SÉGRÉGATIONS ANORMALES POUR LES ALLÈLES
« CRÊTE SIMPLE » ET « CRÊTE EN ROSE »
CHEZ LA POULE
III. — CROISEMENT ♂ Rr × ♀ Rr
Ph. MÉRAT
Station de Recherches avicoles,
Centre natioual de Recherches
zootechniques, Jouy-eu-Josas (Seiree-et-Oisr·)
SOMMAIRE
Des
accouplements pedigree
du type dRr (crête en rose) X Rr, ayant donné au total environ 800
o
poussins
éclos, comportent, dans l’ensemble, un excès hautementsignificatif
de crêtessimples parmi
les femelles, par rapport à laproportion prévue
de 1/4 ; chez les mâles, un écart vis-à-vis de cetteproportion
se manifesteégalement,
mais en sens inverse. Il y aprobablement
des différences entrepères
pour le rapport deségrégation
dans leur descendance. l’ar contre, en groupant les deux sexes, laproportion
des crêtes en rose aux crêtessimples
est normale, voisine de 3/1.Du
point
de vue de laproportion
des sexes, celle-ci comporte à la fois un excès de 3parmi
lesdescendants à crête en rose, et un défaut de ceux-ci
parmi
les enfants à crêtesimple,
tous deux hau-tement
significatifs.
Le pourcentage d’éclosion
(poussins
nés/oeufsincubés) apparaît
normal, et du même ordre que celui du reste ducheptel
éclos en même temps.La
comparaison
avec lesproportions
observées dans la descendance des croisements des types d Rr X 9 rr et d yy X Rr, l’examen de laproportion
des sexes dans lesaccouplements¿
RR XRR, et, secondairement, la « sex-ratio » et les résultats d’éclosion du croisement étudié ici, ne s’accordent pas avecl’hypothèse
d’une mortalitéembryonnaire
différentielle des diversescatégories
de zygotesou d’une infertilité différente des divers types d’ovules
possibles,
ni avec celle degènes
modificateurs de l’effetphénotypique
des allèles R et r, ou d’anomalies dans la détermination du sexe, et condui- sent à conclure à une déviation «primaire
» par rapport auxproportions
3/1prévisibles,
c’est-à-direse situant lors de la méiose, ou à la fertilisation
(fertilisation préférentielle).
! -- ..-- -
INTRODUCTION
Après
les résultats des croisements 3 Rr X 9 rr(M ERAT ,
1959 et19 6 2 )
et dr X ! Ry
(sous presse),
les donnéesprésentes
serapportent
auxaccouplements
dutype
d Rr XRr,
où les deuxparents
sonthétérozygotes
pour l’allèle Rproduisant
la crête « en rose ».
(cf. H U TT,
1949, pour la transmissiongénétique
dutype
de crête chez lesvolailles).
Ici,
encore, des anomalies durapport
deségrégation apparaissent,
différentes de celles observées dans les deux casprécédents,
etprovenant,
selon toute vraisem-blance,
dephénomènes précédant
ouaccompagnant
la formation deszygotes,
maisnon
postérieurs
à celle-ci.MATÉRIEL
ETMÉTHODES
Les données réunies ici
proviennent
pourpartie
du troupeau S. A. R. G. A. S., transféré ensuiteau domaine du
Magneraud,
et nous ont étécommuniquées
par le docteur L. P. CoCfrEZ..Une autre
partie provient
ducheptel
de la Station àJouy.
L’allèle Rprovenait
deWyandottes
de la souche « M i i ».
Les
accouplements,
du type Rr X Rr, étaient touspedigree,
etchaque poule
n’étaitaccouplée qu’à
un seul coq.Le type de crête,
simple
ou en rose, était déterminé sans erreurpossible,
à l’éclosion. Le sexeétait identifié à
l’âge
de 8 semaines, vérifié entre 10et 12semaines, etégalement,
parautopsie,
surles
poussins
morts avant 8 semaines( 1 ).
RÉSULTATS
Nous donnerons essentiellement les résultats
portant
sur le total des différentscheptels
étudiés.1 0
) Ra!!oyt
deségrégation
sur l’ensemble des donnéesLes nombres d’enfants obtenus sur le total des
données,
et classésd’après
leursexe et leur
type
decrête,
sontindiqués
dans le tableau I. Les nombres calculés àpartir
de laproportion théorique 3/1 ,
chez les 6 d’unepart,
les del’autre,
sont écrits entreparenthèses
au-dessous des nombres observés.On remarque un excès de mâles à crête en rose par
rapport
au nombreprévu ;
chez les
femelles,
il y a, par contre, un défautimportant
de crêtes en rose et un excèsde crêtes
simples,
parrapport
auxprévisions.
L’analyse du x 2
sur ce tableauprécise
ces constatations.Les 4 catégories
d’ani-maux
permettent
decalculer,
parrapport
auxproportions théoriques
du total des( 1
) Sur une fraction des données présentes, quelques rares familles Rr x Rr n’ayant eu que des enfants à crête en rose auraient pu être écartées de notre analyse. Mais, vu les nombres d’enfants par mère (minimum 10, moyenne 28 environ) on peut négliger cette cause possible de distorsion, tant pour le rapport de ségrégation global que pour l’hétérogénéité entre familles.
animaux des deux sexes
( 3/ 8, 1/ 8, 3/ 8, i/8) un Y 2
à 3degrés
deliberté, qui peut
être lui-mêmedécomposé
en troisx 2 indépendants
à i D. L.chacun,
comme l’indi-que le tableau a.
Négligeant
laproportion
des sexesqui
ne nous concerne pasici,
nous consta-tons que l’écart entre
proportions.
observées etthéoriques
pour letype
de crête chezles y est significatif
bien au-delà du seuil i p. i ooo, alors que chez lesd ,
l’écart ensens
contraire, quoique
moinsimportant, dépasse cependant
le seuil i p. 100 designification ( 1 ).
Par contre, la
proportion
des crêtes en rose parrapport
aux crêtessimples,
sexesgroupés,
est voisine de3/1 ( X 2
= i,o5o pour i D.l;. ;
P =0,3-o,j).
Par différence entre la somme
des x 2
relatifs aux d seuls et auxseules,
et lex 2
portant
sur les sexesgroupes,
onobtient,
en outre,un X 2
« interaction » correspon- dant à la différence durapport
deségrégation
suivant le sexe, etégal
à 3o,q74pouri D.
I,.,
cequi correspond
à uneprobabilité
extrêmementpetite (P
<ro-!).
( 1
) Il est plus précis de tester le rapport F du x2observé sur les $ au X2 correspondant d’hétérogénéité
entre familles de pères divisé par son nombre de degrés de liberté, ce dernier X’ étant significatif au seuil
5
p. 100(cf. plus loin). On obtient F == y,o99pour i et 36 D. L., d’où P < o,ooi, et les conclusions sont
inchangées. Inversement, les proportions globales différant de i/t, des x2de contingence seraient théorique-
ment préférables aux XZ
d’hétérogénéité,
mais leurs valeurs sont très voisines.2
°) Hétérogénéité
desdonnées
,Il est intéressant de
préciser,
par la méthode del’analyse
dux 2 ,
si l’anomalie observée dans lesproportions
destypes
de crêtes estprésente également
ou nondans les différentes
générations
et les différentes familles.I,e tableau 3 donne
l’analyse
del’hétérogénéité
entregénérations,
entre famillesde même
père intra-générations,
et entre familles de même mèreintra-pères.
On ne constate pas
d’hétérogénéité significative
entregénérations,
ni entremères
intra-pères,
mais les donnéessuggèrent
unehétérogénéité
entrepères (si- gnificative
au seuil 5 p.100 )
pour lerapport
deségrégation
chez les ’?3
°)
Examen des sex-ratioI,e nombre de et de éclos
peut
êtrecomparé
à laproportion III ,
d’unepart
en
groupant
les deuxtypes
decrêtes,
d’autrepart
chez les crêtessimples seules,
et chez les crêtes en rose seules
(tableau 4 ).
L’écart par
rapport
à laproportion
de 5o p. 100 de3 15 0
p. 100 de est haute- mentsignificatif,
à la fois chez les crêtes en rose et chez les crêtessimples,
alorsqu’il
ne l’est pas sur l’ensemble des animaux nés.
Il semble donc difficile de penser
qu’une
seule de ces deux déviationspuisse
être liée à la
ségrégation
étudiéeici,
l’autre reflétant des causes non contrôlées.D’autre
part,
vul’hétérogénéité probable
durapport
deségrégation
entrepères,
nous avons
comparé
la sex-vatio des animaux à crêtesimple
d’unepart,
à crêteen rose de
l’autre,
membres des familles de mêmepère
àségrégation
« anormale »,à la sex-ratio dans les familles à
ségrégation paraissant
« normale » à l’intérieur de la mêmegénération ( 1 ) :
uneségrégation
« anormale » était définie conventionnel- lement ici par unehétérogénéité significative,
au seuil 5 p. 100, entre laproportion
de crêtes chez les d et celle chez les !. Le
tableau 5 montre
le résultat de cetteanalyse,
limitée
obligatoirement
aux années contenant des famillesrépondant
au critèreci-dessus.
Seul,
le total des années estindiqué
ici.Il y a
visiblement,
ici encore, un excès de 3 chez les animaux à crête en rosedes familles « anormales » ; le défaut de J des animaux à crête
simple
des mêmesfamilles par
rapport
aux familles « normales » estégalement
hautementsignificatif, malgré
le nombre des données considérablement réduit ici.Il est donc
logique
de conclurequ’il
y aperturbation
de laproportion
des caté-gories zygotiques
à la fois chez les deuxtypes
de crêtes et non chez un seul.4 0
)
Résultats d’éclosionLe
pourcentage d’éclosion,
dans le croisementétudié,
est de 72,7 p. 100(pous-
sins
nés/oeufs incubés)
sur le total desdonnées,
et se montre du même ordre que celui de l’ensemble dutroupeau pedigree
incubé en mêmetemps.
L’éclosion se trouve d’ailleurs être meilleure que celle des familles de même ori-
gine
neprésentant
pas laségrégation
enquestion,
c’est-à-dire des familles où tous les descendants étaient à crête en rose.Ces faits ne
suggèrent
pas, en tout état de cause,l’hypothèse
d’une éclosion moindre de certainescatégories zygotiques
ou d’une fertilité moindre de certains ovules pourexpliquer
lesperturbations
rencontrées dans laségrégation
dugène
R.INTERPRÉTATION
DESRÉSULTATS
ET CONCLUSIONOn
peut
chercher la cause des faits observés dans une anomalie « réelle » deségrégation,
comme celle de nos croisements d Rr X9 rr(M ERAT , rg62),
ou essayer de faireappel
à une fertilité différente destypes d’ovules,
à une mortalitéembryon-
naire différente pour les diverses
catégories
dezygotes,
ou à laprésence
degènes
modificateurs de la crête ou éventuellement du sexe. Il est, bienentendu, prudent
de
n’accepter
lapremière hypothèse
que si nous sommes raisonnablement contraints àrejeter
les autres.Ce
rejet
nous est dicté par lacomparaison
des résultats du croisement Rr X Rravec ceux des deux autres, Rr X vv et vv X Rr.
En effet l’anomalie de
ségrégation
dupremier croisement,
défaut de d à crêtesimple
et excèsde y du
mêmetype,
ne se retrouve évidemment pas dans les deux autres(3IE R .K T , ig62 ; i!I!RnT, sous presse).
Le croisement Rr Xrr donne une ségrégation
normale chez les 9, et un excès de 3 à crête
simple ;
le croisementréciproque
fournitdes
proportions
d’ensembleconformes, dans chaque sexe,
à laproportion prévue
dei/i.
Supposons,
dans cesconditions,
une différence de fertilité entre lestypes
d’ovulespossibles,
ou une différence d’éclosion entrezygotes.
Si elleportait
sur la for-mation ou l’éclosion des
génotypes
Rr et vv dans l’un ou l’autre sexe, on devrait la retrouver dans le croisement rr X Rr, ainsi que dans le croisementréciproque (à moins,
pour cedernier,
d’unproblématique
effet dugénotype
de la mère pour le locus R, sur la différence d’éclosionenvisagée).
Cela devrait entraîner des propor- tions déviées dans le même sens que dans le croisement étudiéici ;
or, il n’en est rien.Si,
par contre, c’est legénotype
RRqui
différe des deux autres(mortalité
em-bryonnaire
des 3 RR inférieure à celle des autres3,
et l’inverse chez les 9, chose àpriori
peuplausible d’ailleurs),
cela nepourrait
être testé par lacomparaison
destrois
types
de croisementenvisagés plus
haut.Mais,
dans cettehypothèse,
les sou-ches
homozygotes
pour la crête en rose devraientlogiquement
avoir une « sex-ratio »supérieure
à celle des souches à crêtesimple. Or,
les nombres de 3 etde y éclos
enpedigree
dans la soucheWyandotte
pure 31 1 1 , surplusieurs générations, contemporaines
des croisements étudiés
ici,
sontrespectivement
de g ogi etg o6i ;
laproportion
ded éclos n’est pas
supérieure
à celle des souches à crêtesimple
les mêmes années(g
o!2 23 1 4 8 41
y)
ni à celle des croisements Rr x rr( 2
570d/2
431!)
et rr X Rr( 2 6gr/2 6 03 ).
Toute ceci ne s’accorde donc pas avec
l’hypothèse
testée. Onpeut
aussi rap-peler
que la fertilité et l’éclosion des famillesanalysées
était normale et du même ordre que celle du reste dutroupeau.
De
même, l’hypothèse
degènes
modificateurs est contredite par nosrésultats,
car elle
impliquerait, ici,
à la fois desgènes
inhibant la manifestation de l’allèle R chez les 9, etd’autres,
distincts de R,produisant
des dsupplémentaires
à crête enrose. Par
elle-même,
cette doublehypothèse,
avec des effets limités au sexe et dansdeux sens
inverses,
estremarquablement improbable. Quoi qu’il
ensoit,
la considé- ration du croisement Rr X rr et des croisements depremière génération
obtenusen
grande quantité
auMagneraud (CocxEa,
communicationspersonnelles)
éliminel’hypothèse
degènes
inhibiteurs de R,spécialement
chez les 9, pourlesquelles
laségrégation
esttoujours
normale dans le croisement Rr X vv.Quant
àl’hypothèse
degènes
autres qu2 Rproduisant
la crête en rose chez des3,
ellen’expliquerait
pas, notamment, lesproportions
du croisement Rr X vv,où,
sur des nombres
importants,
l’on n’observe nullepart
d’excès de 3 à crête en rose.Plus
généralement,
ni dans lalittérature,
ni sur nosWyandottes
pures ou leurs croi- sements de Iregénération,
aucune observation nesuggère
cettehypothèse.
Comme en outre il faudrait faire
appel
à la fois aux deuxcatégories
degènes
modificateurs
mentionnées,
on voit que cetteexplication peut
êtrerejetée.
Des anomalies dans la détermination du sexe
n’apparaissent
pas nonplus,
etl’on ne
comprendrait
pas, de toutesfaçons,
que de telles anomalies se manifestent dansun
type
de croisement et pas dans un autre àpartir
d’animauxd’origines
voisines( 1 ).
( 1
> Notamment, l’hypothèse de gènes modificateurs du sexe conditionnés dans leur effet par l’un des allèles R ou r, ou liés à l’un d’eux, n’expliquerait pas la sex ratio » déviée en même temps et en sens contraire chez les deux types de crête, mais normale en les groupant (cf. tableau 5).
En
conclusion,
l’anomalie deségrégation
observée sur l’ensemble des croise- ments cr Rr Xy Rr
ne trouve pasd’explication
valable dans une mortalité différen- tielle de certainszygotes
ou une infertilité différentielle desovules,
ni dans desgènes
modificateurs. Cette anomalie doit se situer avant la fertilisation ou consisteren une fertilisation
préférentielle.
Reçu pour
publication
en octobre 1962.SUMMARY
!1B1TORMAL SEGREGATION FOR THE ALLELES « SINGLE CO’vfB n AND « ROSE CO-NFB » IN THE FOWL. III
Pedigree matings
of the type d’ Rr(rose comb )
X ! Rr,giving
about 8 00o progeny hatched,were made between 1951 and 1061. The
pooled
data show thatsingle-comb
female progeny are in excess over theexpected proportion
of one quarter ; this excess ishighly significant (P
< 0.001)on the total. In the male progeny, there is also, on the whole, a deviation from the
expected
pro-portion ( 3/1 ),
but in theopposite
sense, and alsohighly significant (P
<0 . 001 ) (cf.
tablesi, z).
There are
probably
differences between sires intra-flocks(table 3 )
for thesegregation
ratioamong the females.
There are
together
an excess of males(over
the iliproportion)
among the rose comb progeny, and an excess of females amongsingle
comb progeny, these two deviationsbeing highly significant (P
<0 . 001 ) (cf.
tables 4and 5).Hatching
percentages(hatched chicks/incubated eggs)
are normal and of the same order asthe
remaining
of the flock, incubated at the same time.A
comparison
with the observedsegregation
ratios in the progeny ofmatings
of the type 3 Rr X rr and dyy X 9 Rr, the sex-ratio observed inmatings
dRR X ! RR, and,accessorily,
the hat-ching
results, do not support thehypotheses,
either of anembryonic mortality differing
with thevarious types of zygotes, or of a different
fertility
for thepossible
types of ova, or of genes modi-fying
thephenotypic
effect of the alleles R and r, or of sex-determination abnormalities.We are thus conducted to conclude in favour of a deviation of the
segregation
ratiooccurring
at meiosis, or of a
preferential
fertilisation. A fuller discussion will begiven separately.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Cocil E
Z L. P. Communications personnelles.
HU TT
F. B., 1949. Geneties ol the fowl. Me. Gxnw Hill Book C°, New York, 59o pp.
!IERAT P., 1959. Ségrégation anormale pour les allèles « crête simple » et « crête en rose ». Ann. ’I,ootech., 8, 178.
![FRAT P., 1962. Ségrégation anormale pour les allèles « crête simple &dquo; et « crête en rose n. I. -Croisement 3 Rr x rr . Ann.
Biol,
anim. Bioch. Biophys., 2, 109-1Q,.!IFRAT P., Ségrégation anormale pour les allèles « crêtes simple » et « crête en rose n. II. - Croisement 3‘ rr x Y Rr.