Chihli Yuan Shih- kai. Il faudra près de deux ans de négociations pour que la compagnie obtienne la reconnaissance officielle de sa concession, le 26 avril 1904 ( 2 ) . Le premier tronçon du réseau ne fut ouvert à l'exploitation qu'en février I9O6 ( 3 ) .

Il importe à présent de nous arrêter aux motifs du retour de Francqui à Bruxelles. En-dehors de raisons d'ordre privé, il ressort clairement de sa

correspondance que ce furent des divergences de vues importantes avec la direction de la Compagnie Internationale d'Orient en Europe qui le détermi- nèrent à hâter son retour à la fin du printemps I902 (4). S'il admettait que la crise financière européenne avait pu empêcher momentanément ses mandants de donner suite aux affaires qu'il leur avait signalées, Francqui redoutait néanmoins de voir ses options lui échapper ( 5 ) . Il reprochait surtout aux dirigeants de l'Orient de n'avoir pris aucune mesure pour faire passer une partie au moins des entreprises de Kaiping sous le contrôle absolu du groupe

( 1 ) La C.I.O. souscrivit 2 . 8 6 8 actions A et 2 . ^ 9 0 B, la Banque d'Outremer

1 . 9 2 0 A et 1 . 6 0 0 B, la Compagnie Générale des Chemins de fer Secondaires

600 A et 500 B, la Compagnie Générale de Chemins de fer et de Tramways en Chine 2 4 0 A et 100 B, la Banque Sino-Belge, I 8 0 A et I 5 0 B, la Société Générale Africaine 120 A et 100 B, Victor Stoclet 60 A et 50 B, Léon Hubert,ingénieur à Chimay ,6 A et 5 B, Léon Ryckx,avocat représentant la Banque Sino-Belge, 6 A et 5 B.

( 2 ) Rapports du conseil de la C.I.O. aux assemblées générales des 20 mai I9O3

et 18 mai 1904 (Mouvement Géographique, 2 4 / 5 / 1 9 0 3 , col. 2 7 2 et 2 2 / 5 / 1 9 0 4 , col. 2 5 1 ) .

( 3 ) Rapport du conseil à l'assemblée générale du I 6 mai I 9 0 6 (Mouvement

Géographique , 2 O / 5 / I 9 0 6 , col. 2 5 7 ) .

( 4 ) Dans une lettre à son épouse, Jean Jadot écrivait le 15 février I 9 0 2 que

Francqui insistait vivement auprès de sa compagnie afin de faire engager

Jules Jadot, frère puîné de Jean, comme adjoint pour le remplacer après

six mois de stage, "car lui Francqui et sa femme veulent absolument rentrer

définitivement en Belgique dans un an au plus tard" (Papiers Jadot, Corr, t,

( 5 ) Note de Francqui pour le Roi, 2 7 / 2 / 1 9 0 2 (AR Congo I, 5 4 / 7 ) .

(17)

716.

belge et d'adopter d'une manière générale "une politique d'effacement" nuisible aux intérêts de la Belgique en Extrême-Orient (l).

Au mois de février 1902, il chargea Léon Trouet, le directeur technique de la Banque d'Outremer qui retournait en Europe après un séjour d'inspection aux charbonnages de Kaiping, de défendre ses vues à Bruxelles (2). De même, il recommanda vivement à Thys de rencontrer Jean Jadot à son retour en Belgique

"Comme vous le savez, lui écrivit-il le 5 mai 1902, Jadot a rendu ici à la Société Générale d'énormes services ... Mon désir de vous voir échanger vos vues avec lui est d'autant plus grand, que je suis persuadé qu'il défendra auprès de vous toutes les idées que j'ai émises et qui du reste nous sont absolument communes." (5)

Mais ce n'étaient là que des demi mesures. Le 19 mai 1902, Francqui écrivait au Roi : "Les hommes d'affaires intéressés dans des entreprises en Chine

persistant dans leur attitude désastreuse pour les intérêts supérieurs du pays.

Je me suis décidé à arrêter mon retour en Europe pour y aviser aux mesures à prendre. Il est indispensable qu'on se rende compte en Belgique que pour atteindre sûrement un but, il ne faut pas que l'on confie le gouvernail de l'entreprise à des mains inexpérimentées.

Dès mon arrivée à Bruxelles, j'exposerai aux dirigeants de la Compagnie Interna tionale d'Crient la situation telle que je la comprends et je chercherai à leur prouver qu'elle exige qu'on donne à la société qu'ils dirigent une orientation nouvelle.

Je ferai également tout pour faire admettre par le Colonel Thys et par M. de Bauer l'idée de me confier la direction de la société à Bruxelles sans pour cela abandonner celle de Chine, où je viendrai passer cinq ou six mois tous les ans.

Il y a en Chine lutte de tous les instants entre intérêts rivaux et nous avons à présent le dessous. Il importe que cette politique d'effacement dans laquelle nous nous engageons les yeux fermés, fasse place à une politique d'action."

Après avoir dénoncé l'attitude de l'élément allemand intéressé dans la

compagnie, Francqui ajoutait : " Il faut qu'on se pénètre bien de cette idée que la seule grande puissance sur laquelle nous pouvons compter pour nous

aider financièrement est la France. C'est le seul pays aussi qui, avec la Russie et peut-être le Japon, nous aidera dans les revendications de nos droits, et dans tous les cas, c'est le seul qui ne voit pas d'un oeil trop jaloux les efforts que nous tentons en Chine," (4)

(1) Notes de Francqui pour le Roi, 9/2 et I9/5/I902 (AR Congo I, 5 V 6 et 10).

(2) Notes de Francqui pour le Roi, 9/2 et 27/2/1902 (AR Congo I, 5 V 6 et 7).

(5) Francqui à Thys, 5/5/1902 (Publié dans notre étude, Jean Jadot... p. II5).

(4) Note de Francqui pour le Roi, I9/5/1902 (AR Congo I, 5V10).

(18)

Prancqui regagna l'Europe ainsi qu'il en avait décidé et devint l'adjoint direct de Thys à Bruxelles. Il s'agissait donc de pourvoir à son remplacement à la direction de l'agence générale de l'Orient à Shanghai, Très lié avec Jean Jadot, enchanté des services de son frère Lambert, Prancqui se rendait com.pte que sa compagnie pourrait bénéficier du crédit dont le nom de Jadot jouissait auprès des autorités chinoises. Sous son influence et celle de Jean Cousin, oncle des frères Jadot et administrateur de la Banque d'Outremer, l'Orient engagea Jules Jadot, frère puîné de Jean et ingénieur lui aussi (l).

En attendant que celui-ci se fût initié aux affaires de la compagnie, celle-ci chargea provisoirement Armand Rouffart, le représentant de la Compagnie

Générale de Chemins de fer et de Tramv;ays en Chine,de la défense de ses intérêts en Extrême-Orient (2). Sur l'intervention de Prancqui, la compagnie engagea également comme secrétaire de son agence un vice-consul de carrière attaché à la légation de Pékin, Auguste Dauge (3). Ces quelques détails sur le recrutement du personnel de l'agence de Chine méritent notre attention car ils révèlent la tendance de la société à choisir ses agents dans un milieu fort restreint, à savoir parmi le personnel de l'Etat belge - agents des ministères des Affaires Etrangères,de la Guerre ou dos Travaux Publics, ou parmi des personnes touchant déjà directement ou indirectement aux affaires de Chine, comme A. Rouffart ou les frères Jadot.

A son retour à Bruxelles, Prancqui entra au conseil d'administration de l'Orient (4). Il porta ses efforts sur le lancement en Europe des affaires

qu'il avait entamées en Chine, en particulier la Société d'Etude du Fokien (5).

(1) Jadot à son épouse, I5/2/19O2 (Papiers Jadot, Ccrr. t. II). Voir aussi notre étude Jean Jadot, p. 97-100.

(2) Gérard à Delcassé, 2/IO/I903 (AEP Mines, Chine du Nord, II).

(3) Sur l'engagement de Dauge, voir AEB Pers. 408, notamment Cattier et Laveleye à Pavereau, 26/8/1902. Dauge entra en fonction le 1er décembre 1902 et quitta l'Orient à l'amiable en février 1904,

(4) Voir supra p. 574, n. 2.

(5) Gérard à Delcassé, 2^/12/1902 (AEP Ligne du Chansi, l).

(19)

7 1 8 . Malgré sa vision dynamique de la politique de l'entreprise, le vent ne

semblait guère tourner en faveur de l'Orient. A l'assemblée générale des actionnaires du 20 mai 1903> le conseil d'administration dut reconnaître que le deuxième exercice n'avait pas "été marqué par un important mouvement d'affaires" (l). Sur les huit syndicats ou sociétés dans lesquels la

société avait pris une participation, quatre avaient arrêté leurs activités ( 2 ) , trois autres en étaient encore au stade préliminaire des études et négociations ( 3 ) . Seule la Chinese Engineering and Mining Cy était en pleine exploitation et avait distribué un dividende de 7 1 / 2 /». Sur un portefeuille évalué à 3 - 5 0 5 . 7 9 ^ , ^ 0 P dont 1 . 6 9 3 . 1 2 5 F restaient à verser, 1 . 0 3 0 . 4 4 7 , 4 9 F étaient placés en titres Kaiping et 2 . 2 4 1 . 6 2 6 P dans les Tramways de Tientsin.

Si le contrôle belge sur cette dernière entreprise était pleinement assuré, sa réalisation se trouvait retardée par les difficultés suscitées par les autorités chinoises pour reconnaître la concession. A propos de Kaiping, le conseil d'administration de l'Orient avouait l'existence d'un conflit avec les actionnaires de la Chinese Engineering and Mining Cy en Chine mais il passait sous silence la lutte d'influence qu'il menait contre ses associés anglais pour assurer son contrôle sur l'entreprise.

Les charborjiages do Kaiping.

Il serait hors de propos de retracer ici une histoire complète des charbonnages de Kaiping au début du XXe siècle. Elle a fait l'objet de plusieurs études, de valeur inégale, mais dans lesquelles le rôle joué par la finance belge, en particulier la Compagnie Internationale d'Orient, n'a pas été approfondi ( 4 ) .

( 1 ) Ce rapport est publié dans le'Mouvement Géographlque, 2 4 / 5 / 1 9 0 3 , col.

2 7 0 - 2 7 3 .

( 2 ) Il s'agit du SjTidicat Sino-Italien, de la Eastem Pioneer Cy, de l'Oriental Syndicate et du Syndicat de Corée.

( 3 ) Ce sont la British and Corean Corporation, les Tramways de Tientsin et la concession du Pukien.

( 4 ) Jusqu'à présent l'ouvrage le plus détaillé sur cette question est celui

de E. CARLSON, The Kaiping Mines ( 1 8 7 7 - 1 9 1 2 ) , Cambridge (Massachussetts),

1957« Il se fonde sur d'abondantes sources imprimées d'origine chinoise et

anglaise,et constitue une excellente synthèse abordant l'évolution de cette

(20)

Or la participation active des Belges dans la mainmise étrangère sur la plus grosse entreprise charbonnière chinoise est digne d'intérêt. Son étude met en relief les méthodes utilisées par les financiers occldento,ux au détriment des Chinois*et surtout les rivalités d'inspiration nationaliste qui opposèrent les associés à propos du contrôle de la direction de l'entreprise.

On se souviendra qu'à la veille de la guerre des Boxers, les dirigeants de la compagnie chinoise des charbonnages de Kaiping avaient projeté de réorganiser et développer leur entreprise en faisant appel à des capitaux et du personnel étrangers. La société exploitait alors trois puits dans le vaste bassin

houiller de Kaiping dont elle extrayait plus de 7 0 0 , 0 0 0 tonnes par an. Elle possédait en outre de nombreux terrains dans le Chihli, deux mines d'or et d'argent, une flottlllede six vapeurs pour le transport du charbon ainsi que des quais, bureaux et entrepôts dans plusieurs ports chinois (l). A la fin du. siècle dernier la valeur du charbon mis à découvert dans les trois sièges

entreprise dans le cadre de l'histoire chinoise. Dans un ouvrage polémique dirigé contre le président des Etats-Unis Herbert Hoover, paru en 1 9 3 1 sous le titre de The Strango carcer of Mr Hoover under two flags, J.

H;\MILL a consacré un chapitre à l'affaire de Kaiping dans le but de stig- matiser le rôle qu'y joua Hoover ("Mandarins and Mountebahks" p. 57 s,).

Dans son ouvrage La Belgique et la Chine, le R.P. FROCHISSE étudie égale- ment cette affaire (p. 3 8 1 - ^ 0 2 ) . En-dehors de quelques sources Imprimées, il paraît avoir utilisé plusieurs témoignages sur l'intervention belge, mais sans s'y référer avec précision. Son exposé comprend une bonne description des activités de l'entreprise pendant la période où elle fut sous le contrôle étranger. Voir aussi l'étude de L. M G N E , "Kaiping,

The Chinese Engineering and Mining Cy Ltd", extraite du Courrier de la Bourse et de la Banque des 2 7 , 28, 2 9 , 3 0 juin et ûu 1 e r juillet 1 9 0 4 .

(l) Le 5 août 1 8 9 9 , le major Pivé avait adressé à van Eetvelde un premier rapport sur la compagnie, dans lequel les charbonnages proprement dits étaient évalués à 5 . 0 0 0 . 0 0 0 taels et les propriétés annexes de la compa- gnie à 2 . 1 1 0 . 0 0 0 taels, soit 7 . 1 1 0 . 0 0 0 taels ou environ 2 5 millions de francs (Copybook Fivé, p. 4 7 4 - 4 7 6 ) . Ce rapport fut complété par un rapport technique de l'ingénieur des mines adjoint à Fivé, Henrard, rapport qui fut terminé en octobre l 8 9 9 . Do son côté, la firme Bewick, Moreing and Cy avait demandé à son représentant Herbert Hoover de faire une étude sur la situation des charbonnages, étude qui fut terminée en juin I9OO.

Les conclusions des rapports des deux Ingénieurs furent publiées entre

autres dans le Moniteur des Intérêts Matériels, I I / 7 / 1 9 O I , p. 2 0 8 5 - 2 0 8 6

et le Mouvement Géographique, 1 8 / 8 / 1 9 0 1 , col. 4 3 1 à 433» De larges ex-

traits sont reproduits dans l'étude de L. M/\GNE citée plus haut.

(21)

7 2 0 . d'exploitation était estimée à plus de 3 6 millions de francs (l). Quant aux ressources du bassin houiller de Kaiping, elles étaient évaluées à 5 0 « 0 0 0 . 0 0 0 tonnes minimum, mais l'utilisation d'un outillage moderne ouvrait la perspec- tive d'une extraction supérieure à 3 0 0 « 0 0 0 « 0 0 0 tonnes ( 2 ) .

En 1 8 9 8 , le directeur général de Kaiping,Chang Yen-mao,avait conclu avec la maison Bev/ick, Moreing and Cy de Londres un emprunt de 2 0 0 , 0 0 0 L.st. à 12 ^ pour construire un port à Chinwangtao. Il engagea avec elle des pourparlers en vue de la réorganisation des charbonnages et de la prospection minière du Chihli ( 5 ) . La firme londonienne envoya alors en Chine un jeune ingénieur qui n'était autre que Herbert Hoover, le futur président des Etats-Unis, Hoover venait d'entamer sa carrière dans l'exploitation de mines au Canada et

en Australie. Il déba,rqua en Chine en mars 1899^ mois après son mariage ( 4 ) . Parallèlement à ces négociations avec la compagnie anglaise, Chang et son conseiller allemand Gustave Detring avaient fait des ouvertures au major Pivé, l'émissaire de Léopold II. Le Roi s'était empressé de mettre Thys sur l'af«- faire ( 5 ) .

Survint alors la crise des Boxers. Face à l'invasion étrangère, Chang Yen- mao fut saisi de panique à l'idée de voir son entreprise tomber dans les mains des alliés. Le 2 3 juin I9OO, il donna pleins pouvoirs à Detring afin de prendre les mesures indispensables à la sauvegarde des propriétés de la compagnie ( 6 ) . La détérioration de la situation militaire chinoise aggrava les difficultés financières de l'entreprise. Endettée pour 38O.OOO L. st., soit près de

( 1 ) Cette évaluation est due à l'ingénieur Henrard (IVLIGNE, étude citée, p. 1 9 ) . ( 2 ) Le chiffre de 5 0 . 0 0 0 . 0 0 0 tonnes a été établi par Henrard (M/\GNE, p. 2 0 ) .

Hoover pour sa part prévoyait des réserves exploitables avec l'outillage de l'époque d'un tonnage de 1 0 0 . 0 0 0 . 0 0 0 tonnes,auxquelles il ajoutait 2 2 5 . 0 0 0 . 0 0 0 tonnes pour lesquelles un matériel plus moderne était néces- saire (M/\GNE, p. 2 2 ) . Il estimait à plus de I 6 millions de francs le béné- fice annuel de l'entreprise après sa modernisation (MAGNE, p. 2 4 ) ,

( 3 ) Voir supra p. 1 9 7 .

( 4 ) H. HOOVER, Mcmoirs, I, p. 3 5 - 3 6 . ( 5 ) Voir supra p . 2 l 6 .

( 6 ) C/JILSON, p. 5 6 .

(22)

1 0 . 0 0 0 . 0 0 0 F (l), elle vit le cours de ses actions subir une chute brutale après les premières victoires alliées ( 2 ) .

Detring avait suggéré à Chang Yen-mao de placer la compagnie sous un drapeau étranger ( 3 ) . Avec l'accord du mandarin il poursuivit les pourparlers entamés naguère avec la firme Bewick, Moreing and Cy et le 3 0 juillet 1 9 0 0 , il signait une convention avec Herbert Hoovcr qui la représentait alors en Chine. Aux termes de ce contrat, Detring transférait à Hoover tous les biens et les droits de la compagnie chinoise à charge pour ce dernier de former avec ses commet- tants dans un délai expirant le 28 février I9OI une société anglaise à respon- sabilité limitée au capital d'un million de L. st. pour reprendre l'actif et les engagements de la compagnie chinoise. La firme Bewick, Moreing and Co devait procurer, au plus tard le 28 février I9OI, la somme de 1 0 0 . 0 0 0 . L.st.

comme fonds de roulement. Enfin la compagnie anglaise paierait pour chacune des 1 5 . 0 0 0 actions de l'ancienne compagnie chinoise 2 5 actions de la compagnie nouvelle ( 4 ) . Autrement dit, 3 7 5 « 0 0 0 actions étaient réservées aux anciens actionnaires sur un million d'actions nouvelles. Il était présumé que

(1) Ces dettes se répartissaient de la manière suivante : Emprunt à la Deutsch-Asiatische Bank 6O.OOO L.st.

Emprunt à Bewick, Moreing and Co 2 0 0 . 0 0 0 L.st.

Emprunt auprès du Trésor Chinois 1 0 0 . 0 0 0 L.st.

Emprunt à la Ching Chang Bank 2 0 . 0 0 0 L.st.

3 8 0 . 0 0 0 L.st.

(Note de F. Cattier, 3 O / 5 / I 9 O 3 . Affl 2 8 2 1 , IV. Cette note avait été rédigée à l'intention du ministère des Affaires Etrangères et une copie fut envoyée par Prancqui à Joostens). Remarquons qu'en I9OO, la compagnie était financée à raison de 65 % par des emprunts contre 3 5 % en capital actions (CARLSON, p. 5 1 ) .

( 2 ) Le cours était tombé, selon Hoover, de 2 5 0 taels à 3 5 taels par action (Hoover à l'éditeur du North China Daily News, 2 7 / 6 / 1 9 0 2 , p u b l i é dans le North China Herald, 6 / 8 / I 9 0 2 , p. 2 8 1 - 2 8 2 . E. C/iRLSON cite ce texte, p. 5 6 , mais en mentionnant un cours de 100 taels au lieu d e s 2 5 0 mentionnés par Hoover).

( 3 ) Témoignage de Detring au procès intenté par Chang Yen-mao à Moreing et à la C.E.M.C. Ltd, audience du 2 5 / I / I 9 0 5 (The Times, 26 /I/I9O5, p. 3 ) . Cf.

H. HOOVER,Mémoirs, I, p. 5^.

( 4 ) CilRLSON, p. 5 7 - 5 8 . Une copie de la convention du 3 0 Juillet I9OO fut commu- niquée par la firme Bewick, Moreing and Co à Salisbury, le 10 octobre I9OO

(FO 1 7 / 1 7 5 9 ) . Voir aussi le rapport de Thys, président de la Chinese

Engineering and Mining Cy Ltd,sur la situation politique de la compagnie,

novembre 19:^3 (AEB 2 8 2 1 , IV).

(23)

7 2 2 . l'émission des 625.000 actions restantes servirait à rembourser les dettes de la compagnie, à alimenter son fonds de roulement et à rémunérer les promoteurs de l'opération.

La conclusion de cette convention n'empêcha pas la mainmise des forces alliées sur les propriétés de la compagnie, la saisie de ses navires par les Allemands, l'occupation des mines de Tongshan et Linsi par les Russes au mois de septembre 1900 et celle du port de Chinwangtao par les troupes internationales en octobre suivant. Detring obtint néanmoins avec l'appui des autorités britanniques la reprise du travail dans les mines le 25 octobre (l).

Entretemps Hoover avait regagné Londres pour soumettre le contrat à ses mandants. Moreing se mit alors on quête de capitaux. Il s'adressa à la

Compagnie Internationale d'Orient qui avait acquis 75.000 L. st. d'obligations de l'emprunt pour le port de Chinwangtao. Thys refusa de traiter l'affaire en association directe avec la firme Bev;ick, Moreing and Co mais ne vit pas d'objection à coopérer avec un groupe anglais bien composé, dont la firme Moreing ferait partie (2). Moreing se mit alors en rela,tion avec Edmund Davis et Walton P. Turner de 1'Anglo-Continental Gold Syndicate, avec lesquels il avait fondé le l4 décembre l899 l'Oriental Syndicate, petit syndicat au capital de 100.000 L.st. pour l'exploitation de concessions minières en Chine. Il fut convenu que Moreing transférerait son contrat à l'Oriental Syndicate (3).

Deux juristes belges, Auguste Beernaert et Albert Nyssens,qui siégaient égale- ment au comité permanent de la Compagnie Internationale d'Orient,étudièrent le con- trat et estimèrent à l'instar de Moreing qu'il s'agissait d'un acte de vènte tout à fait en règle (4), La Compagnie Internationale d'Orient marcha de l'avant.

(1) CARLSON, p. 55-59.

(2) Note de Cattier, 30/5/190? ( A ^ 2821, IV).

(3) Ibidem. Rapport de Thys sur la situation politique de la C.E.M.C., novembre 1903 (AEB 2821, IV). Témoignage de Moreing à l'audience du 2 février I9O5

(The Times, 3/2/1905, p. 3). Sur la fondation de l'Oriental Syndicate, voir J, HAMILL, The strange career of M. Hoover, p. 58.

(4) Note de Cattier, 30/5/1903 ( A ^ 2821, IV).

(24)

Au début du mois de décembre I9OO, l'Oriental Syndicate fut réorganisé. Comme la plupart de ses actions n'avaient pas été souscrites, le groupe Thys acquit une grosse participation et obtint trois mandats d'administrateur sur sept (l).

L'Oriental Syndicate reprenait donc à sa charge la mission de transformer les charbonnages de Kaiping en une compagnie anglaise. Le 21 uécembre I9OO, sept hommes de paille de nationalité anglaise constituaient la Chinese Engineering and Mining Co Ltd au capital de l.OOO.COO L. st. dont ils souscrivirent chacun une action de 1 L.st. (2) Une double tâche s'imposait, trouver des capitaux pour verser les 100.000 L.st. exigées par Detring avant le 28 février 1901^

et désintéresser les créanciers de la compagnie chinoise. Comme le groupe anglais ne parvenait pas à se procurer des fonds, la Compagnie Internationale d'Orient consentit à avancer les 100.000 L. st. (3).

Devant les difficultés qu'ils rencontraient pour trouver des capitaux, les promoteurs décidèrent de lancer un emprunt obligataire de 500.000 L. st. à 6 ^ au nom de la nouvelle compagnie et,afin de rendre l'opération plus attrayante, d'attribuer une prime de 1/2 L.st. d'action libérée pour I L . st. d'obligation souscrite. En d'autres termes, 25O.OOO actions libérées de la nouvelle compagnie seraient données gratuitement aux souscripteurs des 5OO.OOO L. st. d'obligations.

(1) Les trois administrateurs belges n'étaient autres qu'Albert Nyssens, admi-' nistrateur-délégué de l'Orient, Charles Baiser et Georges de Laveleye

(Gérard à Delcassé,7/l/l9Gl. A ^ Mines, Chine du Nord, l). Cf.aussi note non datée [c. mi-décembre 1900l,ni signée,d'un fonctionnaire de la

Wilhelmstrasse sur un entretien avec Rehders, directeur à la Deutsch- Asiatische Bank (AA Belgien 67,1). Rapport du conseil d'administration de la Compagnie Internationale d'Orient à l'assemblée générale du 15 mai I9OI

(Mouvement Géographique 9/6/1901, col. 287). Dans une dépêche du 0 février 1901, Gérard annonçait à Delcassé que Thys disposait de 55"000 L. st. sur le capital de 100.000 L. st. de l'Oriental Syndicate (AEF Mines, Chine du Nord, I).

(2) CARLSON, p. 59. Note résumant les faits concernant la C.E.M.C., ni signée, ni datée, conservée dans les archives de la légation de Grande-Bretagne à Pékin (FO 228/1295)• La Compagnie Internationale d'Orient prit soin de publier officiellement en Belgique le texte du mémorandum d'association de la nouvelle compagnie (Recueil des actes ... relatifs aux sociétés commerciales, I/9/I9OI, acte n" 2189, p. 689 s. Traduction française, ibidem, 2-3/9/I9OI, p. 696 s.).

(3) Note de Cattier, 30/5/1903 ( A ^ 2821, IV).

(25)

12k.

L'opération avait pour but d'obtenir des créanciers de la compagnie chinoise la conversion de leur créance en obligations nouvelles et de rembourser par la même occasion l'avance de 1 0 0 . 0 0 0 L. st. consentie par l'Orient. La Compa- gnie Internationale d' Orient et 1 'Anglo-Continental Gold Syndicate se chargè- rent conjointement mais non solidairement à réunir les 5 0 0 . 0 0 0 L. st., soit en obtenant le consentement des créanciers à la conversion de leurs titres, soit en souscrivant elles-mêmes, soit en procurant des souscriptions en argent du reliquat qui serait nécessaire pour parfaire les 5 0 0 . 0 0 0 L. st. (l).

Dès l'abord la Compagnie Internationale d'Orient rencontra de grosses diffi- cultés auprès des porteurs de titres de l'emprunt de 2 0 0 . 0 0 0 L. st. du port de Chinwangtacv comme auprès de la Deutsch-Asiatische Bank.

L'emprunt de 2 0 0 . 0 0 0 L. st. h. 12 % avait été souscrit à raison de 1 0 5 . 0 0 0 L.st.

par la firme Bewick, Moreing and Co et un groupe anglais, 7 5 . 0 0 0 L. st. par la Compagnie Internationale d'Orient et 2 0 . 0 0 0 L. st. par la Société Générale Africaine et sa filiale la China Exploration Cy. Au mois de décembre 1 9 0 0 ,

6 0 . 0 0 0 L. st. avaient été effectivement versées dont 3 5 . 0 0 0 par l'Orient et

2 5 . 0 0 0 par la Railv.'ay Share Trust Agency de Londres. La Compagnie Interna-

tionale d'Orient n'eut aucune peine à faire accepter la conversion par les porteurs belges auprès desquels elle avait placé sa part de l'emprunt. Par contre elle se heurta à un refus de plusieurs établissements,dont la Railway Share Trust Agency^qui avaient souscrit de grosses sommes. Ceux-ci estimèrent l'affaire tellement peu sure qu'ils préférèrent se débarrasser de leur part, et l'Orient se vit obligée de reprendre à son nom des souscriptions d'une valeur de

7 0 . 0 0 0 L.st. en payant aux anciens souscripteurs une prime globale de 15«500. L.st,

soit plus de 20 % {2).

( 1 ) Ibidem. Sur les difficultés rencontrées par les promoteurs pour trouver

des capitaux, voir les explications de Hoover dans sa lettre du 27 juin 1 9 0 2 , publiée dans le North China Herald, 6 / 8 / 1 9 0 2 , p. 2 .

( 2 ) Note de Cattier, 3 O / 5 / I 9 0 3 ( A ^ 2 8 2 1 , IV). La part de 4 0 . 0 0 0 L. st. sous-

crite par la Railway Share Trust Agency fut rachetée avec une prime en

argent de 8 . 0 0 0 L. st. et une commission de 500 L. st., celle de lO.COO

L. st. détenue par la maison Schiff avec 2 . 0 0 0 L. st. de prime. Quant à

la Société Générale Africaine dont nous connaissons les déboires finan-

ciers, elle se fit rembourser 5 . 0 0 0 L.st. de prime pour 2 0 . 0 0 0 L.st.

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