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Asie-Occident. D’autres orientalismes ?

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Academic year: 2022

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Asie-Occident. D’autres orientalismes ?

Appel à contributions pour le n° 82 de la revue Histoire de l’art

Numéro coordonné par Judith Delfiner, Edith Parlier-Renault et Julie Ramos

Les témoignages des relations entre l’Occident et l’Asie sont innombrables et se rencontrent à toutes les périodes, de l’Antiquité jusqu’à nos jours. L’indianiste Sylvain Lévi, comme l’archéologue Alfred Foucher, à qui l’on doit les études fondatrices sur l’art « indo- grec » du Gandhâra, furent parmi les premiers à mettre en évidence l’ancienneté de ces échanges en ce qui concerne le bouddhisme. Dans le domaine de histoire de l’art, l’examen de ces témoignages a été simultanément favorisé et limité par leur assimilation au phénomène plus vaste de l’« orientalisme ». Ce terme très général est problématique puisqu’il désigne une discipline savante, apparue au XVIIIe siècle, qui tendit à englober tout ce qui touchait aux connaissances « asiatiques » en Europe, et prit une inflexion particulière avec la politique mise en place par l’Angleterre et la France colonisatrices autour de 1800. La recherche menée à partir des années 1980, met principalement en lumière l’invention qui s’y joue d’un

« autre » de l’Occident. Recueillant les apports des linguistic et cultural turns et des études postcoloniales, dans le sillage des travaux d’Edward Said, elle inscrit alors les relations avec l’Asie dans la construction d’un métadiscours sur l’Orient propre à la constitution des empires.

Cette orientation de la recherche a pesé, de manière positive mais aussi limitative, sur l’étude des arts. Une de ses conséquences a été, tout au moins en France, une plus grande attention portée aux représentations de l’Islam en tant qu’« Orient », dont témoigne le foisonnement éditorial sur l’orientalisme pictural des peintres voyageurs du XIXe siècle. En comparaison, l’appropriation occidentale des antiquités et des textes de l’Asie du Sud et de l’Extrême-Orient dans les iconographies, les pratiques, les théories, puis l’écriture de l’histoire de l’art ont, à l’exception du japonisme, été peu abordés jusqu’à présent.

Réciproquement, la place à accorder aux œuvres et pratiques artistiques dans la connaissance, voire la construction, des « religions » et pensées asiatiques (hindouisme, bouddhisme et taoïsme), mériterait encore d’être approfondie.

Un autre aspect de l’orientalisme saidien est d’avoir envisagé les arts comme autant de discours portés sur l’autre. L’usage de l’Asie en termes d’images, d’inventions plastiques et d’outils conceptuels dans le renouvellement des pratiques et des théories de l’art occidentales, peut-il être entièrement rabattu sur une appropriation de type hégémonique ? Dans son étude

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de l’orientalisme germanique, Suzanne L. Marchand attire notre attention sur le risque d’« oublier que beaucoup de ceux que les chercheurs regroupent comme “Européens” n'ont pas exclusivement habité cette identité, ni sans inconfort ». Dès lors, il est possible d’envisager que les œuvres et les pratiques artistiques occidentales qui témoignent d’une rencontre avec l’Asie remettent en question, au moins autant qu’elles soutiennent, les conceptions et les discours sur l’art de l’Occident. Dans cette perspective, explorer les relations entre l’Occident et l’Asie ne vise pas à renforcer l’identité de deux blocs monolithiques qui s’affronteraient mais au contraire à analyser la manière dont ces échanges participent à la construction active et mouvante de pareilles entités.

L’inflexion des études postcoloniales initiée par des chercheurs d’origine indienne à partir des années 90 va également dans ce sens. Dans son ouvrage The Location of Culture, Homi Bhabha développe la notion « d’espace interstitiel » et nous incite à reconsidérer les questions d’identité et de nationalité en définissant des « lieux de la culture », où se construisent des appartenances éclectiques et composites.

Dans l’histoire de ces circulations, certaines figures, parfois anonymes, jouèrent un rôle déterminant ; ainsi en est-il des passeurs, traducteurs, compilateurs ou enseignants, lesquels, de façon à chaque fois singulière, assurèrent la transmission et la diffusion des religions asiatiques. La spécialiste de littérature comparée Claudine Le Blanc propose ainsi d’envisager « la lecture » des traductions indiennes comme « expérience de défamiliarisation autant que familiarisation du lointain ». Déjà formulée par Raymond Schwab dans un ouvrage pionnier, l’idée d’une « Renaissance orientale » issue de la découverte des sources asiatiques, dont René Gérard et Jean Biès ont examiné les effets, respectivement sur la littérature du romantisme allemand et sur la littérature française, relevait aussi d’une désorientation, voire d’une subversion de l’esthétique occidentale. Reconnaissons que les spécialistes de littérature et de philosophie (on pense ici entre autres aux travaux de Roger-Pol Droit sur

« l’imaginaire » occidental du bouddhisme) semblent en avance sur les historiens de l’art dans l’examen de ces perspectives. Car au-delà d’une identification des emprunts et d’un comparatisme des motifs auxquels se limite souvent l’historiographie récente, il s’agirait de voir de quelles manières la question de l’historicité ou de l’anhistoricité de l’hindouisme, du bouddhisme et du taoïsme, participe, même en la perturbant, à la constitution d’une modernité supposée occidentale, notamment en plaçant le rôle du mythe, de la religion et du rituel au cœur des processus d’élaboration et de réception des pratiques artistiques occidentales.

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Ce numéro à la thématique trans-historique devrait être l’occasion de réunir archéologues, historiens des images et historiens de l’art dans des études qui peuvent être articulées autour des thématiques suivantes :

1- Religions asiatiques et spiritualités : la rencontre des religions et des mythologies dans l’art de l’Occident et de l’Asie, la question des syncrétismes Orient/Occident dans les œuvres et la théorie de l’art occidentales et orientales.

2- Les différentes modalités de la prise de connaissance des religions asiatiques suivant qu’elle est directe (déplacements) ou/et indirecte, qu’elle se fait par le biais d’une diffusion écrite ou orale. Une attention toute particulière sera portée au rôle joué par les œuvres d’art et aux figures du « passeur ».

3- La réception et l’appropriation de ces traditions par les artistes occidentaux (phénomènes de transformation, d’hybridation, de construction, voire d’invention). La

« réinvention » de ces traditions par les artistes asiatiques à partir du XIXème siècle.

4- Par-delà le face-à-face Orient/Occident : des études de cas pour lesquels la notion d’aire culturelle n’est plus pertinente, témoignant d’un décentrement de la création (concepts d’histoire globale ou « connectée » de Sanjay Subrahmanyam, d’« international contemporaneity » de Reiko Tomii).

Les jeunes chercheurs intéressés sont invités à envoyer un synopsis d’une page jusqu’au 25 septembre avec un titre et une présentation de l’auteur de 2-3 lignes à l’adresse mail suivante : [email protected].

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