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Contributions à l'étude expérimentale des diaclases produites par torsion
DUPARC, Louis, LE ROYER, Alexandre
DUPARC, Louis, LE ROYER, Alexandre. Contributions à l'étude expérimentale des diaclases produites par torsion. Archives des sciences physiques et naturelles, 1889, vol. 3e période, t. 22, p. 297-313
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DES
DIACLASES PRODUITES PAR TORSION
PAR
~IM. L. D1JPA.RC et A.. LE ROYER
Avec planche III
Le parallélisme c-onstant affecté par certaines cassures terrestres, leur tendance à s'orienter sur deux systèmes con- jugués se coupant sous un certain angle et à former par leur entre-croisement un véritable réseau, ont fait l'objet de nombreuses observations ; mais c'e~t à M. Daubrée que revient l'honneur d'en avoir expliqué l'origine d'une manière satisfaisante et d'avoir reproduit expérimentale- ment par des moyens différents les principaux types de fractures terrestreli.
Ce parallélisme frappant, bien qu'altéré souvent par des actions postérieures, se manifeste dans les grandes cassures comme dans les petites et se poursuit jusque dans les fêlu- res invisibles qui sillonnent certaines roches d'apparence compacte, fêlures qui n'y sont décelées que par la moin- dre résistance du roc en cet endroit. La nature pétl'ogra- phique du milieu est du reste sans influence sur le phéno- mène, cal' l'on observe des réseaux l'éguliers dans les grès
ARr.mvEs, t. XXU. - Octobre 1889. 22
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"'.comme les calcaires, dans les quartzites comme les granits.
. Fréquemment remplies par des infiltrations, ces cassures , deviennent alors le siège de filons métallifères, ce qui
· · · permet, dans les pays où on les exploite, d'en suivre l'al- lure générale et d'en déterminer rigoureusement l'orien- tation. Bien que l'observation et l'expérience aient démon- tré concurremment que deux types de fractures, bien qu'en apparence différents, ont souvent une parenté étroite et peuvent prendre naissance simultanément, on a cependant subdivisé les cassures terrestres en deux groupes, les Failles ou Paraclases et les Joints ou Diacla- ses, la différence de ces deux types résidant principale- ment dans le retrait qui accompagne les failles et manque
chez les joints. ·
Avant Daubrée on attribuait les diaclases à des actions fort diverses; l'opinion la plus générale recherchait leur origine dans un phénomène de retrait dû au refroidisse- ment ou à la dessiceation selon les cas. Il est évident que la division prismatique qui s'observe, non seulement chez cer- taines roches éruptives anciennes, mais encore dans les coulées contemporaines, est due au refroidissement. Il est également certain que la dessiccation peut produire des di- visions à peu près semblables, l'expérience et l'observation s'accordent pour le démontrer, mais ces divisions n'ont rien de commun.avec les diaclases auxquelles elles ne ressem- blent ni par leur disposition ni par leur origine. Il suffit pour s'en convaincre de jeter un regard sur l'allure des diaclases dans différents pays et l'on arrive de. suite à la conclusion qu'une énergique action mécanique a seule pu . provoquer un système semblable.
M. Daubrée résume ainsi les àrguments qui plaident en faveur de cette manière de voir~
. .1
o Dans certaines localités la déformation quelquefois -considérable des fossiles des couches est intimement liée à la présence des joints.2° Ces derniers peuvent recouvrir une étendue de pays considérable sans changer sensiblement leur direc- tion, et bien que les cassures puissent paraître complexes en certains endroits, il y a deux directions principales qui prédominent, fait qui n'aurait pas lieu dans l'hypothèse du retrait ou de la dessiccatîon.
3° Les joints passent d'un milieu dans un autre pétro- graphiquement différent sans éprouver de déviation sen- sible. Si le milieu n'est pas homogène, les différents maté- riaux qui se trouvent sur la route du joint sont coupés sans souci de leur résistance respective et la direction
initiale ne sera pas modifiée.
L'action dynamique étant admise en principe, Daubrée :chercha parmi toutes les actions mécaniques qui se pro- duisent dans la nature celles qui prennent naissance le plus fréquemment et trouva comme résultat : le ploie- ment, la pression et la torsion.
li
expérimenta successi:.vement ces différentes forces avec des résultats divers. En ee qui concerne les diaclases, c'est prîncipalement la tor- sion qui donna les résultats les plus favorables et les plus rapprochés de l'observation.
Daubrée expérimentait de la façon suivante:
Son appareil consistait en un étau formé par deux mâchoires de bois entre lesquelles il pinçait par son petit -côté une plaque de verre rectangulaire de 80-90 cent. de long, 35-120 millim. de large et 7 millim. d'épaisseur, l'autre extrémité de la plaque était serrée dans un tourne à gauche; Il évitait les contacts trop brusques en effectuant le serrage par l'intermédiaire de pièces de carton. La tor-
300 .DIACLASES PRODUITES PAR TùRSION.
sion était imprimée en faisant.mouvoir le tourne à gauche sur son axe jusqu'au moment de la rupture. Il retenait les éclats en collant sur les deux faces de la plaque des bandes de papier. En résumé, il démontre que:
I. La torsion fait toujours naître deux systèmes princi- paux de cassures faisant réseau, obliques sur l'axe,
se
coupant sous des angles de 90° à peu près; la valeur de l'angle semblant dépendre des côtés de la plaque.
II. L'inclinaison des fractures sur le plan varie: souvent.
un certain nombre de cassures sont non seulement paral- lèles sur le plan de la plaque, mais ont sur ce dernier une inclinaison égale. Fréquemment ces fractures sont des sur- faces gauches.
III. Les nœuds du réseau tendent à se répartir sur des droites parallèles au grand côté de la plaque. ·
IV. Les deux systèmes conjugués sont accompagnés de fraCtures en éventail qui se coupent sous des angles peu ouverts et naissent en un seul point.
V. De minces fêlures s'adjoignent aux fractures princi- pales; elles sont très régulières, souvent parallèles et res- tent clans l'intérieur. Ces fêlures sont les indices d'une s0rte de clivage constaté par le choc.
Comme nous avons pensé que ces expériences de Dan- brée pouvaient servir à expliquer certains faits dont nous nous proposons de faire l'étude ultérieurement, il nous a pam qu'il y aurait peut-être quelque intérêt à les répéter en évitant autant que faire se peut certaines objections dont elles ne sont pas exemptes. Nous avons également cherché à les compléter par quelques résultats nouveaux.
L'appareil dont nous nous sommes servis se compose .d'un banc de tour.
La poupée mobile remplacée par un fer en U portant 5 vis de pression de chaque côté permettant de serrer la plaque : soit par tout son côté au moyen de fers plats et
· de bandes de bois, soit par points.
L'antre extrémité de la plaque est portée par un sup- port à plateau horizontal pouvant se mouvoir sur le banc de tour, et maintenue par des vis de pression, le serrage est exercé comme pour la poupée mobile sur tout le côté de la plaque ou par points.
Le serrage était toujours fait par l'intermédiaire de bois directement en contact avec la plaque, ce qui en évite la casse prématurée pendant la fixation.
Faisant varier la hauteur du support et agissant sur les vis du fer en· U, la plaque est disposée de manière à ce qu'elle continue l'axe de torsion, précaution qui ne pou- vait être prise dans l'appareil de M. Daubrée;
La rotation est donnée à l'arbre du tour portant le fer en U au moyen d'un levier calé. sur cet arbre.
Pour exercer une torsion lente, le levier est relié par une cordelette à un écrou mobile se mouvant sur une vis.
Faisant tourner la vis au moyen d'une manivelle, la traction du levier peut ainsi se faire aussi lentement qu'on le désire.
L'arbre du tour porte· aussi une roue dentée pouvant s'engt·ener à volonté sur un pignon.
Sur l'arbre du pignon est calé un deuxième levier, même dispositif que pour le levier précédemment décrit.
L'augmentation de force due au pignon permettait d'exercer des actions de torsion plus énergiques et de brise.r des matériaux beaucoup plus résistants.
30.2 DIACLASES PRODUITES PAR TORSION.
L Désirant tout d'abord vérifier dans quelles limites le phénomène des cassures régulières reste constant, nous.
avons soumis à la torsion une succession de plaques d'un même verre de 15 centimètres de large sur 40 de long et 2 ~ à 3 millimètres d'épaisseur. La torsion y était tou- jours imprimée de la même façon, c'est-à-,dire brusque- ment. Nous avons obtenu d'une manière permanente le&
deux systèmes conjugués prédominants dont les principa- les cassures s'étendaient d'un grand côté de la plaque à l'autre et la traversaient dans toute son épaisseur. Le nombre de ces cassures principales peut varier d'une pla- que à l'autre, mais il n'y a jamais de différences très con-, sidérables, surtout si leur épaisseur est constante (Pl. III_._
fig. 1 et 2). Les deux systèmes conjugués, toujours obli- ques sur l'axe de torsion, se coupent sous des angles dont la valeur déduite d'un grand nombre d'observations est de 80-90° à peu près; ces systèmes principaux sont ac- compagnés dans tous les cas de fractures de moindre im- portance liées au parallélisme général. Ces dernières ne s'étendent pas d'un bord à l'autl'e, elles restent plutôt dans l'intérieur de la plaque, mais dans cette série d'ex- périences la traversent dans toute son épaisseur. Les sys- tèmes principaux sont rarement des lignes rigoureuse- ment droites, dans la plupart des cas ils s'infléchissent, tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre, mais faiblement;
tandis que l'un des deux peut traverser la plaque sans arrêts, le conjugué, au contraire, est à son contêl:ct avec:
le premier rejeté latéralement à droite, ou à gauche (fig. 3). Cette disposition peut manquer; d'autres fois, tandis que l'un des systèmes est ininterrompu dans la partie antérieure, il devient tronçonné dans la partie opposée.
L.es parallélipipèdes découpés par le réseau sont de dimensions très variables dans une même plaque, les plus grands nous paraissent se répartir généralement dans le milieu, les plus petits aux extrémités (fig. 2).
La plupart des fractures sont inclinées sur le plan de la plaque; quelques-unes rares toutefois sont perpendi- culaires; les surfaces gauches abondent.
Les fissures en évèntail dont parle M. Daubrée sont un phénomène absolument constant pour le verre et qni se retrouve sur toutes les plaques de cette série .• mais à des degrés divers. Les rayons partent d'un point situé le plus souvent à. proximité d'un des bords; on en rencontre cependant dont l'origine est dans l'intérieur, ce qui du reste est plus rare. Les rayons en sont soit droits, soit lé- gèrement incurvés à leur approche d'un des côtés (fig. 3).
Outre ces éventails, on observe une succession de fractu- res de petite dimension parallèles entre elles et qui se groupent sur l'nn des systèmes comme les barbes d'une plume. EUes prennent naissance à. l'intersection de deux fractures principales (fig. t et 3); leur nombre est très variable selon les plaques.
Les fêlures que Daubrée trouvait toujours dans ses ex- périences manquent ou sont rares dans cette série. Nous en donnerons l'explication plus loin.
2. Nous avons ensuite vérifié si le mode de fixation influençait les résultats généraux. A cet effet, nous opé- rons sur une plaque identique comme surface et épaisseur à celles qui servirent dans la pt·écédente vérification, puis nous la fixons d'un côté en un seul point choisi sur l'axe de torsion et pris à. l'intérieur, et de l'autre, sur toute l'étendue du plus petit bord. L'axe de torsion est parallèle au grand côté de la plaque (fig. 4 ).
304 DIACLASRS PRODUITES PAR TORSION.
Après la torsion, le réseau régulier est obtenu comme précédemment, seulement sur plusieurs expériences com- paratives, le nombre des cassures se montre restreint et le réseau formé par conséquent par quelques larges mail- les seulement; les angles en sont de 84° en moyenne.
En arrière de l'un des points de fixation, il s'est formé toute une série de fractures rayonnant autour de ce point et s'incurvant légèrement à proximité de l'extrémité; ce genre de cassures nous paraît lié à ce mode de fixation.
Si l'on attache la pl!lque sur le grand côté du rectangle, le phénomène ne change pas, comme nous l'avons vérifié.
Il semble résulter de ce qui vient d'être dit, que le mode de fixation n'a pas d'influence sur la régularité du phénomène, si ce n'est peut-être sur le nombre des cas- sures.
3. Influence du contour de la plaque.
Dans ses expériences, M. Daubrée ne dit pas s'être servi d'autres plaques que de rectangulaires; et il serait permis de supposer, à priori, que la régularité apparente du système de fractures n'était en réalité que la consé- quence de cette forme particulière. Pour vérifier ce qui en est, nous avon:s brisé par torsion des plaques de diffé•
rents contours.
En premier lieu, nous avons expérimenté sur des rec- tangles dont les grands côtés avaient été fortement incur- vés sur presque toute leur longueur, la convexité étant dirigée contre l'axe de torsion. Avec cette disposition, nous obtenons toujours les cassures orientées comme d'habitude, les unes partant du petit côté de la plaque ou de la portion du grand côté restée rectangulaire, les au-
tres ayant leur origine placée sur )es bords de la conca- vité et qui n'en sont pas moins parallèles avec les pre- mières (fig. 5).
Les plaques présentent également des éventails dont le centre se trouve sur la concavité. L'une d'entre elles oft're la disposition curieuse de deux de ces éventails opposés par le sommet. Si à cette forme particulière, on substitue un contoQr quelconque, le système conjugué restera tou- jours constant; cependant il peut arriver quelquefois que la rupture s'effectue sur une seule ligne. Ce fait s'est pro- duit pour plusieurs plaques auxquelles on avait fait façonner un contour des plus accidentés en détachant certaines portions au moyen du diamant. Mais ceci n'in- firme en t•ien les résultats généraux; ces uniques fractu- res devant être rattachées simplement à des fissures déjà.
préexistantes qui se sont développées au moment où l'on a coupé le verre, car l'expérience répétée avec le premier morceau de vitre venu, quelle que soit sa forme, donne toujours le système déjà connu.
Il nous semble donc évident que d'une manière géné- rale un contour quelconque n'influence pas les résultats.
ll faut néanmoins faire des restdctions pour deux cas, qui, sans a voir donné des résultats négatifs, n'en sont pas moins peu coneluants. Ce sont les cercles et les ellipses.
Nous avons fait subir la torsion à des plaques ellipti- ques et à des cercles découpés dans du verre et présen- tant des épaisseurs variables.
Les ellipses avaient 40 cm. de grand axe sur 21 à 26 cm .. de petit axe, les cercles 45 à 22 cm. de diamètre.
Pour que la fixation s'opérât sur une certaine étendue, on avait fait abattre une des extrémités de l'ellipse.ou un segment du cercle par un trait de diamant.
306 DIACLASES PRODUITES PAR TORSION.
Avec les plaques elliptiques, dans les cas heureux on obtenait seulement deux grandes ruptures presque per- pendiculaires et inclinées sur l'axe, sur un de ces exem- plaires l'une de ces fractures s'incurvait légèrement à son approche du bord de la surface. Du pied de l'une des cas- sures principales partait un seul éventail à trois rayons;
l'un de ces derniers s'arrêtait dans l'intérieur de la pla- que ; les autres se prolongeaient jusqu'au bord; l'un des deux y est fortement incurvé à son approche. Dans I'évan- tail, on remarquait deux fractures plus ou moins parallè- les à l'un des systèmes conjugués.
Avec des cercles de 45 cm. de diamètre et de 2 mm.
d'épaisseur, nous obtînmes une seule fois deux ruptures diamétrales se coupant sous des angles de 82° et inclinées sur l'axe .. D'autres essais donnèrent toujours un seul évantail prenant naissance sur Je pourtour du cercle et dont les nombreux ·rayons le traversaient diamétralement pour la plupart. Le système conjugué n'était indiqué que par deux fissures tronçonnées réunissant trois des rayons dans leur partie postérieure. Toni près de l'origine, il y avait encore deux très petites fissures parallèles avec les premières.
La même expérience répétée sur des cercles de rayon demi et plus épais donna un résultat analogue.
4. Influence des dimensions.
Pour l'étudier, nous prenons une série de plaques de même épaisseur (2 mm.) .faites du même verre et
de
dimensions suivantes :
40 cm. de long sur 15 de large; puis 40 sur 7 ~ (fig.
6); 20 sur 15 et 20 sur 7 ~ (fig. 7).
Rien n'est changé à ce qui a été dit; nous remarquons
seulement que la plaque 40 sur i 5 présente le plus de cassures, vient ensuite 20 sur '15, puis 40 sur 7 ~. avec des fractures régulières mais moins nombreuses, et enfin 20 sur 7 ~ où leur nombre se réduit à 4 seulement. La moyenne de plusieurs mesures d'angles effectuées sur chaque plaque donne : pour 40 sur t5, 84°; pour 20 sur '15, 82°; pour 40 sur 7, 87°; pour 20 sur 7, 85°.
Ces chiffres prouvent, comme on le voit, que les di- mensions influencent peu la valeur des angles du réseau.
Un autre fait intéressant est que dans les plaques 40 sur 7 ~ et 20 sur 7
i·
il n'y a pas d'évantails ou du moins ils sont rudimentaires, tandis qu'ils se retrouvent dans20 sur t5.
4. Influence de l'épaisseur des plaques.
On pourrait la déduire immédiatement en considérant nos figures obtenues avec des épaisseurs ne dépassant pas 2-3 mm., et en les comparant avec celles de Dan- brée, qui opérait avec des plaques beaucoup plus épaisses.
Cependant nous avons soumis à la torsion des plaques de 4 à
61
mm. d'épaisseur et de surfaces diverses (fig. 8 et 9). Bien que la régularité du phénomène soit cons- tante, elle paraît moindt·e qu'avec les glaces minces, comme on s'en convaincra par l'examen comparatif des figures 2 et 9. En revanche, le nombre des cassures sem- ble plus considérable, la comparaison des figures 9 et 6 qui sont à peu près de même surface, mais dans le rap- port de 2 à 6, comme épaisseur, le montre clairement.Ces cassures nous paraissent également plus inclinées que les précédentes sur le plan horizontal, et les évan- tails prennent un rôle prépondérant. Les fêlures qui manquent ou sont rares dans les expériences qui précè-
3.08 DIACLASES .PRODûiTES PAR TORSION.
dent abondent dans cette série, elles sont surtout placées entre les rayons des éventails. Lès fractures en barbe de plume, bien que se retrouvant également, sont plutôt rares.
En résumé, le fait saillant est la décroissance de la ré- · gularité et la prépondérance des éventails.
5. Influence du mode de torsion.
On peut la co~sidérer comme nulle. Des mêmes pla- ques brisées par torsion brusque ou par torsion lente ne paraissent pas donner de résultats différents, si ce n'est peut-être quant au nombre des cassures et encore cela n'est pas certain.
6. Action de la nature du milieu.
Les expél'iences qui précèdent, de même que presque toutes celles de · Daubrée, ont porté exclusivement sur le verre qui, grâce à son exceptionnelle élasticité, se trou- vait placé dans des conditions spéciales. Ii importait de rechercher quelles pouvaient être les variations du phé- nomène général dans des milieux moins élastiques. Dans ce but, nous avons fait confectionner plusieurs plaques de différentes terres, cuites à des degrés divers et de di- mensions variables. Avec des plaques de porcelaine dure non vernissée de f 9 cm. de large sur f 4 de long, on obtenait généralement 4 cassures toutes principales, c'est-à-dire traversant la plaque d'un bord à l'autre et fort régulières. Quelquefois même, certaines d'entre elles étaient absolument rectilignes. Ces fractures se coupaient presque à angle droit et détachaient au sein du milieu un seul grand parallèlipipède incomplet. Elles étaient légère- ment inclinées sur l'horizon, quelques-unes présentaient
un rejet latéral identique à ceux décrits précédemment.
Avec d'autres plaques d'argile commune de 30 cm. de long sur '10 de large et 6 mm. d'épaisseur, on obtenait également 4 cassures, dont trois principales en tout point semblables aux précédentes (fig. 10). Ce nombre restreint de cassures est évidemment lié à la moindre élasticité du milieu, d'autre part, il peut provenir eu partie de quel- ques porte à faux qui sont inévitables dans le serrage avec ce genre de plaque, car il nous a été impossible d'obtenir des plaques de cette dimension sans que leurs .. côtés ne··fussent voilés. Dans les premières expériences, comme dans les secondes, les cassures en éventail man- qüaient; ce qui semble prouver que ce genre de phéno- mène est non seulement lié à l'épaisseur, mais encore an degré d'élasticité du milieu. Dans les plaques dé terre cuite, l'angle de torsion était naturellement beaucoup moindre qu'avec le verre.
Une communication privée qui nous a été adressée par une personne ayant assisté à ces expériences et qui les a répétées sur des plaques épaisses de ciment dur, nous affirme avoir obtenu le même résultat que celui qui vient d'être mentionné pour les plaques de terre cuite.
D'autre part, nous avons cherché à répéter ces expé- riences sur des plaques de roches naturelles; malheureu- sement, il est difficile de s'en procurer dans le commerce qui soient homogènes, et des essais effectués sur des pla- ques de marbre blanc sillonné de veines bleuâtres paral- lèles donnèrent des résultats négatifs, le marbre se cassant toujours selon la direction d'une de ces veines.
Avec des roches schisteuses (ardoises phyllades), le phénomène ne paraît pas pouvoir se produire.
310 DIACLASES PRODUITES PAR TORSIOK.
7. Action du relief.
Jusqu'à présent nous n'avons considéré que des pla·
ques plus ou moins homogènes, mais présentant partout la même épaisseur. On pouvait se demander ce qui sur·
viendrait en prenant des milieux dont l'épaisseur varie on divers endroits. C'est ce que nous avons cherché à savoir en opérant de diverses façons.
Si au verre ordinaire on substitue du verre fortement cannelé comme. on. en rencontre dans le ·commerce et qu'on le soumette à la torsion, on observe que les réseaux de cassures s'obtiennent comme précédemment et que rien n'est changé, bien que l'épaisseur des cannelures soit souvent forte relativement à l'épaisseur totale. Une plaque de 32 cent. de long sur 23 de large a donné un grand nombre de cassures parfaitement régulières avec absence d'éventails. Pour opérer avec des différences d'épaisseur plus fortes nous avons fait exécuter plusieurs plaques d'argile cuite sur la surface desquelles on avait modelé une succession de reliefs très accentués simulant une série de chaînons parallèles. L'épaisseur des obstacles rapportée à celle de la plaque était de 10 à 6.
Le résultat a été inespéré. Une première plaque nous donna seulement deux cassures, se coupant sous un angle de 82°, inclinées sur l'axe de torsion et semblables aux précédentes. L'une de ces cassures traversait trois des reliefs de part en part sans éprouver la moindre dévia·
tion dans sa direction, tandis que la seconde, bien que ne traversant qu'un seul obstacle se poursuivait également en ligne droite. Avec une autre plaque identique on obtint alors quatre cassures la traversant de part en part (fig. H ) . . La plus considérable qui recouvrait une grande partie de la plaque coupait en écharpe trois des reliefs sans que
sa direction initiale fùt:"changée ; les trois autres, quoique beaucoup plus petites, étaient également parallèles entre elles.
Cette expérience a été répétée sous d'autres formes, mais nous a toujours donné le même résultat.
On voit donc que le relief n'enraye pas le phénomène et que les obstacles ne semblent pas dévier la direction primitive de la cassure. C'est ce que Daubrée mentionne avoir été obser·vé dans la nature sous une autre forme il est vrai. Cette expérience nous paraît particulièrement importante par les conséquences qu'elle peut avoir.
8. Nous citerons encore une expérience qui, bien que demandant à être reprise n'en présente pas moins des résultats intéressants.
Nous avons pratiqué la torsion dans deux plaques de verre de nature et d'épaisseur différentes que nous réu- nissons par l'intermédiaire du baume de Canada, nous plaçant ainsi dans le cas de deni milieux différents super- posés; malheureusement l'adhérence du beaume n'a pu être complète. Cependant, malgré l'imperfection du pro-
cédé nous avons obtenu dans chaque plaque un système de .cassures variàbles quant au nombre, mais orienté abso- lument de la même façon dans les deux plaques. Ces fractures parallèles entre elles étaient pour quelques-unes .communes aux deux milieux.
Nous espérions obtenir des résultats encore plus nets en prenant deux terres cuites différentes réunies par un émail, mais nous n'avons pas réussi à les faire exécuter jusqo'à présent.
Jetons maintenant un regard d'ensemble sur ce qui a été dit et. résumons brièvement ce qui précède.
31.2 DIACLASES PRODUITES PAR TORSION~
1. Les deux systèmes conjugués, tels que les décrit Daubrée, inclinés sur l'axe et se coupant sous un angle de 80-90° sont un phénomène constant dans tous les cas.
Ils se composent de fractures principales parallèles à deux directions dont le nombre varie et qui dans certains cas peuvent se réduire à deux. Ils sont pour le verre accom- pagnés de cassures en éventail ou disposées en barbe de plume sur les systèmes principaux, ainsi que les fractures moins importantes orientées par les systèmes conjugués.
2. Le phénomène énoncé semble indépendant du con- tour avec lequel on opère ainsi que du mode de fixation et de la manière dont. la torsion est imprimée.
3. L'épaisseur paraît (dans un même milieu) augmen- ter le nombre des fractures, mais diminuer leur régula- rité. Les cassures en éventail prennent avec de fortes épaisseurs un rôle prépondérant. Les fêlures sont égale- · ment plus abondantes dans les plaques èpaisses. ·
4. Le phénomène, quant à sa direction, n'est pas influencé par la nature du milieu. I\ semble s.eulement qne le nombre de cassure3 croît avec l'élasticité. La présence des éventails paraît également dépendre de ce facteur.
5. Sur les reliefs expérimentés, il n'y a pas d'action perturbatrice snr l'orientation générale. Les fractures passent au travers des obstacles sans éprouver de dévia- tion.
Ces expériences n'ont nullement la prétention d'èlre complètes. Il y aurait une foule de points nouveaux à étudier, entre autres celui de savoir si les deux systèmes de cassures sont simultanés.
Nous avons à vrai dire cherché à résoudre la question en déclanchant par un procédé électrique un obturateur rapide
au moment même où s'effectuait la cassure, mais une épreuve instantanée et postérieure d'une même plaque n'a pas donné de différence, notre procédé n'étant vrai- semblablement pas assez rapide.
Il y aurait également de l'intérêt à expérimenter sur une plaque déjà cassée, mais dont les fragments auraient été réunis de nouveau au moyen d'une substance inter- médiaire comme c'est le cas dans cer·tains joints naturels remplis puis recassés ensuîte, mais les conditions expéri- mentales sont souvent difficiles et il faut de nombreux tâton- nements et beaucoup d'expériences comparatives pour arri- ver à un résultat définitif. Nous espérons cependant étendre ces expériences dans la suite, mais nous voudrions surtout démontrer auparavant que dans la nature il y a une série de phénomènes qui peuvent s'expliquer par les expériences de M. Daubrée. La torsion, en maints endroits est évidente, elle a été signalée dans des cas nombreux et variés, c'est du reste une force qui peut prendre très facilement nais'- sans.e; il reste seulement à démontrer qu'elle engendre des cassures qui peuvent entrer dans l'ordre de celles dont il vient d'être question. C'est ce que nous nous proposons d'étudier dans la suite.
Genève, octobre i889.
NoTA. Sur la planche, par un effet d'éclairage qui n'a pu être évité, l'un des systèmes paraît beaucoup plus accentué que l'autre, ce qui en réalité n'a pas lieu.
ARCHIVES, t. XXII. - Octobre !889. 23