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On a beaucoup écrit à ce sujet, trop, semble-t-il,

car on s'est efforcé à donner à cette vie la conclu-

sion mélodramatiquequi semblait lui convenir.

La vérité, la voici. Du moins, l'état actuel de la

vérité.

Maurice Sachs, Maurice Ettinghausen, puisque c'est le nom qu'il portait à Hambourg comme sur

l'état civil, était donc entré au service de la Ges-

tapo, sous le N° G. 117 et aux appointements de 80 RM. par semaine (sa f iche a traversé les destruc- tions). Il avait mené pendant tout l'été 1943 une vie étrange, promenant au milieu des ruines et des incendies son cynisme d'apprenti-policier.

Bientôt, ses renseignements se révélèrent insuf- fisants son coup de maître avait été l'arrestation

d'un certain nombre de porteurs de tracts de « la

rose blanche », une organisation anti f asciste bava-

roise. Mais il f ut rapidement obligé d'inventer des

complots, de monter des provocations qui souvent

échouèrent. Pour finir, il suivit le chemin de ses

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DERRIERE CINQ BARREAUX

victimes et fui incarcéré le 16 novembre 1943 à la

prison de Fuhlsbüttel, un faubourg de Hambourg.

Ce vieux bâtiment, depuis longtemps maison

d'arrêt, avait vu une de ses sections transformée

en prison de la Gestapo ce détail avait son im- portance nous le verrons plus loin..

Sachs s'était « installé » dans la vie cellulaire il servait de « mouton » tout en menant avec ceux

qu'il était chargé d'espionner des conversations pleines d'étincelles bien des détenus en témoi- gnent encore. Il lisait, en français, en anglais (l'exemplaire annoté des Aphorismes d'Edgar Poe qu'il avait en prison a été entre nos mains), écri- vait, se sentait heureux. Cette euphorie singulière

eut une f in brutale avril 1945. Les troupes an-

glaises remontent vers l'Elbe. Les prisonniers de

Fuhlsbiittel vont connaître un sort bien différent

les « droit commun », vingt-cinq environ, restè- rent jusqu'à la fin dans le bâtiment qui était le leur. Un jour, avant l'arrivée des Anglais, leurs gardiens quelques territoriaux leur font nettoyer la prison avec cette « Gründlichkeit » qui résiste à toutes les capitulations, puis leur ouvrent la porte. Il est nécessaire de préciser ces faits pour éviter que la légende ne précède l'his-

toire et ne la supplante.

Quelques-uns des détenus politiques trente-

cinq exactement furent envoyés à Neuen-

gamme où ils f urent « liquidés,». Les autres de-

vaient être évacués ils le f urent vers Kiel et plu-

sieurs centaines de ces malheureux quittèrent

Fuhlsbüttel en quatre groupes. Le premier

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« transport » fut opéré en bateau par le canal Mer du Nord-Baltique celui-ci étant devenu im- praticable par suite des attaques aériennes, les

convois suivants prirent la route.

Le commandant S.S. de la prison, un certain

Tessmann, condamné à mort par la suite et exé-

cuté, avait donné l'ordre d'abattre qui flancherait (« Wer schlapp macht, wird erschossen »). Cette consigne ne sera suivie que dans un des groupes sous la responsabilité personnelle du chef de la

colonne, S.S. Oberscharführer Henning; ce con-

voi auquel appartenait Maurice Sachs, se mit en

route le 12 avril 1945 au matin. Ce jour-là, on fit environ 30 km., un maximum pour des hommes

épuisés; presque autant le lendemain, où l'on passa

la nuit dans des granges, un peu avant Neumün-

ster, petite ville du Schlesvig-Holstein. Le 14 avril, enfin, après une dispersion dans les fossés provo- quée par une nouvelle attaque de chasseurs alliés, deux prisonniers se déclarèrent incapables d'aller plus loin. L'un était un ancien gardien de prison,

du nom de Richard Hartmann, enfermé pour

avoir eu certaines complaisances monnayables à l'égard des détenus, l'autre était Maurice Etting-

hausen.

Tous deux furent conduits à l'écart, non loin du hameau de Wittorferfeld et abattus par un S.S.

flamand nommé Vouth. Les habitants des fermes

voisines entendirent les coups de feu et vinrent se rendre com pte dès que le « transport » se fut

ébranlé à nouveau. L'une des victimes eut encore

quelques mouvements convulsifs; d'après sa mai-

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greur et sa calvitie, il devait s'agir de Sachs, Hart- mann étant plus fort et mieux vêtu.

Un autre policier, Hahn, avait reçu mission d'aller annoncer à la police criminelle de Neu-

münster la double « tentative de fuite » une nouvelle alerte le força à rebrousser chemin, puis à repartir avec une note contenant les noms des

deux morts, note qu'il remit à l'un de ses collègues

de Neumünster.

Trois Russes, faisant partie du convoi, devaient être aussi sauvagement abattus un peu plus loin

les autres f urent enfin libérés à Kiel.

Quant aux deux cadavres, ils restèrent qua-

rante-huit heures sur place, jusqu'à ce qu'un pay-

san, commis à ce soin par le maire de Gadeland, la commune voisine, les ait transportés en voiture

à cheval jusqu'à Neumùnster -ou ils furent ense-

velis sans cercueil dans le cimetière local, ainsi

qu'il ressort des déclarations de l'entrepreneur

des Pompes Funèbres.

Les deux actes de décès f urent enregistrés sur les registres d'état civil de Gadeland sous les nu- méros 16 et 17/1945.

Le policier Hartmann f ut identifié quelque

temps plus tard par un de ses frères et cette confir- mation est portée sur le registre. Quant à la page numérotée 17, elle porte les mentions suivantes

Nom Maurice Ettinghausen

Date et heure du décès 14 avril 1945,

11 heures du matin.

Situation de famille inconnue.

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Lieu et date de naissance inconnus.

Profession inconnue.

Dernier domicile Hambourg-Fuhlsbuttel (donc la prison de la Gestapo).

Enfin, la rubrique « Cause du décès » était

laissée en blanc l

La pièce, absolument irrégulière au point de

vue légal, était signée par le maire, un certain

Francke, nazi notoire (« Ortsgruppenleiter » du parti).

Voici les renseignements les plus précis qui

puissent exister sur la mort de Maurice Sachs.

Seule une exhumation, qui ne paraît pas impos-

sible, pourrait nous permettre de savoir de façon décisive si ce fut bien dans cette lande du Hol-

stein, sous le ciel toujours un peu gris et parmi les bosquets chétifs de l'Allemagne du Nord, que

f ut sonné l'hallali de la « Chasse à courre ».

ETIENNE GUELAND et HENRI PERRIN.

Hambourg, juin 1951.

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Voici un livre qui n'en est pas un et qui pourrait

bien être une des meilleures oeuvres de Sachs.

Maurice Sachs est au secret. Tandis qu'il poursuit, marge à gauche, son Tableau des mœurs de ce temps, il note, cahier retourné, de la même écriture avare, minuscule, les projets, citations, maximes qu'il espère exploiter un jour. On pense aux manuscrits de Sade.

On pense prisons ou asiles à la graphomanie des internés. Ah cette patience captiveI 1.500 titres, des colonnes de synonymes, des listes de cris animaux, des feuilles roses du Larousse, des bandes, des fron- tispices, des volutes. Ou peut-être que par nature tout artiste est un prisonnier Sachs n'écrit pas parce qu'il est en prison, il est en prison pour écrire. Carrere duro ? Dolce, aussi « J'écris, je suis heureux, j'ai enfin retrouvé le calme 1. » Une maladie organique fait régresser Une psychose ces cinq barreaux et cette porte tefermée distraient des barrières morales, les fixent en les exprimant, les transfèrent, les localisent.

t. A Philippe Monceau, au couts d'une promenade pénitentiaire. Voir le dernier sabbat de Maurice Sachs (préface par A. du Dognon, Amiot-Dumont éd.)

PRÉSENTATION

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D'ailleurs, la geôle offre un refuge contre les tenta- tions et les menaces du dehors ces murs sont des murs de sagesse.Et comme, loin de pressentir sa mort 2, Sachs fait des rêves d'avenir, cette incarcéra- tion n'est qu'une nouvelle aventure, un chapitre de plus. Du coup, il est libre. Il écrit. Il soigne ses phrases.

Il les essaie, prend du recul, il les corrige, les porte enfin au net, marge à droite, sur son cahier.

Qu'on n'attende donc pas une œuvre composée, mais un livre (ou plusieurs) à l'état naissant. On sait le charme des esquisses. Il y a plus suite de frag- ments achevés, ces pages tirent à la fois parti de la délicatesse du fini et des suggestions de l'ébauche.

En empruntant à tous les genres fiche de lecture, Journal, Correspondance, Pensées, Memento elles piquent notre curiosité des coulisses. Par l'imprévu et la richesse des sujets, par la variété de ton de la maxime à la recette de cuisine, de l'angoisse du prisonnier à la cocasserie d'une remarque impertinente sur la Bible jamais l'intérêt n'y faiblit. Et que de projets nous y tentent traductions, pièces de théâtre, contes à dire, Bibliothèque des nations, ma- rionnettes au cinéma, photographies d'écrivains, philo- sophie de l'ordinaire, publication de la Correspondance entre Sacher Masoch et Louis II, condensé de la Bible, Recueils de derniers mots, de dédicaces, d'anecdotes vraies, Anthologie pochable de la peinture. Quel pétillement Et pourtant.

Quelque chose boite. Un fripon ? Il se perd pour sauver un prêtre. Un esprit agile ? Il s'embourbe dans un nietzschéisme de collégien. Un styliste ? Il

se sent de l'imitation. On tourne autourde cette

2. « La mort n'est jamais accidentelle. » « Il est bon de mourirà son heure. Ce n'est pas encore la mienne. »

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énigme Sachs n'est jamais où il croit être, il n'est chez lui que hors de lui.

« Ma mère a beaucoup développé en moi une honte d'exister. Ne serait-ce que parce qu'elle répétait qu'elle ne voulait pas un garçon mais une fille. Je voulais me faire fille pour la contenter. Tant j'avais le chagrin de n'être pas assez aimé. Et je me suis peut-être fait pédéraste à la fois par cet inconscient besoin de con- tenter tardivement ma mère et par haine d'elle aussi, par esprit de revanche, sachant que cette pédérastie la dégoûtait. Sentiments compliqués et sans doute vrais. » Assurément, Sachs a souffert d'une névrose d'abandon. Enumère-t-il les personnes dont il est im- patient de prendre des nouvelles ? La liste s'ouvre par « Maman. » Il s'attache au nom de sa mère, qui lui a causé tant d'embarras il le nettoiera un peu par la gloire de la fange où il l'a trempé. Mais ce nom juif dont il est fier ne l'empêche pas, au

contraire, de se rallier au nazisme. Seulement, sur le

point de le suivre dans cette voie, nous ne pouvons

pas oublier que Sachs avait été psychanalysé par Allendy il feint de découvrir, ou même, plus habi- lement, il feint de suggérer avec des «sans doute » et « peut-être » une explication de soi-même qu'il a reçue de longue date. Exemple significatif nous ne jugeons pas Allendy, nous serrons l'ambiguïté qui nous laisse toujours en doute si Sachs trouve ou retrouve, s'il trompe ou se trompe, s'il est vrai ou

fait vrai.

Il veut paraître. Il ne saurait s'en empêcher. Tout l'y pousse dès le départ son abandon, sa pauvreté, l'embarras que son nom lui cause et, d'un autre côté, son charme, son aisance, son aptitude à toute chose. Mais, justement, il s'en rend compte, trop de facilité à reproduire est une gêne pour produire. Le

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voilà sans cesse hors de lui. « Chaque fois que je rencontrais quelqu'un de brillant ou de remarquable, j'étais tenté de me rejeter en bloc pour me faire un moi conforme à cet autre être que je venais de ren- contrer. » Il ne lui reste plus qu'à faire de ce « mimé- tisme souple » une méthode la personnalité forte dans une synthèse totale et une sagesse ne rien rejeter. Mais à quel moment la synthèse ? Cette méthode est dispersive. Et la sagesse de Ménalque eût exigé, pour ne pas tourner en folies, les rentes de Ménalque ou sa formation puritaine. Sans éduca- tion ni fortune, Sachs est jeté aux apparences.

A qui se donne en spectacle, tout est spectacle il ne se voit que du dehors et ne voit rien que du dehors. Sachs s'est proposé de devenir un individu d'exception aux yeux des écrivains devant qui il tient à paraître. Il faut, par conséquent, qu'il s'apparaisse à la fois comme l'un des leurs, où ils puissent se recon- naître, et comme l'un de leurs héros, qu'ils puissent applaudir à la fois Casanova et l'aventurier des Mémoires, Balzac et Rastignac, Stendhal et Fabrice

del Dongo, Gide et Lafcadio. Admirations de nos

vingt ansI Jamais il ne perdra de vue les hautes glaces

des salons de la N. R. F.. Narcisse ? Mais un Nar-

cisse singulier, penché sur le reflet d'autrui pour y trouver sa propre image une introversion retournée.

Nul ne l'ennuie, chacun l'attire, le premier venu l'ac- capare. Mais nul, non plus, ne le retient. Comme il ne peut s'aimer que par les autres et ne les trouble qu'en surface, il ne parvient pas à s'aimer. Cependant, comme il vit d'avance ses Mémoires et qu'il pressent la renommée, il s'admire déjà de cette admiration future. Sans doute, sa mauvaise réputation le fâche

mais il en tire vanité et, à la lettre, il s'en fait gloire.

Il est trop sûr de ses talents dans la comédie Sociale,

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trop incertain de ses qualités d'écrivain, pour ne pas trouver plus facile de composer un personnage et, parmi tous les-personnages, celui qui frappe par l'im- moralisme. C'est par faiblesse d'écrivain que Sachs

se fait aventurier.

Mais l'aventure n'est pas voulue pour elle-même.

Emotif sans être sensible, gai sans bonheur, attentif et indifférent, toujours devant et jamais pour, Maurice Sachs vit en miroir. Il ne se tient pas à distance quoi qu'il fasse, il est à distance aussi bien de soi que d'autrui. Il souffre de cette asthénie de la croyance à l'égard du monde des autres, qu'est la croyance esthéticienne. L'arbre est un effet pictural. De travail, l'argent devient luxe, geste princier en perspective.

L'Histoire n'est plus notre Histoire, mais le scintille- ment anecdotique d'une Nature sans progrès, l'omnia vanitas, le nil novum sub sole mis en images par la diversité des mœurs contradictoires et la répétition des mêmes infortunes. En ce pointillisme historique, l'individu n'est qu'une tache pittoresque, tantôt confuse, tantôt vive. Toute valeur déchoit en valeur esthétique.

Ainsi voué aux apparences, Sachs doit, pour se sauver, sauver les apparences. En les fixant. Mais pour une vie en miroir, l'art ne peut être qu'en miroir il faut que l'art imite l'art. Sachs peut emprunter tous les styles. Il choisit le plus manifestement artis- tique en ses apprêts, en sa syntaxe, en son vocabu- laire d'où tant de goût pour le pastiche, tant de recueils d'expressions rares, tant d'imparfaits du sub- jonctif d'où tant d'admiration pour le xvmie siècle, la vivacité de Stendhal, la préciosité des Goncourt, le

côté Saint-Simon de Proust ou le classicisme de Gide.

A leur tour, les pensées imitent les « Pensées », par les méthodes du cynisme, du pessimisme, du contraste,

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du renversement des valeurs, surtout par l'attitude

« vue plongeante » qui, sous les oppositions quoti- diennes, montre en transparence le fond de l'éternel humain le fripon est sensible, le saint et le criminel se rejoignent, le pessimisme fonde l'optimisme, on peut être gai sans bonheur, etc. Maurice Sachs ren- contre les pensées comme les êtres remarquables aux- quels spontanément il se conforme, et il suffit, pour le séduire, qu'elles fassent rapide, ample, profond les signes de l'intelligence. Elles flattent l'oeil de l'es- prit. Elles ne portent pas les traces de déchirement qui marquent une âme en travail. Il le sait bien. Il se juge il n'est pas Pascal il aurait peine à dis- tinguer ce qu'il a « relevé dans un bon auteur, ou cru être de soi ». Mais voici le redressement « J'ai

grand peur que ce que j'écris soit trop intelligent pour les lecteurs médiocres et pas assez intelligent pour plaire aux esprits supérieurs. » En se jugeant, il se survole s'il n'excelle pas par ses œuvres, au moins se considère-t-il d'un point de vue supérieur aux côtés des supérieurs. Toujours la pensée en miroir qui se sauve par l'apparence Et se perd dans l'amo- ralisme. On le comprend. Si les pensées sont des

« Pensées », si l'aventure naît Mémoires, si la vraie morale se moque de la morale, d'un mot si tout est prétexte à écrire, alors l'homme devient une apparence, il se mannequine, il passionne par les

« effets » qu'il produit ou qu'on y produit, mais ses souffrances et ses joies, ses vices, ses vertus ne pro- posent que des spectacles. Il est vain de se demander si Sachs était bon ou mauvais il se voyait bon et

mauvais et cela était à décrire. Il n'a voulu nuire

à personne mais il n'y avait plus de personnes, il ne restait plus dans son monde que des thèmes à exploiter.

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Sa passion non pas son excuse était de con- quérir la gloire par les livres. Il fallait que cette pas- sion fût profonde pour duper un tel prévenu sur la gravité de son cas et réfuter cette prison irréfutable

« J'écris, je suis' heureux, j'ai enfin retrouvé le calme. » Ici cesse l'imitation. Ici le fondement des apparences.

YVON BELAVAL.

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Toute cette neige qui monte et qui descend,

dont on ne sait si elle retombe ou s'envole comme

un essaim innombrable d'abeilles blanches qui vient couvrir la terre d'un miel de silence (neige

de janvier 44).

« Il aime aussi les autres peuples » dit-on de Dieu (Deuteronome XXXIII, 3) mais cela est très rarement dit. Les Juifs sont très jaloux de leur

Dieu jaloux.

J'aime les livres ils intoxiquent c'est comme

si, l'on inhalait de l'âme, mais les journaux sont de la chair, du papier vivant on en mange.

En grec, « Psyché » signifiait à la fois Vie et Ame. Comme il est beau que, dans la légende, l'Amour soit amoureux de Psyché, amoureux de la Vie et de l'Ame, et Psyché à son tour se'don-

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nant à l'amour de toute son âme pour toute la vie la vie immortelle qu'on lui donne alors.

Ce serait une bonne idée, pour un éditeur, de faire faire quelques volumes à des amoureux éru- dits sur l'exemple du beau livre de Schlumber-

ger Plaisir à Corneille. Qu'ainsi l'on nous fasse redécouvrir ou découvrir, en les savourant, des auteurs à la fois illustres et méconnus dont, comme

Corneille on a trop appris le Cid et trop ignoré

Surena. Ces morceaux, choisis à l'extrême et bien

commentés, font goûter un auteur. J'aimerais trai- ter de la sorte Casanova que tout le monde connaît, que personne ne lit.

C'est peut-être de cette odeur de coquillage et de mer que dégage le secret des femmes qu'est né le mythe de Vénus, paraissant au monde sur

l'écume des mers.

Les médecins sont les hommes d'affaires de la science.

Quelques médecins ont la passion de leur science. Ils en sont les poètes.

Les Juifs, peuple élu. Elu pour la malédiction.

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