Évaluation du
«Projet d’urgence en réponse à la crise alimentaire et de l’élevage au profit des réfugiés/retournés et populations hôtes des zones touchées par la crise centrafricaine (PURCAE)»
Série évaluation de projet
10/2021
Série évaluation de projet 10/2021
Évaluation du «Projet d’urgence en réponse à la crise alimentaire et de l’élevage au profit des réfugiés/retournés et populations
hôtes des zones touchées par la crise centrafricaine (PURCAE)»
UTF/CHD/042/CHD (phase 1) et UTF/CHD/045/CHD (phase 2)
ORGANISATION DES NATIONS UNIES POUR L’ALIMENTATION ET L’AGRICULTURE Rome, 2021
Citer comme suit:
FAO. 2021. Évaluation du «Projet d’urgence en réponse à la crise alimentaire et de l’élevage au profit des réfugiés/retournés et populations hôtes des zones touchées par la crise centrafricaine (PURCAE)» UTF/CHD/042/CHD (phase 1) et UTF/CHD/045/CHD (phase 2). Série évaluation de projet, 10/2021. Rome.
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ISBN 978-92-5-135082-9
© FAO, 2021
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Résumé
Le projet PURCAE «Projet d’urgence en réponse à la crise alimentaire et de l’élevage au profit des réfugiés/retournés et populations hôtes des zones touchées par la crise centrafricaine (PURCAE)» doté d'un budget total de USD 18 millions, a été mis en œuvre par la Représentation de la FAO au Tchad en deux phases distinctes sur la période juillet 2015 - février 2020. Le projet fait partie d’un programme plus large du Gouvernement tchadien financé par la Banque mondiale auquel ont participé d’autres agences parmi lesquelles le Programme alimentaire mondial (PAM) pendant la première phase et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et l’UNICEF pendant la deuxième phase.
L’évaluation, réalisée entre janvier et septembre 2020, a consisté en une mission conduite par une équipe d’experts indépendants sous la coordination du Bureau de l’évaluation de la FAO et suivie d'une enquête quantitative.
Le projet PURCAE était aligné sur les principales politiques du Tchad et sa conception a été basée sur une bonne compréhension du contexte. Malgré sa nature d’urgence, le PURCAE a intégré des activités durables et était cohérent, dans sa formulation, avec l’approche du nexus humanitaire-développement- paix.
Grâce à un appui multiforme fourni sur plusieurs années, le projet compte parmi ses acquis une contribution au renforcement des groupes de producteurs semenciers (améliorant la disponibilité de semences de qualité) et des groupes de producteurs maraîchers (améliorant la disponibilité de légumes au niveau local). En ce qui concerne le volet élevage et la réduction des conflits, figurent parmi ses effets l’amélioration de la santé animale grâce aux campagnes de vaccinations, la réalisation de plusieurs infrastructures et la réhabilitation des couloirs de transhumance. Les appuis plus ponctuels comme les distributions de petits ruminants et les distributions de semences pluviales ont induit moins de changements en raison de leur nature ponctuelle et du suivi limité.
Les formations reçues ont été indiquées par les bénéficiaires comme un facteur clé d’amélioration de leur production. L’évaluation recommande ainsi d’introduire les Champs-écoles producteurs (CEP) comme approche de renforcement des capacités pour accompagner les producteurs dans les différentes activités et de les insérer dans une approche «Caisse de résilience» plus large, qui les complète avec un volet financier et social. Pour ce dernier, l’adoption de l’approche «Dimitra» est recommandée.
Les conflits agro-pastoraux, qui continuent à croître dans la zone du projet, nécessiteront de la part de la FAO de conjuguer ses efforts avec ceux d’autres partenaires pour un programme plus ambitieux de prévention et médiation des conflits. Certaines interventions ponctuelles dans le cadre de projets courts de consolidation de la paix ont été mises en œuvre, mais sans outils harmonisés et sans perspectives de long terme pour assurer le nexus humanitaire-développement-paix. L’évaluation recommande à la FAO d’axer son action sur le renforcement des ministères et la réunion des partenaires afin d'engager un processus d’harmonisation des outils et des approches dans ce domaine.
Table des matières
Résumé ... iii
Remerciements ... vi
Abréviations, sigles et acronymes ... vii
Résumé exécutif ... viii
1 Introduction ... 1
1.1 Finalité, portée et objectif de l'évaluation ... 1
1.2 Méthodologie ... 2
1.3 Limites ... 4
1.4 Structure du rapport ... 4
2 Historique et contexte du projet ... 5
2.1 Rappel du contexte ... 5
2.2 Description du projet ... 5
3 Principaux constats ... 9
3.1 Pertinence ... 9
3.2 Efficacité, effets et changements générés ... 16
3.3 Effets générés et durabilité ... 37
3.4 Efficience de la stratégie de mise en œuvre ... 43
3.5 Dimension de genre ... 44
4 Conclusions et recommandations ... 49
4.1 Conclusions ... 49
4.2 Recommandations ... 50
Bibliographie ... 52
Encadré et tableaux Encadré
Encadré 1. Collaboration entre les trois principales agences des Nations Unies impliquées ... 13Tableaux
Tableau 1. Nombre de groupes de discussion par type d'activité... 3Tableau 2. Nombre de personnes interrogées par groupe ... 3
Tableau 3. Interventions de soutien aux comités de paix et de dialogue menées par d'autres acteurs .... 36
vi
Remerciements
Le Bureau de l’évaluation de la FAO (OED) souhaite remercier toutes les personnes qui ont contribué à cette évaluation.
L’équipe d’évaluation était composée d’un chef d’équipe expert en agriculture, M. Adama Belemviré, d’un expert en élevage, M. Jean-Marcel Mandeng, d’un expert en prévention de conflits agro-pastoraux et en appui aux réfugiés/retournés, M. Koffi Alinon, et d’une experte en genre, Mme Alhascari Solkem. Au niveau de l’OED, l’évaluation a été gérée par Mme Genny Bonomi et M. Emmanuel Hakizimfura. L’enquête quantitative a été réalisée par une équipe de deux experts du Bureau d’étude du Centre d'études et de recherches pour la dynamique des organisations (CERDO), M. Davy Adoumadji, économiste environnementaliste, et M. Douswe Dehainsala, économiste statisticien.
L’évaluation a été menée avec l’assistance précieuse du personnel de la Représentation de la FAO au Tchad. Sa disponibilité, sa contribution et ses conseils ont facilité la mise en œuvre de l'évaluation. Un remerciement particulier est adressé à M. Molengar Ngoundo qui a accompagné l’équipe lors des missions de terrain et s'est montré toujours disponible pour fournir informations et clarifications sur les activités du projet tout au long de l’évaluation.
L’évaluation a bénéficié des contributions d’autres parties prenantes, dont les fonctionnaires du pays, les organisations non gouvernementales partenaires de mise en œuvre, le personnel des agences des Nations Unies et les bénéficiaires de l’intervention qui ont été mobilisés pour répondre aux sollicitations de l’équipe d'évaluation. Ces contributions ont été fondamentales pour le travail de l’équipe et considérablement appréciées.
Abréviations, sigles et acronymes
ACSA Agent communautaire de santé animale
ANADER Agence nationale d’appui au développement rural ASMONGO Association pour la solidarité Mongo
ATURAD Association des témoins des urgences et des actions de développement
CEP Champ-école producteurs
CPD Champ pédagogique de démonstration
CRRP Plan de réponse pour les réfugiés
DOPESSP Organisation des professionnels de l’élevage et de la sécurisation des systèmes pastoraux
DPVC Direction de la protection des végétaux et du conditionnement DSP Direction des semences et plants
FAO Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture FGD Groupe de discussion (de l'anglais Focus Group Discussion)
Franc CFA Franc de la communauté financière africaine
GIZ Coopération allemande au développement (de l'allemand Deustche Gesellschaft für internationale Zusammenarbeit)
ITRAD Institut tchadien de recherche agronomique pour le développement MEPA Ministère de l'élevage et des productions animales
OED Bureau de l'évaluation de la FAO
OIM Organisation internationale pour les migrations ONG Organisation non gouvernementale
PAM Programme alimentaire mondial (ou WFP en anglais)
PBF Fonds pour la consolidation de la paix (de l'anglais Peace Building Fund)
PDL Plan de développement local
PURCAE
Projet d’urgence en réponse à la crise alimentaire et de l’élevage au profit des réfugiés/retournés et populations hôtes des zones touchées par la crise centrafricaine
RCA République centrafricaine
SNU Système des Nations Unies
UNHCR (ou HCR) Agence des Nations Unies pour les réfugiés UNICEF Fonds des Nations Unies pour l'enfance
viii
Résumé exécutif
1. Le projet PURCAE «Projet d’urgence en réponse à la crise alimentaire et de l’élevage au profit des réfugiés/retournés et populations hôtes des zones touchées par la crise centrafricaine (PURCAE)»
doté d'un budget total de USD 18 millions, a été mis en œuvre par la Représentation de la FAO au Tchad en deux phases distinctes sur la période juillet 2015 - février 2020. Le projet fait partie d’un programme plus large du Gouvernement tchadien financé par la Banque mondiale auquel ont participé d’autres agences parmi lesquelles le Programme alimentaire mondial (PAM) pendant la première phase et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et l’UNICEF pendant la deuxième phase.
2. L’évaluation, réalisée entre janvier et septembre 2020, a consisté en une mission conduite par une équipe d’experts indépendants sous la coordination du Bureau de l’évaluation de la FAO et suivie d'une enquête quantitative.
3. Le projet PURCAE était aligné sur les principales politiques du Tchad et sa conception a été basée sur une bonne compréhension du contexte. Malgré sa nature d’urgence, le PURCAE a intégré des activités durables et était cohérent, dans sa formulation, avec l’approche du nexus humanitaire- développement-paix.
4. Grâce à un appui multiforme fourni sur plusieurs années, le projet compte parmi ses acquis une contribution au renforcement des groupes de producteurs semenciers (améliorant la disponibilité de semences de qualité) et des groupes de producteurs maraîchers (améliorant la disponibilité de légumes au niveau local). En ce qui concerne le volet élevage et la réduction des conflits, figurent parmi ses effets l’amélioration de la santé animale grâce aux campagnes de vaccinations, la réalisation de plusieurs infrastructures et la réhabilitation des couloirs de transhumance. Les appuis plus ponctuels comme les distributions de petits ruminants et les distributions de semences pluviales ont induit moins de changements en raison de leur nature ponctuelle et du suivi limité. Des risques de conflits futurs liés à la non-fonctionnalité des comités de gestion des ouvrages et à la dévastation des champs par le bétail ont été rapportés à l’équipe d’évaluation quasiment dans tous les sites.
5. La FAO s’est peu impliquée dans l’appui technique des autres parties prenantes de la mise en œuvre du PURCAE sur des sujets importants comme le ciblage des bénéficiaires, l’animation des champs pédagogiques de démonstration, etc. Pourtant, cet appui devait constituer le premier niveau de renforcement des capacités de ces acteurs sur les processus, les outils, les méthodes, etc., avant qu’ils ne commencent la mise en œuvre des activités. Très souvent, la FAO a laissé faire dans l’esprit que les acteurs connaissaient déjà leur travail. La valeur ajoutée de la FAO aurait été plus forte si elle avait introduit certaines approches ayant fait leurs preuves depuis plusieurs années et dans plusieurs pays (Champs-écoles producteurs, clubs Dimitra, Caisses de résilience, etc). En effet, l’évaluation a montré que les formations reçues par les bénéficiaires sont considérées comme un facteur clé de l’amélioration de leur production, ce qui conforte encore davantage l’idée d’introduire des CEP pour accompagner l’agriculture pluviale, le maraîchage ou l’élevage.
6. Dans la première phase du PURCAE, la contractualisation d'une ONG crédible pour les activités de sensibilisation sur la prévention des conflits a produit des résultats perceptibles sur le terrain et s’est révélée une stratégie indiquée pour mettre en œuvre ce volet des activités du projet. Les conflits agro-pastoraux, qui continuent à croître dans la zone du projet, nécessiteront de la part de la FAO de conjuguer ses efforts avec d’autres partenaires pour un programme plus ambitieux.
Certaines interventions ponctuelles dans le cadre de projets courts de consolidation de la paix
sont mises en œuvre par différents partenaires, mais sans outils harmonisés et sans perspectives de long terme pour assurer le nexus humanitaire-développement-paix.
7. La mise en œuvre du PURCAE a révélé des insuffisances dans les pratiques de ciblage, de programmation et de suivi, qui peuvent être capitalisées comme des enseignements tirés. Parmi ces faiblesses, l’évaluation a constaté plusieurs retards dans les distributions de semences et des dysfonctionnements dans les distributions d’animaux.
8. Les trois agences des Nations Unies impliquées dans la mise en œuvre du PURCAE ne sont pas parvenues à harmoniser leur planification au détriment d'une mise en œuvre efficace du projet.
9. Enfin, pour ce qui concerne l’intégration de la dimension de genre, le projet s’est concentré sur la distribution de biens matériels et l’organisation de formations ponctuelles, sans pouvoir développer des approches d’autonomisation susceptibles de transformer les rôles/relations entre hommes et femmes. La prise en compte de la politique sur l’égalité des sexes de la FAO (FAO, 2013) et la contribution à ses objectifs ont été partielles.
Recommandations
Recommandation 1. Finaliser les activités essentielles du PURCAE qui n'ont pas été achevées.
Recommandation 2. Introduire les CEP comme approche de renforcement des capacités pour accompagner les producteurs dans les différentes activités (production pluviale, maraîchère ou élevage) et les insérer dans une approche «Caisse de résilience» plus large, qui les complète avec un volet financier et social.
Recommandation 3. Identifier des ONG crédibles pour l’activité de prévention des conflits en synergie avec les autres acteurs (État, partenaires, société civile, éleveurs, et producteurs). Il s’avèrera nécessaire de mettre en œuvre des programmes plus ambitieux en partenariat avec d’autres organisations pour répondre convenablement aux conflits toujours en hausse. La FAO pourrait également renforcer les ministères et réunir les partenaires afin d'engager un processus d’harmonisation des outils de prévention et de médiation des conflits.
Recommandation 4. Valoriser les leçons apprises dans les pratiques de ciblage, de programmation et de suivi dans le cadre de la formulation et de la mise en œuvre des projets futurs de la FAO.
Recommandation 5. Renforcer les synergies avec les autres agences des Nations Unies en matière de planification et mise en œuvre de projets conjoints futurs.
Recommandation 6. Contribuer davantage aux objectifs de la politique nationale sur le genre et de la politique de la FAO sur l’égalité des sexes.
1 Introduction
1. Ce rapport présente les résultats de l’évaluation finale du «Projet d’urgence en réponse à la crise alimentaire et de l’élevage au profit des réfugiés/retournés et populations hôtes des zones touchées par la crise centrafricaine (PURCAE)». Le projet, doté d'un budget total de USD 17 881 672, fait partie d’un programme plus large du Gouvernement tchadien financé par la Banque mondiale auquel ont participé d’autres agences parmi lesquelles le Programme alimentaire mondial (PAM), l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et l’UNICEF. Il a été mis en œuvre par la Représentation de la FAO au Tchad en deux phases sur la période allant de juillet 2015 à décembre 2017 pour la phase 1 (UTF/CHD/042/CHD – USD 11 000 000) et de mars 2018 à février 2020 pour la phase 2 (UTF/CHD/045/CHD – USD 7 031 404). La mission d’évaluation, réalisée entre janvier et février 2020, a été conduite par une équipe d’experts indépendants sous la coordination du Bureau de l’évaluation de la FAO. Elle a été suivie par une enquête menée entre avril et mai 2020. Les résultats de l’enquête sont intégrés dans ce rapport.
1.1 Finalité, portée et objectif de l'évaluation
1. L’évaluation poursuivait une double finalité:
i. Elle visait, d'une part, à dresser un bilan objectif et critique de la mise en œuvre du projet au Tchad et à rendre compte des principaux résultats atteints au Gouvernement tchadien, à la Banque mondiale, à la FAO et aux bénéficiaires du projet.
ii. Elle visait, d'autre part, à tirer des leçons et les bonnes pratiques de cette expérience pour éclairer les futures interventions ayant des objectifs similaires et pour une éventuelle mobilisation de fonds supplémentaires.
2. Les objectifs de l’évaluation étaient multiples:
i. analyser la pertinence du projet;
ii. apprécier les résultats atteints, les effets et la durabilité des changements induits;
iii. évaluer la stratégie de mise en œuvre (incluant la coordination/les synergies avec d’autres partenaires et d’autres projets de la FAO);
iv. mettre en exergue les acquis et insuffisances du nexus humanitaire-développement-paix dans la mise en œuvre du projet; et
v. analyser l’intégration de la dimension du genre et, de manière plus générale, de l’équité dans la conception et la mise en œuvre du projet.
3. Pour guider l’évaluation, six séries de questions ont été élaborées en relation avec les critères d’évaluation:
i. PERTINENCE: Dans quelle mesure le projet est-il aligné sur les politiques nationales et les plans de réponse humanitaire en appui aux réfugiés et retournés? Dans quelle mesure les activités ont-elles été développées sur la base d’une analyse du contexte et sont-elles pertinentes par rapport aux besoins des bénéficiaires?
ii. EFFICACITÉ: Dans quelle mesure le projet a-t-il contribué à améliorer la production agricole et animale et à atténuer/prévenir les conflits agro-pastoraux?
iii. PROGRÈS VERS L’IMPACT: Quelles sont les preuves qui indiquent que le projet a contribué à atteindre l’impact prévu: «renforcer les capacités des bénéficiaires à améliorer durablement leur situation alimentaire et nutritionnelle»?
iv. DURABILITÉ: Dans quelle mesure les résultats atteints et les changements générés sont- ils durables?
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v. EFFICIENCE: Dans quelle mesure la stratégie de mise en œuvre du projet a-t-elle été efficace?
vi. INTÉGRATION DE LA DIMENSION DE GENRE: Dans quelle mesure la conception et la mise en œuvre du projet ont-elles pris en compte les besoins spécifiques des femmes et des hommes?
4. Afin de répondre à ces interrogations, les questions principales ont été décomposées et développées dans une matrice d'évaluation élaborée par l’équipe de l’évaluation, sous la coordination du Bureau de l’évaluation de la FAO, lors de la phase initiale de la mission.
5. L’évaluation a porté sur toutes les activités mises en œuvre lors des deux phases du projet. La phase qualitative a couvert trois régions du projet (Logone Oriental, Mandoul et Moyen-Chari) tandis que l’enquête a couvert l’ensemble des quatre régions du projet (incluant le Salamat).
6. Les principaux destinataires et utilisateurs visés par l'évaluation sont le personnel de la Représentation de la FAO au Tchad, les Bureaux décentralisés de la FAO et les Divisions du Siège impliquées dans le projet qui pourraient utiliser les résultats de l'évaluation dans la mise en œuvre d'initiatives similaires futures au niveau national, régional ou global. Les autres utilisateurs visés sont le Gouvernement tchadien, notamment les deux ministères impliqués dans l’initiative, la Banque mondiale en tant que bailleur de fonds et les partenaires de mise en œuvre impliqués dans le projet.
1.2 Méthodologie
7. La question de la pertinence a été traitée à travers une revue documentaire analysant l’alignement du projet sur: i) les politiques nationales et les plans de réponse humanitaire en appui aux réfugiés et retournés; ii) les objectifs stratégiques de la FAO; et iii) les priorités de la FAO au niveau du pays. En s'appuyant sur les discussions avec les bénéficiaires et les échanges avec les partenaires, l’équipe d'évaluation a analysé la pertinence des activités du projet par rapport aux besoins des bénéficiaires et au contexte, la qualité du ciblage et la prise en compte du risque de conflits induits par la mise en œuvre des activités au niveau communautaire.
8. Afin d'examiner l’efficacité et la durabilité, l’évaluation a adopté, dans un premier temps, une approche qualitative à travers l’organisation de groupes de discussion (FGD, de l'anglais Focus Group Discussion) avec les bénéficiaires. Les sites du projet faisant l’objet de visites de terrain ont été sélectionnés en consultation avec l’équipe de projet en prenant en compte la situation sécuritaire et l’accessibilité. L’échantillon offre une bonne représentativité des différentes typologies d’intervention (distributions directes de semences pluviales et maraîchères, production semencière, distribution de petits ruminants, etc.) Les outils de collecte des données ont été administrés par type d’activité aux groupes de bénéficiaires hommes ou femmes et à des groupes mixtes (hommes et femmes). Au total, 49 FGD ont été réalisés avec les bénéficiaires, dans 32 villages de trois provinces notamment le Moyen-Chari, le Mandoul et le Logone Oriental: 11 FGD hommes, 4 FGD femmes et 34 FGD mixtes. Environ 511 bénéficiaires (324 hommes et 187 femmes, soit 36 pour cent de femmes) y ont participé. Le tableau 1 présente le nombre de groupes de discussion par type d’activité.
Introduction
Tableau 1. Nombre de groupes de discussion par type d'activité
Type d’activité Nombre de groupe de discussion
Culture pluviale 9
Petits ruminants 10
Groupements semenciers 6
Groupements maraîchers 9
Puits pastoraux 2
Parc de vaccination 3
Champs fourragers 7
Couloir de transhumance/activités de balisage/comité de médiation des
conflits 3
9. Enfin, 63 entretiens directs avec la FAO, des personnes ressources, organisations partenaires, d’autres agences du système des Nations Unies, la Banque mondiale et les services techniques ont été réalisés. Le tableau 2 présente le nombre de personnes interrogées pour chaque groupe.
Tableau 2. Nombre de personnes interrogées par groupe
Parties prenantes interrogées Nombre de personnes
Personnel de l'État au niveau national 14
Personnel de l'État au niveau local 17
Agences des NU et partenaires techniques et financiers 7
Organisations non-gouvernementales et associations 5
Autorités locales 11
10. Certaines activités du projet devant faire l'objet d'une enquête ont été identifiées: i) les distributions d’animaux; ii) l’appui à la production maraîchère incluant les formations sur l’éducation nutritionnelle; iii) les distributions de semences; iv) la production des cultures pluviales; et v) les infrastructures agro-pastorales. La collecte des données quantitatives a été confiée à un Bureau d’étude avec lequel la FAO a stipulé un contrat. Elle a porté sur un échantillon de 1 374 bénéficiaires (dont 737 dans le domaine de la production pluviale, 321 dans celui de la production maraîchère et 316 dans celui des petits ruminants) et 42 groupements maraîchers. Les principaux résultats de l’enquête ayant été intégrés directement dans le présent rapport, un rapport spécifique sur l’enquête quantitative n’a pas été publié.
11. Afin d'analyser l’efficience de la stratégie de mise en œuvre, l’équipe a discuté avec les partenaires opérationnels et techniques (notamment les organisations non gouvernementales, les ministères concernés et les services décentralisés) ainsi qu’avec la Représentation de la FAO dans le pays.
Elle a pu ainsi analyser, d'une part, les mécanismes de collaboration et coordination avec les partenaires opérationnels et techniques et, d'autre part, le dispositif de suivi et évaluation mis en place par le projet (menant notamment une analyse critique du cadre logique et de la qualité des indicateurs identifiés au stade de la conception du projet).
12. Pour analyser la dimension de genre et celle de l’équité de manière plus générale, l’équipe d’évaluation s'est appuyée sur une experte en genre, accordant ainsi une attention particulière à la consultation des femmes dans les groupes de discussion avec les bénéficiaires. La politique de la FAO sur l’égalité des sexes (FAO, 2013) a constitué une référence pour l’évaluation, tout comme les directives de l'OED sur l'évaluation de l'intégration de la dimension de genre dans les interventions de la FAO (FAO, 2017).
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13. L’évaluation a appliqué les Normes et règles d'évaluation du Groupe des Nations Unies pour l’évaluation (UNEG, 2016) ainsi que ses directives éthiques (UNEG, 2008). Elle a adopté une approche collaborative et transparente à l’égard des parties prenantes internes et externes durant tout le processus d’évaluation. La triangulation des preuves et des informations recueillies, ainsi que le débriefing en fin de mission ont permis d’étayer la validation et l’analyse tout en confortant les conclusions et les recommandations.
14. Le rapport de l'évaluation de la contribution de la FAO lors de la première phase du projet conduite en avril 2017 a constitué un important document de référence pour l’équipe d’évaluation.
15. La FAO intervient avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) dans les mêmes régions à travers un projet conjoint financé par le Fonds pour la consolidation de la paix visant à renforcer le dialogue et la paix au niveau communautaire pour la prévention et la gestion des conflits entre les communautés d’éleveurs et d’agriculteurs. L’évaluation a examiné les synergies entre les deux interventions.
1.3 Limites
16. La mission a relevé quelques difficultés pouvant être considérées comme des limites pour cette évaluation, en particulier: i) la difficulté à estimer la production pour les semences pluviales fournies par la FAO dans la mesure où les bénéficiaires ont également reçu des semences de la part de plusieurs autres intervenants; et ii) le fait que plusieurs bénéficiaires initialement inclus dans l’échantillon de l’enquête quantitative n’ont pas été retrouvés et ont été par la suite remplacés. Il s'agissait notamment de retournés et de réfugiés, ce qui explique pourquoi le pourcentage de ce groupe de personnes dans l’échantillon final est très faible.
1.4 Structure du rapport
17. Le rapport de l’évaluation est structuré comme suit:
i. La section 1 offre une vue d’ensemble de l’évaluation incluant la finalité, les destinataires visés, la portée, les objectifs, la méthodologie et les limites de l’évaluation;
ii. La section 2 expose l’historique et le contexte du projet;
iii. La section 3 présente les résultats de l’évaluation organisés autour des questions d'évaluation;
iv. La section 4 énonce les principales conclusions et recommandations.
2 Historique et contexte du projet
2.1 Rappel du contexte
18. Le Tchad est un pays enclavé de la bande sahélienne, à faible revenu et confronté à des niveaux élevés d'insécurité alimentaire et de malnutrition ainsi qu'à de graves insuffisances en matière de services sociaux de base tels que l'éducation, la santé et la protection sociale. En 2017, le pays était classé à la quatre-vingt-sixième place sur 188 pays pour l'indice de développement humain et à la huitième place sur 178 pour l'indice des États fragiles. Le Tchad figure parmi les pays les plus vulnérables au monde en matière de changement climatique et est le deuxième pays le plus touché par l'insécurité alimentaire (Agence des Nations Unies pour les réfugiés - Programme alimentaire mondial, 2017).
19. En décembre 2013, la dégradation de la situation sécuritaire en République centrafricaine (RCA) a provoqué d’importants mouvements de populations fuyant vers l'ensemble des pays voisins et le Tchad en particulier. Le Tchad a accueilli plus de 150 000 personnes dont 113 000 Tchadiens vivant en République centrafricaine (République du Tchad, 2015). La vulnérabilité des réfugiés et retournés est entretenue par leur accès insuffisant aux terres cultivables et leur manque de moyens de production. La vulnérabilité des zones d’accueil de ces populations est exacerbée par une pression additionnelle sur les ressources naturelles (terres, eau, bois, etc.) et une demande supplémentaire en services publics, spécifiquement en services sociaux de base, augmentant ainsi les risques de tensions intercommunautaires (République du Tchad - Nations Unies au Tchad, 2016).
20. Cette concurrence accrue sur les ressources et l’augmentation de la pression foncière entraînent une multiplication des conflits d’usage et des troubles sociaux, aboutissant parfois à des affrontements sanglants. Au sud, l’afflux de réfugiés et retournés avec leur bétail amplifie la problématique de l'augmentation du cheptel présent sur place en raison de la crise sécuritaire qui bloque le mouvement de transhumance vers la RCA. Il en résulte une énorme pression sur le milieu biophysique déjà surexploité.
2.2 Description du projet
2.2.1 Description générale du projet
21. Pour faire face à la crise des réfugiés et des retournés de la République centrafricaine au Tchad, la Banque mondiale a soutenu le Gouvernement tchadien en 2014 en accordant une subvention de USD 18 millions au Projet d’urgence en réponse à la crise alimentaire et de l’élevage au profit des réfugiés/retournés et populations hôtes des zones touchées par la crise centrafricaine (PURCAE) dont 11 millions alloués à la FAO et 7 millions alloués au Programme alimentaire mondial (PAM).
22. Le projet avait été conçu pour répondre à trois préoccupations: i) la détérioration de la sécurité alimentaire et nutritionnelle des réfugiés/retournés et communautés hôtes; ii) le risque de propagation des maladies du bétail; et iii) la pression croissante sur un écosystème fragile et le risque de conflit. Il avait comme objectif d’améliorer la disponibilité et l’accès à la nourriture et la capacité de production des bénéficiaires ciblés qui étaient touchés par le conflit en République centrafricaine (RCA).
23. Lors de la première phase du PURCAE, le PAM était responsable des transferts monétaires et de la fourniture d’aliments alors que la FAO était chargée de l’appui à la production agricole (à travers
Évaluation du «Projet d’urgence en réponse à la crise alimentaire et de l’élevage au profit des réfugiés/retournés et populations hôtes des zones touchées par la crise centrafricaine (PURCAE)»
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la fourniture de semences et d’intrants pour relancer les activités agricoles), à l’élevage (à travers la fourniture de vaccins, de suppléments alimentaires et de petits ruminants) et à l’atténuation des conflits (à travers la campagne de sensibilisation et d’information et la construction d’infrastructures le long des couloirs de transhumance).
24. En 2017, une deuxième phase a été approuvée intégrant des sous-composantes supplémentaires, en particulier les transferts monétaires pour la constitution d'actifs productifs placés sous la responsabilité de l’OIM – qui, dans cette nouvelle phase, a assumé les responsabilités autrefois dévolues au PAM – et l'accès à l'eau potable et à des systèmes de cuisson durables sous la responsabilité du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF).
25. En ce qui concerne la phase 2, dans une optique de consolidation des résultats, de nouvelles activités ont été ajoutées à la composante de la FAO, à savoir les formations sur l’éducation nutritionnelle pour les bénéficiaires du volet maraîchage, l’appui aux groupements pour la production de fourrage, les formations sur l’organisation en groupements et les formations d’agents communautaires de santé animale.
26. En ce qui concerne la composante de la FAO, le projet a ciblé les réfugiés, les retournés ainsi que les populations hôtes dans le Moyen-Chari, le Mandoul, le Logone Oriental et le Salamat où se trouvent la majorité des réfugiés et des retournés. Pour certaines activités d’appui à l’élevage, pendant la phase 1, certaines régions du Logone Occidental, du Mayo Kebbi, du Chari Baguirmi, du Hajar Lamis, du Bahr El Gazel, du Guéra, du Batha et du Sila ont été également ciblées en raison de leur importance en tant que zones de transit et d’accueil pour les populations pastorales et agro-pastorales.
2.2.2 Théorie du changement
27. La théorie du changement du projet peut être résumée comme suit: afin de contribuer à améliorer durablement les conditions de vie des ménages de réfugiés/retournés et des communautés hôtes bénéficiaires, le PURCAE est intervenu sur trois volets relatifs à l'agriculture, l'élevage et l'atténuation des conflits.
28. Pour le volet agriculture: i) la distribution des semences pluviales de variétés améliorées, la formation sur les itinéraires techniques et le soutien à la mise en place des banques de semences devaient contribuer à l’amélioration durable des capacités de production, de la disponibilité et de l’accès à la nourriture; et ii) la distribution de semences maraîchères, la formation et l’équipement des groupements pour la production maraîchère visaient l’amélioration durable des capacités de production maraîchères, la diversification alimentaire et l’amélioration des revenus.
29. Pour le volet élevage: i) la mise en place des champs fourragers pilotes et la réalisation des puits pastoraux étaient introduits comme des éléments importants pour une amélioration durable de l’alimentation et une réponse au besoin hydrique des animaux de la région; ii) la réalisation des parcs de vaccination et la formation des agents communautaires de santé animale ainsi que leur intégration dans un réseau de personnel actif pour les campagnes de vaccination et de santé animale devaient être des facteurs cardinaux pour une santé durable du bétail et un développement de la production des animaux d’élevage de la région du projet; et iii) la distribution de petits ruminants et leur démultiplication visaient à la reconstitution du cheptel et à l’amélioration durable des conditions de vie des bénéficiaires ainsi qu’à la coexistence pacifique entre les personnes à travers le système «pass the gift».
Historique et contexte du projet
30. Enfin, pour le volet atténuation des conflits, le projet concourrait à la coexistence pacifique entre éleveurs et agriculteurs dans la zone d’intervention du PURCAE à travers le balisage des couloirs de transhumance et des aires de stationnement ainsi que des activités de sensibilisation.
31. Ces trois volets devaient donc participer au renforcement durable de la sécurité alimentaire et nutritionnelle, ainsi qu'aux conditions de vie des ménages refugiés, retournés et des communautés hôtes bénéficiaires.
2.2.3 Dispositif de mise en œuvre de la composante FAO
32. La mise en œuvre du projet a été menée en étroite collaboration avec les structures techniques du Gouvernement.
33. Pour le volet agriculture, le Ministère de l’agriculture, à travers ses services techniques déconcentrés et la Coordination nationale de ce volet, a assuré les supervisions techniques des activités sur le terrain. Des accords de partenariat ont été signés entre la FAO et ses services techniques déconcentrés pour la mise en œuvre de ces activités. L’Institut tchadien de recherche agronomique pour le développement (ITRAD) et la Direction des semences et plants (DSP) étaient chargés respectivement de fournir des appuis en techniques de multiplication et d’analyse des semences et plants. L’Agence nationale d'appui au développement rural (ANADER) assurait la distribution des intrants et du petit outillage, la sensibilisation/animation, l’organisation des producteurs ainsi que la formation des agents de terrain en collaboration avec l’ITRAD, la DSP et la Direction de la protection des végétaux et du conditionnement (DPVC). Cette dernière était responsable des formations sur les biopesticides. La Direction générale du génie rural et de l’hydraulique agricole assurait elle le suivi et le contrôle de la construction des ouvrages notamment des forages maraîchers équipés de tuyaux PVC à crépines, dotés de motopompes.
Enfin, des organisations non gouvernementales, l'ANADER et l'Association des témoins des urgences et des actions de développement (ATURAD), intervenant sur la base de contrats stipulés avec la FAO respectivement pendant les phases 1 et 2, étaient chargées de l’encadrement des agents d’appui technique de la FAO dans le processus de suivi du ciblage et de distribution des intrants et outils/matériels agricoles ou vétérinaires, du ciblage des bénéficiaires et des formations en éducation nutritionnelle et en gestion des groupements.
34. Pour les volets relatifs à l'élevage et à l'atténuation des conflits, le Ministère de l’élevage et des productions animales était chargé de consolider les actions dans ce domaine, notamment:
l’identification participative et le suivi des sites d'infrastructures pastorales; la formation de comités de gestion des infrastructures; le ciblage des éleveurs; la vaccination de bétail; la formation de agents communautaires de santé animale; la réalisation de séances de sensibilisation et information sur la cohésion sociale des agriculteurs/éleveurs; l’identification de ménages bénéficiaires des petits ruminants; la distribution d’un kit de petits ruminants aux ménages bénéficiaires; la distribution d’aliments pour le bétail. L’Association pour la solidarité Mongo a participé au projet lors de la phase 1 pour l’activité de sensibilisation sur la prévention des conflits.
35. Au niveau de la FAO, une équipe d’experts basés à N’Djaména (des assistants techniques spécialisés dans les domaines de l’agriculture et de l’élevage et un spécialiste en suivi-évaluation) et un personnel d’appui technique sur le terrain (chefs d’antenne et animateurs) ont été mis en place.
3 Principaux constats
3.1 Pertinence
Constatation 1. Le PURCAE est cohérent avec le Plan national de développement du Tchad, les priorités identifiées par le Plan cadre des Nations Unies d'assistance au développement, les plans nationaux de réponse d'urgence/globale et le plan de réponse pays pour les réfugiés, le cadre de programmation pays de la FAO et l’Objectif stratégique 5 de la FAO d'«amélioration de la résilience».
36. Le cadre programmatique pays qui se basait sur les plans quinquennaux est maintenant guidé par une vision à long terme dénommée «Vision 2030: le Tchad que nous voulons!», qui sera exécutée à travers trois plans nationaux de développement (PND) successifs dont le premier couvre la période 2017–2021 (République du Tchad, 2017). Il correspond à l’image d’avenir que les Tchadiens veulent partager et s'axe prioritairement sur une nation unie, solidaire et en paix. Le Tchad vise ainsi à devenir «une puissance régionale émergente à l’horizon 2030, portée par des sources de croissance diversifiées et durables, créatrices de valeurs ajoutées et d’emplois et assurant à chaque Tchadien un accès adéquat aux services sociaux de base, à un logement décent et à une offre adéquate de formation». Cette vision est articulée autour de quatre axes stratégiques: i) le renforcement de l’unité nationale; ii) l’instauration de la bonne gouvernance dans un État de droit; iii) le développement d’une économie forte et compétitive; et iv) l’amélioration de la qualité de vie des Tchadiens.
37. Le projet PURCAE est aligné sur l’axe stratégique 3 dont le postulat est que le développement des secteurs de l’agriculture, l’élevage, l’eau, l’environnement, les mines et les énergies renouvelables permettra d’amorcer la transformation structurelle de l’économie nationale et d’assurer la souveraineté alimentaire du pays. Pour cela, le Tchad entend entre autres promouvoir les filières porteuses dans les sous-secteurs agro-sylvo-pastoraux au sein de pôles de croissance et la modernisation de l’élevage à travers la réalisation de barrages et marres pastoraux en vue d’accroître les revenus des agro-pasteurs et de renforcer leur résilience.
38. Le Plan cadre des Nations Unies d'assistance au développement 2017–2021 (République du Tchad-Nations Unies Tchad, 2016) est axé sur trois résultats stratégiques: i) le développement du capital humain; ii) la protection sociale, la gestion des crises et la durabilité; et iii) la gouvernance, la paix et la sécurité. Le PURCAE s’arrime au deuxième résultat stratégique. En effet, le système des Nations Unies (SNU) ambitionne que «d’ici la fin 2021, les agriculteurs, les éleveurs, les pêcheurs et les petits producteurs des régions ciblées, notamment les jeunes et les femmes, emploient des systèmes de production durables leur permettant de répondre à leurs besoins de base, d’alimenter le marché et adoptent un cadre de vie plus résilient au changement climatique et aux autres défis environnementaux». Le SNU compte également sur le fait que «d’ici la fin 2021, l’État mettra en œuvre une politique nationale de développement stimulant une croissance inclusive qui engendrerait la création d'emplois et d'opportunités notamment en faveur des jeunes et des femmes ainsi que des réfugiés».
39. Concernant la problématique des réfugiés et retournés très présente dans la zone d’intervention du PURCAE, le Gouvernement dispose d’un plan de réponse d’urgence qui détaille les besoins de tous les réfugiés au Tchad, ainsi que la réponse des différents acteurs impliqués. La phase 1 du plan d’urgence (de mai à octobre 2014) visait la protection et l’assistance alimentaire (République du Tchad, 2014a). La phase 2 dédiée à la réinsertion socio-économique à moyen terme (2015–
2019) visait à passer de l’assistance humanitaire à une autonomisation durable (République du
Évaluation du «Projet d’urgence en réponse à la crise alimentaire et de l’élevage au profit des réfugiés/retournés et populations hôtes des zones touchées par la crise centrafricaine (PURCAE)»
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Tchad, 2015). Les objectifs du PURCAE apparaissent alignés sur ce plan de réponse gouvernemental.
40. Le plan de réponse pays pour les réfugiés (2019–2020) (CRRP, Représentation du HCR au Tchad, non daté), plan défini conjointement par le pays et ses partenaires, a pour objectif global d'alléger le fardeau engendré par la présence massive et prolongée de réfugiés dans le pays. Ce faisant, il a pour objectifs: i) d'améliorer l'environnement de protection; ii) d'accroître l'accès des réfugiés et des communautés d'accueil aux services sociaux/économiques; iii) d'accroître l'accès des réfugiés et des communautés d'accueil aux moyens de subsistance; et iv) de favoriser les solutions durables. Le PURCAE apparaît donc aligné sur le troisième et le quatrième objectifs du CRRP.
41. Le cadre de programmation pays 2017–2021 (République du Tchad - FAO, 2017) établit trois domaines prioritaires de développement du Tchad pour guider le partenariat avec la FAO. Ces domaines prioritaires sont: i) le développement des chaînes de valeur dans le secteur de l’agriculture, l’élevage, la forêt, la pêche et l’aquaculture; ii) la formulation des politiques et stratégies sectorielles; et iii) la valorisation et la gestion durable des ressources naturelles. Le PURCAE résulte aligné surtout sur le troisième domaine prioritaire compte tenu de ses objectifs de valorisation des ressources naturelles, à travers notamment la maîtrise de l’eau à des fins de production et l'augmentation des équipements de production, de stockage et de transformation.
42. Les objectifs et orientations institutionnels de la FAO se concrétisent également à travers le PURCAE notamment en ce qui concerne l’objectif stratégique 5 de la FAO qui exhorte toutes les actions de la FAO à améliorer la résilience des moyens d’existence des populations face aux menaces et aux crises.
Constatation 2. Le PURCAE a été conçu en s'appuyant sur une analyse du contexte et des besoins des bénéficiaires. Il est cohérent avec les plans locaux de développement.
43. Le processus de formulation de phase 1 a été marqué par des missions conjointes du bailleur (Banque mondiale), de la FAO et des services techniques de l’agriculture et de l’élevage dans la zone d’intervention au cours desquelles les populations, les autorités locales et les différents partenaires ont été consultés. Le document de projet de la première phase présente une bonne analyse de la situation humanitaire prévalant au sud du Tchad en 2014. Le document de la phase 2 du PURCAE met en exergue les multiples défis structurels de développement, la pauvreté chronique et les chocs successifs qui exposent les populations à des crises humanitaires récurrentes, exacerbant leurs vulnérabilités et affectant leur capacité de résilience. Le document capitalise plusieurs informations provenant du plan de réponse globale en faveur des retournés tchadiens de la RCA (République du Tchad, 2015), des données des partenaires (PAM et Agence des Nations Unies pour les réfugiés) et rend compte d'un contexte marqué par la détérioration de la situation alimentaire et nutritionnelle des réfugiés et retournés, la raréfaction des financements, l’accès limité aux services de base et la dégradation de l’environnement. D’où la nécessité, à travers le PURCAE, de la mise en place et du renforcement de solutions urgentes durables à travers des activités d’appui aux moyens d’existence pour l’autonomisation des réfugiés, retournés et déplacés ainsi que la résilience des communautés hôtes.
44. La prise en compte du contexte est révélée également par l’alignement des activités du projet sur les plans de développement local (PDL). Même si le document de projet ne fait pas référence directement aux PDL, la cohérence entre les différents documents montre que les acteurs ont une même lecture du contexte. L’équipe d’évaluation a eu accès aux PDL de certaines collectivités territoriales couvertes par le PURCAE. Ainsi, les PDL des départements de la Pendé (cycle 2012–
2015) (République du Tchad, 2012) et de Doba (cycle 2014–2017) (République du Tchad - Union
Principaux constats
européenne, 2014), ceux des cantons de Balimba (cycle 2009–2012) (République du Tchad - UNOPA - UNDP - GEF, 2014) et de Maro (cycle 2014–2018) (République du Tchad, 2014b), poursuivent des objectifs qui sont cohérents avec les activités du PURCAE1.
Constatation 3. L'approche du nexus humanitaire-développement-paix transparaît de la mise en œuvre du PURCAE. Cependant, pour assurer la consolidation des acquis de la phase 1, les mêmes bénéficiaires auraient dû être ciblés, notamment pour la distribution des semences pluviales.
45. Il est de plus en plus question dans l’approche de l’aide de lier deux domaines autrefois séparés, à savoir l’humanitaire et le développement. Cette approche prend le nom de nexus. Le terme recouvre différentes réalités, mais correspond à une réflexion globale en cours: la frontière entre humanitaire et développement est poreuse, mobile et la séparation stricte entre les deux activités est souvent artificielle face à la réalité multiple des contextes.
46. Le PURCAE a été lancé en 2015 à un moment où cette approche de nexus était en plein développement. Même s'il n'est pas fait référence en tant que tel au nexus dans le document de projet de base, le PURCAE inclut dans les faits, depuis son démarrage, des activités qui dépassent la sphère de l’urgence notamment la production de semences, la construction d’infrastructures d’élevage, de banques de semences, de forages maraîchers, etc. Reconnaissant que, dès la première phase, certaines activités allaient au-delà de l'aide d’urgence, le rapport d’évaluation de la première phase préconisait qu’une «réflexion puisse aussi être menée sur le long terme pour des actions plus structurantes permettant de poser les bases d’un projet de développement».
C’est ainsi que le PURCAE II visait à consolider les acquis de la première phase, notamment en amplifiant l’appui aux bénéficiaires identifiés lors de la première phase aussi bien que les activités retenues. Ainsi, lors de la phase 2, le projet a introduit de nouvelles activités comme la culture fourragère et les formations des agents communautaires de santé animale.
47. Concernant l’appui aux bénéficiaires de la première phase, l’évaluation constate que, dans certains cas, le PURCAE n’a pas amplifié l’appui mais plutôt ciblé de nouveaux bénéficiaires en raison de l’ampleur des nouveaux besoins. Les bénéficiaires des cultures pluviales n’ont plus été considérés lors de la deuxième phase par exemple et n’ont plus été suivis. Or, ils avaient besoin de cet appui pour amplifier leur production. Même si la responsabilité du suivi semblait incomber à l’ANADER, il convient de noter que cette dernière a des ressources limitées pour le faire. Il en est de même pour les bénéficiaires de petits ruminants qui ont manifesté des besoins en aliments pour le bétail.
48. Le contexte d’urgence qui a prévalu et motivé la mise en œuvre du PURCAE a été souvent évoqué pour expliquer la volonté de toucher le plus grand nombre de bénéficiaires. Cependant, lorsque
1 Notamment:
i. accroître la production agricole par l’introduction de nouvelles technologies adaptées de production, de transformation et de conservation, incluant l’introduction des nouvelles variétés et la distribution d'intrants (Doba);
ii. maîtriser les principaux facteurs de production par la création des réservoirs d’eau, les aménagements hydro- agricoles, l’amendement des sols, etc. (Doba);
iii. améliorer les revenus des populations, notamment ceux des femmes, en encourageant les productions les plus adaptées de façon à favoriser une diversification des activités (Balimba);
iv. favoriser la protection de l’environnement et la conservation des ressources naturelles, l’adoption de nouvelles techniques d’élevage et d’exploitation, avec une attention particulière aux productions fourragères afin de réduire les conflits entre éleveurs et agriculteurs (Pendé);
v. promouvoir l’intégration agriculture/élevage et la construction de puits pastoraux tout au long des couloirs de transhumance (canton de Maro).
Évaluation du «Projet d’urgence en réponse à la crise alimentaire et de l’élevage au profit des réfugiés/retournés et populations hôtes des zones touchées par la crise centrafricaine (PURCAE)»
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des activités plus pérennes et la fourniture d’actifs permettant l’autonomisation sont introduites, il apparaît indispensable que les actions soient bien concentrées sur un nombre de bénéficiaires clairement circonscrits et durant toute la durée du projet afin de générer des changements durables et éviter une dispersion des efforts, ce qui n’a finalement pas été toujours le cas. C'est seulement dans les cas de production des semences et de l’appui à la production maraîchère, que l'on observe, dans la deuxième phase, une concentration d’efforts pour organiser les bénéficiaires de la première phase en groupement et pour soutenir ces groupements avec des appuis différents. Comme l’évaluation l'a constaté clairement, cette stratégie qui a permis de renforcer et diversifier les moyens d’existence de ces ménages de façon significative s'est révélée une stratégie gagnante.
49. Dans une optique de consolidation des appuis et d’une meilleure intégration entre aide humanitaire et développement, il aurait été pertinent de compléter les activités avec l’introduction d’approches déjà éprouvées par la FAO, comme les Champs-écoles producteurs (CEP) qui intéressent les partenaires nationaux, les clubs Dimitra qui pourraient être particulièrement pertinents pour résoudre les questions d’inégalité des sexes ou les caisses de résilience qui, outre l'intégration de ces deux approches, les complètent avec des aspects financiers ou le
«warrantage». Dans le PURCAE, le rôle de la FAO s'est focalisé sur la bonne application des procédures de gestion et les appuis spécifiques. Il aurait pourtant pu être valorisé davantage et apporter une plus grande valeur ajoutée en introduisant ces approches qui, depuis des années, ont montré des résultats probants dans plusieurs autres pays.
50. Même s'il intègre certaines activités orientées vers la pérennité, le PURCAE demeure un programme d’urgence selon le bailleur (Banque mondiale), l’équipe de mise en œuvre au niveau de la FAO et de nombreux partenaires rencontrés lors de la mission. Cette dichotomie entre aide humanitaire et développement est liée à l’architecture de l’aide. Dans la réalité, le contexte qui nécessite une intervention forme un tout unique où les besoins humanitaires ne sont pas séparés des besoins de développement; ce sont simplement des besoins auxquels il faut répondre en adoptant l’approche la plus pertinente disponible. Aucun élément du contexte, bien que volatil, n’empêchait l’utilisation des approches durables mentionnées.
Constatation 4. Le PURCAE comportait un volet prévention des conflits et coexistence pacifique.
Toutefois, en l’absence d’une analyse des conflits lors de la formulation, certaines activités de ce volet ont été relayées au deuxième plan par rapport aux activités d’agriculture et élevage lors de la mise en œuvre.
51. La paix est l'élément central du nexus. Le PURCAE, élaboré pour résorber les conséquences d’une situation conflictuelle (la guerre en RCA et l’afflux de réfugiés), comporte dans sa conception des activités visant la prévention des conflits et la coexistence pacifique entre les populations cibles composées de réfugiés, retournés et communautés hôtes. L’historique des mouvements de populations de la RCA vers le sud du Tchad confirme le rôle de premier plan joué par la population hôte en 2013 dans l’accueil et l’offre de première assistance à des populations réfugiées/retournées complètement démunies. Elle a donc supporté un lourd poids avant que l’intervention humanitaire ne se mette en place. En 2020, la même tendance se confirme puisque l’enquête quantitative menée dans le cadre de la présente évaluation indique que 10,4 pour cent des ménages hôtes hébergent des personnes retournées ou déplacées. Cette donnée est à prendre en compte dans la compréhension de la configuration du profil des bénéficiaires du PURCAE qui inclut, outre les réfugiés et retournés, les communautés hôtes. Ce choix inclusif participe donc, selon l'évaluation, à minimiser des ressentiments et à prévenir d’éventuels conflits.
Principaux constats
52. Le balisage de couloirs de transhumance participe également au processus de prévention des conflits en minimisant les occasions de confrontation grâce à la démarcation des espaces d’activités liés à la transhumance. La création ou le renforcement des comités de dialogue participent aussi à la prévention des conflits et à la promotion de la coexistence pacifique dans la zone d’intervention du projet. Il en est de même de la création ou du renforcement des comités de gestion des infrastructures construites par le projet. Le volet d’atténuation des conflits prévu par le projet contribue donc à l’alignement sur l’approche du nexus.
53. Les activités du projet étaient conçues de manière à contribuer à atténuer les conflits, notamment entre les différents utilisateurs des ressources naturelles, et à empêcher la surexploitation d'un écosystème déjà fragile. Une analyse approfondie des conflits et de la sensibilité du projet au conflit ne semble pas avoir été conduite lors de la phase de formulation. L’activité de prévention des conflits a été relayée au second plan par rapport aux activités d’agriculture et d’élevage. C’est une limite souvent constatée dans la mise en œuvre des projets où des activités à fort impact doivent être rapidement implantées; les activités de type «soft» apparaissent souvent minimisées.
Il convient de noter que, plus récemment, la FAO a développé des outils d’analyse de contexte et des approches en sensibilité au conflit qui éclairent la prise de décision pour les interventions dans des contextes de fragilité – voir Guide to context analysis informing FAO decision making et The program clinic. Designing conflict-sensitive interventions (FAO, 2019a et FAO, 2019b). Ils pourront être mobilisés en cas de phases ultérieures d'intervention du PURCAE.
Constatation 5. La synergie entre les agences des Nations Unies n’a pas été pleinement développée.
54. Le PURCAE prévoyait dans sa conception que les agences des Nations Unies contribuent à la résolution de la crise liée à l’afflux de réfugiés et retournés dans les zones d’accueil au sud du Tchad à travers leurs expériences respectives et spécifiques à leur mandat: les approches techniques en agriculture et élevage pour la FAO, l’assistance alimentaire d’urgence pour le PAM (remplacé par la suite par l’OIM) et la sous-composante relative à l'eau potable et aux systèmes de cuisson durables pour l’UNICEF, qui a intégré le projet dans sa deuxième phase. Le document de projet de la phase 2 (Error! Reference source not found.) décrit bien la collaboration prévue entre les trois agences et les synergies d’action.
Encadré 1. Collaboration entre les trois principales agences des Nations Unies impliquées
Dans le cadre de cette seconde phase du PURCAE, les agences de mise en œuvre joindront leurs expertises respectives afin de fournir une assistance d’urgence multisectorielle et d’utiliser leur assistance comme un levier pour créer les conditions du relèvement et de l’autonomisation progressive des populations vulnérables ciblées dans la perspective de réduire les besoins en assistance humanitaire.
Les trois agences cibleront les mêmes bénéficiaires dans les régions du Logone Oriental, Moyen-Chari, Mandoul, Salamat afin de démultiplier les effets de l’assistance. Dans les quatre régions qui accueillent des retournés et des réfugiés de R.C.A., les bénéficiaires principaux seront lesdits retournés et réfugiés ainsi qu’un certain nombre de membres des ménages de la population hôte dans les villages accueillant des personnes déplacées ou vivant près des camps/sites officiels d’accueil. Ces personnes seront identifiées dans le cadre d’un exercice de ciblage mené conjointement par les trois agences.
Le PAM fournira une assistance alimentaire à tous les retournés et réfugiés sous forme de transfert monétaire alors que le HCR (qui a ensuite cédé, pour des raisons internes, sa participation à l’UNICEF) équipera progressivement ces ménages en foyers améliorés leur permettant de réduire leur consommation en bois de chauffe pour les besoins de cuisine des aliments achetés à l’aide de l’assistance du PAM ou des produits agricoles disponibles à travers l’appui de la FAO.
Évaluation du «Projet d’urgence en réponse à la crise alimentaire et de l’élevage au profit des réfugiés/retournés et populations hôtes des zones touchées par la crise centrafricaine (PURCAE)»
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De plus, la sécurité alimentaire des personnes étant assurée grâce à l’assistance fournie, les retournés et réfugiés pourront prendre part aux activités de renforcement des moyens d’existence et de renforcement de la cohabitation pacifique sans que cet investissement ne se fasse au détriment des activités visant à répondre aux besoins alimentaires urgents des ménages. […]
Dans le domaine de l’élevage, il est prévu que la FAO fournisse des aliments pour le bétail durant la période de soudure afin d’éviter une pression accrue sur les ressources. Les mécanismes de gestion des conflits mis en place par le HCR permettront de traiter les conflits résiduels et le PAM, par le biais du cash conditionnel, pourra proposer la délinéation d’aires de pâturage ou le développement de cultures fourragères. Les comités de gestion des conflits pourront être appuyés par les trois agences à travers la stratégie qui sera définie par la mise en commun des outils de gestion des conflits.
Source: Extrait du document de projet FAO Phase 2.
55. Les agences n’ont pas développé de synergie continue tout au long du projet mais la collaboration a fonctionné ponctuellement, comme dans les quelques cas suivants: i) l’UNICEF a réhabilité des forages sur les mêmes sites que ceux où la FAO a distribué des semences; ii) l’OIM a fait creuser une mare pour stocker l’eau dans un site où la FAO a appuyé un site maraîcher à Doyaba; et iii) l’OIM a également utilisé les listes de bénéficiaires du PURCAE pour affiner la sienne.
56. La signature tardive des accords des deux autres agences des Nations Unies avec le Gouvernement a été citée parmi les raisons données pour expliquer le manque de collaboration entre les agences en ce qui concerne la deuxième phase.
Constatation 6. Quelques complémentarités ont été développées avec le projet du Fonds pour la consolidation de la paix ainsi qu’avec d’autres projets intervenant dans la même zone sans générer toutefois une réelle synergie.
57. Le projet du Fonds pour la consolidation de la paix (PBF) visant la restauration de la paix et du dialogue entre les communautés affectées par la transhumance transfrontalière implique pour sa mise en œuvre du côté tchadien presque les mêmes partenaires institutionnels que le PURCAE notamment la FAO, l’OIM, le Ministère de l’élevage et le Ministère de l’agriculture. Les deux projets ont pu collaborer sur l’activité concernant le balisage de couloirs de transhumance. En effet, le PURCAE a réaffecté au projet PBF 50 kilomètres de couloirs à baliser essentiellement dans le Moyen-Chari en prenant en compte la cohérence de leurs zones d’interventions respectives.
58. La synergie entre les deux projets s'est bornée à cette harmonisation des sites d’implantation d’infrastructures pastorales. Les deux projets ayant les mêmes agences d’exécution et les mêmes opérateurs nationaux auraient pu développer des interactions positives et une valeur ajoutée sur les actions suivantes:
i. la connaissance plus fine de la dimension régionale du conflit et son influence sur le positionnement des acteurs (éleveurs, agriculteurs) au niveau local; en effet le projet PBF, à cheval sur la RCA et le Tchad, a procédé à une analyse des acteurs de la transhumance et cartographié les itinéraires de mobilité du bétail dont le PURCAE aurait pu tirer parti;
ii. la création ou la redynamisation d’un nombre plus conséquent de comités de dialogue et de prévention des conflits;
iii. la conception, l’harmonisation et la validation des modules de formation;
iv. le plaidoyer en concertation avec les organisations professionnelles paysannes et d’éleveurs pour réduire l’influence des «diviseurs» (selon la terminologie de l’approche
«Do No Harm»). Certains diviseurs ont été cités lors des consultations avec les acteurs notamment le lobby formé par les propriétaires de gros troupeaux de bétail agissant à distance (élites, cadres administratifs et militaires, commerçants).