LE LOUP DU MASSIF DES LAURENTIDES
Travaux de terrain Été -1997
par
Hélène Jolicoeur
Efforts déployés et nature des travaux Depuis le dernier bulletin d'information, beaucoup de travail a été investi sur le terrain dans le cadre du projet d'étude sur le loup du massif des Laurentides. Pour la durée de l'été c'est près de 8 bénévoles, principalement du Québec mais aussi des Etats-Unis et de la France, qui ont joint leurs efforts à notre équipe de base composée de Rolland Lemieux et de Sophie Czetwertynski, pour les aider à accomplir leur tâche journalière. Pour ceux qui s'intéressent aux statistiques, c'est pas moins de 615 jours-personnes qui ont été jusqu'ici (1 septembre) consacrés à cette étude.
Les membres de cette dynamique équipe ont surtout travaillé à documenter l'activité des loups en juin et juillet alors qu'ils étaient à leur tanière respective et en août alors qu'ils étaient sur les différents sites de rendez-vous. Tout cet investissement de temps va nous permettre de mieux évaluer l'impact des «appels aux loups» utilisés de plus en plus comme activité d'interprétation dans les parcs et les réserves du Québec.
En suivant de façon aussi précise les loups dans leurs déplacements, on espère déterminer quels sont les membres de la meute qui restent le plus longtemps en compagnie des louveteaux et quels sont les
membres de la meute qui vont le plus souvent chasser pour trouver de la nourriture aux jeunes. On s'intéresse également au temps passé à la chasse et aux distances moyennes parcourues pour accomplir cette quête de nourriture. Ces comportements seront ensuite comparés à ceux qui prennent place les soirs où on fait des sessions «d'appels aux loups». C'est pourquoi, en août et en septembre, on alterne à tous les 4 jours des périodes
«d'appels aux loups» et des périodes sans appel.
Actuellement, Sophie explore la possibilité d'évaluer le degré de stress qui pourrait être engendré par les «appels aux loups» à partir du dosage de «cortisol», une hormone produite quand l'animal est sous l'effet du stress. Ce «cortisol» serait détectable au niveau des excréments de loups. Elle évalue aussi la possibilité de mesurer le degré de stress induit par des enregistrements de loups qui hurlent et de les comparer avec des enregistrements de hurlements de coyotes. S'il s'avérait que ces derniers induisent moins de stress chez les loups, alors il serait possible de recommander leur utilisation pour diminuer le dérangement occasionné aux loups. Ce travail exploratoire pourrait faire l'objet d'une
thèse de maîtrise
Comportement à la tanière
Pour suivre l'activité des loups qui demeurent à la tanière, des récepteurs radios couplés à des appareils d'enregistrements ont été placés à une distance raisonnable des tanières. À intervalle régulier, les récepteurs radios font un balayage automatique des fréquences des colliers émetteurs portés par chacun des membres de la meute. Les présences et les absences des loups sont ainsi enregistrées 24 heures sur 24. Trois tanières ont ainsi été surveillées durant l'été : celle du Lac Malbaie, celle des Grands Jardins et celle du Gîte. Ce travail de surveillance s'est poursuivi sur les différents «sites de rendez-vous» même après que les loups aient quitté la tanière.
On appelle «site de rendez-vous» un endroit, utilisé une fois que la tanière est délaissée et où les louveteaux sont laissés pendant que les parents ou d'autres membres de la meute partent à la chasse.
Ces sites peuvent être occupés pendant 15 jours ou plus longtemps selon les meutes, les années ou les endroits. L'utilisation de ces sites cesse en septembre ou dès que les louveteaux sont assez vigoureux pour suivre la meute et participer aux activités de chasse.
Déplacements des loups
Dès qu'un loup quitte la tanière pour aller chasser, un membre de l'équipe au sol le suit en camion pour connaître ses déplacements. La localisation des loups en mouvements est très difficile car cela nécessite au moins trois visées à la boussole pris dans un court laps de temps.
Comme les loups sont surtout nocturnes durant l'été , le travail des bénévoles est donc maioritairement effectué de nuit.
Pour être capable d'analyser l'activité et les déplacements des loups en fonction de la position des jeunes , il a fallu capturer des jeunes dans chacune des meutes et leur placer un émetteur radio extensible. Trois louveteaux ont ainsi été équipés grâce à la
générosité de l'Association des trappeurs du Saguenay-Lac-Saint-Jean qui a contribué au projet par l'achat de trois de ces émetteurs-radios.
Régime alimentaire
En même temps que ce suivi des loups était effectué, les membres de l'équipe ont également parcouru, à tous les 10 jours et de façon systématique, le réseau de routes qui sillonnent les territoires des meutes pour recueillir des excréments de loups à partir desquels on pourra identifier les parties non digérées des aliments qu'ils ingurgitent (poils, os, sabots, noyaux). Leur régime alimentaire estivale pourra être ainsi reconstitué par période de 15 jours et ce pour toute la durée de l'été et du début de l'automne. Depuis le début de l'été, c'est près de 700 excréments qui ont été ainsi ramassés et séchés sur place dans un four spécialement conçu à cet effet
Repérages aériens
Pendant l'été quelques repérages aériens ont été réalisés pour repérer l'ensemble des meutes de loups de la réserve. Ces repérages nous aident à mieux cerner pour chaque meute l'étendue du territoire qu'ils utilisent annuellement. Dès l'arrivée des premières neiges, nous devrions être en mesure d'évaluer visuellement la taille et la composition des meutes et d'estimer également le taux de mortalité.
Comme vous êtes en mesure de le constater, l'équipe de terrain n'a pas chômé cet été et je profite de l'occasion pour souligner leur courage, leur détermination ainsi que leur enthousiasme.