LE CHEMIN, CEST LE MARCHEUR
Ruth Canter Kohn
Une curieuse
tâche,que
cellededessiner
sonitinérance/
itinéraire. On
seconstruit
soi-mêmeenobjet,obligé de plonger dans
sessouvenirs
etsesécritsafin d'y déceler du
sensqui soit pertinent
auxconditions de
l'exercice.On
estconduit
àune
suspension de soi àpropos de
soitout
enparlant
de soi,tout
en respectantleguide
del'éditeur. A
lafois rapprochement
etdistanciation, il
nepeut
guèrey avoir de travail plus impliqué
etplus impliquant, affrontements qui sont
aucur de
maproblématique de
chercheur.Vu d'aujourd'hui, mon itinéraire meparaîttramédesrapportsentre deux perspectives contrastées, voire contradictoires. Une vision du mondefonctionnalisteetrationnalisantedisputele territoireavecune sensibilitéàlacomplexitéetàl'incertitude,cellequiarécemmenttrouvé expressiondansl'approcheparadoxale.Jepourraisl'appeleraussiune tension entreraisonnement etrésonance.C'est commesi,à traversles aléasdel'itinérance, la dominance d'une perspectivepremièrecédait lentement la placeà une autre, se transformantsansdisparaître
pour
autant. J'y vois l'expérience comme fil conducteur principal : cette trajectoire me sembleplusancrée danslapratiquequedanslathéorie, plusmarquéeparlescirconstanceset lesrencontresqueparlescourants intellectuels.Lesconceptsdéveloppésontsouvent"émergé"duterrain, générésdansetpardessituationsconcrètes.Jem'attacheàl'articulation
permanente et fécondeentre leparticulieretle général.J'ail'impressiond'avoir tracéunchemin en sciencesdel'éducation plusquecrééunesomme deconnaissancessurundomainedélimité.Je
Itinérairesderecherchel
Perspectivesdocumentairesenéducation,n°28,1993
LE CHEMIN, CEST LE MARCHEUR
Ruth Canter Kohn
Une curieuse
tâche,que
cellededessiner
sonitinérance/
itinéraire. On
seconstruit
soi-mêmeenobjet,obligé de plonger dans
sessouvenirs
etsesécritsafin d'y déceler du
sensqui soit pertinent
auxconditions de
l'exercice.On
estconduit
àune
suspension de soi àpropos de
soitout
enparlant
de soi,tout
en respectantleguide
del'éditeur. A
lafois rapprochement
etdistanciation, il
nepeut
guèrey avoir de travail plus impliqué
etplus impliquant, affrontements qui sont
aucur de
maproblématique de
chercheur.Vu d'aujourd'hui, mon itinéraire meparaîttramédesrapportsentre deux perspectives contrastées, voire contradictoires. Une vision du mondefonctionnalisteetrationnalisantedisputele territoireavecune sensibilitéàlacomplexitéetàl'incertitude,cellequiarécemmenttrouvé expressiondansl'approcheparadoxale.Jepourraisl'appeleraussiune tension entreraisonnement etrésonance.C'est commesi,à traversles aléasdel'itinérance, la dominance d'une perspectivepremièrecédait lentement la placeà une autre, se transformantsansdisparaître
pour
autant. J'y vois l'expérience comme fil conducteur principal : cette trajectoire me sembleplusancrée danslapratiquequedanslathéorie, plusmarquéeparlescirconstanceset lesrencontresqueparlescourants intellectuels.Lesconceptsdéveloppésontsouvent"émergé"duterrain, générésdansetpardessituationsconcrètes.Jem'attacheàl'articulation
permanente et fécondeentre leparticulieretle général.J'ail'impressiond'avoir tracéunchemin en sciencesdel'éducation plusquecrééunesomme deconnaissancessurundomainedélimité.Je
Itinérairesderecherchel
Perspectivesdocumentairesenéducation,n°28,1993
me préoccupe deméthodologie,quelquesoitlechamp demon activité ou recherche. C'est
dire
que je cherche des approches heuristiques incitantàpenserlesrapportsentrelemondeetleregardsur le monde, entre le "réel" et la représentation du réel, entre les représentations diverses.Lesrapportsentreobservateuret observé, entre chercheur et sujet-objetde recherche enconstituentdescasd'espèce.Silesquestionsautour
du
changementcontemporaindeparadigme scientifique constituentle fondsthéoriqueet social demestravaux,je peuxdireconnaîtrecesquestionsviscéralement,produit
quejesuisdes migrationset desmétissagesculturelsdenotreépoque.Newyorkaised'origine
etd'éducation,ayantpasséseptannéesenInde,j'ai atterrià Parisil y
aplusdevingt
ans. Lesdifférencesirréductiblesentrelesvisionsdu
mondeet lesmodesdeviedetrois culturesnepouvaientpasnepas memarquer. Étrangère, commeAlfred
Schutz1,il
mefallait àchaque déplacementtenter delire
lescodes sociaux,balbutier pour mefaire comprendredansunelangueinconnue-processusd'intégration/adap¬tationquis'atténueavecle tempsmaisquineseterminejamais.Dequoi être sanscessedéroutée,renvoyée à sanon-appartenance. Motifs qui
m'ont
incitéeàm'appuyersurdestransversalités,qui ontprobablement favoriséunepenséeen termesde processusdynamiques plusquedeproduits
ou d'états. En effet, c'est de me trouver aux frontières qui m'intrigue fondamentalement,làoù lesquestions ne sontpas encore réglées,oùjesuisconfrontée,avecd'autres,auxlimitesdelasituationet de moi-même. C'est dans cet esprit que je cite souvent Michel de Certeau:"legesteparlequel unedisciplineseretourne vers lenocturne qui l'entoure et le précède-nonpour l'éliminer
mais parcequ'il
est inéliminableetdéterminant.Il y
aurait théorie lorsqu'unescience essaie de pensersonrapportàcetteextérioritéetnesecontentepasdecorrigersesrègles deproductionoudedéterminerseslimitesdevalidité"2.
UNE APPROCHE FONCTIONNALISTE
Le "fonctionnalisme"
"Commentçamarche etàquoiçasert?Ondécortique, on recompose et,surtout, onavance
!"
:jeschématiseraiainsi lefonctionnalismequia formé ma génération.Il
instaure une perspective de l'harmonie, du consensus,delatransparencedusujetàlui-même.L'inutile
etl'obstacle me préoccupe deméthodologie,quelquesoitlechamp demon activité ou recherche. C'estdire
que je cherche des approches heuristiques incitantàpenserlesrapportsentrelemondeetleregardsur le monde, entre le "réel" et la représentation du réel, entre les représentations diverses.Lesrapportsentreobservateuret observé, entre chercheur et sujet-objetde recherche enconstituentdescasd'espèce.Silesquestionsautour
du
changementcontemporaindeparadigme scientifique constituentle fondsthéoriqueet social demestravaux,je peuxdireconnaîtrecesquestionsviscéralement,produit
quejesuisdes migrationset desmétissagesculturelsdenotreépoque.Newyorkaised'origine
etd'éducation,ayantpasséseptannéesenInde,j'ai atterrià Parisil y
aplusdevingt
ans. Lesdifférencesirréductiblesentrelesvisionsdu
mondeet lesmodesdeviedetrois culturesnepouvaientpasnepas memarquer. Étrangère, commeAlfred
Schutz1,il
mefallait àchaque déplacementtenter delire
lescodes sociaux,balbutier pour mefaire comprendredansunelangueinconnue-processusd'intégration/adap¬tationquis'atténueavecle tempsmaisquineseterminejamais.Dequoi être sanscessedéroutée,renvoyée à sanon-appartenance. Motifs qui
m'ont
incitéeàm'appuyersurdestransversalités,qui ontprobablement favoriséunepenséeen termesde processusdynamiques plusquedeproduits
ou d'états. En effet, c'est de me trouver aux frontières qui m'intrigue fondamentalement,làoù lesquestions ne sontpas encore réglées,oùjesuisconfrontée,avecd'autres,auxlimitesdelasituationet de moi-même. C'est dans cet esprit que je cite souvent Michel de Certeau:"legesteparlequel unedisciplineseretourne vers lenocturne qui l'entoure et le précède-nonpour l'éliminer
mais parcequ'il
est inéliminableetdéterminant.Il y
aurait théorie lorsqu'unescience essaie de pensersonrapportàcetteextérioritéetnesecontentepasdecorrigersesrègles deproductionoudedéterminerseslimitesdevalidité"2.
UNE APPROCHE FONCTIONNALISTE
Le "fonctionnalisme"
"Commentçamarche etàquoiçasert?Ondécortique, on recompose et,surtout, onavance
!"
:jeschématiseraiainsi lefonctionnalismequia formé ma génération.Il
instaure une perspective de l'harmonie, du consensus,delatransparencedusujetàlui-même.L'inutile
etl'obstacley
sontéliminablesetàéliminer,la société seraaméliorée en servantles besoins repérables en surface-cequelescourants marxistes ouécono¬mistesappellentleproductivismeou
l'utilitarisme. Il
constitueune mise àplat d'un
système ou d'une situation débouchant sur un mode de compréhensionplusdescriptifetopératoirequ'explicatif
ouheuristique.Il
est associépour moiàdesoppositionsdichotomiquesetmanichéennes,il
tranche enbonet enmauvais,il
poselesproblèmesentermesmoraux outechniquesbienplusquedialectiques.Plustechniquement, cette approcheestdominéeparlesidées dela fonctionnalité réciproque des parties, de la cohérence interne
d'un
ensemble, de la rationalisation des processus. L'inputest planifié par rapportàXoutputprévu.Chaque élémentremplit
une"fonction"
préci¬sémentidentifiableetnécessaireàl'ensemble, c'est mêmela fonctionà
remplir
quidéfinit
l'élément-letravaild'un individu
dansune organi¬sation,par exemple. Les opérationssonteffectuéesmécaniquement:par force, del'extérieur,assemblagesetengrenagesde composantsisolés.Le processusestlinéaire, detypeingénierie,préorganisé étapeparétape, en intervalles detempsbanalisés.Risquesetdangersdoiventêtreprévus, contrôlés,le
produit
estobjectivé, standardisé,normaliséettout résultat quis'en écarteestrejeté,riend'intangibleoudenonmaîtrisablenedoit
entrerenlignedecompte. La marche généraleestregardée sousl'angle deson fonctionnement/ dysfonctionnement. Accompli,il
apporteune valeurrajoutée,fruit
du labeur du travailleur. Leprocessing debiens matériels en chaînetaylorienne,commelapédagogieparobjectifs dans ses formesoutrancières, sontlesprototypeset lescaricatures de cette visionetde cettemiseenuvre.
L'école active
UnelicenceensociologieàColumbiaUniversity(1953),aumomentoù lesgrandesenquêtesde Paul Lazarsfelddominaientladiscipline,alaissé un goût d'insatisfaction : socialement et politiquement active depuis l'adolescence,
f
avaisl'impression d'entendrelàdesmots savantspour
décriredesphénomènes sociauxdéjàfamiliers.Peudechosespourfaire avancerma réflexion : riensur le marxisme,pasun motsurl'école de Chicago,parexemple.C'est dans le domaine de l'éducation que j'ai choisi d'acquérir la maîtrise(HarvardUniversity,1954)puisundoctoratdetroisième cycle (UniversitéParisX, 1978).Nonseulement macarrièresedéroulesurtrois
y
sontéliminablesetàéliminer,la société seraaméliorée en servantles besoins repérables en surface-cequelescourants marxistes ouécono¬mistesappellentleproductivismeou
l'utilitarisme. Il
constitueune mise àplat d'un
système ou d'une situation débouchant sur un mode de compréhensionplusdescriptifetopératoirequ'explicatif
ouheuristique.Il
est associépour moiàdesoppositionsdichotomiquesetmanichéennes,il
tranche enbonet enmauvais,il
poselesproblèmesentermesmoraux outechniquesbienplusquedialectiques.Plustechniquement, cette approcheestdominéeparlesidées dela fonctionnalité réciproque des parties, de la cohérence interne
d'un
ensemble, de la rationalisation des processus. L'inputest planifié par rapportàXoutputprévu.Chaque élémentremplit
une"fonction"
préci¬sémentidentifiableetnécessaireàl'ensemble, c'est mêmela fonctionà
remplir
quidéfinit
l'élément-letravaild'un individu
dansune organi¬sation,par exemple. Les opérationssonteffectuéesmécaniquement:par force, del'extérieur,assemblagesetengrenagesde composantsisolés.Le processusestlinéaire, detypeingénierie,préorganisé étapeparétape, en intervalles detempsbanalisés.Risquesetdangersdoiventêtreprévus, contrôlés,le
produit
estobjectivé, standardisé,normaliséettout résultat quis'en écarteestrejeté,riend'intangibleoudenonmaîtrisablenedoit
entrerenlignedecompte. La marche généraleestregardée sousl'angle deson fonctionnement/ dysfonctionnement. Accompli,il
apporteune valeurrajoutée,fruit
du labeur du travailleur. Leprocessing debiens matériels en chaînetaylorienne,commelapédagogieparobjectifs dans ses formesoutrancières, sontlesprototypeset lescaricatures de cette visionetde cettemiseenuvre.
L'école active
UnelicenceensociologieàColumbiaUniversity(1953),aumomentoù lesgrandesenquêtesde Paul Lazarsfelddominaientladiscipline,alaissé un goût d'insatisfaction : socialement et politiquement active depuis l'adolescence,
f
avaisl'impression d'entendrelàdesmots savantspour
décriredesphénomènes sociauxdéjàfamiliers.Peudechosespourfaire avancerma réflexion : riensur le marxisme,pasun motsurl'école de Chicago,parexemple.C'est dans le domaine de l'éducation que j'ai choisi d'acquérir la maîtrise(HarvardUniversity,1954)puisundoctoratdetroisième cycle (UniversitéParisX, 1978).Nonseulement macarrièresedéroulesurtrois
continents, mais elle concerne également tous lesniveauxdescolarité, de l'écolematernelleaux études doctorales;enFrancecetrajetpasse égale¬
mentendehorsdusystème scolaire,
pour
entrerdanscechampéducatif qu'estletravailsocial.J'aipratiquédanslaclasse,créédesétablissements et desprogrammeset assumélaresponsabilité deleurgestion et deleur développement. J'aiconduitdesévaluationsd'établissements scolaires, participéàlaformationdesenseignantsetdestravailleurssociaux.En filigrane de cet ensemble se trouve uneperspective constante de la personne enformationseformant, moi-mêmey
compris,dans de mul¬tiples rapportsavecl'entourageimmédiatetle contexte social et histori¬
queplusgénéral.
Lesphilosophieset lespratiquesdel'éducationdite nouvelle,active, progressive,formentlesocle de mesactionset mesécrits. J'aiparticipéà cemouvementavecbeaucoup deconviction,découvrantavecétonne¬
mentsonampleur mondialemêmesilespenseurs nedébordentguère leursfrontières.Mon premierposte
d'institutrice
àl'écoleDaltonàNew Yorkm'y
a donné l'entrée, le Dalton plan créé par Helen Parkhurst constituantunerefontedu
curriculumetunmodedetravail indépendant des plusintéressants. L'école quej'ai
fondéeà Ahmedabad, avecune collègueindienne,représentaituneffortpour conjuguerl'attitude
édu¬cative occidentalevisantl'autonomiedel'enfant,aumoyend'activités libres,openactivities,avec
l'attitude
indiennereposantsurlessavoirs et lesrituels traditionnels,setactivities.Parlasuite,mespropresenfantsont étéscolarisésàl'École DecrolyàSaintMandé,oùj'aiprisunepart
active entantqueparent.Cesengagementspersonnelsfurentétayésparune familiaritéaveclesnombreuses expérienceséducatives américaines,aux niveauxélémentaire, secondaire etuniversitaire,ainsiqu'avec desécoles danslesdeuxautrespays de résidence etlesinnovationsanglaisesopen schooletintegratedday.Laphilosophie appliquéede JohnDeweyfut
ma référence première. En Inde,les réalisations et l'oeuvre théorique de Maria Montessori3ont alimenté ma penséeet ma pratique, etlabasic education élaboréeparGandhi ne pouvait pas ne pas laisser son em¬preinte.J'aiprisconnaissanceunefoisenFrance destravauxdespéda¬
gogues européens.
Encommunavecde nombreuxéducateurscritiquesenverslasociété etlesmodesd'éducationdominants,jem'élevaiscontrel'enseignement entantqu'inculcationde savoirs et dereproductiondemodèles, que ceux-cisoientintellectuelsou sociaux.Aucontraire, la pédagogiedevait
"stimuler
la présenceactive del'enfant,ouvrir
seshorizons,cultiver
les traitscommel'inventivité,
laconcentration,la confiance, le respectpour continents, mais elle concerne également tous lesniveauxdescolarité, de l'écolematernelleaux études doctorales;enFrancecetrajetpasse égale¬mentendehorsdusystème scolaire,
pour
entrerdanscechampéducatif qu'estletravailsocial.J'aipratiquédanslaclasse,créédesétablissements et desprogrammeset assumélaresponsabilité deleurgestion et deleur développement. J'aiconduitdesévaluationsd'établissements scolaires, participéàlaformationdesenseignantsetdestravailleurssociaux.En filigrane de cet ensemble se trouve uneperspective constante de la personne enformationseformant, moi-mêmey
compris,dans de mul¬tiples rapportsavecl'entourageimmédiatetle contexte social et histori¬
queplusgénéral.
Lesphilosophieset lespratiquesdel'éducationdite nouvelle,active, progressive,formentlesocle de mesactionset mesécrits. J'aiparticipéà cemouvementavecbeaucoup deconviction,découvrantavecétonne¬
mentsonampleur mondialemêmesilespenseurs nedébordentguère leursfrontières.Mon premierposte
d'institutrice
àl'écoleDaltonàNew Yorkm'y
a donné l'entrée, le Dalton plan créé par Helen Parkhurst constituantunerefontedu
curriculumetunmodedetravail indépendant des plusintéressants. L'école quej'ai
fondéeà Ahmedabad, avecune collègueindienne,représentaituneffortpour conjuguerl'attitude
édu¬cative occidentalevisantl'autonomiedel'enfant,aumoyend'activités libres,openactivities,avec
l'attitude
indiennereposantsurlessavoirs et lesrituels traditionnels,setactivities.Parlasuite,mespropresenfantsont étéscolarisésàl'École DecrolyàSaintMandé,oùj'aiprisunepart
active entantqueparent.Cesengagementspersonnelsfurentétayésparune familiaritéaveclesnombreuses expérienceséducatives américaines,aux niveauxélémentaire, secondaire etuniversitaire,ainsiqu'avec desécoles danslesdeuxautrespays de résidence etlesinnovationsanglaisesopen schooletintegratedday.Laphilosophie appliquéede JohnDeweyfut
ma référence première. En Inde,les réalisations et l'oeuvre théorique de Maria Montessori3ont alimenté ma penséeet ma pratique, etlabasic education élaboréeparGandhi ne pouvait pas ne pas laisser son em¬preinte.J'aiprisconnaissanceunefoisenFrance destravauxdespéda¬
gogues européens.
Encommunavecde nombreuxéducateurscritiquesenverslasociété etlesmodesd'éducationdominants,jem'élevaiscontrel'enseignement entantqu'inculcationde savoirs et dereproductiondemodèles, que ceux-cisoientintellectuelsou sociaux.Aucontraire, la pédagogiedevait
"stimuler
la présenceactive del'enfant,ouvrir
seshorizons,cultiver
les traitscommel'inventivité,
laconcentration,la confiance, le respectpoursoi etpourlesautres, laresponsabilité"afin de
"l'aider
àacquérirles compétenceslui
permettantdecontinueràapprendretoutaulong
delavie"
(1),et ceci dèsleplusjeuneâge,parlesmoyenslesplussimples. Les méthodes activesdevaientconstituerunpontentrel'imposition
sociale et l'expérience de l'enfant,l'aidant
à structurer progressivement sa propre logique(cequiestappeléeaujourd'huil'activité
méta-cognitive).Le
pivot
étantl'apprenant,la tâchecentraledel'"éducateur"
estdecréer lesconditionslesmeilleurespour
quechaqueenfantpousse aumieux:l'adulte
organise,questionne,fournit
du matériel etapportedesinfor¬mations, négocie les règles. Le travail
individuel
est inséparable du travail collectif,chacuncontribuantauprocessusdeformationde tous, en interaction avecdemultiplessourcesd'information. Lesquestions d'actualité entrent alorsàl'écoleetlascolarité serait de cette façonune préparationpour
ladémocratie.Il
mesemblaitimportant,enoutre, quelesenseignantsréfléchissentà leur pratique,qu'ils
conduisent avec d'autres des recherches sur les situationspédagogiques,comme lepropose RobertJ.Schaefer.J'aitenté cetteentreprise,aumoyend'uncentredeformationetd'unerecherche- action engagée avec un professeur de psychologiedel'Université
de Gujaratet lesinstitutricesdecinqécolesmaternelles.EnFrancecetteapprocheaservi debaseàdesactivitésconcernant
"l'architectureetlapédagogie",domaineauquelvingtansdeviecom¬
muneavecunarchitecte-urbanisteet lesrencontres avecLouisI.Kahn, architecte
d'un
fonctionnalismepoétique, ainsi queKarl Lind, paysa¬giste reichien,
m'ont
préparée. Cefut
le thèmed'une unité de valeur universitaire pendantsept ansetd'interventionssur laprogrammation d'équipementssociauxetd'établissements scolaires(ycompris l'École Decroly); unprogrammedesensibilisation au cadrebâtidansdes classes àl'écoleprimairefut
également menédanscecontexte(3).Les dimensions formative et sociale de l'espace ont imprégné ces
travaux : l'espace et
l'appropriation
de cet espace étaient considérés comme inséparables, modesd'actualisationdu rapportaumondeindi¬viduel
etcollectif. S'intéresseràl'architecture,c'ests'interroger surles institutionshumaines, c'est-à-dire sur le sens fondateur etactuel des bâtissesetdesorganisations.Se manifeste là mon inscription dansla matérialité,l'ancrage tangibledansles "petits faits" del'ici-et-mainte- nant,danscequiestvisibilisé/invisibilisé
deleur évolution.C'est armée decesréférencesqueGuyBerger etMichelDebeauvais
m'ont
proposé une charge decoursen Sciencesdel'EducationauCentre soi etpourlesautres, laresponsabilité"afin de"l'aider
àacquérirles compétenceslui
permettantdecontinueràapprendretoutaulong
delavie"
(1),et ceci dèsleplusjeuneâge,parlesmoyenslesplussimples. Les méthodes activesdevaientconstituerunpontentrel'imposition
sociale et l'expérience de l'enfant,l'aidant
à structurer progressivement sa propre logique(cequiestappeléeaujourd'huil'activité
méta-cognitive).Le
pivot
étantl'apprenant,la tâchecentraledel'"éducateur"
estdecréer lesconditionslesmeilleurespour
quechaqueenfantpousse aumieux:l'adulte
organise,questionne,fournit
du matériel etapportedesinfor¬mations, négocie les règles. Le travail
individuel
est inséparable du travail collectif,chacuncontribuantauprocessusdeformationde tous, en interaction avecdemultiplessourcesd'information. Lesquestions d'actualité entrent alorsàl'écoleetlascolarité serait de cette façonune préparationpour
ladémocratie.Il
mesemblaitimportant,enoutre, quelesenseignantsréfléchissentà leur pratique,qu'ils
conduisent avec d'autres des recherches sur les situationspédagogiques,comme lepropose RobertJ.Schaefer.J'aitenté cetteentreprise,aumoyend'uncentredeformationetd'unerecherche- action engagée avec un professeur de psychologiedel'Université
de Gujaratet lesinstitutricesdecinqécolesmaternelles.EnFrancecetteapprocheaservi debaseàdesactivitésconcernant
"l'architectureetlapédagogie",domaineauquelvingtansdeviecom¬
muneavecunarchitecte-urbanisteet lesrencontres avecLouisI.Kahn, architecte
d'un
fonctionnalismepoétique, ainsi queKarl Lind, paysa¬giste reichien,
m'ont
préparée. Cefut
le thèmed'une unité de valeur universitaire pendantsept ansetd'interventionssur laprogrammation d'équipementssociauxetd'établissements scolaires(ycompris l'École Decroly); unprogrammedesensibilisation au cadrebâtidansdes classes àl'écoleprimairefut
également menédanscecontexte(3).Les dimensions formative et sociale de l'espace ont imprégné ces
travaux : l'espace et
l'appropriation
de cet espace étaient considérés comme inséparables, modesd'actualisationdu rapportaumondeindi¬viduel
etcollectif. S'intéresseràl'architecture,c'ests'interroger surles institutionshumaines, c'est-à-dire sur le sens fondateur etactuel des bâtissesetdesorganisations.Se manifeste là mon inscription dansla matérialité,l'ancrage tangibledansles "petits faits" del'ici-et-mainte- nant,danscequiestvisibilisé/invisibilisé
deleur évolution.C'est armée decesréférencesqueGuyBerger etMichelDebeauvais
m'ont
proposé une charge decoursen Sciencesdel'EducationauCentreUniversitaire Expérimental deVincennes, en 1970. J'aidonc
fait
mes premierspasd'universitairedanslaFrancedecettedécennie,périodeoù certainesinstitutions, notamment Vincennes,ont réunilesconditions favorablesaux expérimentations, oùlesacteurssociauxontcontinuéà s'opposerponctuellementauxpolitiqueséducatives etsocialesrelevantdu
"contrôle social".Jepoursuivaismesoptionsdebase,memêlantà quelques"affaires",m'engageant contre le dossier scolaire etle système G.A.M.I.N.Enmême temps, cependant, ledoutecritiquemegagnaitet toute mon éducation,déjàperturbéeparl'expérienceindienne,setrou¬vait
sourdement minée, désarçonnée.L'observation en questions
Quandjenomme"l'observation"comme lechamp demonenseigne¬
mentetde ma recherche,l'interlocuteurdéconcerté posequasifatalement la question"etqu'est-cequevousobservez?"Làcommencel'exercice, àchaquefoisrenouvelé,quiconsisteàexpliqueràcetinterlocuteur-làles butsetlescaractéristiquesd'uneapproche,discoursquinepeutguère quedevenirune sorte
d'invitation
àpartagerune démarche.J'aidébarqué dansmonpremiercours,
intitulé
"l'observationdansla classe", arméedegrilles traduites de l'américain parmessoins.Adoptantun
moded'enseignementinductif
etparticipatifdéjàexpérimenté,j'avais choisil'observationcommeméthode de recueil de donnéesafind'étu¬dier
surlevif
l'écolefrançaise.Cefaisant,j'ai
agicomme lefont
beau¬coup,enabordantun terrain parlebiais
d'outils
sophistiquésempruntés et plaqués,prenantleur formalisme pourgarantederigueur.Jen'avais analysépréalablementni
lesfondements pédagogiquesetscientifiques decesinstruments,nilessituationsàobserverpourexaminerquelque peuleur
pertinence.Autrementdit,
jenemesuispasposélaquestionde la"rationalité"decesméthodesavec laprécisiond'unGeorgesDevereux,pour qui
"une méthodeestrationnelledanslaseulemesureoùTonpeut authentiquementl'appliquerauproblèmeétudié".Lesétudiants soixante- huitards ontvite
repoussé ces instruments, les considérant comme idéologiquement inacceptables et trop rigides, c'est-à-direpour
des raisonspertinentesmais endehors de considérationsdirectementscien¬tifiques.
Ce "transfert de
culture"
avorté a eudes conséquences de grande portéepour moi, m'obligeantàinterrogerunmodederecueild'informa¬tionsetunetechnicitésaisisaveuglément.Lesproblèmesinstrumentaux Universitaire Expérimental deVincennes, en 1970. J'aidonc
fait
mes premierspasd'universitairedanslaFrancedecettedécennie,périodeoù certainesinstitutions, notamment Vincennes,ont réunilesconditions favorablesaux expérimentations, oùlesacteurssociauxontcontinuéà s'opposerponctuellementauxpolitiqueséducatives etsocialesrelevantdu
"contrôle social".Jepoursuivaismesoptionsdebase,memêlantà quelques"affaires",m'engageant contre le dossier scolaire etle système G.A.M.I.N.Enmême temps, cependant, ledoutecritiquemegagnaitet toute mon éducation,déjàperturbéeparl'expérienceindienne,setrou¬vait
sourdement minée, désarçonnée.L'observation en questions
Quandjenomme"l'observation"comme lechamp demonenseigne¬
mentetde ma recherche,l'interlocuteurdéconcerté posequasifatalement la question"etqu'est-cequevousobservez?"Làcommencel'exercice, àchaquefoisrenouvelé,quiconsisteàexpliqueràcetinterlocuteur-làles butsetlescaractéristiquesd'uneapproche,discoursquinepeutguère quedevenirune sorte
d'invitation
àpartagerune démarche.J'aidébarqué dansmonpremiercours,
intitulé
"l'observationdansla classe", arméedegrilles traduites de l'américain parmessoins.Adoptantun
moded'enseignementinductif
etparticipatifdéjàexpérimenté,j'avais choisil'observationcommeméthode de recueil de donnéesafind'étu¬dier
surlevif
l'écolefrançaise.Cefaisant,j'ai
agicomme lefont
beau¬coup,enabordantun terrain parlebiais
d'outils
sophistiquésempruntés et plaqués,prenantleur formalisme pourgarantederigueur.Jen'avais analysépréalablementni
lesfondements pédagogiquesetscientifiques decesinstruments,nilessituationsàobserverpourexaminerquelque peuleur
pertinence.Autrementdit,
jenemesuispasposélaquestionde la"rationalité"decesméthodesavec laprécisiond'unGeorgesDevereux,pour qui
"une méthodeestrationnelledanslaseulemesureoùTonpeut authentiquementl'appliquerauproblèmeétudié".Lesétudiants soixante- huitards ontvite
repoussé ces instruments, les considérant comme idéologiquement inacceptables et trop rigides, c'est-à-direpour
des raisonspertinentesmais endehors de considérationsdirectementscien¬tifiques.
Ce "transfert de
culture"
avorté a eudes conséquences de grande portéepour moi, m'obligeantàinterrogerunmodederecueild'informa¬tionsetunetechnicitésaisisaveuglément.Lesproblèmesinstrumentaux
se sont à ce moment contextualisés, transformés en
problèmes
épistémologiques. Il fallait tout repenser. Il fallait affronter avec les étudiantstous lesproblèmesinhérents auxsituationsd'observation que noussollicitions.Ainsiétions-nousconduitsnonseulementàramasser del'information, maisàdébattreensembledesmoyenspour y arriver, desconditionspropices etmoinspropices, des conséquencesdenotre présenceetde sonéventuelintérêt pourlesobservés,etc. Laréflexion portait régulièrement nonseulementsurcequenousobservions,mais toutautant,sinonplus, surnotrefaçonderecueillircesobservationset lesensquecelle-cipourrait avoir pournous.Partie deproblèmes de méthodes,je lesai élargis eninterrogations méthodologiques
plutôt
que delesréduireenapories techniques.Mon objet pédago-conceptuel est devenu principalement l'observateur; la notiond'"implication"
se manifestait inéluctablement. Les premiers travauxontabordél'observationentantqu'objet multidimensionnel :"demultiples regards" surlesmêmesactes,unobjetcomplexeà"tourner et à retournerdans de multiples sens, pouren sortir des sensmulti¬
ples" (5).Concevoircetobjetentermesde processusétaitunemanièrede mettre en évidence la complexité des éléments et de leurs rapports constitutifs, ainsi que les enjeux institutionnels et socio-politiques, à travers l'espace, letemps etlesrelations diverses. Cettevisionapermis d'insister surle caractèreanalogique del'observationfaceauxreprésen¬
tationsetauxpratiquessi fréquemmentdigitalisantes.
Cen'esttou tefoisqu'aprèslarédaction de la thèse quejeme suisrendu compteàquelpointlefaitdemetrouveràlafois"dedans"et"dehors"
avaitjouéintellectuellement.
Vivre
entredeuxcultures,appartenantà chacunetoutenétant en marge desdeux: au-delàdesmalaiseset des difficultés, pouvais-jem'asseoirsur deux chaisesà lafoisouen alter¬nance,
plutôt
que de metrouver parterreentre elles?Commenttirer
partidecetteposition double, de mesambiguïtés etcontradictionset aussi despotentialitésainsientrouvertes?Untravailsurl'observateuret surl'observationsignifiebiencela:ony
estsansy
être,dedansquoiqu'on veuille,bien que,aumêmeinstantetdanslemêmelieu,simultanément et nécessairementdehors.J'ai également construit le processus d'observation en moyen de formation-"l'observationquestionnante",formationdel'observateurà etparl'observation-créantdesdispositifsdestinésàfaire
travailler
des aspects structurels, institutionnels et individuels du fonctionnement social.Rejetantdesproblématiquescomportementalistes et desapplica-se sont à ce moment contextualisés, transformés en
problèmes
épistémologiques. Il fallait tout repenser. Il fallait affronter avec les étudiantstous lesproblèmesinhérents auxsituationsd'observation que noussollicitions.Ainsiétions-nousconduitsnonseulementàramasser del'information, maisàdébattreensembledesmoyenspour y arriver, desconditionspropices etmoinspropices, des conséquencesdenotre présenceetde sonéventuelintérêt pourlesobservés,etc. Laréflexion portait régulièrement nonseulementsurcequenousobservions,mais toutautant,sinonplus, surnotrefaçonderecueillircesobservationset lesensquecelle-cipourrait avoir pournous.Partie deproblèmes de méthodes,je lesai élargis eninterrogations méthodologiques
plutôt
que delesréduireenapories techniques.Mon objet pédago-conceptuel est devenu principalement l'observateur; la notiond'"implication"
se manifestait inéluctablement. Les premiers travauxontabordél'observationentantqu'objet multidimensionnel :"demultiples regards" surlesmêmesactes,unobjetcomplexeà"tourner et à retournerdans de multiples sens, pouren sortir des sensmulti¬
ples" (5).Concevoircetobjetentermesde processusétaitunemanièrede mettre en évidence la complexité des éléments et de leurs rapports constitutifs, ainsi que les enjeux institutionnels et socio-politiques, à travers l'espace, letemps etlesrelations diverses. Cettevisionapermis d'insister surle caractèreanalogique del'observationfaceauxreprésen¬
tationsetauxpratiquessi fréquemmentdigitalisantes.
Cen'esttou tefoisqu'aprèslarédaction de la thèse quejeme suisrendu compteàquelpointlefaitdemetrouveràlafois"dedans"et"dehors"
avaitjouéintellectuellement.
Vivre
entredeuxcultures,appartenantà chacunetoutenétant en marge desdeux: au-delàdesmalaiseset des difficultés, pouvais-jem'asseoirsur deux chaisesà lafoisouen alter¬nance,
plutôt
que de metrouver parterreentre elles?Commenttirer
partidecetteposition double, de mesambiguïtés etcontradictionset aussi despotentialitésainsientrouvertes?Untravailsurl'observateuret surl'observationsignifiebiencela:ony
estsansy
être,dedansquoiqu'on veuille,bien que,aumêmeinstantetdanslemêmelieu,simultanément et nécessairementdehors.J'ai également construit le processus d'observation en moyen de formation-"l'observationquestionnante",formationdel'observateurà etparl'observation-créantdesdispositifsdestinésàfaire
travailler
des aspects structurels, institutionnels et individuels du fonctionnement social.Rejetantdesproblématiquescomportementalistes et desapplica-tions de grilles pré-établies, je pensais, comme Rob Walker et
Qem
Adelmanque "l'essence del'observationc'estla création de significa¬tions (insights) à
partir
de cequi
peut paraître initialement commeroutinier.
Cachéssouslasurfaced'uneleçon sontdesproblèmesnon résolusqui,lorsqu'ils
sontrendus visibles,révèlentdescroyances,des valeurset despratiquesalternatives possibles"4.Quel'on y
ait trouvédes correspondancesavecle"MTP3" deMarcel Lesne5n'étaitpaspourme déplaire.Chercherlepotentieldechangement dans les"petits faits"anodinset les détails habituellement inaperçus n'était pas encoreune approche courante.Cen'estquedepuisunequinzained'années que
l'on
constate uneattentioncroissante apportée en France àcetypede phénomène, avecle développementdel'ethnologiedel'école, deï'interactionnisme, delaméthodedeshistoiresdevie,c'est-à-dire,plusgénéralement,avec unesociologiedelasituationetdes processusplus qu'unesociologie des structures. L'approche qui était la mienne se distinguait des autres courants du moment, sous plusieurs angles. Elleoffrait
un contraste prononcé avec la mise en scènede "moments forts" et intenses que pratiquaient les collègues de l'analyse institutionnelle. Elle était en contraste également avec cette autre forme de mise en scène qu'est l'expérimentationenlaboratoire, employéepar biendesutilisateursde l'observation. Tout en étant"naturaliste",
elle n'est pas non plus éthologique: l'observateur yest visible, voire participant, enrapport empathiqueavecles observés,éventuellementmêmeperturbateurdela situationobservée; sonregardestorientéversdesproblèmessignificatifsplutôt
que vers la vue la plus exhaustive possible, et donc la plus"objective".
Gilles Ferry, Jean Massonnat et Michel Piolat, Bernard Hostein et d'autres ont largementcontribuéàcesréflexionsaucoursdes années.
Des modélisations fonctionnelles et pragmatiquesont contribué à en spécifierlescritères etlestechniquesderigueur.Lepôle"positiviste"de la problématique dichotomique était soutenu par des travaux praxéologiquessurla formationetl'observation, provenantlargement d'auteursaméricains (Handers, Bellack,Simon et Boyer... et aussi De Landsheere,Ancelin-Schutzenberger...).Lepôle"dialectique", parcon¬
tre,étaitlui-même "dialectisé"parunemultiréférentialitéen
pointillé
: netrouvantensciencesdel'éducationquequelquestravauxm'aidantà penserthéoriquement monobjet (Becker,Ardoino,J.-Cl.Filloux...),j'ai cherchédansdiverses zones proches demesintérêts:lapsychosociologie (les chercheurs del'ARIP,
Mucchielli...), l'analyseinstitutionnelle
tions de grilles pré-établies, je pensais, comme Rob Walker etQem
Adelmanque "l'essence del'observationc'estla création de significa¬tions (insights) à
partir
de cequi
peut paraître initialement commeroutinier.
Cachéssouslasurfaced'uneleçon sontdesproblèmesnon résolusqui,lorsqu'ils
sontrendus visibles,révèlentdescroyances,des valeurset despratiquesalternatives possibles"4.Quel'on y
ait trouvédes correspondancesavecle"MTP3" deMarcel Lesne5n'étaitpaspourme déplaire.Chercherlepotentieldechangement dans les"petits faits"anodinset les détails habituellement inaperçus n'était pas encoreune approche courante.Cen'estquedepuisunequinzained'années que
l'on
constate uneattentioncroissante apportée en France àcetypede phénomène, avecle développementdel'ethnologiedel'école, deï'interactionnisme, delaméthodedeshistoiresdevie,c'est-à-dire,plusgénéralement,avec unesociologiedelasituationetdes processusplus qu'unesociologie des structures. L'approche qui était la mienne se distinguait des autres courants du moment, sous plusieurs angles. Elleoffrait
un contraste prononcé avec la mise en scènede "moments forts" et intenses que pratiquaient les collègues de l'analyse institutionnelle. Elle était en contraste également avec cette autre forme de mise en scène qu'est l'expérimentationenlaboratoire, employéepar biendesutilisateursde l'observation. Tout en étant"naturaliste",
elle n'est pas non plus éthologique: l'observateur yest visible, voire participant, enrapport empathiqueavecles observés,éventuellementmêmeperturbateurdela situationobservée; sonregardestorientéversdesproblèmessignificatifsplutôt
que vers la vue la plus exhaustive possible, et donc la plus"objective".
Gilles Ferry, Jean Massonnat et Michel Piolat, Bernard Hostein et d'autres ont largementcontribuéàcesréflexionsaucoursdes années.
Des modélisations fonctionnelles et pragmatiquesont contribué à en spécifierlescritères etlestechniquesderigueur.Lepôle"positiviste"de la problématique dichotomique était soutenu par des travaux praxéologiquessurla formationetl'observation, provenantlargement d'auteursaméricains (Handers, Bellack,Simon et Boyer... et aussi De Landsheere,Ancelin-Schutzenberger...).Lepôle"dialectique", parcon¬
tre,étaitlui-même "dialectisé"parunemultiréférentialitéen
pointillé
: netrouvantensciencesdel'éducationquequelquestravauxm'aidantà penserthéoriquement monobjet (Becker,Ardoino,J.-Cl.Filloux...),j'ai cherchédansdiverses zones proches demesintérêts:lapsychosociologie (les chercheurs del'ARIP,
Mucchielli...), l'analyseinstitutionnelle
(Lourau), la cybernétique (De Rosnay...), la physique contemporaine (Heisenberg...).
Ce contraste dans les référentiels reflète, à mon avis, l'état de la situation épistémologiqueàl'époque, etplusparticulièrementcelui dela réflexion sur l'observationdansleschampséducatifetsocial.Les cher¬
cheursdu paradigmeexpérimental seconsacraientàraffinementtech¬
niqueetpédagogique-demeilleuresgrilles,le micro-enseignement... - dans un travail scientifique "normal". Les chercheurs du paradigme émergent, foisonnant - en fait de nombreux paradigmes partiels en concurrence-étaient entraind'inventerou deredécouvrirlesarguments pour construirelesproblèmesautrement, selonlesdisciplinesclassiques ou plus récentes ou en moultes tentatives d'inter-, pluri- ou transdisciplinarité.
L'ouvragede Georges Devereuxdéjàcité,De l'angoisseàlaméthodedans lessciencesducomportement,publiéenFranceaprèsmontravaildethèse, m'aapportélesupportthéorique globaletrigoureux quim'avaitman¬
qué. Articulant le concept freudien de contre-transfert et l'idée einsteinienne "selonlaquelle nousnepouvonsobserverqueles événe¬
ments «survenus auprèsde»l'observateur",Devereuxagenceetampli¬
fiecesdeux poutres faîtièrespardesconceptscomplémentairesemprun¬
tésàlapsychanalyse,l'ethnologie,lalogique,latopologie,la physique quantique. Lacharpentethéoriqueet lesconceptsopérationnelsquien résultent m'ont permis d'approfondir mes propresquestions. Jedois dire, enoutre, quej'ai vécudans cette lecture unerencontre avec un maître, quelqu'un qui posesa propre humanité comme centre de sa
problématique, admirable parsesexigences à la foisintellectuelleset humaines.
La finalité première de ces travaux fut pragmatique : ils étaientà
l'intention tout d'aborddesétudiantsetdesprofessionnelsdessecteurs éducatif,socialetsanitaire.Lestyle, lecontenu,leslieuxdepublication y correspondent : j'ai longtemps choisi de publier dans des revues destinéesaux professionnels, dansunlangagecourant,
plutôt
que de menerdesrecherchesetd'écrirepourlacité savante.(Lourau), la cybernétique (De Rosnay...), la physique contemporaine (Heisenberg...).
Ce contraste dans les référentiels reflète, à mon avis, l'état de la situation épistémologiqueàl'époque, etplusparticulièrementcelui dela réflexion sur l'observationdansleschampséducatifetsocial.Les cher¬
cheursdu paradigmeexpérimental seconsacraientàraffinementtech¬
niqueetpédagogique-demeilleuresgrilles,le micro-enseignement... - dans un travail scientifique "normal". Les chercheurs du paradigme émergent, foisonnant - en fait de nombreux paradigmes partiels en concurrence-étaient entraind'inventerou deredécouvrirlesarguments pour construirelesproblèmesautrement, selonlesdisciplinesclassiques ou plus récentes ou en moultes tentatives d'inter-, pluri- ou transdisciplinarité.
L'ouvragede Georges Devereuxdéjàcité,De l'angoisseàlaméthodedans lessciencesducomportement,publiéenFranceaprèsmontravaildethèse, m'aapportélesupportthéorique globaletrigoureux quim'avaitman¬
qué. Articulant le concept freudien de contre-transfert et l'idée einsteinienne "selonlaquelle nousnepouvonsobserverqueles événe¬
ments «survenus auprèsde»l'observateur",Devereuxagenceetampli¬
fiecesdeux poutres faîtièrespardesconceptscomplémentairesemprun¬
tésàlapsychanalyse,l'ethnologie,lalogique,latopologie,la physique quantique. Lacharpentethéoriqueet lesconceptsopérationnelsquien résultent m'ont permis d'approfondir mes propresquestions. Jedois dire, enoutre, quej'ai vécudans cette lecture unerencontre avec un maître, quelqu'un qui posesa propre humanité comme centre de sa
problématique, admirable parsesexigences à la foisintellectuelleset humaines.
La finalité première de ces travaux fut pragmatique : ils étaientà
l'intention tout d'aborddesétudiantsetdesprofessionnelsdessecteurs éducatif,socialetsanitaire.Lestyle, lecontenu,leslieuxdepublication y correspondent : j'ai longtemps choisi de publier dans des revues destinéesaux professionnels, dansunlangagecourant,
plutôt
que de menerdesrecherchesetd'écrirepourlacité savante.UNE APPROCHE PARADOXALE
Ladécennie -80- marqueuntournant:celle,dansl'éducationetle travailsocial,del'empriseaccruedelanormalisation administréeetde l'ingénierie, delàdécentralisationetdeladéconcentration, del'émergence du modèle territorialisédes politiques et desdispositifs. Le paysage théoriqueàproposdesproblèmes scolaires et sociauxse
modifie
égale¬ment,avecla montée des recherchesethnographiquesetl'analysedes situationset
du
senspour
lesacteurs deleursactes.Ence
qui
me concerne,uncertain recentragepersonnels'est accompa¬gnéd'une diversification professionnelle,avecdesactivités et desre¬
cherchesdanstroisdomainesenparallèle. Mesviséesd'acteur avaientà s'articulerde plusen plusavecdespréoccupations de chercheur. Ma vision
du
mondeestdevenuequelque peuplusglobale etmoinspolémi¬que, le fonctionnalisme fondateur s'est assoupli. Mes conceptions
"questionnante"et"processuelle"sesontrenouveléesàlarencontre
du
contradictoire et du saugrenu. Je me suis rendu compte, avec tant d'autres, que la philosophie optimiste et confiante de l'école active, propagéeessentiellement entrelesdeuxguerresmondiales,fait
partie d'un imaginaire social tout aussi "leurrant" que "moteur". Je crois déceler,pourtant,dansuncertainnombre deréflexionsactuellessurla formationdesadultes,un phénixquirenaît decescendres.Jeme réfère àcesversionsdelaformationpermanentequitententdemettreenuvre
"une volonté radicaled'appropriationdesoi-même,desaproprepro¬
duction", "l'appropriation
du procès dela formation parleprincipal
intéressé", pour reprendre desexpressions deGastonPineau6. Le "se former" réflexif trouvesoncomplémentdansle "seformer" réciproque.Lesquatre modalitésdeformationquedistinguecetauteur-auto,co, éco,hétéro - mesemblent correspondreàlaconception del'éducation quej'avaisessayé de mettreen actes, avecla différence majeure que Pineaupointedestensionsinvisibiliséesparmavision fonctionnaliste d'antan : "Eneffetl'autoformation etl'hétéroformationsemblent être antagoniquementliées(...):ellessesuccèdentenserepoussantparune alternance qui les
unit
tout en les dissociant. Exemple parfait de la contradiction, uniondedeux contrairesnepouvantpasexisterl'unsans l'autre toutenseniant l'unetl'autre". A mon tour,leverdelacontradic¬tion allaitseglisser danslebeaufruit del'harmonie.
Sansabandonnerl'observation,une sortede"post-partum"aprèsla thèsem'a conduiteà élargirlespréoccupationsméthodologiquesàla
UNE APPROCHE PARADOXALE
Ladécennie -80- marqueuntournant:celle,dansl'éducationetle travailsocial,del'empriseaccruedelanormalisation administréeetde l'ingénierie, delàdécentralisationetdeladéconcentration, del'émergence du modèle territorialisédes politiques et desdispositifs. Le paysage théoriqueàproposdesproblèmes scolaires et sociauxse
modifie
égale¬ment,avecla montée des recherchesethnographiquesetl'analysedes situationset
du
senspour
lesacteurs deleursactes.Ence
qui
me concerne,uncertain recentragepersonnels'est accompa¬gnéd'une diversification professionnelle,avecdesactivités et desre¬
cherchesdanstroisdomainesenparallèle. Mesviséesd'acteur avaientà s'articulerde plusen plusavecdespréoccupations de chercheur. Ma vision
du
mondeestdevenuequelque peuplusglobale etmoinspolémi¬que, le fonctionnalisme fondateur s'est assoupli. Mes conceptions
"questionnante"et"processuelle"sesontrenouveléesàlarencontre
du
contradictoire et du saugrenu. Je me suis rendu compte, avec tant d'autres, que la philosophie optimiste et confiante de l'école active, propagéeessentiellement entrelesdeuxguerresmondiales,fait
partie d'un imaginaire social tout aussi "leurrant" que "moteur". Je crois déceler,pourtant,dansuncertainnombre deréflexionsactuellessurla formationdesadultes,un phénixquirenaît decescendres.Jeme réfère àcesversionsdelaformationpermanentequitententdemettreenuvre
"une volonté radicaled'appropriationdesoi-même,desaproprepro¬
duction", "l'appropriation
du procès dela formation parleprincipal
intéressé", pour reprendre desexpressions deGastonPineau6. Le "se former" réflexif trouvesoncomplémentdansle "seformer" réciproque.Lesquatre modalitésdeformationquedistinguecetauteur-auto,co, éco,hétéro - mesemblent correspondreàlaconception del'éducation quej'avaisessayé de mettreen actes, avecla différence majeure que Pineaupointedestensionsinvisibiliséesparmavision fonctionnaliste d'antan : "Eneffetl'autoformation etl'hétéroformationsemblent être antagoniquementliées(...):ellessesuccèdentenserepoussantparune alternance qui les
unit
tout en les dissociant. Exemple parfait de la contradiction, uniondedeux contrairesnepouvantpasexisterl'unsans l'autre toutenseniant l'unetl'autre". A mon tour,leverdelacontradic¬tion allaitseglisser danslebeaufruit del'harmonie.
Sansabandonnerl'observation,une sortede"post-partum"aprèsla thèsem'a conduiteà élargirlespréoccupationsméthodologiquesàla
"rechercheparlespraticiens" etla "démarchecliniquede recherche", thèmesqui marquent un passageplusnetversuneproblématiquedes contradictoires. Parailleurs,
il
m'estapparuclairement,àpartir
de1973, quejen'auraipasdecontactsprivilégiésavec les écolesnormalesetla formationdesmaîtres,domainedeprédilection jusqu'alors:j'avais"trop
dediplômeset pas lesbons",commejedisaisàl'époque. Les sollicita¬tionspourlaformationdestravailleurssociauxétaient ainsilesbienve¬
nues,unemanière demaintenirlecontact aveclespratiquesprofession¬
nelles. Pendantquinzeans,
j'y
ai participéactivement,m'initiant
à ce domaine nouveaupour
moitout
enorganisant etconduisantdesactions àl'universitécommeailleurs:directrice adjointed'un institut
de forma¬tion permanente, intervenante dans des écoles de travail social, co- responsable
d'un
programmedeDiplôme SupérieurenTravailSocial, chargéed'une formation universitairededeuxièmeettroisièmecycles, membreduconseild'administration d'uneassociationgestionnairede foyerspourenfants et adolescents...Dans lecontexte decommandesou d'appelsd'offres7,j'aiexplorédifférentsthèmesetterrains,réalisantdes recherchessurlespratiquesprofessionnelles,sur leplacementfamilial,
surl'insertion,surl'éducation familiale,avant dem'arrêter récemment surlethèmeduréseausocial.La pensée paradoxale
J'aidécouvert lapenséeparadoxaleàtraverslesou vragesd'YvesBarel etlescollaborations enformationpermanente avecPierreNègre. Une impatience grandissante envers mes attitudes fonctionnalistes et dichotomiques ne s'attendait cependant pas à une telle aventure : la penséeparadoxale représentepourmoiungrandbouleversement,
loin
d'êtreterminé. Ellenécessiteun
saut"du
côténoir
delalune"
oùl'on
rencontrel'invisibilisé
du visibilisé.Rencontreinouïe,provocante,où on nepeut quesuivrelescirconvolutionset lesinvolutionsdesphénomènes dansl'espaceet letemps, telleslesestampesdeM.C.Escher.Laréférence auparadoxesediffusedemanière spectaculairedans les scienceshumaines comme dansles sciencesphysiques. Peut-être est-elle signed'unesensibilité accruequi vientbousculerlevieuxrationnaiisme, peut-être reflète-t-elle un monde qui échappe de plus en plus à la compréhensionhabituelle.Entoutcas,l'approcheestinvoquée
lorsqu'il
s'agitd'aborderdescontradictionsinabordables, detenterdedire l'indi¬cibleetl'ineffable,d'entrerquelquepeu dans des sphèresjusqu'alors
"rechercheparlespraticiens" etla "démarchecliniquede recherche", thèmesqui marquent un passageplusnetversuneproblématiquedes contradictoires. Parailleurs,
il
m'estapparuclairement,àpartir
de1973, quejen'auraipasdecontactsprivilégiésavec les écolesnormalesetla formationdesmaîtres,domainedeprédilection jusqu'alors:j'avais"trop
dediplômeset pas lesbons",commejedisaisàl'époque. Les sollicita¬tionspourlaformationdestravailleurssociauxétaient ainsilesbienve¬
nues,unemanière demaintenirlecontact aveclespratiquesprofession¬
nelles. Pendantquinzeans,
j'y
ai participéactivement,m'initiant
à ce domaine nouveaupour
moitout
enorganisant etconduisantdesactions àl'universitécommeailleurs:directrice adjointed'un institut
de forma¬tion permanente, intervenante dans des écoles de travail social, co- responsable
d'un
programmedeDiplôme SupérieurenTravailSocial, chargéed'une formation universitairededeuxièmeettroisièmecycles, membreduconseild'administration d'uneassociationgestionnairede foyerspourenfants et adolescents...Dans lecontexte decommandesou d'appelsd'offres7,j'aiexplorédifférentsthèmesetterrains,réalisantdes recherchessurlespratiquesprofessionnelles,sur leplacementfamilial,
surl'insertion,surl'éducation familiale,avant dem'arrêter récemment surlethèmeduréseausocial.La pensée paradoxale
J'aidécouvert lapenséeparadoxaleàtraverslesou vragesd'YvesBarel etlescollaborations enformationpermanente avecPierreNègre. Une impatience grandissante envers mes attitudes fonctionnalistes et dichotomiques ne s'attendait cependant pas à une telle aventure : la penséeparadoxale représentepourmoiungrandbouleversement,
loin
d'êtreterminé. Ellenécessiteun
saut"du
côténoir
delalune"
oùl'on
rencontrel'invisibilisé
du visibilisé.Rencontreinouïe,provocante,où on nepeut quesuivrelescirconvolutionset lesinvolutionsdesphénomènes dansl'espaceet letemps, telleslesestampesdeM.C.Escher.Laréférence auparadoxesediffusedemanière spectaculairedans les scienceshumaines comme dansles sciencesphysiques. Peut-être est-elle signed'unesensibilité accruequi vientbousculerlevieuxrationnaiisme, peut-être reflète-t-elle un monde qui échappe de plus en plus à la compréhensionhabituelle.Entoutcas,l'approcheestinvoquée
lorsqu'il
s'agitd'aborderdescontradictionsinabordables, detenterdedire l'indi¬cibleetl'ineffable,d'entrerquelquepeu dans des sphèresjusqu'alors
exclues de la science. Serait-elle la "sociologie pour le XXIe siècle", commelepenseJean-WilliamLapierre?
Lastructurede cette curieuselogique demeuresouvent dansl'ombre deses
brillants
exploits.On oubliecetterigueur
qui,contrevenantàla logiquearistotélicienne,arriveàpenseruneentitéparlaprise en compte de son contraire. Les deux termes d'une contradictionn'y
sont pas seulement opposés,ils
sontaussiet en même tempsunisdans etparcequi
lesoppose.Leur rapportestau centre del'attention:lerapportfait
existerlestermesdu rapport,c'estlui quiestporteurdesens.Larigueur tientàladistinctionentreniveauxlogiquesquiadmet,simultanément, lafusiondeceux-ci.Desconceptscomme la redondance et la superposition,lemessage auto-réflexif, lavisibilisationetTinvisibilisation,lesstratégies paradoxa¬
les...larendent hautementopératoire.L'indécidabilité,exposéeparYves Barel,seréfèreauxphénomènessociauxapparemment"dépourvusde sensobservable etdicibleaumomentmêmeoùilssedéroulent".Cher¬
cheruneréponsedéfinitiveàleursujetparaît insuffisant,correspondant à une quête de sens univoque à propos de problèmes complexes.
Il
n'existepasdesolutionfinale.L'auteurpropose, aucontraire, quel'on
adoptel'attitude qui
"consiste à admettre l'existence de phénomènes indécidables, etàporterdeYintérêtàcetteindécidabilité,enseposantdes questions sur son sens" : l'indécidabilité est conçue comme unedes raisonsd'êtredecertains phénomènes sociaux, unenécessitéde lavie sociale,uneformehumainedel'auto-f
inalisationetdel'adaptativitéface auxproblèmesinsolublesquel'hommes'attachepourtantàmaîtriser.Ou encore, la
hiérarchie
enchevêtrée, développée par Douglas R.Hofstadter8, se rapporte à la situation paradoxale où des niveaux logiques habituellement bien distingués commencent à changer de place,conduisantle chercheurquisedéplaceàtraverslesniveauxd'un
systèmehiérarchisé,à seretrouver subitementàsonpointde départ.Dépassantlalogiqueselonlaquelleleconcept n'est jamais lachose,et vice versa (la carte n'estpas leterritoireetleterritoirenepeutpasêtre confondu avec la carte), on s'aperçoit parfois
qu'il
est impératif de différencierentreniveauxlogiquesousociaux, maisqu'il
nepeuty
avoir deméta-niveaustable.Unemise engarde,pourtant,etavant
tout
àmoi-même. Parlerdu
passageàunnouveauparadigmen'annulepasl'actiondel'anciennisa pertinence dans certainesconditions,commel'argumententtant Gaston Bachelard queThomasS.Kuhn. En plus, encequiconcernelesrapports exclues de la science. Serait-elle la "sociologie pour le XXIe siècle", commelepenseJean-WilliamLapierre?
Lastructurede cette curieuselogique demeuresouvent dansl'ombre deses
brillants
exploits.On oubliecetterigueur
qui,contrevenantàla logiquearistotélicienne,arriveàpenseruneentitéparlaprise en compte de son contraire. Les deux termes d'une contradictionn'y
sont pas seulement opposés,ils
sontaussiet en même tempsunisdans etparcequi
lesoppose.Leur rapportestau centre del'attention:lerapportfait
existerlestermesdu rapport,c'estlui quiestporteurdesens.Larigueur tientàladistinctionentreniveauxlogiquesquiadmet,simultanément, lafusiondeceux-ci.Desconceptscomme la redondance et la superposition,lemessage auto-réflexif, lavisibilisationetTinvisibilisation,lesstratégies paradoxa¬
les...larendent hautementopératoire.L'indécidabilité,exposéeparYves Barel,seréfèreauxphénomènessociauxapparemment"dépourvusde sensobservable etdicibleaumomentmêmeoùilssedéroulent".Cher¬
cheruneréponsedéfinitiveàleursujetparaît insuffisant,correspondant à une quête de sens univoque à propos de problèmes complexes.
Il
n'existepasdesolutionfinale.L'auteurpropose, aucontraire, quel'on
adoptel'attitude qui
"consiste à admettre l'existence de phénomènes indécidables, etàporterdeYintérêtàcetteindécidabilité,enseposantdes questions sur son sens" : l'indécidabilité est conçue comme unedes raisonsd'êtredecertains phénomènes sociaux, unenécessitéde lavie sociale,uneformehumainedel'auto-f
inalisationetdel'adaptativitéface auxproblèmesinsolublesquel'hommes'attachepourtantàmaîtriser.Ou encore, la
hiérarchie
enchevêtrée, développée par Douglas R.Hofstadter8, se rapporte à la situation paradoxale où des niveaux logiques habituellement bien distingués commencent à changer de place,conduisantle chercheurquisedéplaceàtraverslesniveauxd'un
systèmehiérarchisé,à seretrouver subitementàsonpointde départ.Dépassantlalogiqueselonlaquelleleconcept n'est jamais lachose,et vice versa (la carte n'estpas leterritoireetleterritoirenepeutpasêtre confondu avec la carte), on s'aperçoit parfois
qu'il
est impératif de différencierentreniveauxlogiquesousociaux, maisqu'il
nepeuty
avoir deméta-niveaustable.Unemise engarde,pourtant,etavant
tout
àmoi-même. Parlerdu
passageàunnouveauparadigmen'annulepasl'actiondel'anciennisa pertinence dans certainesconditions,commel'argumententtant Gaston Bachelard queThomasS.Kuhn. En plus, encequiconcernelesrapports
humains, ce passage est plutôt comme celui du "nord-ouest", pour emprunter la métaphore de Michel Serres, toujours à réeffectuer, le risqueétant defaireduparadoxeun fonctionnalisme"modem style".
La clinique en recherche
Lesétudiantssalariésdans lessecteurséducatifetsocialsontnom¬
breux en Sciencesde l'Education etbeaucoupd'entre eux souhaitent définir leur recherche enliaison avecleurpropre champ d'action. Ils constituentainsi un"caslimite" delà position dechercheur,commejel'ai écriten1984(6),"oùlamême personnesemeten«observateur»touten étantéventuellementunsujetobservéparmilesautres".Caslimiteparce qu'une position d'acteurimpliquéstatutairement dans le champ desa rechercheestgénéralement considérée commeuneconditiondéfigurant d'embléetouteanalyse possible.Caslimiteàcausedel'intention auda¬
cieusedeprétendrerajouter un regard nouveau à un regard habituel installé depuislongue dateetencoreenusage.Cas
limite
encore detout
groupesocialcherchantàsefaire reconnaîtreparlesautoritésenplace.Cas,autrementdit, quisesitue auxlimitescanoniques de lapratique scientifiqueinstituée.Insistersurlescontrastesetlescontradictionsdont ilestporteur m'a permisdemettreenreliefdes aspectsdesprocessusde productionde recherchequis'ymanifestentdemanièreexacerbée.
Ainsiai-jesaisi la"double inscriptiondansl'actionetdansla recher¬
che" comme ladifficulté spécifiquedelaplace depraticien-chercheur.
Autant alors faire de cette difficulté la spécificité de sa contribution, suivant l'épistémologiedevereusienne.Jeconçoisleproblèmecentralici commeunproblèmede place et de placement,deprisedepositionet de positionnement,depoint devue. C'est unesituation qui entraîneune gestiondesalternancesen"hiérarchieenchevêtrée" car,pourle temps de larecherche,aucunedestroisvisées-d'actionsociale,dedéveloppement personnel oudeproductiondeconnaissances-nedomine exclusivement laviede
l'individu.
C'est unesituationoù"un
acteurveutàlafoisune choseetsoncontraire.Nonparcequ'il
estfou ouincohérent, mais parce que cette stratégie est la réponse logique à une situation elle-même conflictuelle ou contradictoire"9. Au lieu de nier ou d'escamoter ce redoublement, est-il possibled'y
trouveravantage?Lepariestdetaille, tantpourlesindividus quis'yaventurentquepourlesenjeux scientifi¬queset sociaux.
humains, ce passage est plutôt comme celui du "nord-ouest", pour emprunter la métaphore de Michel Serres, toujours à réeffectuer, le risqueétant defaireduparadoxeun fonctionnalisme"modem style".
La clinique en recherche
Lesétudiantssalariésdans lessecteurséducatifetsocialsontnom¬
breux en Sciencesde l'Education etbeaucoupd'entre eux souhaitent définir leur recherche enliaison avecleurpropre champ d'action. Ils constituentainsi un"caslimite" delà position dechercheur,commejel'ai écriten1984(6),"oùlamême personnesemeten«observateur»touten étantéventuellementunsujetobservéparmilesautres".Caslimiteparce qu'une position d'acteurimpliquéstatutairement dans le champ desa rechercheestgénéralement considérée commeuneconditiondéfigurant d'embléetouteanalyse possible.Caslimiteàcausedel'intention auda¬
cieusedeprétendrerajouter un regard nouveau à un regard habituel installé depuislongue dateetencoreenusage.Cas
limite
encore detout
groupesocialcherchantàsefaire reconnaîtreparlesautoritésenplace.Cas,autrementdit, quisesitue auxlimitescanoniques de lapratique scientifiqueinstituée.Insistersurlescontrastesetlescontradictionsdont ilestporteur m'a permisdemettreenreliefdes aspectsdesprocessusde productionde recherchequis'ymanifestentdemanièreexacerbée.
Ainsiai-jesaisi la"double inscriptiondansl'actionetdansla recher¬
che" comme ladifficulté spécifiquedelaplace depraticien-chercheur.
Autant alors faire de cette difficulté la spécificité de sa contribution, suivant l'épistémologiedevereusienne.Jeconçoisleproblèmecentralici commeunproblèmede place et de placement,deprisedepositionet de positionnement,depoint devue. C'est unesituation qui entraîneune gestiondesalternancesen"hiérarchieenchevêtrée" car,pourle temps de larecherche,aucunedestroisvisées-d'actionsociale,dedéveloppement personnel oudeproductiondeconnaissances-nedomine exclusivement laviede
l'individu.
C'est unesituationoù"un
acteurveutàlafoisune choseetsoncontraire.Nonparcequ'il
estfou ouincohérent, mais parce que cette stratégie est la réponse logique à une situation elle-même conflictuelle ou contradictoire"9. Au lieu de nier ou d'escamoter ce redoublement, est-il possibled'y
trouveravantage?Lepariestdetaille, tantpourlesindividus quis'yaventurentquepourlesenjeux scientifi¬queset sociaux.