CARIBOU
par Michel Crête
René Nault et
Hélène Laflamme
Décembre 1990
-J* ^ \ •.
Québec
Direction de la gestion des espèces et des habitats Service de la faune terrestre
PLAN TACTIQUE CARIBOU
par
Michel Crête René Nault
et
Hélène Laflamme
Ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche Québec, Décembre 1990
Bibliothèque nationale du Québec 1er trimestre 1991
ISBN: 2-550-21515-X
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TABLE DES MATIERES
1. MISE EN SITUATION 1
2. BIOLOGIE DE L ' ESPECE 5 2.1 Répartition et densité 5 2.2. Rassemblements et migrations 10 2.3 Habitats 11 2.4 Reproduction 17 2.5 Facteurs limitatifs 20
3. DYNAMIQUE DES POPULATIONS 25
4. L'OFFRE 29
5. LA DEMANDE 32 5.1 Pour la ressource 32 5.2 Pour l'habitat . 38
6. UTILISATION ET IMPACT ÉCONOMIQUE 41 6.1 Priorité d'exploitation 41 6.2 Chasse d'alimentation 41 6.3 Chasse sportive . 46 6.4 Utilisation commerciale 47 6.5 Utilisation non-cynégétique 50
7. OUTILS DE GESTION 51 7.1 Lois et règlements 51 7.2 Comité conjoint de chasse, de pêche et de piégeage . . . . 52 7.3 Comité technique Québec/Terre-Neuve sur le caribou . . . . 52 7.4 Autres 53 7.5 Comparaison avec les administrations voisies . . . 53
8.1 La chute de la production de jeunes menace la survie
de la petite population du parc de la Gaspésie 54 8.2 La gestion du caribou ne fait pas l'objet d'une
planification à longue échéance 55 8.3 Les troupeaux du Nord demeurent sous-exploités . 55 8.4 La connaissance de la dynamique des populations
demeure imprécise 55 8.5 Les méthodes de dénombrement des populations ou des
troupeaux sont perfectibles 55 8.6 La chair et les abats de caribous sont légèrement
contaminés par les polluants atmosphériques . . . 56 8.7 L'estimation de la récolte est imprécise pour
certaines clientèles 56 8.8 II n'y a pas de mécanismes institutionalises de cogestion
entre les administrations du Québec et de Terre-Neuve . . . 57 8.9 Certaines mesures de mitigation sont nécessaires pour
réduire les impacts humains sur l'espèce 57 8.10 La capacité de support du milieu est méconnue 57
9. ALTERNATIVES DE SOLUTIONS 59
10. CONCLUSION 64
RÉFÉRENCES 65
NOTE
Ce document constitue une synthèse des connaissances sur le caribou faite à partir des informations disponibles à l'automne de 1990. Il présente l'opinion du ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche, opinion qui se fonde sur l'interprétation des travaux de recherche et sur les données d'inventaire disponibles. Comme la situation du caribou est susceptible d'évoluer rapidement, notamment dans le nord québécois, il va sans dire que les versions ultérieures du document pourront être sensiblement différentes.
Le plan tactique est cependant suffisamment précis pour permettre l'élabora- tion du plan de gestion des diverses populations de caribous qui occupent le Québec, plan qui devrait prendre forme au cours de la prochaine année.
1. MISE EN SITUATION
. Taxonomie
Le caribou et le renne (Rangifer tarandus) forment une seule espèce animale.
Ce cervidé est largement distribué dans la toundra arctique, la toundra forestière et les forêts boréales, autant en Amérique, où on l'appelle caribou, qu'en Europe et en Asie septentrionale, où il prend le nom de renne.
Il existe toutefois des sous-espèces bien définies (Banfield, 1974).
Banfield (1974) a*inclus tous les caribous de la péninsule du Québec-Labrador dans la sous-espèce "caribou des bois" (Ranqifer tarandus caribou). C'est la plus grosse de toutes les sous-espèces canadiennes. De plus, elle diffère des autres sous-espèces par la forme des bois et la couleur plus foncée du pelage. Malgré que les caribous du nord du Québec soient migrateurs, contrairement à ceux vivant plus au sud dans la forêt, il ne semble pas justifié de séparer les caribous du Québec - Labrador en deux sous-espèces (Audet, 1979; Roed et a_l., en prép.). La classification taxonomique du caribou nord-américain est cependant en voie de révision par une approche génétique. La classification de Banfield (1974) est toujours valable pour le Québec, mais la dénomination "caribou des bois" prête à confusion car la sous-espèce du Québec-Labrador occupe tous les biomes utilisés par le caribou, soient la montagne, la forêt et la toundra (Roed et al., en prép.).
Les autres sous-espèces nord-américaines seraient celles de l'Alaska, des Territoires du Nord-Ouest continentaux, de l'Ile de Baffin et de Peary. Des doutes subsistent encore en ce qui concerne la classification des caribous vivant au Yukon et en Colombie Britannique.
. Historique
A l'arrivée des Européens, le caribou occupait presque tout le territoire québécois alors que son aire de répartition allait du nord du New-Hampshire aux côtes du détroit d'Hudson, où certains troupeaux passaient l'été (Audet, 1979). A cette époque, l'espèce revêtait une importance capitale dans l'économie dés peuples amérindiens qui occupaient le Nord du Québec, soit les Inuit, les Cris, les Naskapis et les Montagnais (Trudel et Huot, 1979). Le
fourrure se prêtait le mieux à la confection des vêtements et de la literie.
Les lieux de chasse les plus fructueux se situaient sur les hautes terres surplombant la rivière George à l'est, le long de la rivière Caniapiscau et du nord-est de Kuujjuarapik (Trudel et Huot 1979). A cette période, le caribou semblait abondant et occupait des lieux encore fréquentés aujourd'hui par les troupeaux de la rivière George et de la rivière aux Feuilles.
Le développement du commerce des fourrures bouleversa cependant les cultures autochtones en les rendant progressivement dépendantes des biens troqués aux postes de traite, notamment des armes à feu. On essaya alors d'amener les Amérindiens à consacrer plus d'efforts à la capture des animaux à fourrure, au détriment de la recherche du caribou. Certains marchands peu scrupuleux allèrent même jusqu'à contingenter les munitions et la nourriture pour favoriser le piégeage, ce qui provoqua des famines mortelles, particulière- ment chez les Naskapis (Cooke 1979). Plus au sud, le caribou jouait vraisem- blablement un rôle plus limité dans l'économie des nations autochtones
(Dumais 1979; Piérard 1979).
L'abondance et la répartition du caribou ont considérablement changé au cours du siècle dernier. Dans le sud du Québec, le caribou a été confiné dans des endroits peu accessibles à mesure que l'agriculture et l'exploitation fores- tière détruisaient son habitat et que la chasse réduisait les effectifs.
Toutefois, vers 1850, il était encore largement distribué à travers tout le Québec (Audet, 1979). C'est au cours de la dernière moitié du XIXe siècle que ces populations se sont considérablement amenuisées. Il ne reste aujour- d'hui que des petits groupes isolés dans le parc des Grands Jardins (popu- lation restaurée), dans le parc de la Gaspésie, dans la région de Val d'Or et le long de la rivière Saguenay.
Dans le moyen-nord québécois et labradorien; le géologue Low (Audet, 1979) rapporte que le caribou des bois fut abondant jusqu'en 1870. Puis, durant le quart de siècle qui suivit, il y eut un déclin des populations. Toutefois de petits groupes de caribous continuèrent de fréquenter la tête des rivières se déversant dans la baie James, le golfe du Saint-Laurent et la mer du
Labrador. Le caribou est toujours présent en faible densité, un peu partout dans ce vaste territoire. Il y est distribué inégalement (Brown et al., 1986).
Dans le nord québécois et labradorien, Low (Audet, 1979) indique qu'il existait, selon lui, trois grands troupeaux distincts: le troupeau "de l'est", le troupeau "du centre" et le troupeau "de l'ouest". De façon générale, les caribous passaient l'été dans la toundra ou sur les plateaux côtiers et migraient en automne vers l'intérieur des terres et vers le sud, dans la toundra forestière.
Dès le début du XXe siècle et au moins jusqu'à la fin des années 1920, le déclin du caribou s'est manifesté dans tous les troupeaux du nord, ce qui semble exclure la possibilité de migrations d'une région à l'autre de la péninsule (Audet, 1979). Les migrations habituelles de caribous sont alors devenues plus restreintes et les caribous semblaient, en fait, se concentrer dans les refuges les plus favorables de leur aire de répartition. Entre les années 1920 et le début des années 1950, les naturalistes circulant dans la péninsule de l'Ungava remarquèrent l'état précaire des populations. A partir de 1954, des inventaires aériens successifs indiquèrent une croissance rapide des populations (Audet, 1979; Messier et al., 1988). Aujourd'hui on y distingue deux grands troupeaux: le troupeau de la rivière George et le troupeau de la rivière aux Feuilles. Ainsi, après avoir enregistré des niveaux de population très bas vers le milieu du siècle, le troupeau de la rivière George constitue peut-être actuellement le plus grand troupeau de caribous au monde (Williams and Heard, 1986), avec des effectifs estimés à 680 000 individus (+36%; a=0,10) en 1988 (Crête et al., 1989).
Les causes du déclin des populations de caribous du Québec demeurent incon- nues. Audet (1979) mentionne plusieurs facteurs possibles: la destruction d'habitat (défrichement, coupe forestière, incendies forestiers), la prédation accrue, la chasse excessive, des conditions climatiques défavora- bles (verglas, climat défavorable en période de vêlage), les maladies et les noyades. Plus récemment, Crête et Payette (1990) ont associé la rareté de caribous au réchauffement climatique observé durant la première moitié du XXe
plus chaudes et des hivers apparemment plus neigeux, ce qui aurait peut-être entraîné une incidence accrue de feux de forêts, une plus grande difficulté pour les caribous à se nourrir en hiver et un déneigement plus tardif des aires de mise bas.
. Zonage de 1'aire de répartition
Même s'il n'existe qu'une seule sous-espèce de caribou au Québec, on peut diviser le territoire en trois zones distinctes quant à l'abondance et au comportement de ce cervidé. Au nord du Québec (nord du 55e parallèle), les caribous sont abondants et forment de grands troupeaux (troupeau de la rivière George et troupeau de la rivière aux Feuilles). La notion de troupeau se réfère à une population de caribous dont les femelles se rassemblent pour mettre bas. Ces caribous du nord effectuent de grandes migrations. Ils fréquentent la toundra en été et se déplacent généralement vers les régions boisées plus au sud en automne. Dans le moyen-nord (entre le 49e et le 55e parallèle), la densité de caribous est faible et les animaux n'effectuent pas de grandes migrations. Contrairement aux caribous du nord, les femelles se dispersent pour la mise bas (Brown et al, 1986). Les caribous des grands troupeaux du nord descendent, toutefois, dans lé moyen-nord en hiver (jusqu'au 53e parallèle environ) et peuvent ainsi entraîner des bêtes dans leur déplacement (Huot et Paré, 1986; Nault et Le Hénaff, 1987). Il demeure toutefois une population résidente bien établie dans cette zone (Brown et al. 1986). Quant au sud (sud du 49e parallèle), le caribou est confiné dans quelques secteurs restreints occupant chacun environ 1000 km : le parc des Grands-Jardins (population restaurée), le parc
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de la Gaspésie et la région de Val d'Or. Les limites arbitraires fixées pour ces trois zones (Figure 2.1) visent à simplifier le document.
2. BIOLOGIE DE L'ESPECE
2.1 Répartition et densité
. Dans le nord du Québec
Dans cette zone, on retrouve actuellement deux grands troupeaux: celui de la rivière George et celui de la rivière aux Feuilles. Il existe aussi des populations résidant à l'année longue dans le sud de la zone mais leurs effectifs très réduits (Brown et ai-, 1986) limitent leur importance écono- mique. Une autre petite population résiderait aussi à 1'année longue dans la toundra des Monts Torngat (N. Lizotte et S. Luttich, comm. pers.). L'aire de répartition d'un troupeau comprend tous les territoires et corridors de migrations utilisés par les animaux au cours de leur cycle annuel. Sa superficie augmente à mesure que la population croît et que les déplacements s'accentuent (Melgaard, 1986). Ainsi la superficie de l'aire de répartition du troupeau de la rivière George est passée de 160 000 km en 1971 à près de 550 000 km2 en 1986 (Couturier et ai., 1988). Les aires de répartition les plus récentes du troupeau de la rivière George et du troupeau de la rivière aux Feuilles sont présentées à la figure 2.1.
• ^
La taille du troupeau de la rivière George fut estimée avec une méthode relativement comparable en 1976, 1980, 1982, 1984, 1986 et 1988 (Goudreault 1985, Goudreault et al., 1985; Crête et ai., 1987c; Messier et al. 1988;
Crête et ai., 1989). Pour ces estimations par échantillonnage, on utilisa des dénombrements visuels en hélicoptère lors des trois premiers recensements et des photographies aériennes à compter de 1984. En corrigeant pour la sous-évaluation produite lors de décomptes visuels, la taille automnale du troupeau fut successivement estimée à 215 000, 544 000, 500 000, 624 000
±25%, 280 000 ±39% et 682 000 ±36% (a=0,10) individus, incluant les jeunes de l'année (Figure 2.2). Les estimations faites pour arriver au nombre d'individus dans le troupeau à l'automne empêchent de présenter un intervalle de confiance pour les trois premières années; ces résultats sont vraisembla- blement aussi, sinon plus imprécis que les inventaires plus récents (Messier et ai., 1988: Tableau 1 ) . Par ailleurs, l'estimation de 1986 est biaisée à la baisse à cause de nombreux problèmes techniques (Crête et ai., 1989).
fU „ • GROUPE DU PARC DE LA GASPÉSIE
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GROUPE DU PARC
AIRE DE RÉPARTITION:
DES GRANDS JARDINS
l'PloSMSv.llo S,..n|. . - * / ( \ ' S Troupeau de la Rivière George
Troupeau de la Rivière aux Feuilles Limite du territoire des conventions
Figure 2.1 Zonage de l'aire de répartition du caribou au Québec
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1976 1978 1980 1982 1984 1986 1988
Figure 2.2 Estimation du nombre de caribous dans le troupeau de la rivière George à l'automne à p a r t i r du dénombrement aérien des femelles dans l ' a i r e de mise bas. Le calcul de l ' i n t e r v a l l e de confiance n'est possible que pour les t r o i s derniers inventaires.
La fréquence et la qualité des estimations de taille du troupeau de la rivière aux Feuilles sont moindres. Le nombre de femelles présentes dans l'aire de mise bas fut estimé visuellement en 1983 (Le Hénaff 1983) et par photographie aérienne en 1986 (Crête et a_l., 1987c). En corrigeant pour les biais des décomptes visuels, il y aurait eu au moins 58 000 et 47 000 femelles dans le troupeau la première et la deuxième année respectivement;
le troupeau dépassait donc 100 000 têtes entre 1983 et 1986, en incluant les mâles et les faons. L'estimation plus basse de 1986 est possiblement attribuable à la mauvaise qualité des photos aériennes (Crête et al.,1987c), car d'après la condition physique excellente des animaux (Huot et Crête, en prép.) les effectifs de ce troupeau devraient être en croissance à moins qu'ils ne soient victimes d'un fort taux de prédation.
Il y a des indices à l'effet qu'un petit troupeau résiderait à l'année longue dans les monts Torngat (Le Hénaff 1977, 1978, 1981; N. Lizotte, comm. pers.;
S. Luttich, comm. pers.). Cependant un seul animal fit l'objet d'une étude télémétrique à ce jour de sorte que l'existence d'un troupeau distinct n'est pas encore clairement démontrée. L'examen sommaire de carcasses prélevées près du Fjord Alluviaq à l'été de 1988 a indiqué une excellente condition de ces animaux (N. Lizotte, comm. pers.), ce qui tranche avec le piètre état des femelles du troupeau de la rivière George examinées à la même période quelques centaines de km plus au sud (Huot et Crête). Le suivi de la récolte dans les communautés Inuit adjacentes permettra de vérifier s'il y a vraiment une population résidente dans ce secteur.
Le nombre total de caribous fréquentant le nord du Québec dépasserait donc les 750 000 bêtes. La densité y est forte, particulièrement lorsque les animaux se concentrent dans des secteurs plus restreints, notamment les aires de mise bas.
. Dans le moyen-nord
Le caribou est réparti sur l'ensemble du moyen-nord québécois. Dans cette zone boisée, le caribou forme de petites hardes de faibles densités; sa distribution sur le territoire est continue. Son comportement est plus
sédentaire et moins grégaire que celui des grands troupeaux du nord. De plus, les femelles ne se rassemblent pas mais se dispersent pour mettre bas.
Ces comportements lui permettraient, selon Paré et Huot (1986), d'éviter la prédation. La densité de caribous y est très faible. Brown et a_l. (1986) calculèrent que la densité de caribous des hardes du lac Bienville (1975- 1980), de Caniapiscau (1981-1983), du Lac Joseph (1984-1985) et de la Red.
Wine Mountains (1982-1985) était inférieure à 0,03 caribou/km2. De plus, Darby et Duquette (1986) ont évalué la densité du caribou des bois entre 0,014 et 0,021/km en Ontario. Finalement, suite à un inventaire aérien effectué dans la zone de chasse 18 est, Bertrand (comm. pers.) mentionne que le caribou demeure rare au sud du 50e parallèle.
En hiver, les caribous des troupeaux de la rivière George et de la rivière aux Feuilles descendent dans la zone boisée du moyen-nord (Figure 2.1).
L'effet de cette présence des caribous des grands troupeaux du nord parmi les petites hardes du moyen-nord est difficile à prévoir. Toutefois, comme les femelles du caribou sont généralement fidèles à la région où elles mettent bas chaque printemps, ces petites hardes devraient persister (Brown et al., 1986). Des observations faites au printemps de 1990 dans la région du lac Bienville tendent à confirmer cette hypothèse (Hydro-Québec, en prép).
. Dans le sud du Québec
Au sud du 49e parallèle, le caribou est presque complètement disparu. On en retrouve à peine quelques centaines d'individus. Trois populations sont bien connues et identifiées, soit celles du parc de la Gaspésie, du parc des Grands-Jardins et de la région de Val d'Or. D'autres populations existent vraisemblablement, notamment au nord de La Sarre et dans la région du Saguenay Lac St-Jean. Les petites populations isolées du sud sont en général dans une situation précaire.
Le parc de la Gaspésie, qui abrite actuellement environ 200 caribous sur une superficie de 700 km2 (densité de 0,3 à 0,4/km2), a vu sa population diminuer depuis le début du siècle jusqu'en 1973. Depuis 1973, on n'observe pas de déclin apparent; toutefois le rapport faon:femelle récemment plus faible et
le nombre plus élevé de mâles laissent présager une baisse éminente de la population (Messier et al^ 1987).
Dans le parc des Grands-Jardins, le caribou avait complètement disparu entre les années 1920 et 1925. Le ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche y restaura l'espèce entre 1965 et 1972. Actuellement, près d'une centaine d'individus fréquentent ce parc (Gaudreault et Fortin, 1988; C. Fortin, comm.
pers.). Toutefois, la situation du caribou y demeure précaire principalement en raison du petit nombre d'individus et de ses déplacements à l'extérieur des limites du parc. Cette population a affiché une légère croissance au cours des 12 dernières années (Gaudreault et Fortin, 1988).
Dans la région de Val d'Or, la population de caribous est maintenant évaluée à 30 individus occupant une superficie approximative de 1 200 km (densité de 0,025/km ) . La situation de cette population est très précaire en raison du petit nombre d'individus qui la compose et de l'utilisation conflictuelle de son habitat avec l'exploitation forestière. Cette population n'est pas protégée par les limites d'un parc comme les deux autres.
2.2. Rassemblements et migrations
. Dans le nord
Les caribous forment de grands troupeaux qui se concentrent à quelques reprises au cours de leur cycle annuel et effectuent de grandes migrations.
Les bêtes se rassemblent avant les migrations qui s'effectuent en groupes de plusieurs milliers d'individus. On compte trois grandes migrations: le printemps lorsque les bêtes se rendent à leur aire de mise bas, après la mise bas alors qu'elles rejoignent les aires d'estivage et à l'automne pour les déplacements vers les aires d'hivernage. Les femelles se concentrent aussi dans un territoire traditionnel pour la mise bas. Quant au rut, il s'effectue au hasard au cours de la migration automnale. A part la fidélité des femelles pour l'aire de mise bas, il est impossible de prévoir de façon certaine d'une année à l'autre les déplacements des grands troupeaux de caribous.
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II y a souvent ségrégation des individus selon le sexe et le statut reproduc- teur chez ce cervidé. C'est surtout à la période du rut que mâles et femelles forment des groupes plus homogènes.
. Dans le moyen-nord et le sud
Le caribou des zones boisées du moyen-nord et du sud du Québec n'effectue pas de grands rassemblements ni de grands déplacements. Les déplacements les plus importants (moyenne de 75,3 km pour le troupeau de Caniapiscau) s'effectuent le printemps, avant la mise bas, et à la fin de l'automne durant ou immédiatement après le rut (Brown et aJL, 1986). Les animaux sont généralement sédentaires au cours de l'été et de l'hiver. Contrairement au caribou du nord, les femelles se dispersent pour mettre bas. En général elles retournent au même site de parturition d'une année à l'autre, bien qu'il y ait des exceptions (Brown et al, 1986). Après la mise bas, les caribous ne se rassemblent pas, mais demeurent isolés ou en petits groupes pour la période estivale. Les déplacements et la taille des groupes augmen- tent durant le rut, puis les caribous redeviennent généralement sédentaires à l'hiver. Ce patron de déplacements saisonniers n'est toutefois pas toujours suivi par tous les individus. Il arrive que des groupes de caribous effectuent des déplacements plus importants l'hiver. Ce comportement peut être dû à des conditions climatiques différentes, à l'épaisseur de neige, à la recherche de nourriture ou à d'autres causes inconnues. On a émis l'hypothèse qu'il existe des phénotypes différents au sein d'une même population de caribous qui se manifesteraient par des comportements de déplacement variables selon les individus (Davis et al., 1986). Ainsi, on a observé, à la Baie James, de grands déplacements chez des individus qui avaient été jusque-là sédentaires (Huot et Paré, 1986).
2.3 Habitats
. Dans le nord
Messier et Huot (1985) mentionnent que les besoins des caribous du nord concernent principalement l'alimentation, mais aussi la protection contre le
harcèlement des insectes, l'épaisseur et la texture de la neige au sol et la présence relative de prédateurs. Les lichens terricoles constituent un élément prédominant de l'alimentation du caribou migrateur (Messier et al..
1988; Gauthier et ai., 1989; Crête et al., 1990). Toutefois selon Messier et Huot (1985), le régime alimentaire du caribou peut varier énormément selon les habitats et les saisons. Cette caractéristique lui permet d'exploiter plusieurs types d'habitats lors de ses déplacements annuels dans la toundra arctique, la toundra forestière et la forêt boréale.
La toundra arctique se situe au nord du 58e parallèle (Figure 2.3) (Payette 1983). Toutefois elle s'étend plus au sud à l'est de la rivière George à cause de l'altitude et de l'influence de la mer du Labrador. Elle se
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caractérise par 1'absence d'arbres sous une forme typique et par la présence de landes recouvertes de lichens, de mousses, d'arbustes dressés et rampants, de sol nu et de roc (Crête et ai., 1990). La toundra du Labrador, utilisée comme habitat d'été par le troupeau de la rivière George, est pauvre en lichens et en arbustes dressés partiellement à cause du broutage répété des caribous. Cette rareté est responsable de la mauvaise condition physique des femelles suitées au cours de l'été (Crête et al., 1990a). Toutefois, au début de cette saison, les caribous recherchent les graminoïdes (surtout des cypéracées).qui croissent aux endroits où la neige est fondue. Les caribous sont très' concentrés à cette période et la compétition intraspécifique devient élevée. Heureusement, les graminoides semblent bien résister au broutage, les parties souterraines n'étant pas affectées.
La toundra forestière, plus au sud, représente l'habitat le plus communément fréquenté par le troupeau de la rivière George. Ce biome végétal se distingue de la toundra arctique par la présence d'arbres non rabougris, soit suivant une dispersion clairsemée, soit distribués en îlots de forêts entremêlés d'ouvertures. Les espèces arborescentes les plus communes sont l'épinette noire et le mélèze (surtout dans les bassins versants des rivières aux Feuilles et aux Mélèzes). Dans les ouvertures on trouve d'importants tapis de lichens et des peuplements étendus d'arbustes, deux sources de nourriture pour le caribou.
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La forêt boréale se situe plus au sud et le long du bassin versant de la rivière à la Baleine et du versant est de la rivière Caniapiscau, où le climat est moins rigoureux. Elle se compose principalement de peuplements ouverts d'épinettes noires et de pins gris. Ces habitats ouverts renferment une biomasse élevée de lichens terricoles (Crête et al., 1990b). La neige est généralement d'une nature assez poudreuse, ce qui facilite pour le caribou la recherche de nourriture.
Il existe peu de données détaillées sur l'habitat du caribou du nord du Québec. Un inventaire de reconnaissance de la biomassé des lichens disponi- bles a été réalisé en 1987 et les résultats indiquent que le taux d'utilisa- tion annuel des lichens serait inférieur à 1% de la biomasse disponible (Crête et ai., 1990b); les lichens sont donc encore très abondants, comme le suggéraient d'ailleurs des données antérieures sur la fluctuation des réserves corporelles des caribous de la rivière George (Huot, 1989). De plus, la nourriture disponible dans les aires de mise bas des troupeaux de la rivière George et de la rivière aux Feuilles a été sommairement comparée à l'été de 1988 (Crête et ai., 1990a); ces résultats ont révélé une disponi- bilité et une qualité de nourriture plus grandes à la rivière aux Feuilles par rapport à la rivière George.
. Dans le moyen-nord
Darby et Duquette (1986) ont décrit l'habitat recherché par le caribou dans les régions forestières ontariennes. Le caribou y utilise fréquemment les forêts matures d'épinettes et de pins, alors que les forêts décidues sont peu fréquentées. Les tourbières, les lacs et les îles sont privilégiés pour l'alimentation, le repos, la fuite et la mise bas. Le caribou montre toutefois une forte préférence saisonnière pour certains habitats selon la disponibilité de nourriture, la présence relative de prédateurs, les conditions de neige au sol et le harcèlement par les insectes. Ainsi, au printemps et à l'été, le caribou se nourrit de feuilles (décidues), de lichens, de champignons, de graminées et de cypéracées. Il utilise alors une grande variété d'habitats. A cette période, les femelles se dispersent dans les tourbières ou sur des îles pour mettre bas. Ce comportement peut être
une stratégie pour éviter la prédation. De plus, il arrive que le caribou utilise les rivages, les ouvertures et les falaises exposées au vent pour échapper au harcèlement par les insectes. A l'automne et à l'hiver, le caribou se nourrit de lichens surtout terrestres, rarement arboricoles, de cypéracées et d'éricacées (Darby et Duquette, 1986). Au début de l'hiver, il fréquente les zones ouvertes jusqu'à ce que la neige restreigne ses activités. Il se déplace ensuite dans les forêts de conifères et creuse des cratères dans la neige pour atteindre les lichens dont il se nourrit. Les lacs, les rivières et les ruisseaux gelés lui servent pour se déplacer, se sauver, et se reposer.
Le plateau lacustre qui caractérise le moyen-nord québécois a un faciès varié qui offre aux caribous une grande diversité d'habitats. On y retrouve de vastes pessières ouvertes où croît un épais tapis de lichens. Dans les vallées des rivières et les zones de faible élévation, le peuplier faux-trem- ble et le bouleau blanc forment les seules forêts décidues de cette région.
Ces zones forestières ouvertes sont parsemées de petits sommets toundriques, de nombreux plans d'eau et de zones tourbeuses presque omniprésentes. Ce milieu varié fournit vraisemblablement une alimentation abondante au caribou quelles que soient les conditions de neige.
82* 72°
60*
56
e100 200 km
r-r.-r.-r^
62J
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T TOUNDRA
TF TOUNDRA FORESTIERE FB FORÊT BORÉALE
60
e82° 72° 62°
Figure 2.3 Biomes fréquentés par les caribous du nord
. Dans le sud
Harde du parc de la Gaspésie
Le secteur utilisé par les caribous du parc de la Gaspésie est caractérisé par un relief montagneux aux formes arrondies. On y rencontre deux massifs importants: celui des Chic-chocs (comprenant le mont Albert: 1 151 m) et celui des McGerrigle (incluant le mont Jacques-Cartier: 1 268 m ) . Étant donné l'altitude des massifs, le secteur offre une variété d'habitats forestiers passant de l'érablière à bouleau jaune à la toundra alpine (Trépanier, 1984).
Les caribous utilisent les sommets des massifs à l'automne et une partie de l'hiver, jusqu'à ce que les conditions climatiques favorisent la formation d'une croûte de glace les empêchant d'avoir accès à la nourriture terrestre.
Ils se nourrissent alors de lichens terrestres, de graminées, de cypéracées, de mousses et même d'éricacées (Messier et al^., 1987). Par la suite, ils migrent dans les sapinières et les pessières avoisinantes et se nourrissent principalement de lichens arboricoles (Rivard 1978). Au printemps et à l'été, les caribous demeurent dispersés, sans jamais trop s'éloigner des sommets toundriques (Trépanier, 1984; non pupl.).
Harde du parc des Grands-Jardins
Le parc des Grands-Jardins est situé dans le massif précambrien du Bouclier canadien. Les caribous utilisent les habitats disponibles, soit la pessière à kalmia ou à cladonies, les parterres de coupes forestières, les peuplements de résineux, les sites dénudés, les étendues de tourbières, et les forêts feuillues et mélangées. Selon les saisons, il y a un chevauchement des aires d'utilisation. A l'automne, les caribous semblent rechercher les grandes étendues ouvertes pour se reproduire. En hiver, le caribou fréquente les pessières à cladonies, où le lichens constitue sa principale source de nourriture. A la fin de l'hiver, il arrive que des caribous montent sur les sommets dénudés, l'accumulation de neige au sol y demeurant faible à cause de l'effet du vent. Le printemps et l'été, les bêtes sont dispersées. Il ne
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semble pas y avoir de préférence pour un type d'habitat particulier (Gau- dreault et Fortin, 1988).
Harde de Val d'Or
Le secteur utilisé par la harde de caribous de Val d'Or se situe à l'inté- rieur de la plaine argileuse des lacs glaciaires Barlow-Objibway. Il présente l'aspect d'une vaste plaine légèrement ondulée et percée ici et là de dômes ou de crêtes (Bellehumeur et âl., 1985). L'hiver, le caribou fré- quente des pessières et des peuplements de résineux et mélangés à différents stades de maturité. La présence dé cratères d'alimentation indique que les caribous y recherchent les lichens terrestres. En mars, les caribous profi- tent du fait que la neige soit durcie pour se déplacer dans les tourbières où la fonte plus rapide dégage vraisemblablement des graminoïdes (M. Paré, comm. pers.). Au cours de la saison estivale, le régime alimentaire du caribou est très varié et comprend des végétaux disponibles un peu partout.
Il utilise de grandes tourbières bordées de peuplements matures d'épinettes noires. Les graminoïdes et le trèfle d'eau y sont très abondants (M. Paré, comm. pers.).
2.4 Reproduction
. Dans le nord
Le rut a lieu au cours de la migration automnale vers la fin du mois d'octobre et le début du mois de novembre. Il n'y a pas de terrain tradi- tionnel pour le rut, ni de formation apparente de harem. Le rut survient plutôt au hasard, selon le mouvement migratoire en cours. Selon Juniper (1979), le rut du troupeau de la rivière George a lieu au cours des trois dernières semaines d'octobre. Celui du troupeau de la rivière aux Feuilles se déroulerait à la même période.
Après 7,5 à 8 mois de gestation, (Banfield, 1974) les femelles mettent bas dans les deux premières semaines de juin (Juniper, 1979; Couturier et al., 1988). Une femelle donne généralement naissance à un seul faon. Aucun cas
de jumeaux ne fut mentionné au Québec et très rarement ailleurs en Amérique.
Les femelles se rassemblent sur une aire de mise bas traditionnelle pour donner naissance à leurs petits (Figure 2.3). Les femelles peuvent atteindre leur maturité sexuelle à 1,5 an si elles ont dépassé une masse corporelle critique (Skogland, 1983). En général, une femelle adulte fréquentant un bon habitat donne naissance à un faon chaque printemps.
Le taux de gestation des femelles âgées de 1,5 an et plus du troupeau de la rivière George a été évalué en 1980 par Parker (1981) et entre 1983 et 1986 par Messier et al. (1988). Le taux de gestation d'ensemble serait passé de 0,85 à 0,68 au cours de cette période. De plus, c'est parmi les femelles les plus jeunes (1,5 et 2,5 ans) que la baisse aurait été la plus marquée. L'âge de la maturité sexuelle serait donc maintenant retardé. Cette diminution du taux de gestation n'est peut-être pas aussi marquée qu'il ne paraît puisque les résultats de Parker étaient vraisemblablement surestimés, les caribous ayant été récoltés près de l'aire de mise bas alors que les femelles non gravides ont tendance à se tenir à l'écart (Messier et Huot 1985; Couturier et al., 1988). Cependant, cette baisse apparente est probablement réelle puisqu'elle a coïncidé avec une baisse du nombre de faons accompagnant les femelles à l'automne. En effet, ce nombre est passé de 52 petits par 100 femelles pour la période de 1973 à 1983, à 38 entre 1984 et 1987 pour finale- ment atteindre environ 32 au cours des dernières années (M.L.C.P., non publ.)•
. Dans le moyen-nord
Le caribou du moyen-nord semble défendre un harem de quelques femelles ou du moins forme de petits groupes pour la période de rut. Brown et al. (1986) mentionnent que le rut a lieu à la fin octobre, le plus souvent sur des terrains humides ouverts. La mise bas a lieu au cours des deux premières semaines de juin dans les quatre troupeaux du centre de la péninsule Québec-Labrador décrite par Brown et al. (1986). Les femelles ne se rassemblent pas pour la mise bas mais au contraire se dispersent. Les femelles ont toutefois tendance à retourner dans la même région pour avoir leurs petits à chaque année. Le taux de gestation n'est pas connu. Toute-
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fois, selon Paré et Huot (1985), le nombre de faons par 100 femelles à l'automne se situait autour de 35 avant 1982 et augmenta à près de 50 pour la période 1982-1984 (populations du lac Bienville et du lac Caniapiscau).
Cette augmentation du nombre de faons par 100 femelles est toutefois difficile à expliquer (Paré et Huot, 1985).
. Dans le sud
Le caribou du sud semble aussi défendre un harem, du moins dans le parc des Grands-Jardins (Vandal, 1985), ou former de petits groupes lors de la période de reproduction. Le rut a normalement lieu dans de grandes ouvertures.
Selon Vandal (1985), le rut commencerait au début d'octobre dans le parc des Grands-Jardins. Des observations effectuées sur des caribous en captivité (Le Henaff, 1973) indiquent que les femelles atteignent leur maturité sexuelle à 1,5 an et que la mise bas survient du 20 mai au 30 juin.
Gaudreault et Fortin (1988) ont évalué la proportion d'animaux de 1 an à 18 % dans le parc des Grands-Jardins à la fin de l'hiver. Ce taux se compare avantageusement à bien d'autres troupeaux en Amérique du Nord.
Dans le parc de la Gaspés'ie, la mise bas culmine au cours de la dernière semaine de mai (Gauthier, 1980; non publ.). Messier et al., (1987) notent une diminution du recrutement (rapport faons par 100 femelles) considérable depuis quelques années. Cette diminution, causée par une baisse de survie estivale des faons fait actuellement l'objet d'une étude; elle s'est accentuée au cours des deux dernières années. La mortalité des faons entre la mise bas et l'automne a dépassé 90 pour cent depuis 1987 (non publ.); la prédation de l'ours noir et du coyote en est la cause. Un plan de redresse- ment a été mis de l'avant pour corriger la situation.
Dans la région de Val d'Or, la mise bas a lieu surtout au cours des deux dernières semaines de mai. La composition des groupes de caribous a été déterminée au début d'octobre en 1986, 1987 et 1988: pendant cette période le nombre de faons par 100 femelles a varié autour de 30. Durant le rut, les groupes observés comptaient entre 3 et 18 individus. Seulement 4 mâles furent observés. Depuis mars 1986, où une étude télémétrique fut entreprise,
seulement 28 animaux différents furent dénombrés. La mortalité des faons a semblé faible entre la mi-juin et la fin de l'hiver (M. Paré, non publ.).
2.5 Facteurs limitatifs
. Dans le nord
Trois phénomènes qui ne sont pas exclusifs ont été récemment proposés comme mécanismes potentiels de régulation des grands troupeaux de caribous fréquentant la toundra: des carences alimentaires en hiver, des carences alimentaires en été et une dépense d'énergie accrue avec l'accroissement de la taille des troupeaux et de l'aire de répartition (Messier et al.., 1988).
En hiver, les lichens constituent l'élément dominant de la nourriture des caribous (Gauthier et al., 1989); or ces végétaux croissent très lentement et il faut des décennies à un peuplement pour se reconstituer s'il est détruit par le feu ou complètement brouté par les caribous. Le système lichen-caribou pourrait donc se prêter à des fluctuations cycliques pronon- cées avec des périodes couvrant plusieurs décennies; le déclin des troupeaux de caribous serait ainsi causé par une raréfaction progressive des lichens en période de densité maximale de caribous (Messier et al., 1988). Des carences alimentaires estivales sont aussi possibles, particulièrement pour les femelles gravides qui se concentrent annuellement sur des aires de mise bas traditionnelles (Crête et al., 1990b). Les besoins nutritifs sont extrêmes à la fin de la gestation et au début de l'allaitement (Leader-Wi- lliams et Ricketts 1981; Tyler 1987), de sorte qu'une nourriture riche et abondante est nécessaire. Paradoxalement, c'est souvent à cette période de l'année que les densités de caribou atteignent les niveaux les plus élevés, exposant la végétation à une forte pression de broutage, particulièrement quand la taille des troupeaux augmente. Finalement, comme les troupeaux utilisent des aires de répartition de plus en plus grandes quand leurs effectifs s'accroissent (Meldgaard, 1986), il se peut que des migrations plus longues entraînent progressivement des dépenses énergétiques accrues parallèles à la taille des troupeaux. Les deux derniers phénomènes n'ont pas été associés à des fluctuations cycliques prononcées.
21
Les conditions climatiques peuvent aussi limiter la croissance des popula- tions de caribous du nord. Le verglas, l'épaisseur et la texture de la neige, la vitesse de sa fonte au printemps et l'incidence des feux de forêt constituent des facteurs potentiels de régulation (Crête et Payette, 1988).
Ces facteurs sont cependant indépendants de la densité.
Compte tenu de leur comportement grégaire, les caribous peuvent aussi être affectés par des maladies et des parasites qui pourraient se propager plus facilement à forte densité. Une étude portant sur l'importance des parasites et la présence d'anticorps de virus entre 1985-1987 chez les caribous du troupeau de la rivière George a cependant conclu à l'absence d'évidence de régulation de ce troupeau par les parasites (Nault et LeHenaff, 1988). Le harcèlement par les insectes pourrait aussi limiter la croissance d'une population en ralentissant la récupération estivale et l'allaitement (Fancy and White, 1986).
Le loup constitue le principal prédateur du caribou dans le nord du Québec.
Toutefois les grands déplacements des troupeaux sont tels que les caribous s'absentent d'une région pendant plusieurs mois; l'absence de proie de 'rechange pendant ces périodes pose des problèmes aux loups pour compléter leur cycle annuel, notamment pendant l'élevage des jeunes. Par contre, certains loups nomades suivent vraisemblablement les caribous dans leurs déplacements. A ce jour, la prédation du loup n'a pas semblé un facteur de mortalité important pour les caribous de la rivière George (Hearn et al..
1990), ce qui est cohérent avec l'idée que la migration serait une excellente stratégie pour contrer la prédation (Fryxell et al., 1988). Cependant la prédation par le loup pourrait devenir un facteur de mortalité significatif dans le cas d'une population de caribous en déclin (Messiër et al., 1988).
La chasse sportive et d'alimentation représente un autre facteur de morta- lité. Cependant, malgré les imprécisions concernant l'ampleur des prélève- ments humains et la taille exacte des troupeaux, le nombre de prises semble actuellement trop faible par rapport à la population totale pour avoir été la cause du plafonnement récent du troupeau de la rivière George.
Finalement, au cours de leurs déplacements, il arrive que des caribous meurent suite à des accidents comme des noyades, des chutes, etc. La noyade de près de 10 000 animaux sur la rivière Caniapiscau à l'automne 1984 constitue un exemple spectaculaire. Les causes de mortalité liées aux accidents sont cependant généralement indépendantes de la densité et offrent peu de possibilités de régulariser les populations. Entre 1983 et 1987, on a tenté de déterminer la cause de la mort des caribous de la rivière George qui portaient des colliers émetteurs, soit principalement des femelles. Bien qu'il faille interpréter ces statistiques avec prudence, puisque souvent les carcasses furent visitées de nombreuses semaines après la mort de l'animal, les taux annuels de mortalité suivants ont été estimés (Hearn et ai., 1990):
prédation = 4%; chasse = 2%; malnutrition = 1%; causes inconnues = 3%.
. Dans le moyen-nord
Les densités des caribous du moyen-nord sont très faibles depuis le début du siècle. Pourtant l'habitat semble contenir une nourriture variée et abondante, quelle que soit la saison. Les facteurs limitatifs de ces populations ont toutefois fait l'objet de peu d'études. La prédation (par le loup principalement et par l'ours noir) et la chasse seraient les principales causes de mortalité des caribous dans la région de Caniapiscau, les autres causes étant des noyades (Huot et Paré, 1986). Les taux de mortalité des femelles adultes mesurés pour les années 1983 et 1984 étaient de 19 et 27%. Ces taux élevés ne peuvent être supportés par une population sans qu'un déclin ne se manifeste rapidement. Le taux de survie des faons jusqu'à l'âge d'un an fut estimé à 37 pour cent au cours de la même période (Huot et Paré, 1986) ce qui est moyen pour les cervidés du Québec. Il n'est pas sûr cependant que la dynamique de population observée à la Baie James s'applique à l'ensemble du moyen nord.
. Dans le sud
Plusieurs facteurs semblent limiter la croissance des petits groupes isolés de caribous du«sud. D'abord leur habitat de prédilection, les forêts de conifères matures, ont fait l'objet de coupe tout autour des derniers refuges
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qu'on leur a assurés. A Val d'Or, malgré que le ministère de l'Énergie et des Ressources n'assure en principe une protection qu'aux territoires occupés par 50 caribous et plus, une aire de concentration hivernale et une aire de mise bas utilisées par cette trentaine de caribous sont protégées de toute coupe. Dans le parc des Grands-Jardins, bien que la coupe forestière soit interdite, les caribous qui y vivent sont aussi affectés par cette perturba- tion. Les aires d'estivage sont en effet situées à l'extérieur des limites du parc et auront toutes fait l'objet d'une exploitation forestière d'ici une dizaine d'années. La modification qui sera alors apportée à l'habitat favorisera l'implantation de l'orignal, ce qui fera augmenter les risques de prédation et de maladies. Dans le parc de la Gaspésie, le problème de rajeunissement des forêts est moindre. Cependant, il existe probablement un problème de mauvaise qualité de l'alimentation hivernale. En effet, les lichens arboricoles constituent en hiver environ 80% de l'alimentation des caribous (Rivard, 1978). Ces lichens sont difficiles à trouver et il en résulte probablement un bilan énergétique négatif.
La prédation est un facteur de mortalité important dans le parc des Grands- Jardins. De 1970 à 1986, la mortalité par prédation a constitué 31% du total des mortalités connues. Le loup y est le prédateur le plus important (Gaudreault et Fortin, 1988). L'ours noir peut aussi s'attaquer au caribou à l'occasion. Dans le parc de la Gaspésie, le loup est absent mais l'ours noir peut constituer un prédateur important (non publ.). Depuis 1984 environ, l'apparition du coyote dans cette région coïncide avec la chute soudaine du nombre de faons dans la population à l'automne (Messier et al., 1987). Bien que le loup et l'ours noir soient présents dans la région de Val d'Or, la prédation semble faible (M. Paré, comm. pers.).
L'importance du braconnage pour ces petits groupes de caribous situés à proximité des zones habitées est difficile à évaluer. Dans le parc des Grands-Jardins, les cas de braconnage ont constitué 23% du total des mortalités répertoriées (Gaudreault et Fortin, 1988). A Val d'Or, le braconnage prend occasionnellement la forme d'erreur d'identification du gibier par les chasseurs d'orignaux et de prélèvements à des fins alimen- taires par les autochtones (M. Paré, comm. pers.).
La consanguinité pourrait aussi agir comme facteur limitant en réduisant la diversité génétique. La taille minimale d'une population de grands mammifè- res permettant le maintien de la diversité génétique fait l'objet de controverse (Reed et ajL., 1986). Un minimum de 50 mâles et femelles reproducteurs serait nécessaire. Dans le parc de la Gaspésie, où on retrouve environ 200 bêtes, et dans le parc des Grands-Jardins, où 82 caribous non apparentés ont servi à restaurer la population, il ne devrait donc pas y avoir de problèmes majeurs de consanguinité. Quant au groupe de la région de Val d'Or, qui ne compte qu'une trentaine d'individus, des problèmes sont possibles. '
Les cas d'accidents routiers sont très rares et possèdent une incidence limitée sur la population, sauf peut-être pour le petit groupe de Val d'Or;
de même aucune maladie ou parasite, mettant en péril la survie des popula- tions, n'a été observé à ce jour. Le danger d'infection par le ver des méninges (infection fatale pour le caribou) devient cependant réel si le cerf de Virginie, qui en est le vecteur, venait à étendre son territoire jusque dans les zones utilisées par les caribous du sud (Messier et al. 1987). Ce problème fait l'objet d'une étude dans le parc de la Gaspésie.
25 3. DYNAMIQUE DES POPULATIONS
. Dans le nord
Le déclin qu'ont subi les populations de caribous au début du siècle demeure inexpliqué et ne peut nous aider à prévoir l'avenir des populations actuel- les. Plusieurs facteurs pourraient avoir provoqué cette diminution des effectifs: la dégradation marquée de l'habitat et une lente récupération, la prédation, la chasse excessive, des modifications de l'habitat causées par le climat et/ou les feux de forêts, les maladies, etc (Audet, 1979). Cepen- dant, le réchauffement climatique qui a caractérisé cette période indique qu'il faudra porter une attention particulière à l'accumulation de neige en hiver, à la vitesse de la fonte printanière et à la fréquence des feux de forêt (Crête et Payette,. 1988). L'effet de serre, causé par l'activité humaine grandissante sur la planète, menace de recréer la situation qui a prévalu au début du siècle (Harrington, 1987), ce qui serait défavorable au caribou.
Compte tenu du caractère partiel des informations historiques, il est impossible de prévoir sur cette base l'avenir dès grands troupeaux de caribous du nord. Depuis le milieu du siècle, le troupeau de la rivière George a subi une croissance rapide, dépassant 10% annuellement (Messier et al. 1988). Il a culminé à près de 700 000 têtes vers le milieu des années quatre-vingt. Depuis 1984, la production de faons a chuté de 25%, parallèle- ment à un taux de mortalité accru des adultes (Hearn et a^.,1990). Ainsi on observe maintenant une faible décroissance du troupeau (Hearn et al., 1990, non publ.).
Le modèle de croissance démographique de Caughley (1976) s'est déjà montré approprié pour plusieurs espèces de grands mammifères, notamment pour l'orignal (Alçes alces) (Crête et al., 1981; Messier et Crête, 1985; Crête, 1987), le cerf de Virginie (Odocoileus virqinianus) (McCullough, 1979), le renne (Skogland, 1986) et le vicuna (Vicugna vicugna) (Rabinovich et al., 1985). Il prédit qu'une population de grands herbivores, après avoir envahi un territoire inhabité par l'espèce, va connaître une phase de croissance
accélérée, dépasser la capacité de support de l'habitat (KCC: densité djanimaux observée quand l'équilibre entre la végétation et les herbivores s'est faite), diminuer et ensuite osciller autour de KCC et finalement tendre vers la stabilité. Dans le cas des grands troupeaux de caribous, l'ampleur des oscillations n'est pas connue.
Messier et al. (1988) indiquent que la croissance rapide d'une population de caribou peut entraîner de grandes fluctuations à cause de l'interaction lichen-caribou et des grands déplacements que cette espèce effectue. En effet, le caribou pourrait épuiser des réserves de lichens lentes à se reconstituer avant que la croissance de la population ne soit affectée. La population subirait par la suite un déclin catastrophique, jusqu'à ce que de nouvelles réserves de lichens se soient accumulées. Ce modèle pourrait expliquer les grandes fluctuations des populations de caribous de l'Amérique du Nord. Toutefois, il est théorique et d'autres causes pourraient avoir engendré ces fluctuations (changements climatiques, feux, chasse excessive, maladies, etc). Sans ces causes extérieures, les fluctuations normales d'une population de caribous pourraient être moins marquées (Melgaard, 1986).
Même si, pour le troupeau de la rivière George, KCC n'est pas clairement déterminée, certaines indications laissent croire que le troupeau l'a dépassée. En effet, depuis 1984, on observe une diminution importante du nombre de faons par 100 femelles à l'automne. De plus, Huot (1989) a observé, en 1983-1984, une faible accumulation de gras au cours de l'été et de l'automne, ce qui témoigne d'une alimentation estivale déficiente (Crête et al., 1990a). Les effectifs décroissent depuis quelques années (Hearn et al. 1990; non publ.), mais nous manquons de connaissances pour prévoir l'ampleur et la vitesse de cette diminution. Comme le troupeau est vraisem- blablement régularisé par l'habitat d'été (Crête et al., 1990a), il n'y a pas lieu de craindre un effondrement catastrophique tant que les animaux trouve- ront facilement de la nourriture de qualité en hiver, soit des lichens ter- restres (Crête et ajL, 1990b). Les connaissances que nous acquérons sur le troupeau de la rivière George, principalement celles concernant le caribou en interaction avec son habitat, intéressent grandement les gestionnaires des
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grands troupeaux de caribous d'Amérique du Nord car le troupeau de la rivière George les a devancés au cours de son évolution récente.
La dynamique de population du troupeau de la rivière aux Feuilles commence à être connue depuis peu. En 1986, le nombre de faons par 100 femelles semblait identique à celui de la rivière George. Toutefois, il n'existe aucune donnée antérieure. Par contre, des données récentes (Huot et Crête, non publ.) indiquent que la condition physique des caribous de ce troupeau est excellente. Ce troupeau devrait être en croissance à moins que la mortalité causée par la prédation soit élevée.
. Dans le moyen-nord
La densité de caribous du moyen-nord québécois demeure faible (moins de 0,03 caribou/km : Brown et al., 1986), même si l'habitat semble excellent pour l'espèce. Le nombre de faons par 100 femelles à l'automne aurait augmenté considérablement depuis 1982 dans les populations des lacs Bienville et Caniapiscau, passant d'environ 35 avant 1982 à près de 50 pour les trois années suivantes (Paré et Huot, 1985). Cette augmentation demeure toutefois inexpliquée. Le taux de mortalité dans ces populations semble élevé. Il était de 19 et 27% en 1983 et 1984 respectivement dans la région de Caniapis- cau chez les femelles adultes (Huot et Paré 1986)» Ces taux élevés ne permettent pas une croissance de la population, et pourraient même signifier un déclin. La prédation et la chasse de subsistance ont semblé les deux principales causes de mortalité dans l'aire d'étude. L'action combinée de ces facteurs pourraient contrôler la population à un niveau relativement bas- Toutefois aucune étude spécifique n'a encore porté sur la productivité de l'habitat en regard des besoins du caribou. On ne sait pas non plus jusqu'à quel point on peut extrapoler au reste du Moyen-Nord les résultats des études réalisées à la Baie James.
. Dans le sud
La population du parc de la Gaspésie semble relativement stable depuis 1971.
Cependant la baisse marquée du pourcentage de faons dans la population depuis
1984 laisse présager un déclin pour les années à venir. Cette baisse peut s'expliquer par un taux de mortalité estivale plus élevé que par le passé, mortalité causée par la prédation combinée de l'ours noir et du coyote (Crête et al., 1989b). Par ailleurs, les pertes passées d'habitat peuvent possible- ment continuer à affecter cette population encore aujourd'hui.
Le troupeau de caribous du parc des Grands-Jardins réussit à maintenir ses effectifs relativement stables et a même accusé un léger accroissement au cours des douze dernières années (Gaudreàult et Fortin, 1988). Toutefois, cette population est intrinsèquement victime de la faiblesse de ses effec- tifs. Une expansion rapide du troupeau est peu prévisible compte tenu des principaux facteurs limitant sa croissance, soit le braconnage et la prédation.
Nous n'avons encore que des données fragmentaires sur la dynamique de la population de caribous de la région de Val d'Or. Toutefois, il semble que la réduction progressive de l'habitat, la prédation et les prélèvements humains aient contribué à amener cette population au bord de la disparition.
29 4. L'OFFRE
. Dans le nord
L'offre actuelle de caribous à des fins cynégétiques ne peut être encore précisée avec certitude. L'estimation de la taille des populations est imprécise, la capacité de support du milieu (KCC) est mal connue, le rôle des fluctuations climatiques sur celle-ci reste à préciser, et les mécanismes régissant la démographie des troupeaux ne sont que partiellement compris.
L'offre fàunique d'une population de caribous, comme pour toute population animale, constitue le surplus qui existe entre les naissances et les mortalités pendant une période de croissance des effectifs. Si ce surplus est prélevé par la chasse, la population demeure stable d'année en année.
Suivant le modèle de Caughley (1976), le surplus le plus grand, en terme absolu, s'observe quand une population de grand ongulé est maintenue aux environs de la moitié des effectifs observés à KCC. En approchant de KCC, les facteurs de mortalité naturelle prennent plus d'importance et/ou la fécondité chute de sorte que le surplus annuel diminue progressivement.
Plusieurs indices laissent croire que le troupeau de la rivière George a actuellement atteint ou dépassé KCC. Si les grands troupeaux de caribous fréquentant la toundra connaissent vraiment des fluctuations démographiques cycliques prononcées, ils ne peuvent être stabilisés au niveau qui permet une récolte soutenue maximale (approximativement \ KCC) uniquement pendant la phase initiale de croissance d'un cycle. Par contre, s'ils tendent à se stabiliser près de KCC en l'absence de prélèvements humains, ils peuvent être amenés en tout temps au niveau permettant la récolte soutenue maximale, grâce à une manipulation de la récolte. L'offre du troupeau de la rivière George, à ij KCC, serait donc de l'ordre de 40 000-45 000 bêtes, en supposant que la capacité de support est actuellement atteinte (= 600 000 têtes) et que le surplus annuel maximal soit environ 15% des effectifs. Bien qu'une offre de 40 000-45 000 têtes puisse paraître très élevée, elle est plausible si l'on compare ce nombre à la récolte annuelle de près de 100 000 indivudus prélevée
dans le troupeau migrateur de rennes de la péninsule de Tamyr en URSS (Klein et Blake, 1989). Par ailleurs, sachant que le troupeau de la rivière aux Feuilles compte plus de 100 000 individus, il peut sûrement fournir, pour le moment, une récolte variant entre 5 000 et 20 000 bêtes selon que l'on désire voir les effectifs s'accroître ou se stabiliser. Quant à l'offre non-cynégé- tique, elle existe sûrement, notamment quand les animaux se concentrent sur les aires de mise bas, ou pour des migrations; cependant, l'imprévisibilité des déplacements des caribous diminue son potentiel.
. Dans le moyen-nord
II n'y a pas de méthode d'inventaire précise et exacte pour l'ensemble du moyen-nord et le potentiel de récolte y est donc difficile à définir. On ne connaît la densité que pour quelques petites populations étudiées dans le cadre des projets hydro-électriques des rivières La Grande et Grande Baleine, bien que les biais de visibilité n'aient pas été estimés. Toutefois, ces densités de même que celles de populations voisines au Labrador et en Ontario sont faibles; l'offre serait donc limitée. La récolte de caribous par les autochtones a sensiblement augmenté ces dernières années dans la région de la Baie James (C.R.R.A., 1982b; Laflamme, 1988). Une chasse sportive hivernale a été instaurée en 1988 dans une partie de la zone 22. Ces augmentations s'expliquent par l'extension de l'aire de distribution du troupeau de la rivière George et par l'implantation de réseaux routiers. La présence de ces caribous fait donc augmenter l'offre en période hivernale dans la partie du moyen-nord québécois fréquentée par le troupeau de la rivière George.
. Dans le sud
L'offre est nulle pour la récolte, les petites populations de caribous étant en péril et protégées. Toutefois, l'offre pour l'utilisation non cynégétique est indéniable dans le parc des Grands-Jardins et le parc de la Gaspésie.
Elle est basée sur l'observation des individus et des signes de leur
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présence. L'observation d'individus est plus propice en automne, dans le parc des Grands-Jardins, alors que les caribous se concentrent sur des terrains ouverts. De plus, en hiver, dans le parc des Grands-Jardins, les caribous fréquentent souvent les lacs gelés où ils sont facilement observa- bles.
5. LA DEMANDE
5.1 Pour la ressource
. Dans le nord
La demande pour le caribou vient principalement de la chasse d'alimentation pratiquée par les autochtones du Québec, de la chasse sportive et, pour les résidents du Labrador, de la chasse d'alimentation et commerciale. La chasse commerciale est aussi envisagée par certains organismes québécois à partir des importants surplus récoltables existant dans l'un ou l'autre des troupeaux. Le tableau 5.1 présente le bilan de l'exploitation du caribou du nord du Québec pour les années 1985-1986 à 1988-1989. La récolte labrado- rienne fluctue passablement en fonction de la présence ou non des animaux de la rivière George au moment de la saison de chasse et de 1'importance des migrations hivernales vers le sud de cette région.
Pour les populations autochtones, la récolte d'alimentation semble en général augmenter parallèlement à la croissance des populations humaines (Vandal et al.. 1988). Par contre, chez les communautés cries, qui ont accès aux gros troupeaux du nord depuis quelques années seulement (comme Chisasibi), la récolte augmente très rapidement. De plus, la contamination du poisson par le mercure (Messier et Roy, 1987) a vraisembleblement accentué la consomma- tion de nourriture alternative, dont le caribou.
La demande pour la chasse sportive augmente lentement. Elle est faible en comparaison de la demande pour l'orignal et le cerf de Virginie. En 1987, par exemple, 7 868 permis de chasse au caribou ont été vendus comparativement à 115 202 pour le cerf de Virginie et 147 345 pour l'orignal (Laflamme, 1988). Cette demande relativement faible s'explique par 1'éloignement des territoires et des coûts élevés d'une expédition de chasse. Le nombre de permis de chasse a augmenté de façon irrégulière depuis 1975 (tableau 5.2).
Il a connu un fléchissement en 1982 et en 1983 pour les résidents du Québec.
A la suite de l'augmentation de la limite de prises de 1 à 2 caribous en 1983, il a augmenté de nouveau. Quant aux permis vendus aux non-résidents,
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ils augmentent régulièrement depuis 1975, mais tendent à se stabiliser depuis trois ans. Les non-résidents sont maintenant aussi nombreux à chasser le caribou que les résidents du Québec.
En réaction aux migrations plus hâtives des caribous de la rivière George qui quittent les terrains de chasse au début de la saison, les camps temporaires installés récemment par les pourvoyeurs permettent d'offrir des séjours de chasse à des coûts moins élevés, et d'augmenter les chances de rencontrer des groupes de caribous. On note que la clientèle des pourvoyeurs a progressé sensiblement au cours des années quatre-vingt. Comme l'offre excédait et excède encore la demande, on a permis la récolte de deux caribous par per- mis dans les zones de chasse 23 et 24 à partir de 1983. Actuellement, compte tenu d'une augmentation de la récolte par la chasse sportive (elle est passée de 1 437 caribous en 1975 à plus de 10 000 en 1989), et par la chasse d'alimentation et de l'introduction d'une chasse commerciale au Labrador, la demande se rapproche lentement du potentiel de récolte des deux troupeaux nordiques.
Les caribous du troupeau de la rivière aux Feuilles sont chassés par les Inuit de la côte est de la baie d' Hudson et de la côte ouest de la baie d'Ungava, et par les Cris de la Baie James. Toutefois, on ne peut différen- cier avec certitude les prélèvements effectués sur ce troupeau en particu- lier. Ce dernier, est peu exploité par la chasse sportive.
La demande pour l'utilisation non-cynégétique dans le nord est faible à cause des coûts élevés du voyage. Toutefois elle est existante et pourrait éventuellement se développer si des séjours intéressants étaient offerts à coûts raisonnables.
. Dans le moyen-nord
Dans le moyen-nord, la demande pour le caribou concerne la chasse d'alimenta- tion et la chasse sportive. Quoiqu'elle soit difficile à évaluer, il est certain que la demande dépasse presque partout l'offre. La chasse sportive
est actuellement permise dans les zones 22 et 19 où 1 000 et 600 permis sont respectivement distribués par tirage. Elle le sera aussi aux environs de Fermont à compter de l'hiver 1990-1991, alors que 1 000 permis seront attribués par tirage au sort. Dans la zone 19, la chasse au caribou est combinée à la chasse à l'orignal. Elle pourrait être beaucoup plus impor- tante si l'on considère l'insistance des pourvoyeurs pour faire augmenter le nombre de permis vendus.
La récolte crie a augmenté beaucoup depuis quelques années. Cette augmenta- tion est reliée à l'arrivée des caribous des troupeaux du nord dans le territoire cri, à une plus grande accessibilité suite à la construction d'in- frastructures routières dans tout le secteur du complexe hydroélectrique La Grande et au problème de contamination du poisson par le mercure. Toutefois, cette augmentation laisse croire que la demande de caribous par les Cris était auparavant plus élevée que l'offre. Cette rareté de caribous prévaut peut-être encore pour les Montagnais de la Basse-Côte-Nord où la chasse sportive au caribou a été interdite depuis 1979 à cause de la diminution marquée de l'espèce (Audet 1979b). Les autochtones de la région continuent à y chasser le caribou, notamment en utilisant le chemin de fer Sept-Iles Schefferville comme voie d'accès.
Quant à la demande pour l'utilisation non-cynégétique, elle ne semble pas importante sans doute à cause de 1'absence de grands rassemblements et de 1'éloignement des. centres de population.
Dans le sud
La demande cynégétique serait certainement élevée si l'on considère le nombre de permis vendus pour la chasse à l'orignal et au cerf de Virginie.
Toutefois l'offre cynégétique est tout à fait inexistante.
Quant à l'utilisation non-cynégétique dans les parcs, la demande semble importante. Selon un document évaluant l'intérêt de la clientèle du parc de la Gaspésie pour le troupeau de caribous (JTD inc. 1987), de 50 à 62 % des
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visiteurs sont intéressés par l'observation de la faune ou par les caribous;
la très grande majorité (93 %) des répondants au questionnaire était d'avis que le gouvernement devrait intervenir pour maintenir le troupeau.
Tableau 5.1 Récolte de caribous au Québec et au Labrador
1985-1986 1986-1987 1987-1988 1988-1989
Récolte du Québec
. chasse d'alimentation . chasse sportive
9 6
000 095
10 8
300 951
10 8
000 797
10 9
260 196
Récolté du Labrador . chasse d'alimentation . chasse commerciale . pourvoyeurs
TOTAL
6
22 475*
929 18
517
945 668
33
20 897
8 1
28 043
530 140
510
6
26 111
665 95
327
Selon les gestionnaires de Terre-Neuve, ce nombre serait sous-estimé d'environ 1 000 têtes.
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Tableau 5.2 Historique des ventes de permis de chasse au caribou au Québec entre 1973 et 1986
Année Nombre de permis vendus
Résidents Non-rés ident s
1972 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989
1 139 1 775 2 724 2 202 2 525 2 359 2 512 2 794 3 890 4 805 3 724 2 901 3 488 3 339 3 901 4 182 3 647 4 094
2 473 3 224 3 288 358 330 343 467 698 665 827 839 858 1 256 1 761 2 689 3 686 3 780 3 755
Permis de non-résidents vendus pour chasser exclusivement l'espèce à compter de 1975.
NOTE: Le nombre de permis vendus inclut les données concernant la chasse à l'arc et la chasse d'hiver.
5.2. Pour l'habitat
. Dans le nord
La quiétude de l'habitat est menacée par les vols militaires d'entraînement à basse altitude qui se tiennent depuis quelques années à partir de la base de Goose Bay. Deux zones d'entraînement, couvrant une superficie totale de 90 000 km , se situent partiellement dans le nord du Québec. L'une d'elle, à l'est de Schefferville, couvre une partie de l'aire de mise bas du troupeau de la rivière George. La seconde se situe sur la Basse-Côte-Nord. Les vols à basse altitude peuvent perturber les animaux. Les caribous sont par- ticulièrement vulnérables sur les sites de mise bas. Afin de protéger les animaux -, les militaires effectuent, semble-t-il, des vols de reconnaissance à 930 m d'altitude pour localiser les secteurs de regroupement et éliminent les vols d'entraînement au-dessus de ces zones. Cette mesure a été jugée inadéquate notamment par le gouvernement du Québec lors de 1'examen de l'étude d'impact; des repérages télémétriques ont été réalisés par le ministère de la Défense nationale au printemps de 1990, afin d'éviter les vols d'entraînement au-dessus de concentrations de caribous.
La pollution atmosphérique peut affecter l'habitat du caribou. En effet, il est maintenant connu que le cadmium et le césium sont présents dans les tissus de caribous au Québec (Crête et al., 1987b, c ) . La présence du césium est surtout attribuable aux essais atmosphériques d'armes nucléaires.
L'accident à la centrale nucléaire de Tchernobyl n'est la source que de 10%
environ des quantités présentes dans le Nord québécois. La teneur des tissus de caribou en cadmium et en césium est particulièrement élevée en hiver.
Cette particularité peut s'expliquer par la consommation de grandes quantités de lichens par le caribou au cours de cette saison (Gauthier, et a^., 1989).
Les lichens puisent les éléments nutritifs dont ils ont besoin de l'air et des précipitations car ils n'ont pas de système radiculaire développé (Crête et al.. 1987 c ) . Ils possèdent la capacité d'accumuler les éléments à des niveaux beaucoup plus élevés que leurs besoins physiologiques (Crête et al., 1987 c ) , ce qui les rend sujets à concentrer les polluants atmosphériques.
Bien que le cadmium et le césium soient les deux contaminants les plus