TRANSPORT DES MATIERES GRASSES PAR LA VOIE LYMPHATIQUE CHEZ LE PORC
II. —
LIPIDES ENDOGÈNES
Lucie FRÉMONT J. FLANZY A. C. FRANÇOIS
Marie-Thérèse GOZZELINO Station centrale de Nutrition,
Centre national de Recherches zootechniques, 78 - Jouy-en-Josas
Institut national de la Recherche agronomique
RÉSUMÉ
La lymphe intestinale ou thoracique est recueillie par un cathéter chez des porcelets soit lorsqu’ils sont à jeun, soit lorsqu’ils ont reçu un régime lipidoprive. Dans les deux cas, les quantités
de lipides collectées par 24 heures sont de l’ordre de 6 à 8 g. Il n’y a pas de différence notable entre les deux états de nutrition pour ce qui concerne les compositions en acides gras des lipides
non phosphorés, d’une part, et des phospholipides, d’autre part. Les variations dans le temps et les
variations individuelles sont très peu marquées dans la lymphe, alors qu’elles sont importantes
dans le sang.
Dans le premier milieu, on remarque en particulier le taux élevé d’acide linoléique.
L’hypothèse d’un transfert sélectif de certains acides gras entre le sang et la lymphe et d’un recyclage par les deux voies est suggérée.
INTRODUCTION
Au cours des
expériences rapportées précédemment, (P R É MO rr T , F LANZY ,
FRAN-Ç OI
S,
zg!o),
nousavons remarqué
que, d’unefaçon générale,
chez lePorc,
lacomposi-
tion de la matière grasse
ingérée
influence celle de lalymphe pendant
environ24
heures,
mais durant cetemps,
ilapparaît
que les acides gras destriglycérides
de lalymphe
ne sont pas exclusivementd’origine
alimentaire et que ceux desphospholipides
sont en
majorité d’origine endogène.
En outre, au-delà de lapériode d’absorption,
la
présence
delipides
dans lalymphe
est constante, mêmeaprès
unjeûne prolongé.
Depuis
une dizained’années,
de nombreuses informations concernant la nature etl’origine
de ceslipides
chez le Rat ont été obtenues(K IM ,
BOLLMANetG RINDI , AY , I956 ;
GOTTENBOS etT H OMASSON, Ig63 ;
KARMEN, WHYTE etGOODMAN, I963 ;
JBO U C R
OT et
C L É M E N T, I9!5 ;
DI COSTANZO etC L É M E N T, I9 65 ; VE RDI NO,
BLANK etP
R I V
RTT, 10 65 ;
VOIGT, APOSTOI,AKIS etG R I MM E R , I9 65 ; BA X TE R , I(!66 ;
SAVARY etC
ONS T AN T IN
, 19 66 ; S HRIVAS TA VA ,
RRDGRAVE etS IMM O ND S, I9 67 ;
REDGRAVR,I96! ;
SAVARY etCONSTANTIN, I967 ;
BOUCROT etCLÉMENT, I96Ô).
Afin d’étudier sur les
plans qualitatif
etquantitatif
leslipides endogènes
de lalymphe
du Porc, nous avonsanalysé
lalymphe
recueillie chez des animaux àjeun,
chez des animaux recevant un
régime lipidoprive pendant plusieurs jours
et chez desanimaux recevant un
régime lipidique duquel
sont exclus certains acides gras. Parmi leshypothèses pouvant
être formulées ausujet
del’origine
de ceslipides,
nous avonsconsidéré celle du transfert de
lipides
dusystème sanguin
ausystème lymphatique,
ce
qui
nous a amené àanalyser
le sang de porcsplacés
dans les mêmes conditionsque ceux
ayant
une fistulelymphatique.
MATÉRIEL
ETMÉTHODES
Le protocole expérimental a été établi selon les modalités décrites précédemment (FRÉMONT,
F
LANZY et FRANÇOIS, 1970)
La lymphe est recueillie de façon continue par un cathéter introduit soit dans le canal tho-
racique, soit dans un collecteur de lymphe intestinale.
Pour le sang, l’échantillon représente, soit un volume prélevé à un temps donné à l’aide d’un cathéter introduit dans une veine de la région rénale, soit une fraction du sang total recueilli lors de l’abattage de l’animal. Les animaux à jeun ne reçoivent que de l’eau ; les animaux en
régime lipidoprive reçoivent l’aliment B (1).
Le sang recueilli sur héparine est centrifugé et le plasma est lyophilisé.
Les lipides sont extraits de la même façon que ceux de la lymphe selon la technique de FoLCII
et al. (IgSI et 1957).
RESULTATS
Lipides de
lalymphe lorsqu’il n’y
a!as
euingestion
delipides
La
lymphe
intestinale outhoracique
ne contient pas dechylomicrons,
mais elleapparaît légèrement opalescente.
a) Évalution pondérale.
1
. En
régime lipidoprive.
L’aliment de formule B est administré deux fois par
jour
à raison de 400g envi-ron par repas. Dans le cas où la
lymphe
a été recueilliependant plusieurs jours,
on amesuré les
quantités
delipides
collectées par le cathéter. Pourcinq
mesures, les va-leurs se situent entre
6, 5
et 9,7g delipides
par 24 heures(tabl. I ). L’ordre
degrandeur
( 1
) Régime formule B en p. 100 en poids : lait écrémé Spray 30 ; amidon 58,8 ; cellulose ç,3 ; mélange minéral 5,2 ; mélange vitaminique 1,7.
est le même pour la
lymphe
intestinale et lalymphe thoracique.
En moyenne, lamatière sèche
représente
50g par litre et lapart qui
revient auxlipides
est d’environ10 à 20 p. ioo
(tabl. 2 ).
2
. A
jeun.
Du fait de la
présence prolongée
dans lalymphe
d’acides gras venant des ali- ments, on considère que les animaux sont àjeun
seulement 30 heuresaprès
le dernierrepas gras.
La
quantité
delipides
recueillis par le cathéter en 24 heures n’a pu être évaluée à cause de l’arrêtprécoce
de l’écoulement chez les animaux àjeun.
Lapart
de la matière sèchequi
revient auxlipides
est à peuprès
la même que chez les animauxen
régime lipidoprive (tabl. 2 ).
b) Analyse
des chaînes grasses.1
. En
régime lipidoprive.
En ce
qui
concerne les constituantsmajeurs (acides palmitique, stéarique,
oléi-que et
linoléique)
deslipides
totaux, lacomposition
est à peuprès
lamême, quel
quesoit le
temps après
le repas et les variations individuelles sont peuimportantes (fig. i).
La moyenne
(en
p. 100 dutotal)
dequarante
déterminationsréparties
sur7
porcs est la suivante
C16
&dquo;
0C’ 8 :
0Cl 8 :
1C18 &dquo;
2 32,
7
1 3, 8
31,g2 i,6
Les
proportions
delipides
nonphosphorés
et dephospholipides
varient respec- tivement entre75 -8 0
p. 100et 20-25 p. 100.(tabl. 3 ).
La
composition
en acides gras deslipides
nonphosphorés
diffère de celle desphospholipides, mais,
à l’intérieur de chacune de cesclasses,
lesproportions
desacides gras varient peu. L’acide
stéarique
esttoujours
un constituant trèsimpor-
tant des
phospholipides ;
sonpoids
total restecependant plus
élevé dans leslipides
non
phosphorés, puisque
ces derniersreprésentent
les4/5
deslipides
totaux.L’acide
oléique,
enrevanche,
se trouve enplus grande proportion
dans leslipi-
des non
phosphorés.
Afin de mettre en évidence le transfert
possible
delipides
du sang dans lalym- phe,
nous avons recherché si lalymphe
contenait leslipides
introduits dans le sys- tèmesanguin.
Pourcela,
nous avons recueilli lechyle
d’un porcpendant l’absorption
d’huile d’arachide.
L’animal
a été mis ensuite enrégime lipidoprive pendant quatre jours,
pour connaîtrel’importance
des variations decomposition,
dans letemps,
de lalymphe
pour cet état de nutrition.Après
cettepériode,
ona injecté,
par voie intra-veineuse, ( 4 omlen
10minutes),
duchyle
collectéprécédemment
et on a recueilli lalymphe
s’écoulant du cathéterpendant
les g heuresqui
suiventl’injection.
L’analyse
de cettelymphe
n’a pas faitapparaître
d’influence del’injecté
sur sacomposition (fig. i).
2
. A
jeun.
Le tableau 4 montre que la
composition
de lalymphe
est à peuprès identique
chez deux animaux
ayant
reçu,4 6
heures avant lacollecte,
l’un de la crème et l’autrede l’huile d’arachide et chez un animal en
régime lipidoprive,
25 heuresaprès
sondernier repas. Les valeurs moyennes
(en
p. 100 dutotal)
de ces déterminationssont les suivantes :
C 16
:
0!18:0
0C l8 :
1C l8 :
2232,9 13,1 40,3 13,7
Cette
composition
est un peu différente de celle de lalymphe
enrégime lipido- prive.
Lerapport
acides grassaturés /acides
gras insaturés est le même dans les deuxcas, mais le
rapport acide oléique /acide linoléique
est un peuplus
élevé dans lalymphe
à
jeun.
Lipides de
lalymPhe pendant t’absor!tion de lipides exogènes
En
régime lipidoprive,
lacomposition
en acides gras deslipides endogènes
de lalymphe
reste à peuprès
constantependant
toute la durée de ladigestion
et les varia-tions individuelles sont peu
importantes,
mais il n’en va pas nécessairement de mêmeen
régime lipidique. Ainsi,
encomparant
lalymphe
d’un animalqui
aingéré
un ali-ment
lipidoprive
à celle d’un animalqui
aingéré
de l’huile decoprah, qui
ne contientni acide
oléique,
ni acidelinoléique,
nous avonsconstaté,
chez ces deuxanimaux,
laprésence
des deux acides gras dans lalymphe,
mais lesquantités
recueilliespendant
une même durée sont différentes. Pour une durée de iq. heures 30
(tabl. 5 ),
nous avonsretrouvé r,2 g d’acide
oléique
eto,8
g d’acidelinoléique
chez le porc enrégime lipi- doprive (aliment
formuleB) ;
chez le porcayant ingéré
un repas(aliment
formuleA) ( 1 )
comportant
50 g d’huile decoprah (qui
ne contient pas d’acideoléique,
ni d’acidelinoléique),
lalymphe
ne renfermait que0 ,8
g d’acideoléique
et o,q. g d’acide lino-léique.
Lipides
dusang
àjeun
et enrégime lipidoprive
Les acides gras
endogènes
de lalymphe
ont étécomparés
aux acides gras, soit du sangprélevé
à un niveau déterminé à l’aide d’un cathéter chez un même animal soumis à despériodes
successives dejeûne
et derégime lipidoprive,
soit du sang totalprovenant
de différents animaux en état dejeûne.
( 1
) Régime formule A en p. 100en poids : lait écrémé Spray 35 ; amidon 39lipides 13 ; cellulose g ; mélange minéral 6 ; mélange vitaminique 1,7.
a) Sang provenant
d’un mêmeporc,
soit en état dejeûne,
soit eny égime lipidoprive.
Le cathéter étant introduit dans une veine de la
région rénale,
on aprélevé,
unefois par
jour,
environ 5o ml de sang.1
. Régime lipidoprive (fo y mute B).
Pendant les
périodes d’alimentation,
l’animal a reçu deux repas parjour (q.oo
gd’aliment sec par repas -!- eau ad
tibitum) pendant
2à 4 jours.
Leprélèvement
desang a été effectué
pendant l’absorption
du repas du matin(environ
3 heuresaprès l’ingestion).
2.
Jeüne.
Le
jeûne
a étéprolongé plus
ou moinslongtemps
selon les différentespériodes.
I,e
prélèvement
de sang a été effectué comme suit :(le
nombre entreparenthèse indique
lesjours depuis
le début del’expérience).
Périodes de
jeûne Temps
écoulédepuis le
dernierrepas
I
re
période... (3)
24 h2e
période... (6) 4 8
h et(7)
72 h3
e période... ( 12 )
15h, ( 13 )
39h, ( 14 ) 63
h et(15) 87
h4
e période... (ig)
z5h, ( 20 )
3g h et(2z) 6 3
h.L’examen de la
figure
2 donne les indications suivantes :- Durant les
périodes
dejeûne,
comme durant lespériodes
derégimelipi doprive,
les
proportions
des acidespalmitique, stéarique, oléique
etlinoléique
diffèrent d’unprélèvement
àl’autre,
l’état nutritionnel étantidentique.
-
L’ingestion
d’un alimentlipidoprive
n’influence pas defaçon caractéristique
la
composition
en acides gras du sangprélevé
chez des porcs àjeun ;
ces états nepeuvent
donc être différenciésd’après
lacomposition
en acides gras.b) Sang provenant de différents porcs à jeun.
Dans ce cas, nous avons
également
mesuré lesquantités
delipides
totaux par litre de sang.L’analyse
a été effectuée sur un échantillon moyen du sang total.D’après
les résultats obtenus sur seize porcs, nous voyons(fig 3 )
que lesquantités
et la
composition
en acides gras(pour
cequi
concerne les acidespalmitique, stéarique, oléique
etlinoléique)
sont du même ordre.. l cm n
Les valeurs moyennes des résultats sont les suivantes :
-
lipides
totaux : 2,5g par litre.- acides gras
(en
p. 100dutotal).
C 16
1
0!18 :
0C l8 :
11C l8 :
22 23,
2 14,2 42,3 20,3
DISCUSSION
Il est vraisemblable que, chez l’animal
cathétérisé, l’importance
de la mobilisa- tion et de lasynthèse
des acides gras ne sont pas les mêmes que chez l’animal normal.Il se
peut
donc que lacomposition
deslipides endogènes
de lalymphe
soit influencéepar la
présence
de lafistule,
aussi convient-il de considérer les résultatss’y
rappor- tant aveccirconspection.
Sur le
plan quantitatif,
ilapparaît
que leslipides endogènes
collectés par le cathéter ne sont pasnégligeables (6
à 8 g par 24heures),
d’autantqu’ils
nereprésen-
tent
qu’une
fraction deslipides transportés
par tout lesystème lymphatique.
Le
rapport
entrelipides
nonphosphorés
etphospholipides
est un peuplus
élevépendant l’absorption
deslipides exogènes qu’en régime lipidoprive.
Le calcul des variations(test F)
entre les deux groupes d’animaux(régime lipidoprive
etrégime lipidique),
montre que les différences deproportions
pour chacune des deux classes sontsignificatives.
Pour leslipides
nonphosphorés
F estégal
à 5,5 et pour lesphos- pholipides
à9 ,6 (F
0,05 =4 , 2 8).
Cette différence estnormale, puisque,
dans le pre- mier cas, lamajorité
deslipides
alimentaires esttransportée
sous forme dechylo-
microns
composés
engrande partie
detriglycérides,
alors que, dans le deuxième cas, leslipides
sonttransportés
sous forme delipoprotéines
riches enlipides polaires.
Lacomparaison
de lacomposition globale
deslipides
du sang et de lalymphe
met enévidence une différence de
répartition
destriglycérides
et desphospholipides.
VER-DIN
O, BI,ANx, et PRIVETT
( I9 65)
trouvent que lerapport
entre ces deux classes delipides
est huit foisplus
élevé dans lalymphe
que dans leplasma
de rats enrégime lipidoprive,
mais larépartition
des acides gras dans chacune de ces classes est à peuprès identique
pour ces deuxcompartiments.
La
quantité
dephospholipides d’origine endogène
dans lalymphe
estplus
im-portante lorsqu’il
y a euingestion
delipides qu’en régime lipidoprive (P’R!MONT, F
I ,
ANZY
etF RANÇOIS , I97 o).
Leslipides endogènes
deschylomicrons
n’ontprobable-
ment pas la même
origine
que ceux deslipoprotéines
« solubles »(Zii / vE R SMiT, I9 68).
L’utilisation de chaînes grasses
marquées pourrait permettre
d’évaluerl’importance
de
l’endogène
dans lestriglycérides
et lesphospholipides
de ces deux fractions. Lesproportions
des acides grasd’origine endogène
semblent différentes chez l’animalayant
reçu deslipides
et chez l’animal enrégime lipidoprive.
Eneffet,
dans le pre- mier cas, nous avons retrouvé dans lalymphe
desquantités
d’acideoléique
et d’acidelinoléique supérieures
à celles que nous avons retrouvées dans le second cas. D’autres observations seraient nécessaires pour savoir cequ’il
en est exactement.Les
lipides endogènes
de lalymphe peuvent provenir
de différentes sources.Pour une faible
part,
ilspeuvent
avoir pourorigine
les cellulesépithéliales
de l’intes-tin,
les bactéries et les sucsdigestifs (G OTT E NBOS
etTHOMAS SON, 19 6 3 ;
KIM, BOLL-MAN et
G RINDI , AY , I g56 ; BA X TE R , I9 66).
Chez le Rat à
jeun
ou enrégime lipidoprive,
il semblequ’une
fraction notable deslipides
de la bile soitincorporée
dans lalymphe (B AXTER , I9 66 ; S HRIVAS T AVA ,
RE D G RAV
E et
S IMMONDS , I9 6 7 ).
Enpériode d’absorption
delipides exogènes,
unepartie
des acides gras desphospholipides
de la bileparticipe
à l’élaboration des tri-glycérides
deschylomicrons (B AI , INT ,
SPITZFRet KYRIAI!ID!s,I g63 ; 1 N IL SSO N , I9 68),
mais cet
apport
reste faible(BoucRoT
etC I ,É MFN T, I9 69).
La contribution des
lipides
du sang est, enrevanche, importante.
En cequi
con-cerne les
lipoprotéines solubles,
le transfertpeut
s’effectuer dans les tissus au niveau descapillaires (i!BDOU,
REINHART etT ARV E R ,
I952 ; BopGsTRüm et I,AUR!I,1&dquo;I953
> MoRRIS,
I954 !Mo p R is, I95 6).
Pour cequi
est des acides grasendogènes
deschylomicrons
de lalymphe,
il est fortprobable qu’ils
sontapportés
par le sang à la muqueuseintestinale,
carl’irrigation
de ce tissuaugmente pendant l’absorption
(K ARM E N
,
WHYTE etG OODMAN , I g6 3 ; V OI GT,
APOSTOI,AKIS etG R IMMER, Ig65 ;
DI COSTANZO et
CI,É.M!NT, I g65 ;
SAVARY etCO N STANTIN, I g67 ;
BOUCROT etCLÉ- MENT, 1968).
Dans le cas où la
lymphe
lactescente a étéinjectée
par voie intraveineuse chezun porc en
régime lipidoprive depuis plusieurs jours,
nous n’avons pasobservé,
aucours des 9 heures
qui suivent,
une influence de lacomposition
del’injecté.
Dans cetteexpérience,
letransport
des acides gras d’un milieu à l’autre devrait se manifesteren
particulier
par uneaugmentation
du pourcentage d’acideoléique
dans lalymphe.
En
effet,
lechyle injecté
a été recueillipendant l’absorption
d’huiled’arachide,
dont le taux en acideoléique
est de l’ordre de6 5
p. 100, alors que laproportion
decet acide gras dans les chaînes
endogènes
de lalymphe
est voisine de 30 p. 100. Plusieurs auteurs ayant réalisé desexpériences
du mêmetype (RE INHARD T,
FISHI,!R et
C H A I KOFF,
1944; MORRIS etC OUR T I CE, I g56 ;
RAMPONE,19 61 ;
BAXTER,19
66)
n’ont retrouvé dans la voielymphatique qu’une
faiblepart
deslipides injectés
dans le sang, mais la
possibilité
de transfert n’est pas exclue pour autant. Eneffet,
leslipides injectés
sont dilués par leslipides déjà présents
dans lesystème sanguin
et une fraction de l’ensemble
peut
passer dans lesystème lymphatique,
sans fairevarier de
façon
notable lacomposition
en acides gras de seslipides.
Chez un même animal mis successivement à
jeun
et enrégime lipidoprive
pen-dant
plusieurs jours consécutifs,
nous avons observéd’importantes
variations de lacomposition
deslipides
du sang. Ces fluctuationss’expliquent
par le fait que le sangtransporte
leslipides
entre les lieux debiosynthèse,
d’utilisation et destockage
etque
l’importance
dechaque
processus danschaque
site varie suivant les besoins. Il est donc normal que lacomposition
deslipides
circulants subisse degrandes
varia-tions, lorsque
despériodes
dejeûne
et despériodes
derégime lipidoprive
se succèdent.En
revanche,
dans le cas des échantillons de sangprélevés
chez des animauxdifférents à
jeun,
lesquantités
delipides
totaux et lacomposition
en acides gras deces
lipides
sont relativement stables. Si on compare leslipides
du sang à ceux le lalymphe,
on remarque, enparticulier,
que lesproportions
d’acidestéarique
et d’acideoléique
sont sensiblement les mêmes dans les deuxmilieux,
mais lerapport
acidepalmitique /acide linoléique
est voisin de 2,5 dans lalymphe,
alorsqu’il
est peu diffé-rent de I dans le sang. On
peut
supposer que leslipides endogènes
de lalymphe repré-
sentent les ‘< résidus » de
lipides apportés
par le sang aux cellules etqui,
non utiliséspar
celles-ci,
retournent au sang par la voielymphatique ;
onpeut également
envi-sager
l’hypothèse inverse,
c’est-à-dire que c’est d’abord dans lalymphe
que sont dé-versés,
soit les acides gras sortant des cellulesadipeuses,
soit leslipoprotéines
éla-borées dans le foie ou d’autres organes. La mise en évidence du
transport
d’acidesgras non estérifiés dans la
lymphe pendant
lejeûne pourrait
appuyer cettehypothèse.
Chez le
Porc,
enrégime lipidoprive,
lacomposition
moyenne desdépôts
diffèrenettement de celle des
lipides endogènes
de lalymphe.
Lespourcentages
desprinci-
paux acides gras dans les
dépôts
sont les suivants :(!I,ANZY, F RANÇOIS
etRÉ R AT, Ig7o).
C 16
:
00
0C l8 :
1C18 :
2 27,
4
17 ,8 5 2 ,8
2,4Il
apparaît,
enparticulier,
que le taux d’acidelinoléique
estbeaucoup plus
élevédans la
lymphe
que dans lesdépôts ;
or, cet acide gras n’est passynthétisé
par l’ani-mal.
Donc,
si les acides gras de lalymphe proviennent
du tissuadipeux,
deuxexpli-
cations sont
possibles :
ou bien la vitesse de renouvellement estélevée,
et, dans ce cas, il existe un choix très sélectif d’acides gras au moment de lamobilisation,
oubien ces acides gras sont peu
dégradés
et ils sontrecyclés plusieurs
fois.Quelques
observationspeuvent suggérer
que leslipides endogènes
viennent de larégion
intestinale. Lacomposition
en acides gras deslipides endogènes
n’est passignificativement
différente dans lalymphe thoracique
et dans lalymphe
intesti-nale. De
plus,
nous avonsremarqué,
àplusieurs reprises,
que lapart
de la matière sèchequi
revient auxlipides
estplus importante
dans lalymphe
intestinale que dans lalymphe thoracique,
aussi bien chez l’animal àjeun (porcs
G. L.N.)que
chezl’animal en
régime lipidoprive (porcs
G. O.Q. R.).
Onpourrait
donc supposer que leslipides
venant de larégion
intestinale sont « dilués » dans le canalthoracique
parde la
lymphe exempte
delipides
venant desrégions
extra-intestinales. Cettehypo-
thèse n’est valable que si les
lipides qui
arrivent dans le cathéter viennent d’êtrecaptés
par lalymphe.
Eneffet,
s’il y arecyclage
par les voiessanguine
etlymphati-
que, les
lipides qui
circulent dans lalymphe thoracique,
comme ceuxqui
circulentdans la
lymphe intestinale, peuvent
avoir desorigines éloignées
du lieu deprélève-
ment et il
n’y
a pas de raison pour que la concentration deslipides
à ces deux niveaux soit différente.La
possibilité
de labiosynthèse
d’acides gras dans la muqueuse intestinale àpartir
deglucides ingérés
a été démontrée(BE RNH A RD
et BULLET, z947 ; Cnxrr etHouG!T, i 95 6
etzg 57 ),
mais il ne semble pas que ce soient ces acides gras, enparti- culier, qu’on
retrouve dans lalymphe, puisque
lacomposition
deslipides
est lamême à
jeun
et enrégime lipidoprive
contenant de l’amidon.La
comparaison
deslipides endogènes
de lalymphe
chez desespèces
différentesnous a
permis
de constater, en cequi
concerne lesquatre
acides gras lesplus repré-
sentés
quantitativement,
que lescompositions correspondant
à nosexpériences
surle Porc sont peu différentes de celles
qui correspondent
auxexpériences
de GoTT!rr-Bos et THOMASSON
( 19 6 3 )
et de BAXTER(r 9 66)
sur le rat (tabl.6).
On
peut
supposer que les acides grasd’origine endogène
de lalymphe
sont lesconstituants de
lipoprotéines
servant autransport
de nutriments labilesqui
sontcaptés
par les tissus utilisateurs. Cessupports
étant eux-mêmes peumétabolisés,
ils seraientrecyclés plusieurs
fois par les voiessanguine
etlymphatique.
Le maintiende la stabilité de
composition
de ceslipides
serait soumis à un contrôleprécis
del’activité des mécanismes
enzymatiques chargés
de sélectionner et desynthétiser
desacides gras,
puis
des esterstoujours identiques
à eux-mêmes.L’analyse
de lalymphe
ne donnequ’une image globale
dutransport
deslipides endogènes.
Leurorigine
et leursignification
nepeuvent
être connues que si l’on a une idéeplus précise
des processusqui règlent
labiosynthèse
et l’utilisation dechaque
classe de
lipides
et, à l’intérieur dechaque classe,
dechaque
acide gras au niveau des différents tissus.Reçu pour publication en mai 1970.
SUMMARY
TRANSPORT OF FATS BY THE LYMPHATIC ROUTE IN PIGS.
II. - ENDOGENOUS LIPIDS
Intestinal or thoracic lymph was collected by catheter from young pigs during starvation
and when they had been given a lipid-free diet. In each case the amount of lipids collected during
24
hours was of the order of 6 to 8 g.
The fatty acid composition of the lipids of lymph was remarkably constant both in the non-
phosphorus class and in the phospholipids. This composition was much the same in starved pigs
and those given the lipid-free diet. On the other hand the fatty acid composition of blood for the
same states of nutrition differed widely.
It would seem that the linoleic acid content was high in the endogenous lipids of lymph.
This fatty acid is not synthesized by the animal and its proportion in the lipid reserves is not high, and it may be asked what is its origin and what is the significance of its concentration in the
lipids of the lymph ? The hypothesis of selective transfer of some fatty acids between blood and
lymph and of a recycling by the two routes is suggested.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
A
BDOU I. A., REirrxnxDT W. 0., TARVER H., 1952. Plasma protein. III. Equilibrium between blood and lymph protein. J. biol. Claem., 194, 15-23.
BnLiNT J. A., SPITZER H. L., KYRIAKIDES E. C., r963. The lipids of bile and their role in fat absorp-
tion. Clin. Res., 11, 32. B
AXTER J. H., 1966. Origin and characteristics of endogenous lipid in thoracic duct lymph in rat. J.
Lipid Res., 7, 158-166.
B
ERNHARD K., BULLET F., 1947. Die Bildung von Fettsâuren im Intestinal-Tractus. Helv. chim.
Acta, 30, 1784-1 788.
B ORGSTR Ô
M B., LAURELL C. B., rg53. Studies on lymph and lymph proteins during absorption of fat and saline by rats. Acta physiol. scand., 29, 264-280.
B
OUCROT P., CLEMENT J., 1965. Apport d’acides gras endogènes dans la lymphe chez le Rat après administration d’un repas contenant des triglycérides mixtes stéarique &dquo;C-oléique ’H. C. R. !4ca!. Sci.
Paris, 260, 4083-4086.
Bouc
ROT P., CLÉMENT J., 1968. Étude de l’apport d’acides gras endogènes dans les triglycérides des chylomicrons lymphatiques chez le rat après administration de divers triglycérides marqués mixtes. Bio-
chim. biophys. Acta, 164, 558-565.
B
OUCROT P., CLÉMENT J., 1969. Participation des acides gras du sang et de la bile à la formation des
lipides endogènes de la lymphe chez le rat qui ingère un repas contenant des graisses. Biochim. Biophys Acta, 187, 59-72.
C
AHN T., HOUGET J., 1956. Sur l’importance de la transformation des glucides alimentaires en lipides
et sur les lieux de réalisation. J. Physiol., 48, 427-430. C
AHN T., HOUGET J., 1957. La participation des glucides aux combustions. Le sort des glucides ali-
mentaires. Acta physiol. pharmac. néerl., 6, 85-94. D
I
COSTANzo G., CLÉMENT J., 1965. Incorporation in vivo des acides oléique, stéarique et palmitique
tritiés dans les lipides de la lumière et de la muqueuse intestinale chez le Rat. Importance de l’apport d’acides gras endogènes. Bull. Soc. chim. biol., 47, 57-68.
F
LANZY J., FRANÇOIS A.-C., RÉRAT A., 1970. Utilisation métabolique des acides gras chez le Porc.
Annls. Biol. anim. l3iochim. Biophys., 10, 603-620. F
OLCH J., AscoLI 1., LEEs M., MEATH J. A., LE BARON F. N., 1951. Preparation of lipide extracts from brain tissue. J. biol. chem., 191, 833-841.
F
OLCH J., LEES M., SLOANE-STANLEY C. H., 1957. A simple method for the isolation and purifica- tion of total lipides from animal tissues. J. biol. chem., 226, 497-509.
F R É
MONT L., FLANZY J., FRANçoIS A.-C., I97o. Transport des matières grasses par la voie lympha- tique chez le Porc. I. Lipides exogènes. Annls. Biol. anim. Biochim. Biophys., 10, 271-289. G
OTTENBOS J. J., THOMASSON N. J., 1963. The fatty acid composition of thoracic lymph fats of rats fed single triglycerides. In : FRAZER A. C., Biochemical problems of lipids, z7z-z79. Elsevier, Amsterdam K
ARMEN E., WHYTE M., GooDMAN D. S., I963. Fatty acid esterification and chylomicron formation during fat absorption. I. Triglycerides and cholesterol esters. J. Lipid Res., 4, 312-321.
K
IM K. S., BOLLMAN J. L., GRINDLAY J. H., 1956. Metabolism of endogenous lipid of the intestine.
Am. J. Physiol., 184, 445-448.
Mo R
RIS B., 1954. The interrelationships of the plasma and lymph lipide fractions before and during fat absorption. A ust. J. exp. Biol. med. Sci., 32, 763-782.
M
ORRIS B., 1956. The exchange of protein between the plasma and the liver and intestinal lymph.
Q. Jl exp. Physiol., 41, 326-340. MoR
RI
S B., COURTICE F. C., I956. The origin of chylomicrons in the cervical and hepatic lymph Q. Jl exp. Physiol., 41, 341-348.
Nm.ssoN A., 1968. Intestinal absorption of lecithin and lysolecithin by lymph fistla rats. Biochim.
biophys. Acta, 152, 379-390. R
AMPONE A. J., 1961. Rate of fat uptake by intestinal lymphaties. Proc. Soc. exp. Biol. Med., 108, 27
8- 2 8 2 . R EDGRAVE
T. G., 1967. The absorption of micellar lipid into lymph of unanaesthetized rats. Q. Jl exp. Physiol., 52, 130-138.
R
EINHARDT W. O., FISHLER M. C., CHAIKOFF 1. L., 1944. The circulation of plasma phospholipids ! · their transport to thoracic duct lymph. J. biol. Ghem., 152, 79-82.
SA
VARY P., CONSTANTIN M. J., 1966. Sur la résorption intestinale des chaînes éruciques et leur incorpo- ration dans les ehylomicrons lymphatiques du rat. Biochim. biophys. Acta, 125, II8-IZB.
S
AVARY P., CONSTANTIN M. J., 1967. Some experimental data on the endogenous chains in the trigly- cerides of rat thoracic duct lymph. Biochim. biophys. Acta, 144, 549-555.
S
HRIVASTAVA B. K., REDGRAVE T. G., SIMMONDS BV. J., 1967. The source of endogenous lipid in the thoracic duct lymph of fasting rats. Q. Jl exp. Physiol., 52, 305-312.
V
ERDINOB., BLANK M. L., PRIVETT O. S., 1965. Endogenous lipid composition of the intestinal lymph of rats raised on fat free, lard or corn oil diets. J. Lipid Res., 6, 356-362.
VO
IGT K. D., APOSTOLAKIS M., GRIMMER G., I965. Gehalt und Zuzammensetzung der Lymph-, Plasma-, und Erythrocytenlipiden. Klin. Wschr., 43, 732-737.
Z
ILVERSMIT D. B., 1968. The surface coat of chylomicrons : lipid chemistry. J. LipidRes., 9, i8o-i86.