MICROFINANCE ET ENVIRONNEMENT
RÉSUMÉ EN FRANCAIS
Marion Allet
Université Libre de Bruxelles, SBS-EM, CEB ; CERMi
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, IEDES, UMR 201 « Développement et Sociétés » Thèse réalisée dans le cadre d’un contrat CIFRE avec PlaNet Finance
Thèse présentée en vue de l’obtention du grade de Docteur en Sciences Economiques et de Gestion
Jury de thèse :
Prof. Isabelle Guérin, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne - IRD
Prof. Marek Hudon, Université libre de Bruxelles, Co-directeur de la thèse
Prof. Marc Labie, Université libre de Bruxelles et Université de Mons
Prof. Jean-Yves Moisseron, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne - IRD, Co-directeur de la thèse
Prof. Hubert Tchakouté-Tchuigoua, Bordeaux Ecole de Management
Prof. Jean-Pascal van Ypersele, Université catholique de Louvain
Prof. Philip Verwimp, Université llbre de Bruxelles
Année académique 2012-2013 Version finale
SOMMAIRE
INTRODUCTION ……… 3
CHAPITRE 1. EVALUER LA PERFORMANCE ENVIRONNEMENTALE DE LA MICROFINANCE .………. 7
CHAPITRE 2. POURQUOI LES INSTITUTIONS DE MICROFINANCE DEVIENNENT-ELLES VERTES ? ……... 14
CHAPITRE 3. MICROFINANCE VERTE. CARACTÉRISTIQUES DES IMF ENGAGÉES DANS LA GESTION ENVIRONNEMENTALE ……… 23
CHAPITRE 4. RÉDUIRE LES RISQUES ENVIRONNEMENTAUX DANS LES MICROENTREPRISES : QUEL RÔLE POUR LA MICROFINANCE ? ÉTUDE DE CAS AU SALVADOR ……….……….……..……. 34
CONCLUSION ……….………..… 45
BIBLIOGRAPHIE ……….…….. 48
INTRODUCTION
La microfinance s’est fortement développée ces dernières années sur la base d’une double promesse : celle d’atteindre une viabilité financière tout en ayant un impact social (Armendáriz &
Morduch, 2005; Servet, 2006; Yunus, 2008). Récemment, certains acteurs ont commencé à déclarer que la microfinance, afin d’être véritablement responsable, devrait inclure un troisième objectif, environnemental (FMO, 2008; GreenMicrofinance, 2007; Hall, et al, 2008; Rippey, 2009; Schuite &
Pater, 2008; Van Elteren, 2007). Aujourd’hui, les connaissances scientifiques liées à la gestion environnementale au sein des institutions de microfinance (IMF) sont toutefois limitées. Cette thèse s’intéresse donc à la manière dont les IMF gèrent leur impact environnemental. Plus particulièrement, elle identifie les stratégies adoptées par les IMF pour améliorer leur performance environnementale, leurs motivations pour devenir vertes, les caractéristiques des IMF engagées dans la gestion environnementale, et les défis auxquels elles sont confrontées lors de la mise en œuvre de programmes environnementaux.
L’émergence d’un discours “triple bottom line” dans le secteur de la microfinance
Ce n’est qu’au cours des dix dernières années que certains acteurs de la microfinance (bailleurs de fonds, prestataires d’assistance technique) ont commencé à affirmer que les IMF devraient viser un triple objectif de résultats (financier, social et environnemental), la « triple bottom line » (Araya &
Christen, 2004; Rippey, 2009). Un nouveau concept a émergé, celui de la « microfinance verte », une microfinance qui intègre les principes du développement durable dans toutes ses opérations et promeut des activités respectueuses de l’environnement (GreenMicrofinance, 2007).
Ce discours sur la « triple bottom line » de la microfinance a émergé dans un contexte particulier : celui d’une compétition accrue entre les IMF et de controverses grandissantes quant à l’impact de la microfinance sur les clients. Le secteur de la microfinance s’est en effet développé de manière extensive pendant ces dernières décennies (Chen et al, 2010). Face à une concurrence exacerbée, les IMF doivent trouver des solutions pour retenir les clients existants et en attirer de nouveaux : par exemple, innover et offrir de nouveaux produits et services. Dans ce contexte, la microfinance verte
développement de produits financiers pour faciliter l’accès aux énergies propres et renouvelables (Aron et al, 2009 ; Hall, et al., 2008; Levai et al, 2011 ; SEEP Network, 2008). Par ailleurs, les récentes crises liées au surendettement (Guérin, et al., 2009; Schicks, 2010; Servet, 2011) et les débats sur la commercialisation de la microfinance et ses taux d’intérêt élevés (Ashta & Hudon, 2009;
Hudon, 2011; Mersland & Strøm, 2008; Woller, 2002) ont conduit le secteur à examiner de plus près son impact réel sur les populations, y compris son impact environnemental.
Ces dernières années, un nombre croissant d’IMF, de bailleurs de fonds et d’organisations du secteur de la microfinance ont commencé à être actifs dans le domaine environnemental. Cependant, la littérature académique sur le sujet est encore rare (AED, 2010; Araya & Christen, 2004; Barua, 2001;
Hall & Lal, 2006; Morris, et al., 2007; Rippey, 2009; Rippey & Nelson, 2011; SEEP Network, 2008;
Wild, et al., 2008; Winiecki et al, 2008) et les connaissances quant à l’étendue du phénomène de la microfinance verte et la manière dont les IMF gèrent leur impact environnemental restent limitées.
Questions de recherche
Cette thèse vise à comprendre comment les IMF gèrent leur impact environnemental. Même si certains experts ont défini le terme de « microfinance verte » de manière large comme une
« microfinance qui intègre les principes du développement durable dans toutes ses opérations et qui promeut des pratiques respectueuses de l’environnement » (GreenMicrofinance, 2007), beaucoup de bailleurs de fonds et d’experts l’utilisent encore de manière réduite pour faire référence aux « prêts énergie » (Momo & Trook, 2011). L’octroi de microcrédits pour faciliter l’accès aux énergies propres et renouvelables est en effet une des stratégies adoptées par les IMF pour gérer leur impact environnemental. Cependant, beaucoup d’autres initiatives environnementales sont aujourd’hui mises en œuvre par les IMF. Il est donc essentiel de mieux identifier, à partir des pratiques existantes, les différentes stratégies adoptées par les IMF pour gérer leur impact environnemental et de fournir au secteur de la microfinance un cadre d’analyse précisant ce qui est inclus sous le terme de
« microfinance verte ». Notre première question de recherche est donc la suivante :
Q1. Quelles stratégies les IMF adoptent-elles afin de gérer leur impact environnemental ?
Les promoteurs d’une microfinance verte mettent souvent en avant un certain nombre de motifs pouvant pousser les IMF à gérer leur impact environnemental : la différentiation par rapport aux concurrents, l’accès à de nouveaux marchés ou à de nouveaux financements, une meilleure image, une meilleure gestion des risques, ou la réussite de leur mission sociale (Araya & Christen, 2004;
GreenMicrofinance, 2007; Hall, et al., 2008; Rippey, 2009; Schuite & Pater, 2008; SEEP Network, 2008; Van Elteren, 2007). Cependant, aucune étude n’a cherché à identifier de manière empirique les motivations des IMF déjà actives au niveau environnemental. Comprendre les facteurs conduisant les IMF à devenir vertes est important car le type de motivation suivi par l’IMF peut influencer le choix d’une stratégie environnementale par rapport à une autre. Si l’on suppose que toutes les stratégies n’ont pas la même efficacité ni le même impact, cette étude peut aider les praticiens à identifier les mécanismes qui favoriseront la mise en œuvre des stratégies de microfinance verte les plus efficaces et adaptées. Notre deuxième question de recherche est donc la suivante :
Q2. Pourquoi les IMF décident-elles de gérer leur impact environnemental ?
Le secteur de la microfinance comprend une grande diversité d’institutions, que cela soit en termes de taille, statut légal, performance financière, ou mission. Dans leurs discours, les promoteurs d’une microfinance verte ne précisent toutefois pas si l’approche « triple bottom line » concerne tous les types d’IMF ou si seules les institutions les plus grandes ou rentables sont en mesure de gérer leur impact environnemental. Identifier les caractéristiques des IMF vertes permettra de comprendre quels peuvent être les facteurs et les limites d’une bonne performance environnementale dans le secteur de la microfinance. Aucune étude n’ayant abordé cette problématique jusqu’à présent, nous avons donc défini notre troisième question de recherche comme suit :
Q3. Quelles sont les IMF actives dans la gestion environnementale ?
Enfin, le discours sur la « triple bottom line » de la microfinance tend souvent à promouvoir des stratégies de gestion environnementale sans préciser les défis auxquels les IMF font face lorsqu’elles mettent en œuvre de telles initiatives. En effet, les IMF qui souhaitent s’engager dans la gestion environnementale doivent développer de nouvelles compétences, des procédures et des partenariats au-delà de leur cœur d’activité (Araya & Christen, 2002; Coulson & Dixon, 1995; Wenner, 2002).
Quelques études de cas récentes ont mis en exergue les challenges les plus fréquemment rencontrés lors du développement de microcrédits dédiés aux énergies propres et renouvelables (AED, 2010;
Barua, 2001; Morris, et al., 2007; Rippey & Nelson, 2011; Winiecki et al, 2008). Les connaissances scientifiques concernant les autres stratégies environnementales choisies par les IMF restent toutefois limitées. Nous avons donc défini notre quatrième et dernière question de recherche comme suit :
Q4. A quels défis les IMF font-elles face lorsqu’elles mettent en œuvre un programme de gestion environnementale ?
Structure de la thèse
La thèse est structurée en quatre chapitres, qui abordent chacun une question de recherche. Les trois premiers chapitres explorent le phénomène de la microfinance verte à un niveau global. Ces chapitres sont essentiellement basés sur une enquête conduite auprès de 160 IMF dans le monde. Ils permettent d’identifier les différentes dimensions de l’engagement environnemental des IMF, les motivations poussant les IMF à devenir vertes, et les caractéristiques des IMF actives au niveau environnemental. Le dernier chapitre est basé sur une étude de cas et s’intéresse aux défis rencontrés par une IMF mettant en œuvre un programme de gestion des risques environnementaux au Salvador.
STRUCTURE DE LA THESE
1. Évaluer la performance environnementale de la microfinance 2. Pourquoi les institutions de microfinance deviennent-elles vertes ? 3. Microfinance Verte. Caractéristiques des IMF engagées dans la gestion
environnementale
4. Réduire les risques environnementaux dans les microentreprises : quel rôle pour la microfinance ? Etude de cas au Salvador
CHAPITRE 1.
Évaluer la performance environnementale de la microfinance
L’article complet a été publié dans Cost Management, Mars/Avril 2012, N° 26(2), pp.6-17, sous le titre original
« Measuring the environmental performance of microfinance : a new tool ».
Il a également gagné le premier prix du European Microfinance Network (EMN) Research Award 2012.
Ce chapitre propose un nouvel outil d’évaluation de la performance environnementale des institutions de microfinance : le Microfinance Environmental Performance Index (MEPI). S’inspirant de la littérature sur la performance environnementale des entreprises et sur la performance sociale de la microfinance, cet outil est basé sur des indicateurs de gestion qui ont été adaptés aux spécificités de la microfinance. Les IMF qui s’intéressent à leur impact environnemental optent pour diverses stratégies : (1) l’adoption de politiques environnementales, (2) la réduction de leur empreinte écologique interne, (3) la gestion des risques environnementaux des activités de leurs clients, (4) l’offre de microcrédits verts promouvant les activités et technologies respectueuses de l’environnement, et (5) la mise en place de services non-financiers tels que des campagnes de sensibilisation. Nous proposons donc un indice multidimensionnel qui englobe tous les types de stratégies. Le MEPI constitue un outil utile pour la recherche et peut servir de base pour la planification d’une stratégie environnementale, le suivi des progrès ou la communication d’une IMF.
Pourquoi évaluer la performance environnementale de la microfinance ?
L’idée de proposer un outil d’évaluation de la performance environnementale des IMF a émergé à partir d’une observation concrète : de plus en plus d’IMF commencent à adopter des objectifs environnementaux en plus de leurs objectifs financiers et sociaux. Dans un sondage réalisé en 2011 auprès de 160 IMF (cf Chapitre 2), la protection de l’environnement a été identifiée comme un objectif majeur par 19 pourcent des sondés et comme un objectif important par 49 pourcent. Même si ces résultats peuvent être légèrement surestimés du fait d’un biais de sélection, ils montrent clairement qu’un certain nombre d’IMF se sentent aujourd’hui concernées par les questions environnementales.
Cet intérêt est aussi partagé par un nombre grandissant d’investisseurs et de bailleurs de fonds en microfinance (De Bruyne, 2008).
Dans ce contexte, un outil permettant d’évaluer la performance environnementale des IMF peut servir plusieurs objectifs. Tout d’abord, il peut être utilisé par les chercheurs afin de mesurer l’étendue du phénomène de la microfinance verte, les caractéristiques des IMF qui adoptent des objectifs environnementaux, les motivations liées à certaines pratiques environnementales, la cohérence entre les objectifs annoncés et les résultats atteints, les bénéfices et les coûts liés aux différentes stratégies environnementales, les arbitrages éventuels entre priorités financières, sociales et environnementales, etc. Cet outil peut également être utilisé par les institutions de microfinance comme référence pour leur planification stratégique interne. Un outil d’évaluation peut effectivement aider les IMF intéressées à définir ce que performance environnementale signifie pour elles, à identifier les objectifs environnementaux exacts qu’elles souhaiteraient poursuivre, et à assurer le suivi de leurs progrès.
Enfin, évaluer la performance environnementale des IMF à travers des indicateurs standardisés et comparables peut aussi faciliter la communication à l’égard des parties prenantes intéressées par le sujet. Pour répondre aux demandes des bailleurs et investisseurs, les agences de rating en microfinance ont commencé à inclure des indicateurs de mesure de la responsabilité environnementale des IMF. Bien qu’utiles et adaptés, ces indicateurs ne sont toutefois pas très précis et ne couvrent pas toutes les facettes de la performance environnementale des IMF. Le Microfinance Environmental Performance Index (MEPI) que nous proposons a été élaboré pour pallier ce manque.
Se concentrer sur les processus, et non les résultats
Lorsque l’on cherche à évaluer la performance environnementale d’une entreprise, deux approches peuvent être adoptées : (a) la mesure de la performance opérationnelle, ou des résultats, et/ou (b) l’évaluation de la performance de management, ou des processus. Ces deux approches sont promues par la norme ISO 14031 et sont fréquemment utilisées dans la littérature sur la performance environnementale des entreprises (Brunklaus, et al., 2009; Henri & Journeault, 2008; Ilinitch, et al., 1998; Jasch, 2000). La première approche s’intéresse à des indicateurs quantitatifs, mesurant des résultats tels que la consommation énergétique, les inputs matériels, les déchets et émissions, etc. La seconde approche s’intéresse aux efforts accomplis par la direction pour influencer la performance environnementale opérationnelle (résultats) de l’entreprise. Il s’agit de regarder les politiques et les programmes mis en œuvre ainsi que les ressources mobilisées.
Dans le secteur de la microfinance, les indicateurs de résultats ne semblent pas être les plus adaptés pour évaluer la performance environnementale des IMF. Tout d’abord, peu d’IMF effectuent un suivi de leur consommation énergétique ou de leurs émissions aujourd’hui. De plus, de tels indicateurs mesureraient seulement l’impact direct (interne) des IMF, alors que leur impact environnemental majeur se situe au niveau de leur portefeuille de clients (impact indirect). Il ne serait toutefois pas réaliste de conduire des audits environnementaux au niveau des activités de chaque client financé afin d’évaluer la performance environnementale de l’IMF (Wenner, 2002).
Le secteur de la microfinance, après de nombreux débats concernant l’évaluation de l’impact sur les clients, s’est progressivement tourné vers des outils d’évaluation de la performance sociale plus opérationnels et moins coûteux, basés sur des indicateurs de management (CERISE, 2003;
Copestake, et al, 2005 ; Doligez & Lapenu, 2006 ; Hashemi, 2007). Suivant la même logique, nous avons décidé d’évaluer la performance environnementale des IMF en examinant les processus mis en place par les institutions afin de gérer leur impact environnemental.
Evaluer les cinq dimensions de la microfinance verte
Le MEPI a été élaboré de manière à refléter la diversité des stratégies de gestion environnementale pouvant être adoptées par les IMF. En nous basant sur les pratiques actuelles, nous avons identifié cinq types de stratégies principales :
Stratégie 1 – L’adoption de politiques environnementales : Comme n’importe quel autre type d’entreprise, les IMF peuvent commencer par intégrer la problématique environnementale dans leur mission officielle, leurs principes, et leurs politiques. L’idée est de confirmer l’engagement de l’institution et de créer un cadre favorable à la mise en œuvre de programmes environnementaux.
ACLEDA (Cambodge) a par exemple élaboré une Politique Environnementale, Sociale et Communautaire.
Stratégie 2 – La réduction de l’empreinte écologique interne : Certaines IMF décident d’améliorer leur performance environnementale en réduisant l’empreinte écologique de leurs activités opérationnelles, au niveau de l’institution. Elles définissent par exemple des objectifs spécifiques afin de diminuer leur consommation interne de papier, d’énergie, d’eau, leurs émissions carbone, etc. (ACLEDA, Banco Solidario, K-Rep Bank, MiBanco, etc.).
Stratégie 3 – La gestion des risques environnementaux du portefeuille : Certaines IMF se concentrent sur l’impact environnemental qu’elles peuvent avoir à travers les clients qu’elles financent. Elles cherchent alors à évaluer l’impact environnemental des activités de leurs clients et à éviter de financer des pratiques préjudiciables, que ce soit à travers l’adoption d’une liste d’exclusion (Kashf Foundation, VisionFund Cambodia) ou bien par le suivi des progrès réalisés par leurs clients dans la gestion de leurs risques environnementaux (Partner, Apoyo Integral).
Stratégie 4 – L’octroi de microcrédits verts : Certaines IMF choisissent d’adapter leurs produits financiers afin de promouvoir les bonnes pratiques environnementales. Elles développent alors des microcrédits verts (a) pour soutenir le développement d’activités respectueuses de l’environnement, telles que l’écotourisme, l’agroforesterie, ou le recyclage ; ou (b) pour faciliter l’accès aux technologies propres, telles que les fours améliorés ou les systèmes photovoltaïques (FINCA Ouganda, Ningxia CEPA, Tamweelcom).
Stratégie 5 – La mise en place de services non-financiers environnementaux : Au-delà de leurs opérations financières, certaines IMF choisissent également de développer des services non-financiers liés à l’environnement, tels que des campagnes de sensibilisation (CAMIDE) ou des formations aux pratiques respectueuses de l’environnement (CEPRODES).
La plupart du temps, les IMF qui cherchent à gérer leur impact environnemental n’adoptent pas de manière simultanée les cinq stratégies, mais optent pour une approche particulière selon leur contexte et leurs priorités. Il est donc essentiel que le Microfinance Environmental Performance Index intègre l’ensemble des stratégies environnementales qui peuvent être adoptées par les IMF. Nous avons donc composé le MEPI autour des cinq dimensions principales présentées ci-dessus.
Sélection des indicateurs
Pour sélectionner nos indicateurs, nous avons étudié la littérature sur l’évaluation de la performance environnementale des entreprises (Azzone, et al., 1996; Henri & Journeault, 2008; Ilinitch, et al., 1998;
Jasch, 2000; Lefebvre, et al., 2003; Olsthoorn, et al., 2001; Pratt & Rojas, 2001; Rao, et al., 2009;
Weber, 2005). Nous avons sélectionné les indicateurs de performance en management les plus adaptés et avons ajouté d’autres indicateurs reflétant les spécificités du secteur de la microfinance. La composition du MEPI est présentée ci-dessous dans une version simplifiée.
Microfinance Environmental Performance Index (MEPI)
1. POLITIQUE ENVIRONNEMENTALE 4
MISSION / VISION / VALEURS La protection de l’environnement est mentionnée dans la vision, mission
ou les valeurs officielles 1
POLITIQUE
ENVIRONNEMENTALE Politique formelle de responsabilité environnementale 1 RESPONSABLE
ENVIRONNEMENT
Une personne est désignée pour gérer la problématique
environnementale 1
INCITATIONS Système d’incitations pour encourager les employés à prendre en compte
des objectifs environnementaux spécifiques 1
2. EMPREINTE ECOLOGIQUE 4
BILAN CARBONE Réalisation d’un bilan carbone 1
OBJECTIFS EMPREINTE Objectifs spécifiques pour réduire l’empreinte écologique (ex: réduction de la consommation énergétique, transports, émissions carbone, etc.) 1 SENSIBILISATION DES
EMPLOYES
Outils de sensibilisation des employés aux bonnes pratiques en termes de consommation de papier, eau, énergie, transport, déchets, etc. 1 REPORTING Inclusion d’indicateurs de performance environnementale dans le rapport
annuel (consommation de papier, eau, énergie, etc.) 1
3. GESTION DES RISQUES ENVIRONNEMENTAUX 4
LISTE D’EXCLUSION Utilisation d’une liste d’exclusion environnementale 1 OUTILS DE SCREENING Utilisation d’outils spécifiques pour évaluer les risques environnementaux
des activités des clients 1
FORMATION DES EMPLOYES Module de formation pour apprendre aux agents de crédit à évaluer les risques environnementaux des activités de leurs clients 1 SIG Inclusion d’indicateurs de suivi de la performance environnementale des
clients dans le Système d’Information et de Gestion (SIG) 1
4. MICROCREDITS VERTS 4
PRETS ENERGIE Offre de crédits pour promouvoir l’accès aux technologies à efficacité énergétique et énergies renouvelables (EE&ER) 2 PRETS ACTIVITES VERTES Offre de crédits à taux d’intérêt réduits pour promouvoir le développement
d’activités respectueuses de l’environnement 2
5. SERVICES NON-FINANCIERS ENVIRONMENTAUX 4
CHARTE CLIENT Charte environnementale signée par les clients 1 SENSIBILISATION DES
CLIENTS Programmes de sensibilisation des clients aux risques environnementaux 1 ACTIONS DE PROMOTION Organisation d’actions de promotion des microentreprises respectueuses
de l’environnement (foires, concours) 1
FORMATION DES CLIENTS Formation et autres services d’appui aux clients qui souhaitent
développer des activités respectueuses de l’environnement 1
Débats autour de la pondération des indicateurs
Même si le Microfinance Environmental Performance Index a été élaboré de manière à englober tous les aspects de la performance environnementale en microfinance, notre objectif n’est pas de le positionner comme un outil normatif. Les stratégies listées dans le MEPI n’ont pas forcément toutes la même pertinence, la même efficacité ou le même impact selon le contexte d’intervention de l’IMF.
Dans une perspective de recherche, afin de ne pas imposer une vision sur le niveau de désirabilité d’une intervention par rapport à une autre, nous avons décidé de donner un poids égal (4 points) à chacune des cinq dimensions de la performance environnementale. Cependant, si des praticiens ou bailleurs de fonds du secteur de la microfinance souhaitent utiliser le MEPI pour leur planification stratégique ou pour le suivi des progrès, l’outil devra être adapté. Chaque IMF devra sélectionner les dimensions et les indicateurs les plus pertinents et revoir leur pondération respective selon son contexte, ses objectifs et ses priorités.
Conclusion
Ce chapitre a proposé un nouvel outil d’évaluation de la performance environnementale des IMF : le Microfinance Environmental Performance Index (MEPI). L’idée de créer un tel outil est venue d’une observation : de plus en plus d’IMF et d’acteurs de la microfinance s’intéressent à leur impact environnemental, mais aucune méthodologie claire n’existe aujourd’hui pour évaluer la performance environnementale des IMF. Le MEPI a donc été élaboré afin de combler ce vide.
Sur la base de la littérature sur la performance environnementale des entreprises et la performance sociale de la microfinance, nous avons opté pour une approche pratique : évaluer la performance environnementale à travers des indicateurs de management. En ligne avec l’approche promue par la Social Performance Task Force, nous estimons qu’il est essentiel d’examiner l’ensemble des processus en jeu. Nous avons donc sélectionné des indicateurs reflétant les efforts faits par l’IMF pour atteindre des objectifs environnementaux (politiques, procédures, produits, activités, etc.). Afin de représenter la diversité des stratégies adoptées par les IMF, nous avons construit notre indice autour de cinq dimensions principales : (1) Politique environnementale ; (2) Empreinte écologique ; (3) Gestion des risques environnementaux ; (4) Microcrédits verts ; et (5) Services non-financiers environnementaux. Conscients des débats liés à la pondération des indicateurs, nous avons
recommandé une utilisation relative du MEPI, adaptée au contexte, aux objectifs et aux priorités de chaque institution de microfinance.
Nous pensons que le MEPI peut être un outil de recherche utile et aider à explorer la problématique de la « triple bottom line » en microfinance. Le MEPI pourrait en effet être utilisé pour des recherches futures afin d’identifier les caractéristiques des IMF vertes, les stratégies adoptées et leurs motivations, ainsi que les liens entre les performances environnementale, sociale et financière. Au- delà de ces perspectives de recherche, nous espérons que le MEPI pourra servir de base de réflexion sur l’impact environnemental de la microfinance, non seulement au niveau interne des IMF, mais aussi au niveau du secteur global.
CHAPITRE 2.
Pourquoi les institutions de microfinance deviennent-elles vertes ?
L’article complet a été publié en tant que working paper du CEB N°12/015, en 2012, sous le titre original
« Why do microfinance institutions go green? ».
L’objectif de ce deuxième chapitre est d’analyser pourquoi les institutions de microfinance décident de devenir vertes. Comprendre les motivations liées à l’engagement écologique en microfinance est important pour plusieurs raisons. Tout d’abord, cela permet d’évaluer si les IMF considèrent qu’il est pertinent d’intégrer un objectif environnemental. Cette étude pourra aussi révéler si le choix d’une stratégie de gestion environnementale par rapport à une autre (par exemple, l’adoption d’une liste d’exclusion par rapport à l’octroi de microcrédits verts ou la sensibilisation environnementale, etc.) dépend du type de motivation de l’IMF. Si l’on suppose que toutes les stratégies n’ont pas la même efficacité et le même impact, cette étude peut aider les praticiens à identifier les mécanismes encourageant la mise en œuvre des stratégies les plus efficaces et adaptées.
Cette étude est la première qui cherche à identifier de manière empirique les motifs poussant les IMF à devenir vertes. Nous avons réalisé une enquête quantitative auprès de 160 IMF, afin d’identifier leurs attitudes, motivations et pratiques environnementales, ainsi qu’une étude qualitative basée sur 23 entretiens semi-directifs de dirigeants d’IMF, afin de comprendre les processus déterminants dans la décision de devenir vert.
Les motivations liées à l’engagement écologique
Depuis plus de vingt ans, de nombreux chercheurs ont essayé de comprendre pourquoi les entreprises ou organisations décident de s’engager dans la gestion environnementale. Différents facteurs et motifs ont été identifiés : les législations en place (Céspedes-Lorente, et al, 2003; Sohn, 1982), la pression des parties prenantes (Buysse & Verbeke, 2003; Elijido-Ten, 2007), les motivations économiques (Aragón-Correa & Rubio-López, 2007; Castelo & Lima, 2006), le leadership des dirigeants (D’Amato & Roome, 2009; Hemingway & Maclagan, 2004; Logsdon & Yuthas, 1997; Rok, 2009), le contexte organisationnel (López Rodriguez, 2009), l’éthique (Garriga & Melé, 2004;
Mostovicz, et al, 2009), etc. Parmi les différents modèles d’engagement écologique des entreprises,
celui développé par Bansal & Roth (2000) semble particulièrement intéressant. Bansal & Roth (2000) identifient trois motivations principales : la légitimation (pression des parties prenantes), la compétitivité (bénéfices économiques et stratégiques), et la responsabilité sociale. Ces trois motivations, comme ces auteurs le soulignent, peuvent être étroitement liées et combinées. Leur influence cumulée peut conduire une entreprise à s’engager au niveau environnemental. Toutefois, Bansal & Roth (2000) identifient pour la plupart des entreprises une motivation dominante et l’associent à un type d’approche particulier (plus réactif ou proactif). Pour la première fois, cette étude applique le modèle de Bansal & Roth (2000) au secteur de la microfinance.
Légitimation
Bansal & Roth (2000) identifient la légitimation comme un premier facteur d’engagement écologique.
Pour eux, la légitimation est le « désir d’une entreprise d’améliorer le caractère approprié de ses actions dans le cadre d’un ensemble établi de régulations, normes, valeurs ou croyances » (Suchman, 1995). En d’autres termes, les entreprises se sentent contraintes de devenir vertes afin de répondre aux attentes des parties prenantes et de gagner la légitimité nécessaire à leur survie.
Dans le secteur de la microfinance, plusieurs acteurs semblent montrer un intérêt grandissant à l’égard de la responsabilité des IMF. Un nombre croissant d’investisseurs et de bailleurs adoptent aujourd’hui une approche « triple bottom line » dans leur politiques de financement (Symbiotics Research & Advisory, 2011). Les agences de rating en microfinance ont défini quelques indicateurs spécifiques pour évaluer la responsabilité environnementale des IMF. Certains gouvernements ont même exprimé un intérêt à promouvoir une microfinance verte à travers l’adoption de réglementations spécifiques ou de mécanismes incitatifs (Bangladesh). Toutefois, cet intérêt pour une microfinance verte n’est pas partagé de manière uniforme par l’ensemble de ces acteurs. De plus, ceux qui expriment un intérêt pour la problématique ne semblent pas aujourd’hui lui accorder une haute priorité, et les pressions sont encore limitées.
Dans plusieurs études (Bansal & Roth, 2000; Williamson et al., 2006), la légitimation est identifiée comme la motivation la plus influente pour l’engagement environnemental dans le secteur manufacturier. De plus, Bansal & Roth (2000) soulignent que les entreprises manufacturières pour lesquelles la légitimation est la motivation dominante adoptent seulement une approche réactive
visant à se conformer aux réglementations. Afin d’identifier si les mêmes résultats s’appliquent au secteur de la microfinance, notre première question de recherche est la suivante :
Q1: La légitimation est-elle un facteur d’engagement écologique en microfinance ?
Lorsque la légitimation est la motivation dominante, conduit-elle à des stratégies réactives ou proactives ?
Compétitivité
Bansal & Roth (2000) identifient la compétitivité comme un second facteur d’engagement écologique pour les entreprises. De leur point de vue, les entreprises motivées par la compétitivité s’attendent à ce que leur engagement environnemental génère des bénéfices économiques et améliore leur profitabilité à long terme.
Dans la littérature grise sur le sujet, les promoteurs de la microfinance verte identifient également la compétitivité comme un motif majeur d’engagement environnemental pour les IMF. Selon différents auteurs, gérer leur impact environnemental peut permettre aux IMF de tirer des bénéfices stratégiques et financiers tels que l’accès à de nouveaux financements (GreenMicrofinance, 2007; Pikholz, et al., 2005; SEEP Network, 2008; UNEP-FI, 2006), la diversification de leur offre, l’exploration de nouveaux marchés, la différentiation à l’égard des compétiteurs (Araya & Christen, 2004; Hall, et al., 2008;
Schuite & Pater, 2008; SEEP Network, 2008), l’amélioration de leur image publique (Hall, et al., 2008;
Rippey, 2009; SEEP Network, 2008; Van Elteren, 2007; Zutshi & Sohal, 2004), ou encore la réduction de leur risque crédit (Coulson & Dixon, 1995; FMO, 2008; Triodos Facet, 2009; Van Elteren, 2007).
Ces avantages peuvent toutefois être perçus comme restant limités. De plus, la mise en place de programmes environnementaux peut être perçue comme particulièrement coûteuse (Araya &
Christen, 2002; Coulson & Dixon, 1995; Wenner, 2002).
Afin d’évaluer l’influence de ce facteur sur la décision des IMF de devenir verte, nous avons donc défini la question de recherche suivante :
Q2: La compétitivité est-elle un facteur d’engagement écologique en microfinance ?
Lorsque la compétitivité est la motivation dominante, conduit-elle à des stratégies réactives ou proactives ?
Responsabilité sociale
Le troisième type de motivation identifié par Bansal & Roth (2000) dans leur modèle est celui de la responsabilité sociale. Il fait référence à la préoccupation d’une entreprise à l’égard de ses obligations et valeurs sociales, du bien social. L’entreprise décide de devenir verte par sens de la responsabilité ou philanthropie, plutôt que pour son propre intérêt (L’Etang, 1995). La motivation est plus éthique, alors que les motivations liées à la légitimation et la compétitivité sont plus pragmatiques.
La microfinance a déjà la spécificité de placer la responsabilité sociale au cœur de sa raison d’être et de ses actions. Au-delà des objectifs financiers, les IMF sont censées remplir une mission sociale : fournir des services financiers aux populations vulnérables exclues des circuits banquiers traditionnels et éventuellement contribuer à la réduction de la pauvreté et au développement. Selon les promoteurs de la microfinance verte, les IMF ne peuvent pas atteindre leur objectif social si elles ne prennent pas en compte les risques environnementaux qui affectent leurs clients (FMO, 2008; GreenMicrofinance, 2007; Hall, et al., 2008; Triodos Facet, 2009; Van Elteren, 2007).
Dans leur étude, Bansal & Roth (2000) montrent que, lorsque la responsabilité sociale est la motivation dominante, les entreprises ont tendance à développer des stratégies plus indépendantes et innovantes, telles que des produits verts. Afin d’examiner si des résultats similaires s’appliquent au secteur de la microfinance, notre dernière question de recherche est la suivante :
Q3: La responsabilité sociale est-elle un facteur d’engagement écologique en microfinance ? Lorsque la responsabilité sociale est la motivation dominante, conduit-elle à des stratégies réactives ou proactives ?
Méthodologie : une approche quantitative et qualitative combinée
Pour la première fois, cette étude cherche à identifier de manière empirique les facteurs d’engagement écologique dans le secteur de la microfinance. Afin d’établir un cadre d’analyse rigoureux, nous avons choisi de combiner deux approches : quantitative et qualitative.
Etude quantitative
Nous avons tout d’abord conduit une étude quantitative afin (1) d’identifier les motivations les plus souvent citées par les IMF et (2) d’étudier le lien entre les motivations exprimées et les pratiques
environnementales actuelles. Nous avons pour cela élaboré un questionnaire soumis à un large échantillon d’IMF. Afin d’identifier les motivations des IMF, nous leur avons demandé si elles étaient d’accord avec un certains nombre de déclarations liées aux facteurs de légitimation, compétitivité et responsabilité sociale. Pour identifier les pratiques environnementales, nous avons utilisé le Microfinance Environmental Performance Index (MEPI) (cf Chapitre 1). Le questionnaire a été soumis à un échantillon de 426 IMF du MIX Market entre février et avril 2011. Après nettoyage de la base de données, nous nous sommes retrouvés avec un nombre total de 160 répondants, équivalant à un taux de réponse de 38%. Notre échantillon de 160 IMF s’est révélé très représentatif du secteur de la microfinance en termes de localisation géographique, statut légal et taille (nombre d’emprunteurs).
Etude qualitative
Pour compléter nos résultats quantitatifs, nous avons conduit une seconde étude basée sur une approche inductive et qualitative. Nous avons réalisé des entretiens entre novembre 2009 et juin 2011 avec vingt-trois directeurs exécutifs ou directeurs adjoints d’IMF, venant de dix-huit pays différents.
L’objectif était d’identifier les déterminants dans la décision de s’engager (ou non) dans la microfinance verte. En ligne avec les standards de l’approche qualitative (Pratt, 2009), nous avons interviewé un échantillon d’institutions ayant des profils très variés en terme de localisation géographique, de statut, d’âge, de taille, et surtout de niveau d’engagement écologique. Un protocole d’entretien semi-directif a été élaboré. Les informations collectées ont d’abord été classifiées de manière inductive, avant de confronter nos résultats à notre cadre théorique. La combinaison des approches quantitative et qualitative a permis de collecter des informations complémentaires sur les motivations et pratiques environnementales des IMF et sur les processus de prise de décision.
Résultats
Notre analyse révèle que l’engagement écologique dans le secteur de la microfinance est avant tout motivé par la responsabilité sociale, de manière additionnelle par la compétitivité, et dans une moindre mesure par la légitimation. Si les trois motifs peuvent avoir une influence cumulée sur la prise de décision des IMF, la plupart des institutions qui décident de devenir vertes suivent une motivation dominante, et chaque motivation semble être associée à une stratégie de microfinance verte spécifique.
Légitimation
Notre étude révèle tout d’abord que certaines IMF ont commencé à prendre en compte la problématique environnementale en réponse aux réglementations et pressions des parties prenantes :
C’est [un bailleur] qui a mis en place ce critère, c’est pour cette raison que les IMF ont commencé à regarder de plus près les activités de leurs clients en relation avec l’environnement. (Directeur, IMF 7, Madagascar)
Pour ces IMF, la légitimation est le facteur d’engagement écologique dominant. Cependant, notre étude montre que les IMF qui suivent cette motivation s’engagent dans la gestion environnementale de manière minimaliste : elles adoptent une liste d’exclusion et refusent de financer les activités trop préjudiciables à l’environnement.
D’un autre côté, les IMF qui sont les plus proactives aujourd’hui en termes de gestion environnementale (adoptant une approche positive via l’octroi de microcrédits verts ou de formations) affirment clairement qu’elles n’ont pas décidé de gérer leur impact environnemental sous la pression des parties prenantes. Au contraire, elles assurent que c’est leur propre motivation et engagement qui ont conduit à la décision de devenir vert :
Ce qui pour moi a du sens, c’est ce qui a de la valeur : pour la communauté, pour la société, et pour l’humanité. Je n’agis pas par pression ! (Directeur, IMF 16, Tanzanie)
La légitimation n’apparaît donc pas comme le facteur d’engagement écologique le plus influant en microfinance. Certaines IMF adoptent des standards environnementaux minimalistes en réponse aux exigences des investisseurs, bailleurs de fonds ou gouvernements. La pression de ces parties prenantes reste toutefois limitée, et les IMF les plus actives au niveau environnemental ne semblent pas être principalement motivées par ce facteur.
Compétitivité
Le second facteur d’engagement écologique testé est la compétitivité. Une grande majorité des 160 IMF sondées associent le développement de programmes environnementaux à des bénéfices économiques et stratégiques clairs. Les bénéfices les plus souvent cités sont la différenciation vis-à- vis des compétiteurs (mentionnée par 88 pourcent des répondants), l’accès à de nouveaux financements (74 pourcent), et l’expansion de leur marché (60 pourcent).
Lorsque la compétitivité est la motivation dominante, les IMF ont tendance à opter pour le développement de microcrédits visant à promouvoir les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique. Ces IMF perçoivent l’offre de microcrédits énergie comme une véritable opportunité commerciale.
Cependant, pour un certain nombre d’IMF proactives, l’engagement écologique ne semble pas être basé uniquement sur des motivations économiques. Comme nous le verrons dans la section suivante, la motivation principale qu’elles mentionnent est leur responsabilité sociale. La compétitivité n’apparaît que comme un facteur secondaire dans leurs déclarations : elles s’engagent dans la microfinance verte parce qu’elles se sentent responsables vis-à-vis de la protection de l’environnement et de la promotion d’un développement durable, et cette décision leur apporte de manière additionnelle des bénéfices stratégiques et financiers.
Responsabilité sociale
Le troisième facteur d’engagement écologique testé dans notre étude est la responsabilité sociale.
Parmi les 160 IMF sondées, 86 pourcent identifient un lien clair entre leur mission sociale et la protection de l’environnement. Les IMF proactives considèrent en effet que réduire leur impact environnemental fait partie de leur rôle et mission. Cette vision est toutefois loin d’être partagée par toutes les IMF. Elle varie notamment selon le positionnement de l’IMF entre une approche minimaliste ou intégrée. Pour les IMF ayant une approche minimaliste, le rôle de la microfinance doit se limiter à l’offre de services financiers aux populations vulnérables. Ces IMF estiment donc que la protection de l’environnement est hors de leur champ d’action et constituerait même une dérive de mission :
Notre rôle se limite au financement. La pollution de l’environnement est dévolue à d’autres services, d’autres structures techniques qui s’en occupent. […] Quand tu rentres dans la protection de l’environnement, tu dévies de tes objectifs (Responsable crédit, IMF 10, Mali)
D’un autre côté, les IMF ayant une approche intégrée se définissent généralement comme des institutions de développement avec une mission sociale claire. Ces institutions pourraient donc être enclines à considérer qu’elles ont aussi un rôle à jouer, et même une responsabilité, dans la promotion d’un développement humain durable. Les IMF ayant une approche intégrée ne s’engagent pas toutes dans la gestion de leur impact environnemental. Certaines d’entre elles soulignent toutefois que la protection de l’environnement fait intégralement partie de leur approche holistique :
Pour nous, notre programme microcrédit est important, mais ce n’est pas notre but final.
Notre objectif est le développement holistique des communautés rurales. Pour atteindre cet objectif, nous ne pouvons pas ignorer la problématique environnementale.
(Directrice, IMF 23, El Salvador)
Lors de nos entretiens, les managers qui sont les plus actifs et innovants en termes de gestion environnementale ont insisté sur le fait que leur principal motif est d’honorer leur responsabilité sociale. La responsabilité sociale apparaît comme le facteur d’engagement écologique le plus influent dans le secteur de la microfinance aujourd’hui. En ligne avec les résultats de Bansal & Roth (2000), notre étude révèle que les institutions pour lesquelles la responsabilité sociale est la motivation dominante ont tendance à développer des programmes environnementaux plus indépendants et innovants.
Discussion et conclusion
Alors que les études dédiées au secteur manufacturier montrent que l’engagement écologique des entreprises est principalement motivé par les facteurs de légitimation et compétitivité (Bansal & Roth, 2000; Williamson et al., 2006), notre étude révèle des résultats opposés pour la microfinance aujourd’hui. Cela peut s’expliquer par la spécificité de la microfinance par rapport aux entreprises classiques : en plus de leur objectif financier, les IMF sont censées remplir une mission sociale.
Nos résultats ont donc des implications politiques très différentes. Dans leur article, Bansal & Roth (2000) estiment que les réglementations et les pressions des parties prenantes peuvent être des mécanismes efficaces pour encourager les industries manufacturières à s’engager dans la protection de l’environnement. Le secteur de la microfinance est différent : son impact environnemental est indirect, moins visible, et en conséquence plus difficile à contrôler à travers des réglementations.
Lorsque les IMF deviennent vertes en réponse aux pressions des parties prenantes (la légitimation étant la motivation dominante), elles optent en général pour une approche minimale et négative : l’adoption d’une liste d’exclusion. Augmenter la pression sur les IMF n’est donc pas forcément le mécanisme le plus adéquat pour les encourager à gérer leur impact environnemental de manière positive. D’un autre côté, les IMF principalement motivées par leur responsabilité sociale ont tendance à adopter une approche plus positive (offre de microcrédits verts, sensibilisation des clients, organisations de formations, etc.). Notre étude révèle notamment que deux éléments contextuels
jouent un rôle clé dans ce type d’engagement environnemental : l’influence d’un leader et l’accès à une expertise technique. Les investisseurs et bailleurs de fonds de la microfinance peuvent donc promouvoir un engagement écologique positif en facilitant l’échange d’expériences et en fournissant aux IMF intéressées l’appui technique nécessaire pour gérer leur impact environnemental.
Le secteur de la microfinance doit toutefois être prudent quant aux stratégies environnementales qu’il promeut. Les connaissances sur l’efficacité des différents types de programmes et leur impact sur les clients de la microfinance restent en effet limitées. Lors de recherches futures, il sera essentiel d’examiner dans quelle mesure la microfinance peut contribuer à la protection de l’environnement, quelles stratégies sont efficaces, et quels sont les impacts des programmes de microfinance verte sur les clients.
CHAPITRE 3.
Microfinance Verte. Caractéristiques des institutions de microfinance engagées dans la gestion environnementale
Cet article a été co-écrit avec Marek Hudon.
Bien qu’il y ait un intérêt croissant à l’égard de la microfinance verte, aucune étude empirique ne s’est penchée sur les caractéristiques des institutions de microfinance (IMF) les plus actives dans la gestion environnementale. Dans leur discours, les promoteurs d’une microfinance verte ne précisent pas si l’approche « triple bottom line » concerne tous les types d’IMF. Le secteur de la microfinance comprend pourtant une grande variété d’institutions, que cela soit en termes de taille, statut, maturité, performance ou mission. Pour la première fois, cet article cherche à identifier les caractéristiques des IMF engagées dans la gestion environnementale. Plus particulièrement, nous avons décidé d’examiner la relation entre la performance environnementale des IMF et leur taille, performance financière, âge et statut légal. Identifier ces caractéristiques nous aidera à comprendre quels sont les facteurs liés à la performance environnementale des IMF et les obstacles rencontrés. Cela aidera également les bailleurs de fonds à orienter leur appui technique et financier pour la promotion d’une microfinance verte. Dans cette perspective, nous avons utilisée la méthodologie du Microfinance Environmental Performance Index (MEPI) que nous avons appliquée à un échantillon de 160 IMF dans le monde.
Cadre théorique et hypothèses sur les caractéristiques des IMF vertes
Les facteurs pouvant influer sur la performance environnementale des IMF sont nombreux. Dans le cadre de cet article, nous avons choisi de nous concentrer, dans une première étape, sur les facteurs qui sont au cœur des préoccupations des praticiens et des chercheurs aujourd’hui. Ces facteurs ont pu être identifiés grâce à une étude qualitative antérieure (Chapitre 2) et à une revue de littérature extensive touchant aux domaines de la performance environnementale des entreprises, de la Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE) et de la performance sociale en microfinance. Ce travail
nous a permis de définir des hypothèses concernant le lien entre la performance environnementale des IMF d’un côté et leur taille, performance financière, âge et statut légal de l’autre.
Taille de l’institution
La plupart des publications académiques estiment que les entreprises les plus grandes ont une meilleure performance environnementale. Certains auteurs mettent en avant le fait que les grandes entreprises sont plus visibles, attirent davantage l’attention des différentes parties prenantes, et sont donc exposées à des risques de réputation plus élevés si elles ne gèrent pas leur impact environnemental (Arora & Cason, 1996; Chen & Metcalf, 1980; Erlandsson & Tillman, 2009; Orlitzky, 2001; Scholtens & Dam, 2007 ; Stanwick & Stanwick, 1998). De plus, les grandes entreprises ont généralement accès à des ressources (humaines ou financières) plus importantes leur permettant d’investir dans des programmes de gestion environnementale (Erlandsson & Tillman, 2009;
Udayasankar, 2008). Enfin, les grandes entreprises peuvent bénéficier d’économies d’échelle dans leurs efforts écologiques, notamment dans les phases de recherche & développement ou de marketing lors de l’élaboration d’un nouveau produit (vert) (Acs & Audretsch, 1987 ; Elsayed & Paton, 2007; Orlitzky, 2001; Udayasankar, 2008).
Les mêmes logiques pourraient s’appliquer au secteur de la microfinance. En effet, les IMF ayant une taille plus importante ont une plus grande visibilité auprès des acteurs internationaux, un meilleur accès aux ressources, et peuvent plus facilement atteindre des économies d’échelle. Si le risque de réputation est l’élément de motivation principal pour l’engagement écologique, nous pouvons supposer que les grandes IMF auront tendance à s’engager dans le développement d’une politique environnementale ou dans la gestion des risques environnementaux de leurs clients. Ces approches ont une plus grande visibilité auprès des bailleurs de fonds et des investisseurs, s’inscrivent parfaitement dans une stratégie de communication et permettent aux IMF de réduire leurs impacts négatifs sans fournir d’efforts trop importants. Si les économies d’échelle sont l’élément de motivation principal, nous pouvons supposer que les grandes IMF auront tendance à offrir des microcrédits verts pour promouvoir les activités et technologies respectueuses de l’environnement. En effet, développer un nouveau produit financier implique des coûts initiaux élevés en termes de recherche et développement (Araya & Christen, 2004; Coulson & Dixon, 1995; Wenner, 2002) et peut donc s’avérer peu rentable pour de petites IMF.
En nous appuyant sur la littérature existante, nous avons donc défini la première hypothèse suivante : H1. Les grandes IMF ont tendance à avoir une meilleure performance environnementale.
Performance financière
La littérature fait souvent l’hypothèse d’une relation positive entre la performance sociale/environnementale d’une entreprise et sa performance financière antérieure, selon la théorie des ressources disponibles (« slack resources ») développée par Waddock & Graves (1997). Ces derniers estiment en effet qu’une meilleure performance financière peut générer des ressources (financières et autres) permettant à l’entreprise d’investir dans les domaines de performance sociale et environnementale. Elijido-Ten (2007) et Husillos & Alvarez-Gil (2008) suggèrent également que les organisations avec une faible rentabilité se concentrent avant tout sur les attentes économiques de leurs parties prenantes et n’ont pas la capacité financière pour initier des programmes sociaux et environnementaux coûteux.
Développer des programmes de microfinance verte implique certains coûts pour l’IMF (Araya &
Christen, 2004; Coulson & Dixon, 1995; Wenner, 2002) : des coûts liés à la recherche et développement lors de l’élaboration d’un microcrédit vert, des coûts d’acquisition de nouvelles compétences, des charges liées à l’offre de services non-financiers ne générant pas de revenus, etc.
Les IMF ayant une meilleure performance financière seraient donc plus susceptibles de s’engager dans la gestion environnementale. En particulier, elles seraient en meilleure position pour adopter des stratégies ayant des coûts initiaux plus élevés, telles que l’offre de microcrédits verts et de services environnementaux non-financiers. Notre deuxième hypothèse est donc la suivante :
H2. Les IMF avec une meilleure performance financière ont tendance à avoir une meilleure performance environnementale.
Maturité de l’institution
Outre la taille et la performance financière, la maturité d’une institution pourrait aussi influencer sa performance environnementale. La littérature sur les cycles de vie des organisations propose un cadre d’analyse intéressant. Plusieurs auteurs soulignent que les entreprises en phase de lancement (start-up) sont plus enclines à innover car elles ont besoin de se créer une niche commerciale et de se
différencier des concurrents déjà présents sur le marché (Elsayed & Paton, 2007 ; Gray & Ariss, 1985;
Quinn & Cameron, 1983). D’autres auteurs, cependant, estiment que les entreprises en phase de lancement sont avant tout préoccupées par leur survie et ont tendance à ignorer certaines parties prenantes non prioritaires telles que les groupes environnementaux (Jawahar & McLaughlin, 2001;
Lippitt & Schmidt, 1967). Dans la phase de croissance rapide, la plupart des auteurs estiment que les entreprises ont tendance à se concentrer sur leur performance à court terme et à mettre de côté les initiatives et acteurs environnementaux (Elsayed & Paton, 2007; Jawahar & McLaughlin, 2001). A l’inverse, quand elles atteignent un stade de maturité, les entreprises auraient tendance à être plus proactives en termes de gestion environnementale, tout d’abord parce qu’elles ont plus de ressources disponibles leur permettant d’investir dans les domaines sociaux et environnementaux, et également parce qu’elles sont plus visibles et doivent répondre aux attentes des parties prenantes (Elsayed &
Paton, 2007; Jawahar & McLaughlin, 2001). Dans le secteur de la microfinance, Bédécarrats et al (2011) identifient que la performance sociale augmente avec l’âge des IMF du fait d’une formalisation accrue des procédures chez les IMF plus matures.
En ligne avec Elsayed & Paton (2007), nous pourrions faire l’hypothèse que les IMF dans leur phase de lancement (start-up) pourraient s’engager dans la microfinance verte dans une stratégie de différenciation. Toutefois, les IMF subissant des pressions importantes en termes d’objectifs financiers dans la phase de démarrage, on peut supposer que les jeunes IMF ont plutôt tendance à se concentrer sur leurs objectifs de performance à court terme et à remettre à plus tard la gestion de leur impact environnemental. De plus, les coûts financiers et la complexité technique constituent des barrières significatives à l’engagement des IMF dans le domaine environnemental. Nous pouvons donc supposer que les IMF matures ont en moyenne une meilleure performance environnementale car elles sont plus visibles sur le marché, ont plus de ressources disponibles (Elsayed & Paton, 2007;
Jawahar & McLaughlin, 2001) et ont développé des procédures plus formelles (Bédécarrats et al, 2011). Nous avons donc défini notre troisième hypothèse comme suit :
H3. Les IMF matures ont tendance à avoir une meilleure performance environnementale.
Statut légal
Enfin, pour étudier si la gestion environnementale concerne certains types d’IMF seulement, il est important de prendre en compte l’influence du statut des IMF. Parmi les quatre statuts couramment
utilisés pour classifier les IMF (banques, institutions financières non bancaires, coopératives et organisations non gouvernementales), deux en particulier pourraient être associés à une meilleure performance environnementale : les banques et les organisations non gouvernementales (ONG).
Depuis une vingtaine d’années, un nombre croissant de gouvernements ont adopté des lois sur la responsabilité juridique environnementale des institutions financières (Boyer & Laffont, 1997; Coulson
& Dixon, 1995; Thompson & Cowton, 2004). Les IMF ayant un statut bancaire tombent sous le champ d’application de ces lois. Cela pourrait donc les inciter à améliorer leur performance environnementale, notamment à travers l’adoption d’une liste d’exclusion, de critères de sélection environnementaux ou à travers l’offre de microcrédits verts.
Par ailleurs, dans une étude sur la ‘Microfinance Plus’, Lensink & Mersland (2009) montrent que les IMF ayant le statut d’ONG ont davantage tendance à proposer à leurs clients des services non- financiers (formations, accompagnement, sensibilisation) en plus de leurs produits financiers. Nous pouvons supposer que les IMF ayant le statut d’ONG auront tendance à opter pour des stratégies positives de promotion des activités, technologies et pratiques respectueuses de l’environnement (formations, sensibilisation).
Nous avons donc défini nos deux dernières hypothèses comme suit :
H4. Les IMF ayant un statut bancaire ont tendance à avoir une meilleure performance environnementale, notamment à travers la gestion des risques environnementaux.
H5. Les IMF ayant un statut d’ONG ont tendance à avoir une meilleure performance environnementale, notamment à travers l’offre de services non-financiers environnementaux.
Données et Méthodologie
Évaluation de la performance environnementale des IMF
La problématique étant nouvelle dans le secteur de la microfinance, il n’existe pas encore de méthodologie standardisée pour évaluer la performance environnementale des IMF. Dans le cadre de cet article, nous avons décidé d’utiliser le Microfinance Environmental Performance Index (MEPI) présenté dans le Chapitre 1 de cette thèse. Cet indice permet d’évaluer la performance environnementale des IMF autour de cinq dimensions : (1) Politique Environnementale ; (2) Empreinte
Ecologique ; (3) Gestion des Risques Environnementaux ; (4) Microcrédits Verts ; et (5) Services Environnementaux Non-Financiers.
Collecte des données
Afin de collecter des données de première main, nous avons réalisé un sondage sur la base du MEPI.
Le questionnaire a été soumis à 426 IMF identifiées via le MIX Market1. Les IMF ont été contactées individuellement en mars 2011. Le questionnaire devait être rempli en ligne et était disponible en anglais, français et espagnol. Après un nettoyage de la base de données, nous avons validé un nombre total de 160 questionnaires correspondant à un taux de réponse de 38%. Nous avons ensuite complété la base de données en collectant sur le MIX des informations sur les caractéristiques des IMF : statut légal, date de création, nombre d’emprunteurs actifs, ratio d’autosuffisance opérationnelle, portefeuille à risque à 30 jours, etc.
Représentativité de l’échantillon
En comparant les caractéristiques de notre échantillon avec celui du MIX, nous avons confirmé que notre échantillon de 160 IMF est bien représentatif du secteur de la microfinance en termes de répartition géographique, statut légal, taille, âge moyen, portefeuille à risque moyen, etc.
Caractéristiques des scores MEPI
Dans le cadre de cette recherche, nous avons évalué la performance environnementale des IMF en attribuant un score de quatre points pour chacune des cinq dimensions, faisant un total de vingt points pour le score MEPI global. Nous n’avons pas eu les ressources suffisantes pour rendre visite à chacune des IMF sondées et vérifier leurs pratiques. Nous avons donc dû nous contenter de leurs déclarations pour évaluer leur performance environnementale, avec le risque que celles-ci surestiment leur performance (discours ‘greenwashing’). Pour éviter ce biais, nous avons inclus des questions de contrôle dans notre questionnaire et ajusté notre base de données dans les quelques cas où il y avait des incohérences. La tendance des IMF sondées à surestimer leur performance semble toutefois
1 Le MIX Market (www.mixmarket.com) est un site internet qui rassemble des données sur la performance opérationnelle, financière et sociale de plus de 2.000 IMF.