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Dépôt Institutionnel de l’Université libre de Bruxelles / Université libre de Bruxelles Institutional Repository
Thèse de doctorat/ PhD Thesis Citation APA:
Kurgan, G. (1970). Léopold II et les groupes financiers belges en Chine: La politique royale et ses prolongements (1895-1914) (Unpublished doctoral dissertation). Université libre de Bruxelles, Faculté de Philosophie et Lettres, Bruxelles.
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Fac\ilté ie Philosophie et Lettres
Régine KURGM-VAÎ. HENTENRYK
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La politique royale et ses prolongements (1895-191»+)
IV
Thèse présentée pour l'obtention du grade de docteur en Philosophie et Lettres
(groupe Histoire)
> o o o o o o o o o o o o o O
Année académique I969-I970
COMMUNICATION REFUSEE
f
L'ESSOR DE LA COf/IPAGNIE INTERNATIONALE D'ORIENT
Les débuts difficiles.
Contrairement à la Société Générale, la Compagnie Internationale d'Orient a laissé relativement peu de traces de ses activités en Chine. Des sources éparses, par ailleurs très disparates, permettent de discerner l'évolution générale des activités de la compagnie sans qu'il soit possible d'approfondir tous les mécanismes de ses opérations.
Il est inutile de rappeler ici les circonstances de la fondation de l'Orient, le 28 mars I9OO, et les liens étroits qui unissaient alors Léopold II à son promoteur, le colonel Thys. Ses débuts ne tardèrent pas à être comprom.is par des événements extérieurs, la guerre des Boxers et la crise financière de 1900-1901.
Dès sa fondation, la Compagnie Internationale d'Orient avait repris à sa charge plusieurs entreprises que lui destinait Léopold II, en particulier le Hankovr-Canton et l'affaire des charbonnages de Kaiping. Etant donné les rivalités internationales acharnées dont la Chine était l'enjeu, elle adopta comme tactique générale d'élargir, du moins en apparence, son caractère international et de transférer à son profit les concessions obtenues par d'autres syndicats, soit en les rachetant soit en acquérant une participation plus ou moins élevée dans les syndicats concessionnaires. C'est ainsi qu'elle parvint,malgré une conjoncture défavorable, à s'assurer dès la fin de 19OO la participation de plusieurs établissements étrangers étroitement mêlés aux affaires chinoises. A cet effet elle porta son capital de 8.5OO.OOO à
9.050.000 F par l'émission de 1.100 actions qui furent souscrites à raison
de 500 actions par la Banque de 1 'Indo-Chine, 200 par la Hongkong and Shanghai
704.
Banking Corporation et 440 par un groupe de banquiers japonais (l).
De même, elle avait participé à la fondation du syndicat sino-italien ainsi que de la Eastern Pioneer Company (2). La guerre des Boxers lui permettra de mettre la main sur l'A.C.D.C. dans des circonstances que nous avons décrites antérieurement.
Les trois premiers exercices de la compagnie n'en restèrent pas moins marqués par la gêne financière, gêne qui paralysa partiellement son effort d'expansion*
et la conduisit à concentrer ses ressources dans une seule entreprise, les charbonnages de Kaiping (3). N'oublions pas en effet que son sort était étroi- tement lié à celui de la Banque d'Outremer qui la patronnait et assurait son service financier. La crise financière européenne avait causé de sérieux déboires à 1'Outremer,qui fut obligée d'amortir ses pertes, en réduisant son
capital de 10.000.000 F, soit près d'un tiers de sa valeur initiale (4).
A sa fondation, le capital de l'Orient qui avait été fixé à 8.500.000 P fut libéré à concurrence du minimum statutaire de 20 %, Fait significatif, jusqu'en 1904, à l'époque où la crise s'était résorbée et où les perspectives en Chine s'étaient améliorées, la société ne fit aucun appel de fonds auprès de ses actionnaires (5). Elle parvint tout au plus à se procurer quelques ressources
(1) Rapport du conseil d'administration de la C.I.O. à l'assemblée générale du 15 mai I9OI (Mouvement Géographique, 9/6/19OI, col, 287). Constatation de l'augmentation du capital social, 21/6/I902 dans Recueil des actes ...
relatifs aux sociétés commerciales, II/7/I902, acte n° 3563* p. I5O-I5I.
(2) Voir supra p. 268 et 274.
(3) Dans une note adressée au Roi le 27 février 1902 à propos des affaires qu'il avait étudiées pour le compte de l'Orient, Francqui écrivait :
" Les intéressés belges n'ont pu s'occuper en Belgique que de la mise en valeur de deux de ces affaires : celle des mines de Kaiping et celle du
chemin de fer Hankow-Canton. La crise financière qui a sévi en Europe l'année dernière n'a pas permis aux financiers belges de donner une solu- tion aux autres entreprises qui leur ont été signalées." (AR Congo I, 54/7). Il importe de noter ici qu'au moment où Francqui écrivait ces lignes, l'Orient était sur le point de se débarrasser définitivement du solde de ses actions de l'A.C.D.C. (voir supra p. 461, n.3).
(4) S. CHLEPNER, Le marché financier belge depuis cent ans, p. 100.
(5) Rapport du conseil d'administration de la C.I.O. à l'assemblée générale
du 17 mal 1905 (Mouvement Géographique, 2I/5/1905, col. 255).
supplémentaires en procédant à deux augmentations de capital,respectivement de 550.000 F et 475.000 F,qui lui apportèrent environ deux cent mille francs d'argent frais (l). Pourtant les dirigeants de l'Orient, Thys et Prancqui en particulier, ne ménagèrent pas leurs efforts pour lui ouvrir l'accès des marchés financiers étrangers. Il suffit de rappeler les relations nouées par Thys avec J. Pierpont Morgan, la mission du chevalier de Wouters au Japon, mission qui sera poursuivie par Francqui (2). Mais l'effort le plus constant fut indiscutablement dirigé du coté de la France.
Alors que dans la plupart des pays étrangers l'Orient s'abouchait directement avec les milieux d'affaires, en France par contre, elle voulutd'abord se concilier les bonnes grâces du Quai d'Orsay. Nul doute que ses dirigeants étaient parfaitement au courant de l'influence considérable de G'érard dans la conduite adoptée par le gouvernement français à l'égard des entreprises franco- belges en Chine. D'autre part, en s'attachant les services d'Emile Francqui,
la compagnie courait le risque d'indisposer la France car l'ancien consul s'était créé de solides inimitiés à l'époque où il défendait avec vigueur les intérêts do ses nationaux en Chine au détriment de leurs associés (3).
c'est pourquoi Thys comme Francqui firent une véritable cour au ministre de France à Bruxelles.
Des sa nomination en qualité d'agent général de la société en Chine, Francqui se rendit chez Gérard pour se répandre en protestations de sympathie envers la France et de dévouement aux entreprises poursuivies en commun par les Français et les Belges en Chine, "il a ajouté, rapporta Gérard à Delcassé, combien il regrettait d'avoir pu être représenté comme animé d'autres sen- timents que ceux qui ont toujours été les siens, et qui lui ont valu depuis
(1) La première augmentation de capital avait servi à élargir la participation étrangère (voir supra p. 70^. La seconde émission d'actions nouvelles eut lieu pendant l'exercice 1902-I905 et les 950 nouveaux titres furent souscrits par des banquea et particuliers belges (Compagnie Internationale d'Orient.
Constatation de l'augmentation du capital, 12 octobre 1904. Recueil des actes ... relatifs aux sociétés commerciales, 2^/11/1904,acte n° 5774, P. 730-731).
(2) Voir supra p.260.Note de Francqui pour le Roi, 8/8/I9OI (AR Cab. II F 59 a, 16).
(3) Voir supra p. 373*
706.
de long-ues années, l'estime et la confiance d'un homme tel que le colonel Thys, connu pour son ardente amitié à l'égard de la France." (l).Les
assurances multipliées des dirigeants de l'Orient de même que leurs confidences sur le déroulement de leurs négociations conquirent Gérard (2). Elles reçurent un accueil beaucoup plus réservé au Quai d'Orsay.
Les manoeuvres de Thys pour mettre la main sur le Hankow-Canton inquiétaient Delcassé. "D'une façon générale",écrivit-il à Gérard le 9 octobre 1900,"il est
à remarquer que le Compagnie Internationale d'Orient, qui n'a jusqu'à présent ni étudié ni recherché aucune affaire nouvelle en Extrême-Orient, semble n'a- voir eu pour objectif que de chercher à s'assurer le bénéfice des concessions déjà acquises à d'autres groupes qu'elle s'efforce d'amener à fusionner avec elle." (3).La méfiance du m.inistre français des Affaires Etrangères s'accrut encore lorsqu'il apprit le départ de Francqui pour la Chine à la fin du mois de février 1901. Au cours de sa visite d'adieu à Gérard, Francqui s'était montré fort loquace. Il décrivit sa société comme "un vaste syndicat d'études mi-financier, mi-industriel, destiné à coordonner et centraliser les recherches d'entreprises et d'affaires dans les pays lointains et dans les marchés neufs", et énuméra les principales affaires qu'il comptait poursuivre. En outre Gérard soupçonnait l'Orient de vouloir fonder à Shanghai une agence financière,
capable de concurrencer ou, pire, de coiffer les banques européennes déjà établies. "M. Francqui, écrivit-il à Delcassé, s'est bien gardé de ne rien laisser percer à ce sujet, mais il est comme son chef et inspirateur le Colonel Thys, mégalomane, très convaincu de ses mérites, et croyant à son étoile. "(4) Ces informations confirmèrent Delcassé dans son opinion. Il décida de mettre la légation de France à Pékin en garde contre les menées de la compagnie (5)
(1) Gérard à Delcassé, II/5/I9OO (AEF Hankeou-Canton, l).
(2) Ibidem. Gérard à Delcassé, I7/7 et I2/IO/I9OO (AEF Hankeou-Canton, l).
(3) Delcassé à Gérard, 9/IO/I9OO (AEF Hankeou-Canton, l).
(4) Gérai-^ à Delcassé, 28/2/1901 (AEF Mines, Chine du Nord, l),
(5) "Comme je vous l'ai déjà fait remarquer, "écrivit-il à Pichon, le 9 mars 1901,"dans la plupart des affaires étudiées par la Compagnie Internationale d'Orient se révèle sa tendance à mettre la main sur les concessions déjà obtenues par d'autres sociétés,soit à absorber ces groupements eux-mêmes.
Un semblable programme, surtout quand l'exécution en est confiée à un
agent aussi actif et entreprenant que M. Francqui,constitue pour les
groupes français ou franco-belges déjà titulaires de concessions en Chine
un réel danger."(AEF Mines, Chine du Nord, l)
et lui recommanda "de surveiller très attentivement les agissements de son représentant en Chine et de veiller à ce qu'il n'empiète pas sur le domaine déjà acquis aux groupes français ou franco-belges opérant dans ce pays et notamment dans le bassin du Yangtze et au Szetchoucn." (l)
La défiance du Quai d'Orsay s'accompagna d'une grande réserve des banques françaises à l'égard des affaires de Chine. Leur refus en janvier I9OI
d'accepter une participation dans le Hahkovf-Canton contribua dans une large mesure à l'abandon de cette entreprise par l'Orient ( 2 ) . Pourtant l'accès du marché français n'était pas définitivement clos aux entreprises de la compagnie dans la mesure où celle-ci satisferait le désir du gouvernement de voir attribuer à ses nationaux la part de contrôle qui devait légitimement leur revenir.
Tout autre était la situation de la société vis-à-vis des Allemands. De tous les établissements financiers qui avaient souscrit à la fondation, la Deutsche Bank et la Disconto Gesellschaft avaient pris des participations relativement
élevées, de JOO actions chacune . Elles étaient représentées au conseil d'administration par le financier bien connu Adolf von Hansemarm et Herman Wallich. Ajoutons à cela que la Banque Internationale de Bruxelles avait des
attaches notoires avec la finance allemande et que des membres de la colonie allemande d'Anvers détenaient environ 5 du capital ( 3 ) . Il va sans dire que les promoteurs de l'Orient avaient recherché cette participation dans le but de s'assurer le concours de l'Allemagne dont l'influence grandissait en Chine.
Alors que Thys et ses adjoints étaient bien décidés à mener la société pour servir l'expansion de la Belgique en Extrême-Orient, ils rencontrèrent cer- taines résistances parmi les administrateurs étrangers, surtout les Allemands.
"Ce sont des espions, écrivait Thys au Roi, et ils ne cherchent qu'à nous gêner au lieu de chercher à nous aider. Mais le conseil d'administration de la
Compagnie d'Orient est composé de telle façon qu'il comprend en grand nombre des personnes qui craindront de se brouiller avec des maisons comme la Disconto et la Deutsche Bank et qui impressionnent les autres : Baucr, Fris, Cassel , Beebkman, Piihrraann (ces quatre derniers de la. Banque Internationale)." (4)
( 1 ) Delcassé à P i c h o n , 9 / 3 / l 9 0 1 (AEF Mines, Chine du Nord, l).
( 2 ) Voir supi'a p. 4 5 6 .
O) Voir supra p. 2 1 ^ et 2 l 4 .
(4) Thys à Léopold II, I 7 / 2 / I 9 0 2 (AE Congo I, IO6/I63).
7 0 8 .
"La prépondérance des Belges dans la Société, écrira Francqui quelque temps plus tard, ira toujours périclitant ... aussi longtemps qu'on ne voudra pas se rendre compte que les Allemands ne se sont intéressés dans notre affaire que pour être tenus au courant de nos projets." (l),En définitive, le marché financier allemand restait fermé à la société ( 2 ) .
A coté des problèmes financiers et des difficultés internes résultant de la concurrence internationale, la crise politique chinoise et ses séquelles ne facilitèrent pas la tâche de la compagnie. Pendant les premiers mois qui suivirent la guerre dos Boxers, elle laissa au chevalier de Wouters le soin de représenter ses intérêts en Extrême-Orient. En février 1901, le transfert des charbonnages de Kaiping à la société anglaise The Chinese Engineering and Mining Company fit passer cette importante exploitation minière sous le con- trôle d'un groupe anglo-belge dans lequel l'Orient jouait un rôle dominant, nous y reviendrons. L'acquisition de cette grosse affaire décida la compagnie à mettre sur pied son agence générale à Shanghai. A la fin du mois de février 1901, Francqui s'embarquait à destination de l'Extrême-Orient en compagnie
d'un officier, détaché à la demande du Roi à l'institut Cartographique Militaire, et de trois ingénieurs dont Adolphe May, ingénieur honoraire des Ponts et
Chaussées, et Lambert Jadot, frère cadet do 1'ingénieur-contrôleur du Pékin- Haniîow ( 3 ) .
Mimi d'un vaste programme d'affaires entamées par d'autres collaborateurs de Léopold II ou par des syndicats dans lesquels l'Orient avait pris une participation, Francqui avait comme première tâche de veiller à la
( 1 ) Note de Francqui pour le Roi, I 9 / 5 / 1 9 0 2 (AR Congo I, 5^/lO).
( 2 ) Rappelons également l'échec des tentatives de Léopold II en vue d'obtenir le concours de la finance allemande pour le Pékin-HankOTv et le Hankow- Canton.
(3) Gérard à Delcassé, 2 8 / 2 / 1 9 O I (y ^EF Mines, Chine du Nord, l). Francqui
avait eu l'intention d'emmener le lieutenant Jopstens, frère du ministre de Belgique à Pékin,mais celui-ci eut un accident de cheval avant son départ et fut remplacé à la demande de Francqui par le sous-lieutenant ba.ron Félix Chazal (Francqui à Borchgrave, 8/I /19OI; Borchgrave à Cousebant d'Alkemade, 9/I/19OI et réponse, I2/I /I9OI.AR Cab. II F 59 a, 1 5 ) . Le
lieutenant Joostens fut détaché à l'institut Cartographique Militaire
pour entrer au service de l'Orient en août 1902 (Cousebant d'Alkemade à
Carton de Wiart, I 3 / 8 / 1 9 0 2 . Ibidem).
réorganisation des charbonnages de Kaiping sous l'égide de la nouvelle société européenne. Personnellement, il désirait ardemment le transfert de l'affaire à une société belge. Imprégné des visées expansionnistes de son souverain, il conçut le projet d'étendre l'occupation industrielle de son pays au Chihli, ce qui justifierait l'introduction de forces de police pour protéger les entreprises belges (l). Dans cet état d'esprit, il fit pousser activement les travaux du port de Chinwangtao, entaraés par l'ancienne compagnie chinoise de Kaiping en vue d'assurer l'écoulement de sa production. Afin de promouvoir le développement du port,il sollicite, du gouvernement chinois l'autorisation de construire une ligne de chemin de fer de Chinwangtao à Pékin. Il prit également l'initiative de faire étudier les charbonnages de Chimanze sis à 25 km de Chinwangtao pour lesquels Fivé avait conclu un contrat provisoire, et suggéra au Roi do rétrocéder les mines à la Compagnie Internationale d'Orient (2).
Toujours dans le même ordre d'idées, Francqui dénonça auprès du Roi les visées françaises sur le Paoting-Tientsin. Il insista pour que la ligne fût négociée définitivement pour le compte de la Société d'Etude,mais à la con- dition qu'elle se fût"débarrassœ du joug français, car dans le cas contraire il vaudrait mieux faire créer une nouvelle société belge par la Compagnie d'Orient." (3). Cette suggestion ne fut pas approfondie mais elle mérite notre attention à un double titre. Elle confinne qu'en dépit du caractère interna- tional de l'Orient, son agent général en Chine était bien décidé à assimiler l'expansion de la société à celle de la Belgique en Extrême-Orient. D'autre part, en dépit de ses assurances à Gérard, Francqui n'avait pas abandonné son attitude combative à l'égard de toute tentative de la France d'asseoir son influence dans les entreprises franco-belges. La méfiance du Quai d'Orsay à son égard se justifiait pleinement.
(1) Note de Francqui pour le Roi, 8/8/I9OI (AR Cab. II F 59 a, I6).
(2) Note de Francqui pour le Roi, 22/9/1901 (AR Congo I, 54/4). Joostens à Favereau, IO/IO/19OI (AEB 2816, XI). Dans une note du 9 février 1902,
Francqui faisait miroiter aux yeux du Roi l'image de la Belgique contrôlant une "immense voie ferrée", partant de Chinwangtao pour aboutir à un port du sud en traversant le centre do l'Empire (AR Congo I, 54/6).
(:5) Note de Francqui pour le Roi, 8/8/19OI (AR Cab. II F 59 a, I6).
710.
Mais las efforts de cet homme dynamique et ambitieux ne s'arrêtaient pas à la création d'entreprises au Chihli. Francqui comme ses adjoints voyagèrent beaucoup durant leur séjour en Extrême-Orient. Ils s'intéressèrent tout autant à la vallée du Yangtse qu'aux provinces méridionales de la Chine, à la Corée ou au Japon.
Des affaires aussi diverses que la création d'une société belgo-Japonaise de navigation sur le Yangtse, l'établissement d'une concession belge à Hankow, la reprise des usines métallurgiques de Hanyang, l'exploitation de charbon- nages dans la région de Nankin, la construction de chemins de fer en Corée et dans le Shansi, de tramways à Tientsin, la mise en valeur de la province du Fukîen, l'engagement d'un conseiller technique belge par le gouvernement chinois,firent l'objet de leurs études et de leurs négociations (l).
En toute occasion, Francqui chercha à tirer profit des besoins d'argent des autorités chinoises ou des hésitations des syndicats étrangers pour proposer les services de sa compagnie. Dans bon nombre de cas il se heurta à la ré- pugnance éprouvée par la Chine à recourir à l'aide occidentale,et à l'influ- ence croissante du Japon. De plus, déjà sous son consulat, sa combativité et son manque de scrupules lui avaient valu beaucoup d'antipathies aussi bien parmi les Chinois que dans la colonie européenne (2).
La guerre des Boxers avait placé le vice-roi Chang Chih-tung et Sheng Hsuan- huai dans une gêne financière considérable. Les usines de Hanyang étaient au bord de la faillite. Appuyé par Jadot qui jouissait d'un grand crédit auprès de Sheng, Francqui proposa une vaste opération combinant la reprise des usines avec l'obtention d'une concession belge à Hankow sous l'égide d'une société fermière patronnée par l'Orient. La nouvelle société émettrait un emprunt
(l) Pour 1'énumération des affaires mises à l'étude par la Compagnie Inter- nationale d'Orient, voir Gérard à Delcassé, 28/2/19OI (AEF Mines, Chine du Nord, l). Note de Francqui pour le Roi, 27/2/1902 (AR Congo I, 54/7).
Voir aussi les rapports du conseil d'administration de la C.I.O. auz assemblées générales des 21 mai 1902 et 20 mai I903 dans le Mouvement Géographique, I7/6/1902, col. 264-266 et 24/5/190:5. col. 270-272.
(2) Jadot à son épouse, 15/2/1902 (Papiers Jadot, Corr. t. II).
de 3 . 3 0 0 . 0 0 0 F à 8 ^ et percevrait 25 % des bénéfices des usines (l). L'affaire échoua. Indépendamment du fa,it que Sheng n'aimait guère Francqui ( 2 ) , les mandarins jugèrent excessifs les appétits de l'Orient et préférèrent s'adres- ser aux capitalistes japonais ( 5 ) .
L'affaire du Pukien illustre à merveille les conditions dans lesquelles l'agent général de la Compagnie Internationale d'Orient évoluait en Chine. Le vice-roi du Pukien avait proposé au consul de France à Foochow,qui n'était autre que Paul Claudel,la concession à une société étrangère du monopole de l'exploita- tion des mines dans des territoires qui couvraient la m.oitié de la province.
Apparemment l'entreprise ne séduisit guère les milieux d'affaires français.
Claudel>qui s'était lié d'amitié avec Francqui,proposa à la Compagnie
Internationale d'Orient de s'y intéresser mais à la condition expresse qu'elle s'entendrait préalablement avec la Banque de l'Indo-Chine ou à défaut avec un autre groupe français pour la réaliser. Francqui accepta de peur de voir
la concession lui échapper et afin de s'assurer l'appui diplomatique de la
(1) Joostens à Pavereau, 1 3 / 7 / 1 9 0 1 ( A ^ 2822, IIl). Jadot à la Société d'Etude, rapport n° ^ 6 , 2 O / 7 / I 9 O I ( A ^ 2 8 1 3 , IV). Rappelons que sous son consulat, Francqui avait essayé de faire reprendre les usines de Hanyang par le groupe de la Société d'Etude (voir supra p. 3 3 2 ) . La crise des Boxers mit l'entreprise au bord de la faillite. En juillet I9OO, Sheng Hsuan-huai sollicita de divers syndicats étrangers, dont la Société d'Etude et
l'Orient,une avance de 3 0 - 0 0 0 livres. Alors que la Société d'Etude refusait de donner suite, Francqui proposa le 2 1 juillet I9OO au nom de l'Orient le prêt im.médiat de la somme demandée remboursable en 10 a.ns, au taux d'inté- rêt de 15 % et garanti par les usines de Hanyang et les propriétés de deux autres entreprises de Sheng, la China Merchant Steamship Cy et la compagnie du télégraphe de Shanghai. Aussitôt l'ordre rétabli, le contrat serait modifié sur les bases suivantes : 1 ° ) La C.I.O. aurait la facilité d'augmenter l'importance du prêt pour développer les usines,
2 ° ) l'intérêt serait réduit à 8 ^ ,
3 ° ) pendant 10 ans, la C.I.O. aurait la direction administrative et tech- nique sous le contrôle de Sheng et percevrait 20 % des bénéfices (Télé-
gramme de Pavereau à Cartier, 21/7/19OO A ^ 2822, III). Ces conditions léonines furent rejetées et les négociations piétinèrent jusqu'au retour de Francqui en Chine. Voir aussi V/outers à la Compagnie Internationale d'Orient,
1 1 / 1 2 / 1 9 0 0 (AR Congo I, 1 0 6 / 1 5 1 ) .
( 2 ) Jadot à son épouse, 6 / 8 / 1 9 O I (Publié dans notre étude, Jean Jadot, p. 113- 114). Idem, 3 1 / 1 / 1 9 0 2 (Papiers Jadot, Corr. t. II).
( 3 ) A. FEUERWERKER, China's nineteenth-century industrialization : the case of
the Hanyehping Coal and Iron Company Limited, p. 9 0 - 9 1 est IO6-IO7.
7 1 2 . France. Il poursuivit alors personnellement les négociations avec les autorités du Pukien. Elles aboutirent le 12 mars 1902. L'Orient obtenait pour trois ans le monopole de la prospection minière dans trois préfectures du Pukien avec le droit d'y créer des sociétés pour l'exploitation des mines,et des entreprises de travaux publics, étant entendu qu'elle formerait un syndicat à majorité française (l).
En annonçant la conclusion des contrats à Léopold II, Prancqui écrivait :
"il appartient aujourd'hui aux dirigeants de la Compagnie Internationale d'Orient de chercher quel est le meilleur parti à tirer pour la Belgique de cette convention. J'ai rédigé celle-ci de façon à leur permettre d'imposer à n'importe quel groupe,avec lequel ils s'associeraient, tous les avantages qu'ils jugeraient bon de faire réserver à notre pays." Le zélé agent du Roi n'avait pas manqué de faire insérer une clause autorisant le syndicat à orga- niser une police pour la protection des entreprises. Cultivant avec soin les rêves de son maître, il lui faisait entrevoir la perspective de recruter des soldats congolais pour composer ce corps de police (2), Pour rendre le contrat exécutoire il fallait obtenir la sanction impériale. Il fut convenu entre les parties d'entourer l'affaire de la plus grande discrétion de peur d'attirer l'attention de l'Angleterre et du Japon (j). La ratification impériale fut obtenue le 22 octobre 1902 moyennant certa.ins amendements, notamment la ré- duction du délai de trois ans pour la prospection minière (4). La Compagnie Internationale d'Orient parvint non sans difficulté à former avec des établis- sements parisiens une société française, la Société d'Etude du Fokien, au capital de
2 5 0 . 0 0 0P dont elle souscrivit I5O.OOO F et rétrocéda
4 9 . 5 0 0F à des tiers (5). La nouvelle société ne réussit pas à mettre sa concession en
(1)
Cartier à Pavereau,
3 0 / 5 / 1 9 0 2(AB|
2 8 2 1 ,XII ). Note de Francqui pour le Roi,
1 9 / 3 / 1 9 0 2 (AR
Congo I,
5 4 / 8 ) .Les concessions étaient accordées dans les
préfectures de Chao-ou (Shaovra), Kien-mlng (Kienmingfu), Tingtcheou(Tingchowfu).
Voir aussi G. GADOPFRE, Claudel et l'Univers chinois, p. II3 s.
(2)
Note de Prancqui pour le Roi,
I 9 / 3 / 1 9 0 2(AR Congo I,
5 4 / 8 ) .(3) Cartier à Favereau, 15/7/1902 0\EB 2821, XII).
(4) Ibidem. Télégramme de Cartier à Favereau, 26/10/1902; dépêche, 25/10/1902 (/lEB
2 8 2 1 ,XII).
(5)