INFLUENCE DES VARIATIONS SAISONNIÈRES
DE LA COMPOSITION DU LAIT DE CHÈVRE SUR LE
RENDEMENT EN FROMAGE. CONSÉQUENCES
PRATIQUES POUR LA SÉLECTION
G. RICORDEAU G.
MOCQUOT
J. BOUILLONE. BLANC-PATIN R. JEUNET A. PORTMANN
Station centrale de
Génétique
animale,Statiort centrale de Recherches laitières et de
Technologie
des Produits animaux,Cerztre national de Recherches
zootechniques,
78 -Jouy-est-Josas
Institut national de la Recherche
agronomique
SOMMAIRE
Cette étude a été
entreprise
dans 2 laiteries(en 19 6 5
dans la laiterie A, de 1962à 65 dans lalaiterie B) traitant
uniquement
du lait de chèvre. Elle apermis d’analyser
les variations saisonnières de la teneur du lait en matière grasse, matières azotées(totales
etcoagulables),
calcium et dedéterminer
(par
la méthode desrégressions multiples)
l’influencerespective
de ces constituants surle rendement en
fromage.
Le lait de chèvre est aussi riche en calcium
( 1 , 17 g/kg
delait)
que le lait de vache. Par contre, il est relativement pauvre en matières azotées totales etcoagulables ( 29 , 3 8
g de MAT par kg de lait,dont 69,1 p. 100seulement sont
coagulables).
Dans les 2laiteries, le taux de matières azotées totales constitue la meilleure base d’estimation du rendement en
fromage puisqu’il explique
seul 75p. 100environ des variations de ce rendement ;l’influence du taux
butyreux
est peu ou passignificative.
Il existe entre les 2 laiteries, des différences dues à la méthode de fabrication. Ainsi, l’égout- tage
préalable
en sac,pratiqué
dans la laiterie A, réduit la variation dupoids
moyen desfromages
et permet d’obtenir une meilleure estimation des rendements.
Pour améliorer
génétiquement
la valeurfromagère
des laits de chèvre, ilapparaît
nécessairede
remplacer
le « contrôle beurrier »,pratiqué
actuellement, par un contrôle de la richesse en pro- téines.INTRODUCTION
En
France, l’élevage
de la chèvre est axé sur laproduction fromagère, puisqu’en
dehors du lait consommé par les
jeunes,
toute laproduction
laitière est transforméeen
fromage (F AT oux, 19 65).
Si la
quantité
de lait doit être leprincipal
caractère àsélectionner,
on nepeut
négliger
sacomposition.
Eneffet,
les chèvresappartenant
aux racesexploitées
enFrance
( A lPine c7Za!zaoisée, Saanen, Poitevine)
donnentdéjà
en moyenne un laitplus
pauvre que le lait de vache. La sélection sur la seule
quantité risquerait donc,
à terme, de donner naissance à des souchesproduisant beaucoup
delait,
mais un laittrès pauvre.
Pour que le contrôle de la
composition
du lait soitefficace,
il faut avoirprécisé
ce que l’on entend par « valeur
fromagère
» de ce lait. Si de nombreuses études ont été consacrées à ceproblème
en cequi
concerne le lait de vache(cf.
notammentI
V Ioc Q
uoT,
Ricoxv!AU,Au R ioi., rg6 3 ; J 3.Ioc D uoT
etal., 19 6 3 ),
onpossède
peu d’in- formations sur le lait et lefromage
dechèvre,
àpart quelques
étudesanalytiques (K
NOWL E
S
etW A T K m, 103 8 ; I!ABUSSIÈRË,
ALAIS etBE JA 1B1 B ES,
ig5g ; GAILLARDet
Hux I , 19 65 ;
PoxTwrAw et al.ig66 ; F’.9 TOUZ , 19 66).
La
présente
étude a pour but :i. de connaître la teneur moyenne du lait de chèvre en matière grasse, pro- téines
totales, protéines coagulables
etcalcium ;
2
. d’établir
l’importance
relative desprincipaux
constituants du lait dans la détermination du rendement enfromage ;
3
. de tirer les conclusions afin d’orienter la sélection vers la
production
de laitsprésentant
lacomposition
laplus
favorable.MATÉRIEL
ETMÉTHODES
Cette étude a été
entreprise
dans 2 laiteries traitantuniquement
du lait de chèvre etfabriquant
un même type de fromage.
- en ig65, dans la laiterie A
(!njouin,
Indre) : 40 observations.- de 1962 à i965, dans la laiterie 13 (Moissac, Lozère) : io6 observations.
I - Fabrication des
fromages
a) Laiterie A.Le lait des 2traites
(soir
etmatin)
est rassemblé dans un bacpuis
il estemprésuré
à 230C dansdes bassines de 50 litres
( 20
ml deprésure
de force r/2 500par hl delait). Vingt-quatre
heuresaprès l’emprésurage,
le caillé est mis en sacs pour réaliser un débutd’égouttage qui
estplus
ou moinslong
suivant la saison (6 à r5
heures).
La mise en moules a lieu le 3ejour
- le 4ejour, démoulage
(stade P l ) salage
et pose sur claiesd’égouttage
- le 5ejour
mise surpaillons
- le 6ejour,
passage sur claies nues et entrée au haloir - les 7e, 8eet 9ejours,
retournements desfromages.
b)
Laiterie B.Le lait des 2traites est rassemble dans un bac, additionné de levain
tactique
(r à 3 p. roo)puis
il est
emprésuré
à 26°C dans des bassines de 50et ioo litres( 12
ml deprésure
au r/io ooo par hl delait).
La mise en moules a lieu 20heuresaprès l’emprésurage.
Lesfromages
sont ensuite retournéset salés (sur une face) puis démoulés (et salés sur la deuxième face) z3heures
après
le début de lamise en moules.
L’égouttage
du fromage sepoursuit
à latempérature
ambiante pendant 3o à 48 heuresaprès quoi
onprocède
àl’afhnage
au haloirpendant
au moins 5jours.
En fait, au cours des 2dernièresannées
( 19 6 4
et6 5 )
lapériode d’égouttage
a été réduite d’environ 24heures, lapériode d’affinage
au haloir étant
prolongée
d’autant. Lafigure
1 permet de comparerschématiquement.
les 2types de fabrication A et B.Il - Prélèvements et
pesées
Les
quantités journalières
de lait traitées par les 2 laiteries varient de 400à 4 ooo litres suivant la saison. Lesprélèvements
et lespesées
sont faits une fois par semaine.Laiterie A : pesée de 5o
kg
de laitreprésentatif
de l’ensemble du lait demélange
livré à la lai- terie etprélèvement
d’un échantillon ; sérumprélevé
sous les sacs et à la goulotte des tablesd’égout-
tage ; pesée de la totalité des
fromages
correspondants aux 5okg
de lait mis en oeuvre.Laiterie B : pesée, à la
réception,
de l’ensemble du lait traité lejour
du contrôle ;prélèvement
des échantillons de lait dans le bac de stockage
après homogénéisation ;
sérum recueilli en 2 ou 3 fois à la goulotte des tablesd’égouttage ;
pesée desfromages correspondant
à la totalité du lait misen oeuvre.
Dans les 2laiteries : pesée des
fromages
audémoulage
(Pl) et à 8 jours environaprès l’emprésu-
rage
(P 2 ) chaque
semaine, maisuniquement
en 1965,prélèvement
de 3fromages
en vue des ana-lyses
concernant lacomposition.
III -
Analyses
Les
analyses
ont été effectuées par la Stationexpérimentale
laitière dePoligny (Jura)
sur leséchantillons de lait, de sérum et de
fromage
(’).Les
analyses
de lait et de sérum concernaient les éléments suivants : le taux de matière grasse déterminé par leprocédé
Gerber ; le taux de matières azotées déterminé par la méthodeKjeldahl (teneur
en N X 6,38) ; le taux de calcium déterminé par la méthode deJ!rrNESS ( 1953 ).
En ce
qui
concerne lesfromages,
on dosait l’extrait sec, la teneur en matières azotées(N
X6, 3 8)
et les cendres. Nous n’avons pas eu la
possibilité
de déterminer directement la teneur engraisse
dufromage.
Une estimation de cette teneur a été obtenue en calculant le rapport que nous avonsappelé
D/S :La
proportion
de matières azotées coagulables dans les matières azotées totales(MAC p. roo)
a été calculée
d’après
la formule de MOCQUOTet ALAIS( y 5 o)
danslaquelle
TB est la teneur en matièregrasse du lait et TB’ celle du lactosérum ; TP est la teneur en
protéines
du lait et TP’ celle du lacto- sérum( 2 ).
!!. Il F’I TT ’1’1)1
Le rendement en
fromage
est représenté par lepoids
de fromage obtenu àpartir
de 100kg delait mis en oeuvre. Pour tenir compte des variations observées en
pratique
dans la teneur en extraitsec des
fromages,
nous avonsappliqué
la correctionproposée
par MAUBOIS et MOCQUOT(r 9 6 7 )
danslaquelle
ES,exprime
laquantité
d’extrait sec contenue dans roo g defromage
obtenu, ES, la quan- tité d’extrait sec contenue dans loo g defromage
a moyen »(le fromage
moyen est celui dont la teneur en extrait sec est égale à la moyenne de toutes lesfabrications)
et s laquantité
d’extrait seccontenue dans ioo g de lactosérum. De cette
façon
on peut ramener tous lesfromages
à un seul etmême
fromage
dont la teneur en extrait sec est bien déterminée.(’) Pour réduire certains risques d’erreurs, dues par exemple au barattage des échantillons de lait au cours
du transport, le dosage de la matière grasse du lait a été effectué sur place, dans les 2laiteries, dès le débi,t de
1965.
I96!(2)
TB, TB’, TP, 1’I&dquo; sont exprimés en g par kg de lait.Pour ioo g de
fromage,
la correction C estégale
ilIV —
Symboles
Dans les tableaux nous utiliserons les
symboles
suivants :TB : taux
butyreux
du lait en g degraisse
parkg
de lait(g/kg).
TP : taux de
protéines
du lait eng/kg.
TCa : taux de calcium du lait en g/kg.
MAC matières azotées
coagulables
en p. ioo des matières azotées totales.R r
: rendement en
fromage
audémoulage.
R
2rendement en
fromage
à 8jours
environ.R’
2
: rendement en
fromage corrigé
pour l’extrait sec(ES
à 8jours).
ES : extrait sec pour ioo g de
fromage prélevé
à 8jours.
D/S : matière grasse du
fromage
en p. ioo de l’ES.P l
:
poids
moyen desfromages
frais.P
2
poids
moyen desfromages
secs.P I - 2
: perte de
poids
desfromages
entre ledémoulage
et 8jours.
Z
i
poids
defromage
frais par kg de matière grasse du lait mis en oeuvre.Z
2
poids
defromage
sec parkg
de matière grasse du lait mis en oeuvre.Z’
2
poids
defromage
à 8jours (par kg
de matière grasse du lait)corrigé
pour l’extrait sec.Dans les
analyses
derégression multiple :
F : test relatif à toutes les variables
(variance
due à larégression/variance résiduelle)
avecVI = k et v; = n — k - r (k étant le nombre de variables
indépendantes).
R 2
: carré du coefficient de corrélation.
s’it estimation de
l’écart-type
résiduel du rendement.il test relatif à
chaque
coefficient derégression
bs(t 2
= lii,ls2b;).RÉSULTATS
I - Paramètres
statistiques a) J¡Ioyennes.
Les laits de la laiterie B sont
plus
riches que ceux de la laiterieA,
surtout en cequi
concerne la matière grasse : la différence est en effet peu sensible pour la teneuren
protéines,
la teneur en calcium et laproportion
de matières azotéescoagulables (tabl.
I,fig. 2 ).
En moyenne, la laiterie A a utilisé un lait danslequel
lerapport protéines/graisse
estplus
élevé(o,g 5 )
que celui de la laiterie B( 0 ,8 5 )
et aobtenu des rendements
supérieurs. Cependant,
les conditions de fabrication et depesées
ne sont pas tout à faitcomparables
à celles de la laiterie B.b)
Variabilité.Le taux
butyreux
varie de la mêmefaçon
dans les 2laiteries,
maisl’amplitude
de variation du taux de
protéines
est moinsimportante
dans la laiterie B. Dans cettelaiterie,
les essaisfromagers
ont été effectués sur unepériode plus
réduite(avril
àoctobre)
cequi
n’a paspermis
deprendre
en considération les laits de début et surtout de fin de lactation dont la richesse est élevée(d’octobre
àdécembre,
le taux de pro-téines passe de 31 à
3 6
g dans la laiterieA).
I,e taux de calcium est
pratiquement
aussi variable que le tauxbutyreux
ou le taux de
protéines.
La
proportion
de matières azotéescoagulables
est leparamètre
le moinsvariable
(coefficient
de variation de i,g et 1,7 p.100 ).
Le
poids
moyen desfromages
frais(P l )
est nettementplus
variable dans lalaiterie B que dans la laiterie A. Ceci
peut s’expliquer
par le mode de fabrication diffé- rent.Ainsi,
dans la laiterieB,
lemoulage
est effectué dans un nombre de moules constant(ou
déterminé àl’avance) ;
de cefait, lorsque
le rendement du lait en fro- mageaugmente,
lepoids
dechaque fromage augmente
lui aussi. Dans la laiterieA,
au
contraire,
le cailléqui
a subi un débutd’égouttage
estréparti
dans des moules recevanttoujours
la mêmequantité
de caillé. Parconséquent, lorsque
le rendementaugmente,
onremplit plus
demoules,
mais lesfromages
ont une taille et unpoids
assez constants. Nous verrons ultérieurement
l’importance
de cette observation.La
perte
depoids
desfromages
entre ledémoulage
et 8jours (P 1- 2 )
est leparamètre
le
plus variable,
cequi correspond
bien à l’avis desfromagers
suivantlequel l’égouttage
et le
séchage
desfromages
depetit
format sont desopérations
difficiles à contrôler.II -
Évolution
saisonnière de lacomposition
du laiti. Bien que les
analyses
concernent des laits d’assezgrand mélange ( 400
à4 000
1),
le tauxbutyreux apparaît
très variable d’une semaine à l’autre(fig. 2 ).
C’est là un
point important
àsouligner.
Eneffet, indépendamment
de toute autreconsidération,
ilapparaît
difficile de baser la valeurfromagère
du lait de chèvresur un
composant qui
varie aussilargement
sur une courtepériode :
l’écart moyenen valeur absolue entre 2 contrôles successifs est de 1,5g pour la laiterie A
(n
= 39,amplitude
de 5g)
et de 1,7 g pour la laiterie B(n
= 102,amplitude
de 5g).
Dans
l’ensemble,
le tauxbutyreux
décroîtjusqu’au
mois d’octobrepuis
aug- menteensuite ;
la variabilité entre contrôles rendcependant
difficile l’étude des variations saisonnières de la richesse en matière grasse des laits demélange.
2
. Le taux de
protéines
est très stable d’un contrôle à l’autre : il reste constantou diminue
légèrement jusqu’en juillet-août puis augmente rapidement jusqu’en
décembre
(laiterie A).
3
. Le taux de calcium a
également
un mouvement saisonnierrigide :
diminutionde février à
juillet puis
accroissement comme pour le lait de vache(A URIOL
etM
O C QUOT
, i 9 62).
L’évolution du taux de calcium en sens inverse des variations de la durée d’éclairement incite à penser que le taux de calcium est enpartie
sous l’in-fluence de la lumière.
4
. La
proportion
de matières azotéescoagulables
est peu variable :l’analyse
de la variance de ce
paramètre
effectuée àpartir
de l’ensemble des données des 2 lai- teries montre que la variation saisonnière observée(minimum
enjuillet-août)
n’estpas
significative (tabl. 2 ).
III -
Étude statistique
des relations entre le rendement enfromage
et les
principaux com!osants
du laitLe tableau 3
représente
la matrice des corrélations entre les différentes variables.Le rendement en
fromage
est influencé par la richesse du lait enprotéines,
en matièregrasse, en calcium et par la
proportion
de matières azotéescoagulables.
Le rendement estégalement
en corrélationpositive
avec lepoids
moyen desfromages
et encorrélation
négative
avec l’extrait sec desfromages.
Pour déterminer l’influence
respective
desprincipaux
éléments de lacomposi-
tion du
lait,
nous avons effectuél’analyse
derégression multiple (tabl. 4 )
entreles variables
exprimant
le rendement d’unepart (rendement frais,
à 8jours
et rende-ment
corrigé
à8 jours
pour la teneur en extrait sec desfromages)
et les4 « variables indépendantes
o d’autrepart (taux
deprotéines,
tauxbutyreux,
taux de calcium etproportion
de matières azotéescoagulables).
Le coefficient de corrélation
multiple
estsupérieur
ào,8g (R2 ! 0 , 79 )
pour la laiterieA,
il est de0 ,8 0 (R 2
=0 ,6 4 )
pour la laiterie B en cequi
concerne le rende-ment frais.
Dans le
tableau
q nous avons calculé lasignification
des coefficients derégres-
sion pour tester
l’importance
des différentes variables.Seule,
l’influence du taux deprotéines
est trèssignificative
dans les 2 laiteries. Dans la laiterieB,
le taux de cal-cium
présente également
une influence hautementsignificative.
Dans tous les cas,le coefficient de
régression correspondant
au tauxbutyreux
n’est passignificatif,
ainsi que celui
correspondant
à laproportion
de matières azotéescoagulables.
L’estimation
du rendement à 8jours
est aussi bonne que celle du rendement frais dans la laiterie A. Dans la laiterieB,
l’estimation à 8jours
est nettement moinsbonne. Pour
expliquer
les écarts observés entre les 2 laiteries nous avonspensé qu’il
était intéressant de
prendre
en considération une variablesupplémentaire :
lepoids
moyen des
fromages
audémoulage
et à 8jours (P l
etP 2 )
avec les rendements corres-pondants (R,
etR!). I,’analyse
derégression multiple (tabl. 5 )
met en évidenceune relation très
significative
deP l
etP 2
avec le rendement dans la laiterie B, alors que dans la laiterieA,
seul leP 2 présente
un « effet nsignificatif.
On constateégale-
ment que, dans la laiterie
B,
l’introduction dupoids
moyen desfromages
a réduitsensiblement la
signification
de l’influence du taux de calcium. En dernièreanalyse,
laprise
en considération deP l
et deP 2
apermis
d’obtenir une aussi bonne estimation du rendement dans la laiterie B que dans la laiterie Apuisqu’on
arrive àexpliquer
ainsi entre 79et 92p. 100des variations du rendement en
fromage.
Il est assez difficile de discerner dans les variations du
poids
moyen desfromages,
la
part
due aux variations decomposition
du lait et celle due à latechnique
de fabri-cation.
Toutefois, lorsque
cettetechnique permet
de réduire la variabilité dupoids
moyen des
fromages,
on estime avecplus
deprécision
le rendement enfromage compte
tenuuniquement
de lacomposition
du lait mis en oeuvre.Indépendamment
dupoids
moyen et de l’extrait sec desfromages,
il existeentre
les 4 variables qui
caractérisent lacomposition
dulait,
des corrélations nonnulles. Bien que le modèle ne soit pas
orthogonal, l’analyse
derégression multiple permet cependant
de classer nettementl’importance
des différentes variables quenous allons maintenant étudier
séparément.
1
. Rendement en
fromage
et richesse enprotéines
du lait.Des q variables
prises
enconsidération,
le taux deprotéines apparaît
comme lameilleure base d’estimation du rendement en
fromage.
La corrélation entre le rende- ment frais et le TP est deo,8 7
dans la laiterie A(équation
i, tableau6)
et deo,68
dans la laiterie B(équation z2).
Enfait,
dans cette dernière laiterie on observe des variations annuellesimportantes
commel’indique
le tableau 7 : la corrélation est de0 ,8 4
pour les deux années19 6 4
et19 6 5
et seulement deo,6 3
pour les années19 6 2
et
i 963.
L’estimation de
l’écart-type
résiduel(tabl. 6) après prise
encompte
de larégression
sur le
TP,
est de 0,930kg
defromage (pour
100kg
delait)
dans la laiterie A et de 1,
330
kg
pour la laiterie B(dans
cette dernièrelaiterie,
il est seulement de o,g4okg
pour les années
19 6 4
et65).
Dans la laiterie B, les observations ont commencé en
19 6 2 ,
lors de la création de lacoopérative,
aussi lespremiers
résultats sont-ils peuhomogènes.
D’autrepart,
en
4
années,
lesopérations
decaillage,
de mise en moules etd’égouttage,
ont étéplus
ou moinsmodifiées,
cequi peut expliquer
les variations annuelles observées dans cette laiterie.Dans la laiterie
A,
lesanalyses
defromage permettent
de constater quel’augmen-
tation du taux de
protéines
du lait entraîne(en plus
d’uneaugmentation
de rende-ment)
une baisse de l’extrait sec desfromages,
mais la corrélation observée(r
= —0 , 35 )
est peusignificative. Quand
la richesse enprotéines
du laitaugmente,
la richesse en
graisse augmente
relativement moins(la
corrélation existant entre le TP et lerapport protéines/graisse
des laits de fabrication est de0 ,8 3
pour la lai- terie A et deo,61
pour la laiterieB).
De cefait,
on obtientplus
defromage,
conte-nant
légèrement plus
d’eau et moins degraisse
dans l’extrait sec.Nous n’avons pas trouvé une corrélation étroite entre le TB du lait et le
rapport D/S
desfromages (r
= 0,20 laiterieA ;
r = 0,42 laiterieB,
25 données recueilliesen
I g6 5 ).
Mais il convient derappeler
que cerapport
n’estqu’une
valeurapprochée
de la teneur en
graisse
desfromages
et que, d’autrepart,
lesanalyses
concernentseulement 3
fromages pris
au hasard sur chacun des lots.2
. Renctement et taux
butyreux.
Dans tous les cas, la relation entre le taux
butyreux
et le rendement enfromage
est moins étroite que celle
qui
existe entre le taux deprotéines
et le rendement. La corrélationpositive
existant entre le TB et le TP du lait est assez faible pour des laits demélange (r
= 0,53 et0 , 1 6
pour les laiteries A et Brespectivement,
tabl.3 )
mais tout à fait
comparable
à celle observée entre les teneurs moyennespondérées
des
lactations
de chèvres(M EYER ,
Buca!GG!x etGAU<, I g65 ;
RiCORDEAU etBoumoN, Ig67) .
3
.
Rendement,
taux de calcium et matièyes azotéescoagulables.
Le taux de calcium est en relation étroite avec le rendement : r = 0,72 laiterie A et r =
0 ,6 5
laiterie B(tabl. 3 ).
Cette liaisonpeut
traduire l’influence directe du taux deprotéines (la
corrélation entre le TP et le TCa estrespectivement
de0 , 7 6
et 0,34 dans les laiteries A etB). Cependant, l’analyse
derégression multiple (tabl. 4 )
montreune influence très
significative
du taux de calcium dans la laiterieB,
danslaquelle
onobserve
(tabl.
7a)
une baisse annuelle des rendements frais associée à une baisse annuelle de la teneur moyenne des laits en calcium. L’influence du taux de calciumsur le rendement en
fromage
ne se retrouvepourtant
pas dans la laiterie A(tabl. 4 ).
La
proportion
de matières azotéescoagulables
est en corrélationpositive
avecla richesse en matière grasse, en
protéines
et en calcium du lait(tabl. 3 ) ;
elle esten corrélation
positive
avec lerendement,
mais la liaison n’est pas trèssignificative (r
= 0,41 eto,20).
Il faut noterégalement
l’existence d’une corrélationnégative (
y
=- 0 , 4 6)
avec la teneur en extrait sec desfromages.
4
. Estimation du ye!arlement en
fromage
àpartir
du taux deprotéines et
du tauxbuty-
reux.
a) !‘quation
derégression
doicble.Nous venons de voir que le TP est l’élément
qui
fournit la meilleure base pour l’estimation du rendement. Mais il reste à savoir si l’onpeut
se contenter de cet élé-ment ou s’il est
préférable
de tenircompte également
du tauxbutyreux. Quant
auTCa et à la MAC ce sont 2 éléments
trop
difficiles à doser defaçon systématique
pourqu’il
soit bien utile de lesenvisager.
Les
équations
derégression
doubles sont inscrites dans le tableau 6. Pour la laiterieA,
le test du coefficient derégression
relatif au TB(tabl. 8)
n’est passigni-
ficatif
(t 2
= 2,4g ; table F pour v, = i et v, =37 ) ;
pour la laiterieB,
le test relatif au même coefficient est trèssignificatif (t 2
= g,2 ; table F pour VI = i et V2 =1 0 3) .
Il est intéressant de comparer les
équations
obtenues dans les 2 laiteries(la
variance résiduelle des rendements est
supérieure
dans la laiterie B mais lerapport
des variances n’est pas très
significatif). L’analyse
de covariancepermet
de conclure que leparallélisme
desplans
derégression
estacceptable.
Dans cettehypothèse,
on obtient une
équation
de formepl !
Cte-! o,r5
TB -!-0 ,6 2 TP,
le coefficient relatif au TB étantsignificatif (t 2
--6,6
pour v =142 ).
Pour obtenir une estimationcorrecte du
rendement,
il est donc utile de fairefigurer explicitement
le tauxbuty-
reux dans la formule de
régression
commune.b)
Production defromage par kg
de matière grasse etrapport protéines/graisse
dulait.
Au lieu d’estimer le rendement en
fromage
pour 100kg
de lait àpartir
d’uneéquation
derégression multiple,
onpeut
calculer le rendement enfromage
pouri
kg
de matière grasse utilisée(Z)
et étudier ensuite les variations de Z en fonction durapport protéines/matière
grasse. Cettesolution, préconisée
par MCDOWALL( 193
6)
a étédéveloppée
ailleurs(M OCQTJOT ,
RICORDEAU etAuRroL, ig62).
Leséqua-
tions obtenues
(équations
4, g et i5 du tableau6)
sont tout à faitcomparables
à cellesobtenues à
partir
deséquations
derégression
double.c)
Estimatiou du rendementaprès
correctionPour
L’extrait sec dufromage.
Comme nous l’avons vu
précédemment,
àpartir
des résultatsenregistrés
dansla laiterie
A,
il existe une corrélationnégative
entre le rendement et l’extrait sec desfromages.
Pour éliminer les variations dans la teneur en extrait sec desfromages
nous avons ramené les
productions
defromage
à un extrait sec moyen de 42,g2 p. 100en utilisant la formule de l!T!uBOis et
M OCQUOT (rg6 7 ).
Cette correctionpermet
d’amé- liorer laprécision
de l’estimation du rendement :l’écart-type
résiduel passe de 1,0(équation 7)
à 0,792(équation 8).
La
prise
en considération de l’extrait sec dans uneéquation
derégression
mul-tiple R 2
=f (TP, TB, US) permet
d’obtenir uneprécision
encoresupérieure. L’équa-
tion I ainsi obtenue
explique 8 7
p. 100 des variations du rendement enfromage (l’écart-type
résiduel est seulement de 0,730contre 0,792 avecl’équation 8).
Ce résul-tat est donc très satisfaisant et mérite d’être confirmé par un
plus grand
nombre d’observations.DISCUSSION
Le rendement en
fromage dépend
de lacompétence professionnelle
dufromager,
des
techniques
de fabrication et de lacomposition
du lait.Le rôle du
fromager
est difficile àapprécier,
d’autantplus
que le travail du lait de chèvre est encoreempirique
et artisanal.La
technique fromagère joue
un rôleimportant
et nous avonssouligné
l’intérêtd’uniformiser les fabrications
(poids
moyen desfromages
et extraitsec)
pour amé- liorer laprécision
des estimations du rendementd’après
la richesse du lait.Quant
à lacomposition
du lait notre étude a montré que : 1° La
proportion
de matières azotéescoagulables
est nettementplus
faibledans le lait de chèvre
(6g
p.100 )
que dans le lait de vache( 75
p. 100,MocouoT
etal, 19
6 3);
2
° La connaissance du seul taux de
protéines permet d’expliquer jusqu’à 76
p. 100 des variations du rendement enfromage :
dans la laiterieA,
onexplique 8
7
p. 100 des variations du rendement en ramenant tous lesfromages
obtenus enpratique
à unfromage
« moyen npossédant toujours
la même teneur en extrait sec.Ces données ont été obtenues en
laiterie,
sur des laits deproducteurs
récoltéstout au
long
de l’année. En travaillant sur des laits depetit mélange,
écrémés outriés en fonction de leur richesse en
protéines,
PoRTMnw( 19 6 7 )
obtient des résultatsassez
comparables :
taux de MAC de6g, 5
p. 100 -équation
de rendementZ
2
= 0,093 TB +0 , 3 8o
TP.En ce
qui
concerne lasélection,
ces résultats sont essentiels car ilspermettent
depréconiser
la substitution del’analyse
desprotéines
à celle de la matière grasse.Cette substitution
apparaît
souhaitable dupoint
de vuetechnologique,
méthodolo-gique
etgénétique.
Point de vue
technologique.
- Parrapport
au lait devache,
le lait de chèvre est nettement moins «fromager
opuisque
lerapport protéines/graisse
et laproportion
de matières azotées
coagulables
sontplus
faibles dans le lait de chèvre.Ainsi,
pourune même richesse en
graisse,
lekg
de lait de chèvre contient2 ,6
à 3,0 g deprotéines coagulables
en moins(tabl. g).
Celaexplique pourquoi
lesfromages
de chèvres ontun «
gras/sec » élevé,
bien que le lait utilisé soit relativement pauvre en matière grasse.Pour
garantir
lesqualités gustatives
desfromages,
lalégislation exige
un«
gras/sec
» d’au moins 45p. 100, cequi
nécessite environ 26 g de matière grasse parkg
de lait mis en oeuvre.
Or,
le tauxbutyreux
moyenpondéré
des chèvres contrôléesen France est de 33,9 g par
kg (DisSET, RrcoRD:Enu, C A2T rn--VrDnr&dquo; 19 66).
Mêmesi la bonne
qualité
desfromages requiert
un lait àplus
de 26 g de matière grasse, les laits demélange
transformés par les laiteries sont encore excédentaires engraisse.
La richesse en matière grasse des laits n’est donc pas le facteur limitant le rende- ment et la
qualité
desfromages,
aussi iln’y
a pas lieu de maintenir le contrôle du taux de matière grasse des laits individuels telqu’il
estpratiqué
pour les bovins laitiers. Ce contrôle conduirait finalement à une sélection « beurrière » etrisquerait d’obliger
- cequi
n’est pas souhaitable car l’utilisation de la crème de lait de chèvrene semble pas à
envisager
- à unécrémage partiel
du lait en vue defabriquer
unfromage
dont la teneur engraisse
ne soit pas excessive.Point de vue
métlaodotogiq2ce.
- Lasuppression
del’analyse
de matière grasse à la ferme doitsimplifier
le travail des contrôleurs laitiers. Eneffet,
la teneur enprotéines
étant moins variable
(d’une
traite à l’autre ou entrejours
decontrôles),
onpeut
éviter lemélange proportionnel
des laits du soir et du matin(opération
fastidieuse et com-portant
desrisques d’erreurs)
etpeut-être
même réduire le nombre deprélèvements.
Poü 2
t de vue
génétique.
- On nepossède
pas encore de donnéesprécises
sur l’hérita-bilité des constituants du lait de chèvre
(RONNINGEN
enI g6 5 ,
trouve une héritabilitéplus
faible pour le tauxbutyreux
que pour laquantité
de lait : 0,10 contre0 ,40)
mais les résultats obtenus par l’un d’entre nous