ÉTUDE DE L’UTILISATION DIGESTIVE DES ACIDES GRAS CHEZ LE PORC
J. FLANZY, A. RÉRAT, A.-C. FRANÇOIS
Marie-José LECOURTIER Station centrale deNutrition,
Centre national de Recherches
zootechniques
78 -Jouy-en-Josas
Institut national de la Recherche
agronomique
SOMMAIRE
La
digestibilité
des acides grasingérés
sous forme detriglycérides
mixtes a été étudiée chez le Porc. Les CUD moyens apparents obtenus sont les suivants : acidelaurique,
go p. 100 ; acidemyristique,
67 p. 100 ; acidepalmitique,
46 p. ioo ; acidestéarique,
40 p. 100 ; acideoléique,
g
o p. 100 ; acide
linoléique,
g5 p. 100.La
faibledigestibilité
de certainesgraisses
est liée à uneaugmentation
de laproportion
de com-posés
insolubles retrouvée dans les fèces. Cescomposés
insolubles, vraisemblablement des sels deCa ++
,
se formeraient au cours de ladigestion,
dans la lumièreintestinale,
surtout àpartir
des acides saturés,palmitique
etstéarique.
L’influence de la structure
glycéridique
a été étudiée : en effet,quand
l’acidepalmitique
est enposition P dans
la molécule detriglycéride
alimentaire(cas
dusaindoux),
il est absorbé sous forme de(3-monoglycéride.
Son CUD apparent est alors de 86 p. roo.- ! .- ---
INTRODUCTION
Dans une revue
bibliographique qui analyse
les différents facteurspouvant
in- fluer sur ladigestibilité
des acides gras, THIEULIN( 19 68)
montre que,malgré
la diver-sité des
expériences
et des méthodesutilisées,
onpeut
trouver chez les différents au-teurs
des conclusions communes. Eneffet,
d’une manièregénérale,
ladigestibilité
desacides gras saturés décroît avec la
longueur
de lachaîne,
les acides insaturés sontplus digestibles
queles acides
saturéspossédant
le même nombre d’atomes decarbone,
lesacides gras
engagés dans
lesglycérides
sontgénéralement plus digestibles
que les acides gras libres. Notre intention estd’appeler l’attention
sur deux facteurs de ladigesti-
bilité
qui
ont été souventignorés
ounégligés.
Le
premier
de ces facteurs est laformation,
dans la lumièreintestinale, de compo-
sés insolubles et la
présence
de ceux-ci dans lesfèces ;
le second est la structure desglycérides ingérés.
Quelques
auteurs ont biensouligné l’importance
des formes insolubles d’acides gras dans lephénomène
de ladigestion
desgraisses AuGU R ,
Ro!I,n! etD EUEL ,
( 1947
) ;
AYI,WARDet WOOD( 19 6 2 ); C ARROI , I ,
et RICHARDS( 195 8);
CHENG et al.( 1949 ) ;
C RO C K
ETT et DEUEL
Jr ( 1947 ) ;
DEUELJr
etal., ( 1949 ) ;
DRENICK( 19 6 1 ) ;
GIVENS(igi
7
)
HOLT et al.( 1935 ),
SAMMONS et WIGGS(ig6o),
VACOWITZ et al.( 19 67),
maiscertains résultats méritent d’être
discutés,
soit que lesexpériences
aient été effectuées dans des caspathologiques (stéatorrhées
chezl’Homme),
soit que les méthodes utili- sées n’aient pas étéadaptées
audosage
de savons et de formescomplexes
d’acidesgras, soit enfin que la matière grasse utilisée dans ces
expériences (triglycérides
homo-gènes
parexemple)
soittrop
différente des matières grassesnaturelles,
par la compo- sition en acides gras et par la structureglycéridique.
Le deuxième facteur est la structure
glycéridique.
Lesgraisses
naturelles sontcomposées
engrande partie,
on lesait,
deglycérides mixtes ;
autrementdit,
les troishydroxyles
dechaque
radicalglycérol
ne sont pas estérifiés par le mêmetype
d’acidesgras. Les
analyses
montrent que, dans cesgraisses,
les acides les moins saturés tendentgénéralement
à occuper lespositions
« internes » et les acides lesplus
saturés lesposi-
tions « externes n. Les seules
exceptions
actuellement connues sont lesgraisses
dedépôt
du Porc et duPécari,
où les chaînes internes sont engrande majorité
de l’acidepalmitique (S AVARY
etal.,
I957 ; MATTSONetL U TTON, 195 8). Quant
auxtriglycérides
«
homogènes
», il semble bienqu’ils peuvent
exister enproportions importantes
seu-lement dans les corps dont la
composition
en chaînes estparticulièrement simple,
unseul acide gras y
représentant plus
des deux tiers des chaînes(S AVARY
etDESNUELLE, Ig6
I ).
Nous nous sommes
proposé,
dans un travailpréliminaire
surPorc,
de tenircompte
de ces différents facteurs. Cela nous
permettra,
dans un deuxièmetemps,
degénéra-
liser notre méthode de travail et de rechercher s’il existe des lois
applicables
aux dif-férentes
espèces domestiques, Porc, Veau,
Poulet.Pour ces
recherches,
nous avons mis aupoint
une méthoded’analyse
et d’isole-ment des fractions
lipidiques fécales, qui permet
de caractériser et de doser les acides gras sous leurs différentes formes(T OULLEC
etal., I9 68).
MÉTHODES
L’expérience
consiste à donner à des porcs soit unrégime lipidoprive,
soit desrégimes
contenantune
proportion
déterminée d’un corps gras dont la structure et lacomposition
en chaînes sont con-nues. Comme corps gras, nous avons
pris
soit dusaindoux,
soit diversmélanges
degraisses
que nousappellerons
Xi, X, et Xs. Les essais ontporté
sur deux porcsplacés
dans des cages à métabolisme dès lepoids
de 50kg.
Ces animaux ont d’abord été soumis à unrégime lipidoprive pendant
10jours.
Puis, ils ont été soumis à un
régime
croisé, chacun des deux animaux recevant alternativement pen- dant unepériode
de xgjours
l’aliment Xiou l’alimentX a .
Entre chacun desrégimes expérimentaux,
les animaux recevaient un
régime lipidoprive pendant
une semaine.L’aliment Xs et l’aliment contenant du saindoux ont été substitués aux aliments Xiet X2au
cours d’une
période de
r5jours.
La durée del’expérience
a été de 3mois.Le tableau 1 donne la
composition pondérale
desrégimes.
Dans le tableau 2, on trouve la
composition
en chaînes desgraisses
Xi, X! et Xa. Celles-ci ontété obtenues en
mélangeant
des huiles decoprah,
de tournesol et de coton avec du beurre de cacao(ce
dernier apportant les chaînesstéariques).
On notera que, dans ces diversmélanges, les propor-
tions de chaînes
palmitiques
sont très voisines ; il en est d’ailleurs de même pour les teneurs en acidestéarique.
Les autres constituants peuventquelque
peuvarier,
mais leursproportions correspondent
aux cas que l’on peut rencontrer dans la
pratique.
Ce même tableau 2donneégalement l’analyse
des acides gras du saindoux que nous avons utilisé pour voir l’influence de la structure
glycéridique
sur le coefficient d’utilisation
digestive
des chaînespalmitiques.
En effet, dans lesmélanges
Xi,X a
et Xa, les chaînes
palmitiques
etstéariques
sont essentiellement fixées sur leshydroxyles primaires
du
glycérol,
tandis que, pour le saindoux, si les chaînesstéariques
sont encore en« position externe.,
la presque totalité des chaînes
palmitiques
se trouve sur leshydroxyles
secondaires, c’est-à-dire en«
position
interne ».Le
régime lipidoprive
contenait 0,1Ip. 100de matière grasse(par
rapport à la matièresèche).
La consommation des animaux était
égalisée
enénergie
et en azote.Les fèces ont été
prélevées chaque jour,
stockées pour être rassemblées à l’issue d’une mêmepériode, homogénéisées
et séchées à 60°C dans une étuve à circulation. Nous avions vérifié que lalyophilisation
des fèces n’était pasindispensable
pour éviter l’altération desgraisses (autoxydation
et transformations
microbiennes).
Les résultats del’analyse
des matières grassesétaient identiques, quel
que soit le traitement.L’analyse
des matières grasses des fèces et durégime lipidoprive
a été effectuée comme nousl’indiquons
en détail dans une autrepublication (T OULLEC
et al:,19 68).
Nous ne citerons ici que leprincipe
de la méthode. Ellecomprend
troisétapes :
W les
lipides apolaires
sont extraits par la méthode de FOLcH( 1957 )
et constituent ce que nousappelons
« extrait Folch »(E.F.) ;
2
° la
phase
aqueuse delavage
de l’extrait est acidifiée et les acides gras extraits par l’éther depétrole
constituent la fractionqui
estappelée
« savonssolubles » ;
;3
° le résidu de la
première
extraction Folch est acidifié, afin de libérer et d’extraire les acides grasprécipités
ou combinés dans leproduit
initial. Les acides gras ainsi obtenus constituent la frac- tionqui
estappelée
« savons insolubles» (S.L).
D’une manièregénérale,
dans le cas des fèces, nous avons constaté que les « savons solubles »représentaient
une fractionnégligeable
de l’extrait. Nous l’avons donc arbitrairementajoutée
à l’extrait Folch, pour lasimplification
de nos calculs.Les acides gras, libérés par
saponification
des différentesfractions,
ont été ensuite identifiéset dosés par
chromatographie
enphase
gazeuse. Les conditionsexpérimentales
étaient les suivantes : lalongueur
de la colonne était de 3 m et son diamètre de q mm environ. Le support, du chromosorbWHMDS,
étaitimprégné
de 12p. ioo de succinate dediéthylène glycol.
Latempérature
de la colonneétait de 180°C. Le calcul de la surface des
pics
était réalisé par unintégrateur
DISC. Dans nos condi-tions
expérimentales,
le nombre desplateaux théoriques
de la colonne était de 25oo. Dansl’expé-
rience avec du saindoux, nous n’avons dosé que les acides
palmitique, stéarique, oléique
etlinoléique.
Dans les autres cas, nous avons dosé en
plus
les acideslaurique
etmyristique.
Les résultats sontexpri-
més en p. 100 des esters
méthyliques
dosés.RÉSUI,TATS
i. Matières grasses «
endogènes
»Nous avons déterminé la matière grasse excrétée
quand
l’animal était soumis aurégime lipidoprive.
Cerégime
contenait toutefois o,ii p. 100(de
la M.S.)
de matièregrasse. Nous avons ainsi calculé que l’animal soumis à un
régime lipidoprive,
excrétaitpar
jour
3à 4
g delipides,
alors que l’alimentingéré
en contenait de i à 2g. A titre decomparaison,
enrégime lipidique,
le même animal excrétaitenviron,
en moyenne,5
0
à 60 g degraisses.
Lacomposition
en acides gras des fèces enrégime lipidoprive
est donnée dans le tableau 3.
B AYL E
Y et
LEw1s ( 19 65 a)
avaientdéjà remarqué
que les acides grasd’origine endogène, qu’ils proviennent
del’hydrogénation
des acides gras alimentaires ouqu’ils proviennent
desdesquamations intestinales,
contenaient une forteproportion
d’acidessaturés.
. 2.
Digestibilité glob à le apparente
desdifférentes graisses
Nous n’avons pas tenu
compte,
dans noscalculs,
des matières grassesendogènes,
que nous
aurions
pu assimiler aux matières grasses excrétées enrégime lipidoprive,
comme le font BAYLEYet LEWIS
( 19 6 5 b).
Nous avonspréféré
calculer ladigestibilité
apparente :
en effetSCRIBANTE
et FAVARGER(1954),
BTJ!NSOD etFAVARGER (1956),
PLANCHE et al.
(z 9 66),
WERNER( 19 6 5 )
ont montré que l’excrétion deslipides
endo-gènes
était influencée par la nature et laquantité
desgraisses
durégime. Si, donc,
nosrésultats donnent un ordre de
grandeur
sur laquantité,
la nature et lacomposition
de ces
lipides endogènes
enrégime lipidoprive,
rien ne nouspermet
d’introduire des valeurs pour un calcul de ladigestibilité
réelle enrégime lipidique.
I,a
digestibilité apparente
moyenne de chacune desgraisses
étudiées est donnéedans le tableau q..
Il ressort de ce tableau que la
digestibilité
du saindoux est laplus élevée,
celle des trois autresgraisses
se situant à 7o p. 100environ.3
.
Digestibilité apparente
des acides grasNous avons calculé les valeurs
correspondant
aucoefficient
dedigestibilité
appa- rente moyen établi sur troispériodes
de 15jours
pour l’alimentX 2
et sur deuxpériodes
de i5
jours
pour l’alimentX i .
Les valeurscorrespondant
au coefficient dedigestibilité apparente
de l’alimentX,
et du saindoux ont été établies sur unepériode
de igjours.
Les résultats sont
indiqués
dans le tableau 5.Nos résultats confirment les données
généralement
admises sur ladigestibilité
des acides gras : celle-ci est élevée pour les acides insaturés et les acides saturés
jus- qu’au C l ,
et elle décroît de go p. 100à 40 p. 100 pour lesacides saturés,
en fonctionde la
longueur
dechaîne,
deCi.
àC l e.
Nous avons calculé par
ailleurs,
pour chacun des deux porcs, ladigestibilité
desacides gras entrant dans les
régimes X i
etX 2 (tabl. 6).
Les valeurs obtenues sont presque
identiques
dans l’un et l’autre cas et sont doncindépendantes
de l’animal. -4
.
Composition
en acides grasdes
différentes fractions lipidiques
excrétées dans lesfèces
Pour chacune des
graisses étudiées,
nous avons mesuré dans les fèces lapart
res-pective
de l’extrait Foleh(additionné
de la fraction « savons solubleso)
et de la frac-tion « savons insolubles », ainsi que la
composition
de chacune d’elles en acides gras.I,es résultats sont
consignés
dans le tableau 7.Nous constatons que, dans tous les cas, la fraction insoluble est
plus
riche en aci-des saturés
longs (palmitique
etstéarique)
que la fraction « extrait Folch ».DISCUSSION ET CONCLUSION
’
B
AYLEYet LEWIS
( 19 6 5 b)
ont tenté de mesurer ladigestibilité
« vraie » des acides gras chez lePorc,
en utilisant comme source de matières grasses des acides graslibres,
des
triglycérides homogènes,
desgraisses
commerciales. Les valeurs obtenues par cesauteurs sont très
proches
des nôtres pour les acidesinsaturés, légèrement supérieures
et
plus
variables pour les acides saturés. Nous avons ditpourquoi
le calcul du CUDvrai nous
paraissait erroné,
si onl’établissait
àpartir
dequantités
d’acides gras ex-crétés en
régime lipidoprive.
On nepeut parfaitement
connaître ce coefficientqu’en
utilisant des
graisses marquées
sur tous lesacides
gras(S CRIBAN TE
etFAVARG!R,
1954
W!RN!R, 1965)
..La digestibilité globale moyenne des graisses
étudiées estplus faible
que celle admisegénéralement,
sauf dans le cas du saindoux. Ceci résulte du fait que notre mé- thode dedosage
extrait desfèces
latotalité
des acides gras, sousquelque
formequ’ils
soient.
La fraction « insoluble
» représente,
dans tous les cas, une fractionimportante
deslipides
fécaux(8 0
p. 100environ),
fractionqui
n’entre pas dans le calcul de ladiges- tibilité, lorsque
leslipides
sont déterminés par les méthodesclassiques
d’extractionaux solvants. Comme l’ont fait
quelques
auteurs avant nous(A U GU R
etal.,
1947 ;C ARR
OI;I&dquo; 195 8; C L E M E N T
etC L E M E N T, I g 58 ; WILLIAMS, I9 6 2 ; FLEISCHMAN
etal., I9
66;
VAcowiTz etal., 19 6 7 ),
il est doncindispensable
de ne doser leslipides
fécauxqu’après
unehydrolyse acide,
pour libérer les acides grasdes composés insolubles.
La nature de ces
composés insolubles
n’est pas,toutefois,
clairement définie.Pour de nombreux auteurs,
C ARRO r,I, ( I95 8), C ARROI ,r,
et RICHARDS(ig5$), DRENICK,
( l g6 1
),
I,UTWAKettll:, ( l g6 4 ),
WERNERet LUTWAK( l g6 3 ),
YACOWITZ etal., ( I g67),
cescomposés
seraientconstitués
de savonsinsolubles
deCa + +, qui
seraient différents descomplexes phosphorés
de ca*ium etd’acide oléique, isolés
dans des fèces par SWELL et Cll.(1956)
et,après
eux, CARROLLet RICHARDS(1958),
RICHARDS etCARROI,I, (1959).
F LEI SC
HMAN
etal. ( 19 66),
PETTERSON( 19 6 4 ),
YACOwITZ et al.( 19 6 7 )
établissent unerelation
directe
entrel’augmentation
de la teneur en calcium de la ration etl’augmen-
tation
de
l’excrétion du Ca++et des acides gras. Comment cescomposés
se forment-ils ?
Pourquoi
seraient-ils formés surtout àpartir
des acides gras saturés ? Laprésence
de ces formes insolubles et celle d’une solution micellaire sont-elles
compatibles
dansla lumière intestinale,
dansl’hypothèse, évidemment,
où la mise en solution micellaire est uneétape
nécessaire de ladigestion
etcorrespond
bien à la réalitéphysiologique
(HOF’
M A
NN
etBO R G S T R O M , I g62 ; FRËËMAN
etal., Ig67) ?
Pour
répondre
enpartie
à cesquestions,
il fautrappeler
certainesconclusions
des travaux de HOFMANN( 19 6 3 a). Cet
auteur a montré notamment quel’addition
de Ca++aux solutions
micellaires d’acides
gras et de selsbiliaires
avait pourconséquence
la formation
de
savons de Ca++insolubles, mais
quel’addition
de monooléinedans
le milieuréactionnel inhibait
laformation
de’ ces savons. Dans nosrégimes, l’acide oléique
constitue 25 p. 100 au minimum des acides gras
alimentaires
et la monooléine pro- venant de lalipolyse de
cesgraisses
devrait doncinhiber la
formation des sels de Ca++insolubles. Or,
il n’en est rien.Il
faut supposer que, pour un acide gras, la formation ducomposé
insoluble sefait
soit avant cette mise en solutionmicellaire,
soitaprès
celle-ci.Dans le
premier
cas, lalipase pancréatique
libérerait àpartir
destriglycérides
émulsionnés
les acides grasqui précipiteraient
immédiatement sous formeinsoluble ;
il faudrait
donc
supposer que les micellesdéjà
formées sont « saturées » et nepeuvent plus
« redissoudre » les formes insolubles.Puisque
les acides saturés sont engénéral
en
position
<x, donc libérés lespremiers,
et que lesmonoglycérides
sont surtout cons-titués de
monooléine,
onpourrait
conclure à unecompétition
entre les acidessaturés
et la monooléine. SAVARY et CONSTANTIN
(x 9 6 7 ),
ainsi queHOF M A NN
et BORGS-T
ROM
( 19 6 2 )
sont arrivés à des conclusionsanalogues
in vitro en étudiant la solubi-lisation des acides saturés dans des micelles contenant de l’acide
oléique
ou de lamonooléine.
Dans le deuxième cas, nos résultats confirmeraient
l’hypothèse
suivantlaquelle
les micelles mixtes de sels biliaires et d’acides gras seraient détruites avant
l’absorp-
tion
proprement dite,
soit dans le film de mucusqui tapisse
les cellulesépithéliales absorbantes,
soit au contact de ces mêmes cellules(V ODOVAR
etF I , ANZY , 19 66 ;
ISSEL-BACHER,
19 6 7 ).
Dans cesconditions,
les acides gras retrouveraient leurspropriétés chimiques
et notamment leuraptitude
àprécipiter
avec les ions Ca++. Eneffet,
bienque les acides gras ne soient pas totalement ionisés au
pH
de l’intestin à ce niveau(BO R G S T R O M
, 19 67;
HoFMANN etBoRGSTROM, 19 6 3 ), l’équilibre
de dissociation est entièrementdéplacé
vers la formation ducomposé
insoluble.Nous avons vu que la structure des
glycérides ingérés pouvait expliquer
que les formes insolubles soient surtout constituées in vivo d’acides gras saturés.D’ailleurs,
il en est de même « in vitro» quand
onfabrique
des sels de Ca++ àpartir
des acidesgras libres.
C L E M E N T
etC L E M E N T (z 95 8)
ont montré que l’indice d’iode des savonsformés à
partir
d’unmélange
d’acideoléique
et d’acides saturés est nettement inférieur à celui dumélange
d’acides grasprimitif.
Plusrécemment,
nous avons montré(’roux,-
LEC et
al., 19 68)
que les savons de calcium obtenus par addition d’une solution deCl 2
Ca
à une solutionalcoolique équimoléculaire
des acidespalmitique, stéarique, oléique, linoléique,
enquantité
tellequ’il
y ait unqu*t d’atome-gramme
de Ca++pour
chaque molécule-gramme
d’acides gras, sontcomposés
pour g7,5p. 100d’acidessaturés,
soit5 8, 7
p. ioo d’acidestéarique
et3 8,8
p. ioo d’acidepalmitique.
En
conclusion,
onpeut
dire que les acides saturéslongs
font diminuer ladigesti-
bilité
globale
d’une matière grasse, parcequ’ils
forment avec le Ca++ descomposés
insolubles
qui
ne sont pas absorbés par laparoi
intestinale. Cette réaction estplus rapide quand
les acides gras sontingérés
sous forme libre quequand
ils sont combi-nés au
glycérol.
C’est cequi explique
que les acides gras soient moins bienabsorbés,
sous forme libre que sous forme de
glycéride (C ONS T AN T IN
etS AVARY , 19 65 ;
HOAGx,ANDet
SDTID!R,
1944;M A TT IL , x 94 6;
RENNERetHILL, 195 8; Wt R imR, 19 65).
La
digestibilité
du saindoux estplus
élevée que celle des autresgraisses.
Cetteaugmentation
est due presqueuniquement
à une meilleureabsorption
des acides satu-rés,
l’acidestéarique
et surtout l’acidepalmitique.
Eneffet,
prenons commeexemple
le lot
X i
et le lot « saindoug » : nous constatons que la teneur en acides saturéslongs (stéarique
etpalmitique)
estrespectivement
de 41,3 p. 100et de 4x,g p. ioo, donc pra-tiquement identique
dans les deux cas.Or,
un calcul effectué àpartir
des tableaux 2 et 5 montre que ladigestibilité
de ces deux acides gras, dans le cas dusaindoux,
faitcroître la
digestibilité globale
de 14,4 p. 100, alors quel’augmentation
totale de ladigestibilité
du saindoux est de z5,4 p. 100. C’est doncuniquement
à l’amélioration de ladigestibilité
des acides saturés que l’on doitl’augmentation
de ladigestibilité globale.
On
pourrait
dire que les acides saturés sont mieux absorbés dans lerégime
sain-doux,
parce que, dans-cerégime,
on aremplacé
les acideslaurique
etmyristique
desrégimes X l , X 2
etX 3
par les acidesoléique
etlinoléique,
cequi
abaisse lepoint
defusion. D’autre
part,
on aaugmenté
lepourcentage
d’acidepalmitique
auxdépens
du
pourcentage
d’acidestéarique,
cequi
contribueégalement
à, abaisser lepoint
defusion.
En effet,
certainsauteurs,
notammentC ALLOWAY
et KURTZ( 195 6),
YOUNG etG ARR
ETT,
( 19 63)
ontremarqué
que lesacides
saturés étaient moinsbien absorbés, quand
ilsétaient ingérés
seulsqu’en présence
d’acidesinsaturés. Parallèlement,
lamise en
solution micellaire des acides
saturés enprésence
d’acideoléique,
que ce der-nier
soit
sousforme libre,
ou bien sous forme demonoglycéride,
a commeconséquence
directe
l’abaissement
dupoint
defusion (H OFMAN N, 19 6 3 b ;
HOFMANN et BORGS-TROM
,
19 6 2 ). Plus récemment,
SavAxY:( 19 66)
amontré
que lasolubilité
desacides saturés (palmitique et stéarique) dans
lesmicelles
de sels biliaires estaugmentée
pro-portionnellement
à laquantité d’acide oléique aj outé,
mais que laquantité d’acides
sa-turés solubilisée passe par un
maximum (S AVARY
etC ONSTANTIN , 19 67), quand la quan-
tité de chaînesoléiques augmente :
lerapport
de laquantité
des chaînes d’acideoléi-
que à laquantité
des chaînes d’acidepalmitique
est alors del’ordre
de 10.Or,
dansnos
expériences
lerapport
des chaînes insaturées aux chaînes saturées varie de o,q.à
0 ,58,
c’est-à-direqu’elles
nepeuvent
solubiliser environ que5
chaînes sur 100 d’acides saturés. Deplus,
si la teneur en acides insaturés avaitaugmenté
ladigestibilité
des acides
saturés,
il aurait falluque
ladigestibilité
des acides saturés(palmitique
etstéarique)
dans le lotX i , qui
contient46,!
p. 100 d’acidesinsaturés,
soitsupérieure
à celle du lot
X,, qui n’en
contient que3 8,7
p. 100 ; or, il n’en estrien,
elle est au con- trairelégèrement supérieure
dans le lotX 3 .
On nepeut
donc pas conclure que, dansnos
expériences,
les acidesinsaturés jouent
un rôle direct ou indirect dans ladigesti-
bilité
globale des acides
gras.En revanche,
la meilleuredigestibilité de l’acide palmitique peut
être la consé-quence de la structure
particulière
dusaindoux,
comme l’avaientdéjà signalé
REN-NERet HILL
( 19 6 1 ).
On remarque, eneffet,
que ladigestibilité
des chaînesstéariques
est la même pour les
régimes X l , X 2 , X 3
d’unepart,
et pour lesaindoux, d’autre part,
tandis que celle des chaînespalmitiques
est nettement meilleuredans
le second cas. Laseule différence que l’on
aperçoive
entre les deux sériesd’expériences,
c’est que les chaînespalmitiques
ne sont pas localisées de la mêmefaçon
dans lestriglycérides,
tandis que les chaînes
stéariques, elles,
sonttoujours
enposition
externe. Dans lesaindoux,
les chaînespalmitiques
se trouvent enposition dans
les molécules de tri-glycérides. Or,
lalipase pancréatique hydrolysant
depréférence
les chaînes situées enposition
ce, ces acidessaturés
setrouveraient
dans la lumière intestinale sous forme demonoglycérides qui traverseraient
ainsi laparoi
intestinale. Dans les autresgraisses,
les
acides saturés, qui
sont enposition
externe dans la molécule detriglycéride,
sontlibérés
par lalipase pancréatique
sous forme d’acides graslibres, qui peuvent
soit cris-talliser,
soit même donner descomposés insolubles,
comme nous l’avons vuplus
haut.RE
NNER et Hm,!,
avaient d’ailleurs montré qu’en intérestérifiant
lesglycérides
dusaindoux,
c’est-à-dire enaugmentant
le nombre de chaînes saturées enposition a,
ladigestibilité
dusaindoux
diminuaitchez
le Poulet. Enrevanche,
ilsemblerait
que l’influence de la structureglycéridique
soit moins nette dans le cas du Rat(S AVARY
et
al., 19 6 1 ).
Des conclusions
pratiques
ressortent de nos résultats concernant l’utilisationdigestive
des matières grasses. Pouraugmenter
ladigestibilité
desgraisses,
il fautchoisir des matières
premières qui
contiennent le minimum d’acides saturés.Or,
ceux-ci sontindispensables
pour une bonne utilisationmétabolique
des matières grasses(H
OPKINS
etal.,
1955;Fi<ANZY
etal.,
àparaître). Le rapport optimum
acides satu-rés/acides
insaturés étant donc déterminé pour une bonne utilisationmétabolique,
onpourra
alorsaugmenter
l’utilisationdigestive
enintérestérifiant, par exemple,
lesmatières
grasses,
choisiespour
leurcomposition
en acides gras. Ceprocédé
technolo-gique, qui
a pour butd’augmenter
le nombre de chaînes saturées enposition g,! ne
doit pas évidemment êtreappliqué
au cas du saindoux. Il ne faut pas nonplus
fairesubir
ce traitement à des corps gras comme le cacao et le
karité,
car l’intérestérification en-traîne,
dans ce cas, la formation deglycérides
trisaturés.’
L’autre
conclusionpratique
est que lecomposé
minéral doit être calculé en fonc- tion dupourcentage
et de lanature
des matières grasses introduites dans la ration desanimaux.
Cette-étude faitl’objet
d’un travail en cours.Reçu
pourpublication
enjuin 19 68.
. SUMMARY
DIGESTIVE UTILIZATION OF FATTY ACIDS BY PIGS
Digestibility
offatty
acidsingested
in the form of mixedtriglycerides
was studied inpigs.
Thelipip
excreted wereseparated
into two fractions; thefirst,
soluble in the solvents,corre 3 ponded
toglycerides
and freefatty acids ;
thesecond,
soluble in the solvents after acidification of the medium,corresponded
to the « insoluble soaps ». Thefatty
acidcomposition
of each fraction was estimatedby chromstography
in the gaseousphase. Average
percentage apparentdigestibilities
obtained wereas follows : lauric acid go,
myristic
acid 67,palmitic
acid 46, stearic acid 40, oleic acid go and linoleic acid 95.The low
digestibility
of certain fats was related to an increase in theproportion
of insolublecomponents recovered in faeces. These insoluble
components, probably
salts of Ca++, would be for- med in the lumen of the intestine in the course ofdigestion, particularly
from the saturated acids,palmitic
and stearic. Thesehypotheses
are discussed and considered in relation to the conclusions which derive from the micellartheory
ofabsorption.
The influence of
glyceride
structure was studied. In fact, whenpalmitic
acid was situated in theposition
in thetriglyceride
molecule in the feed(as
inlard)
it was absorbed as!-monoglyceride.
Its apparent
digestibility
was then 86 per cent.Practical conclusions result from this work, both for the choice of fats for feeds and for the
technological procedures
to be used(interesterification).
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
AUGU
R V., ROLLMAN H. S., DEUEL
jr. H. J., 1947 .
The effect of crude lecithin on the coefficient of diges- tibility and the rate of absorption offat..
Nutr., 38, i77-r86.AYW A
RD F., WOOD P. D. S., r96z. Lipid excretion. 2. Fractionation of human faecal lipids. Brit. J. Nutr.
16, 345-360.
BA
YLEY H. 5.&dquo; LEWIS D., r965a. The use of fats in pig feeding. I. Pig foecal fat not of immediate dietary origin. J. agric. Sci., 64, 367-372.
BAYLEY H. S., LEWIS D., i !65 b. The use of fats in pig feeding. II. The digestibility of various fats and
fatty
acids. J.agric..Sci., 64, 373-,378.
BoxG!TR!M B., i96!. Partition of lipids between emulsifield oil and micellar phases of
glyceride-hilesalt
dispersions. J. Lipid Res., 8,59 8-6 0 8.
BUENSO
D M., FAVARGER P., rg56. Observations sur la
digestibilité
des acides palmitique et stéarique etde leurs esters glycériques chez le rat. Helv.
physiol.
pharnwc. Acta, 14, 299-3°3.CA
LLOWAY
D.
H., KURTZ G. W., 1956. The absorbility of natural and modified fats. Fd. Res&dquo; 21, 621- 62 9.
C
ARROLL K. K., !rç58. Digestibility of individual fatty acids in the rat. J. Nutr-, 64, 339-410. CARROL
L K. K., RICHARDS J. F., i958. Factors affecting digestibility of fatty acids in the rat. J. Nutr., 1
64, 4t r-4z4·